Tadalafil 5 mg : traitement de l’HBP chez l’homme

Tadalafil 5 mg : traitement de l'HBP chez l'homme

Le tadalafil à la dose quotidienne de 5 mg est un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 (iPDE5) autorisé, aux États-Unis comme dans l’Union européenne, pour les signes et symptômes de l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), seul ou associé à une dysfonction érectile. Il n’améliore pas de façon fiable le débit urinaire maximal et ne réduit pas le volume de la glande ; il vise surtout à alléger le score de symptômes (IPSS).

L’amendement 2023 de l’American Urological Association (AUA) demande de discuter ce 5 mg quotidien chez l’homme gêné par des symptômes du bas appareil urinaire attribués à l’HBP, qu’il ait ou non une dysfonction érectile. La notice américaine DailyMed, elle, continue de déconseiller l’association avec un alpha-bloquant pour cette indication, à cause du risque d’hypotension.

Les essais pivots de 12 semaines montrent une baisse d’IPSS de l’ordre de 4,8 à 5,6 points sous tadalafil 5 mg contre 2,2 à 3,6 sous placebo. Une méta-analyse de 2021 estime l’écart à −1,97 point. Les dérivés nitrés et le riociguat restent une contre-indication formelle. Une rétention aiguë, un priapisme (érection qui dépasse quatre heures) ou une perte brutale de vision imposent un recours immédiat aux urgences (15 ou 112).

Symptômes de l’HBP et score IPSS

L’HBP est une augmentation de volume non cancéreuse de la prostate, qui entoure l’urètre sous la vessie et peut gêner le passage de l’urine. MedlinePlus précise que cette hyperplasie n’est pas un cancer et n’augmente pas, à elle seule, le risque de cancer de la prostate ; les deux affections peuvent toutefois coexister, ce qui justifie un examen avant tout traitement des symptômes.

Les signes habituels relèvent des symptômes du bas appareil urinaire. On y trouve le besoin fréquent ou urgent, le lever nocturne, un jet faible ou interrompu, l’hésitation, les gouttes après la miction et l’impression de vessie mal vidée. La Mayo Clinic souligne que le volume de la glande ne prédit pas la gêne. Une prostate peu augmentée peut beaucoup déranger, une prostate volumineuse peut rester silencieuse. Les symptômes apparaissent rarement avant 40 ans ; la fréquence monte ensuite avec l’âge.

Les études d’autopsie rassemblées par le Merck Manual (révision 2025) donnent une prévalence histologique d’environ 8 % entre 31 et 40 ans, de 40 à 50 % entre 51 et 60 ans, et de plus de 80 % après 80 ans. Si l’on exige à la fois un volume supérieur à 35 mL et un score de symptômes modéré ou élevé, la prévalence clinique entre 55 et 74 ans tombe autour de 19 %.

Le score international des symptômes prostatiques (IPSS) compte sept questions (0 à 5 chacune) plus une question de qualité de vie. Le Merck Manual classe 1–7 comme léger, 8–19 comme modéré et 20–35 comme grave. L’AUA recommande de recueillir ce score dès la première consultation, avec l’histoire médicale et une bandelette urinaire, puis de le répéter 4 à 12 semaines après le début d’un médicament.

Comparaison de la prostate normale et avec hyperplasie bénigne

Comment le tadalafil agit-il dans l’HBP ?

Le tadalafil bloque l’enzyme phosphodiestérase de type 5, qui dégrade le GMP cyclique (GMPc). Plus de GMPc dans le muscle lisse relâche la prostate, le col vésical, l’urètre et les vaisseaux du petit bassin. Les recommandations 2024 de l’European Association of Urology (EAU) ajoutent une meilleure perfusion des tissus, un possible effet sur les afférences nerveuses de la vessie et une baisse de l’inflammation locale. Le mécanisme exact qui soulage les symptômes reste incomplet.

