
Des morceaux d’aliments dans les selles sont le plus souvent banals. Il s’agit presque toujours de fibres végétales que les enzymes humaines ne décomposent pas, ou de bouchées avalées trop vite.
Après un barbecue au maïs ou une salade de tomates, beaucoup de personnes retrouvent le lendemain l’enveloppe du grain ou la peau du fruit dans la cuvette. Ce n’est pas un échec de la digestion. Le gros intestin élimine déjà des parties d’aliments encore trop grandes, et la Mayo Clinic range ces fragments parmi la matière végétale riche en fibres, sans les traiter comme une maladie.
Une diarrhée de plus de 2 jours chez l’adulte, une fièvre au-dessus de 39 °C, des selles grasses (plus de 7 g de graisse par jour d’après le Merck Manual, révision de mars 2025) ou un amaigrissement justifient une consultation. Le consensus européen de 2025 sur la malabsorption demande alors de chercher une maladie cœliaque. La mise à jour 2023 de l’American Gastroenterological Association (AGA) fixe une élastase fécale sous 100 μg/g comme argument fort d’insuffisance pancréatique.
Pourquoi des morceaux d’aliments restent visibles dans les selles
Le tube digestif n’est pas une machine qui réduit tout aliment en une bouillie invisible. Il casse les protéines, les graisses et la plupart des sucres en molécules assez petites pour passer dans le sang. Ce qui reste trop gros, trop fibreux ou trop vite escorté vers le côlon ressort tel quel.
Dans le gros intestin, l’eau est reprise et les déchets de la digestion, y compris des fragments encore trop volumineux, deviennent des selles, décrit le NIDDK. Voir un grain, une peau ou une graine n’indique donc pas, à lui seul, que vous « ne digérez plus rien ». Cela montre plutôt que l’aliment contenait une paroi végétale résistante, ou que la mastication n’a pas réduit la bouchée assez tôt.
La digestion mécanique commence dans la bouche. La salive mouille le bol et attaque déjà l’amidon. L’estomac mélange ensuite l’aliment aux sucs acides. L’intestin grêle reçoit la bile et les enzymes du pancréas, puis absorbe l’essentiel des nutriments. Le côlon fermente une partie de ce qui reste. À chaque étape, un morceau trop dur ou trop gros peut échapper au broyage.
Deux situations se ressemblent dans la cuvette et n’ont pas le même sens. Un fragment reconnaissable de légume, de fruit ou de céréale, sans autre gêne, correspond le plus souvent à une fibre. Des selles pâles, huileuses, très malodorantes, qui flottent, avec une perte de poids, évoquent une malabsorption, c’est-à-dire des nutriments qui traversent l’intestin sans entrer dans le sang.
Tout ce que l’intestin n’absorbe pas ressort non assimilé, rappelle la Cleveland Clinic. Une diarrhée aggrave le phénomène, car le bol avance trop vite pour que les villosités fassent leur travail. Le fragment visible n’est alors qu’un détail d’un tableau plus large.

Quels aliments laissent des fibres intactes dans les selles
Les fibres sont des glucides de plantes que les enzymes humaines ne coupent pas comme elles coupent l’amidon ou le saccharose. MedlinePlus distingue deux familles. Les fibres solubles (son d’avoine, orge, légumineuses, certains fruits) attirent l’eau et forment un gel, ce qui ralentit le transit. Les fibres insolubles (son de blé, légumes, céréales complètes) gonflent le volume des selles et accélèrent le passage dans l’estomac et l’intestin.
Cette accélération a un effet paradoxal. Elle aide souvent à lutter contre la constipation. Elle laisse aussi moins de temps aux sucs pour attaquer une peau, une enveloppe ou une graine encore entière. Le maïs en est l’exemple le plus commenté. L’amidon intérieur se digère. L’enveloppe cellulosique résiste et ressort reconnaissable. Les peaux de tomate ou de poivron, les graines de sésame ou de lin, un morceau de carotte crue, un pois, un raisin sec insuffisamment mâché se comportent de la même façon.
