
La voix intérieure est une parole que le cerveau produit sans faire bouger les lèvres, la langue ni le larynx. Elle n’est pas une hallucination. Une prédiction motrice, appelée décharge corollaire ou copie d’efférence, permet en principe de la reconnaître comme la vôtre.
Chez 55 personnes qui entendaient des voix au moment de l’examen, le cortex auditif a réagi plus fort, et non plus faiblement, lorsque la syllabe intérieure coïncidait avec le son entendu. C’est l’inverse de ce que Whitford et ses collègues ont observé chez des volontaires sans hallucination, d’abord en 2017 puis de nouveau dans le groupe témoin de 2025.
Chez 42 volontaires sains, seule la correspondance de contenu atténuait la composante N1 du potentiel évoqué auditif. Aux États-Unis, les estimations d’hallucinations auditives vont de 5 à 28 %, d’après la Cleveland Clinic. Le guide britannique NICE CG178, révisé en 2026, prévoit au moins 16 séances de thérapie cognitivo-comportementale individuelle pour une psychose, en plus d’un antipsychotique oral.
Qu’est-ce que la voix intérieure
La voix intérieure, ou endophasie, est l’expérience de langage sans articulation audible. Alderson-Day et Fernyhough la décrivent comme une parole subjective. On « entend » ou on « dit » des mots dans la tête, sans que quiconque autour n’en perçoive le son. Ce n’est pas une image mentale, ni un souvenir visuel, ni une sensation corporelle. Les mots restent le matériau.
Elle change de forme selon le moment. Parfois c’est un monologue bref, du type « je prends le train de 18 h ». Parfois c’est un dialogue, comme si l’on répétait une conversation ou que l’on en préparait une autre. La revue de 2015 distingue une forme condensée, proche d’un brouillon de sens, et une forme plus déployée, plus proche de la parole à voix haute.
Whitford et ses collègues rappellent, en s’appuyant sur Heavey et Hurlburt, que la plupart des personnes passent au moins un quart de leur temps d’éveil dans cette parole silencieuse. Le chiffre décrit un échantillon de moments de vie, pas une obligation identique pour tous. En France, on dit surtout voix intérieure ou endophasie. L’étiquette compte moins que trois expériences trop souvent mélangées. Se parler à soi-même en sachant que c’est soi. Entendre une voix attribuée à quelqu’un d’autre. Percevoir un son au moment de s’endormir.
Une voix reconnue comme la vôtre, pendant une lecture ou une décision, appartient au langage habituel. Une voix sans locuteur réel, qui commente, ordonne ou s’adresse à vous comme un interlocuteur extérieur, entre dans le champ des hallucinations auditives verbales. Entre les deux existent des zones grises, surtout après un deuil, une nuit blanche ou une fièvre.

À quoi sert-elle au quotidien
Elle sert surtout à garder des mots « en ligne » le temps d’agir. Dans le modèle de mémoire de travail repris par Alderson-Day et Fernyhough, une boucle phonologique répète des items verbaux avant qu’ils ne s’effacent. Sans cette répétition, un numéro ou le début d’une phrase se perd plus vite.
La même revue relie la parole intérieure à la régulation de soi. L’enfant se parle souvent à voix haute pour organiser un jeu, puis cette parole s’intériorise. Chez l’adulte, le mécanisme reste visible quand on se dit « attendez, relisez » avant d’envoyer un message. Le langage sert ici d’outil, avec des limites.
Voici des usages fréquents, chacun formulé comme une action concrète plutôt que comme une promesse.
- Relire une phrase dans sa tête aide souvent à juger si elle sonne juste avant de la dire.
- Répéter un prénom ou un code à voix intérieure peut le maintenir quelques secondes en mémoire.
- Anticiper une réunion, mot après mot, prépare parfois la première réplique sans garantir le succès.
- Se parler pendant un effort, pour tenir une consigne, relève de l’autorégulation verbale, pas d’un diagnostic.
