Arthrose du genou : signes avant-coureurs à surveiller

Arthrose du genou : signes avant-coureurs à surveiller

Les premiers signes d’arthrose du genou sont une douleur qui s’éveille à l’effort, une raideur brève au réveil ou après l’immobilité, et parfois un gonflement, des craquements ou une impression de dérobement. Ces symptômes s’installent le plus souvent progressivement, par poussées, et le diagnostic se pose souvent à l’examen clinique, sans imagerie de routine, chez une personne de 45 ans ou plus.

Monter un étage, se relever d’un fauteuil ou rester trop longtemps assis suffit parfois à réveiller cette gonalgie mécanique. Une méta-analyse de 2020 a estimé la prévalence mondiale de l’arthrose du genou à 22,9 % chez les personnes de 40 ans et plus, soit environ 654 millions de personnes cette année-là.

Au Royaume-Uni, le NICE (recommandation NG226, 2022) pose le diagnostic sans radiographie si la douleur est liée à l’activité et si la raideur matinale ne dépasse pas 30 minutes. Les craquements isolés ne font pas le diagnostic, une revue de 2025 les retrouvant chez 41 % des genoux en population générale. L’exercice thérapeutique et, en cas de surcharge pondérale, une perte de poids (10 % du poids corporel plutôt que 5 %, d’après le NICE) forment le socle de la prise en charge. En France, le médecin traitant et le pharmacien appliquent les recommandations locales.

Quels sont les premiers signes d’arthrose du genou ?

La douleur à l’effort est le signal le plus fréquent. Elle apparaît ou s’aggrave quand vous marchez, descendez un trottoir, montez des escaliers ou vous levez d’une chaise, puis elle s’atténue souvent au repos. Une raideur après l’immobilité, un gonflement surtout après avoir beaucoup utilisé l’articulation, une impression de genou « lâche » et une amplitude de mouvement réduite figurent aussi dans les fiches des CDC.

Les symptômes se construisent lentement, d’après la Mayo Clinic (avril 2025). Le genou peut être sensible à une pression légère. Un grincement, un craquement ou une sensation de frottement accompagne parfois la flexion. Des ostéophytes, excroissances osseuses, peuvent former des reliefs durs autour de l’articulation. Aucun de ces signes n’est spécifique à lui seul.

Une raideur au réveil ou après une réunion assise appartient au tableau, à condition qu’elle reste brève. Le Merck Manual (révision de 2026) situe ce dérouillage en général à moins de 30 minutes, surtout si l’on commence à bouger. Une raideur qui dépasse largement cette durée oriente plutôt vers un rhumatisme inflammatoire. La mise à jour de janvier 2025 de la Cleveland Clinic ajoute le genou qui « lâche » et le genou qui se bloque, deux plaintes qui méritent d’être décrites au médecin même si elles restent intermittentes.

Les signes qui reviennent le plus souvent dans ces sources se résument ainsi.

  • La douleur s’éveille ou s’aggrave à la marche, dans les escaliers ou en se relevant d’un siège.
  • Une raideur au réveil ou après l’assise se dissipe le plus souvent en moins de trente minutes.
  • Un gonflement apparaît après une journée debout, une marche longue ou une poussée.
  • Un grincement ou un craquement peut accompagner la flexion et l’extension du genou.
  • Une impression de lâchage, de blocage ou de genou instable survient surtout dans les escaliers.

La gonarthrose, autre nom de l’arthrose du genou, n’est pas le vieillissement normal de l’articulation, rappellent les CDC, même si elle devient fréquente après 45 ans. Le cartilage du fémur, du tibia et de la rotule s’altère, l’os se remanie, la synoviale peut s’irriter et les ligaments se détendent. La douleur n’est donc pas seulement le frottement de deux os nus.

Illustration de la douleur au genou liée à l'arthrose.

