
La MDMA n’est pas un médicament autorisé pour traiter le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Deux essais de phase 3 ont mesuré une baisse plus nette des scores CAPS-5 lorsque la substance, enregistrée sous le nom de midomafétamine, était associée à une psychothérapie manuelle, par rapport à la même psychothérapie plus un placebo ; la Food and Drug Administration (FDA) américaine a pourtant refusé l’autorisation le 8 août 2024, estimant que les preuves d’efficacité et de sécurité n’étaient pas suffisantes.
Le 4 juin 2024, le comité consultatif de psychopharmacologie de la FDA a voté 9 voix contre 2 contre l’idée que les données démontrent l’efficacité, puis 10 voix contre 1 contre un rapport bénéfices-risques favorable, même avec un programme de minimisation des risques. Ce refus, formalisé dans une lettre de réponse complète, tranche avec la désignation Breakthrough Therapy de 2017, qui accélérait l’examen sans valoir une mise sur le marché.
Dans l’essai MAPP1 publié en 2021, 67 % des participants sous MDMA ne remplissaient plus les critères de TSPT contre 32 % sous placebo, avec une taille d’effet entre groupes de 0,91. L’essai confirmatif MAPP2, en 2023, a trouvé 71,2 % contre 47,6 %, avec une taille d’effet de 0,7. Les recommandations 2023 du Department of Veterans Affairs et du Department of Defense (VA/DoD) jugent les preuves insuffisantes pour recommander cette voie, et placent en première ligne l’exposition prolongée, la thérapie de traitement cognitif et l’EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires).
Le TSPT et les limites des traitements habituels
Le TSPT est un trouble durable qui suit un événement réellement ou potentiellement mortel, violent ou gravement blessant, et qui perturbe le travail, les relations et le quotidien pendant plus d’un mois. La Mayo Clinic décrit quatre grands ensembles de signes, dont les reviviscences (flashbacks, cauchemars), l’évitement des rappels, l’hypervigilance et les modifications négatives de l’humeur et des pensées. La plupart des personnes exposées à un traumatisme récupèrent sans ce diagnostic ; le trouble s’installe lorsque la réaction de stress ne redescend pas.
Côté fréquence, la synthèse VA/DoD de 2024, qui s’appuie sur des données américaines, situe la prévalence vie entière autour de 4 % chez les hommes et de 8 % chez les femmes, alors qu’environ sept adultes sur dix vivent au moins un événement traumatique. Une revue systématique vivante parue en 2026 dans Neuropsychopharmacology retient près de 6 % en population générale, 17,1 % parmi les militaires et 10 % à 32 % chez les secouristes. Ces chiffres concernent les États-Unis et des populations à haute exposition ; ils ne se transposent pas tels quels à la France.
Les traitements déjà évalués aident une partie des patients, pas tous. L’essai MAPP2 rappelle que 35 % à 47 % des personnes ne répondent pas à la sertraline ou à la paroxétine, les deux médicaments qui ont une autorisation FDA pour le TSPT. Les psychothérapies centrées sur le trauma restent la référence, mais les abandons sont fréquents. Un essai chez des vétérans, cité dans MAPP2, a rapporté 55,8 % d’arrêts en exposition prolongée et 46,6 % en thérapie de traitement cognitif. Le besoin d’options supplémentaires est réel ; il n’autorise pas à confondre un signal d’essai avec un traitement disponible.
Comorbidités fréquentes, dépression, consommation d’alcool ou de substances, dissociation et traumatismes de l’enfance rendent souvent la prise en charge plus longue. Les protocoles de phase 3 ont volontairement inclus une partie de ces profils, ce qui explique à la fois l’intérêt clinique et la prudence des agences. Un résultat obtenu après sevrage des psychotropes, dans une pièce sécurisée, avec deux thérapeutes, ne décrit pas une prise d’ecstasy le week-end.

