
La méningite cryptococcique est une infection des membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière, due le plus souvent à la levure encapsulée Cryptococcus neoformans. Elle ne se transmet pas d’une personne à l’autre. Le champignon s’inhale dans l’environnement, puis peut gagner le système nerveux lorsque l’immunité cellulaire est très affaiblie.
Sans traitement adapté, l’évolution peut être mortelle, surtout si le VIH est déjà à un stade avancé. Les CDC estiment, pour l’année 2020, environ 152 000 cas liés au VIH dans le monde et 112 000 décès, soit près de 19 % des morts liées au sida.
Les recommandations de l’OMS de 2022 privilégient une dose unique d’amphotéricine B liposomale à 10 mg/kg, associée à la flucytosine et au fluconazole. Le diagnostic repose sur une ponction lombaire avec mesure de la pression d’ouverture et un test rapide d’antigène cryptococcique. Une confusion, des crises convulsives ou une baisse brutale de la vue relèvent du 15 ou du 112.
Qu’est-ce que la méningite cryptococcique ?
C’est une méningo-encéphalite fongique. Après inhalation de spores, Cryptococcus peut quitter les poumons, passer dans le sang et se fixer dans le système nerveux central. Lorsque l’infection à VIH est avancée, jusqu’à 90 % des cryptococcoses invasives se manifestent à ce niveau, d’après le chapitre de l’OMS consacré à la maladie cryptococcique (recommandations de 2022).
Deux espèces causent l’essentiel des cas humains. C. neoformans circule partout dans le monde, dans les sols et les fientes d’oiseaux. C. gattii vit plutôt dans des creux d’arbres, surtout en zone tropicale ou subtropicale, avec des foyers plus tempérés en Colombie-Britannique, dans le Nord-Ouest pacifique des États-Unis et autour de la Méditerranée, selon l’aperçu clinique des CDC (2024) et la revue Merck (2025). Cette seconde espèce peut rendre malades des personnes dont l’immunité paraît normale.
La maladie n’a pas le tempo d’une méningite bactérienne hyperaiguë. Les symptômes s’étalent souvent sur des jours ou des semaines. Beaucoup de personnes inhalent le champignon sans jamais tomber malades. Chez d’autres, il reste silencieux pendant des mois ou des années, puis se réactive quand l’immunité chute, par exemple après un traitement corticoïde ou à l’occasion d’un VIH non contrôlé.
Les poumons, la peau, les os, la prostate ou d’autres viscères peuvent aussi être atteints. Des nodules ou des lésions cutanées qui imitent un molluscum contagiosum doivent faire chercher une dissémination, en particulier si le taux de lymphocytes CD4 est très bas. Chez l’enfant vivant avec le VIH, la cryptococcose reste rare, même dans les régions où les adultes paient un lourd tribut.

Quels symptômes doivent alerter ?
Les signes de l’atteinte cérébrale s’installent souvent à bas bruit. La page symptômes des CDC (2024) retient surtout les maux de tête, la fièvre, la confusion ou un changement de comportement, une douleur de nuque, des nausées ou vomissements, et une gêne à la lumière. Ces manifestations peuvent commencer des semaines ou des mois après l’inhalation, parfois des années plus tard si l’immunité s’effondre.
Lorsque l’infection à VIH est en cause, les lignes du NIH sur les infections opportunistes (mises à jour en octobre 2024) décrivent une méningite ou une méningo-encéphalite subaiguë. Fièvre, malaise et céphalées progressent sur plusieurs semaines, avec une durée médiane d’environ deux semaines. La raideur de nuque et la photophobie, pourtant classiques dans d’autres méningites, n’apparaissent que chez un quart à un tiers des patients. Une léthargie, des troubles de la mémoire ou un changement de personnalité traduisent souvent une pression trop élevée dans le crâne plutôt qu’un foyer unique.
Hors VIH, le délai est souvent plus long. La revue StatPearls (2026) situe le temps entre le début des symptômes et la consultation autour de six à douze semaines. La fièvre peut rester modérée ou absente, car l’inflammation des méninges est parfois pauvre, surtout si l’immunité est très déprimée. Une diplopie, une baisse d’acuité visuelle, une baisse d’audition, une ataxie ou des crises convulsives signalent une maladie déjà avancée.
L’atteinte pulmonaire ressemble à une pneumonie. Toux, essoufflement, douleur thoracique et fièvre figurent parmi les signes les plus fréquents. Une radiographie peut montrer des nodules ou des adénopathies hilaires. Lorsque l’infection se dissémine, des plaques, des boutons, des ulcérations ou des lésions ombiliquées apparaissent sur la peau.