MedlinePlus estime, pour les États-Unis, la consommation moyenne à environ 16 g de fibres par jour, alors que la cible pour les adolescents et les adultes se situe entre 21 et 38 g. Ces chiffres décrivent un régime nord-américain, pas une norme française. Ils rappellent surtout que beaucoup de personnes manquent de fibres, et que le corps n’a pas à les faire disparaître.
Augmenter trop vite la part de légumes crus, de légumineuses ou de son peut provoquer gaz, ballonnements et crampes. Chez certaines personnes, cette poussée se traduit aussi par une diarrhée passagère, donc par davantage de fragments visibles. Ajouter les fibres sur quelques semaines, et boire suffisamment, réduit souvent cette gêne. Enlever toutes les peaux n’est utile que si un médecin a demandé un régime transitoire, par exemple après une poussée inflammatoire.
Rien n’oblige à supprimer le maïs, les tomates ou les graines si vous allez bien. Ces aliments restent utiles pour le volume des selles et pour la satiété. Le signal d’alarme n’est pas le fragment. C’est le fragment associé à un transit qui bascule, à une graisse anormale dans la cuvette ou à un pantalon qui devient trop large sans régime.
Manger trop vite et transit accéléré
Avaler sans mâcher laisse partir des morceaux trop gros pour les enzymes, une cause banale que la Mayo Clinic range au même titre que les fibres. Ralentir le repas et allonger la mastication suffit souvent à faire disparaître les fragments les plus voyants.
Le temps passé dans l’intestin compte autant que la taille des bouchées. Quand le bol avance trop vite, même un aliment normalement digestible n’a plus le loisir d’être hydrolysé. Une gastro-entérite, un laxatif, une diarrhée liée à un sucre mal absorbé ou, après une opération de l’estomac ou de l’œsophage, un syndrome de chasse (vidage gastrique trop rapide) raccourcissent ce délai. Le NIDDK cite ce syndrome parmi les suites possibles d’une chirurgie gastrique, avec une diarrhée chronique.
Une infection virale brève illustre le mécanisme. Le norovirus, souvent en cause, donne des selles liquides qui durent le plus souvent quelques jours, d’après la Mayo Clinic. Pendant cet épisode, le transit est trop rapide pour une digestion complète. Des restes d’un repas récent peuvent alors apparaître. Une fois le virus passé et les selles redevenues moulées, les fragments diminuent d’eux-mêmes.
Mâcher longtemps n’est pas un rituel. C’est la première étape mécanique. Des dents douloureuses, une prothèse mal adaptée ou un repas pris debout devant un écran favorisent les gros morceaux. Couper les aliments, s’asseoir, poser la fourchette entre deux bouchées change souvent plus le contenu de la cuvette qu’un régime improvisé.
Le transit accéléré n’est pas toujours une maladie chronique. Il devient un motif de bilan lorsqu’il dure, qu’il s’accompagne d’une perte de poids ou que les selles prennent un aspect graisseux. Avant ce stade, corriger le rythme du repas et attendre la fin d’un épisode infectieux reste la première ligne.
Quand les fragments signalent une malabsorption
La malabsorption n’est pas un diagnostic unique. C’est un ensemble d’affections dans lesquelles les nutriments n’entrent pas correctement dans le sang ou la lymphe. Le consensus européen de 2025 (UEG et neuf autres sociétés) la définit ainsi, qu’elle soit globale ou limitée à un nutriment. Tout ce qui n’est pas absorbé ressort, parfois sous forme de fragments, plus souvent sous forme de selles anormales.
Ballonnements, gaz, changement d’appétit, selles molles, grasses et malodorantes, perte de poids chez l’adulte ou mauvaise prise de poids chez l’enfant figurent, d’après le NIDDK, parmi les signes de cette piste. La Cleveland Clinic ajoute que le déficit en graisses entraîne souvent un déficit en vitamines A, D, E et K, visibles plus tard par une vision nocturne altérée, des os fragiles, des saignements ou une peau sèche.