Craquements, gonflement et genou qui se dérobe

Un genou bruyant n’est pas, à lui seul, une arthrose. La méta-analyse de Couch et coll. (2025), portant sur 103 études et plus de 36 000 personnes, estime la prévalence des craquements à 41 % des genoux en population générale et à 36 % chez les personnes sans douleur. Chez les personnes déjà arthrosiques, le chiffre grimpe à 81 %. Le lien avec une arthrose visible à la radiographie existe (rapport de cotes 3,79), mais les auteurs jugent le niveau de preuve faible à très faible. Un craquement indolore, sans gonflement ni gêne, n’impose donc pas un diagnostic.

Le gonflement a une autre signification. Après un effort, du liquide synovial peut s’accumuler et le genou paraît bouffi, surtout autour de la rotule. Les CDC relient ce gonflement à une utilisation intense de l’articulation. Pendant une poussée, définie par le NICE comme une aggravation temporaire de la douleur, de la raideur et du gonflement pouvant durer au moins 24 heures et perturber le sommeil, le genou peut aussi perdre de la souplesse. Une poche de liquide à l’arrière, le kyste poplité (kyste de Baker), est citée par la Cleveland Clinic comme complication possible.

Le dérobement, cette sensation que le genou va lâcher dans un escalier, se rattache, d’après la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic, à la faiblesse des muscles et des ligaments. Moins le genou douloureux travaille, plus le quadriceps s’amincit. Un blocage franc, où la jambe ne s’étend plus, évoque un fragment de cartilage ou un ménisque coincé. Ces épisodes, même rares, appartiennent à l’histoire que le médecin doit entendre.

Le même genou peut craquer depuis des années sans jamais gonfler. C’est l’association d’un bruit, d’une douleur d’effort et d’une gêne pour se lever, marcher ou descendre qui compte, et non le craquement isolé.

Comment le médecin pose-t-il le diagnostic ?

Trois critères cliniques suffisent, selon le NICE, pour parler d’arthrose sans imagerie chez l’adulte. Avoir 45 ans ou plus. Présenter une douleur articulaire liée à l’activité. N’avoir aucune raideur matinale, ou une raideur qui ne dépasse pas 30 minutes. La recommandation NG226, publiée le 19 octobre 2022 et qui remplace le texte CG177 de février 2014, demande explicitement de ne pas recourir à l’imagerie de routine, sauf signes atypiques ou suspicion d’un autre diagnostic.

Le médecin commence donc par l’interrogatoire et l’examen. Il veut savoir depuis quand la douleur existe, si elle réveille la nuit, ce qui la calme, ce qui l’aggrave, et comment elle pèse sur la marche, les escaliers, la voiture ou l’habillage. Il palpe le genou, mesure l’amplitude, cherche un craquement sous la main, un élargissement osseux, un épanchement, un défaut d’axe et une fonte du quadriceps. Un genou chaud, rouge et très gonflé sort du tableau habituel. Le diagnostic reste clinique, guidé par les symptômes et la fonction, pas par le pincement visible entre deux os sur une radio. D’après le NICE, l’arthrose se diagnostique à l’entretien et à l’examen, et le traitement se règle sur la douleur et les capacités, pas sur une image.

La discordance entre radio et vécu est banale. Le Merck Manual rappelle que les clichés montrent souvent un pincement, des ostéophytes et une sclérose, mais qu’une radio presque normale peut coexister avec une douleur vive, et l’inverse aussi. Traiter une image sans écouter le genou, ou rassurer à tort parce que la radio est « peu spectaculaire », mène tous les deux à l’erreur. En France, le médecin traitant décide s’il oriente vers un rhumatologue ou un chirurgien orthopédiste selon la gêne, pas selon un score radiographique isolé.

Comment distinguer l’arthrose d’une autre maladie du genou ?

L’arthrose n’est pas la seule cause de gonalgie après 45 ans. Une raideur matinale longue, une atteinte symétrique de plusieurs articulations, une fatigue marquée ou un gonflement chaud oriente vers une polyarthrite rhumatoïde ou un autre rhumatisme inflammatoire. Le NICE et le Merck Manual placent le dérouillage habituel de l’arthrose sous les 30 minutes.

