
Vomir du sang, appelé hématémèse, signifie qu’un saignement se produit dans le tube digestif haut, c’est-à-dire l’œsophage, l’estomac ou le duodénum. Même une petite quantité n’est pas un phénomène normal et justifie un avis médical le jour même, plus vite encore si le sang est abondant ou si vous vous sentez mal.
Après une soirée trop arrosée, ou après plusieurs jours de nausées, le fond de l’évier peut garder un liquide brun granuleux que l’on prend pour du café. Ce « marc de café » est du sang déjà transformé par l’acide de l’estomac, pas un simple résidu alimentaire, d’après le Merck Manual professionnel mis à jour en 2025.
Les ulcères de l’estomac et du duodénum restent la cause la plus fréquente. Le même manuel estime qu’ils peuvent représenter jusqu’à 50 % des hémorragies digestives hautes. Un score de Glasgow-Blatchford égal à 0 ou 1 permet parfois, selon l’American College of Gastroenterology (ACG, 2021) et la Société européenne d’endoscopie digestive (ESGE, 2021), un retour à domicile avec un rendez-vous prévu. La transfusion, lorsqu’elle est indiquée, se discute souvent sous le seuil de 7 g/dL (70 g/L).
Qu’est-ce qu’un vomissement de sang
Une hématémèse est un vomissement qui contient du sang issu du tube digestif haut. Le sang peut être rouge vif, rouge sombre, ou mélangé aux aliments. La Cleveland Clinic, dans sa fiche de 2022, précise qu’il faut en général une quantité déjà importante pour déclencher le vomissement. Quelques filets roses dans un crachat ne suffisent pas à poser ce diagnostic.
Le sang avalé, par exemple après un saignement de nez ou, chez un nourrisson allaité, à partir d’un mamelon fissuré, peut ensuite être rejeté et imiter une hématémèse. Le NHS, dont la page a été revue le 18 août 2025, le rappelle clairement. Distinguer cette situation d’un saignement interne demande un examen, pas une interprétation à la maison. MedlinePlus (revue du 24 janvier 2025) ajoute qu’il est facile de confondre un vomissement de sang, un crachat venu des poumons et un saignement de nez qui coule dans la gorge.
La Mayo Clinic réserve le terme aux quantités franches. Des stries isolées dans un crachat, venant des dents, de la bouche ou de la gorge, ne sont en général pas une hématémèse. Cela ne veut pas dire qu’il faut les ignorer si elles se répètent, mais le mécanisme n’est pas le même. Un crachat mousseux, rouge clair, qui survient en toussant, oriente vers les voies respiratoires. Un vomissement, lui, vient de l’estomac et s’accompagne souvent de nausées.
Cette même fiche le formule sans détour. Du sang dans un vomissement n’est jamais normal. Notez la couleur, le volume approximatif et l’heure, puis demandez un avis. Le médecin départagera une lésion limitée liée à l’effort de vomir, un ulcère, une varice ou une autre source.

Sang rouge vif ou vomi en marc de café
Le sang rouge vif dans un vomissement correspond à un saignement encore actif. Le vomi brun, granuleux, dit « en marc de café », correspond à du sang plus ancien, car l’acide gastrique a oxydé l’hémoglobine en hématine brune. Le Merck Manual (2025) décrit ce passage du rouge au brun comme le signe d’un saignement qui a ralenti ou qui s’est arrêté, pas comme une preuve que tout est fini.
Ces deux aspects peuvent se succéder chez la même personne. Un premier jet rouge, puis un second plus sombre, n’a rien d’inhabituel, et l’inverse existe aussi. La couleur aide à situer le rythme du saignement. Elle ne remplace pas l’endoscopie.
Le sang qui descend dans l’intestin se transforme autrement. Environ 100 à 200 mL de sang dans le tube digestif haut suffisent, selon le même manuel, à produire un méléna, c’est-à-dire des selles noires, poisseuses, à l’odeur forte. Cinq à 10 mL colorent déjà l’eau des toilettes en rouge opaque, et l’ampleur visuelle trompe souvent. Un volume qui paraît énorme dans la cuvette peut rester modeste. L’inverse est vrai lorsqu’une partie du sang reste dans l’estomac.
