
Le sirop de Karo, un sirop de maïs de marque américaine, n’est pas un traitement validé de la constipation, ni chez l’adulte ni chez l’enfant. Les recommandations pédiatriques européennes et nord-américaines (ESPGHAN et NASPGHAN, 2014) ainsi que le guide britannique NICE CG99 placent le macrogol (polyéthylène glycol) en première ligne, pas un sirop sucré du commerce.
On a longtemps cru, surtout aux États-Unis, qu’une cuillerée de ce sirop « tirait » l’eau dans l’intestin. Ni Tabbers et coll. (2014), ni le NICE (2017), ni Chang et coll. (2023) ne le retiennent parmi les traitements. Le botulisme infantile, souvent associé à ce remède, concerne avant tout le miel avant l’âge d’un an. D’après le département de santé publique de Californie (2022), aucun cas n’a été relié à ce sirop, qui n’a pas non plus d’efficacité établie.
Environ 10,1 % des adultes remplissent les critères de Rome IV de constipation fonctionnelle, d’après la méta-analyse de Barberio et coll. (2021). Chez l’enfant, la prévalence estimée est d’environ 3 %, et le trouble commence dans la première année de vie dans 17 % à 40 % des cas (Tabbers et coll., 2014). Le macrogol à 17 g par jour est fortement recommandé chez l’adulte (recommandation AGA-ACG, 2023). Un ventre gonflé, des vomissements, de la fièvre ou un nourrisson mou qui tète mal relèvent d’un avis médical immédiat.
Qu’est-ce que le sirop de Karo
Karo est une marque américaine de sirop de maïs, c’est-à-dire un sirop de glucose obtenu à partir d’amidon de maïs. Ce n’est pas un médicament, et aucune autorité sanitaire de référence ne le présente comme un laxatif. En France, on trouve plutôt du sirop de maïs ou du sirop de glucose en rayon alimentaire ; le pharmacien reste le bon interlocuteur pour les spécialités locales.
Le produit a servi, dans les familles nord-américaines, de remède de cuisine contre les selles dures, y compris chez le nourrisson. Les enquêtes sur le botulisme infantile l’ont donc testé comme aliment donné aux bébés, au même titre que le miel, les céréales sèches ou les préparations en poudre (Harris et Dabritz, 2024). Cela dit beaucoup sur les habitudes, très peu sur une action laxative démontrée.
La constipation, elle, n’est pas « moins d’une selle par jour ». La Mayo Clinic (2025) la définit par moins de trois selles par semaine, ou par un passage difficile, des selles dures et la sensation de n’avoir pas tout évacué. Chez le nourrisson, le rythme varie encore plus. Un bébé allaité peut parfois passer plusieurs jours sans selle tant que les selles restent molles et que l’enfant tète et prend du poids (Mayo Clinic, 2024).
Le sirop de Karo n’entre dans aucune de ces définitions comme traitement. Il n’apparaît ni dans l’algorithme ESPGHAN/NASPGHAN de 2014, ni dans les recommandations NICE destinées aux enfants, ni dans la recommandation AGA-ACG de 2023 pour la constipation idiopathique chronique de l’adulte. La question utile n’est donc plus comment doser ce sirop, mais pourquoi ce réflexe de placard ne tient plus.

Le sirop de maïs soulage-t-il la constipation
Non. Il n’existe pas, dans les guides cités ici, d’essai contrôlé qui justifie le sirop de maïs comme laxatif. L’idée ancienne était qu’une partie des sucres peu absorbés resterait dans l’intestin et retiendrait de l’eau, un peu comme le sorbitol des jus de prune, de poire ou de pomme. Cette analogie n’a pas été transformée en preuve d’efficacité pour le Karo.
Chez l’enfant, Tabbers et coll. (2014) ont passé au crible les traitements non médicamenteux et médicamenteux. Le polyéthylène glycol sort en tête pour l’entretien et pour la désimpaction. Le lactulose prend le relais si le macrogol n’est pas disponible. Les fibres, l’eau et l’activité physique font l’objet de recommandations de bon sens, pas d’un sirop sucré. Les probiotiques et prébiotiques ne sont pas conseillés en routine.
