Acide caféique : bienfaits, risques et sources

Acide caféique : bienfaits, risques et sources

L’acide caféique est un polyphénol végétal, surtout fourni par le café sous forme d’acides chlorogéniques. Il n’existe pas de dose quotidienne cible, et rien ne permet d’en faire un traitement du cancer, du diabète ou de l’inflammation en France.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe pourtant cette molécule dans le groupe 2B, « peut-être cancérogène pour l’homme », d’après des tumeurs de l’estomac antérieur chez le rat nourri à 2 % d’acide caféique dans le régime, soit 678 à 814 mg par kilogramme et par jour. Ce n’est donc pas un antioxydant sans risque à haute dose, contrairement à une idée encore répandue.

Un grand buveur de café peut ingérer jusqu’à 500 mg d’acide caféique par jour, contre environ 25 mg sans café. Une tasse de 200 ml apporte 70 à 350 mg d’acides chlorogéniques, soit 35 à 175 mg d’équivalent acide caféique. Les essais humains publiés portent surtout sur des comprimés chinois à 900 mg par jour, en trois prises, pour la thrombopénie, avec des études de faible qualité.

Qu’est-ce que l’acide caféique et en quoi il diffère de la caféine

On appelle acide caféique un hydroxycinnamate, petite molécule phénolique à squelette C6-C3 que les plantes fabriquent à partir de la phénylalanine ou de la tyrosine. Il n’a aucun lien chimique avec la caféine, alcaloïde purique responsable de l’éveil. On peut donc boire un café décaféiné et absorber encore de l’acide caféique, tout comme on peut prendre un comprimé de caféine sans en recevoir.

Dans les plantes, la forme libre est souvent minoritaire. L’acide caféique s’y trouve surtout estérifié, notamment avec l’acide quinique pour donner les acides chlorogéniques, avec l’acide rosmarinique dans de nombreuses Lamiacées, ou sous forme d’ester phénéthylique (CAPE) dans la propolis. La revue de Pavlíková, parue fin 2022 dans l’International Journal of Molecular Sciences, rappelle que cette molécule est moins étudiée que le CAPE, alors qu’elle est beaucoup plus présente dans l’alimentation courante.

La structure (noyau aromatique, double liaison conjuguée, deux hydroxyles voisins) lui permet de capter des radicaux et de chélater des métaux. Les mêmes hydroxyles peuvent, en laboratoire, réduire le cuivre et produire des espèces réactives de l’oxygène. Un effet antioxydant in vitro n’équivaut donc pas à une protection démontrée dans l’organisme. Le Linus Pauling Institute souligne d’ailleurs que les métabolites ont souvent une activité antioxydante plus faible que le composé parent.

Le nom prête à confusion dans les rayons et sur les forums. Un complément « café » peut contenir de la caféine, des acides chlorogéniques, de l’acide caféique, ou un mélange non déclaré. Avant d’acheter, lisez la liste des constituants et demandez au pharmacien ce que le produit contient réellement, surtout en cas de grossesse, d’hypertension ou d’anticoagulants.

Sélection de fruits et légumes riches en acide caféique

Dans quels aliments trouve-t-on de l’acide caféique

Le café reste, de loin, la source alimentaire dominante chez les consommateurs habituels. Pavlíková estime l’apport à environ 25 mg par jour sans café, et jusqu’à 500 mg chez un grand buveur. Ces chiffres agrègent la forme libre et les esters hydrolysables. Ils ne constituent pas une recommandation d’apport.

Les fruits, les herbes de la famille de la menthe et certaines baies en apportent aussi. L’aronia noir figure parmi les matrices les plus concentrées, avec 645 mg pour 100 g de poids sec. Pommes, prunes, airelles, sauge, thym, origan, marjolaine et menthe verte reviennent souvent dans les analyses. Le vin rouge en contient des traces mesurables. Une heure après 300 ml de vin rouge, une étude citée par Pavlíková a mesuré environ 28 nM d’acide caféique dans le plasma, un ordre de grandeur très bas.

Les teneurs varient selon la variété, la torréfaction, le mode d’infusion et la méthode analytique (forme libre ou après hydrolyse). Un tableau d’ordres de grandeur, tiré des sources ci-dessus, aide à situer l’assiette par rapport à la tasse.

