
La candidose est une infection liée à un excès de levures du genre Candida, déjà présentes sur la peau, dans la bouche et dans le vagin sans provoquer de symptômes la plupart du temps. Elle se manifeste surtout par une mycose vaginale, un muguet buccal ou une éruption des plis. Les formes invasives du sang et des organes restent rares et concernent surtout des personnes déjà hospitalisées ou immunodéprimées.
Après une semaine d’antibiotiques, des pertes blanches épaisses et des démangeaisons vulvaires font souvent penser à « une mycose ». Les recommandations américaines de 2021 sur les infections sexuellement transmissibles estiment qu’environ 75 % des femmes auront au moins un épisode de candidose vulvo-vaginale, et que 40 à 45 % en auront deux ou plus. La même levure peut aussi rougir un pli sous un sein, coller des plaques crème sur la langue d’un nourrisson, ou, beaucoup plus rarement, passer dans le sang.
Les azolés locaux ou une prise unique de fluconazole 150 mg soulagent 80 à 90 % des mycoses vaginales non compliquées, d’après ce document. Pour une candidémie, l’IDSA (mise à jour 2016) et les CDC placent une échinocandine par voie veineuse en première ligne chez la plupart des adultes, pendant au moins deux semaines après la disparition des levures dans le sang. Une fièvre et des frissons qui ne cèdent pas aux antibiotiques, surtout à l’hôpital, justifient d’appeler le 15 ou le 112.
Qu’est-ce que la candidose
C’est une infection fongique qui apparaît quand Candida, une levure commensale, se multiplie trop. Les CDC rappellent que tout le monde en héberge sur la peau et dans certaines muqueuses, et que cela ne donne aucun signe tant que l’équilibre local tient. La maladie n’est donc pas « l’arrivée d’un germe extérieur », mais un déséquilibre sur place.
Les formes suivent la localisation. La candidose vaginale, souvent appelée mycose vaginale, est l’une des infections fongiques les plus fréquentes. Le muguet touche la bouche et la gorge. L’atteinte de l’œsophage provoque une douleur à la déglutition. Sur la peau, l’éruption siège dans les plis chauds et humides. La candidose invasive, y compris la candidémie (passage dans le sang), atteint des organes internes chez des patients déjà hospitalisés ou immunodéprimés, pas le public en bonne santé.
Cinq espèces expliquent l’essentiel des infections. Les CDC citent Candida albicans, C. glabrata, C. parapsilosis, C. tropicalis et C. krusei. Jusqu’à 95 % des candidémies aux États-Unis relèvent de ce groupe, d’après la surveillance publiée en 2026. C. auris se comporte autrement. Signalée aux États-Unis à partir de 2016, elle se transmet facilement dans les établissements de soins et résiste souvent aux azolés.
Une confusion fréquente mélange toutes les mycoses. Le « pied d’athlète » des espaces inter-orteils est le plus souvent une dermatophytie, pas une candidose. Candida peut infecter les commissures des ongles (périonyxis) et, parfois, les espaces entre les doigts, surtout si les mains restent longtemps mouillées. Ce n’est pas la même maladie, ni le même traitement de fond.

Quelles causes favorisent une candidose
Tout ce qui rompt l’équilibre entre bactéries et levures, ou qui maintient une peau chaude et humide, peut ouvrir la porte à une candidose. Les antibiotiques tuent des bactéries qui limitent d’ordinaire Candida. Les corticoïdes, y compris ceux des inhalateurs d’asthme, abaissent les défenses locales. Un diabète mal contrôlé, une grossesse, une obésité, un VIH avancé, une chimiothérapie ou un traitement immunosuppresseur après greffe font partie des terrains classiques, d’après le Merck Manual révisé en octobre 2025 et MedlinePlus (révision 2024).
Sur la peau, le climat, les vêtements et l’hygiène pèsent autant que les médicaments. Une chaleur humide, des sous-vêtements synthétiques serrés, des changes trop espacés chez le nourrisson ou la personne âgée, et d’autres dermatoses des plis (intertrigo, psoriasis) créent un milieu où la levure s’installe. MedlinePlus souligne aussi que Candida est la cause la plus fréquente d’érythème fessier du bébé.
Chaque forme a ses facteurs propres, que les CDC résument ainsi.
- Une mycose vaginale survient plus souvent pendant ou juste après des antibiotiques, une grossesse, sous pilule, ou si le diabète n’est pas équilibré.