Un seuil concret figure dans le Merck Manual (révision de mars 2025). On parle de stéatorrhée lorsque plus de 7 g de graisse sortent chaque jour dans les selles. Ces selles sont pâles, volumineuses, graisseuses et sentent très fort. Elles peuvent flotter ou coller à la cuvette. Un seul repas très gras peut donner une selle inhabituelle. La répétition du tableau, surtout avec un amaigrissement, sort du registre « j’ai trop mangé ».
Trois organes se partagent le travail sur les lipides. Le pancréas fournit la lipase. Le foie et la vésicule fournissent la bile. L’intestin grêle casse les micelles et absorbe les acides gras. Une panne de l’un des trois suffit. Le consensus UEG 2025 rappelle les causes fréquentes. Mucoviscidose, insuffisance pancréatique exocrine, maladie cœliaque, déficit en lactase, pullulation microbienne de l’intestin grêle, gastrite atrophique auto-immune, maladie de Crohn, résections gastriques ou grêliques.
Une infection aiguë peut aussi abîmer temporairement les villosités, indique le Merck Manual. La malabsorption dure alors le temps de la réparation, pas des années. C’est une raison de plus pour ne pas conclure trop tôt à une maladie chronique après une seule semaine de selles étranges.
Maladie cœliaque, Crohn et lésions de l’intestin grêle
Quand la muqueuse de l’intestin grêle est enflammée ou aplatie, l’absorption chute. Les fragments alimentaires ne sont alors qu’un détail. Les selles changent, le poids recule, des carences apparaissent.
La maladie cœliaque est une réaction auto-immune au gluten (blé, orge, seigle). Elle n’est pas une simple « indigestion du gluten ». Le NIDDK décrit des selles molles, grasses, volumineuses et très malodorantes, des ballonnements, une diarrhée ou une constipation, des gaz, parfois une intolérance au lactose secondaire, car la lactase siège sur une muqueuse abîmée. Chez l’enfant, la mauvaise absorption peut ralentir la croissance. Chez l’adulte, la fatigue, les douleurs articulaires ou une éruption (dermatite herpétiforme) peuvent précéder les signes digestifs.
Parce que cette affection est fréquente et encore trop tardivement reconnue, le consensus européen de 2025 demande de la chercher devant toute malabsorption sans autre explication évidente, et chez les personnes à risque. Un régime sans gluten commencé avant les sérologies brouille les tests. Le médecin traitant oriente le dosage des anticorps (transglutaminase tissulaire IgA et IgA totale) avant tout changement durable d’alimentation.
La maladie de Crohn, elle, peut frapper n’importe quel étage du tube digestif. Les trois symptômes les plus souvent cités par le NIDDK sont la diarrhée, les crampes abdominales et la perte de poids. S’y ajoutent parfois une anémie, de la fièvre, des douleurs articulaires, des yeux rouges ou des nodosités sous la peau. L’inflammation locale accélère le transit et réduit la surface utile. Des fragments passent. Du sang peut aussi colorer les selles, ce qui n’appartient plus au registre des fibres.
D’autres lésions du grêle reproduisent le même tableau. Une pullulation bactérienne, une giardiase, un grêle court après résection, une radiothérapie, un excès d’alcool ou certains médicaments abîment la muqueuse. La Cleveland Clinic range ces situations parmi les causes de malabsorption générale. Le point commun n’est pas l’aliment reconnu dans la cuvette. C’est le cortège de diarrhée, de graisse anormale et de carences.
Insuffisance pancréatique et selles grasses
Sans assez d’enzymes pancréatiques, les graisses, une partie des protéines et des glucides quittent l’intestin encore peu découpés. La Cleveland Clinic le dit clairement. Les aliments traversent plus complets, donc parfois plus visibles, et le corps n’en tire pas les calories.
