
L’aspirine n’est pas un médicament miracle. Elle peut calmer une douleur ou une fièvre, et à faible dose elle réduit le risque de caillot chez des personnes qui ont déjà eu un infarctus, un AVC ischémique ou un stent. Le comprimé quotidien pris « au cas où », sans maladie cardiovasculaire connue, n’est plus le réflexe que beaucoup croient encore utile.
Le basculement est daté. La recommandation de l’USPSTF du 26 avril 2022 déconseille de commencer une aspirine à faible dose pour empêcher un premier infarctus ou un premier AVC à partir de 60 ans, parce que le saignement pèse alors plus lourd que le bénéfice. Entre 40 et 59 ans, la décision reste individuelle, et seulement si le risque cardiovasculaire à dix ans atteint au moins 10 % sans surcroît de risque hémorragique.
Les chiffres utiles tiennent en trois points. Une dose de l’ordre de 75 à 81 mg par jour suffit souvent à l’effet antiplaquettaire, selon la Mayo Clinic (27 septembre 2025) et l’USPSTF. La même instance américaine chiffre une hausse d’environ 58 % des hémorragies digestives majeures sous faible dose. L’essai Add-Aspirin, qui teste le comprimé après un cancer, a fini d’inclure le 12 juillet 2024 ; ses résultats n’étaient pas publiés au début de 2026.
Comment l’aspirine agit-elle dans le corps
L’aspirine, acide acétylsalicylique, bloque des substances naturelles qui déclenchent la fièvre, la douleur, le gonflement et la formation de caillots, d’après la monographie MedlinePlus révisée le 15 novembre 2025. À dose antalgique, on la prend souvent toutes les quatre à six heures. À dose beaucoup plus basse, prise chaque jour, le même médicament agit surtout sur les plaquettes et rend le sang moins enclin à coaguler dans une artère.
La nuance plaquettaire explique le débat cardiaque. Un caillot qui se forme sur une plaque d’athérome peut boucher une coronaire ou une artère cérébrale. Empêcher cette agrégation réduit, chez certaines personnes, le risque d’infarctus ou d’AVC ischémique. Le même mécanisme allonge le temps de saignement. Une plaie, un ulcère, une muqueuse fragile ou un autre anticoagulant transforment alors un avantage en hémorragie.
Deux usages coexistent donc dans la même boîte. Un comprimé de 300 mg, au Royaume-Uni d’après le NHS, vise la douleur ponctuelle. Un comprimé de 75 mg (NHS) ou d’environ 81 mg (pratique américaine citée par l’USPSTF) vise la prévention des caillots. Confondre les deux, ou empiler les prises « parce que c’est de l’aspirine », augmente le risque digestif sans mieux protéger les artères.
L’effet antiplaquettaire n’est pas un fluidifiant magique du sang tout entier. Il ne remplace ni une statine, ni un traitement de la tension, ni l’arrêt du tabac. La Mayo Clinic le rappelle en distinguant prévention primaire (jamais d’événement cardiovasculaire) et prévention secondaire (infarctus, AVC ou maladie artérielle déjà connus). Seul le second cadre a un bénéfice clairement établi.

Douleur et fièvre, ce que l’aspirine soulage vraiment
Pour un mal de tête, une courbature ou une fièvre d’adulte, l’aspirine reste un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) classique. MedlinePlus indique de l’utiliser selon l’étiquette ou la prescription, souvent toutes les quatre à six heures, et d’arrêter si la fièvre dépasse trois jours ou si la douleur dépasse dix jours. Au-delà, une cause qui mérite un examen, infection, fracture, inflammation articulaire, peut se cacher derrière le symptôme.
Le NHS décrit des comprimés antalgiques de 300 mg, une à trois unités par prise, au moins quatre heures entre deux doses, au plus quatre prises par jour, de préférence pendant ou après un repas. Ce schéma britannique n’est pas une norme française ; le pharmacien indique la présentation vendue ici et la notice du produit. En cas de doute entre paracétamol et aspirine, le paracétamol reste souvent le premier choix chez la femme enceinte ou qui allaite, toujours selon le NHS, alors que l’aspirine antalgique n’y est pas conseillée.