- Un muguet est favorisé par un diabète mal contrôlé, le VIH, un cancer, des prothèses dentaires, une bouche sèche liée aux médicaments, et le tabac.
- L’atteinte de l’œsophage survient surtout s’il existe déjà un muguet, ou en cas d’hémopathie.
- La candidose invasive concerne l’hôpital (cathéters, ventilation), le post-opératoire immédiat, la chimiothérapie et l’usage de drogues injectables.
Une candidose cutanée de l’adulte ou de l’enfant plus grand n’est pas un détail cosmétique. MedlinePlus recommande de chercher un diabète dans ce contexte, car un sucre sanguin élevé nourrit la levure. Ce n’est pas un argument pour un régime « zéro sucre » chez une personne sans diabète. C’est un motif de bilan si les éruptions des plis reviennent.
Symptômes d’une candidose de la peau
L’éruption des plis est typiquement d’un rouge vif, parfois avec une peau qui se fissure, et elle brûle ou démange de façon intense. Le Merck Manual décrit des pustules, surtout en périphérie, souvent appelées lésions satellites. Autour de l’anus, la peau peut être à vif, blanche ou rouge, et prurigineuse. Chez le nourrisson, le tableau est celui d’un érythème fessier candidosique.
Les zones humides reviennent toujours. Ce n’est pas une carte du corps à mémoriser, c’est une logique d’humidité.
- Sous les seins, à l’aine, aux aisselles et dans les plis du ventre, la peau reste au contact d’elle-même et sèche mal.
- Entre les doigts ou les orteils, l’eau répétée (vaisselle, gants, sport) entretient un milieu favorable aux levures.
- Sur un pénis non circoncis, le prépuce garde l’humidité et peut rougir, brûler ou devenir douloureux.
- Aux commissures des lèvres, la perlèche (chéilite angulaire) fissure la peau quand la zone reste humide, par exemple avec une prothèse mal adaptée.
Le pourtour de l’ongle raconte une autre histoire. Un périonyxis candidosique rougit, gonfle et fait mal autour de l’ongle. Avec le temps, le lit unguéal peut blanchir ou jaunir, et la plaque se décoller (onycholyse). Le Merck Manual le voit surtout en cas de diabète, d’immunodépression, ou chez des personnes dont les mains sont souvent mouillées. Ces infections sont difficiles à traiter. Le premier geste n’est pas d’arracher l’ongle, c’est d’arrêter de le laisser tremper.
Une fiche de la Cleveland Clinic, mise à jour en mai 2025, situe souvent la disparition des formes légères à modérées entre deux et trois jours après un traitement bien mené, et jusqu’à deux semaines pour les tableaux plus marqués. Une éruption qui s’étend, une fièvre, un diabète ou une immunodépression imposent un avis médical, pas une poudre de plus.
Mycose vaginale et candidose du gland
La candidose vulvo-vaginale provoque des démangeaisons ou une sensibilité, une douleur pendant les rapports, une gêne en urinant et des pertes inhabituelles. Les CDC précisent qu’aucun de ces signes n’est spécifique. Un tableau plus marqué associe rougeur, gonflement et fissures de la paroi vaginale. Le Merck Manual décrit des pertes blanches ou jaunâtres, souvent épaisses, « comme du fromage blanc ».
Environ 75 % des femmes auront au moins un épisode, 40 à 45 % en auront deux ou plus, et 10 à 20 % présenteront une forme dite compliquée, d’après les recommandations IST des CDC de 2021. La forme simple est sporadique, légère à modérée, probablement due à C. albicans, chez une femme non immunodéprimée. La forme compliquée recouvre les récidives, l’intensité des lésions, les espèces non albicans, le diabète et l’immunodépression.
Le diagnostic clinique seul trompe souvent. Le pH vaginal reste habituellement inférieur à 4,5. Un examen à frais avec potasse à 10 % montre levures ou filaments. Si cet examen est négatif alors que les signes persistent, une culture est utile. Isoler Candida sans symptômes n’indique pas un traitement, car 10 à 20 % des femmes hébergent la levure sans maladie.