Chez l’adulte, le panel AGA-ACG (Chang et coll., 2023) a examiné fibres, laxatifs osmotiques, stimulants et médicaments de prescription. Le PEG reçoit une recommandation forte, avec un niveau de certitude modéré. Le lactulose n’a qu’une recommandation conditionnelle. Ce sirop sucré ne figure pas dans la liste. Dans les essais de PEG, le nombre de selles spontanées complètes augmentait de 2,90 par semaine par rapport au placebo, et les selles spontanées de 2,30 par semaine.
Un adulte qui avale du sirop de maïs « pour aller à la selle » prend surtout du sucre concentré, avec le risque de ballonnements, de caries et d’un apport calorique inutile. Si les selles restent dures malgré l’eau, les fibres et un laxatif osmotique adapté, le bon réflexe est un avis médical, pas d’augmenter la dose de sirop.
Botulisme infantile, miel et sirop de maïs
Le botulisme infantile survient quand des spores de Clostridium botulinum germent dans l’intestin encore immature du nourrisson et y fabriquent une toxine. Cette toxine bloque la libération d’acétylcholine et peut entraîner une paralysie descendante. Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC, 2026) interdisent le miel avant un an. Ils ne donnent pas le même avertissement pour le sirop de maïs.
Le miel est l’aliment pour lequel le lien est à la fois biologique et épidémiologique. Harris et Dabritz (2024) ont recensé au moins 70 enquêtes mondiales sur le miel. C. botulinum y figurait dans 173 échantillons sur 4 310, soit 4 %. Aux États-Unis, 7 % des miels testés étaient positifs. Les CDC demandent de ne pas donner de miel, ni de tétine au miel, avant 12 mois.
Le dossier du sirop de maïs est différent, et c’est là que les textes anciens ont souvent figé une alerte des années 1980. La Food and Drug Administration américaine avait trouvé des spores de type B dans 5 flacons sur 961 (environ 0,5 %) en 1982 ; le fabricant a alors modifié le procédé. Une enquête de 1991 sur 738 échantillons n’en a trouvé aucun (Harris et Dabritz, 2024). Le document de questions du programme californien de traitement du botulisme infantile (mars 2022) conclut que, sur les données disponibles, ce produit n’apparaît ni comme une source de spores ni comme un facteur de risque actuel.
Cela ne transforme pas le Karo en traitement. Une absence de cas prouvé n’est pas une preuve d’efficacité, et les fabricants n’offrent pas la garantie d’un produit stérile. Pour un bébé de moins d’un an, le rapport bénéfice-risque d’un sirop sucré non médicamenteux reste défavorable. Le miel, en revanche, reste à écarter jusqu’au premier anniversaire, y compris dans un yaourt, un biberon ou une tétine.
Les premiers signes du botulisme infantile se confondent parfois avec une simple constipation. Les CDC (aperçu clinique, 2026) citent une constipation, une tétée faible, un cri modifié, un visage peu expressif, des paupières tombantes, une hypotonie. La constipation isolée est banale. Associée à une faiblesse, elle justifie un appel au 15 ou au 112. Aux États-Unis, le traitement hospitalier repose sur une antitoxine humaine (BabyBIG), à la dose totale de 0,4 ml/kg en une perfusion, sans attendre le résultat du laboratoire.
Constipation du nourrisson, comment la reconnaître
Chez le tout-petit, l’absence de selle quotidienne n’est pas, à elle seule, une constipation. La Mayo Clinic (2024) insiste sur la douleur, les selles dures (gros boudin ou petits crottins), le sang en surface, et un rythme nettement plus rare que d’habitude. Les nouveau-nés ont souvent une selle par jour le premier ou le deuxième mois. Ensuite, le bébé au lait infantile va souvent moins souvent que le bébé allaité.
Grimacer, râler ou pousser au moment d’une selle molle est fréquent. Pleurer à chaque émission, se cambrer, croiser les jambes ou se retenir parce que ça a déjà fait mal, voilà des signes plus parlants. Chez l’enfant plus grand, le NICE (CG99) retient, parmi d’autres indices, moins de trois selles formées par semaine, des selles en « crottes de lapin », un volume qui peut boucher la cuvette, et des postures de retenue (jambes tendues, pointes des pieds).