L’enrobage dit gastro-résistant, conçu pour se dissoudre plus loin que l’estomac, ne transforme pas un AINS en médicament anodin. La Mayo Clinic note qu’il peut être plus doux pour l’estomac chez certaines personnes, mais qu’aucune preuve solide n’a montré une baisse du risque d’hémorragie digestive. Pour une migraine qui demande un soulagement rapide, ce comprimé lent est même un mauvais outil, ce que l’étiquette américaine des comprimés 81 mg gastro-résistants précise.
Quelques situations interdisent l’automédication. Ulcère évolutif, saignement digestif, trouble de la coagulation, asthme déclenché par les AINS, insuffisance hépatique ou rénale, interaction avec un anticoagulant : le NHS et MedlinePlus demandent un avis avant la première prise. Trois verres d’alcool ou plus par jour, d’après l’étiquette DailyMed du 16 avril 2024, augmentent encore le risque de saignement d’estomac.
Après un infarctus, un AVC ou un stent
Chez une personne qui a déjà eu un infarctus, un AVC ischémique, un pontage ou un stent, l’aspirine quotidienne n’est pas un gadget de longévité. La Mayo Clinic (27 septembre 2025) juge ce bénéfice de prévention secondaire bien établi. L’American Heart Association, page revue le 28 février 2025, indique qu’un médecin peut prescrire une faible dose chaque jour pour réduire le risque d’un nouvel événement. Arrêter seul, parce que l’on se sent mieux, peut au contraire favoriser un caillot.
Beaucoup de patients reçoivent alors une bithérapie antiplaquettaire. L’aspirine y est associée à un inhibiteur du récepteur P2Y12, clopidogrel, prasugrel ou ticagrélor. Après un infarctus, cette association dure souvent au moins un an si le risque hémorragique le permet, d’après l’AHA. Après un stent, la durée dépend du type de prothèse et du saignement. Le cardiologue fixe le calendrier ; le patient ne le raccourcit pas parce qu’une extraction dentaire approche.
L’AVC aigu n’est pas le moment d’improviser. L’AHA demande d’appeler les secours d’abord et déconseille de mâcher une aspirine pendant un AVC, car une hémorragie cérébrale, et non un caillot, peut en être la cause. À l’inverse, si vous croyez faire un infarctus, le SAMU (15) ou le numéro européen 112 passe avant le comprimé. L’opérateur ou l’équipe d’urgence peut ensuite faire mâcher une aspirine, après avoir écarté une allergie, comme le décrivent la Mayo Clinic et l’AHA.
Le diabète sans antécédent cardiaque ne suffit plus, à lui seul, à justifier une aspirine à vie. L’AHA le dit pour les personnes diabétiques sans infarctus ni AVC. La discussion porte sur l’ensemble du risque, tension, tabac, reins, ulcère, et non sur un réflexe « un comprimé parce que le sucre est élevé ».
Faut-il prendre de l’aspirine pour un premier infarctus
Non, pas par défaut, et encore moins après 60 ans. L’USPSTF recommande de ne pas commencer une faible dose pour empêcher un premier événement cardiovasculaire chez l’adulte de 60 ans ou plus (grade D). Entre 40 et 59 ans, si le risque à dix ans est d’au moins 10 % et si le saignement n’est pas déjà élevé, la décision se discute (grade C). Le bénéfice net y est petit.
La revue systématique commandée par l’USPSTF, publiée dans JAMA le 26 avril 2022 par Guirguis-Blake, Evans et leurs collègues, a regroupé onze essais randomisés (134 470 personnes) en prévention primaire. L’aspirine à faible dose y était liée à une baisse des événements cardiovasculaires majeurs (odds ratio 0,90), sans baisse nette de la mortalité cardiovasculaire ni de la mortalité toutes causes. Les saignements majeurs montaient (odds ratio 1,44), avec un effet absolu compris, selon les essais, entre 0,1 % et 1,0 %. Le gain cardiovasculaire absolu s’étageait entre −2,5 % et −0,1 %.
L’âge fait basculer la balance. Le risque d’infarctus augmente avec les années, mais le risque d’hémorragie digestive, intracrânienne ou d’AVC hémorragique augmente encore plus, ce que l’USPSTF souligne surtout après 60 ans. Pour celles et ceux qui ont commencé plus tôt et qui vieillissent sous traitement, le texte américain invite à reconsidérer l’arrêt vers 75 ans. Ce n’est pas un ordre universel ; c’est un rendez-vous de réévaluation.