Un genou unique, très douloureux, rouge, chaud et gonflé, parfois avec de la fièvre, n’est pas une « poussée d’arthrose banale ». Le Merck Manual demande d’écarter une infection articulaire ou une crise de goutte (ou de chondrocalcinose). Ces situations relèvent d’un avis médical urgent, pas d’un AINS pris au hasard. Un traumatisme récent, une torsion, une chute ou un accident oriente vers un autre diagnostic. Fracture, rupture ligamentaire ou lésion méniscale peuvent mimer une arthrose débutante.

L’arthrose elle-même peut succéder à une ancienne blessure. Parmi les facteurs de risque, la Mayo Clinic cite les lésions sportives ou accidentelles, même anciennes. Une fracture, une déchirure du ménisque ou des ligaments instables accélèrent la même usure. Le médecin cherche aussi un psoriasis, une goutte connue, un traitement anticoagulant ou une fièvre, autant d’éléments qui déplacent le diagnostic.

La chaleur cutanée, souvent présentée comme un « signe précoce », n’appartient pas au tableau typique. Le NICE range un genou chaud et gonflé parmi les signes atypiques. Le Merck Manual demande d’évaluer un genou rouge, chaud et gonflé, car ces épisodes ne sont en général pas dus à l’arthrose. Une peau chaude, rouge, tendue, avec fièvre ou frissons, impose d’abord d’éliminer l’infection et les cristaux.

Quand consulter pour une douleur de genou ?

Une douleur ou une raideur de genou qui ne passe pas justifie un rendez-vous avec le médecin traitant, comme le recommande la Mayo Clinic. Inutile d’attendre que le genou « se déforme » ou que la marche devienne impossible. Le bon moment, c’est lorsque la gêne revient, qu’elle limite les escaliers ou le travail, ou que les antalgiques de courte durée ne suffisent plus.

Certains tableaux ne doivent pas attendre la semaine suivante. Un genou chaud, rouge, très volumineux, associé à de la fièvre, peut traduire une infection ou une arthropathie microcristalline. Dans ce cas, il faut appeler le 15 (SAMU) ou le 112, ou se rendre aux urgences. Un traumatisme violent, une impotence totale, un genou qui ne porte plus le poids du corps relèvent du même degré d’urgence. Le NICE range aussi parmi les signes atypiques un traumatisme récent, une raideur matinale prolongée, une aggravation rapide, une déformation brutale et la crainte d’une infection ou d’une tumeur.

Le tableau ci-dessous aide à trier, sans remplacer un examen médical. Les seuils de raideur et d’âge viennent du NICE et du Merck Manual. La conduite en cas de genou chaud et fébrile s’appuie sur le Merck Manual.

Situation Ce que cela évoque Que faire
Douleur à l’effort, raideur de 30 min ou moins, 45 ans ou plus Tableau compatible avec une arthrose Prendre rendez-vous avec le médecin traitant
Raideur matinale nettement plus longue que 30 minutes Autre rhumatisme possible, dont polyarthrite Consulter le médecin traitant sans reporter
Genou chaud, rouge, très gonflé, avec fièvre Infection articulaire ou crise microcristalline Appeler le 15 ou le 112, ou aller aux urgences
Douleur après un traumatisme récent Fracture, ligament ou ménisque Consulter rapidement, parfois le jour même
Blocage franc ou dérobements répétés Obstacle mécanique ou instabilité Voir le médecin traitant dans les jours qui viennent
Douleur de repos, nocturne, déformation rapide Tableau atypique à éclaircir Consulter le médecin traitant promptement

Beaucoup de genoux restent entre ces deux extrêmes. La douleur est réelle, la radio n’est pas indispensable, et la vie quotidienne se rétrécit. Le médecin traitant confirme ou infirme l’arthrose, écarte ce qui ne peut pas attendre, et oriente vers la kinésithérapie plutôt que vers une cascade d’examens.

Quels examens en cas de tableau atypique ?