Les fuites de selles molles dans la couche ou le slip ne veulent pas dire diarrhée. Elles peuvent traduire un trop-plein autour d’un bouchon dur, ce que les pédiatres appellent une incontinence par regorgement. HealthyChildren (AAP, 2024) rappelle qu’environ une consultation pédiatrique sur vingt a un lien avec la constipation, et que le cercle vicieux douleur–rétention–selles encore plus dures est le mécanisme le plus courant, loin devant les maladies organiques.
Quelques alertes imposent de ne pas se contenter d’un remède de cuisine. Le NICE demande un avis urgent si la constipation date des premiers jours de vie, si le méconium n’est pas sorti dans les 48 heures chez un nouveau-né à terme, si les selles sont en ruban, si le ventre est distendu avec des vomissements, ou s’il existe une anomalie de l’anus, de la colonne ou des membres inférieurs. Ces situations sortent du cadre « fonctionnel » et n’ont rien à voir avec le sirop de maïs.
Que proposer à la place chez l’enfant
Le traitement de la constipation fonctionnelle de l’enfant n’est pas un sirop de cuisine. Le guide NICE CG99 (mise à jour 2017) écarte le régime seul en première intention. On associe un laxatif adapté, des habitudes de toilette sans punition, et une alimentation équilibrée.
Le macrogol (polyéthylène glycol 3350, avec ou sans électrolytes) est le laxatif de première ligne pour vider un fécalome et pour l’entretien, dans le guide britannique comme dans celui d’ESPGHAN/NASPGHAN. La posologie se calcule avec le médecin ou le pharmacien, selon le poids et la spécialité disponible en France. Tabbers et coll. (2014) indiquent, pour l’entretien, une dose de départ de 0,4 g/kg/jour, à ajuster ensuite, dans une fourchette souvent citée de 0,2 à 0,8 g/kg/jour. Pour vider un bouchon, la fourchette orale est de 1 à 1,5 g/kg/jour pendant 3 à 6 jours.
Le lactulose reste l’alternative si le macrogol n’est pas disponible ou mal toléré. La même source indique 1 à 2 g/kg, en une ou deux prises. Le NICE précise, pour un nourrisson de 1 à 11 mois, 2,5 ml deux fois par jour, à adapter à la réponse. Ces chiffres viennent de documents britanniques et européens. Le médecin traitant ou le pédiatre applique la pratique française et l’autorisation de mise sur le marché du produit choisi.
Côté quotidien, quelques gestes aident, sans remplacer le laxatif quand les selles sont déjà dures.
- Proposer l’eau en plus des tétées, sans remplacer le lait, selon l’avis du soignant.
- Après le début des solides, ajouter des fruits et légumes à fibres, comme la poire ou le pruneau.
- Installer l’enfant aux toilettes après les repas, pieds calés, sans le gronder s’il n’y arrive pas.
- Poursuivre l’entretien au moins deux mois, puis un mois sans symptômes, avant de diminuer (Tabbers, 2014).
Un massage doux du ventre et le mouvement des jambes « à vélo » peuvent aider, d’après la Mayo Clinic (2024). Chez le nourrisson, la même source déconseille l’huile de paraffine, les laxatifs stimulants et les lavements. Un suppositoire à la glycérine n’est envisagé que sur avis soignant, pas comme habitude quotidienne. Un régime d’éviction du lait de vache ne se commence pas tout seul. Le NICE le réserve à un avis spécialisé.
Constipation de l’adulte, traitements validés
Chez l’adulte, le Karo n’a pas davantage de place dans les recommandations. La constipation chronique idiopathique se traite d’abord par l’alimentation, l’activité physique, le respect de l’envie d’aller à la selle, puis par des laxatifs dont l’effet a été mesuré. Le panel commun de l’American Gastroenterological Association et de l’American College of Gastroenterology (Chang et coll., 2023) donne une recommandation forte au PEG par rapport à l’absence de PEG.
La dose étudiée dans le plus grand essai américain est de 17 g de PEG 3350 une fois par jour, mélangés dans un verre de liquide, jusqu’à six mois dans cet essai. Deux essais italiens utilisaient 17,5 g de PEG avec électrolytes deux fois par jour. La diarrhée, les ballonnements, les gaz et les nausées sont les effets attendus. La réponse a tenu sur six mois. Un essai de fibres (souvent le psyllium) peut précéder le PEG si la constipation est légère, ou l’accompagner.