Cette voie explique un paradoxe des essais. Le score IPSS s’améliore alors que le débit maximal (Qmax) bouge peu par rapport au placebo. L’EAU le résume en une phrase. Les iPDE5 améliorent l’IPSS et le score d’érection (IIEF), mais pas le Qmax (niveau de preuve 1a). Le médicament ne « débouche » pas l’urètre comme un alpha-bloquant ni ne fait fondre la glande comme le finastéride ou le dutastéride.

Trois conséquences pratiques en découlent pour la discussion avec le médecin.

  • Le tadalafil peut convenir si la gêne diurne et nocturne compte plus qu’un débit mesuré au débitmètre.
  • Il n’est pas le premier choix lorsque l’objectif est de réduire le volume prostatique ou le risque de rétention à long terme.
  • Une stimulation sexuelle reste nécessaire pour l’effet sur l’érection, alors que l’effet urinaire ne dépend pas d’un rapport.

Avant de commencer, la notice DailyMed demande d’écarter d’autres causes de symptômes voisins (infection, rétrécissement, vessie neurologique, cancer). Un toucher rectal et un dosage du PSA, discutés avec le médecin, servent à cette distinction, pas à « valider » le comprimé.

Quelle dose de tadalafil pour l’HBP et en combien de temps ?

Pour l’HBP seule comme pour l’association HBP et dysfonction érectile, la notice DailyMed et l’Agence européenne des médicaments (EMA) retiennent 5 mg par voie orale, approximativement à la même heure, avec ou sans aliment. La Cleveland Clinic rappelle de ne pas dépasser une prise par jour. La dose « à la demande » de 10 ou 20 mg, utile pour la seule dysfonction érectile, n’est pas le schéma de l’HBP.

Dans l’essai américain mené chez des hommes qui avaient à la fois une HBP et une dysfonction érectile, 2,5 mg par jour n’ont pas amélioré l’IPSS total de façon significative. Si 5 mg est mal toléré, la notice américaine invite à changer de stratégie plutôt qu’à descendre à 2,5 mg pour les symptômes prostatiques. En cas d’insuffisance rénale (clairance de la créatinine entre 30 et 50 mL/min), DailyMed propose de commencer à 2,5 mg chaque jour, puis d’augmenter à 5 mg selon la réponse ; en dessous de 30 mL/min ou sous hémodialyse, la prise quotidienne n’est pas recommandée.

Le délai d’action est plus court que celui du finastéride ou du dutastéride. Dans l’étude K de la notice, l’IPSS baissait dès la première visite prévue (4 semaines) et le gain se maintenait à 12 semaines. Chez les hommes traités pour HBP et dysfonction érectile, l’amélioration de l’IPSS était visible à 2 semaines. L’EAU cite une analyse groupée de quatre essais. 60 % des hommes sous tadalafil 5 mg et 44 % sous placebo atteignaient une baisse d’au moins 25 % de l’IPSS. L’AUA situe le premier rendez-vous de contrôle entre 4 et 12 semaines pour un iPDE5.

Lorsque le tadalafil est commencé en même temps que le finastéride 5 mg, DailyMed limite cette association à 26 semaines. Le surplus d’effet par rapport au finastéride seul diminue entre la 4e et la 26e semaine (écart de 1,7 puis 1,0 point d’IPSS) et le bénéfice au-delà n’est pas établi. Le médecin ou le pharmacien appliquera la règle locale ; les notices françaises ne figurent pas parmi les sources de cette page.

Ce que montrent les essais et les synthèses

La FDA a autorisé le 6 octobre 2011 le tadalafil 5 mg quotidien pour les signes d’HBP et pour l’association HBP–dysfonction érectile (compléments S-020 et S-021 du dossier 021368). L’EMA, qui avait délivré l’autorisation européenne de Cialis le 12 novembre 2002 pour la dysfonction érectile, retient aussi 5 mg par jour pour l’HBP. Ses quatre études principales ont inclus environ 1 500 hommes ; le 5 mg était supérieur au placebo sur les symptômes à 12 semaines.

