Hygiène dentaire : gencives, cœur et diabète

Hygiène dentaire : gencives, cœur et diabète

Se brosser les dents protège d’abord l’émail, mais aussi les gencives et, par elles, une partie de l’inflammation du corps. Une gingivite encore limitée peut régresser. Une parodontite, elle, détruit l’os autour des dents et s’associe au diabète et aux maladies cardiovasculaires, sans que l’on puisse affirmer qu’elle les provoque à elle seule.

Les maladies bucco-dentaires touchent près de 3,7 milliards de personnes, et les formes graves de parodontite dépassent le milliard de cas, selon la fiche de l’Organisation mondiale de la Santé datée du 17 mars 2025. Beaucoup de textes vont plus loin et laissent croire que soigner les gencives prévient l’infarctus. La déclaration scientifique de l’American Heart Association, publiée le 16 décembre 2025, maintient une association statistique. Elle ne démontre pas que le traitement parodontal empêche un infarctus ou un accident vasculaire cérébral.

La gingivite, stade précoce, reste souvent réversible avec un brossage soigneux et un détartrage. Chez les personnes diabétiques, une revue Cochrane de 2022 a mesuré une baisse d’hémoglobine glyquée d’environ 0,43 point trois à quatre mois après un traitement parodontal. Des gencives qui saignent au brossage ou en croquant une pomme justifient un rendez-vous chez le dentiste, avant même qu’une dent ne bouge.

Pourquoi l’hygiène dentaire dépasse la carie

La carie perce l’émail. La plaque non retirée irrite aussi la gencive, puis l’os qui ancre la dent. L’OMS rappelle que caries non traitées, maladies parodontales, perte de dents et cancers de la bouche forment l’essentiel du fardeau mondial, largement évitable. Dans le Global Burden of Disease 2021, la carie non soignée des dents permanentes est même l’affection la plus fréquente.

Une mauvaise hygiène et le tabac sont les deux grands leviers de la parodontite, toujours d’après cette fiche 2025. Le sucre libre nourrit les bactéries de la plaque, donc la carie, et pèse aussi sur d’autres maladies non transmissibles. Le tabac, lui, aggrave les gencives plus sûrement que n’importe quel oubli ponctuel de fil dentaire.

Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention (données 2009-2014, page mise à jour le 15 mai 2024) estiment qu’environ 4 adultes sur 10 âgés de 30 ans ou plus avaient une parodontite, et près de 60 % des 65 ans et plus. Ces chiffres américains ne se transposent pas tels quels à la France. Ils montrent surtout que la maladie des gencives est banale, souvent silencieuse, et qu’un contrôle annuel sert aussi à la dépister avant la mobilité dentaire.

Quand les gencives saignent, que les dents se déchaussent ou que mâcher devient difficile, l’alimentation se restreint et d’autres maladies chroniques deviennent plus dures à équilibrer. L’hygiène dentaire n’est pas un luxe esthétique. C’est un geste de prévention, au même titre que limiter le sucre et arrêter de fumer.

Brosse à dents avec dentifrice

Gingivite et parodontite, deux stades à ne pas confondre

La gingivite est une inflammation de la gencive encore limitée à la muqueuse. Une page de la Mayo Clinic révisée le 16 novembre 2023 précise qu’elle ne détruit pas l’os. Les gencives deviennent rouges, gonflées, sensibles, et saignent facilement au brossage ou au passage du fil. Une haleine persistante peut s’y ajouter. À ce stade, un nettoyage quotidien plus soigneux et un détartrage professionnel peuvent encore faire reculer les signes.

La parodontite commence quand l’inflammation gagne le ligament et l’os alvéolaire. Les textes des CDC mis à jour en 2024 la décrivent comme une atteinte chronique, avec perte osseuse. Elle ne « guérit » pas au sens d’un os qui reviendrait comme avant. Elle peut en revanche être ralentie et contrôlée. Sans soins, les dents se déchaussent, se déplacent, puis tombent. Carie et parodontite restent les deux grandes causes de perte dentaire.

Les bactéries de la plaque forment un film collant sur l’émail. Si vous ne la retirez pas, elle durcit en tartre, que la brosse n’enlève plus. Une poche se creuse alors entre la dent et la gencive. Un saignement n’est pas « normal parce que les gencives sont sensibles ». C’est souvent le premier signal visible.