Quelques points concrets aident à ne pas banaliser un mal de tête inhabituel.
- Les céphalées qui durent plusieurs jours chez une personne immunodéprimée justifient un avis médical rapide.
- Une confusion d’apparition récente n’est pas un « effet secondaire » anodin d’un traitement du VIH.
- Une nuque douloureuse n’est pas obligatoire pour que le diagnostic reste possible.
- Des vomissements répétés avec vision floue évoquent une pression trop élevée dans le crâne.
- Une éruption cutanée nouvelle, surtout ombiliquée, peut accompagner une forme disséminée.
Qui est le plus exposé ?
Le risque est le plus élevé lorsque l’immunité T est effondrée. Les CDC (prévention, 2024) citent en premier le VIH avancé, la greffe d’organe et les médicaments qui affaiblissent l’immunité, notamment les corticoïdes et certains traitements de la polyarthrite rhumatoïde. Une personne en bonne santé peut être infectée, mais c’est nettement moins fréquent.
Environ 90 % des cas liés au VIH surviennent lorsque le taux de CD4 est inférieur à 100 cellules/mm³, d’après les lignes du NIH (2024). Avant l’ère des trithérapies efficaces, 5 à 8 % des personnes avec un VIH avancé, dans certains pays à ressources élevées, développaient une cryptococcose disséminée. L’incidence a fortement baissé là où le diagnostic du VIH et le traitement antirétroviral sont précoces. Elle reste majeure là où beaucoup de patients arrivent encore au stade de maladie avancée.
Hors VIH, MedlinePlus (2024) et Merck (2025) ajoutent la cirrhose, le diabète, les leucémies et lymphomes, la sarcoïdose, la greffe et une corticothérapie prolongée. StatPearls (2026) rappelle aussi des déficits plus rares, comme une lymphopénie CD4 idiopathique, des maladies monogéniques ou des auto-anticorps. C. gattii peut toucher des hôtes sans immunodépression évidente, ce qui retarde souvent le diagnostic.
Le tableau n’est donc pas « réservé au sida ». Un transplanté sous immunosuppresseurs, une personne sous prednisone au long cours ou un patient suivi pour un lymphome peut présenter la même méningite. L’âge plus élevé observé hors VIH s’explique en partie par ces comorbidités et ces traitements, pas seulement par le vieillissement immunitaire.
Comment le champignon entre-t-il dans l’organisme ?
La porte d’entrée est respiratoire. On inhale des spores microscopiques présentes dans le sol, le bois en décomposition, les creux d’arbres ou, pour C. neoformans, les fientes d’oiseaux. Le champignon n’est pas transmis par un baiser, une toux, une relation sexuelle ou un objet du quotidien. Cleveland Clinic (2023) et les CDC le disent de façon convergente. Les animaux de compagnie peuvent, très rarement, développer une cryptococcose, sans en faire une maladie de famille.
L’incubation n’est pas bien établie. Les symptômes d’une infection récente apparaissent le plus souvent en semaines ou en mois. Une maladie peut aussi surgir des années après l’exposition, par réactivation d’un foyer latent lorsque l’immunité bascule. C’est le même schéma que d’autres infections opportunistes. Le champignon « attend » dans l’organisme, souvent sans aucun signe.
Aucune consigne formelle n’est émise par les CDC (2024) pour éviter d’inhaler Cryptococcus dans l’environnement, parce que le champignon est trop répandu. La plupart des personnes exposées ne tombent pas malades. Éviter les fientes de pigeons n’est donc pas une stratégie de santé publique comparable à un vaccin ou à un dépistage ciblé. Ce qui réduit vraiment le risque, si le VIH est déjà connu, c’est le maintien d’un taux de CD4 élevé grâce au traitement antirétroviral, et un test CrAg sanguin lorsque ce taux est très bas.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Le geste de référence, lorsqu’on suspecte un premier épisode, est une ponction lombaire rapide avec mesure de la pression d’ouverture du liquide céphalorachidien (LCR) et recherche de l’antigène cryptococcique. L’OMS (recommandations de diagnostic maintenues en 2022) en fait l’approche préférée, avec un résultat d’antigène si possible en moins de 24 heures.