Aliment ou situation Forme principale Ordre de grandeur
Café filtre (200 ml) Acides chlorogéniques 70 à 350 mg, soit 35 à 175 mg d’équivalent acide caféique
Grand buveur de café Acide caféique total estimé jusqu’à 500 mg par jour
Alimentation sans café Acide caféique alimentaire jusqu’à environ 25 mg par jour
Aronia noir (poids sec) Acide caféique 645 mg pour 100 g
Pommes, poires, pruneaux, herbes aromatiques Acide caféique et esters présents, teneurs très variables
Vin rouge (300 ml, 1 h après) Acide caféique plasmatique environ 28 nM

Une alimentation variée, riche en végétaux, suffit en pratique à fournir ce polyphénol sans capsule. Le café filtre, les fruits et les herbes aromatiques couvrent déjà l’essentiel de l’apport des études d’observation. Les bières, huiles de pépins ou olives noires parfois citées n’en sont pas des réservoirs comparables au café.

Comment le corps absorbe l’acide caféique et l’acide chlorogénique

L’acide caféique libre est très bien absorbé dans l’intestin grêle, alors que l’acide chlorogénique l’est beaucoup moins. Dans une étude croisée de 2001, Olthof, Hollman et Katan ont donné 2,8 mmol de chaque composé (environ 500 mg d’acide caféique) à sept personnes porteuses d’une iléostomie. L’absorption a atteint 95 % ± 4 % pour l’acide caféique et 33 % ± 17 % pour l’acide chlorogénique. Seulement 11 % de l’acide caféique ingéré sont réapparus dans les urines de 24 heures, et des traces seulement d’acide chlorogénique.

La plus grande partie des acides chlorogéniques du café atteint donc le côlon, où le microbiote peut les hydrolyser et les transformer. Les buveurs de café ingèrent souvent 0,5 à 1 g d’acide chlorogénique par jour, d’après la même équipe. Ce n’est pas un « stock » d’acide caféique libre dans le sang. Les effets éventuels passent par des métabolites, des actions locales intestinales et le reste du café (caféine, trigonelline, diterpènes).

Cette pharmacocinétique explique pourquoi un comprimé d’acide caféique pur n’équivaut pas à une tasse, et un extrait de café vert n’équivaut pas non plus à un espresso. La molécule isolée est presque entièrement absorbée en amont. L’ester chlorogénique, lui, nourrit surtout le côlon. Les allégations qui parlent d’« antioxydant circulant » après une tasse simplifient à l’excès ce trajet.

Aucun aliment ni complément n’a, à ce jour, d’allégation de santé autorisée en Europe spécifiquement pour l’acide caféique. En 2020, le panel NDA de l’EFSA a conclu qu’un lien de cause à effet n’était pas établi entre un café standardisé en acides caféoylquiniques (Coffee C21) et la protection de l’ADN contre les cassures simple brin. Une étude suggérait un effet après sevrage puis reprise, une autre, dans le même centre, ne le reproduisait pas.

L’acide caféique peut-il aider contre le cancer

Non, l’acide caféique n’est pas un traitement du cancer, et il ne remplace ni la chirurgie, ni la chimiothérapie, ni la radiothérapie. Les données cellulaires et animales sont abondantes. Les preuves cliniques utiles pour un patient restent minces, et le CIRC a classé la molécule elle-même en groupe 2B.

La monographie 56 du CIRC (1993) n’avait aucune donnée humaine de cancérogénicité. Chez la souris B6C3F1 nourrie à 2 % d’acide caféique pendant 96 semaines (2 120 mg/kg/j chez les mâles, 3 126 mg/kg/j chez les femelles), on a observé des adénomes rénaux chez les femelles et des tumeurs de l’estomac antérieur chez les mâles. Chez le rat Fischer 344, à 678 mg/kg/j (mâles) et 814 mg/kg/j (femelles) pendant 104 semaines, des papillomes et des carcinomes de l’estomac antérieur sont apparus chez les deux sexes, absents des témoins. Ces doses n’ont rien à voir avec une tasse. Elles interdisent en revanche le slogan d’innocuité à haute dose.

En 2016, le volume 116 des Monographies a classé la consommation de café dans le groupe 3 (inclassable quant à la cancérogénicité pour l’homme). Des études épidémiologiques n’ont pas montré d’effet cancérogène pour le pancréas, le sein et la prostate, et des risques plus bas ont été observés pour le foie et l’endomètre. Le café n’est donc pas la molécule isolée, et la molécule isolée n’est pas le café.