Une mycose vaginale simple ne se transmet en général pas par un rapport, et les CDC ne recommandent pas de traiter le partenaire de façon systématique. Une minorité d’hommes développe une balanite et bénéficie alors d’un antifongique local. Le Merck Manual note que la candidose du pénis touche surtout les hommes diabétiques, non circoncis, ou dont la partenaire a une mycose vaginale. Les récidives, définies par les CDC comme trois épisodes ou plus en un an, concernent moins de 5 % des femmes. L’IDSA (2016) retient le seuil de quatre épisodes pour un azolé hebdomadaire pendant six mois, après un traitement d’attaque plus long. Ce schéma contrôle les symptômes. L’IDSA anticipe 40 à 50 % de réapparition une fois l’entretien arrêté.
Muguet buccal et candidose de l’œsophage
Le muguet dépose des plaques blanches sur la face interne des joues, la langue, le palais et la gorge. S’y ajoutent rougeur ou douleur, une sensation de coton, une perte de goût, une douleur en mangeant ou en avalant, et des fissures aux coins de la bouche. Les plaques du muguet adhèrent. Le Merck Manual indique qu’on peut les racler avec un doigt ou un abaisse-langue, et qu’elles peuvent saigner.
Chez un enfant sans autre maladie, un muguet n’a rien d’exceptionnel. Chez l’adulte, le même tableau peut signaler un diabète, un cancer, une infection par le VIH, des antibiotiques récents, des corticoïdes inhalés ou une prothèse dentaire. L’IDSA rappelle qu’avec le VIH, le muguet s’observe surtout lorsque les lymphocytes CD4 passent sous 200 cellules/µL, et que les antirétroviraux efficaces ont fortement réduit sa fréquence.
L’œsophage est un autre étage. Douleur et difficulté à avaler en sont les signes. La plupart des personnes concernées ont aussi un muguet, mais pas toutes. L’IDSA (2016) est nette. Un antifongique par voie générale est toujours nécessaire. Un essai thérapeutique par fluconazole, avant une endoscopie, est considéré comme raisonnable chez un patient immunodéprimé qui a du mal à avaler. Les symptômes s’améliorent souvent en une semaine. Ce n’est pas une mycose à traiter par un gel buccal seul.
Un muguet qui empêche de s’alimenter, une douleur à avaler ou une fièvre, surtout sous corticoïdes, en cas de cancer ou de VIH, relèvent du médecin, ou du 15 si l’état général bascule. Chez le nourrisson, une difficulté à téter liée à des plaques buccales justifie un avis rapide.
Comment confirmer le diagnostic
Le médecin reconnaît souvent une candidose cutanée ou un muguet à l’œil nu. Pour lever un doute, il racle un peu de peau ou de dépôt et l’examine au microscope, ou l’envoie en culture, comme le décrivent le Merck Manual et MedlinePlus. Une biopsie cutanée n’est en général pas nécessaire. La culture identifie l’espèce, ce qui compte si le traitement local échoue ou si l’on suspecte une levure moins sensible aux azolés.
Pour une mycose vaginale, les CDC demandent un examen à frais chez toute femme qui a des signes. La culture reste la référence pour identifier l’espèce. En cas de forme compliquée, elle aide aussi à repérer une levure non albicans. C. glabrata ne forme pas de filaments et passe facilement inaperçue au microscope.
La candidose invasive se diagnostique surtout par hémoculture. L’aperçu clinique des CDC (24 avril 2024) note que le dosage du bêta-D-glucane n’est qu’un appoint, peu spécifique. Identifier l’espèce oriente l’antifongique. L’IDSA recommande un test de sensibilité aux azolés pour les isolats sanguins, et vis-à-vis des échinocandines après un traitement par cette classe, ou en cas d’infection à C. glabrata ou C. parapsilosis. Traiter une colonisation vaginale sans symptômes n’apporte rien. Une éruption des plis qui ressemble à un psoriasis ou à un intertrigo bactérien mérite un diagnostic plutôt qu’un troisième tube de crème.

Traitements antifongiques selon la localisation
Le traitement est un antifongique, sous une forme adaptée au site et à la gravité. Crèmes, ovules, gels ou comprimés à sucer suffisent souvent en surface. Un comprimé oral ou une perfusion devient nécessaire si l’infection est étendue, récidivante, œsophagienne ou invasive. Les CDC insistent pour aller jusqu’au bout de la durée prescrite, même si les symptômes reculent plus tôt.
