Ashwagandha : bienfaits, risques et quand consulter

Ashwagandha : bienfaits, risques et quand consulter

L’ashwagandha (Withania somnifera) peut modestement réduire le stress perçu et, dans une moindre mesure, améliorer le sommeil chez certains adultes, d’après des méta-analyses d’essais contre placebo. Elle ne remplace pas un traitement de l’anxiété, de l’insomnie ou d’une maladie organique, et rien n’établit un effet contre le cancer ou la maladie d’Alzheimer chez l’humain.

Le profil de risque a changé. La monographie LiverTox des NIH, mise à jour le 3 décembre 2024, classe l’herbe comme cause probable d’atteinte hépatique cliniquement visible, le plus souvent deux à douze semaines après le début. L’agence australienne des médicaments a publié le 22 février 2024 une alerte. Parmi douze signalements de troubles du foie, sept étaient assez documentés pour évoquer un lien, et quatre ont nécessité une hospitalisation.

Un groupe de travail de la World Federation of Societies of Biological Psychiatry et du CANMAT a recommandé en 2022, à titre provisoire, 300 à 600 mg par jour d’extrait de racine standardisé à 5 % de withanolides dans le trouble anxieux généralisé, sur trois essais totalisant 165 personnes. Une méta-analyse de 2021 (cinq essais, 400 adultes) trouve un effet petit sur le sommeil, plus net à partir de 600 mg pendant au moins huit semaines. La fiche professionnelle de l’Office of Dietary Supplements des NIH, actualisée le 2 mai 2025, rappelle que la tolérance au-delà d’environ trois mois n’est pas établie.

Qu’est-ce que l’ashwagandha et comment agit-elle ?

L’ashwagandha est un arbuste sempervirent cultivé en Asie, en Afrique et dans certaines régions d’Europe ; les compléments vendus en magasin sont le plus souvent des extraits de racine, parfois de feuille. Le nom sanskrit renvoie à l’odeur de la racine, comparée à celle d’un cheval mouillé ; on parle aussi de ginseng indien ou de cerise d’hiver, même si la plante n’appartient pas à la famille du ginseng.

Les constituants les plus souvent cités sont des lactones stéroïdiennes appelées withanolides, ainsi que des alcaloïdes. La fiche ODS des NIH souligne que d’autres fractions, hors withanolides, pourraient contribuer aux effets observés chez l’animal ; on ne peut donc pas réduire la plante à un seul marqueur. Le Memorial Sloan Kettering Cancer Center attribue une partie de l’effet calmant à une influence sur les récepteurs GABA, d’après des données précliniques, sans que le mécanisme soit démontré chez l’humain.

Dans la médecine ayurvédique, la racine entre dans des préparations destinées au stress, à la fatigue et à l’entretien général. Les gélules et extraits liquides sont surtout promus pour le stress, le sommeil, la fertilité masculine et le sport. Le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH) note que la plante a aussi été avancée contre la COVID-19, sans preuve de qualité suffisante.

Les extraits ne sont pas interchangeables. Racine seule, mélange racine-feuille, teneur en withanolides, solvants d’extraction et marques commerciales (KSM-66, Shoden, Sensoril et d’autres) varient d’un essai à l’autre. C’est l’une des raisons pour lesquelles une dose « unique » ne se déduit pas des études. Aux États-Unis, ces produits relèvent des compléments alimentaires, et la Food and Drug Administration (FDA) ne les autorise pas avant commercialisation, point rappelé par le NCCIH. En France, le cadre n’est pas le même, et seul le pharmacien ou le médecin peut relier le produit aux règles locales.

Illustration des bienfaits de l'ashwagandha

L’ashwagandha réduit-elle vraiment le stress et l’anxiété ?

Chez l’adulte stressé, plusieurs essais contre placebo montrent une baisse du stress perçu et, souvent, du cortisol ; l’effet sur l’anxiété diagnostiquée reste plus controversé. Le NCCIH, page mise à jour en mars 2023, juge que certaines préparations « peuvent » aider dans l’insomnie et le stress, tout en classant encore les données sur l’anxiété comme peu claires.