Ces fonctions varient d’une personne à l’autre. Certaines pensent surtout par images, schémas ou sensations. D’autres ont une voix intérieure presque continue. Nedergaard et Lupyan ont montré en 2024 que cette différence n’est pas seulement une affaire de goût. Elle se voit sur quelques tâches de laboratoire. Elle ne dit pas, à elle seule, si quelqu’un va « bien » ou « mal ».
La rumination recycle souvent la même phrase intérieure. Ce n’est pas une hallucination. C’est une parole encore reconnue comme sienne, même quand elle fatigue, accuse ou empêche de dormir. Si cette boucle s’accompagne d’une tristesse durable, d’une anxiété qui envahit la journée ou d’idées de mort, le sujet n’est plus la voix intérieure en soi. C’est l’état de santé mentale qui mérite un avis médical.
Comment le cerveau reconnaît sa propre voix
Quand vous parlez à voix haute, le cerveau n’attend pas passivement le son. Il envoie aux muscles de la parole un programme moteur, et en parallèle une version transformée de ce programme vers les régions qui traitent l’audition. Whitford et Ford, dans une synthèse de 2026, appellent plutôt ce signal décharge corollaire que copie d’efférence au sens strict. Ce n’est pas toujours une photocopie du commandement moteur, mais une prédiction des conséquences sensorielles.
Si la prédiction et le son réel concordent, la réponse du cortex auditif s’atténue. Le cerveau étiquette alors le son comme produit par soi. Si le retour auditif est déformé, ou si quelqu’un d’autre parle, l’atténuation manque et le signal reste saillant. Le même principe, chez l’animal comme chez l’humain, aide à séparer ce qui vient de soi et ce qui vient du monde.
Les enregistrements chez l’humain comparent souvent l’activité évoquée par sa propre voix et celle évoquée par l’écoute passive du même enregistrement. La composante N1 du potentiel évoqué, autour de 100 millisecondes après le son, est plus petite quand on parle que quand on écoute. Plus d’une dizaine d’études de ce type, rappelées en 2026, trouvent une atténuation moindre chez des personnes qui vivent une psychose ou qui en sont à haut risque clinique.
La parole intérieure ne produit pas de son. On ne peut donc pas mesurer directement « la N1 de la voix dans la tête ». Whitford a fait produire une syllabe intérieure au moment exact où un casque délivre une syllabe audible, puis a regardé si cette action mentale atténue la réponse au son réel. Si la prédiction porte un contenu auditif précis, l’atténuation ne devrait apparaître que lorsque les deux syllabes concordent. Chez beaucoup de personnes, produire un phonème en silence engage alors un mécanisme proche de la parole à voix haute.
Ce que l’EEG a montré chez des volontaires
L’expérience de 2017 a porté sur 42 adultes en bonne santé, âgés en moyenne de 23,4 ans, dont 24 femmes, à l’université de Nouvelle-Galles du Sud. Cinquante personnes avaient été recrutées. Huit n’ont pas fourni assez d’essais exploitables. Au signal visuel, le participant produisait mentalement « ba » ou « bi », pendant qu’un casque jouait « BA » ou « BI ».
Trois conditions structuraient l’analyse. En concordance, la syllabe intérieure et la syllabe entendue étaient les mêmes. En discordance, elles différaient. En condition passive, aucun phonème intérieur n’était demandé. L’amplitude de la N1, mesurée aux électrodes frontocentrales, était plus petite en concordance qu’en discordance et qu’en écoute passive. La discordance ne se distinguait pas de l’écoute passive.
Ce n’est donc pas le simple effort mental qui atténuait la réponse, c’est le contenu. Une parole intérieure de « ba » n’amortissait pas un « BI » entendu. Les auteurs parlent d’un modèle interne calé dans le temps et spécifique au contenu. Chez 30 autres personnes qui prononçaient vraiment les phonèmes, tout bas, le même schéma réapparaissait après correction de l’activité motrice.