Un saignement très abondant et rapide peut aussi sortir par le rectum sous forme de sang rouge (hématochézie). Ce tableau n’exclut pas une source haute. Il impose de se faire examiner sans délai, surtout si la tension chute, si le cœur s’accélère ou si vous perdez connaissance.
Quelles causes expliquent une hématémèse chez l’adulte
Chez l’adulte, la source la plus fréquente reste l’ulcère de l’estomac ou du duodénum. La Mayo Clinic le place en tête des causes de saignement digestif haut. L’acide, une infection à Helicobacter pylori ou la prise régulière d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l’ibuprofène, le kétoprofène ou l’aspirine, abîment la muqueuse jusqu’à ouvrir un vaisseau. Le Merck Manual (2025) estime que les ulcères gastriques et duodénaux réunis peuvent atteindre la moitié des hémorragies hautes.
La part exacte de l’ulcère diminue dans les séries plus récentes. La revue d’Alali et Barkun, parue le 20 mars 2023 dans Gastroenterology Report, situe désormais l’ulcère plutôt entre 20 et 40 % des épisodes, tandis que les lésions vasculaires et les tumeurs progressent. L’ulcère reste le premier diagnostic à chercher. Il n’est plus le seul à considérer.
D’autres lésions de la muqueuse saignent souvent d’elles-mêmes et cicatrisent sous traitement antiacide.
- Une gastrite ou une duodénite érosive, liée à H. pylori, aux AINS ou à l’alcool, représente environ 18 à 22 % des épisodes dans la revue de 2023.
- Une œsophagite érosive, souvent liée au reflux, pèse pour 8 à 20 % des cas et demande rarement une hémostase endoscopique.
- Une déchirure de Mallory-Weiss, déchirure longitudinale au bas de l’œsophage après des vomissements violents, concerne environ 5 à 7 % des hémorragies hautes dans cette revue, et 6 à 15 % dans le tableau du Merck Manual.
Des causes plus rares existent. La lésion de Dieulafoy, artériole sous-muqueuse sous une muqueuse d’apparence normale, représente environ 1,5 à 2,3 % des cas selon Alali et Barkun, mais peut saigner beaucoup et par à-coups. La Mayo Clinic et MedlinePlus citent aussi les angiodysplasies, les tumeurs, une pancréatite chronique, un traumatisme ou l’ingestion d’un toxique. Les anticoagulants et les antiagrégants n’ouvrent pas une plaie à eux seuls. Ils rendent tout saignement plus abondant, ce que le Merck Manual souligne. L’hépatite isolée et l’anémie ne sont pas des causes. Ce qui saigne en cas de maladie du foie, ce sont surtout les varices. Le stress quotidien n’ouvre pas une artère, alors qu’un séjour en réanimation peut favoriser une gastrite de stress.
Alcool, foie et varices œsophagiennes
Une consommation d’alcool importante favorise plusieurs mécanismes à la fois. Elle irrite l’estomac, multiplie les vomissements et, sur la durée, peut conduire à une cirrhose. La cirrhose élève la pression dans la veine porte. Le sang cherche alors d’autres chemins, notamment des veines dilatées dans l’œsophage et l’estomac, les varices. Ces veines ont une paroi fragile. Quand elles se rompent, le vomissement de sang peut être massif.
La Mayo Clinic relie les varices œsophagiennes et la gastropathie d’hypertension portale aux maladies graves du foie, souvent liées à l’alcool, mais aussi à d’autres cirrhoses. Le Merck Manual donne 5 à 33 % des hémorragies hautes selon les populations. La revue de 2023 retient 4 à 16 %. L’écart suit surtout la part de patients cirrhotiques dans chaque hôpital.
Le NHS range la maladie du foie liée à l’alcool parmi les causes fréquentes, aux côtés de la gastrite, de l’ulcère, du reflux et des déchirures liées aux efforts de vomir. Un premier épisode chez une personne qui boit beaucoup peut donc révéler une déchirure, un ulcère ou une varice. Seule l’endoscopie départage.