Chez l’adulte, la cause principale est la pancréatite chronique. Jusqu’à 8 adultes sur 10 atteints de cette affection développent une insuffisance pancréatique exocrine. Chez le nourrisson, la mucoviscidose arrive en tête. Le cancer du pancréas, une chirurgie pancréatique, un diabète ancien, une maladie cœliaque ou un Crohn duodénal figurent parmi les terrains où l’AGA 2023 demande d’y penser.
Les signes cliniques listés par cette mise à jour sont la stéatorrhée avec ou sans diarrhée, l’amaigrissement, le ballonnement, les gaz excessifs, les carences en vitamines liposolubles et la dénutrition protéino-énergétique. Ce n’est pas le portrait d’une simple salade mal mâchée.
Le premier test recommandé aux États-Unis par l’AGA est l’élastase fécale, sur une selle moulée ou semi-moulée. Une valeur sous 100 μg/g plaide fortement pour le diagnostic. Entre 100 et 200 μg/g, le résultat reste indéterminé. Une selle très liquide peut diluer l’enzyme et fausser le chiffre. Une fois le diagnostic posé, le traitement de référence est l’enzymothérapie substitutive (PERT). Chez l’adulte, la dose initiale conseillée par l’AGA 2023 est d’au moins 40 000 unités USP de lipase pendant chaque repas, et la moitié pour une collation, à ajuster selon la taille du plat et sa teneur en graisse. Ces extraits se prennent pendant le repas, pas avant à jeun.
L’AGA déconseille les régimes très pauvres en graisses une fois le traitement en place. Les graisses restent nécessaires pour absorber les vitamines A, D, E et K. Le médecin ou le pharmacien indiquera les spécialités disponibles en France et les doses locales. Un essai d’enzymes « pour voir » sans bilan n’est pas un test fiable, précise encore l’AGA, car un effet placebo ou une autre maladie (cœliaque, pullulation) peut tromper.

Intolérance au lactose, intestin irritable et gastro-entérite
Trois situations courantes font apparaître des restes alimentaires sans être, à elles seules, une malabsorption globale.
L’intolérance au lactose n’est pas une allergie aux protéines du lait. C’est l’incapacité à couper le lactose, le sucre du lait, faute de lactase suffisante. Le NIDDK est net sur ce point, alors que certains textes grand public parlent encore à tort de « protéine du lait ». Le lactose non coupé arrive dans le côlon, où les bactéries le fermentent. En quelques heures après un produit laitier, apparaissent ballonnements, diarrhée, gaz, nausées, douleurs et borborygmes. Cette diarrhée osmotique accélère le transit. Des fragments d’un autre aliment du même repas peuvent alors ressortir. Une maladie de Crohn ou une maladie cœliaque peut créer une intolérance secondaire, parfois réversible si la muqueuse cicatrise.
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) provoque des douleurs liées aux selles, une diarrhée, une constipation ou les deux, des ballonnements, une sensation d’évacuation incomplète, parfois un mucus blanchâtre. Le NIDDK insiste sur un fait trop souvent oublié. Le SII peut être douloureux. Il n’abîme pas le tube digestif et n’entraîne pas, à lui seul, une dénutrition. Un amaigrissement, du sang, une fièvre ou une diarrhée nocturne sortent de ce cadre et imposent de chercher autre chose.
Une gastro-entérite virale, souvent à norovirus, donne des selles liquides, des vomissements, des crampes, parfois de la fièvre. La Mayo Clinic situe la plupart de ces épisodes sur quelques jours. Pendant ce temps, le bol file. Des aliments peu mâchés passent. La déshydratation (soif, urines rares et foncées, vertiges) est le vrai danger, surtout chez le nourrisson, la personne âgée ou quelqu’un déjà fragile.
Ces trois tableaux se gèrent d’abord par l’histoire. Lien avec le lait, douleur chronique sans alarme, ou épidémie familiale de quelques jours. Le médecin n’enchaîne pas d’emblée coloscopie et enzymes si le récit suffit. Il le fait si le récit dérape.