Ces résultats, obtenus chez des volontaires sans trouble psychotique, ne disent rien à eux seuls des hallucinations. Ils fournissent un marqueur, la suppression induite par la parole intérieure. En 2017, l’équipe écrivait que cette méthode rendait enfin testable une hypothèse ancienne. Huit ans plus tard, la même logique a été appliquée à des patients.
Anendophasie, penser sans voix intérieure
Tout le monde n’a pas une voix intérieure constante, et certains adultes en déclarent très peu, voire pas du tout. Nedergaard et Lupyan ont proposé en 2024 le mot anendophasie pour cette pauvreté d’expérience. Ils ont comparé 46 adultes qui se plaçaient bas sur un questionnaire verbal et 47 qui se plaçaient haut. Le groupe « bas » réussissait moins bien une tâche de mémoire de travail verbale et des jugements de rime à partir d’images.
Deux autres épreuves, le changement de tâche et certains effets de catégorie sur la perception, n’ont pas séparé les groupes. Avoir peu de parole intérieure n’empêche donc pas de penser ou de décider. Cela rend seulement plus coûteuses quelques opérations qui s’appuient d’ordinaire sur des mots produits en silence. D’autres stratégies peuvent compenser.
L’anendophasie n’est pas une maladie dans ces travaux, et ce n’est pas un diagnostic officiel. Le groupe dit « bas » réunissait des adultes qui déclaraient peu de parole intérieure, pas forcément une absence totale. Manquer de « petite voix » n’est pas un signe de psychose. Inversement, une voix intérieure très bavarde n’est pas une preuve de santé.
Si vous ne vous parlez jamais « avec des mots » et que cela ne vous gêne pas, il n’y a rien à corriger. Si cette absence s’accompagne d’un oubli verbal marqué ou d’une difficulté nouvelle à trouver les mots, on cherche un trouble du langage, une atteinte neurologique ou un effet de médicament. Le médecin traitant départage ces pistes.
Hallucinations, quand la prédiction cérébrale déraille
Une hallucination auditive verbale, c’est entendre une voix en l’absence de locuteur. La Cleveland Clinic précise que cette voix peut sembler venir des oreilles, de l’espace autour, de la surface du corps ou de l’intérieur de la tête. Elle peut être une ou plusieurs, familière ou inconnue, bienveillante, neutre ou hostile. Parfois elle commente. Parfois elle donne des ordres.
L’hypothèse classique, déjà formulée par Feinberg en 1978 et reprise par Whitford et Ford en 2026, est qu’une partie de ces voix serait de la parole intérieure mal étiquetée. Si la décharge corollaire est trop faible, trop imprécise ou mal synchronisée, le cortex auditif traite un mot auto-produit comme s’il venait d’ailleurs. La personne n’a pas inventé le contenu de toutes pièces. Elle échoue à le reconnaître comme sien.
L’étude de 2025 a testé cette idée avec le même protocole EEG. Trois groupes y figuraient, 55 patients du spectre de la schizophrénie avec hallucinations verbales actuelles, 44 patients du même spectre sans ces voix au moment de l’examen, et 43 témoins. Les témoins ont de nouveau montré une N1 plus petite en concordance. Les patients qui entendaient des voix ont montré l’inverse, une N1 plus grande quand la syllabe intérieure et le son concordaient.
Les patients sans voix actuelles n’avaient pas non plus le profil sain. Leur N1 baissait surtout en discordance, un motif différent, encore anormal. Les auteurs parlent de suppression induite par la parole intérieure et jugent le résultat compatible avec un biomarqueur possible, surtout aux niveaux les plus extrêmes. Toutes les voix n’entrent pas dans le même moule. Une pensée devenue audible se prête mieux à ce modèle qu’un chœur de voix à la troisième personne.
Aucune de ces courbes EEG ne pose un diagnostic à elle seule. La Mayo Clinic décrit un tableau plus large, idées délirantes, parole désorganisée, symptômes négatifs, retentissement social. Entendre des voix en est le signe perceptif le plus fréquent, pas le seul, et pas une preuve isolée.