Comment se déroule une psychothérapie assistée par MDMA
Dans les essais, la MDMA n’est pas prescrite seule. Le National Center for PTSD précise que le médicament est donné un nombre limité de fois, dans un lieu clinique, en présence habituelle de deux thérapeutes, pendant que la personne est allongée, souvent avec un masque et de la musique. L’objectif décrit par les investigateurs est d’ouvrir une fenêtre où le souvenir traumatique peut être abordé avec moins de terreur et plus de lien thérapeutique, pas de « soigner » le TSPT par la molécule isolée.
Le déroulé type, aligné sur MAPP1, MAPP2 et la page du National Center for PTSD, tient en quelques étapes.
- Trois séances préparatoires d’environ 90 minutes expliquent les effets attendus et construisent l’alliance avant toute prise de substance.
- Trois séances expérimentales d’environ 8 heures, espacées d’un mois, administrent la MDMA ou le placebo sous surveillance des constantes.
- Neuf séances d’intégration de 90 minutes relient ce qui a émergé pendant l’effet du produit au quotidien et aux symptômes.
- L’ensemble, si trois séances médicamenteuses sont prévues, s’étend sur environ 18 semaines.
Les doses des phase 3 n’étaient pas celles d’un comprimé de rue. Dans MAPP1, la première séance commençait à 80 mg suivis d’un complément de 40 mg 1,5 à 2,5 heures plus tard ; les deux séances suivantes passaient à 120 mg puis 60 mg, soit jusqu’à 180 mg au total par journée, avec possibilité de ne pas escalader. MAPP2 a repris le même schéma. Ces chiffres viennent des publications Nature Medicine ; ils décrivent un protocole de recherche, pas une posologie à reproduire chez soi.
Le NIDA situe le début d’effet vers 45 minutes et une durée moyenne d’environ trois heures, via une libération accrue de sérotonine, de dopamine et de noradrénaline. La fenêtre clinique est plus longue que ce pic, parce que la séance inclut l’arrivée de l’effet, le travail psychologique et la redescente sous surveillance. Rien dans ces protocoles n’équivaut à avaler une pastille vendue comme ecstasy dans une soirée.
Ce que les essais de phase 3 ont mesuré
Les deux essais pivots, MAPP1 (2021) et MAPP2 (2023), ont comparé trois séances de MDMA plus psychothérapie à trois séances de placebo plus la même psychothérapie, avec des évaluateurs indépendants en aveugle du CAPS-5. MAPP1 a randomisé 90 adultes atteints d’un TSPT de forme grave (46 sous MDMA, 44 sous placebo). La variation moyenne du CAPS-5 a été de −24,4 contre −13,9, soit une taille d’effet de 0,91. Le handicap fonctionnel (échelle de Sheehan) a aussi baissé davantage (taille d’effet 0,43). Parmi les personnes ayant terminé le protocole, 28 sur 42 (67 %) ne répondaient plus au diagnostic, contre 12 sur 37 (32 %) ; 33 % contre 5 % étaient en rémission (plus de diagnostic et CAPS-5 ≤ 11).
MAPP2 a élargi le recrutement à un TSPT modéré ou grave, avec 104 personnes randomisées (53 sous MDMA, 51 sous placebo), dont 26,9 % d’origine hispanique ou latino et 33,7 % se déclarant d’une autre origine que blanche. La baisse du CAPS-5 a été de −23,7 contre −14,8 (taille d’effet 0,7). En fin d’étude, 86,5 % du bras MDMA avaient une amélioration d’au moins 10 points, 71,2 % ne remplissaient plus les critères de TSPT et 46,2 % étaient en rémission, contre 69 %, 47,6 % et 21,4 % dans le bras placebo. L’abandon a été de 1,9 % sous MDMA et de 15,7 % sous placebo plus thérapie.