Le test immunochromatographique latéral (LFA) détecte l’antigène capsulaire dans le sang ou le LCR. Merck (2025) lui attribue une sensibilité et une spécificité supérieures à 99 % pour C. neoformans et C. gattii. Il reste positif des semaines après le début du traitement. Il ne sert donc pas à juger à lui seul la stérilisation. La culture fongique reste la référence pour prouver que des levures viables sont encore présentes. Dans les méningites associées au VIH, le NIH (2024) indique que la culture du LCR est positive dans environ 90 à 94 % des cas, et l’hémoculture dans 47 à 70 %.
L’examen à l’encre de Chine visualise la capsule comme un halo. Il est rapide, mais moins sensible, surtout si la charge fongique est basse. Un résultat négatif n’élimine pas le diagnostic. Il doit être confirmé par l’antigène ou la culture. Dans le LCR, on trouve souvent une protéine un peu élevée, un glucose bas ou normal, et une pléiocytose lymphocytaire. Chez une personne très immunodéprimée, le LCR peut pourtant paraître presque normal, alors que l’antigène est franchement positif.
Une imagerie cérébrale (scanner ou IRM) précède la ponction s’il existe des signes de foyer, des crises répétées ou une coagulopathie importante. Une paralysie isolée du VIᵉ nerf crânien et une pression élevée ne contre-indiquent pas, à elles seules, la ponction dans cette maladie. Si la ponction n’est pas possible tout de suite, un CrAg sanguin oriente déjà. Un titre LFA supérieur à 1/160 rend une dissémination plus probable. Au-delà de 1/640, le NIH recommande de traiter comme une atteinte neuroméningée, même si le LCR paraît rassurant.
| Examen | Rôle | Limite utile à connaître |
|---|---|---|
| Antigène CrAg (LFA) sur LCR ou sang | Diagnostic rapide, y compris infection encore peu symptomatique | Reste positif longtemps après le début du traitement |
| Pression d’ouverture du LCR | Évalue le risque visuel et vital lié à l’hypertension | Doit être mesurée dès la première ponction |
| Culture du LCR, du sang ou des urines | Confirme des levures vivantes et suit la stérilisation | Résultat en plusieurs jours |
| Encre de Chine | Visualise la capsule en quelques minutes | Sensibilité trop basse pour écarter le diagnostic |
| IRM ou scanner cérébral | Cherche un cryptococcome ou un autre foyer avant ponction | N’affirme pas à lui seul l’origine fongique |
Quel traitement antifongique aujourd’hui ?
Le traitement d’une méningite confirmée se déroule en trois temps. Une phase d’attaque (induction) vise à tuer rapidement le champignon. Une consolidation de huit semaines, puis un entretien prolongé, réduisent le risque de rechute. Les doses qui suivent viennent de documents officiels. Le médecin et le pharmacien adaptent le schéma aux recommandations françaises, à la fonction rénale et aux interactions.
En 2022, l’OMS a modifié l’induction préférée lorsque le VIH est associé à cette méningite. Une seule perfusion d’amphotéricine B liposomale à 10 mg/kg, le premier jour, est associée à 14 jours de flucytosine (100 mg/kg par jour en quatre prises) et de fluconazole (1 200 mg par jour chez l’adulte). Ce schéma s’appuie sur l’essai AMBITION-cm, repris par le NIH (2024). À dix semaines, la mortalité était de 24,8 % dans le groupe dose unique contre 28,7 % dans le bras de référence, sans dépasser la marge de non-infériorité prévue par l’essai, avec moins d’effets indésirables graves (50 % contre 62,3 %). Les patients étaient hospitalisés au moins sept jours, avec ponctions de contrôle.
Aux États-Unis, lorsque le suivi quotidien des électrolytes et de la créatinine est possible, les experts du NIH (2024) préfèrent encore deux semaines d’amphotéricine B liposomale à 3-4 mg/kg par jour plus flucytosine à 25 mg/kg quatre fois par jour. Le schéma « dose unique » de l’OMS y est présenté comme l’option des systèmes à ressources limitées. Merck (2025) décrit les deux approches. Ni l’une ni l’autre ne doit être lue comme une norme française universelle. C’est le prescripteur, sur place, qui choisit.
La flucytosine accélère la stérilisation du LCR et améliore la survie par rapport à l’amphotéricine seule. L’association amphotéricine plus fluconazole n’est qu’une alternative si la flucytosine manque. L’itraconazole, parfois cité à tort comme un traitement de première intention, est clairement inférieur au fluconazole pour la consolidation et l’entretien. Les échinocandines (caspofungine, micafungine, anidulafungine) n’ont pas d’activité clinique contre Cryptococcus. Le NIH (2024) les écarte formellement.