La revue de Cortez et collègues (2024) décrit des effets antiprolifératifs in vitro (voies NF-κB, STAT3, ERK1/2, Nrf2/ARE) et des combinaisons avec des cytotoxiques chez l’animal. Un essai de tolérance (NCT02050334, 18 adultes, dose unique jusqu’à 24 mg/kg) n’a pas rapporté d’effets graves ; des lombalgies et des céphalées ont été citées, mais les résultats n’ont pas été publiés. L’essai chinois NCT03070262, prévu chez des patients atteints de cancer épidermoïde de l’œsophage avancé, teste 300 mg par voie orale à chaque prise, trois prises quotidiennes, jusqu’à progression. Le statut du registre reste non renseigné et aucun résultat n’est affiché. Les patients des deux bras pouvaient recevoir d’autres traitements anticancéreux en même temps.

Manger des aliments qui en contiennent n’a jamais été une alternative à un protocole oncologique. En cas de cancer, parlez des compléments à l’oncologue avant d’en ajouter. Les interactions et les fausses assurances de « soin naturel » pèsent plus que la molécule elle-même.

Inflammation, glycémie et cœur : que montrent les études

Les effets anti-inflammatoires, hypoglycémiants et vasculaires de l’acide caféique isolé reposent surtout sur des cellules et des rongeurs. Ils ne se traduisent pas par une indication médicale en Europe.

Chez des souris rendues diabétiques, des doses de l’ordre de 35 à 50 mg/kg ont abaissé la glycémie, modifié des enzymes hépatiques et des marqueurs d’oxydation, selon la synthèse de Pavlíková. Aucun essai clinique dédié à l’acide caféique dans le diabète de type 2 n’est cité dans cette revue. Confondre ces injections ou gavage chez l’animal avec une gélule achetée en ligne n’a pas de fondement.

Le café, boisson complète, a un dossier d’observation plus consistant. D’après la Mayo Clinic (mise à jour du 31 janvier 2025), les buveurs de café ont, dans plusieurs études, un risque plus bas de décès toutes causes, de maladie de Parkinson, de diabète de type 2, de maladie d’Alzheimer dans certains groupes, de syndrome métabolique, de maladie rénale chronique, de cancer du foie et de cirrhose. Trois à quatre tasses par jour ont été associées à un risque d’accident vasculaire cérébral plus bas dans certaines analyses. Le décaféiné partage une partie de ces associations, ce qui oriente vers d’autres composés que la seule caféine, sans isoler l’acide caféique.

Des diététiciens de la Cleveland Clinic, dans une page de février 2025, insistent sur les composés phénoliques du grain plutôt que sur « l’antioxydant » générique, et rappellent qu’une consommation modérée (moins de 400 mg de caféine chaque jour, soit souvent trois à quatre petites tasses de 80 à 100 mg) reste le cadre usuel aux États-Unis. Ce seuil concerne la caféine, pas l’acide caféique. Le médecin ou le pharmacien français appliquera les repères locaux, notamment pendant la grossesse.

Rien dans ces données n’autorise à « traiter » une hypertension, un cholestérol élevé ou un prédiabète avec de l’acide caféique. Le café non filtré (cafetière à piston, café turc, bouilli) peut faire monter légèrement le cholestérol, effet lié aux diterpènes cafestol et kahwéol, que le filtre en papier retient en grande partie.

Comprimés d’acide caféique et thrombopénie

Des comprimés d’acide caféique existent comme médicament en Chine, surtout pour des thrombopénies et des leucopénies, y compris après chimiothérapie. Ce n’est pas un complément alimentaire européen, et ce n’est pas un usage validé par les autorités sanitaires françaises.

Une étude citée par Cortez a suivi 103 patients atteints de purpura thrombopénique immunologique, d’âge médian 48 ans, à raison de 300 mg trois fois par jour pendant 12 semaines. Les effets indésirables rapportés étaient une nausée légère chez un patient et une élévation des enzymes hépatiques chez un autre. La méta-analyse de Yu, Chen, Zhou et collègues, publiée le 6 octobre 2023 dans Medicine, a regroupé 35 publications et 2 533 patients. Le rapport de risque d’efficacité clinique était de 1,24 (IC 95 % 1,17-1,31). La différence moyenne standardisée des plaquettes atteignait 1,50 (IC 95 % 1,09-1,91). Les globules blancs et les neutrophiles augmentaient aussi. La myélosuppression (RR 0,19) et les effets indésirables (RR 0,75 ; IC 95 % 0,58-0,96) étaient moins fréquents que dans les bras comparateurs.