Deux essais de 12 semaines de la notice (études J et K) donnent les chiffres de référence. L’étude J (1 058 hommes randomisés vers plusieurs doses ou le placebo) a montré, pour le bras 5 mg (n = 205), une baisse d’IPSS de 4,8 points contre 2,2 sous placebo. L’étude K (325 hommes) a donné −5,6 contre −3,6. Le Qmax a augmenté d’environ 1,6 mL/s sous 5 mg contre 1,1 à 1,2 mL/s sous placebo, sans différence statistiquement significative. Ces essais n’étaient pas conçus pour mesurer une réduction du volume prostatique.

La méta-analyse de Cui et coll. (2021), 15 essais randomisés et 9 525 participants, estime l’écart d’IPSS à −1,97 point (IC 95 % −2,24 à −1,70) après 12 semaines. Le sous-score de vidange baisse de 1,30 point, le sous-score de stockage de 0,70, la qualité de vie IPSS de 0,29 et l’index d’impact de l’HBP de 0,58. Les événements indésirables graves ne diffèrent pas du placebo (risque relatif 1,27 ; IC 95 % 0,80–2,01). Les effets les plus fréquents sont les céphalées (3,59 %), la rhinopharyngite (3,21 %), la dyspepsie (2,92 %) et les dorsalgies (2,29 %).

L’EAU 2024 s’appuie notamment sur une revue Cochrane. Les iPDE5 abaissent l’IPSS de 1,89 point par rapport au placebo (n = 4 293) et ne se distinguent pas des alpha-bloquants sur ce score. La plupart des données s’arrêtent à 12 semaines ; un essai ouvert va jusqu’à un an. Il n’existe pas, selon le même texte, de preuve solide d’un effet sur la taille de la prostate ni sur la progression (rétention, chirurgie). Un gain de 3 points d’IPSS est le seuil souvent retenu pour une amélioration perceptible ; l’écart médicamenteux d’environ 2 points se superpose à un effet placebo déjà net.

Le tadalafil traite-t-il à la fois l’HBP et la dysfonction érectile ?

Oui. Un seul comprimé de 5 mg par jour peut viser les deux affections chez l’homme qui les présente ensemble. C’est l’une des trois indications de la notice (dysfonction érectile, HBP, association des deux). L’EMA et la Cleveland Clinic formulent la même posologie, sans lier la prise à l’heure d’un rapport.

L’étude spécifique de la notice (606 hommes, dont 408 comparés entre 5 mg et placebo) a fait de l’IPSS et du domaine érectile de l’IIEF des critères co-principaux. À 12 semaines, l’IPSS reculait de 6,1 points sous 5 mg contre 3,8 sous placebo. Le score IIEF-EF passait de 16,5 à 22,9 (+6,5) contre +1,9 sous placebo. La question SEP3 (maintien de l’érection jusqu’à l’éjaculation) atteignait 72 % des rapports contre 48 %. Le 2,5 mg n’a pas amélioré l’IPSS de façon significative.

Le Merck Manual (2025) place le tadalafil quotidien parmi les options médicamenteuses, « surtout » s’il existe une dysfonction érectile associée. L’AUA va plus loin. Le 5 mg quotidien doit être discuté même en l’absence de trouble érectile (recommandation modérée, niveau B). L’EAU 2024 donne une recommandation forte d’utiliser un iPDE5 chez l’homme qui a des symptômes modérés à graves, avec ou sans dysfonction érectile. Dans les faits, seul le tadalafil 5 mg a l’autorisation pour cette indication.

Le comprimé ne protège pas des infections sexuellement transmissibles. Il n’est pas indiqué chez la femme. Une maladie cardiaque qui rend l’activité sexuelle déconseillée reste une contre-indication, que l’on vise l’HBP, l’érection, ou les deux.