  • Le tabagisme, le diabète et une hygiène insuffisante figurent parmi les principaux leviers cités par les CDC.
  • Certains médicaments assèchent la bouche et rendent la plaque plus agressive pour la gencive.
  • L’âge, le stress, une prédisposition familiale et des dents trop serrées compliquent le nettoyage.
  • La grossesse, la ménopause, une alimentation pauvre et un surplus de poids fragilisent aussi les gencives.

Chez l’adulte, le tableau est presque toujours celui d’une plaque mal contrôlée, parfois aggravée par le tabac ou un diabète mal équilibré. Une parodontite généralisée chez un enfant prépubère peut, selon l’American Dental Association (page de septembre 2023), signaler une maladie générale et justifie un avis médical, sans retarder le soin local.

Comment l’inflammation de la bouche gagne le reste du corps

Deux pistes expliquent les liens observés entre la bouche et d’autres organes, résume l’ADA (2023). D’une part, une inflammation chronique des gencives élève des marqueurs inflammatoires dans le sang et ajoute une charge à l’ensemble du corps. D’autre part, la bouche sert de réservoir à des bactéries capables de passer dans la circulation, surtout quand les gencives saignent.

Ce passage n’est pas une fiction de laboratoire. Un brossage trop brusque, un détartrage ou simplement une gencive ulcérée peuvent laisser entrer des microbes. La Mayo Clinic note que des bactéries impliquées dans la parodontite peuvent gagner le sang via le tissu gingival et, peut-être, le cœur, les poumons ou d’autres organes. Elle ajoute que davantage d’études sont nécessaires pour confirmer le lien. Autrement dit, le mécanisme est plausible. Il n’autorise pas à dire que « la bouche sale cause l’infarctus ».

Beaucoup de personnes cumulent les deux maladies pour les mêmes raisons. Tabac, alimentation déséquilibrée, diabète, âge et précarité pèsent à la fois sur les gencives et sur les artères. Une association statistique peut donc refléter un terrain commun, et non une flèche unique de la poche parodontale vers le myocarde. L’ADA insiste sur ce point. Même lorsque les études ajustent les facteurs de confusion, la causalité reste difficile à établir.

Réduire la plaque diminue l’inflammation locale, limite le saignement et préserve les dents. Ce n’est pas une raison de présenter le fil dentaire comme un médicament cardiovasculaire. C’est une raison de traiter une gingivite tôt, pendant qu’elle est encore réversible.

Parodontite et maladies du cœur, association sans preuve de cause

Les personnes atteintes de parodontite ont, en moyenne, plus d’événements cardiovasculaires que les autres. La déclaration Lockhart de l’American Heart Association, en 2012, concluait déjà à une association indépendante des facteurs connus, sans relation de cause à effet démontrée, et sans preuve que soigner les gencives changeait le pronostic vasculaire.

La mise à jour signée Tran et coll., publiée le 16 décembre 2025 dans Circulation (volume 2026), élargit le dossier. Les études d’observation, les essais sur des marqueurs intermédiaires et les analyses de randomisation mendélienne se sont multipliés. Le constat central n’a pas basculé. L’association tient. La causalité n’est pas établie. L’effet du traitement parodontal sur les infarctus, les AVC et les décès cardiovasculaires reste non concluant.

Soigner une parodontite améliore souvent des mesures intermédiaires. La déclaration 2025 cite la pression artérielle, le cholestérol HDL et des marqueurs inflammatoires. Les améliorer n’équivaut pas à prévenir un infarctus par le détartrage. Les essais d’intervention résumés dans ce texte n’ont pas tranché la question des événements cliniques.

Deux voies restent discutées. Une bactériémie et une possible atteinte de la paroi vasculaire d’un côté, une inflammation chronique de l’autre. Des bactéries parodontales apparaissent dans certains prélèvements d’athérome. Cela nourrit l’hypothèse. Cela ne prouve pas qu’un surfaçage arrête une plaque déjà constituée.

Pour le lecteur, la conduite reste claire. Des gencives qui saignent, gonflent ou se rétractent méritent un examen dentaire, surtout en cas de diabète, d’hypertension ou de tabagisme. Signaler au dentiste un antécédent cardiaque, un stent ou un anticoagulant évite les mauvaises surprises lors d’un soin sanglant. Le traitement des gencives s’ajoute au suivi cardiologique. Il ne le remplace pas.