Tous les essais inclus étaient chinois, souvent monocentriques, de petite taille et de qualité limitée. Les auteurs demandent des études plus grandes et mieux standardisées avant de généraliser. Ces comprimés n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché à citer ici pour la France. Un patient suivi pour une thrombopénie doit s’adresser à son hématologue, pas à une boutique en ligne.

Quelques points concrets pour éviter un mauvais réflexe :

  • Un comprimé chinois dosé à 300 mg, pris trois fois dans la journée, n’est pas une « dose alimentaire » tirée du café.
  • L’efficacité statistique d’une méta-analyse ne corrige pas le biais géographique ni la faible qualité des essais.
  • Une nausée ou une anomalie du bilan hépatique sous comprimé justifie un avis médical, pas une augmentation de dose.
  • Remplacer un traitement de thrombopénie par un polyphénol expose à un saignement évitable.
Mélange d'épices avec de la muscade, de la cannelle et de l'anis étoilé

Compléments alimentaires : quelle dose et pour qui

Aucune étude n’établit de dose quotidienne cible d’acide caféique pour un adulte en bonne santé, ni de limite supérieure de sécurité pour les gélules vendues hors médicament. Les protocoles de recherche utilisent des doses très différentes, souvent combinées à d’autres phytomicronutriments, ce qui empêche de copier un schéma.

Les doses humaines documentées se situent dans deux mondes. D’un côté, l’alimentation (dizaines à quelques centaines de milligrammes, surtout sous forme d’esters). De l’autre, les comprimés chinois à 900 mg par jour dans la thrombopénie, et l’essai de tolérance à 24 mg/kg en prise unique, non publié. Entre les deux, les compléments grand public affichent des dosages opaques, parfois mélangés à de la caféine ou à un extrait de café vert.

L’extrait de café vert, présenté comme concentré d’acide chlorogénique, n’a pas de preuve solide pour la perte de poids. La diététicienne Beth Czerwony, pour la Cleveland Clinic (15 décembre 2023), juge les essais « pas assez grands ni assez robustes ». Une étude de 2017 avec 400 mg pendant huit semaines, en plus d’un régime hypocalorique, n’a montré qu’une perte d’environ 1,5 à 2 kg de plus, jugée non significative, sans suivi du rebond ni du sport. Ces extraits contiennent encore de la caféine, dont la quantité varie d’un lot à l’autre. Aux États-Unis, la FDA ne régule pas les compléments comme des médicaments. En France, signalez un effet indésirable à votre pharmacien ; le médecin tranchera selon votre dossier.

Les personnes pour lesquelles un complément d’acide caféique, de propolis (CAPE) ou de café vert n’a aucun intérêt évident sont nombreuses. Pendant la grossesse ou l’allaitement, on se cale sur la limite de caféine (200 mg par jour selon la Mayo Clinic, soit environ 360 ml de café). Enfant, hypertendu mal contrôlé, sujet aux palpitations, à l’anxiété, au reflux, à l’insomnie, allergique aux produits de la ruche, sous anticoagulants : le rapport bénéfice-risque d’une gélule n’est pas celui d’une pomme ou d’un café filtre.

Mieux vaut poser au pharmacien trois questions précises. Quel constituant est dosé (acide caféique, acides chlorogéniques, caféine) ? Y a-t-il un risque d’interaction avec mes traitements ? Le produit a-t-il un intérêt alors que mon alimentation en fournit déjà ?

Effets secondaires et quand consulter un médecin

Aux doses alimentaires habituelles, l’acide caféique des fruits et du café n’a pas de profil d’effets indésirables propre, distinct de celui de la boisson. Les signaux cliniques viennent de la caféine, du café non filtré, des extraits concentrés, des comprimés médicamenteux et de la propolis.

Trop de caféine peut provoquer anxiété, céphalée, accélération du cœur, reflux, envies fréquentes d’uriner et insomnie, rappelle la Mayo Clinic. Cinq tasses ou plus ont été liées, dans certains groupes de femmes, à une densité osseuse plus basse ; un apport calcique plus élevé atténue ce signal. Le café de grossesse se discute avec le médecin ou la sage-femme, autour de 200 mg de caféine par jour. Un sevrage brutal après une consommation élevée donne souvent mal de tête et fatigue.

Les comprimés d’acide caféique ont été associés, dans l’essai de 103 patients, à une nausée et à une cytolyse hépatique isolées. La méta-analyse de 2023 décrit un profil global plutôt favorable par rapport aux comparateurs, avec les réserves de qualité déjà dites. Toute jaunisse, urines foncées, prurit intense ou douleur de l’hypochondre droit sous produit concentré justifie un avis rapide.