La synthèse la plus détaillée côté NIH se trouve dans la fiche ODS du 2 mai 2025. Une revue de 2021 y est résumée, avec sept essais indiens, 491 adultes, six à huit semaines, et des doses d’extrait de 240 à 1 250 mg par jour (ou 12 g de granules de racine dans un essai). Dans l’ensemble, le stress et l’anxiété auto-évalués baissaient davantage sous ashwagandha que sous placebo, de même que le cortisol sérique ; l’insomnie et la fatigue suivaient parfois le même mouvement. Dans plusieurs de ces études, l’écart paraissait plus net entre 500 et 600 mg par jour qu’à dose plus basse.

Deux méta-analyses confirment la direction, avec une certitude faible. Celle d’Akhgarjand et collègues (2022) regroupe 12 essais randomisés et 1 002 adultes, avec une différence moyenne standardisée de −1,55 sur l’anxiété et de −1,75 sur le stress, une hétérogénéité très élevée et une certitude des preuves jugée basse. La courbe dose-réponse pour le stress se concentrait autour de 300 à 600 mg par jour. En 2024, Arumugam et collègues ont regroupé neuf essais (558 patients) et observé environ 4,7 points de moins sur l’échelle de stress perçu (PSS), 2,2 points de moins sur l’échelle de Hamilton pour l’anxiété, et une baisse du cortisol sérique (différence moyenne −2,58) par rapport au placebo. Quatre essais rapportaient des événements indésirables légers à modérés.

La recommandation clinique la plus précise n’est pas américaine. En 2022, la taskforce WFSBP/CANMAT a recommandé à titre provisoire 300 à 600 mg par jour d’extrait de racine standardisé à 5 % de withanolides, en monothérapie ou en complément des soins habituels, dans le trouble anxieux généralisé. L’avis repose sur trois essais statistiquement positifs, soit 165 participants ; les auteurs demandent un essai plus large avant une recommandation plus ferme. Ce n’est pas une équivalence avec un anxiolytique de prescription, et le NCCIH n’a pas adopté le même niveau d’appui.

Rien dans ces chiffres ne justifie d’arrêter un traitement déjà prescrit. Les essais sont courts, souvent indiens, parfois financés par des fabricants, et les extraits diffèrent. Une baisse d’échelle n’est pas une guérison. Si l’anxiété empêche de travailler, de dormir ou s’accompagne d’idées noires, le recours reste le médecin traitant, pas une gélule achetée en ligne.

Que montrent les essais sur le sommeil ?

L’extrait d’ashwagandha a un effet petit mais mesurable sur le sommeil global, plus visible chez les personnes insomniaques, à partir d’environ 600 mg par jour et d’au moins huit semaines. C’est le résultat de la méta-analyse de Cheah et collègues, publiée le 24 septembre 2021 dans PLoS One, à partir de cinq essais randomisés et 400 adultes, avec une différence moyenne standardisée de −0,59 (intervalle de confiance à 95 % −0,75 à −0,42) et une hétérogénéité modérée.

Les bénéfices portaient à la fois sur la quantité et sur la qualité (endormissement, efficacité du sommeil, temps total). La vigilance au réveil et les scores d’anxiété s’amélioraient aussi dans les sous-groupes qui les mesuraient ; la qualité de vie, elle, ne bougeait pas de façon significative. Aucun effet indésirable grave n’était rapporté dans ces cinq essais, ce qui ne dit rien d’une prise de plusieurs mois.