Après l’induction, l’OMS recommande du fluconazole à 800 mg par jour pendant huit semaines, puis 200 mg par jour jusqu’à reconstitution immunitaire. L’OMS fixe l’arrêt de l’entretien à un taux de CD4 supérieur à 200 cellules/mm³ avec charge virale contrôlée. Le NIH demande au moins un an de fluconazole à 200 mg, un patient asymptomatique, des CD4 au moins égaux à 100 cellules/mm³ et une charge virale indétectable. Ces seuils ne se moyennent pas. Le médecin appliquera la règle locale.
L’amphotéricine B, surtout sous forme désoxycholate, peut léser les reins, faire chuter le potassium et le magnésium, et provoquer anémie, fièvre ou frissons. La forme liposomale est mieux tolérée, mais elle n’est pas interchangeable avec le désoxycholate. Les doses ne se recopient pas d’une spécialité à l’autre. La flucytosine impose une surveillance de la numération, du foie et, si possible, un dosage sanguin. Le fluconazole à forte dose peut assécher la peau, faire tomber les cheveux et, plus rarement, perturber le foie. Pendant le premier trimestre de grossesse, le NIH réserve plutôt l’amphotéricine et évite les azolés, sauf si le bénéfice l’emporte clairement.
| Phase | Durée habituelle | Schéma OMS 2022 (adulte vivant avec le VIH) |
|---|---|---|
| Induction | 14 jours d’azolé et de flucytosine (amphotéricine le jour 1) | Amphotéricine B liposomale 10 mg/kg une fois, flucytosine 100 mg/kg/j, fluconazole 1 200 mg/j |
| Consolidation | 8 semaines | Fluconazole 800 mg/j |
| Entretien | Jusqu’à reconstitution immunitaire | Fluconazole 200 mg/j, CD4 > 200/mm³ et charge virale contrôlée |
| Alternative d’induction (sans forme liposomale) | 7 + 7 jours | Amphotéricine désoxycholate 1 mg/kg/j et flucytosine 7 jours, puis fluconazole 1 200 mg/j 7 jours |

Pression du liquide céphalorachidien et complications
La levure encombre les voies d’écoulement du LCR. Une pression d’ouverture d’au moins 25 cm d’eau se voit chez 60 à 80 % des patients séropositifs au moment du diagnostic, selon le NIH (2024). Céphalées rebelles, vomissements, vision floue, œdème papillaire, somnolence ou confusion en sont les signes. Cette hypertension n’est pas un détail. Dans un essai classique encore cité par le NIH, elle était associée à 92 % des décès des deux premières semaines de traitement.
Le drainage thérapeutique par ponction lombaire améliore la survie dans les observations encore citées par le NIH. L’OMS recommande de ramener la pression sous 20 cm d’eau, ou de la réduire de moitié si elle est extrême, puis de répéter le geste chaque jour tant que les symptômes persistent ou que la pression reste haute, jusqu’à deux jours de valeurs normales. Le NIH (2024) décrit aussi un bénéfice de survie lié à au moins une ponction thérapeutique dans les sept jours, y compris lorsque la pression initiale n’était pas très élevée. Les corticoïdes, le mannitol et l’acétazolamide ne sont pas des substituts. L’essai CryptoDex, repris par le NIH, n’a pas montré de gain de survie avec la dexaméthasone en induction, et a même ralenti la clairance fongique.
Les complications de la maladie elle-même, listées par MedlinePlus (2024) et Cleveland Clinic (2023), comprennent des lésions cérébrales, une baisse d’audition ou de vision, une hydrocéphalie, des crises convulsives et le décès. Un cryptococcome (masse fongique) peut comprimer un nerf. Après le début des antirétroviraux, un syndrome inflammatoire de restauration immunitaire (IRIS) survient chez 10 à 30 % des patients selon le NIH, et dans une fourchette plus large de 10 à 50 % dans le texte de l’OMS. Il se distingue d’une rechute par des cultures de LCR stériles malgré une aggravation clinique.
L’amphotéricine B peut elle aussi léser les reins et les muscles, et provoquer fièvre ou nausées. Une infection persistante se définit, pour le NIH, par des cultures encore positives après deux semaines d’un schéma adapté, une fois la pression contrôlée. Une rechute suppose la reprise de symptômes avec culture de nouveau positive après au moins quatre semaines. Dans les deux cas, on reprend une induction et on cherche un problème d’observance, une interaction (par exemple avec la rifampicine) ou un IRIS, plutôt qu’une résistance primaire au fluconazole, encore peu fréquente aux États-Unis.