Tadalafil, alpha-bloquants et finastéride, des règles différentes

Les notices et les sociétés savantes ne disent pas la même chose sur les associations. DailyMed, mise à jour en 2026, écrit clairement que le tadalafil n’est pas recommandé avec un alpha-bloquant pour traiter l’HBP. L’efficacité de l’association n’a pas été jugée suffisante et les deux classes dilatent les vaisseaux. Si l’homme passe d’un alpha-bloquant au tadalafil quotidien pour l’HBP, la notice demande d’arrêter l’alpha-bloquant au moins un jour avant. Pour une dysfonction érectile chez un homme déjà stable sous alpha-bloquant, le schéma est différent. Il faut rester stable, puis commencer l’iPDE5 à la dose la plus basse.

L’amendement AUA 2023 (Sandhu, Bixler, Dahm et coll., Journal of Urology, janvier 2024) a modifié les énoncés sur les associations. Les cliniciens « peuvent proposer » le tadalafil 5 mg avec un alpha-bloquant (recommandation conditionnelle, niveau C) et le tadalafil 5 mg avec le finastéride (même grade). Un essai tadalafil 5 mg plus silodosine 8 mg contre silodosine seule a montré une différence d’IPSS de 1,5 point (−5,6 contre −4,1), d’ampleur limitée.

L’EAU 2024 a ajouté une rubrique alpha-bloquant + iPDE5. Une méta-analyse de cinq essais (souvent à des doses d’iPDE5 plus élevées que 5 mg) donnait −1,8 point d’IPSS, +3,6 d’IIEF et +1,5 mL/s de Qmax par rapport à l’alpha-bloquant seul. La recommandation est faible. Elle consiste à proposer l’association en cas de symptômes gênants, surtout si l’homme souhaite aussi améliorer l’érection, et à l’informer que l’effet reste modeste.

Ces écarts ne se « moyennent » pas. La notice américaine reste prudente sur la tension ; les guides AUA et EAU ouvrent la porte à une association surveillée, avec un niveau de preuve bas. En France, le médecin et le pharmacien appliquent le résumé des caractéristiques du produit local et la situation cardiovasculaire du patient, plutôt qu’une règle unique importée.

Le finastéride, de son côté, réduit le volume de la prostate sur plusieurs mois. L’AUA réserve l’association d’un inhibiteur de la 5-alpha-réductase et d’un alpha-bloquant aux prostates clairement augmentées (volume > 30 g, PSA > 1,5 ng/mL ou prostate palpable). Le tadalafil n’apporte pas cet effet de volume ; l’associer au finastéride peut couvrir les premières semaines, dans la limite des 26 semaines de la notice américaine.

Contre-indications, interactions et effets indésirables

Toute forme de dérivé nitré (nitroglycérine, dinitrate ou mononitrate d’isosorbide, nitrite d’amyle) est une contre-indication, selon DailyMed et l’EMA, car le tadalafil potentialise la chute de tension. Si un nitré devient indispensable après une prise, la notice américaine demande d’attendre au moins 48 heures et de n’injecter ou de n’administrer le nitré que sous surveillance hémodynamique. Les stimulateurs de la guanylate cyclase, dont le riociguat (et, pour la Cleveland Clinic, le vériciguat), sont également exclus. Une hypersensibilité grave au tadalafil, y compris un syndrome de Stevens-Johnson, ferme la porte au médicament.

L’EMA liste aussi des situations cardiaques dans lesquelles Cialis ne doit pas être utilisé. Figurent l’infarctus de moins de 90 jours, l’angor instable ou l’angor pendant le rapport, l’insuffisance cardiaque de classe NYHA ≥ 2 dans les six mois, une arythmie non contrôlée, une hypotension inférieure à 90/50 mmHg, une hypertension non contrôlée, un accident vasculaire cérébral de moins de six mois et un antécédent de neuropathie optique ischémique antérieure (NOIA). DailyMed rappelle qu’une activité sexuelle déconseillée pour raison cardiaque l’emporte sur l’indication urinaire.