Diabète et gencives, un lien dans les deux sens

Ici, le dossier est plus consistant que pour le cœur. L’hyperglycémie affaiblit les globules blancs, assèche la bouche et nourrit les bactéries de la plaque, écrivent les CDC (2024). Les gencives saignent plus, les infections durent plus longtemps, et la parodontite est plus grave. Inversement, une parodontite active rend le diabète plus difficile à équilibrer. Les deux maladies s’entretiennent.

Une méta-analyse de cohortes menée par Stöhr, Barbaresko, Neuenschwander et Schlesinger, publiée le 1er juillet 2021 dans Scientific Reports, a chiffré les deux directions. Chez les personnes avec parodontite, le risque de diabète incident était multiplié par 1,26 (intervalle 1,12 à 1,41), sur plus de 400 000 participants. Chez les personnes diabétiques, le risque de parodontite incidente était multiplié par 1,24 (1,13 à 1,37). La certitude des preuves a été jugée modérée, avec une hétérogénéité élevée selon la façon de diagnostiquer les deux maladies.

Le volet thérapeutique pèse davantage. La revue Cochrane de Simpson, Clarkson, Worthington et coll. (14 avril 2022) a regroupé 35 essais et 3 249 personnes, presque toutes diabétiques de type 2. Un traitement parodontal avec instrumentation sous-gingivale abaissait l’HbA1c de 0,43 % (4,7 mmol/mol) à 3 à 4 mois, et de 0,30 % (3,3 mmol/mol) à 6 mois, avec une certitude modérée. Les auteurs estiment cet effet cliniquement pertinent. Ils ne promettent pas une « guérison » du diabète par le dentiste.

Les CDC conseillent donc d’avertir le dentiste du diabète, de se brosser au moins deux fois par jour avec un dentifrice fluoré, de passer le fil une fois par jour, et de consulter si les gencives sont rouges, gonflées ou saignent. Un diabète bien équilibré réduit le risque de parodontite. Un détartrage plus fréquent qu’une fois l’an peut être utile. La fréquence exacte se discute avec le chirurgien-dentiste, selon le contrôle glycémique et l’état des poches, dans le cadre des pratiques françaises.

Mémoire, démence et santé des gencives

Le lien avec la maladie d’Alzheimer a beaucoup circulé, souvent à partir d’études petites et anciennes. Les données plus récentes restent prudentes. Une revue systématique et méta-analyse d’études longitudinales d’Asher, Stephen, Mäntylä, Suominen et Solomon, parue en septembre 2022 dans le Journal of the American Geriatrics Society, a regroupé 47 travaux. Une mauvaise santé parodontale (parodontite, poches profondes, perte osseuse ou perte de dents) s’associait à un déclin cognitif (rapport de cotes 1,23) et à une démence (rapport de risques 1,21).

Les auteurs soulignent que la qualité globale des preuves est faible, et qu’une causalité inverse explique une partie du signal. Une personne qui oublie de se brosser, qui ne va plus chez le dentiste ou qui s’alimente moins bien à cause d’un début de démence accumule plaque et pertes dentaires. La bouche malade peut alors précéder le diagnostic cognitif sans l’avoir causé. Extraire de ces chiffres un « risque multiplié par neuf » n’est pas loyal.

L’ADA liste Alzheimer et démence parmi les affections associées à la santé orale. Association n’est pas preuve d’infection cérébrale. Tant que des essais n’auront pas montré qu’un traitement parodontal ralentit le déclin, le geste raisonnable reste de préserver les dents pour mâcher et s’alimenter, pas de vendre un bouclier contre la maladie d’Alzheimer.

Moins de salive, gencives qui se rétractent et médicaments asséchants rendent le brossage plus difficile avec l’âge. Un aidant, une brosse électrique, des brossettes et un contrôle même en cas de prothèse complète restent utiles pour garder une bouche indolore.

Illustration montrant l'emplacement du pancréas

Grossesse, tabac et autres situations à risque

Pendant la grossesse, les hormones rendent la gencive plus réactive à la plaque. Les CDC (2024) estiment qu’environ 60 à 75 % des femmes enceintes ont une gingivite. Si elle n’est pas traitée, l’os peut être atteint. La parodontite a été associée à la prématurité et au petit poids de naissance, sans mécanisme entièrement élucidé. Ce n’est pas une raison de reporter les soins. Les CDC indiquent que les soins dentaires sont sûrs et importants pendant la grossesse.