La radiographie n’est pas indispensable au diagnostic dans un tableau typique. Le NICE demande de ne pas l’utiliser en routine, ni pour le suivi non chirurgical. Elle reste utile quand le tableau sort du cadre, quand une fracture est possible, ou quand une chirurgie se discute. Debout, elle peut montrer un pincement de l’interligne, des ostéophytes, une sclérose sous-chondrale. Elle ne voit pas le cartilage lui-même aux stades les plus précoces, ce que le Merck Manual rappelle aussi.

L’IRM n’est pas un examen de dépistage de l’arthrose. Le Merck Manual la juge rarement nécessaire au diagnostic. Elle devient pertinente si le genou se bloque, se dérobe, ou si l’on cherche une lésion des tissus mous que la radio ne montre pas. S’appuyer sur une IRM isolée, sans coller au vécu, expose à traiter une image.

La ponction articulaire n’est pas un geste de première intention dans une gonarthrose typique. Elle sert à analyser le liquide quand on suspecte une infection, une goutte ou une autre arthropathie. Le Merck Manual décrit un liquide le plus souvent peu inflammatoire dans l’arthrose, et un examen du liquide pour la distinguer de l’infection et de la goutte. Les prises de sang ne diagnostiquent pas l’arthrose. Elles aident à écarter une polyarthrite, une goutte ou un autre rhumatisme lorsque le tableau le justifie.

Une imagerie demandée « pour voir » a un coût. Le NICE souligne que les images d’arthrose ne collent pas toujours aux symptômes, que le traitement ne se dicte pas par le cliché, et que l’attente d’un rendez-vous d’imagerie retarde parfois l’exercice thérapeutique. En France, le médecin choisit les examens selon la pratique locale. Vous pouvez lui demander si l’image changera la conduite, ou si l’on peut commencer l’exercice et le travail sur le poids sans attendre.

Un médecin examine le genou d'un patient âgé.

Exercice, poids et gestes du quotidien

L’exercice thérapeutique est le traitement de fond, pas un accessoire. Le NICE le propose à toutes les personnes arthrosiques, sous forme de renforcement musculaire local et d’activité aérobie adaptée. Une douleur plus vive au début est attendue. Rester régulier, même avec une gêne transitoire, est précisément ce qui, selon le NICE, réduit la douleur et améliore la fonction à long terme. Des séances supervisées peuvent aider à tenir le rythme.

La revue Cochrane de Lawford et coll. (3 décembre 2024) a rassemblé 139 essais et 12 468 participants. Comparé à un suivi sans vrai programme d’exercice ou à un placebo, l’exercice au sol améliore la douleur d’environ 8,7 points sur 100 et la fonction d’environ 11,3 points. Comparé à l’absence de traitement ou aux soins habituels, le gain sur la douleur atteint 13,1 points. Les auteurs jugent pourtant l’importance clinique incertaine, car le seuil de différence minimale importante retenu était de 12 points pour la douleur. Bouger aide donc, sans transformer le genou du jour au lendemain.

La perte de poids, si vous êtes en surpoids ou obèse, est l’autre pilier. Le NICE indique que toute perte est susceptible de soulager, et qu’une réduction de 10 % du poids a plus de chances d’aider que 5 %. Les recommandations ACR/Arthritis Foundation de 2019 (publiées en 2020) donnent à l’exercice et à la perte de poids le statut de recommandations fortes pour le genou. La combinaison régime et activité est plus cohérente qu’un régime seul, d’après les essais repris par l’AAOS. Le médecin ou un diététicien, en France, adapte l’objectif. Aucun de ces chiffres ne remplace un suivi individuel.

Quelques appuis concrets, tirés de ces recommandations, aident au quotidien.

  • Le renforcement du quadriceps et des muscles de hanche soutient le genou mieux qu’un repos prolongé.
  • La marche, le vélo et la natation chargent moins l’articulation qu’une course répétée sur bitume.
  • Une canne, recommandée par l’ACR en cas de gêne à la marche, réduit la charge du côté douloureux.
  • La chaleur locale peut assouplir un genou raide, et le froid calmer une poussée (ACR, usage conditionnel).
  • Chausser des souliers stables et éviter les fauteuils trop mous limite les contraintes inutiles sur l’articulation.