Les pratiques nationales divergent, et c’est normal. L’AHA parle d’une possible discussion entre 40 et 70 ans en l’absence de sur-risque hémorragique, et d’un rapport souvent défavorable après 70 ans pour un premier événement. Le NHS britannique vend la faible dose à 75 mg, l’USPSTF cite 81 mg. En France, le médecin traitant et le pharmacien appliquent la recommandation locale ; aucun de ces textes américains ou britanniques ne se substitue à leur avis.
Cancer colorectal et récidive, où en est la recherche
L’aspirine n’est pas, en 2026, un traitement préventif du cancer colorectal que l’on commence de soi-même. L’USPSTF 2022 a retiré cet argument de sa recommandation, faute de preuves suffisantes sur l’incidence et la mortalité. Pendant la phase randomisée des essais, la revue JAMA n’a pas montré d’association statistiquement significative avec moins de cancers colorectaux. Un signal tardif, surtout dans le Women’s Health Study, reste observé et discuté ; l’essai ASPREE, chez des personnes âgées, a même associé l’aspirine à une mortalité par cancer colorectal plus élevée, un résultat que l’USPSTF juge trop fragile pour trancher, assez gênant toutefois pour ne plus promettre une protection.
Add-Aspirin n’a pas tranché non plus. L’essai de phase 3, soutenu par Cancer Research UK, teste 100 mg ou 300 mg par jour contre placebo après un traitement curatif d’un cancer du sein, du côlon-rectum, de l’œsophage, de l’estomac ou de la prostate. Le recrutement, ouvert le 8 octobre 2015, s’est arrêté le 12 juillet 2024. La page de l’essai, revue le 22 janvier 2026, indique que les résultats n’étaient pas encore disponibles. Tant qu’ils manquent, présenter l’aspirine comme une assurance anti-récidive relève de l’espoir, pas de la preuve.
Les méta-analyses d’essais cardiaques et les cohortes observationnelles ont nourri l’hypothèse d’un effet sur les tumeurs digestives. Elles ne remplacent pas un essai conçu pour cette question. Un patient traité pour un cancer discute d’abord avec l’oncologue, à cause du saignement, des interactions et du calendrier chirurgical. Commencer 300 mg de soi-même « pour empêcher le retour » n’est pas une stratégie validée.
Le message utile est donc étroit. Si une aspirine à faible dose est déjà prescrite pour le cœur, elle n’a pas à être arrêtée dans l’attente d’Add-Aspirin. Si elle n’est pas prescrite, le cancer n’est pas, aujourd’hui, une raison suffisante pour l’ajouter.
Grossesse et prééclampsie, un usage ciblé
Chez une femme enceinte à haut risque de prééclampsie, l’aspirine à faible dose a une place précise, très différente du comprimé « pour tomber enceinte ». L’American College of Obstetricians and Gynecologists (décembre 2021, réaffirmé en octobre 2022) recommande 81 mg par jour en cas d’antécédent de prééclampsie, de grossesse multiple, d’hypertension chronique, de diabète préexistant, de maladie rénale ou de maladie auto-immune (lupus, syndrome des antiphospholipides), et aussi en cas de plusieurs facteurs de risque modérés. Le traitement commence entre 12 et 28 semaines d’aménorrhée, idéalement avant 16 semaines, et se poursuit jusqu’à l’accouchement.
L’USPSTF, le 28 septembre 2021, retient la même indication (grade B) et chiffre, chez les personnes à risque accru, une réduction relative de la prééclampsie (risque relatif 0,85), des naissances prématurées (0,80), du retard de croissance (0,82) et de la mortalité périnatale (0,79). Les doses efficaces dans les essais s’échelonnaient souvent entre 60 et 150 mg ; 81 mg est la présentation américaine retenue. En France, l’équipe obstétricale choisit la spécialité et la dose disponibles.
L’avis de 2021 porte sur la prééclampsie, pas sur la fertilité. Il ne recommande pas une aspirine « pour tomber enceinte » après n’importe quelle fausse couche. MedlinePlus ajoute qu’une dose supérieure à 81 mg vers 20 semaines d’aménorrhée ou plus peut nuire au fœtus et compliquer l’accouchement, sauf consigne contraire du médecin.