Une revue systématique vivante de 2026, portant sur six essais randomisés et 286 participants, tous sponsorisés par MAPS, estime un Hedges’ g de −0,71 sur les symptômes, un risque relatif de réponse de 1,35 et un risque relatif de rémission de 2,25. Les auteurs classent la certitude GRADE comme faible, car les essais sont peu nombreux, l’attente d’un effet est élevée, et le démasquage fonctionnel n’est pas bien saisi par les grilles Cochrane habituelles. Dans MAPP2, 94,2 % des personnes du bras MDMA pensaient avoir reçu la substance, le plus souvent à cause d’effets mentaux ou physiques perçus comme positifs.
Les événements indésirables les plus fréquents sous MDMA, dans ces essais, étaient transitoires, avec tension musculaire, baisse d’appétit, nausées, transpiration excessive, sensation de froid, parfois palpitations. MAPP1 a observé une hausse passagère de la pression artérielle et du pouls, et deux personnes ont atteint 38,1 °C. Les idées suicidaires, déjà très présentes à l’inclusion, n’ont pas dépassé le niveau de départ dans le bras MDMA de MAPP1 ; MAPP2 a enregistré quelques événements liés aux idées suicidaires dans les deux bras. Ces données de sécurité d’essai ne valent pas pour un produit illicite, ni pour des personnes exclues des protocoles (risque suicidaire imminent, maladie cardiovasculaire non contrôlée, psychose).
Pourquoi la FDA a refusé l’autorisation
La FDA a conclu, dans sa lettre du 8 août 2024, que le dossier de Lykos Therapeutics (NDA 215455) n’apportait pas de preuves substantielles d’efficacité ni n’établissait la sécurité de la midomafétamine dans le TSPT. Trois griefs structurants reviennent. Premier point, les « effets favorables » (euphorie, changement d’humeur) n’ont pas été recueillis comme événements indésirables, alors que l’agence l’avait demandé pour juger le potentiel d’abus et la durée d’altération ; des inspections ont aussi trouvé des événements non déclarés. Deuxième point, rien n’établit que le bénéfice dure au-delà des 18 semaines (huit semaines après la dernière dose) ; l’étude de suivi MPLONG, visite unique entre six mois et deux ans, avec auto-sélection et autres traitements entre-temps, a été jugée inadéquate. Troisième point, environ 40 % des inclus avaient déjà pris de la MDMA, bien plus que les 16,2 % à 20,5 % de prévalence vie entière dans la maladie mentale modérée à grave selon l’enquête NSDUH 2022 citée par la FDA, ce qui nourrit un soupçon de biais de sélection et d’attente.
Le comité du 4 juin 2024 avait déjà mis ces limites sur la table, dont le démasquage fonctionnel, le rôle mal isolé de la psychothérapie, des données de laboratoire et de QT incomplètes, et le risque d’atteinte des limites relationnelles pendant l’altération. La FDA demande un nouvel essai randomisé en double aveugle, avec suivi aveugle au long cours, critères de retraitement, moins de participants déjà exposés aux psychédéliques, recueil de tous les événements liés à l’abus, et elle suggère d’utiliser une psychothérapie de référence plutôt que le seul manuel MAPS, voire un bras sans psychothérapie.
Cette décision n’efface pas les baisses de CAPS-5 mesurées dans MAPP1 et MAPP2. Elle dit qu’un régulateur, pour un trouble chronique, refuse de transformer un signal d’essai, obtenu dans un dispositif très encadré, en médicament. Le National Center for PTSD, page mise à jour en octobre 2026, continue de classer la MDMA en substance de tableau I aux États-Unis, utilisable seulement dans des recherches autorisées.
Quels traitements du TSPT sont recommandés aujourd’hui
Les documents de pratique ne placent pas la MDMA en première ligne. La synthèse 2023 du VA/DoD, publiée en 2024 dans Annals of Internal Medicine, recommande fortement trois psychothérapies individuelles manuelles centrées sur le trauma, à savoir la thérapie de traitement cognitif (CPT), l’EMDR, ou l’exposition prolongée. Quand les deux approches sont disponibles, ces psychothérapies passent avant les médicaments. Trois molécules reçoivent une recommandation forte, la paroxétine, la sertraline et la venlafaxine. La fluoxétine, encore retenue dans la version 2017 de ce guide, n’a plus ce statut en 2023, le groupe de travail n’ayant pas trouvé de bénéfice sur le CAPS évalué par le clinicien dans l’essai retenu.