Les doses ci-dessous sont celles des documents américains cités. En France, le médecin ou le pharmacien applique la recommandation locale et les spécialités disponibles.
| Localisation | Signes habituels | Repère de traitement (documents US) |
|---|---|---|
| Plis cutanés | Rougeur vive, brûlure, pustules en bordure | Crème azolée ou nystatine, peau au sec (Merck, 2025) |
| Vagin, forme simple | Démangeaisons, pertes épaisses | Azolé local court ou fluconazole 150 mg une fois (CDC, 2021) |
| Vagin, forme grave ou récidivante | Fissures, œdème, ≥3 épisodes/an | Azolé plus long, parfois fluconazole hebdomadaire 6 mois |
| Bouche, forme légère | Plaques blanches, gêne | Clotrimazole ou nystatine, 7 à 14 jours (IDSA, 2016) |
| Œsophage | Douleur à avaler | Fluconazole 200 à 400 mg/j, 14 à 21 jours, toujours systémique |
| Sang (candidémie) | Fièvre, frissons | Échinocandine IV d’abord, ≥2 semaines après hémocultures négatives |
Pour la peau, le Merck Manual cite notamment miconazole, clotrimazole, oxiconazole et nystatine en application locale. Sécher le pli aide autant que la crème. Si de nombreux plis sont atteints, un fluconazole oral entre en discussion. Pour l’érythème fessier, des changes plus fréquents, une crème antifongique et une pâte à l’oxyde de zinc sont les leviers décrits.
Pour une mycose vaginale simple, les CDC listent des azolés locaux courts et le fluconazole oral 150 mg en une prise, avec un soulagement et des cultures négatives chez 80 à 90 % des personnes qui terminent le traitement. Les crèmes et ovules gras peuvent fragiliser préservatifs et diaphragmes en latex. Si les signes persistent ou reviennent en moins de deux mois, il faut un examen plutôt qu’un second produit sans ordonnance. Une femme enceinte ne suit pas le schéma oral. Les CDC de 2021 recommandent uniquement un azolé local pendant 7 jours, car une dose de fluconazole 150 mg a été associée à un risque accru de fausse couche et d’anomalies congénitales. Le médecin français tranchera selon le protocole en vigueur.
Pour un muguet léger, l’IDSA propose le clotrimazole 10 mg cinq fois par jour, ou la nystatine en suspension 4 à 6 mL quatre fois par jour, pendant 7 à 14 jours. Un muguet plus marqué se traite par fluconazole oral 100 à 200 mg par jour pendant 7 à 14 jours. Une prothèse dentaire doit être désinfectée, sinon la levure revient.
Candidose invasive chez les personnes déjà malades
La candidose invasive n’est pas « une mycose de peau trop forte ». C’est une infection d’organes internes ou du sang chez des patients déjà hospitalisés ou immunodéprimés. La plupart des gens n’y sont pas exposés, d’après les CDC. Les signes sont peu spécifiques. Fièvre et frissons qui ne cèdent pas à un antibiotique antibactérien sont les plus fréquents. Si l’infection gagne le cœur, le cerveau, les yeux, les os ou les articulations, d’autres symptômes s’ajoutent.
La candidémie figure parmi les infections du sang les plus fréquentes aux États-Unis, avec environ 25 000 cas par an et une incidence d’environ 7 pour 100 000 habitants (surveillance 2017-2021). Environ un tiers des personnes meurent pendant l’hospitalisation. Ce chiffre mélange la levure et les maladies déjà présentes. Une étude comparant des patients comparables attribuait à la candidémie environ 19 à 24 % des décès. L’aperçu clinique des CDC (2024) retient une mortalité hospitalière toutes causes d’environ 30 %. Ce sont des données américaines, pas un taux français.
Le traitement hospitalier suit l’IDSA 2016, encore citée par les CDC. Chez la plupart des adultes, on commence par une échinocandine par voie veineuse (caspofungine 70 mg puis 50 mg/j, micafungine 100 mg/j, ou anidulafungine 200 mg puis 100 mg/j). Le fluconazole (800 mg puis 400 mg/j) est une alternative si le patient n’est pas en état critique et si une résistance est peu probable. Le traitement d’une candidémie continue en général deux semaines après la disparition des signes et des levures dans le sang. Le retrait du cathéter veineux central est recommandé chez les patients non neutropéniques. C. auris, décrite mondialement depuis 2009, se transmet entre patients, résiste souvent au fluconazole et n’expliquait que 0,4 % des candidémies américaines de 2017-2021. Environ 6 % des isolats sanguins de Candida testés aux CDC résistent au fluconazole, et environ 2 % des C. glabrata aux échinocandines.