L’allaitement suit la même prudence. Le NHS déconseille en général l’aspirine antalgique pendant l’allaitement, le paracétamol étant souvent préféré, et demande un avis pour la faible dose. Rien de tout cela ne se décide au rayon des antalgiques.

Saignements, ulcères et médicaments à ne pas associer
Le principal prix de l’aspirine quotidienne est le saignement. L’USPSTF estime, sur dix essais, une hausse d’environ 58 % des hémorragies digestives majeures (odds ratio de Peto 1,58) et, sur onze essais, une hausse des saignements intracrâniens (odds ratio 1,31). L’étiquette DailyMed 81 mg prévient que le risque d’hémorragie d’estomac grimpe après 60 ans, en cas d’ulcère ou de saignement antérieur, sous anticoagulant ou corticoïde, avec un autre AINS, avec trois verres d’alcool ou plus par jour, ou si l’on dépasse la dose et la durée prévues.
Plusieurs associations augmentent nettement ce risque.
- La warfarine, l’apixaban, le dabigatran, le rivaroxaban, l’héparine ou l’énoxaparine, cités par la Mayo Clinic, peuvent majorer une hémorragie grave.
- L’ibuprofène ou le naproxène, pris régulièrement, ajoutent un AINS à un AINS et irritent la muqueuse.
- Certains antidépresseurs (clomipramine, paroxétine) et les corticoïdes, toujours selon la Mayo Clinic, élèvent aussi le risque de saignement.
- L’huile d’onagre, le ginkgo ou les oméga-3 en complément, listés par la Mayo Clinic, peuvent augmenter le saignement.
- Le méthotrexate, certains antihypertenseurs et d’autres AINS, d’après le NHS, justifient de montrer la liste complète au pharmacien.
Le paracétamol peut souvent coexister avec l’aspirine, écrit le NHS, mais ce n’est pas une raison d’empiler les antalgiques. Si une douleur chronique impose un AINS alors qu’une faible dose cardiaque est indispensable, le médecin, pas le rayon libre-service, arbitre. L’ibuprofène ne remplace jamais l’aspirine pour protéger une coronaire.
Un ulcère ancien n’interdit pas toujours le traitement cardiaque, mais il impose une discussion, parfois un protecteur gastrique, parfois un autre antiplaquettaire. La Mayo Clinic déconseille l’aspirine quotidienne en cas d’ulcère hémorragique évolutif, de trouble de la coagulation ou d’allergie, y compris un asthme déclenché par l’aspirine.
Enfants, syndrome de Reye et allergie
On ne donne pas d’aspirine à un enfant ou à un adolescent pour une fièvre, une varicelle ou un syndrome grippal. MedlinePlus relie ce réflexe au syndrome de Reye, maladie rare où la graisse s’accumule dans le foie et le cerveau. Le NHS britannique va plus loin et déconseille l’aspirine avant 16 ans. L’étiquette DailyMed vise surtout les enfants et adolescents qui ont une varicelle ou un tableau grippal, ou qui s’en remettent, et demande de consulter si un changement de comportement s’accompagne de nausées et de vomissements. En France, le pharmacien oriente vers le paracétamol et vers le médecin ; aucun de ces textes étrangers ne s’applique tel quel, mais tous convergent contre l’automédication pédiatrique.
Le syndrome de Reye est devenu rare depuis que l’aspirine a quitté les armoires d’enfants. Il n’a pas disparu comme concept. Certains produits contre les maux d’estomac ou des baumes contenant des salicylates posent la même question ; MedlinePlus, dans sa notice aspirine, insiste pour demander un avis avant toute prise pédiatrique. Kawasaki et rhumatisme articulaire aigu restent des exceptions hospitalières, pas des indications de comptoir.
L’allergie à l’aspirine n’est pas une simple « sensibilité d’estomac ». DailyMed décrit urticaire, gonflement du visage, choc et sifflement. MedlinePlus ajoute le terrain d’asthme, de nez bouché à répétition ou de polypes nasaux, qui augmente le risque d’une réaction croisée avec d’autres AINS. Une telle réaction justifie d’arrêter et d’appeler les secours si la respiration ou la gorge sont menacées.
Chez l’adulte sans ce terrain, l’aspirine antalgique ponctuelle reste possible. Chez l’adulte sous faible dose cardiaque, l’allergie passée, même ancienne, doit figurer dans le dossier avant toute reprise.