Le repos complet, lui, aggrave souvent la situation. Immobiliser le genou a plus de chances d’aggraver l’affection que de la soulager, d’après le Merck Manual. De courtes pauses restent utiles. Vider l’agenda de toute marche n’en est pas une.

Médicaments, injections et traitements peu utiles

Les médicaments ne remplacent pas l’exercice. Le NICE demande de les utiliser en appoint, à la dose efficace la plus basse et pendant la durée la plus courte possible, surtout pour permettre de bouger. Pour le genou, un AINS topique (gel d’ibuprofène ou équivalent) est l’option médicamenteuse proposée en premier. L’ACR en 2019 en fait aussi une recommandation forte. L’AINS oral (ibuprofène, naproxène) n’intervient que si le gel ne suffit pas ou ne convient pas, en tenant compte des risques digestifs, rénaux, hépatiques et cardiovasculaires. Un protecteur gastrique de type inhibiteur de la pompe à protons est prévu par le NICE pendant la prise d’un AINS oral. Le pharmacien, en France, vérifie les contre-indications et les interactions.

Le paracétamol a changé de statut au Royaume-Uni. La NG226 de 2022 demande de ne pas le proposer en routine, faute de preuves solides, sauf usage peu fréquent, de courte durée, lorsque les autres options sont contre-indiquées, mal tolérées ou inefficaces. Aux États-Unis, l’ACR 2019 n’en fait qu’une option conditionnelle. L’effet y est décrit comme très petit, et un suivi de la toxicité hépatique est prévu en cas d’usage régulier, avec un plafond américain de 3 g par jour en doses fractionnées. Ce plafond n’est pas une posologie française. Le pharmacien ou le médecin indique la dose adaptée ici.

Les injections suivent la même logique de prudence. Le NICE autorise une injection intra-articulaire de corticoïde lorsque les autres médicaments ne suffisent pas, ne conviennent pas, ou pour soutenir l’exercice. Le soulagement annoncé dure 2 à 10 semaines, pas des années. L’ACR 2019 en fait une recommandation forte pour le genou, sur la base d’un bénéfice à court terme. L’acide hyaluronique, souvent présenté comme un « lubrifiant » à injecter, n’est pas proposé par le NICE (NG226, 2022). L’ACR 2019 s’y oppose de façon conditionnelle pour le genou. L’AAOS, dans sa recommandation de 2021, ne le recommande pas en usage de routine. En France, la décision appartient au médecin qui applique la pratique locale. Vous pouvez lui demander ce que l’injection changera concrètement, et pour combien de temps.

Plusieurs traitements populaires sortent du socle. Le NICE ne propose pas la glucosamine, les opioïdes forts, l’acupuncture, la neurostimulation électrique transcutanée ni le lavage arthroscopique. L’ACR 2019 s’oppose fortement à la glucosamine, aux cellules souches et au plasma riche en plaquettes pour le genou, et à cette neurostimulation. L’acupuncture reste conditionnelle pour l’ACR, alors que le NICE ne la propose pas. Ces divergences se tranchent avec le médecin, pas avec une publicité. Aucun de ces gestes ne reconstitue le cartilage perdu. D’après la Mayo Clinic, les lésions articulaires ne sont pas réversibles, même si l’activité, le poids et certains traitements peuvent aider à mieux vivre avec le genou.

Qui est le plus exposé à l’arthrose du genou ?

L’âge augmente le risque, sans le rendre obligatoire. La méta-analyse de Cui et coll. (2020) estime la prévalence mondiale à 16,0 % chez les personnes de 15 ans et plus, et à 22,9 % à partir de 40 ans, avec un rapport femmes/hommes de 1,69 pour la prévalence. Les données américaines NHANES 2017-mars 2020, rapportées par les CDC, chiffrent l’arthrose (toutes localisations) à environ 33 millions d’adultes aux États-Unis. Ces chiffres décrivent des populations différentes. Ils ne disent pas votre risque individuel.