Au Royaume-Uni, NICE (NG116, recommandations de 2018, revue de surveillance en 2025 puis dernier examen le 23 juillet 2026 sans mise à jour) propose une TCC individuelle centrée sur le trauma, typiquement 8 à 12 séances, et l’EMDR après plus de trois mois pour un trauma non lié au combat. Un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS), par exemple la sertraline, ou la venlafaxine, peut être envisagé si la personne préfère un médicament ; en décembre 2018, seules la sertraline et la paroxétine avaient une autorisation de mise sur le marché britannique pour cette indication. Ces règles sont britanniques. En France, le médecin ou le pharmacien applique le cadre local ; les textes HAS ou ANSM ne sont pas cités ici.
Le guide médicamenteux du National Center for PTSD, calé sur le VA/DoD 2023, indique des fourchettes utilisées aux États-Unis, soit sertraline 50 mg à 200 mg par jour, paroxétine 20 mg à 60 mg par jour, venlafaxine 75 mg à 300 mg par jour. Ces doses ne s’improvisent pas et demandent un suivi. Le même guide, comme le CPG, déconseille fortement les benzodiazépines dans le TSPT (peu d’effet sur les symptômes, interférence possible avec la psychothérapie, dépendance) et le cannabis. La prazosine n’est suggérée que pour les cauchemars, pas pour le TSPT dans son ensemble. La kétamine fait l’objet d’une suggestion contre pour le TSPT, distincte d’usages éventuels dans la dépression résistante.
| Approche | Position des documents cités | Point de vigilance |
|---|---|---|
| CPT, EMDR, exposition prolongée | Recommandation forte VA/DoD 2023 ; TCC/EMDR selon NICE NG116 | Première ligne lorsque l’accès à un thérapeute formé est possible |
| Paroxétine, sertraline, venlafaxine | Recommandation forte VA/DoD 2023 | AMM FDA limitée à sertraline et paroxétine pour le TSPT |
| MDMA plus psychothérapie | Preuves insuffisantes (VA/DoD 2023) ; refus FDA 2024 | Trois séances encadrées dans les essais, pas un usage libre |
| Benzodiazépines ou cannabis | Recommandation contre VA/DoD 2023 | Risques sans bénéfice démontré sur le noyau du TSPT |
Risques en séance encadrée et dangers de l’ecstasy
Les méfaits de la MDMA dépendent de la dose, de la pureté, du lieu et des associations. Le NIDA décrit une hausse de la pression artérielle et du pouls, un serrement de mâchoire, des nausées, des vomissements, une agitation des jambes, et, plus rarement, une hyperpyrexie (fièvre très élevée) dangereuse, surtout en milieu chaud et avec un effort intense. Une consommation répétée a été liée à des troubles du sommeil, une humeur basse, de l’anxiété, des problèmes d’attention ou de mémoire, et, à long terme, à des atteintes cardiaques ou hépatiques. Le mélange avec l’alcool ou avec un ISRS augmente le risque d’effets indésirables, selon le NIDA.
Le produit vendu comme ecstasy n’est pas le comprimé pharmaceutique des essais. Des analyses citées par le NIDA y ont trouvé de la kétamine, des amphétamines, des cathinones de synthèse, de la MDA ou de la méthamphétamine, et, dans l’offre illicite récente, des opioïdes de type fentanyl. La personne croit prendre de la MDMA et avale autre chose. Les essais cliniques, à l’inverse, utilisent une substance identifiée, à dose connue, après un jeûne, un test urinaire et un contrôle des constantes, dans une pièce calme, sans piste de danse ni chaleur de festival.