La fiche ODS relie ce tableau à des essais concrets. Dans un protocole indien de six semaines, 150 adultes se plaignant d’un sommeil non réparateur recevaient un extrait racine-feuille (Shoden) ou un placebo, et l’amélioration de la qualité du sommeil était de 72 % contre 29 %. Un autre essai de huit semaines (extrait de racine KSM-66, 600 mg par jour) montrait, surtout chez les participants insomniaques, un meilleur endormissement et une moindre anxiété perçue. Le NCCIH en déduit que « certaines préparations » peuvent aider dans l’insomnie, tout en maintenant l’incertitude sur l’anxiété.

L’ashwagandha n’agit pas comme un somnifère d’endormissement immédiat. Un texte de la Mayo Clinic (22 août 2023) précise qu’elle ne semble pas rendre somnolent de façon directe ; l’effet sommeil passerait plutôt par la baisse du stress et de l’anxiété. Ce n’est donc pas un produit à prendre « au coucher en cas d’insomnie ponctuelle », à la manière d’un hypnotique, et la somnolence diurne reste un effet indésirable possible.

Les données sur les effets indésirables graves, soulignent Cheah et collègues, sont trop minces pour juger d’un usage prolongé. Huit semaines d’essai ne valident pas six mois de gélules quotidiennes. Si l’insomnie dure, les premières lignes restent l’hygiène de sommeil et, si besoin, une prise en charge validée (thérapie cognitivo-comportementale, traitement du facteur médical), pas un complément.

Testostérone, fertilité masculine et effort physique

Des signaux existent chez l’homme sur la testostérone et la qualité du sperme, sur deux à quatre mois, avec un niveau de preuve encore limité. Le NCCIH formule exactement cette réserve. Rien n’autorise à présenter l’ashwagandha comme un traitement de l’hypogonadisme ou de l’infertilité.

La fiche ODS cite des essais dans lesquels la testostérone a augmenté chez certains hommes, et d’autres où la différence n’était pas statistiquement nette. Les populations sont hétérogènes (hommes en surpoids fatigués, jeunes sportifs, hommes infertiles, petits effectifs mixtes). Une hausse de quelques pourcents dans un essai de huit semaines n’équivaut pas à une hormonothérapie, et elle n’est pas anodine si un cancer de la prostate hormonodépendant est en cause.

Côté sport, le marketing va plus vite que les agences. Le NCCIH estime qu’il n’y a pas assez de données pour juger de la performance athlétique, pas plus que de la cognition, du diabète, de la ménopause ou de l’infertilité féminine. Quelques essais ont exploré la force ou l’endurance, souvent sur de petits groupes et des extraits propriétaires ; on ne peut pas en tirer un protocole d’entraînement.

Parce que la testostérone peut augmenter, le NCCIH et le Memorial Sloan Kettering déconseillent l’usage en cas de cancer de la prostate hormonodépendant. Toute personne suivie pour un cancer urologique doit en parler à l’oncologue avant d’ouvrir une boîte, y compris si le produit est présenté comme « naturel ». Les données sur la fertilité féminine et la ménopause restent insuffisantes, d’après le NCCIH.

Arthrite, mémoire et cancer, ce que les études ne montrent pas

Pour l’arthrite, le cœur, la mémoire, Alzheimer et le cancer, les preuves humaines utiles au lecteur restent insuffisantes. Le NCCIH le dit d’une phrase, il n’y a pas assez de données pour juger d’un bénéfice dans ces indications. Les pages grand public qui alignent polyarthrite, cholestérol, tumeurs et neurodégénérescence collent encore à des travaux animaux ou à des essais trop faibles.

Le Memorial Sloan Kettering résume le dossier cancer sans ambiguïté. Des études de laboratoire montrent un ralentissement de lignées tumorales, mais cet effet n’a pas été observé chez l’humain. Des données préliminaires portent sur la fatigue liée à la chimiothérapie dans le cancer du sein, ce qui n’est pas un effet antitumoral. Prendre de l’ashwagandha à la place d’un traitement oncologique, ou sans en informer l’équipe, expose à un retard de soins et à des interactions (sédation, thyroïde, greffe, hormonothérapie).