La propolis, source de CAPE, est un allergène de contact connu. Des dermatites, des urticaires, plus rarement un œdème laryngé ou un choc, ont été décrits avec les produits de la ruche. Ce n’est pas l’acide caféique du café filtre. Si vous avez déjà réagi aux piqûres d’abeille, au miel ou à la propolis, évitez les baumes et gélules qui en contiennent.

Situation Conduite
Gonflement de la gorge, gêne respiratoire, malaise après propolis ou complément Appelez le 15 ou le 112
Jaunisse, urines très foncées, vomissements répétés sous comprimés Contactez votre médecin sans attendre
Palpitations, insomnie, tremblements avec café ou extrait vert Réduisez la caféine et demandez conseil au pharmacien
Envie d’arrêter un traitement de cancer, de diabète ou de thrombopénie pour un polyphénol Parlez-en d’abord au médecin qui suit la maladie
Grossesse, projet de grossesse ou allaitement et gélules « café » Demandez un avis avant tout complément

Un café qui passe mal à jeun, un reflux qui s’aggrave ou des réveils nocturnes après une tasse du soir ne sont pas des « effets de l’acide caféique ». Ce sont des effets du café et de la caféine, à régler en avançant l’horaire, en filtrant la boisson ou en passant au décaféiné.

Café filtré, extraits de café vert et précautions d’usage

Si l’objectif est d’obtenir des polyphénols du café, la tasse filtrée reste le geste le plus documenté, pas la gélule. Trois à quatre tasses par jour, sans trop de sucre ni de crème, correspondent au cadre que décrivent la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic pour beaucoup d’adultes. Le Linus Pauling Institute parle d’environ 300 à 400 mg de caféine chaque jour pour un café filtre modéré, et juge prématuré de recommander le café pour prévenir une maladie, malgré des associations observationnelles favorables.

Le filtre en papier retire l’essentiel du cafestol et du kahwéol. Une cafetière à piston, un café turc ou un café bouilli les laissent passer et peuvent faire monter le LDL. L’espresso en contient aussi, mais la petite tasse en apporte moins qu’une grande tasse non filtrée. Ces diterpènes n’ont rien à voir avec l’acide caféique, mais ils changent le bilan si vous buvez plusieurs bols de café non filtré.

L’extrait de café vert mise sur l’acide chlorogénique, plus abondant avant torréfaction. La torréfaction en réduit une partie, elle ne l’annule pas : une tasse de café préparé en contient encore 70 à 350 mg. Chercher à « sauver » l’acide chlorogénique dans une gélule ignore donc la tasse déjà versée. Les extraits ajoutent de la caféine variable, de l’incertitude de dose et, pour le poids, des essais trop faibles.

Quelques précautions d’usage, sans moraliser la pause-café :

  • Préférez le café filtre si votre cholestérol est élevé ou si vous en buvez plusieurs tasses.
  • Gardez le café du soir pour le décaféiné si le sommeil se fragilise.
  • Comptez la caféine des sodas, thés et gélules, pas seulement celle de la cafetière.
  • Pendant la grossesse, restez autour de 200 mg de caféine par 24 heures, sauf consigne différente de votre médecin.
  • N’utilisez pas un extrait « antioxydant » pour retarder une consultation pour fatigue, amaigrissement ou ganglions.

Questions fréquentes

L’acide caféique est-il la même chose que la caféine ?

Non. Il s’agit d’un polyphénol ; la caféine est un stimulant de la famille des xanthines. Le café contient les deux, le décaféiné surtout le premier, un comprimé de caféine seulement la seconde. Les palpitations et l’insomnie viennent de la caféine, pas de l’acide caféique alimentaire.

Peut-on en manquer si l’on ne boit pas de café ?

Un régime sans café apporte encore de l’ordre de 25 mg par jour via fruits, herbes et autres végétaux, d’après Pavlíková. Il n’existe pas de carence définie, ni de besoin nutritionnel officiel. Varier les végétaux suffit ; une gélule n’est pas nécessaire pour « corriger » l’absence de café.

Les crèmes à l’acide caféique anti-âge marchent-elles ?

Les données cutanées sont surtout expérimentales (protection de fibroblastes vis-à-vis des UV, voies inflammatoires chez la souris). Rien n’établit qu’une crème grand public à l’acide caféique réduise les rides chez l’humain mieux qu’un écran solaire et qu’un soin simple. En cas d’allergie de contact, arrêtez le produit et consultez un dermatologue ou votre médecin traitant.