Quelques précautions issues des essais et du guide australien RANZCP (2025) aident à situer qui n’aurait de toute façon pas sa place dans un tel protocole.
- Une grossesse ou un allaitement font partie des exclusions de sécurité des essais ; le NIDA relie une exposition prénatale à des anomalies cardiaques et à un retard moteur.
- Une maladie cardiovasculaire non contrôlée, un allongement du QT ou une hypertension non traitée s’accordent mal avec la poussée tensionnelle de la MDMA.
- Un épisode psychotique, un risque suicidaire imminent ou des médicaments qui interagissent avec la MDMA sont des contre-indications de protocole.
- Deux thérapeutes présents, un électrocardiogramme préalable et une équipe capable de réanimer figurent parmi les mesures de sauvegarde décrites par le RANZCP, pas dans un usage privé.
Le NIDA juge la MDMA potentiellement addictive. Tolérance, envie de reprendre et poursuite malgré les dégâts existent chez une minorité, et des animaux s’auto-administrent la substance, moins intensément que pour la cocaïne. Dans MAPP1 et MAPP2, aucun signal d’abus ou de diversion n’a été rapporté pendant l’étude, chez des personnes déjà sélectionnées et surveillées. Cela ne prouve pas l’innocuité hors protocole.
Signaux d’alerte et recours au médecin
Un traumatisme laisse souvent, les premières semaines, des cauchemars, un sommeil cassé et une hypervigilance qui s’atténuent. La Mayo Clinic retient le diagnostic de TSPT lorsque ces problèmes durent plus d’un mois et gênent nettement le fonctionnement. C’est le moment de voir le médecin traitant ou un professionnel de santé mentale, sans attendre d’être « au bout », et sans noyer les symptômes dans l’alcool ou les drogues de rue, qui aggravent souvent le tableau.
Certains seuils imposent un recours immédiat, pas un rendez-vous dans quinze jours.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Idées de vous tuer ou de tuer quelqu’un, ou passage à l’acte | Appelez le 15 ou le 112, ou rendez-vous aux urgences |
| Perte de contrôle du comportement, agitation extrême, confusion | Appelez le 15 ou le 112 |
| Après une prise d’ecstasy : fièvre élevée, convulsions, douleur thoracique, détresse respiratoire | Appelez le 15 ou le 112 ; dites qu’une amphétamine de synthèse a été prise |
| Flashbacks, évitement et hypervigilance depuis plus d’un mois, avec un retentissement net | Prenez rendez-vous avec le médecin traitant ou un psychiatre |
| TSPT déjà suivi, mais symptômes qui s’aggravent ou traitement interrompu | Recontactez l’équipe qui vous suit, sans ajouter de substance illicite |
La page Mayo liste aussi des questions utiles, par exemple depuis quand les symptômes durent, ce qui les déclenche, quels traitements ont déjà été tentés, s’il existe des idées suicidaires, quelle est la consommation d’alcool ou de drogues. Apporter cette liste raccourcit le premier entretien et aide à distinguer un TSPT d’un autre trouble anxieux ou d’une dépression. Si un proche devient violent, la même source recommande de prévoir un lieu sûr pour vous et pour d’éventuels enfants.
Accès légal et différences entre pays
Aucun médicament contenant de la MDMA n’a, à la date du guide RANZCP de mars 2025, été autorisé par une agence réglementaire dans le monde. Aux États-Unis, la substance reste classée au tableau I, c’est-à-dire potentiel d’abus élevé, usage médical accepté absent, recherche possible seulement dans des essais. Le National Center for PTSD invite les vétérans intéressés à chercher des protocoles sur ClinicalTrials.gov, pas à se procurer de l’ecstasy.