Signes d’alerte sous aspirine et moment de consulter
Un saignement digestif sous aspirine n’attend pas la fin du week-end. DailyMed demande d’arrêter et de voir un médecin en cas de malaise, de vomissements de sang, de selles noires ou sanglantes, ou de douleur d’estomac qui ne cède pas. MedlinePlus y ajoute le vomissement « marc de café » et le sifflement, l’urticaire ou le gonflement de la langue. Ces seuils, repris ci-dessous, servent autant à la faible dose qu’à l’antalgique.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Vomissements de sang, selles noires goudronneuses, malaise brutal | Appelez le 15 ou le 112 |
| Gonflement du visage ou de la gorge, sifflement, choc | Appelez le SAMU (15) ou le 112 |
| Douleur d’estomac persistante, sans vomissement de sang | Consultez le médecin le jour même |
| Acouphènes, baisse d’audition, douleur au-delà de 10 jours | Arrêtez et voyez un médecin (DailyMed, MedlinePlus) |
| Fièvre au-delà de 3 jours sous aspirine antalgique | Arrêtez et faites examiner la cause (MedlinePlus) |
| Enfant ou adolescent fébrile, varicelle ou grippe | N’utilisez pas d’aspirine ; demandez un paracétamol adapté |
Une intervention, même dentaire, augmente le risque de saigner. MedlinePlus et la Mayo Clinic demandent de prévenir le chirurgien ou le dentiste. Ce n’est pas toujours un arrêt de cinq jours ; après un stent récent, couper l’antiplaquettaire peut être plus dangereux qu’une extraction sous aspirine. Seul le prescripteur tranche.
Les signes d’un surdosage, agitation, hyperventilation, fièvre, confusion, convulsions, relèvent de l’urgence, d’après MedlinePlus. Le comprimé du quotidien n’est pas une sucrerie. Tenir la boîte hors de portée des enfants reste une règle de notice, pas un détail.
Doses, comprimés gastro-résistants et arrêt du traitement
La dose qui protège une artère n’est pas la dose qui calme une sciatique. La Mayo Clinic situe la prévention antiplaquettaire autour de 75 à 100 mg par jour, le plus souvent 81 mg aux États-Unis, parfois jusqu’à 325 mg selon l’indication. L’USPSTF juge raisonnable 81 mg par jour lorsqu’une prévention primaire a été décidée. Le NHS, lui, parle d’un comprimé de 75 mg une fois par jour, souvent pour longtemps, parfois à vie, après un événement cardiovasculaire. En officine française, la présentation (75 mg ou 100 mg) et le schéma se lisent sur l’ordonnance ou se confirment au comptoir.
Oublier une prise de faible dose n’autorise pas un doublement. Le NHS et MedlinePlus disent de prendre la dose manquée dès qu’on y pense, sauf si l’heure de la suivante est proche, auquel cas on saute. Deux comprimés d’un coup n’effacent pas l’oubli et augmentent le saignement.
L’arrêt, lui, n’est pas un geste anodin. La Mayo Clinic avertit qu’un arrêt brutal, chez une personne sous traitement quotidien, peut favoriser un caillot et un infarctus. La discussion inverse, arrêter parce que l’on a 75 ans, que l’on n’a jamais eu d’événement, et que l’USPSTF 2022 déconseille de commencer à cet âge, se tient avec le médecin, pas devant la poubelle. Après un stent ou un infarctus récent, la question ne se pose même pas en solo.
Le comprimé gastro-résistant s’avale entier, avec un verre d’eau. Le croquer annule l’enrobage. Pour un infarctus en cours, l’AHA et la Mayo Clinic parlent d’une aspirine à croquer, donc d’une forme immédiate, et seulement après l’appel au 15 ou au 112. Garder dans le sac un 81 mg enrobé en croyant pouvoir gérer une douleur thoracique est une fausse sécurité.
Questions fréquentes
Peut-on prendre de l’aspirine tous les jours sans avis médical ?
Non. L’AHA et la Mayo Clinic demandent de ne pas commencer une faible dose quotidienne sans en parler au médecin. Le rapport entre caillot évité et saignement dépend de l’âge, des antécédents et des autres médicaments, pas d’un réflexe de comptoir.
L’aspirine gastro-résistante évite-t-elle les saignements d’estomac ?