Dépistage de l’antigène cryptococcique et antirétroviraux
Le meilleur moyen d’éviter cette méningite, si le VIH est déjà connu, reste un diagnostic précoce et un traitement antirétroviral efficace. Lorsque le taux de CD4 est déjà très bas, l’OMS recommande, avant de commencer ou de reprendre les antirétroviraux, un test CrAg sur le sang si ce taux est inférieur à 100 cellules/mm³. Ce dépistage peut aussi être envisagé sous le seuil de 200 cellules/mm³. Un résultat positif impose de chercher des signes de méningite et, si c’est possible, de ponctionner.
Si l’antigène est positif sans méningite, un traitement préemptif par fluconazole (800 à 1 200 mg par jour pendant deux semaines, puis consolidation et entretien) vise à empêcher le passage vers le cerveau. Lorsque le test n’est pas disponible, l’OMS recommande une prophylaxie primaire par fluconazole sous le même seuil de CD4. Aux États-Unis, le NIH (2024) ne recommande pas cette prophylaxie de routine en l’absence d’antigène positif, parce que la maladie y est devenue rare, sans bénéfice de survie clairement démontré, avec un risque d’interactions et de résistance.
Le calendrier des antirétroviraux n’est pas celui d’une pneumocystose. Commencer trop tôt augmente la mortalité. Dans l’essai COAT, repris par le NIH (2024), un démarrage dans un délai d’une à deux semaines après le diagnostic donnait 45 % de morts à six mois, contre 30 % lorsque les antirétroviraux étaient reportés de quatre à six semaines. L’OMS et le NIH s’accordent donc, pour une atteinte neuroméningée, sur un report de quatre à six semaines après le début des antifongiques. Le NIH précise que la plupart des experts visent un début vers quatre semaines, une fois les cultures de LCR stériles si possible. Pour une cryptococcose hors système nerveux, un délai d’environ deux semaines est jugé prudent.
Un IRIS « démasqué » peut aussi révéler la méningite juste après le début des antirétroviraux. Le traitement consiste alors à poursuivre les deux lignes (antifongique et antirétroviral), à drainer la pression si elle remonte, et à n’utiliser une courte corticothérapie que dans les formes très inflammatoires, au cas par cas.
Quand consulter pour une méningite cryptococcique
Un mal de tête inhabituel, durable, chez une personne vivant avec le VIH, transplantée, sous corticoïdes au long cours ou sous immunosuppresseur, n’attend pas « d’aller mieux tout seul ». Les CDC demandent un avis médical immédiat dès que des symptômes de cryptococcose sont possibles. La maladie progresse moins vite qu’une méningite à méningocoque, mais une pression trop élevée peut faire basculer la vision ou la vigilance en quelques heures.
Appelez le 15 ou le 112, ou rendez-vous aux urgences, si une céphalée s’accompagne d’une confusion, d’une somnolence difficile à réveiller, de crises convulsives, d’une raideur de nuque avec fièvre, de vomissements en jet, d’une baisse brutale de la vue ou d’une diplopie. Cleveland Clinic (2023) ajoute, parmi les signes de gravité, une détresse respiratoire et des convulsions. Ne tardez pas non plus pour un nourrisson fébrile inconsolable, même si la cryptococcose pédiatrique est rare. Le 15 et le 112 restent les numéros à composer en France.
Le médecin pourra demander un test VIH si le statut n’est pas connu, un dosage des CD4, un CrAg sanguin et une ponction lombaire avec manomètre. Posez la question de la pression d’ouverture. Un résultat « antigène positif » sans mesure de pression laisse un angle mort. Demandez aussi si le fluconazole, à lui seul, suffit vraiment dans votre situation, ou si une induction avec amphotéricine et flucytosine s’impose.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Céphalées persistantes si vous vivez avec le VIH ou prenez un immunosuppresseur | Consulter le jour même, médecin traitant ou urgences |
| Confusion, crises, baisse brutale de la vue, nuque raide avec fièvre | Appeler le 15 ou le 112 |
| Vomissements répétés et vision double sous traitement antifongique | Retour aux urgences, la pression du LCR peut remonter |
| CD4 < 100/mm³ avant de commencer les antirétroviraux | Demander un test CrAg sanguin |
| Réapparition de céphalées après une méningite déjà traitée | Revoir l’équipe qui a conduit l’induction, sans arrêter le fluconazole seul |
Questions fréquentes
La méningite cryptococcique est-elle contagieuse ?