La conduite britannique NICE CG141, revue le 29 novembre 2018, traite le saignement variqueux à part. Dès qu’une origine variqueuse est suspectée, le texte propose de la terlipressine dès l’arrivée, d’un antibiotique préventif, puis d’une ligature élastique pour les varices œsophagiennes. Le Merck Manual mentionne aussi l’octréotide en cas de suspicion de varices. Le médecin ou le pharmacien indiquera ce qui est disponible en France. N’arrêtez pas un traitement du foie sans accompagnement.
Grossesse, enfants et sang avalé
Pendant la grossesse, un vomissement de sang n’est pas un « mal du matin » banal. MedlinePlus, dans sa fiche sur l’hyperémèse gravidique revue le 3 février 2025, demande de contacter le professionnel qui suit la grossesse dès que du sang apparaît dans les vomissures, ainsi qu’en cas de vertiges, de douleur abdominale, d’impossibilité de boire pendant plus de douze heures ou d’une perte de poids supérieure à 2,3 kg. Les vomissements répétés peuvent, rarement, déchirer la muqueuse du bas de l’œsophage, le même mécanisme que la déchirure de Mallory-Weiss.
L’hyperémèse se définit par des nausées et des vomissements extrêmes, une perte de plus de 5 % du poids et des troubles hydroélectrolytiques, pas par la nausée habituelle du premier trimestre. La déshydratation ou un médicament peuvent coexister. Ils n’expliquent pas, à eux seuls, une hématémèse. L’hypertension de la grossesse et le « stress » ne figurent pas parmi les causes documentées de sang vomi.
Chez le nourrisson et le jeune enfant, le premier réflexe est d’écarter le sang avalé. Le NHS cite le saignement de nez et le mamelon fissuré chez la mère qui allaite. La Mayo Clinic ajoute le sang avalé à la naissance, un objet avalé, un trouble de la coagulation, un déficit en vitamine K, une malformation et, dans sa liste, une allergie au lait. Ces pistes ne se tranchent pas sur une photo du bavoir. Un enfant qui vomit du sang, en dehors d’un saignement de nez évident et déjà contrôlé, doit être vu. Le médecin décidera s’il s’agit d’une orientation spécialisée.
Chez l’enfant plus grand, on cherche les mêmes lésions que chez l’adulte, notamment une œsophagite, une gastrite, une déchirure, plus rarement des varices si une maladie du foie est connue. Un caustique ou une pile bouton avalée reste une urgence à part, car la lésion continue de se creuser.
Autres signes qui accompagnent le saignement
Le sang vomi ne voyage pas seul. Une douleur sous le sternum ou dans le haut du ventre oriente vers un ulcère, même si, comme le note le Merck Manual, beaucoup d’ulcères hémorragiques n’ont jamais fait mal. Un méléna, une faiblesse, un essoufflement ou une pâleur parlent d’une perte déjà ancienne ou déjà importante. Un amaigrissement et une perte d’appétit font chercher une tumeur, sans en faire la preuve.
Les signes de choc hémorragique sont ceux d’un volume sanguin qui ne suffit plus à perfuser les organes. Le Merck Manual (2025) retient la syncope, l’hypotension, la pâleur, la sueur froide, la tachycardie et la raréfaction des urines. La Mayo Clinic y ajoute une respiration rapide et superficielle, une confusion, une peau froide et moite, une chute de tension et, parfois, une vision trouble. Le NHS, de son côté, demande d’aller aux urgences si la personne se sent mal, confuse, prête à défaillir, si elle respire trop vite, si elle a la peau froide, pâle et moite, une douleur au ventre ou des selles noires.
Une perte de plus de deux unités de sang peut faire chuter la tension au lever. Le Merck Manual juge pourtant peu fiable, et parfois dangereux, de tester cet « orthostatisme » chez une personne qui saigne beaucoup, surtout âgée. Mieux vaut s’allonger, appeler du secours et laisser l’équipe mesurer la tension. Un cœur déjà malade peut, pendant l’épisode, souffrir d’un manque d’oxygène. Une douleur thoracique dans ce contexte n’est pas un mal de nerfs.