Le sexe, le poids et les blessures pèsent. Après 50 ans, les femmes sont plus souvent touchées, sans mécanisme entièrement élucidé (Mayo Clinic, CDC). L’excès de poids charge les genoux et s’accompagne de substances inflammatoires produites par le tissu adipeux. Une lésion ancienne, un métier qui plie le genou en charge, une prédisposition familiale, un genou mal aligné (genu varum ou valgum) et certaines maladies métaboliques (diabète, surcharge en fer) figurent parmi les facteurs cités par la Mayo Clinic. Le Merck Manual note qu’avant 40 ans, les hommes sont plus souvent concernés, souvent après un traumatisme.

Avoir une radio « d’arthrose » sans douleur n’est pas rare. Le Merck Manual indique que beaucoup de personnes ont des signes radiographiques, souvent dès 40 ans, mais que seule une partie d’entre elles a des symptômes. Traiter une image silencieuse n’a pas d’intérêt. L’hérédité augmente la probabilité. Elle ne dicte ni le moment ni la gravité.

Les CDC observent que l’arthrose déjà présente sur une articulation augmente le risque d’en voir apparaître ailleurs. Mains, hanches, rachis et genoux se croisent souvent, sans que cela fasse une polyarthrite. Un programme d’exercice et un travail sur le poids intéressent donc plusieurs articulations.

Quand une chirurgie du genou est-elle envisagée ?

La chirurgie n’est pas l’étape suivante automatique. Le NICE envisage d’orienter vers un remplacement articulaire (hanche, genou ou épaule) si les symptômes, douleur, raideur, perte de fonction ou déformation, pèsent lourdement sur la qualité de vie et si le traitement non chirurgical, exercice, perte de poids, antalgiques, est inefficace ou inadapté. La décision repose sur la clinique, pas sur un score numérique de gravité radiographique.

L’âge, le sexe, le tabagisme, les autres maladies et l’indice de masse corporelle ne doivent pas, d’après le NICE, exclure à eux seuls l’accès à la chirurgie. Les risques varient selon ces facteurs, et le chirurgien les explique. Le lavage ou le débridement arthroscopique, longtemps proposés « pour nettoyer » un genou arthrosique, ne sont plus offerts par le NICE, faute de bénéfice démontré.

Une ostéotomie, qui recoupe l’os pour déplacer la charge, ou une prothèse partielle peuvent se discuter si un seul compartiment est usé. La Cleveland Clinic réserve en pratique la prothèse totale aux formes où le cartilage a presque disparu et où la vie quotidienne est très limitée. Rien de tout cela ne se décide sur une seule radio, ni dans l’urgence d’une poussée.

Questions fréquentes

Les craquements sans douleur sont-ils un signe d’arthrose ?

Non, un craquement isolé ne permet pas de poser le diagnostic. La revue de Couch et coll. (2025) retrouve des genoux bruyants chez 36 % des personnes sans douleur et chez 41 % de la population générale. C’est l’association à une douleur d’effort, à une raideur brève et à une gêne fonctionnelle qui compte.

L’arthrose du genou se voit-elle toujours à la radiographie ?

Non. Le NICE diagnostique l’arthrose sans imagerie dans un tableau typique après 45 ans. Le Merck Manual rappelle que la radio et les symptômes collent mal, surtout au début. Une image « rassurante » n’annule pas une douleur mécanique persistante.

Peut-on marcher et nager avec une gonarthrose ?

Oui, l’activité adaptée est le traitement de fond. Le NICE propose un exercice de renforcement et d’endurance à toutes les personnes arthrosiques, même si la douleur peut augmenter au démarrage. La marche, le vélo et la natation sont des exemples fréquents. Un kinésithérapeute ajuste la charge.

Faut-il une injection d’acide hyaluronique dans le genou ?