Le lactulose, le séné, l’oxyde de magnésium et le lubiprostone n’ont qu’une recommandation conditionnelle dans ce document de 2023. Le picosulfate de sodium, le linaclotide, le plécanatide et le prucalopride ont une recommandation forte, mais ce sont des stratégies de seconde ligne ou de prescription, à discuter avec le médecin. En France, le pharmacien indiquera les macrogols et lactuloses disponibles sans importer un sirop américain.
Les causes « de vie » restent les plus fréquentes. Pas assez de fibres, trop peu d’eau, trop d’attente aux toilettes, un voyage, un alitement, des antalgiques opioïdes, certains antidépresseurs, des antiacides calciques, du fer. La Mayo Clinic (2025) relie aussi le diabète, la grossesse et certaines maladies neurologiques, et, plus rarement, un obstacle dans le côlon. Un sirop sucré ne corrige aucun de ces mécanismes.

Fibres, eau et jus de fruits
Les fibres et l’eau aident à prévenir des selles dures. Elles ne remplacent pas un laxatif osmotique quand un fécalome est déjà là. Le NICE (CG99) l’écrit pour l’enfant. HealthyChildren (2024) le répète. Boire plus sans médicament ne suffit souvent pas à débloquer une constipation installée.
Pour un adulte constipé, fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes, avec assez d’eau, forment la base alimentaire, selon la Mayo Clinic (2025). Pour l’enfant, HealthyChildren propose un repère simple. On ajoute 5 g à l’âge en années (un enfant de 5 ans viserait environ 10 g), sans dépasser le voisinage de 25 g, et on privilégie cinq portions de fruits et légumes. Un complément de fibres sans eau peut durcir encore les selles.
Les jus de fruits occupent une zone grise, et les sources ne disent pas la même chose. Les CDC (2026), alignés sur l’Académie américaine de pédiatrie, déconseillent tout jus de fruit ou de légume avant 12 mois. Après un an, le jus n’est pas nécessaire. Entre 1 et 3 ans, la limite citée est de 120 ml de pur jus à 100 % par jour. La Mayo Clinic (2024), pour un nourrisson déjà constipé, propose d’abord un peu d’eau à partir d’un mois, puis un petit volume de jus de pomme ou de poire (sorbitol), et le jus de pruneau après 3 mois, en restant sous 120 ml, sous guidage du soignant.
Ces deux lignes coexistent. L’une protège l’alimentation du nourrisson (le jus chasse le lait et apporte du sucre). L’autre tente un effet osmotique ponctuel. Ni l’une ni l’autre n’équivalent à du Karo. En France, le médecin ou le pharmacien tranche selon l’âge, le type de lait et le poids. Le fruit entier, une fois la diversification commencée, reste plus cohérent que le jus.
Macrogol et lactulose, doses et précautions
Le macrogol attire l’eau dans la lumière intestinale et ramollit les selles. Le lactulose, un disaccharide non absorbé, fermente et a le même type d’effet osmotique, souvent avec plus de gaz. Tabbers et coll. (2014) jugent le PEG plus efficace que le lactulose, le lait de magnésie, l’huile minérale ou le placebo chez l’enfant. Le lactulose reste le relais de première ligne si le PEG n’est pas disponible, car il est considéré comme utilisable à tout âge dans ce guide.
Les doses qui suivent viennent de documents américains, britanniques et européens. Elles ne remplacent pas la notice française ni l’avis du prescripteur.
- Entretien pédiatrique au PEG, dose de départ 0,4 g/kg/jour, à ajuster selon les selles (ESPGHAN/NASPGHAN, 2014).
- Désimpaction pédiatrique au PEG oral, 1 à 1,5 g/kg/jour pendant 3 à 6 jours (même source).
- Lactulose pédiatrique, 1 à 2 g/kg par jour, ou 2,5 ml deux fois par jour avant un an (NICE).
- PEG adulte, 17 g une fois par jour dans un verre d’eau (essai américain, AGA-ACG, 2023).
Le NICE demande de prévenir les familles. La désimpaction peut d’abord augmenter les fuites et les douleurs. On n’arrête pas le traitement du jour au lendemain. On le poursuit plusieurs semaines après le retour d’un rythme régulier, parfois des mois, et on le diminue ensuite. Certains enfants en ont besoin pendant des années. HealthyChildren (2024) souligne que les enfants ne « deviennent pas dépendants » du PEG 3350 au sens d’une accoutumance, et que les données disponibles n’ont pas lié ce produit à un trouble du spectre de l’autisme.