Le même écart sépare la mémoire du mythe. Des modèles animaux de maladies de Parkinson, Huntington ou Alzheimer ont été cités pendant des années ; ils ne démontrent pas une protection chez la personne malade. Le NCCIH classe la fonction cognitive parmi les domaines sans preuve suffisante. Un complément ne remplace ni le bilan d’un trouble mnésique, ni les mesures qui ont un effet (contrôle tensionnel, sommeil, activité physique, traitement d’une dépression).

Pour les articulations, le Memorial Sloan Kettering mentionne quelques essais d’orientation antalgique ou anti-inflammatoire, notamment sur la douleur de genou. Cela ne constitue pas une alternative aux traitements de fond de la polyarthrite rhumatoïde. Un essai indien non randomisé avait même associé la poudre d’ashwagandha à une préparation contenant du mercure. Ce n’est pas un modèle à imiter, et ce n’est pas une preuve d’efficacité isolée.

Le tableau ci-dessous recadre les usages les plus vendus. Les chiffres viennent des sources ci-dessus, pas d’un consensus français.

Usage souvent annoncé Ce que montrent les données humaines Source
Stress perçu Baisse versus placebo dans des méta-analyses, certitude faible Akhgarjand 2022, ODS 2025
Anxiété / trouble anxieux généralisé Recommandation provisoire WFSBP 2022 (3 essais, 165 personnes) ; le NCCIH 2023 reste prudent Sarris 2022, NCCIH 2023
Sommeil Effet petit ; plus net si insomnie, ≥ 600 mg/j, ≥ 8 semaines Cheah 2021
Testostérone / sperme Signal limité sur 2 à 4 mois, pas un traitement de l’infertilité NCCIH 2023
Performance sportive Preuves insuffisantes selon le NCCIH NCCIH 2023
Cancer, Alzheimer, arthrite Données humaines insuffisantes ; cancer surtout de laboratoire NCCIH 2023, MSKCC

Quelle dose et sous quelle forme ?

Il n’existe pas de dose officielle unique ; les essais d’anxiété et de stress se concentrent souvent entre 300 et 600 mg d’extrait de racine par jour, et le sommeil a été mieux étudié autour de 600 mg pendant au moins huit semaines. Ces fourchettes décrivent ce qui a été testé, pas une posologie française ni une dose sans risque.

La taskforce WFSBP/CANMAT de 2022 retient 300 à 600 mg par jour d’extrait de racine standardisé à 5 % de withanolides dans le trouble anxieux généralisé, à titre provisoire. La Cleveland Clinic (31 juillet 2025) conseille de ne pas dépasser 500 mg deux fois par jour, sauf avis d’un soignant compétent. Un texte Mayo Clinic du 22 août 2023 situe le maximum vers 1 000 mg par jour, avec au moins 6 mg de withanolides, et juge cette dose raisonnable pendant au moins trois mois. L’ODS note que, dans plusieurs essais de stress, 500 à 600 mg paraissaient plus efficaces que des doses plus basses.

La durée pèse autant que le milligramme. Le NCCIH et l’ODS s’accordent sur une fenêtre courte, dans laquelle la plante « peut » être bien tolérée jusqu’à environ trois mois, sans conclusion au-delà. La Cleveland Clinic évoque une tolérance habituelle de trois à six mois, tout en reconnaissant que la sécurité au long cours n’est pas bien étudiée. Ces durées se recoupent en partie, et la référence institutionnelle la plus prudente reste celle des NIH (trois mois).

Les formes commerciales (gélules, poudres, gommes, extraits liquides) ne sont pas équivalentes à la poudre de racine brute des textes anciens. Un essai ODS cite 12 g de granules, soit l’équivalent de 6 g de poudre, ce qui n’est pas la même chose qu’une gélule à 300 mg d’extrait. La Cleveland Clinic recommande un produit contrôlé par un tiers (USP, NSF ou laboratoire indépendant comparable), parce que la substitution d’espèce et les mélanges mal étiquetés existent. En France, le pharmacien reste le meilleur filtre avant un achat en ligne non tracé.