Entendre des voix sans être schizophrène
Entendre des voix n’équivaut pas à une schizophrénie. La Cleveland Clinic estime que 5 à 28 % des personnes aux États-Unis vivent une hallucination auditive à un moment de leur vie, et que c’est le type d’hallucination le plus courant. Environ 75 % des personnes qui ont une schizophrénie entendent des voix, le plus souvent verbales. L’écart entre ces deux chiffres suffit à écarter le raccourci qui ferait de toute voix une psychose chronique.
D’autres affections mentales sont concernées. La même fiche cite 20 à 50 % des personnes avec un trouble bipolaire, 40 % de celles qui ont un état de stress post-traumatique, 14 % de celles qui ont un trouble anxieux et 10 % de celles qui ont une dépression majeure. Ces pourcentages décrivent des groupes cliniques différents, avec des méthodes différentes. On ne les additionne pas pour obtenir un risque personnel.
Le National Institute of Mental Health situe la prévalence américaine de la schizophrénie et des troubles psychotiques proches entre 0,25 % et 0,64 %. Hors institution, les estimations internationales vont de 0,33 % à 0,75 %. Le chiffre souvent répété d’environ 1 % des adultes américains ne correspond plus à cette fourchette. Le diagnostic arrive le plus souvent entre la fin de l’adolescence et le début de la trentaine, plus tôt en moyenne chez les hommes, d’après la Mayo Clinic.
Jusqu’à 70 % des personnes ont déjà eu, au moins une fois, une hallucination en s’endormant ou au réveil. La Cleveland Clinic les juge habituelles et rarement inquiétantes si elles restent liées à ces instants. MedlinePlus ajoute qu’entendre brièvement la voix d’un proche récemment disparu peut faire partie du deuil. Ces expériences restent à raconter au médecin si elles s’installent, s’accompagnent d’une rupture avec la réalité, ou font peur au point d’empêcher de vivre.
Le lieu perçu de la voix ne tranche pas à lui seul. Une voix « dans la tête » peut être une endophasie reconnue, une rumination ou une hallucination interne. Une voix « dans la pièce » oriente davantage vers une hallucination si l’entourage ne la confirme pas. Ce qui compte pour consulter, c’est la détresse, la durée et les signes associés.
Causes médicales et situations transitoires
Les hallucinations auditives ont des causes nombreuses, mentales et corporelles. Le NHS, dont la page a été revue le 28 juillet 2025, cite la schizophrénie et le trouble bipolaire, l’alcool et les drogues, les démences dont celle à corps de Lewy, la maladie de Parkinson, un trouble de la vision tel que le syndrome de Charles Bonnet, une dépression grave, un état de stress post-traumatique, un effet indésirable de médicament, et la période qui suit une anesthésie.
Des épisodes temporaires surviennent aussi lors d’une migraine, d’une forte fièvre, d’une faim extrême, d’un manque de sommeil, ou juste à l’endormissement et au réveil. Chez les personnes âgées, une infection, une tumeur cérébrale ou un delirium peuvent produire des perceptions fausses, parfois très rapidement. MedlinePlus ajoute l’épilepsie du lobe temporal, surtout pour les odeurs, la narcolepsie, une surdité, une insuffisance hépatique ou rénale, le VIH et certains cancers du cerveau.
La perte auditive mérite une ligne à part. La Cleveland Clinic rapporte des hallucinations auditives chez 16 % des adultes malentendants, sons simples proches des acouphènes ou paroles et musique. Plus le déficit est marqué, plus ces expériences deviennent fréquentes dans les études citées.
Voici des situations qui orientent d’abord vers une cause médicale transitoire plutôt que vers un diagnostic psychiatrique d’emblée.
- Une voix unique apparaît avec une fièvre élevée, chez un enfant ou une personne âgée, et s’efface quand la température baisse.
- Des paroles ou de la musique surgissent après plusieurs nuits presque sans sommeil, puis reculent dès que le sommeil revient.
- Un nouveau médicament, un sevrage d’alcool ou une drogue précède de peu l’arrivée des voix.