Une cirrhose connue change aussi le tableau. Un saignement peut précipiter une encéphalopathie ou un syndrome hépatorénal. Le médecin cherchera à l’examen une ascite, une rate volumineuse ou des angiomes stellaires.

Quand consulter pour un vomissement de sang
Tout vomissement de sang mérite un avis médical. Le NHS le dit en ouverture de sa fiche. Il faut toujours obtenir de l’aide. La question n’est donc pas de savoir si c’est « assez grave », mais s’il faut le 15 ou une consultation urgente le jour même.
Appelez le 15 ou le 112, ou demandez à quelqu’un de vous conduire aux urgences sans prendre le volant, si le sang est abondant, s’il se répète, ou si l’un des signes suivants apparaît. Le NHS et la Mayo Clinic se recoupent sur cette liste. Une personne isolée, une cirrhose connue, un traitement anticoagulant ou une grossesse font basculer plus vite vers le SAMU, même si le volume vomi paraît encore limité.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Sang vomi abondant, répété, ou rouge vif associé à un malaise | Appeler le 15 ou le 112, ne pas conduire |
| Confusion, évanouissement, pâleur froide, souffle court, selles noires, douleur intense | Appeler le 15 ou le 112 |
| Cirrhose connue, anticoagulant, grossesse, enfant, ou premier épisode après des vomissements violents | Avis hospitalier le jour même, SAMU si l’état se dégrade |
| Épisode unique, peu abondant, déjà arrêté, sans autre signe | Consultation urgente le jour même, comme le NHS le prévoit pour un médecin généraliste |
| Filets de sang dans un crachat après un saignement de nez évident | Avis médical rapide pour confirmer qu’il s’agit bien de sang avalé |
Si le vomissement a cessé et que vous n’avez aucun autre symptôme, le NHS propose une prise en charge urgente en médecine générale plutôt que les urgences. Ce n’est pas une invitation à attendre le lendemain « pour voir ». C’est une voie pour les épisodes clairement clos, chez une personne qui reste parfaitement bien. En France, le médecin traitant, le 15 ou les urgences de proximité départageront selon l’heure et votre état. Apportez la liste des médicaments, surtout aspirine, AINS, anticoagulants et corticoïdes.
En attendant les secours, allongez-vous sur le côté si les nausées persistent, pour limiter le risque d’inhalation. Ne mangez pas et ne buvez pas « pour rincer ». Gardez, si vous le pouvez, un souvenir précis de la couleur et du volume, car ces détails orientent l’équipe. Aucun comprimé vendu en pharmacie n’arrête un saignement digestif interne.
Quels examens permettent de trouver la source
À l’arrivée, l’équipe vérifie d’abord la respiration, le pouls, la tension et le niveau de conscience, puis pose une voie veineuse et prélève du sang. MedlinePlus énumère la numération, les tests de coagulation, le bilan hépatique et un groupage. L’hémoglobine du premier prélèvement peut encore sembler rassurante, parce que le plasma et les globules n’ont pas eu le temps de se rééquilibrer. Un contrôle ultérieur rattrape souvent une baisse.
Le score de Glasgow-Blatchford se calcule avant l’endoscopie, à partir de l’urée, de l’hémoglobine, de la tension, du pouls, d’un malaise, d’un méléna et d’une maladie du foie ou du cœur. L’ESGE (2021) et l’ACG (2021) s’en servent pour repérer les personnes à très bas risque. Un score de 0 ou 1 a, dans la synthèse d’Alali et Barkun (2023), une sensibilité de 98,6 % pour identifier ceux qui n’auront besoin ni de transfusion, ni de geste d’hémostase, ni d’une intervention. Ces patients peuvent, dans ces référentiels, rentrer avec une endoscopie prévue en externe. Le médecin français appliquera la procédure de son établissement. NICE CG141, plus ancien sur ce point, ne retient la sortie précoce que pour un score de Blatchford égal à 0.