Aucune de ces doses n’a été validée chez l’enfant, la femme enceinte ou la personne atteinte d’une maladie du foie. L’ODS rapporte que le Danemark a interdit l’ashwagandha dans les compléments en 2023, et que l’Anses a rendu en 2024 un avis défavorable pour la grossesse, l’allaitement et certains troubles endocriniens. Ces décisions nationales ne se recopient pas telles quelles ; elles montrent que plusieurs agences refusent de fixer une dose sans risque.

Effets indésirables, foie et interactions médicamenteuses

Les effets fréquents sont digestifs et neurologiques discrets, notamment selles molles, nausées, somnolence et maux de tête. L’effet rare qui a fait changer les alertes, c’est l’atteinte du foie. Le NCCIH et l’ODS la mentionnent explicitement ; LiverTox et la TGA en précisent le calendrier et la gravité.

Le tableau typique décrit par LiverTox (3 décembre 2024) survient deux à douze semaines après le début, sous forme de cholestase ou d’atteinte mixte, avec jaunisse et prurit. Les traits immunoallergiques ou auto-immuns sont peu marqués. La jaunisse peut durer, puis l’évolution est le plus souvent spontanément favorable un à quatre mois après l’arrêt. Le score de vraisemblance est B (cause probable). Des cas mortels ou ayant nécessité une greffe ont été décrits, surtout en cas de cirrhose ou de maladie chronique avancée. Il ne faut pas réintroduire le même produit.

L’alerte TGA du 22 février 2024 ajoute un autre tableau, plus brutal, avec nausées, vomissements et diarrhée parfois dès une ou deux prises, assez graves pour que seize dossiers aient justifié une hospitalisation, parfois pris au début pour une toxi-infection alimentaire. Pour le foie, l’agence australienne avait recensé douze signalements au 5 février 2024 ; sept étaient assez complets pour évoquer une atteinte liée à Withania somnifera, dont quatre sans autre ingrédient plausible, et quatre hospitalisations. La consigne de la TGA est nette. Il faut éviter le produit en cas de maladie du foie actuelle ou ancienne.

Les interactions listées par le NCCIH concernent les médicaments du diabète et de la tension, les immunosuppresseurs, les sédatifs, les antiépileptiques et les hormones thyroïdiennes. Le Memorial Sloan Kettering insiste sur l’addition possible avec benzodiazépines, barbituriques et anticonvulsivants, via un effet GABAergique encore surtout préclinique. Après une greffe, un rejet associé à l’ashwagandha a été publié. Toute personne sous traitement chronique a intérêt à poser la boîte sur le comptoir du pharmacien avant le premier comprimé.

Quelques points concrets aident à réduire le risque, sans l’annuler.

  • Signalez chaque complément, y compris « déstressant » ou « sommeil », au médecin et au pharmacien, car l’étiquette commerciale ne dit pas les interactions.
  • Arrêtez le produit dès des selles liquides violentes, des vomissements répétés ou une douleur de l’hypocondre droit, puis faites évaluer la situation.
  • N’achetez pas un mélange multi-plantes importé sans numéro de lot lisible, car la TGA a aussi vu des produits achetés en ligne hors circuit régulé.
  • Gardez la boîte, car en cas d’ictère le nom exact, le dosage et le lot servent au diagnostic d’hépatite toxique.

Grossesse, thyroïde et maladies auto-immunes

L’ashwagandha est à éviter pendant la grossesse et l’allaitement, et elle n’est pas recommandée en cas de maladie thyroïdienne, de maladie auto-immune, ni à l’approche d’une chirurgie. Le NCCIH aligne ces contre-indications sur une même page. Le Memorial Sloan Kettering ajoute un risque accru de fausse couche à dose élevée.