Le tabac reste, avec le diabète, le facteur qui pèse le plus sur les gencives. Il masque parfois le saignement, ce qui retarde le diagnostic, et il ralentit la cicatrisation après un surfaçage. Arrêter de fumer améliore les chances du traitement parodontal. Un contrôle pendant la grossesse reste un objectif raisonnable, surtout en cas de saignement ou de douleur. Le médecin, la sage-femme ou le dentiste indiquent la conduite adaptée en France.

  • Un diabète mal équilibré justifie des contrôles plus fréquents, surtout si les gencives saignent déjà.
  • La grossesse, le tabagisme actuel et une bouche sèche liée aux médicaments demandent la même vigilance.
  • Un antécédent de parodontite, une prothèse ou une difficulté à tenir la brosse changent aussi le rythme.

Une polyarthrite, une maladie cardiovasculaire ou un cancer en traitement peuvent aussi fragiliser la bouche, par l’inflammation, par les médicaments ou par la fatigue. L’ADA rappelle que plusieurs maladies générales rendent l’hygiène plus difficile. Le bon réflexe est d’apporter au dentiste la liste des traitements, y compris anticoagulants et immunosuppresseurs, plutôt que de cacher une maladie « parce que ce n’est pas une affaire de dents ».

Brossage, fluor et espaces interdentaires

Le geste de base n’a pas changé. Brosser deux minutes, deux fois par jour, avec un dentifrice fluoré, et nettoyer entre les dents une fois par jour. La Mayo Clinic (2023) situe le brossage le matin et avant le coucher, et le fil au moins une fois par jour, de préférence avant la brosse pour emporter les débris. Les CDC (2024) reprennent le même rythme et un contrôle au moins annuel, plus souvent si le professionnel le juge utile.

Le National Health Service britannique insiste sur un point de technique. Recracher le dentifrice, sans rincer tout de suite à grande eau, laisse le fluor sur l’émail. Enchaîner avec un bain de bouche, même fluoré, juste après le brossage, dilue le même fluor. Le bain de bouche se place à un autre moment, par exemple après le déjeuner, sans manger ni boire pendant une demi-heure. Ces conseils valent pour le Royaume-Uni. Le chirurgien-dentiste ou le pharmacien indiqueront le produit et le rythme adaptés en France.

Le NHS demande aux adultes un dentifrice d’au moins 1 350 ppm de fluorure. Les enfants de 3 à 6 ans utilisent une noisette. Avant 3 ans, une trace suffit, avec au moins 1 000 ppm s’il n’y a pas encore de carie, ou un dentifrice familial de 1 350 à 1 500 ppm. Un adulte surveille pour que l’enfant n’avale pas le tube. En France, le dosage s’inscrit sur l’emballage. En cas de doute, le pharmacien lit le chiffre avec vous.

Brosse manuelle ou électrique, le NHS les juge équivalentes si toutes les faces sont nettoyées. Certaines personnes trouvent l’électrique plus simple. Une petite tête, des poils souples ou moyens, et des mouvements courts le long de la gencive valent mieux qu’un sciage horizontal violent. Pour les espaces, fil, brossettes interdentaires ou jet d’eau selon l’avis du professionnel. Les cure-dents en bois ne sont pas conseillés par le NHS, à cause du risque de blesser la gencive.

Limiter les aliments et boissons sucrés, boire de l’eau et ne pas fumer s’ajoutent au brossage. Le dentifrice fluoré reste le levier quotidien accessible, quel que soit le fluor naturellement présent dans l’eau du robinet.

Gencives qui saignent, quand voir le dentiste

Un saignement au brossage ou en mangeant un aliment dur n’est pas un détail. Le NHS demande de consulter dans ce cas, ainsi que pour des gencives douloureuses et gonflées, une mauvaise haleine persistante, ou des gencives d’enfant qui saignent. Attendre que ça « se fasse à la gencive » laisse souvent progresser une gingivite vers une parodontite.