L’examen qui voit et qui traite, c’est l’endoscopie œso-gastro-duodénale. Un tube souple muni d’une caméra descend par la bouche jusque dans le duodénum. L’ACG et l’ESGE proposent de la réaliser dans les 24 heures après la réanimation, chez les personnes hospitalisées. Pour un saignement non variqueux, l’ESGE (2021) ne recommande pas une endoscopie dite urgente dans les 12 heures. Les essais n’ont pas montré de meilleur pronostic, et un geste trop précoce, avant que la tension soit rétablie, peut même nuire. NICE CG141 demande en revanche une endoscopie dès la fin de la réanimation si le patient est instable, et dans les 24 heures pour les autres.
Une sonde nasogastrique pour laver l’estomac n’est plus un geste de routine dans la ligne européenne de 2021. Certains manuels, dont le Merck Manual de 2025, la décrivent encore pour confirmer un saignement haut. Jusqu’à 15 % des hémorragies hautes, précise ce texte, n’ont pourtant pas de sang dans l’aspiration. Le scanner, l’angiographie ou une capsule ne viennent qu’ensuite, si l’endoscopie ne trouve rien et que le saignement continue. Un lavement baryté n’a plus de place dans l’urgence, car le produit gênerait l’endoscopie et l’angiographie.
Comment on arrête le saignement à l’hôpital
La première étape n’est pas l’endoscope, c’est la réanimation. La Cleveland Clinic décrit des solutés par veine, de l’oxygène si besoin, et une transfusion lorsque la perte l’impose. L’ACG (2021) propose une politique restrictive, c’est-à-dire transfuser en général lorsque l’hémoglobine passe sous 7 g/dL, sauf hypotension en cours de remplissage ou maladie cardiovasculaire déjà connue, où un seuil proche de 8 g/dL peut se discuter. Cette stratégie, issue d’essais randomisés repris par la recommandation, a réduit les récidives et la mortalité par rapport à une transfusion plus large. Le médecin adaptera le seuil à votre situation.
Une perfusion d’érythromycine, 250 mg par voie veineuse vingt à quatre-vingt-dix minutes avant le geste, est suggérée par l’ACG pour vider l’estomac du sang et améliorer la vue. Ce n’est pas un antibiotique contre l’ulcère dans ce contexte, c’est un prokinétique. Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) avant l’endoscopie divisent les sociétés savantes. NICE CG141 demande de ne pas les donner avant le geste en cas de suspicion de saignement non variqueux. L’ACG (2021) n’a pu se prononcer ni pour ni contre, faute de bénéfice clair sur la mortalité ou la récidive, tout en reconnaissant une légère baisse du besoin de traitement endoscopique. L’équipe française suivra le protocole local.
Pendant l’endoscopie, le médecin peut clipper un vaisseau, le coaguler, ou injecter un produit. L’adrénaline seule ne suffit pas. NICE, ACG et ESGE demandent de l’associer à un second moyen, thermique ou mécanique. Après une hémostase réussie d’un ulcère à haut risque, l’ACG recommande un IPP à forte dose pendant trois jours, en continu ou par intermittence, puis un comprimé deux fois par jour pendant les deux premières semaines. Si le saignement reprend, une seconde endoscopie est proposée. Si elle échoue, l’ACG et l’ESGE orientent vers une embolisation par radiologie interventionnelle, la chirurgie venant ensuite si ce geste n’est pas disponible.
Environ 30 à 60 % des hémorragies hautes s’arrêtent sans geste d’hémostase, selon le Merck Manual (2025). Cela n’annule pas l’endoscopie, car il faut encore voir la lésion, classer le risque de récidive et traiter la cause. L’acide tranexamique, parfois imaginé comme un comprimé qui arrête le sang, n’a pas réduit la mortalité des hémorragies digestives dans l’essai HALT-IT (2020), que le Merck Manual cite encore en 2025. Ce n’est pas le traitement de fond d’une hématémèse.