Les interactions fréquentes, hors nitrés, concernent les inhibiteurs puissants du CYP3A4 (kétoconazole, ritonavir). La dose quotidienne maximale indiquée par DailyMed est alors de 2,5 mg. Un alcool abondant (5 unités ou plus) additionne les effets vasodilatateurs, avec vertige, baisse de la tension debout et accélération du pouls. Il ne faut pas cumuler deux iPDE5 (sildénafil, vardénafil, avanafil, autre spécialité de tadalafil).

Dans les trois essais HBP ou HBP–dysfonction érectile de 12 semaines (581 hommes sous 5 mg, 576 sous placebo), 3,6 % ont arrêté pour effet indésirable contre 1,6 % sous placebo. Les réactions plus fréquentes sous tadalafil étaient les céphalées (4,1 % contre 2,3 %), la dyspepsie (2,4 % contre 0,2 %), les dorsalgies (2,4 % contre 1,4 %), la rhinopharyngite (2,1 %), la diarrhée (1,4 %), les douleurs de membre (1,4 %), les myalgies (1,2 %) et le vertige (1,0 %). Les dorsalgies surviennent souvent 12 à 24 heures après la prise et cèdent en 48 heures.

Certains signes imposent d’arrêter le comprimé et de consulter sans délai.

  • Une érection qui dure plus de quatre heures, douloureuse ou non, expose à un priapisme et à une lésion irréversible.
  • Une perte brutale de vision d’un œil ou des deux évoque une NOIA, plus fréquente si le disque optique est « étroit ».
  • Une baisse soudaine de l’audition, parfois avec acouphènes, a été rapportée après les iPDE5.
  • Une douleur thoracique pendant un rapport impose d’appeler le 15 ou le 112, sans prendre de nitré soi-même.

Quand consulter pour des symptômes d’HBP

Des symptômes urinaires nouveaux, même peu gênants, méritent un avis, car une infection, un calcul, un rétrécissement ou un cancer peuvent imiter une HBP. MedlinePlus conseille de consulter pour un besoin fréquent, un jet faible, des fuites, une vidange incomplète, une douleur à l’éjaculation ou une urine d’aspect inhabituel. La Mayo Clinic ajoute qu’attendre une « vraie » gêne laisse filer le risque d’obstacle.

Certains tableaux relèvent des urgences, pas d’un rendez-vous différé.

Situation Conduite Source
Aucune urine malgré l’envie (rétention aiguë) Appeler le 15 ou le 112 MedlinePlus, Mayo Clinic
Fièvre et frissons avec brûlures et envies impérieuses Avis médical le jour même MedlinePlus
Sang dans les urines, douleur du bas-ventre Consultation rapide MedlinePlus
Érection persistante au-delà de quatre heures Urgences (15 ou 112) DailyMed
Perte brutale de vision ou d’audition sous tadalafil Arrêt du comprimé et urgences DailyMed
Douleur de poitrine pendant un rapport 15 ou 112, sans nitré à domicile DailyMed, Cleveland Clinic

Une rétention peut être précipitée par un rhume traité avec un décongestionnant, par l’alcool, le froid, l’immobilisation ou un opioïde, rappelle le Merck Manual. Le médecin traitant ou l’urologue décidera d’une sonde, d’une bandelette, d’un PSA et, si besoin, d’une débitmétrie avec résidu post-mictionnel. Un débit inférieur à 15 mL/s oriente vers un obstacle ; un résidu supérieur à 100 mL oriente vers une vidange incomplète. Ces seuils aident à trier, ils ne posent pas à eux seuls le diagnostic.

Sous tadalafil déjà prescrit, une absence de gain à 4–12 semaines, une hypotension (vertiges au lever), un malaise ou l’un des signes du tableau ci-dessus justifient de revoir le traitement plutôt que d’augmenter la dose au-delà de 5 mg.