La Mayo Clinic conseille de prendre rendez-vous dès les premiers signes de gingivite, parce que le stade précoce se rattrape encore. Un contrôle tous les 6 à 12 mois suffit souvent. En cas de sécheresse buccale, de tabac ou de médicaments à effet buccal, le rythme se resserre. Une radiographie annuelle peut montrer une perte osseuse invisible à l’œil. Les CDC, pour les adultes américains, parlent d’au moins une visite par an.

Certains signes justifient un rendez-vous dentaire urgent plutôt qu’un report de plusieurs semaines. Le NHS cite des gencives très douloureuses et gonflées, des dents qui se déchaussent, des ulcérations ou plaques rouges, une boule dans la bouche ou sur la lèvre. Une fièvre, une joue qui gonfle, une difficulté à avaler ou à ouvrir la bouche, un malaise général orientent vers une urgence médicale. En France, composez le 15 (SAMU) ou le 112.

Signe Ce que cela peut indiquer Conduite
Saignement au brossage ou sur un aliment dur Gingivite, parfois début de parodontite Rendez-vous dentaire, sans attendre la douleur
Gencives rouges, gonflées, haleine qui reste Inflammation persistante, plaque ou tartre Examen et détartrage, revoir la technique de brossage
Dents qui bougent, espaces qui s’ouvrent Parodontite avec perte de soutien osseux Soins parodontaux, parfois avis d’un spécialiste
Ulcère, plaque rouge, boule de la lèvre ou de la bouche Lésion à faire voir rapidement Rendez-vous dentaire urgent
Joues gonflées, fièvre, gêne pour avaler Infection qui peut s’étendre 15 ou 112, puis relais dentaire

Entre deux visites, continuez un brossage doux. Un saignement qui apparaît au début du fil n’impose pas d’arrêter le nettoyage interdentaire. S’il persiste, le dentiste cherche la cause. Un abcès, une dent fêlée ou une gencive qui se rétracte ne se règlent pas avec un bain de bouche acheté en grande surface.

Ce que le traitement parodontal change, et ce qu’il ne change pas

Le premier palier, pour une gingivite, est encore à la maison et au cabinet. Conseil d’hygiène, arrêt du tabac, détartrage. Pour une parodontite, les CDC décrivent un surfaçage (nettoyage profond des racines), parfois un médicament local ou un bain de bouche prescrit, parfois une chirurgie. Rien de tout cela ne dispense du brossage quotidien. Sans plaque contrôlée, les poches se recolonisent.

Sur le diabète, le bénéfice du traitement non chirurgical est désormais mieux étayé. La revue Cochrane 2022, certitude modérée, montre une baisse d’HbA1c de l’ordre de 0,3 à 0,4 point dans les mois qui suivent. Les CDC écrivent que traiter une maladie des gencives peut aider à faire baisser la glycémie avec le temps. C’est un argument pour intégrer le dentiste dans le parcours d’une personne diabétique, pas pour arrêter un hypoglycémiant.

Sur le cœur, l’ADA (2023) juge incorrect de laisser croire qu’un soin parodontal réduit à lui seul le risque d’une maladie générale. Un éditorial du Journal of the American Dental Association cité dans cette page rappelait dès 2013 que l’on ne peut pas dire aux patients que les infections parodontales causent une kyrielle de maladies hors de la bouche. La déclaration AHA de décembre 2025 n’a pas inversé cette ligne pour les infarctus et les AVC. Le traitement reste indiqué pour sauver des dents, calmer une inflammation et, chez la personne diabétique, gagner un peu sur l’HbA1c. Quand la pratique française diffère des textes américains ou britanniques, c’est le chirurgien-dentiste et le médecin traitant qui l’appliquent.

Questions fréquentes

Le bain de bouche remplace-t-il le fil dentaire ?

Non. Le bain de bouche n’enlève pas la plaque coincée entre les dents. Le NHS le situe plutôt comme un appoint fluoré, à un autre moment que le brossage. Fil ou brossettes restent le moyen de casser le film bactérien là où les poils ne passent pas. Un bain de bouche antiseptique prescrit après un soin ne s’improvise pas en routine permanente.

Faut-il rincer la bouche à l’eau après le brossage ?

Le NHS britannique demande de recracher le dentifrice et de ne pas rincer tout de suite, pour garder le fluor sur l’émail. Rincer dilue la concentration utile. En France, demandez à votre dentiste s’il reprend cette consigne. Dans tous les cas, un rinçage énergique immédiat après la brosse annule une partie de l’effet du dentifrice fluoré.