Comment limiter le risque d’une récidive
Une fois le saignement contrôlé, le travail porte sur la cause. Un ulcère lié à H. pylori se traite par une éradication de la bactérie, puis un contrôle de la guérison. Un ulcère lié aux AINS impose, dans la mesure du possible, d’arrêter l’anti-inflammatoire. Si une aspirine à faible dose protège déjà des artères, l’ESGE (2021) demande de ne pas l’interrompre lorsqu’elle est donnée en prévention secondaire. Si elle a dû l’être, elle reprend dès que possible, de préférence en trois à cinq jours. Décider seul d’arrêter un anticoagulant ou un antiagrégant expose à un infarctus ou à un accident vasculaire. Le dialogue se fait entre le gastro-entérologue et le cardiologue ou le neurologue, comme le prévoit aussi NICE CG141.
La déchirure de Mallory-Weiss cicatrise le plus souvent en quelques jours. MedlinePlus (30 octobre 2024) indique que le saignement s’arrête souvent en quelques heures, qu’un IPP court diminue le risque de récidive, et que clips, coagulation ou, parfois, ligature servent si le saignement continue. Une cirrhose ou un trouble de la coagulation rendent une nouvelle hémorragie plus probable. Réduire les vomissements, traiter une toux violente et limiter l’alcool diminuent le risque de nouvelle déchirure.
Le reflux qui a déjà blessé l’œsophage se traite, parce qu’une œsophagite qui a saigné peut saigner encore. La Mayo Clinic, dans sa page de 2026 sur le saignement digestif, propose aussi de limiter les AINS, de limiter l’alcool et d’arrêter le tabac. Ce ne sont pas des garanties. Ce sont des leviers qui baissent la pression sur la muqueuse. Le suivi après une hématémèse n’est pas une visite de politesse. C’est le moment où l’on vérifie H. pylori, où l’on revoit chaque comprimé, et où l’on décide si une seconde endoscopie est utile.
La revue de 2023 rappelle, comme observation de longue durée, une baisse des hospitalisations américaines de 81 à 67 pour 100 000 habitants entre 2002 et 2012, et de la létalité de 2,6 % à 1,9 %. L’ACG (2021) compte encore plus de 500 000 admissions annuelles pour saignement digestif dans ce pays, avec une mortalité d’environ 2 %. Le pronostic dépend de la cause, de l’âge, des autres maladies et de la vitesse de prise en charge.
Questions fréquentes
Vomir un peu de sang, est-ce grave ?
Toute trace de sang dans un vomissement justifie un avis médical, même si la quantité paraît minime. La Cleveland Clinic rappelle qu’un petit volume peut venir d’une lésion limitée, mais que personne ne le sait avant l’examen. Le NHS distingue ensuite l’orientation. Les urgences s’imposent si vous vous sentez mal. Une consultation urgente suffit si l’épisode est clos et isolé.
Quelle différence y a-t-il avec un crachat de sang ?
Un crachat de sang, ou hémoptysie, vient des voies respiratoires. Il est souvent rouge clair, mousseux, et survient en toussant. L’hématémèse vient de l’estomac, s’accompagne de nausées et peut être brune comme du marc de café. MedlinePlus souligne que la distinction n’est pas toujours évidente et que le médecin tranchera à l’interrogatoire et à l’examen.
Un saignement de nez peut-il faire vomir du sang ?
Oui. Le sang avalé depuis le nez, ou depuis un mamelon fissuré chez un nourrisson allaité, peut être rejeté ensuite et ressembler à une hématémèse, comme l’écrit le NHS. Il faut malgré tout le signaler, parce que seul un professionnel confirme qu’il n’existe pas, en plus, un saignement digestif.
Une déchirure de Mallory-Weiss guérit-elle seule ?
Dans la plupart des cas, oui. MedlinePlus indique une cicatrisation en quelques jours et un arrêt du saignement souvent en quelques heures. Une endoscopie reste utile s’il y a un doute, un saignement qui continue, ou des facteurs de risque comme une cirrhose. Un IPP de courte durée est habituellement prescrit pour protéger la muqueuse.
Faut-il arrêter seul un anticoagulant après un vomissement de sang ?