- Une baisse d’audition s’accompagne de chansons ou de phrases que l’entourage ne perçoit pas.
Aucune de ces pistes n’autorise à « attendre que ça passe » si la personne est confuse, agitée, ou coupée de la réalité. MedlinePlus demande alors un avis immédiat, sans laisser la personne seule. Le traitement dépend de la cause. On ne donne pas un antipsychotique pour une fièvre, et l’on ne se contente pas d’un somnifère si une psychose s’installe.
Voix et hallucinations, quand consulter
Une voix intérieure que vous savez être la vôtre, utile pour lire ou décider, ne justifie pas de consultation. Des voix sans locuteur réel, qui angoissent, qui s’installent à l’état de veille, ou qui s’accompagnent d’idées étranges, d’un discours décousu ou d’un retrait brutal, demandent un médecin. Le NHS recommande un rendez-vous urgent chez le généraliste, ou l’équivalent local, dès qu’il y a hallucination.
En France, le premier recours est le médecin traitant. Il n’applique pas le guide NICE mot à mot, car ce texte décrit la pratique britannique. Il peut toutefois s’appuyer sur le même raisonnement, écarter une cause médicale, et adresser vers un psychiatre si besoin. Si la personne nie être malade, ce qui est fréquent dans la schizophrénie d’après la Mayo Clinic, l’entourage a souvent à porter la demande de soin.
Appelez le 15 ou le 112 si vous ou un proche voulez vous faire du mal, si des voix ordonnent de blesser, si l’agitation ou l’agressivité explose, si les hallucinations s’aggravent en quelques heures, si une confusion soudaine s’installe, ou si la parole cesse de faire sens. Ce sont les critères d’urgence du NHS, transposés aux numéros français. N’y allez pas au volant. Demandez à quelqu’un de conduire ou attendez les secours.
| Situation observée | Lecture fréquente | Premier geste |
|---|---|---|
| Voix reconnue comme la sienne, en lisant ou en planifiant | Endophasie habituelle | Aucun soin spécifique |
| Images ou paroles seulement à l’endormissement ou au réveil | Hallucination hypnagogique ou hypnopompe | Surveiller si l’épisode reste isolé |
| Voix brève d’un proche récemment disparu | Expérience possible du deuil | En parler si cela dure ou angoisse |
| Voix à l’état de veille, répétées, que l’entourage ne confirme pas | Hallucination auditive possible | Médecin traitant sans attendre des semaines |
| Voix qui ordonnent de se faire du mal, confusion, discours incohérent | Urgence | 15 ou 112 |
Le médecin peut demander depuis quand cela dure, ce que disent les voix, si vous les situez à l’intérieur ou à l’extérieur, si d’autres sens sont touchés, quels médicaments et quelles substances sont en jeu, et s’il existe des idées de persécution ou de grandeur. MedlinePlus liste ensuite des examens possibles, prises de sang, recherche d’infection ou de drogue, scanner ou IRM, parfois une ponction lombaire. Ce n’est pas un parcours automatique. C’est une chasse à une cause traitable.
Une personne qui commence à halluciner et qui n’est plus ancrée dans la réalité ne doit pas rester seule, écrit MedlinePlus. Beaucoup de causes, psychiatriques ou médicales, peuvent basculer vite. Le calme de l’entourage aide. Minimiser ou argumenter sans fin sur le contenu des voix aide rarement. Noter l’heure, le déclencheur et les mots entendus prépare la consultation mieux qu’un récit flou.
Thérapies et médicaments que retiennent les guides
Le traitement dépend de la cause, pas d’un protocole unique « anti-voix ». Pour une psychose ou une schizophrénie, le NICE CG178, révisé le 4 septembre 2026, demande d’offrir un antipsychotique oral associé à une intervention familiale et à une TCC individuelle. Le choix du médicament se fait avec la personne, en pesant bénéfices et effets indésirables. Le guide britannique demande aussi de ne pas commencer un antipsychotique en soins primaires sans avis spécialisé, sauf exception concertée.