L’Australie a, en juillet 2023, déclassé la MDMA du tableau 9 (interdit) vers le tableau 8 (contrôlé), ce qui permet à des psychiatres autorisés de la prescrire pour un TSPT. Le collège RANZCP, dans sa recommandation de 2025 fondée sur une revue allant jusqu’au 20 février 2025, émet pourtant une recommandation conditionnelle contre cette voie pour tous les groupes. S’il y a usage, il le limite aux adultes avec symptômes depuis au moins six mois, CAPS-5 ≥ 28, échec d’un traitement de première ligne, et sans réexposition probable au trauma. Il déconseille fortement l’usage hors essai chez les mineurs, les femmes enceintes, les personnes avec maladie cardiovasculaire, psychose, détresse suicidaire actuelle ou médicaments interactifs.
En France et dans l’Union européenne, aucun produit de MDMA n’a d’autorisation de mise sur le marché pour le TSPT. Le cadre des stupéfiants et des essais relève du médecin, du pharmacien et des autorités sanitaires ; ce texte ne substitue pas à leur avis. Participer à un essai clinique dûment autorisé est la seule voie légale de prise de MDMA à visée thérapeutique évoquée par les sources anglophones. Acheter de l’ecstasy, l’importer ou la donner à un proche pour « soigner un TSPT » sort de ce cadre et ajoute le risque des adultérants décrit par le NIDA.
Les différences entre pays illustrent un même fond. Un signal d’essai existe, les régulateurs ne l’ont pas converti en médicament de routine, et les psychothérapies centrées sur le trauma restent, documents à l’appui, le traitement à demander en premier.
Questions fréquentes
La MDMA est-elle autorisée pour soigner un TSPT ?
Non. La FDA a refusé le dossier de midomafétamine en août 2024, et le guide RANZCP de 2025 indique qu’aucun produit contenant de la MDMA n’est autorisé par une agence réglementaire. Aux États-Unis, la substance reste au tableau I, réservée à la recherche. En France, votre médecin ou votre pharmacien indiquera le cadre local ; ce n’est pas un traitement de ville.
Peut-on prendre de l’ecstasy chez soi contre le TSPT ?
Non. Les baisses de CAPS-5 ont été mesurées avec une MDMA pharmaceutique, deux thérapeutes, un contrôle des constantes et des séances d’intégration, pas avec un comprimé de rue. Le NIDA rappelle que l’ecstasy vendue illégalement peut contenir d’autres drogues, parfois du fentanyl, et qu’une hyperpyrexie peut survenir, surtout dans un lieu chaud. Rien n’autorise un usage « thérapeutique » amateur.
Combien de temps dure une séance avec MDMA dans les essais ?
Les séances médicamenteuses des phase 3 duraient environ 8 heures, avec une dose initiale puis un complément 1,5 à 2,5 heures plus tard, sous surveillance. Le NIDA situe l’effet subjectif vers 45 minutes, pour une durée moyenne d’environ trois heures ; le reste du temps sert à la préparation, à l’accompagnement et à la redescente. Le protocole complet, préparation et intégration comprises, s’étend sur environ 18 semaines.
Faut-il arrêter les antidépresseurs avant une séance de MDMA ?
Dans MAPP1 et MAPP2, les psychotropes étaient sevrés avant l’inclusion pour limiter les interactions et ne pas brouiller l’effet. Le NIDA signale que combiner MDMA et ISRS peut augmenter les effets indésirables. La FDA a d’ailleurs demandé une étude d’interaction avec les ISRS. Il ne faut pas arrêter un antidépresseur seul, car un sevrage mal conduit peut aggraver l’anxiété, la dépression et le risque suicidaire.
La MDMA guérit-elle le TSPT de façon durable ?
On ne peut pas l’affirmer. Les essais pivots s’arrêtaient à 18 semaines, soit huit semaines après la dernière dose, et la FDA a jugé le suivi plus long insuffisant pour un trouble chronique. La revue de 2026 parle de diminutions à court terme, avec une certitude faible. Une amélioration du CAPS-5 n’équivaut pas à une guérison garantie.
Les benzodiazépines aident-elles le TSPT ?