Les contre-indications classiques des osmotiques (occlusion, perforation, encore parfois une maladie inflammatoire intestinale grave) figurent sur les notices. Une diarrhée prolongée peut déséquilibrer les électrolytes. Toute posologie se discute avec le médecin traitant, le pédiatre ou le pharmacien, qui appliquent le cadre français.
Constipation, quand voir un médecin
Un épisode bref de selles dures, après un voyage ou un alitement, se gère souvent à la maison. Une constipation nouvelle, douloureuse, saignante ou qui dure, non. La Mayo Clinic (2025) conseille un rendez-vous si les symptômes dépassent trois semaines, gênent la vie quotidienne, s’accompagnent de sang (papier, selle ou cuvette), de selles noires, d’un changement de forme inhabituel, d’une douleur abdominale qui ne passe pas, ou d’un amaigrissement involontaire.
Chez le nourrisson, la Mayo Clinic (2024) demande un contact rapide si le ventre est gonflé, si le bébé vomit ou a de la fièvre, s’il refuse de manger et paraît anormalement fatigué. Ces signes, avec une constipation, peuvent, rarement, correspondre à une maladie de Hirschsprung, une maladie cœliaque ou une mucoviscidose. Ils peuvent aussi, plus rarement encore, précéder un botulisme infantile. Dans le doute, on appelle le 15 ou le 112 plutôt que d’attendre l’effet d’un sirop.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Nourrisson au ventre gonflé, qui vomit, fébrile ou très fatigué | Contacter le médecin sans délai (Mayo Clinic, 2024) |
| Bébé mou, tétée faible, cri éteint, paupières tombantes | Appeler le 15 ou le 112 (CDC, 2026) |
| Méconium absent après 48 h de vie, constipation dès les premiers jours | Avis urgent, hors constipation idiopathique (NICE CG99) |
| Sang dans les selles, amaigrissement, douleur continue | Consulter (Mayo Clinic, 2025) |
| Constipation d’adulte au-delà de trois semaines | Prendre rendez-vous (Mayo Clinic, 2025) |
| Enfant constipé malgré un laxatif bien pris pendant trois mois | Consulter un soignant expérimenté (NICE CG99) |
Le NICE (CG99) fixe aussi un délai. Un enfant de moins d’un an dont la constipation idiopathique ne cède pas en quatre semaines malgré un traitement optimal doit être vu par un professionnel capable d’examiner le rectum et d’écarter une malformation ou une maladie de Hirschsprung. Après un an, l’absence de réponse en trois mois justifie un avis plus spécialisé. Ces seuils sont britanniques. Ils donnent un ordre de grandeur utile pour décider de ne pas attendre.
Ce qu’il ne faut pas donner avant un an
Avant 12 mois, le miel est le seul aliment dont l’éviction a un effet préventif démontré contre le botulisme infantile (CDC, 2026 ; CDPH, 2022). On ne le met pas dans le biberon, la tétine, les céréales ou l’eau. Le sirop de Karo n’a pas ce statut d’aliment « prouvé dangereux », mais il n’a aucune indication médicale à cet âge et ajoute du sucre.
Avant 12 mois, le lait de vache comme boisson, les produits non pasteurisés, les sucres ajoutés et, de façon générale, les jus sont également à écarter, selon les CDC (2026). Un nourrisson n’a pas de « place » calorique pour un sirop de cuisine. La constipation de cet âge se discute avec le médecin, qui vérifiera d’abord la reconstitution du lait, la prise de poids et l’absence de signes d’alarme, avant de parler d’eau, de jus ponctuel ou de laxatif.
Les lavements, l’huile de paraffine et les laxatifs stimulants n’ont pas leur place en automédication chez le nourrisson (Mayo Clinic, 2024). Un thermomètre rectal « pour faire venir les selles » n’est pas un geste anodin. Si un traitement est nécessaire, autant qu’il soit nommé, dosé et suivi. Le Karo, le miel et les sirops maison n’en font pas partie.
Questions fréquentes
Le sirop de Karo se trouve-t-il en pharmacie en France ?
Non. C’est une marque alimentaire américaine, pas un médicament. En France, on discute avec le pharmacien d’un macrogol ou d’un lactulose adapté à l’âge, plutôt que d’importer un sirop de maïs.