La TCC, dans ce texte, n’est pas un entretien de soutien. Elle se fait en tête-à-tête, sur au moins 16 séances prévues, à partir d’un manuel. Elle vise à relier pensées, émotions et conduites aux symptômes, à réévaluer certaines croyances, à réduire la détresse et à améliorer le fonctionnement. Le NICE l’offre à toutes les personnes concernées, y compris en phase aiguë. Il ne promet pas la disparition des voix.
Le NIMH décrit les antipsychotiques comme des médicaments qui peuvent rendre les symptômes psychotiques moins intenses et moins fréquents. Si la réponse manque, la clozapine entre en discussion. Chez 1 à 2 % des patients exposés apparaît un effet indésirable sanguin grave, d’où des prises de sang régulières. La Cleveland Clinic ajoute que la clozapine est souvent la plus efficace sur les hallucinations, mais que ce risque hématologique limite son usage. Les doses et les noms de spécialités en France se règlent avec le psychiatre et le pharmacien.
À côté des médicaments, la même fiche range la TCC, la thérapie d’acceptation et d’engagement, et un programme intégratif centré sur les hallucinations. Écouter de la musique au casque, bouger, rejoindre un groupe de pairs ou « tenir tête » aux voix sont présentés comme des aides possibles pour certains, pas comme des remèdes. Le NHS mentionne le sommeil, la baisse d’alcool et l’arrêt des drogues lorsque ces facteurs entretiennent les perceptions.
Aucun de ces leviers ne « guérit » une voix intérieure normale, et il n’y a rien à guérir de ce côté-là. Pour des voix pathologiques, l’objectif réaliste est souvent de baisser la fréquence, la conviction dangereuse ou la souffrance. Le NIMH souligne qu’un programme de soins spécialisés coordonnés, après un premier épisode, améliore davantage les symptômes et le retour aux études ou au travail que des soins habituels. Ce modèle américain n’est pas copié tel quel en France. L’idée d’un soin précoce reste le message utile.
Si un traitement est déjà en cours, ne l’arrêtez pas seul. Le NICE demande un sevrage progressif, puis une surveillance d’au moins deux ans après l’arrêt d’un antipsychotique. Apportez plutôt une description datée des voix, la liste des substances, et la question précise que vous voulez trancher.
Questions fréquentes
La voix que j’entends en lisant est-elle anormale ?
Non. Entendre les mots d’un texte dans sa tête est une forme habituelle d’endophasie, parfois appelée subvocalisation. Elle devient un sujet médical seulement si la voix n’est plus reconnue comme la vôtre, si d’autres voix s’y ajoutent, ou si la lecture s’accompagne d’une rupture avec la réalité.
Peut-on ruminer sans hallucination ?
Oui. La rumination est une parole intérieure répétitive que l’on sait encore sienne, même quand elle accuse ou empêche de dormir. Elle peut signaler une dépression ou une anxiété, d’après les tableaux cliniques habituels, sans être une voix étrangère. Une souffrance durable justifie une consultation, hallucination ou non.
Les voix au moment de s’endormir sont-elles graves ?
Le plus souvent, non, si elles n’apparaissent qu’à l’endormissement ou au réveil. La Cleveland Clinic estime que jusqu’à 70 % des personnes en ont déjà eu au moins une fois. Consultez si ces voix surviennent aussi en pleine journée, si elles angoissent, ou si le sommeil lui-même s’effondre.
Un enfant qui se parle tout seul doit-il voir un médecin ?
Se parler à voix haute en jouant ou en travaillant fait partie du développement décrit par les travaux sur la parole privée, repris dans la revue de 2015. Cela n’est pas, à soi seul, une hallucination. Un avis médical devient utile si l’enfant entend des voix sans locuteur réel, s’il a peur, s’il se retire, ou si son langage et son comportement changent brutalement.
Comment décrire ces voix au médecin traitant ?