Pas en première intention d’après les textes britanniques et américains cités ici. Le NICE (NG226, 2022) ne propose pas ces injections. L’ACR 2019 s’y oppose de façon conditionnelle. L’AAOS (2021) ne les recommande pas en routine. Le médecin français applique la pratique locale et pèse le bénéfice attendu.

Le paracétamol soulage-t-il l’arthrose du genou ?

Pas de façon fiable pour la plupart des patients. Le NICE ne le propose plus en routine depuis 2022. L’ACR 2019 décrit un effet très petit et le réserve plutôt aux personnes qui ne peuvent pas prendre d’AINS. Le pharmacien peut préciser la place éventuelle d’une courte prise, et la dose à ne pas dépasser.

L’arthrose du genou se transmet-elle dans la famille ?

Une prédisposition familiale existe, sans gène unique identifié. La Mayo Clinic et les CDC citent les antécédents familiaux parmi les facteurs de risque, à côté du poids, de l’âge et des blessures. L’hérédité n’interdit ni l’exercice ni le travail sur le poids.

Un homme nageant pour soulager ses articulations.

Conclusion

Si une douleur de genou revient à l’effort, si le dérouillage du matin reste court et si les escaliers deviennent plus lents, le scénario le plus fréquent après 45 ans est une gonarthrose. Le NICE a fixé ce diagnostic sur la clinique en 2022, sans radio automatique. Les craquements isolés, eux, sont trop banals pour poser un diagnostic. Noter pendant une ou deux semaines la durée de la raideur, les gestes qui réveillent la douleur et ce qui la calme donne au médecin traitant une histoire utile, plus utile qu’une imagerie demandée « pour voir ».

Le socle ne se discute presque plus dans les recommandations britanniques et américaines récentes : un exercice régulier, une perte de poids s’il y a un excès à perdre, un AINS en gel avant les comprimés, et une méfiance envers l’acide hyaluronique, la glucosamine, les cellules souches et le « nettoyage » arthroscopique. Les chiffres de la Cochrane 2024 sont honnêtes. L’exercice améliore un peu la douleur et davantage la fonction, sans miracle. C’est déjà une raison de commencer, pas d’attendre que le cartilage ait disparu.

Le geste immédiat, si le genou est chaud, rouge, très gonflé, avec de la fièvre, reste d’appeler le 15 ou le 112. Dans tous les autres cas, le prochain pas concret est un rendez-vous chez le médecin traitant avec deux questions préparées : un programme d’exercice avec un kinésithérapeute peut-il être prescrit maintenant, et une image est-elle vraiment nécessaire au vu de votre tableau ? La réponse oriente les mois qui viennent bien plus qu’une recherche de traitement miracle.

Sources

  1. Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, 19 octobre 2022.
  2. Kolasinski SL, Neogi T, Hochberg MC et al. : 2019 American College of Rheumatology/Arthritis Foundation Guideline for the Management of Osteoarthritis of the Hand, Hip, and Knee. Arthritis Care & Research, février 2020.
  3. Lawford BJ, Hall M, Hinman RS et al. : Exercise for osteoarthritis of the knee. Cochrane Database of Systematic Reviews, 3 décembre 2024.
  4. Osteoarthritis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 8 avril 2025.
  5. Knee Osteoarthritis: Symptoms, Stages, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 30 janvier 2025.
  6. Osteoarthritis | Arthritis. Centers for Disease Control and Prevention, 26 janvier 2024.
  7. Cui A, Li H, Wang D et al. : Global, regional prevalence, incidence and risk factors of knee osteoarthritis in population-based studies. EClinicalMedicine, 26 novembre 2020.
  8. Couch JL, King MG, De Oliveira Silva D et al. : Noisy knees – knee crepitus prevalence and association with structural pathology: a systematic review and meta-analysis. British Journal of Sports Medicine, 2 janvier 2025.
  9. Osteoarthritis (OA). Merck Manual Consumer Version, mis à jour en octobre 2026.
  10. Management of Osteoarthritis of the Knee (Non-Arthroplasty). American Academy of Orthopaedic Surgeons, 31 août 2021.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.