Quels examens le médecin peut demander
Aucun examen n’est automatique devant un grain de maïs isolé. Le bilan se construit sur la durée des symptômes, le poids, l’aspect des selles et les antécédents.
Le consensus UEG 2025 place l’histoire médicale et médicamenteuse en premier, puis des examens ciblés. Endoscopie avec biopsies du grêle, tests fonctionnels non invasifs, imagerie. La maladie cœliaque doit être cherchée en l’absence d’autre explication. En pratique de ville, cela commence souvent par une prise de sang (numération, ferritine, vitamine B12, folates, albumine, anticorps de la maladie cœliaque, CRP).
Les selles renseignent sur la graisse, l’élastase pancréatique ou une infection parasitaire. L’AGA 2023 réserve le dosage quantitatif des graisses sur trois jours aux cas difficiles. Le test est lourd. L’élastase, plus simple, se fait sur une selle formée. Un test respiratoire à l’hydrogène peut explorer un lactose mal absorbé ou une pullulation, selon le contexte.
Si la muqueuse du grêle est suspecte, une endoscopie haute avec biopsies reste l’examen de référence. Une coloscopie s’impose plutôt devant du sang, un changement durable du transit, ou une suspicion de maladie inflammatoire du côlon. L’imagerie (scanner, IRM, échographie) cherche une maladie du pancréas, du foie ou des voies biliaires. Elle ne « voit » pas l’insuffisance enzymatique elle-même, rappelle l’AGA.
Voici ce que ces examens cherchent, et ce qu’ils ne disent pas.
- Une sérologie cœliaque positive oriente, mais ne remplace pas toujours les biopsies duodénales chez l’adulte.
- Une élastase basse sur une selle liquide doit être contrôlée sur une selle plus formée.
- Un marqueur sanguin d’inflammation oriente vers une maladie organique, pas vers un SII isolé.
- Une carence en fer, en B12 ou en vitamine D éclaire le retentissement, pas la cause.
- Aucun test à domicile ne distingue une peau de tomate d’une stéatorrhée vraie.
Le médecin traitant décide de l’ordre. En France, les indications et les remboursements suivent les recommandations locales, que le pharmacien ou le spécialiste préciseront. Les seuils cités plus haut (élastase, 7 g de graisse, 40 000 unités USP) viennent de textes américains ou européens. Ils servent à comprendre le raisonnement, pas à s’automédiquer.
Aliments non digérés : quand voir un médecin
Des fragments isolés, après un repas fibreux, sans autre gêne, n’imposent pas de rendez-vous. Le problème naît, selon la Mayo Clinic, quand s’y ajoutent une diarrhée qui dure, une perte de poids ou un changement durable du transit.
Chez l’adulte, le NIDDK et la Mayo Clinic (mise à jour de juillet 2026) demandent de consulter sans attendre si la diarrhée dépasse 2 jours sans amélioration, s’il y a plus de six selles liquides par jour, une fièvre au-dessus de 39 °C, des selles noires ou sanglantes, une douleur abdominale ou rectale intense, ou des signes de déshydratation (soif extrême, urines rares, vertiges, bouche sèche). Les femmes enceintes, les personnes de plus de 65 ans, celles sous antibiotiques ou immunodéprimées doivent rester en lien plus tôt avec leur médecin.
Chez l’enfant, le délai est plus court. Une diarrhée de plus de 24 heures, une fièvre, des selles sanglantes, un nourrisson de moins de 12 mois, un prématuré, ou un enfant qui refuse de boire relèvent d’un avis rapide. Une déshydratation du nourrisson peut s’aggraver en un ou deux jours.
Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 si le ventre est dur et très douloureux, si la personne s’évanouit, si le sang est abondant, si la confusion s’installe, ou si la déshydratation empêche de boire. Ces numéros ne remplacent pas le médecin traitant pour un maïs visible dans une selle par ailleurs normale.
| Ce que vous observez | Interprétation la plus fréquente | Conduite |
|---|---|---|
| Grains, peaux ou graines après un repas fibreux, vous vous sentez bien | Fibres insolubles non hydrolyisées | Surveiller, mieux mâcher, rien d’urgent |
| Fragments pendant quelques jours de selles liquides, fièvre modérée | Gastro-entérite, transit trop rapide | Boire, médecin si cela dépasse 2 jours chez l’adulte |
| Selles pâles, grasses, qui flottent, ceinture trop large | Malabsorption des graisses (stéatorrhée) | Médecin traitant, bilan ciblé |
| Sang rouge, selles noires, douleur violente, fièvre ≥ 39 °C, vertiges | Urgence digestive ou déshydratation grave | 15 ou 112, ou urgences |
| Diarrhée chronique, carences, terrain pancréatique ou familial cœliaque | Maladie du grêle ou du pancréas possible | Consultation programmée, ne pas s’autosupplémenter |
Un changement de transit qui s’installe, même sans fragment spectaculaire, mérite le même sérieux qu’une stéatorrhée. Le fragment n’est qu’un indice. Le reste du tableau décide.
Que faire au quotidien si les fragments reviennent
Si vous allez bien, la première mesure est mécanique. Mâcher plus longtemps, couper les aliments durs, s’asseoir pour manger. La Mayo Clinic n’en propose pas d’autre tant que diarrhée et poids restent stables.
Garder les fibres, plutôt que les chasser, reste le conseil de MedlinePlus pour la plupart des adultes. Les introduire progressivement, boire, varier légumes cuits et crus, évite le ballonnement qui suit un « rattrapage » brutal de crudités. Si un médecin a prescrit un régime pauvre en résidus pour une poussée, c’est un temps limité, pas une règle à vie.
Pendant une gastro-entérite, la priorité est l’eau et les solutés de réhydratation, pas un nouveau régime. Se laver les mains pendant 20 secondes, comme le décrit la Mayo Clinic, limite la transmission. Les fragments alimentaires de ces jours-là n’ont pas besoin d’un scanner.
Si le bilan conclut à une maladie cœliaque, l’éviction du gluten se fait après les tests, pas avant. Si le bilan conclut à une insuffisance pancréatique, les extraits enzymatiques se prennent pendant les repas, à la dose fixée avec le prescripteur. L’AGA 2023 fixe un ordre de grandeur américain (40 000 unités USP de lipase par repas). Le schéma français sera celui de l’ordonnance. Un régime très pauvre en graisses n’est plus la règle une fois les enzymes en place.
Tenir un carnet simple pendant trois semaines aide le médecin. Heure du repas, aliments, aspect des selles, poids, douleurs. Ce n’est pas un journal intime. C’est un outil pour lier un verre de lait, une salade de maïs ou une semaine de selles huileuses. Apportez-le à la consultation plutôt qu’une liste de compléments achetés en ligne.
Questions fréquentes
Le maïs non digéré dans les selles est-il normal ?
Oui, le plus souvent. L’enveloppe du grain résiste aux enzymes humaines, alors que l’amidon intérieur se digère. Sans diarrhée durable, sans amaigrissement et sans selles grasses, ce spectacle n’indique pas une maladie.
Les selles grasses veulent-elles dire que je n’absorbe plus rien ?
Des selles pâles, huileuses, très malodorantes, qui flottent, évoquent une stéatorrhée, surtout si elles se répètent. Le Merck Manual parle de plus de 7 g de graisse par jour. Une seule selle après un plat très gras ne suffit pas. Un amaigrissement ou des carences rendent le rendez-vous nécessaire.
Un enfant peut-il avoir des aliments non digérés sans maladie ?
Oui. Les mêmes fibres et la même mastication incomplète existent chez l’enfant. En revanche, une diarrhée de plus d’un jour, une mauvaise prise de poids, des selles grasses ou une déshydratation imposent un avis rapide. Le nourrisson se déshydrate plus vite que l’adulte.