Dites depuis quand elles existent, à quelle heure, ce qu’elles disent, si vous les reconnaissez comme vôtres, et si un proche les confirme. Précisez les médicaments, l’alcool, les drogues, le sommeil et les idées de mal. Cette liste, proche des questions de MedlinePlus, oriente vers une cause médicale ou psychiatrique plus vite qu’un récit vague.
La TCC fait-elle disparaître les voix ?
Le guide NICE CG178 ne le promet pas. Il demande au moins 16 séances individuelles pour relier les symptômes à ce que l’on pense et à ce que l’on fait, réduire la détresse et améliorer le quotidien. Chez certaines personnes les voix s’espacent. Chez d’autres, c’est surtout le rapport aux voix qui change. Le médecin ou le psychologue qui vous suit appliquera la pratique locale.
Faut-il arrêter un médicament si l’on entend des voix ?
Non, pas seul. Un antipsychotique, un corticoïde, un somnifère ou un sevrage peuvent tous jouer, dans des directions opposées. Le NHS et le NICE demandent un avis médical avant tout arrêt, et une surveillance prolongée après un sevrage d’antipsychotique. Apportez la boîte, les doses et le calendrier des voix.
Conclusion
La voix que vous entendez en lisant, en préparant une phrase ou en tenant une liste n’a rien d’étrange. C’est du langage sans son, souvent étayé par une prédiction motrice qui permet de le reconnaître comme le vôtre. Les enregistrements de 2017 ont montré que cette prédiction porte un contenu assez précis pour atténuer le cortex auditif seulement quand les syllabes concordent. Ceux de 2025 ont montré que, chez des personnes qui entendent des voix, ce frein peut s’inverser.
Tout le monde n’a pas la même vie intérieure. Certains pensent presque sans mots. D’autres ruminent une phrase toute la journée. D’autres encore entendent un interlocuteur qu’ils ne reconnaissent plus. Seuls les derniers cas, et les voix nées d’une fièvre, d’un manque de sommeil, d’une drogue ou d’une maladie neurologique, relèvent d’un soin. Les chiffres américains le rappellent. Les hallucinations auditives sont relativement fréquentes, la schizophrénie l’est beaucoup moins.
Pendant quarante-huit heures, notez si la voix est la vôtre, à quel moment elle apparaît, et si une autre personne la confirme. Apportez ce carnet au médecin traitant, avec la liste des médicaments et des substances. S’il y a un ordre de se faire du mal, une confusion soudaine ou un discours qui cesse de tenir, composez le 15 ou le 112 plutôt que d’attendre le prochain créneau.
Sources
- Whitford TJ, Jack BN et al. : Neurophysiological evidence of efference copies to inner speech. eLife, 4 décembre 2017.
- Whitford TJ, Chung LK, Griffiths O et al. : Corollary Discharge Dysfunction to Inner Speech and its Relationship to Auditory Verbal Hallucinations in Patients with Schizophrenia Spectrum Disorders. Schizophrenia Bulletin, 21 octobre 2025.
- Whitford TJ, Ford JM : A primer on corollary discharges: neural signals that distinguish ‘Self’ from ‘World’. NPP—Digital Psychiatry and Neuroscience, 11 juin 2026.
- Nedergaard JSK, Lupyan G : Not Everybody Has an Inner Voice: Behavioral Consequences of Anendophasia. Psychological Science, juillet 2024.
- Alderson-Day B, Fernyhough C : Inner Speech: Development, Cognitive Functions, Phenomenology, and Neurobiology. Psychological Bulletin, 25 mai 2015.
- Psychosis and schizophrenia in adults: prevention and management. National Institute for Health and Care Excellence, mis à jour le 4 septembre 2026.
- Hallucinations and hearing voices. National Health Service, 28 juillet 2025.
- Schizophrenia. National Institute of Mental Health, mis à jour en 2024.
- Schizophrenia. National Institute of Mental Health, mis à jour en 2024.
- Auditory Hallucinations. Cleveland Clinic, 10 juin 2022.
- Schizophrenia – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 16 octobre 2024.
- Hallucinations. MedlinePlus, 15 mai 2026.