Non de façon démontrée. La Mayo Clinic indique qu’un enrobage peut être plus confortable, sans preuve qu’il réduise les hémorragies digestives. Le saignement lié aux plaquettes existe même si le comprimé se dissout plus loin que l’estomac.
Que faire si l’on oublie une prise d’aspirine à faible dose ?
Prenez-la dès que vous y pensez, sauf s’il est bientôt l’heure de la suivante, auquel cas vous sautez, d’après le NHS et MedlinePlus. Ne doublez pas la dose. Si les oublis se répètent, un pilulier ou un rappel vaut mieux qu’une accumulation le dimanche.
L’aspirine et l’ibuprofène peuvent-ils se prendre ensemble ?
Le plus souvent, il vaut mieux éviter l’association régulière. MedlinePlus demande un avis si vous êtes sous aspirine cardiaque et que vous voulez de l’ibuprofène ; la Mayo Clinic ajoute que deux AINS ensemble élèvent nettement le risque d’ulcère. Le paracétamol est souvent une alternative pour la douleur ponctuelle.
Faut-il couper l’aspirine avant une extraction dentaire ?
Pas tout seul. Prévenez le dentiste, comme le demandent MedlinePlus et la Mayo Clinic. Après un stent ou un infarctus récent, un arrêt improvisé peut être plus dangereux que de saigner un peu. Le prescripteur et le dentiste s’accordent sur la fenêtre, s’il y en a une.
L’aspirine protège-t-elle contre le cancer ?
On ne le sait pas assez pour la prescrire dans ce but. L’USPSTF 2022 juge les preuves insuffisantes pour le cancer colorectal, et l’essai Add-Aspirin n’avait pas publié ses résultats au début de 2026. Un oncologue peut discuter d’un cas particulier ; ce n’est pas une indication d’automédication.

Conclusion
Le comprimé le plus banal de la pharmacie n’a rien d’un talisman. Il aide encore, chaque jour, des personnes qui ont déjà payé le prix d’un caillot artériel, et il a une place obstétricale étroite contre la prééclampsie à haut risque. Il a cessé d’être le réflexe de prévention d’un premier infarctus après 60 ans, et il n’a jamais été un traitement de la varicelle de l’enfant.
Avant d’acheter une boîte « pour le cœur », sortez celle que vous avez déjà, s’il y en a une, et posez trois questions au pharmacien ou au médecin traitant. Pourquoi ce comprimé a-t-il été commencé ? Quel est votre âge et votre risque de saignement aujourd’hui ? Quel autre AINS, anticoagulant ou verre d’alcool s’y ajoute ? La page Mayo Clinic sur l’aspirine quotidienne et la recommandation USPSTF 2022 donnent le cadre ; l’ordonnance française, elle, se décide ici.
Si des selles noires, un vomissement de sang ou un gonflement de la gorge apparaissent, le débat sur le miracle s’arrête. On appelle alors le SAMU ou le 112. Le reste, dose, durée, arrêt, appartient à une consultation calme, pas à une rumeur de longévité.
Sources
- Aspirin Use to Prevent Cardiovascular Disease: Preventive Medication. US Preventive Services Task Force, 26 avril 2022.
- Guirguis-Blake JM, Evans CV et al. : Aspirin Use to Prevent Cardiovascular Disease and Colorectal Cancer: Updated Evidence Report and Systematic Review for the US Preventive Services Task Force. JAMA, 26 avril 2022.
- Daily aspirin therapy: Understand the benefits and risks. Mayo Clinic, 27 septembre 2025.
- Aspirin: MedlinePlus Drug Information. MedlinePlus, 15 novembre 2025.
- Aspirin and Dual Antiplatelet Therapy. American Heart Association, 28 février 2025.
- Low-Dose Aspirin Use for the Prevention of Preeclampsia and Related Morbidity and Mortality. American College of Obstetricians and Gynecologists, décembre 2021.
- Aspirin Use to Prevent Preeclampsia and Related Morbidity and Mortality: Preventive Medication. US Preventive Services Task Force, 28 septembre 2021.
- LOW DOSE ASPIRIN- aspirin tablet, coated. DailyMed, 16 avril 2024.
- Aspirin: medicine for pain relief or preventing blood clots. National Health Service, mis à jour en 2025.
- A trial looking at whether aspirin can stop cancer coming back after treatment (Add Aspirin). Cancer Research UK, 22 janvier 2026.