Place du tadalafil parmi les autres traitements de l’HBP

Les médicaments de l’HBP n’ont pas le même but. Les alpha-bloquants (alfuzosine, doxazosine, silodosine, tamsulosine, térazosine) relâchent le col vésical et la prostate. L’EAU estime une baisse d’IPSS de 30 à 40 % et une hausse de Qmax de 20 à 25 %, avec un effet rapide, sans réduction du volume ni prévention de la rétention à long terme. Les 5-ARI (finastéride, dutastéride) diminuent le volume de 18 à 28 % en deux à quatre ans ; la Mayo Clinic indique qu’il peut falloir jusqu’à six mois pour sentir l’effet, au prix d’effets sexuels possibles.

Classe Exemple Effet principal Limite utile
iPDE5 tadalafil 5 mg/j IPSS et érection ; Qmax peu modifié Pas d’effet démontré sur le volume
Alpha-bloquant tamsulosine, silodosine Jet et symptômes, action rapide Pas de réduction de la prostate
Inhibiteur de 5-AR finastéride, dutastéride Volume −18 à −28 % en 2–4 ans Délai de plusieurs mois
Association 5-AR + alpha-bloquant finastéride + tamsulosine Symptômes et progression si prostate > 30–40 mL Surveillance (PSA, effets sexuels)

L’EAU et l’AUA gardent une place pour la surveillance attentive et les mesures simples lorsque la gêne est faible. Moins de boisson le soir, moins de café et d’alcool, la double miction, le traitement d’une constipation et l’activité physique peuvent suffire. La Mayo Clinic rappelle qu’aucun complément (dont le palmetto) n’a d’autorisation aux États-Unis pour l’HBP et que deux essais solides n’ont pas montré de bénéfice du palmetto contre placebo.

Si les médicaments ne suffisent pas, si la rétention revient, si des calculs, des infections ou une atteinte rénale apparaissent, la discussion bascule vers un geste (résection, laser, vapeur, embolisation). Le tadalafil n’évite pas cette étape lorsqu’elle devient nécessaire. L’EAU souligne l’absence de données sur la progression sous iPDE5. Le choix se discute avec le médecin selon le volume, le résidu, l’érection et les autres traitements (nitrés, antihypertenseurs).

Questions fréquentes

Le tadalafil réduit-il le volume de la prostate ?

Non. L’EAU 2024 indique qu’il existe peu d’informations sur une réduction de taille et aucune donnée solide sur la prévention de la rétention ou d’une chirurgie. L’effet porte sur les symptômes et, souvent, sur l’érection, pas sur le volume glandulaire. Si l’objectif est de faire diminuer une prostate augmentée, le médecin discute plutôt le finastéride ou le dutastéride.

Peut-on prendre 2,5 mg de tadalafil pour l’HBP ?

La dose étudiée et retenue pour l’HBP est 5 mg chaque matin ou chaque soir, à heure fixe. Dans l’essai HBP–dysfonction érectile de la notice DailyMed, 2,5 mg n’ont pas amélioré l’IPSS total. Une dose de 2,5 mg peut servir de palier en cas d’insuffisance rénale modérée, puis le médecin réévalue. Si 5 mg n’est pas toléré, un autre traitement est en général préférable.

Le tadalafil remplace-t-il un alpha-bloquant ?

Pas automatiquement. Sur l’IPSS, l’EAU ne trouve pas de différence nette entre iPDE5 et alpha-bloquants, mais le Qmax s’améliore davantage avec ces derniers. DailyMed déconseille de cumuler les deux pour l’HBP ; l’AUA 2023 et l’EAU 2024 autorisent l’association à titre conditionnel ou faible. Le relais se décide avec le prescripteur, souvent après un jour sans alpha-bloquant si l’on passe au tadalafil seul.

Que faire si l’on prend déjà un dérivé nitré ?

Ne pas commencer le tadalafil. Nitrés et tadalafil associés peuvent faire chuter brutalement la tension. Signalez au médecin et au pharmacien tout nitré, y compris un spray ou un patch d’angor, et tout stimulateur de la guanylate cyclase. En cas de douleur thoracique sous tadalafil, appelez le 15 ou le 112 plutôt que de prendre un nitré chez vous.