Faut-il arrêter les fibres si j’en vois dans les selles ?
Non, pas si vous vous sentez bien. MedlinePlus rappelle que les fibres insolubles sont faites pour arriver au côlon. Les réduire d’un coup peut constiper. On les augmente lentement, on boit, et on ne les coupe que sur consigne médicale temporaire.
Après une chirurgie de l’estomac, pourquoi vois-je encore des aliments ?
Une opération de l’estomac ou de l’œsophage peut vider le bol trop tôt vers l’intestin (syndrome de chasse) et laisser moins de temps à la digestion. Une diarrhée chronique après ce type de geste figure parmi les motifs de consultation cités par le NIDDK. Le chirurgien ou le gastro-entérologue adapte le fractionnement des repas.
Le gluten non digéré prouve-t-il une maladie cœliaque ?
Non. Voir un morceau de pain ou de pâtes ne pose pas le diagnostic. La maladie cœliaque se cherche par sérologie, puis souvent par biopsies, avant tout régime. Commencer le sans gluten trop tôt rend les tests moins lisibles.
Conclusion
Un grain de maïs ou une peau de tomate dans la cuvette raconte d’abord l’anatomie d’une fibre, pas une panne d’organe. Les enzymes humaines ne sont pas conçues pour tout faire disparaître. Mâcher, ralentir, et juger le reste du tableau (poids, transit, aspect des selles) évite beaucoup d’inquiétude inutile.
Le curseur change quand la diarrhée dépasse 2 jours chez l’adulte, 24 heures chez l’enfant, quand le thermomètre passe 39 °C, quand les selles deviennent grasses et pâles, ou quand le poids recule. Ces seuils, repris par le NIDDK, la Mayo Clinic et le Merck Manual, séparent le fragment banal de la malabsorption. Le consensus UEG 2025 et la mise à jour AGA 2023 donnent ensuite un ordre. Chercher une maladie cœliaque. Mesurer l’élastase si le pancréas est plausible. Traiter la cause, pas le grain de maïs.
Avant le prochain rendez-vous, notez trois semaines d’aliments, de selles et de poids, et posez une question précise. « Ces selles grasses et ce kilo perdu en un mois justifient-ils une sérologie cœliaque et une élastase ? » Le médecin traitant tranchera l’ordre des examens. Le 15 ou le 112 restent le bon appel si le ventre durcit, si le sang est abondant ou si la déshydratation empêche de tenir debout.
Sources
- Undigested food in stool: What does it mean?. Mayo Clinic, 12 octobre 2023.
- Malabsorption (Syndrome): Symptoms, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, mis à jour le 6 avril 2022.
- Fiber: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, mis à jour le 15 septembre 2026.
- Symptoms & Causes of Diarrhea. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, septembre 2024.
- Symptoms & Causes of Lactose Intolerance. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, février 2018.
- Whitcomb DC, Buchner AM, Forsmark CE : AGA Clinical Practice Update on the Epidemiology, Evaluation, and Management of Exocrine Pancreatic Insufficiency: Expert Review. Gastroenterology, novembre 2023.
- Malik Z : Overview of Malabsorption. Merck Manual Professional Edition, mars 2025.
- Lenti MV, Hammer HF et al. : European Consensus on Malabsorption—UEG & SIGE, LGA, SPG, SRGH, CGS, ESPCG, EAGEN, ESPEN, and ESPGHAN. Part 1: Definitions, Clinical Phenotypes, and Diagnostic Testing for Malabsorption. United European Gastroenterology Journal, mai 2025.
- Symptoms & Causes of Celiac Disease. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, octobre 2020.
- Symptoms & Causes of Crohn’s Disease. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, juillet 2024.
- Diarrhea – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 18 juillet 2026.
- Exocrine Pancreatic Insufficiency (EPI): Pancreatitis. Cleveland Clinic, mis à jour le 10 juin 2021.