Quand voir un médecin pour une candidose
Une éruption des plis sans fièvre, déjà reconnue, peut se discuter avec le pharmacien. Une première mycose vaginale, un doute, une grossesse, un diabète, un VIH, un cancer, des corticoïdes au long cours, ou des symptômes qui ne cèdent pas, relèvent du médecin traitant. MedlinePlus demande aussi de consulter dès l’apparition des signes cutanés, car les récidives sont fréquentes si la cause (humidité, sucre sanguin, antibiotique) n’est pas reprise.
Certains tableaux ne sont plus une affaire de crème.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Éruption des plis, sans fièvre, déjà connue | Pharmacien, puis médecin si aucune amélioration |
| Première mycose vaginale, pertes malodorantes, grossesse | Médecin, pas d’automédication |
| Symptômes qui persistent ou reviennent en moins de 2 mois | Examen et tests, pas un second ovule au hasard |
| Muguet de l’adulte, douleur à avaler, terrain VIH ou cancer | Médecin rapide, parfois urgence |
| Fièvre et frissons malgré des antibiotiques, hôpital, cathéter | Appeler le 15 ou le 112 |
| Nourrisson qui tète mal à cause de plaques buccales | Avis médical sans attendre |
Les CDC recommandent un test avant un traitement vaginal en vente libre. Un ovule pris à tort retarde le diagnostic d’une autre vaginite. Un fluconazole oral peut donner nausées, maux de tête, rarement une hausse des enzymes hépatiques, et il interagit avec d’autres médicaments. Le pharmacien vérifie les associations. Chez une personne immunodéprimée, diabétique décompensée ou récemment opérée, une fièvre avec éruption est un motif d’appel au 15 ou au 112, pas « une mycose qui monte ».
Prévention, récidives et idées reçues
Garder la peau propre et sèche reste le geste le plus solide pour les plis. Vêtements mouillés changés vite, savon ordinaire, séchage soigneux des aisselles, du sillon sous-mammaire et de l’aine, sous-vêtements de coton plutôt que de synthétique serré. Pour les mains souvent dans l’eau, des gants, puis un séchage, réduisent le périonyxis. Un inhalateur de corticoïde se rince après usage, car le Merck Manual relie ces sprays au muguet. Une prothèse se nettoie. Un diabète se surveille. Les antibiotiques se prennent seulement lorsqu’ils sont indiqués.
Le document IST des CDC (2021) ne trouve pas de preuves substantielles pour les probiotiques ni pour l’homéopathie dans la candidose vulvo-vaginale. Une revue Cochrane de 2017 (Xie et coll., 10 essais, 1 656 femmes non enceintes) a vu une possible amélioration à court terme quand le probiotique s’ajoutait à un antifongique, sans bénéfice clair à un ou trois mois, sur une preuve faible ou très faible. Les auteurs jugent les données insuffisantes pour le recommander.
Couper le sucre « pour affamer Candida » n’est pas un traitement validé par ces sources. Le point établi est le contrôle glycémique en cas de diabète, parce qu’un sucre sanguin élevé favorise la levure cutanée. Une fiche de la Cleveland Clinic cite, parmi d’autres pistes, une réduction des glucides raffinés. Cela ne fait pas du yaourt un substitut d’azolé. Ni la biotine, ni le yoga, ni une souche unique de lactobacille ne figurent comme traitement dans les documents retenus. À l’hôpital, la prévention invasive passe par le lavage des mains, l’entretien des cathéters et le bon usage des antibiotiques. Une prophylaxie antifongique, chez certains patients neutropéniques ou transplantés, se décide en équipe, pas avec un complément alimentaire.
Questions fréquentes
La candidose est-elle contagieuse ?
Chez une personne en bonne santé, une candidose cutanée, buccale ou vaginale n’est en général pas contagieuse, d’après MedlinePlus. Candida fait déjà partie du microbiote de beaucoup de gens. Dans certains contextes d’immunodépression, et surtout avec C. auris à l’hôpital, la transmission via les mains ou le matériel de soins devient un vrai problème de santé publique.
Les probiotiques soignent-ils une mycose vaginale ?
Non comme traitement de première intention. Les CDC (2021) ne trouvent pas de preuves substantielles. Cochrane (2017) juge les données insuffisantes, même si un appoint à un antifongique a parfois amélioré le court terme. Un ovule ou un azolé adapté reste le traitement qui a fait ses preuves.
Faut-il traiter le partenaire en cas de mycose vaginale ?