Faut-il un bilan avant de commencer le tadalafil pour l’HBP ?

Oui. DailyMed demande d’écarter d’autres causes urologiques ; prostate et cancer peuvent coexister. Un interrogatoire (cœur, nitrés, tension), un toucher rectal, une bandelette et, souvent, un PSA précèdent la première boîte. Le médecin adapte ensuite le suivi (IPSS à 4–12 semaines, tension, effets indésirables).

Le tadalafil quotidien se prend-il à vie ?

Aucun essai n’impose une durée fixe. Les données contrôlées durent surtout 12 semaines, avec un suivi ouvert jusqu’à un an pour l’HBP. L’AUA propose de juger la réponse à 4–12 semaines. Si la gêne cède, si un effet indésirable apparaît ou si un geste devient utile, le médecin réajuste. Ne pas arrêter ni doubler la dose sans avis.

Conclusion

Le tadalafil 5 mg quotidien a une place réelle, étroite et désormais mieux cadrée. Il peut soulager des symptômes d’HBP modérés à graves, avec ou sans dysfonction érectile, sans promettre un meilleur débit ni une prostate plus petite. Les chiffres à retenir restent ceux des essais et de la méta-analyse de 2021 (environ 2 points d’IPSS de plus que le placebo) et ceux de la notice (céphalées, dyspepsie, dorsalgies ; 3,6 % d’arrêts).

Avant la première prise, dressez avec le médecin la liste des nitrés, des alpha-bloquants, des antihypertenseurs et des traitements du CYP3A4, et faites coter un IPSS. Le rendez-vous de 4 à 12 semaines sert à décider si le comprimé suffit, s’il faut l’associer — selon la notice locale, pas selon un usage américain copié-collé — ou s’il faut changer de classe.

Une impossibilité d’uriner, une érection qui se prolonge au-delà de quatre heures, une douleur de poitrine ou une perte soudaine de vision ou d’audition ne se gèrent pas à domicile. Composez le 15 ou le 112, puis faites réévaluer le traitement. Le pharmacien indiquera les spécialités disponibles en France. Le schéma quotidien de 5 mg, lui, est celui des notices américaine et européenne.

Sources

  1. U.S. National Library of Medicine : CIALIS- tadalafil tablet, film coated. DailyMed, 3 juin 2026.
  2. Cialis (tadalafil) tablets, 5 mg — Supplement Approval. U.S. Food and Drug Administration, 6 octobre 2011.
  3. Cialis | European Medicines Agency (EMA). European Medicines Agency, mis à jour le 28 janvier 2026.
  4. Sandhu JS, Bixler BR, Dahm P et al. : Management of Lower Urinary Tract Symptoms Attributed to Benign Prostatic Hyperplasia (BPH): AUA Guideline Amendment 2023. The Journal of Urology, 14 septembre 2023.
  5. European Association of Urology : Disease Management — EAU Guidelines on the Management of Non-neurogenic Male LUTS. Uroweb, 2024.
  6. Cui J, Cao D, Bai Y et al. : Efficacy and Safety of 12-week Monotherapy With Once Daily 5 mg Tadalafil for Lower Urinary Tract Symptoms of Benign Prostatic Hyperplasia: Evidence-based Analysis. Frontiers in Medicine, 12 octobre 2021.
  7. Benign prostatic hyperplasia (BPH) – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 23 décembre 2025.
  8. Benign prostatic hyperplasia (BPH) – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 23 décembre 2025.
  9. Lerner L : Benign Prostatic Hyperplasia. Merck Manual Professional Edition, février 2025.
  10. National Library of Medicine : Enlarged Prostate (BPH). MedlinePlus, mis à jour en 2025.
  11. Tadalafil Tablets (Erectile Dysfunction, BPH). Cleveland Clinic, mis à jour en 2026.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.