Faut-il prendre un complément d’acide caféique ?

Pour une personne qui mange des végétaux et, le cas échéant, boit du café, un complément n’a pas d’indication démontrée. Les doses des essais médicamenteux chinois (900 mg par jour) ne s’appliquent pas à l’automédication. Demandez d’abord au pharmacien ce que contient vraiment la boîte, surtout s’il y a de la caféine ou de la propolis.

L’acide caféique du café est-il cancérogène ?

Le CIRC classe la molécule isolée en groupe 2B d’après des tumeurs animales à très haute dose, sans donnée humaine de cancérogénicité. La consommation de café, elle, est dans le groupe 3 depuis 2016. Ces deux classements ne se contredisent pas : ils ne portent pas sur le même objet. Continuer un café filtre modéré n’équivaut pas à avaler 2 % d’acide caféique dans la ration d’un rat.

Peut-on en donner aux enfants ?

Les aliments courants (fruits, un peu de café dans une recette) ne posent pas de question spécifique d’acide caféique. Les extraits concentrés, le café fort et les boissons caféinées n’ont pas leur place comme « complément antioxydant » chez l’enfant. Pour la caféine, les repères pédiatriques sont plus stricts que chez l’adulte ; le pédiatre ou le pharmacien indiquent la conduite selon l’âge.

Conclusion

Cette molécule fait partie des constituants banals du café et de nombreux végétaux, presque toujours accompagnée d’acides chlorogéniques, et chimiquement distincte de la caféine. Les chiffres utiles tiennent en trois ordres de grandeur : des dizaines de milligrammes dans une alimentation sans café, des centaines dans plusieurs tasses, des doses médicamenteuses de 900 mg par jour dans des essais chinois de thrombopénie dont la qualité ne permet pas de transposer la pratique.

Le dossier « bienfaits » de la molécule isolée reste largement préclinique. Le dossier « risques » comporte un classement CIRC 2B à très haute dose animale, des extraits de café vert mal dosés en caféine, et des allergies liées à la propolis, pas à la tasse filtrée. Le café comme boisson a, lui, un corpus d’observation plus riche, sans que l’on puisse attribuer ces associations à l’acide caféique seul.

Si vous voulez un geste concret, apportez au pharmacien l’étiquette de tout complément « café », « acide chlorogénique » ou « propolis » que vous envisagez, et demandez s’il double votre caféine ou interfère avec un traitement. Pour le cancer, le diabète ou un trouble des plaquettes, la question à poser au médecin qui vous suit n’est pas « cet antioxydant peut-il remplacer mon traitement », c’est « y a-t-il un risque si j’ajoute ce produit ». La tasse filtrée, les fruits et les herbes restent le cadre le plus raisonnable.

Sources

  1. CAFFEIC ACID (IARC Monographs Volume 56). IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, 1993.
  2. Q&A on Monographs Volume 116: Coffee, maté, and very hot beverages. International Agency for Research on Cancer, 2016.
  3. Pavlíková N : Caffeic Acid and Diseases-Mechanisms of Action. International Journal of Molecular Sciences, 29 décembre 2022.
  4. Cortez N, Villegas C, Burgos V et al. : Adjuvant Properties of Caffeic Acid in Cancer Treatment. International Journal of Molecular Sciences, 11 juillet 2024.
  5. Yu H, Chen R, Zhou Z et al. : Efficacy and safety of caffeic acid tablets in the treatment of thrombocytopenia: A systematic review and meta-analysis. Medicine, 6 octobre 2023.
  6. Olthof MR, Hollman PC, Katan MB : Chlorogenic acid and caffeic acid are absorbed in humans. The Journal of Nutrition, janvier 2001.
  7. Coffee (Micronutrient Information Center). Linus Pauling Institute, Oregon State University, 2017.
  8. Coffee and health: What does the research say?. Mayo Clinic, 31 janvier 2025.
  9. 10 Reasons Coffee Is Good for You. Cleveland Clinic, 24 février 2025.
  10. Green Coffee Bean Extract Risks and Benefits. Cleveland Clinic, 15 décembre 2023.
  11. The Efficacy and Safety of Caffeic Acid for Esophageal Cancer. ClinicalTrials.gov, 2017.
  12. Coffee C21 and protection of DNA from strand breaks: evaluation of a health claim pursuant to Article 13(5) of Regulation (EC) No 1924/2006. EFSA Journal, 27 mars 2020.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.