Pas de façon systématique. Une mycose vaginale non compliquée n’est d’ordinaire pas une infection sexuellement transmise, et les CDC ne recommandent pas de traiter le partenaire. S’il présente une balanite (rougeur, prurit du gland), un antifongique local peut soulager ses propres symptômes.
Une alimentation sans sucre fait-elle disparaître Candida ?
Aucun des documents retenus n’en fait un traitement. En cas de diabète, équilibrer la glycémie réduit un facteur qui nourrit la levure sur la peau. Cela ne remplace pas l’antifongique et ne s’applique pas comme une règle à toute personne sans diabète.
Combien de temps dure une candidose sous traitement ?
La Cleveland Clinic situe souvent la disparition des formes légères à modérées entre deux jours et deux semaines après un traitement correctement suivi. Une mycose vaginale simple répond en général en quelques jours. Un muguet se traite 7 à 14 jours, un œsophage 14 à 21 jours, une candidémie au moins deux semaines après des hémocultures négatives.
Peut-on soigner une mycose vaginale sans ordonnance ?
Oui, si vous reconnaissez un tableau déjà confirmé autrefois et que les circonstances sont les mêmes, par exemple après un antibiotique. Les CDC rappellent pourtant qu’un test reste préférable avant un produit en vente libre, et qu’il faut consulter si c’est la première fois, si vous êtes enceinte, ou si les signes persistent. Le pharmacien aide à choisir l’ovule ou la crème.
Une candidose pendant la grossesse se traite-t-elle comme les autres ?
Non pour la voie orale. Les CDC de 2021 recommandent un azolé local pendant 7 jours et déconseillent le fluconazole oral, associé dans des études à un risque accru de fausse couche et d’anomalies congénitales. Le médecin suivra le protocole français. Ne prenez pas un comprimé restant d’une précédente mycose.
Conclusion
Candida vit sur vous sans être une maladie. Il le devient quand un antibiotique, un pli humide, une grossesse, un diabète ou une immunodépression lui laisse le champ libre. La plupart des tableaux restent locaux, gênants, et répondent à un antifongique bien choisi. Les formes du sang n’arrivent pas « parce qu’on a trop attendu pour une rougeur sous le sein ». Elles surviennent chez des patients déjà hospitalisés ou immunodéprimés, avec une mortalité hospitalière de l’ordre d’un tiers aux États-Unis.
Si vous avez des pertes blanches et des démangeaisons pour la première fois, ou si un ovule n’a rien changé, le bon geste est un rendez-vous, pas un troisième produit. Si un pli brûle, séchez-le et demandez au pharmacien une crème azolée, puis voyez le médecin en l’absence d’amélioration ou si vous êtes diabétique. Une douleur à avaler, un muguet de l’adulte, ou une fièvre avec frissons sous antibiotiques, surtout à l’hôpital, ne se gèrent pas à domicile.
Deux questions utiles au cabinet tiennent en une phrase chacune. Faut-il un prélèvement (potasse, culture) plutôt qu’un traitement d’épreuve ? Y a-t-il un diabète, un corticoïde inhalé, une prothèse ou un antibiotique à reprendre ? La réponse oriente plus qu’un régime miracle. En cas de malaise brutal, de fièvre élevée ou de confusion, composez le 15 ou le 112.
Sources
- Candidiasis Basics. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour le 5 octobre 2026.
- Symptoms of Candidiasis. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour le 23 octobre 2026.
- Treatment of Candidiasis. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour le 23 octobre 2026.
- Vulvovaginal Candidiasis. Centers for Disease Control and Prevention, 22 juillet 2021.
- Clinical Overview of Invasive Candidiasis. Centers for Disease Control and Prevention, 24 avril 2024.
- Data and Statistics on Candidemia. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour le 19 octobre 2026.
- Pappas PG, Kauffman CA, Andes DR et al. : Clinical Practice Guideline for the Management of Candidiasis: 2016 Update by the Infectious Diseases Society of America. Clinical Infectious Diseases, 15 février 2016.
- Aaron DM : Candidiasis (Yeast Infection). Merck Manual Consumer Version, octobre 2025.
- Candida infection of the skin. MedlinePlus, 9 octobre 2024.
- What Is Candidiasis? Yeast Infection Signs & Symptoms. Cleveland Clinic, 13 mai 2025.
- Xie HY, Feng D, Wei DM et al. : Probiotics for vulvovaginal candidiasis in non-pregnant women. Cochrane Database of Systematic Reviews, 23 novembre 2017.