Non. Un anticoagulant augmente le volume d’un saignement, mais l’arrêter sans relais peut provoquer un caillot. NICE CG141 et l’ESGE demandent une décision partagée, souvent dès l’hôpital, en pesant le risque thrombotique. Apportez la boîte du médicament aux urgences et dites à quelle heure a eu lieu la dernière prise.
L’aspirine et l’ibuprofène peuvent-ils provoquer une hématémèse ?
Ils le peuvent, surtout en prise régulière, en abîmant la muqueuse et en gênant les plaquettes. La Mayo Clinic et le NHS les citent parmi les causes fréquentes, aux côtés des anticoagulants. Une aspirine prescrite pour le cœur ne se coupe pas de votre propre initiative. L’ESGE demande de la poursuivre en prévention secondaire une fois l’hémostase obtenue, ou de la reprendre très vite.
Le vomi en marc de café est-il moins urgent qu’un sang rouge ?
Il signale un saignement qui a ralenti ou cessé, pas un saignement sans importance. Le Merck Manual le relie à la transformation de l’hémoglobine en hématine. Un nouveau jet rouge peut suivre. Le même jour, un avis médical reste nécessaire. Le 15 s’impose dès qu’un malaise, une confusion ou des selles noires s’y ajoutent.
Conclusion
Vomir du sang n’est pas un détail de digestion difficile. C’est le signal d’un saignement dans l’œsophage, l’estomac ou le duodénum, le plus souvent un ulcère, parfois une déchirure après des efforts de vomir, parfois des varices sur un foie déjà malade. La couleur, rouge ou en marc de café, renseigne sur le rythme du saignement. Elle ne dit pas si vous pouvez attendre.
Les recommandations de 2021 ont précisé trois points que les textes plus anciens laissaient flous. Un score de Glasgow-Blatchford à 0 ou 1 peut, dans les lignes ACG et ESGE, éviter une hospitalisation. L’endoscopie se place dans les 24 heures après la réanimation, sans course systématique aux 12 heures pour un saignement non variqueux. La transfusion se discute souvent sous 7 g/dL plutôt qu’à un chiffre plus haut. NICE CG141, de son côté, refuse l’IPP avant l’endoscopie et isole le circuit des varices, terlipressine et antibiotique dès l’arrivée.
Si du sang apparaît dans un vomissement, notez l’heure, la couleur et vos médicaments, puis demandez un avis le jour même. Appelez le 15 ou le 112 dès qu’un malaise, une confusion, une douleur forte, un souffle court ou des selles noires s’en mêlent. Posez à l’équipe trois questions. D’où vient le saignement ? Faut-il une endoscopie dans la journée ? Quels comprimés reprendre ou arrêter une fois l’hémostase faite ?
Sources
- NHS : Vomiting blood. National Health Service, 18 août 2025.
- Hematemesis (Vomiting Blood): Causes, What it Is & Treatment. Cleveland Clinic, 10 juin 2022.
- Gastrointestinal bleeding – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 14 mai 2026.
- Ansari P : Overview of Gastrointestinal Bleeding. Merck Manual Professional Edition, novembre 2025.
- Vomiting blood. MedlinePlus, 24 janvier 2025.
- Laine L, Barkun AN et al. : ACG Clinical Guideline: Upper Gastrointestinal and Ulcer Bleeding. American Journal of Gastroenterology, 1er mai 2021.
- Gralnek IM, Stanley AJ et al. : Endoscopic diagnosis and management of nonvariceal upper gastrointestinal hemorrhage (NVUGIH): European Society of Gastrointestinal Endoscopy (ESGE) Guideline – Update 2021. Endoscopy, mars 2021.
- NICE : Acute upper gastrointestinal bleeding in over 16s: management. National Institute for Health and Care Excellence, 29 novembre 2018.
- Alali AA, Barkun AN : An update on the management of non-variceal upper gastrointestinal bleeding. Gastroenterology Report, 20 mars 2023.
- Mallory-Weiss tear. MedlinePlus, 30 octobre 2024.
- Hyperemesis gravidarum. MedlinePlus, 3 février 2025.