Le VA/DoD 2023 recommande de ne pas les utiliser pour traiter le TSPT. Les données ne montrent pas de bénéfice sur les symptômes centraux, et ces médicaments peuvent gêner le travail psychothérapeutique, entraîner une dépendance et alourdir les effets cognitifs, surtout chez les personnes âgées. Si vous en prenez déjà, le retrait se discute avec le prescripteur, sans arrêt brutal non accompagné.
Conclusion
Le dossier MDMA-TSPT a changé de statut. D’une piste de phase 2, il est devenu un couple d’essais de phase 3 avec des baisses de CAPS-5 plus marquées que la psychothérapie plus placebo, puis un refus réglementaire américain en 2024, parce que le démasquage, la durabilité et la sécurité n’étaient pas assez caractérisés. Les recommandations VA/DoD 2023 restent sur une ligne claire, avec des psychothérapies manuelles d’abord (exposition prolongée, thérapie de traitement cognitif, EMDR), paroxétine, sertraline ou venlafaxine si un médicament est choisi, et des preuves insuffisantes pour la MDMA. NICE, de son côté, n’a pas intégré cette substance dans NG116.
Si vous pensez avoir un TSPT, le geste utile n’est pas d’acheter de l’ecstasy. C’est de décrire à votre médecin traitant la durée des symptômes (plus d’un mois), leur retentissement, et de demander une orientation vers une psychothérapie centrée sur le trauma dispensée par un professionnel formé. Si un traitement est déjà en cours et que vous n’allez pas mieux, posez la question d’un essai suffisant (doses et durée pour un ISRS, nombre de séances pour une TCC ou une EMDR) avant d’imaginer une molécule non autorisée.
Les idées de mort, un passage à l’acte, une fièvre élevée ou des convulsions après une prise de produit illicite relèvent du 15 ou du 112. Pour le reste, le TSPT se soigne déjà, imparfaitement mais avec des méthodes dont le rapport bénéfices-risques a été jugé suffisant par des guides de pratique. La MDMA reste, pour l’instant, un objet de recherche, pas une ordonnance.
Sources
- Schnurr PP, Hamblen JL, Wolf J et al. : The Management of Posttraumatic Stress Disorder and Acute Stress Disorder: Synopsis of the 2023 U.S. Department of Veterans Affairs and U.S. Department of Defense Clinical Practice Guideline. Annals of Internal Medicine, 27 février 2024.
- Post-traumatic stress disorder. National Institute for Health and Care Excellence, mis à jour le 23 juillet 2026.
- Mitchell JM, Bogenschutz M, Lilienstein A et al. : MDMA-assisted therapy for severe PTSD: a randomized, double-blind, placebo-controlled phase 3 study. Nature Medicine, 10 mai 2021.
- Mitchell JM, Ot’alora G M, van der Kolk B et al. : MDMA-assisted therapy for moderate to severe PTSD: a randomized, placebo-controlled phase 3 trial. Nature Medicine, 14 septembre 2023.
- Complete Response Letter for NDA 215455. U.S. Food and Drug Administration, 8 août 2024.
- Final Summary Minutes of the Psychopharmacologic Drugs Advisory Committee Meeting June 4, 2024. U.S. Food and Drug Administration, 4 juin 2024.
- Sevchik BL, Singleton SP, Lahey A et al. : A living systematic review, meta-analysis, and open data resource of trials of MDMA-assisted therapy for PTSD. Neuropsychopharmacology, 11 octobre 2026.
- MDMA (Ecstasy/Molly). National Institute on Drug Abuse, mis à jour en 2026.
- Post-traumatic stress disorder (PTSD) – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 16 août 2024.
- MDMA-Assisted Therapy for PTSD. National Center for PTSD, octobre 2026.
- Appropriate use of MDMA-assisted psychotherapy for PTSD. Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists, mars 2025.
- Clinician’s Guide to Medications for PTSD. National Center for PTSD, mis à jour en 2023.