Une brosse électrique nettoie-t-elle mieux qu’une brosse manuelle ?

Pas nécessairement. Le NHS juge les deux comparables si toutes les faces de toutes les dents sont nettoyées pendant environ deux minutes. L’électrique aide surtout les personnes qui ont du mal à tenir un angle ou un chrono. Le fluor du dentifrice et le passage entre les dents pèsent davantage que la marque de la brosse.

La parodontite peut-elle disparaître toute seule ?

Non. Les CDC décrivent la parodontite comme irréversible sur le plan osseux, mais contrôlable. La gingivite, au contraire, peut encore régresser. Sans détartrage des poches et sans hygiène adaptée, l’inflammation continue, même si la douleur reste discrète. Un « calme » apparent n’est pas une guérison.

Le tartre se retire-t-il avec un dentifrice blanchissant ?

Non. Une fois la plaque durcie, seule une instrumentation professionnelle l’enlève, rappellent les CDC. Un dentifrice abrasif peut user l’émail sans décoller le tartre sous-gingival. Le rôle du dentifrice quotidien est surtout d’apporter du fluor et d’aider le brossage mécanique.

Les enfants doivent-ils utiliser le même dentifrice que les adultes ?

Souvent oui, si le taux de fluor convient. Le NHS accepte un dentifrice familial 1 350 à 1 500 ppm pour tous les âges, avec une quantité minime avant 3 ans et une noisette ensuite, sous surveillance pour éviter l’ingestion. Un dosage plus faible n’est envisagé que pour certains tout-petits sans carie. Le pharmacien ou le dentiste confirment le produit vendu en France.

Gros plan de la bouche

Conclusion

Les caries restent le visage le plus connu des maladies de la bouche. Le fardeau mondial dessiné par l’OMS en 2025, avec plus d’un milliard de parodontites graves, rappelle que les gencives pèsent autant, et plus longtemps, sur la mastication, le diabète et, de façon encore associative, sur le cœur et la cognition. La gingivite se rattrape. La parodontite se stabilise. Ni l’une ni l’autre ne se règlent par un rince-bouche miracle.

Si vos gencives saignent encore après une semaine de brossage soigneux de deux minutes, deux fois par jour, le geste utile n’est pas d’acheter un nouveau fil « plus technique ». C’est de faire mesurer les poches. Si vous vivez avec un diabète, dites-le au dentiste et demandez qu’un compte-rendu parte vers le médecin traitant. La baisse d’HbA1c observée après un surfaçage dans la revue Cochrane 2022 n’est pas spectaculaire. Elle est assez réelle pour valoir un rendez-vous.

Gardez le fluor sur les dents plutôt que de tout rincer d’un coup, passez chaque jour entre les dents, et ne reportez pas un soin pendant une grossesse. Pour un gonflement du visage, une fièvre ou une gêne à avaler, le 15 ou le 112 précèdent le dentifrice. Le reste du temps, une gencive qui saigne est déjà une raison suffisante de s’asseoir dans un fauteuil dentaire.

Sources

  1. WHO : Oral health. World Health Organization, 17 mars 2025.
  2. CDC : About Periodontal (Gum) Disease. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
  3. CDC : Oral Health and Diabetes. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
  4. CDC : Talking to Pregnant Women about Oral Health. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
  5. Oral-Systemic Health. American Dental Association, 11 septembre 2023.
  6. Tran AH, Zaidi AH et al. : Periodontal Disease and Atherosclerotic Cardiovascular Disease: A Scientific Statement From the American Heart Association. Circulation, 16 décembre 2025.
  7. Gingivitis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 16 novembre 2023.
  8. NHS : How to keep your teeth clean. National Health Service, 2026.
  9. NHS : Gum disease. National Health Service, 2026.
  10. Simpson TC, Clarkson JE et al. : Treatment of periodontitis for glycaemic control in people with diabetes mellitus. Cochrane Database of Systematic Reviews, 14 avril 2022.
  11. Stöhr J, Barbaresko J et al. : Bidirectional association between periodontal disease and diabetes mellitus: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. Scientific Reports, 1er juillet 2021.
  12. Asher S, Stephen R et al. : Periodontal health, cognitive decline, and dementia: A systematic review and meta-analysis of longitudinal studies. Journal of the American Geriatrics Society, 8 septembre 2022.
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