Un adulte peut-il l’utiliser comme laxatif maison ?
Rien dans la recommandation AGA-ACG de 2023 ne le justifie. Le PEG à 17 g par jour a une recommandation forte. Ce sirop sucré n’en a pas. Mieux vaut un laxatif osmotique dont la dose est connue.
Les probiotiques remplacent-ils un laxatif chez l’enfant ?
Non en routine. Tabbers et coll. (2014) et HealthyChildren (2024) jugent les données insuffisantes. Un probiotique ne vide pas un fécalome et ne remplace pas le macrogol.
Combien de selles par semaine sont normales chez un bébé allaité ?
Le rythme varie. Après les premières semaines, plusieurs jours sans selle peuvent rester banals si les selles sont molles et que le bébé tète et grandit (Mayo Clinic, 2024). Des selles dures et douloureuses, elles, ne sont pas normales.
Un suppositoire à la glycérine suffit-il ?
Parfois, pour un épisode ponctuel, et seulement si un soignant l’a conseillé. Ce n’est pas un traitement d’entretien. Les guides pédiatriques privilégient un laxatif oral, surtout le macrogol.
Faut-il couper le lait de vache en cas de constipation ?
Pas sans avis médical. Le NICE (CG99) ne commence un régime d’éviction que sur avis spécialisé. L’enfant a besoin de calcium. On n’improvise pas une restriction.

Conclusion
Le sirop de Karo répond à une question de grand-mère plus qu’à une question de soin. Les documents de 2014 (ESPGHAN/NASPGHAN), 2017 (NICE CG99) et 2023 (AGA-ACG) s’accordent sur autre chose. Un laxatif osmotique dosé, le plus souvent le macrogol, plus des fibres et de l’eau, plus le temps de laisser le côlon se vider sans douleur. Le miel reste interdit avant un an. Sur les données californiennes de 2022, le Karo n’est plus un facteur de botulisme démontré, mais il n’est toujours pas un traitement.
Si vous vous apprêtez à en verser une cuillerée dans un biberon, arrêtez-vous. Notez depuis quand les selles sont dures, s’il y a du sang, si l’enfant se retient, s’il vomit ou si son ventre est tendu. Posez ensuite au médecin ou au pharmacien une question précise. Quel macrogol, quelle dose pour ce poids, pour combien de semaines, et quels signes doivent faire appeler le 15.
Chez l’adulte, la même logique tient. Trois semaines de constipation nouvelle, du sang, un amaigrissement ou une douleur qui ne cède pas méritent un rendez-vous, pas un sirop sucré. La prévalence élevée (environ une personne sur dix selon Rome IV) n’en fait pas une fatalité de placard. Elle en fait un motif fréquent, pour lequel des doses et des durées existent enfin dans les guides, plutôt que dans les recettes.
Sources
- Infant constipation: How is it treated?. Mayo Clinic, 5 octobre 2024.
- Constipation – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 15 avril 2025.
- Botulism Prevention. Centers for Disease Control and Prevention, 26 février 2026.
- Foods and Drinks to Avoid or Limit. Centers for Disease Control and Prevention, 14 avril 2026.
- Clinical Overview of Infant Botulism. Centers for Disease Control and Prevention, 29 septembre 2026.
- Frequently Asked Questions (FAQs) About Infant Botulism. California Department of Public Health, mars 2022.
- Tabbers MM, DiLorenzo C et al. : Evaluation and treatment of functional constipation in infants and children: evidence-based recommendations from ESPGHAN and NASPGHAN. Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, février 2014.
- Constipation in children and young people: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, juillet 2017.
- Chang L, Chey WD et al. : American Gastroenterological Association-American College of Gastroenterology Clinical Practice Guideline: Pharmacological Management of Chronic Idiopathic Constipation. The American Journal of Gastroenterology, 1er juin 2023.
- Barberio B, Judge C et al. : Global prevalence of functional constipation according to the Rome criteria: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Gastroenterology & Hepatology, 3 juin 2021.
- Harris RA, Dabritz HA : Infant Botulism: In Search of Clostridium botulinum Spores. Current Microbiology, 13 août 2024.
- Reeves PT, Waasdorp Hurtado C : Constipation in Children. HealthyChildren.org, 10 juillet 2024.