Non. Vous ne l’attrapez pas au contact d’une personne malade. L’infection suit l’inhalation de spores présentes dans l’environnement. Les CDC et Cleveland Clinic (2023) sont alignés sur ce point.
Peut-on l’avoir sans vivre avec le VIH ?
Oui. Greffe, corticoïdes prolongés, certains cancers du sang, cirrhose, sarcoïdose ou C. gattii suffisent parfois. Le diagnostic est alors souvent plus tardif, parce qu’on y pense moins.
Combien de temps dure le traitement antifongique ?
L’attaque dure en général deux semaines, la consolidation huit semaines, l’entretien au moins plusieurs mois, souvent un an ou plus tant que l’immunité n’est pas reconstituée. La durée exacte dépend du terrain et des cultures de LCR.
Pourquoi attendre avant de commencer les antirétroviraux ?
Un démarrage trop précoce augmente le risque d’IRIS cérébral et, dans l’essai COAT, la mortalité à six mois (45 % contre 30 %). L’OMS et le NIH recommandent un report de quatre à six semaines après le début des antifongiques.
Les échinocandines ou l’itraconazole peuvent-ils remplacer l’amphotéricine ?
Non pour les échinocandines, qui n’ont pas d’activité clinique contre Cryptococcus (NIH, 2024). L’itraconazole n’est qu’une option de repli, inférieure au fluconazole, si celui-ci ne peut pas être utilisé.
Faut-il arrêter le fluconazole d’entretien un jour ?
Souvent oui, lorsque les critères locaux sont atteints. L’OMS parle de CD4 au-dessus de 200/mm³ avec charge virale contrôlée. Le NIH demande au moins un an de traitement, un patient asymptomatique, des CD4 ≥ 100/mm³ et une charge virale indétectable. C’est une décision médicale, pas un arrêt à domicile.

Conclusion
Cette méningite est une urgence diagnostique plus qu’une maladie « rare et lointaine ». Le champignon est partout, mais il ne devient dangereux que lorsque l’immunité T lâche ou, plus rarement, lorsqu’une souche de C. gattii s’attaque à un hôte apparemment sain. Le test d’antigène et la ponction lombaire avec manomètre changent le pronostic. Attendre que la nuque soit raide, c’est arriver trop tard.
Le traitement a un visage plus simple depuis les recommandations de l’OMS de 2022, avec une dose unique d’amphotéricine B liposomale là où ce schéma est retenu, sans supprimer la flucytosine ni le fluconazole. Les lignes américaines du NIH (2024) gardent une induction quotidienne lorsque la surveillance hospitalière est dense. Dans les deux cas, drainer la pression du LCR compte autant que le bon antifongique, et les antirétroviraux ne se précipitent pas.
Si vous vivez avec le VIH, si vos CD4 sont bas, ou si vous prenez un immunosuppresseur, et qu’un mal de tête s’installe, demandez le jour même un avis, un CrAg et, si le médecin le juge utile, une ponction avec mesure de pression. Composez le 15 ou le 112 dès qu’une confusion, une crise ou une baisse de vue s’en mêlent. Apportez la liste de vos médicaments. La question utile à poser est simple. Faut-il une induction combinée, et à quel moment reprendre, ou commencer, les antirétroviraux ?
Sources
- Symptoms of Cryptococcosis. Centers for Disease Control and Prevention, 24 avril 2024.
- Clinical Overview of Cryptococcosis. Centers for Disease Control and Prevention, 24 avril 2024.
- Cryptococcosis Facts and Stats. Centers for Disease Control and Prevention, 24 avril 2024.
- Reducing Risk for Cryptococcosis. Centers for Disease Control and Prevention, 24 avril 2024.
- Cryptococcal disease (2022). World Health Organization, 2025.
- Cryptococcosis: Adult and Adolescent OIs. National Institutes of Health, 29 octobre 2024.
- Meningitis – cryptococcal. MedlinePlus, 10 novembre 2024.
- Cryptococcosis – Infectious Disease. Merck Manual Professional Edition, novembre 2025.
- Cryptococcosis: Causes, Symptoms, Diagnosis & Treatment. Cleveland Clinic, 30 mai 2023.
- Pescador Ruschel MA, Tristram D, Thapa B : Cryptococcal Meningitis. StatPearls, janvier 2026.