La thyroïde n’est pas un sujet théorique. L’ODS cite un petit essai dans l’hypothyroïdie fruste (300 mg deux fois par jour pendant huit semaines) où la TSH baissait et les T3/T4 montaient par rapport au placebo, ainsi que des hausses modestes de T4 chez des hommes. Trois observations de thyréotoxicose chez des femmes, réversibles à l’arrêt, figurent dans la même fiche. La Cleveland Clinic déconseille le produit en cas d’hyperthyroïdie, d’hypothyroïdie ou de bilan « limite ». Un traitement par lévothyroxine peut donc nécessiter une surveillance rapprochée, ou plus simplement l’abstention.

Les maladies auto-immunes (polyarthrite, lupus, Hashimoto, sclérose en plaques, entre autres) figurent dans la liste NCCIH des situations où l’herbe n’est pas recommandée, parce qu’elle peut stimuler l’immunité. Après une greffe, l’enjeu est inverse et tout aussi sérieux, car le produit peut contrarier un immunosuppresseur. Dans les deux cas, « naturel » ne veut pas dire compatible.

La grossesse concentre les incertitudes les plus lourdes. L’ODS rappelle qu’une tradition d’usage abortif a été invoquée, que le Danemark a interdit l’ashwagandha dans les compléments en 2023, et que l’Anses a recommandé en 2024 de ne pas l’utiliser chez la femme enceinte ou qui allaite, ni en cas de trouble endocrinien. L’American Herbal Pharmacopoeia conteste la lecture abortive de sa propre monographie. Le désaccord existe, et c’est précisément une raison de s’abstenir plutôt que de trancher seul. Chez l’enfant et l’adolescent, les essais utiles manquent ; l’ODS relaie des avis d’agences qui déconseillent aussi cette tranche d’âge.

Avant une anesthésie, le NCCIH déconseille l’ashwagandha. La somnolence, l’effet GABAergique possible et les interactions avec les sédatifs suffisent à en parler à l’anesthésiste, comme pour n’importe quel complément. Un arrêt plusieurs jours avant le geste se discute au cas par cas, ce n’est pas une règle que l’on peut copier depuis une page américaine.

Signes d’alerte qui doivent faire consulter

Jaunisse, urines foncées, prurit, douleur abdominale, fatigue inhabituelle ou vomissements persistants imposent d’arrêter le complément et de voir un médecin sans attendre le « petit bilan » du mois suivant. La TGA et LiverTox décrivent ces signes comme le mode d’entrée habituel de l’atteinte hépatique. Une diarrhée brutale ou des vomissements répétés dès les premières prises relèvent d’un autre mécanisme, mais la conduite est la même. On arrête et on se fait examiner.

Les signes thyroïdiens (palpitations, tremblements, sueurs, amaigrissement, nervosité inhabituelle) justifient aussi un avis, surtout si un traitement thyroïdien est déjà en cours. À l’inverse, une somnolence excessive, des chutes ou une confusion chez une personne âgée sous somnifère ou anxiolytique font craindre une addition sédative. Le cancer de la prostate hormonodépendant, une greffe, une maladie auto-immune évolutive ou une cirrhose connue ne sont pas des contextes d’automédication.

Le tableau suivant reprend des seuils concrets, tirés des alertes TGA, de LiverTox et des contre-indications NCCIH. Il ne remplace pas un examen clinique.

Signe ou situation Conduite
Peau ou yeux jaunes, urines foncées, prurit Arrêter le produit et consulter le jour même
Nausées, vomissements, douleur abdominale, perte d’appétit, fatigue marquée Arrêter et voir un médecin, qui pourra prescrire un bilan hépatique
Vomissements violents ou diarrhée brutale dès une ou deux prises Arrêter ; ce tableau n’est pas forcément une hépatite, mais il doit être évalué
Palpitations, tremblements, sueurs, amaigrissement Consulter (effet thyroïdien possible)
Ictère avec somnolence, confusion, vomissements incoercibles Appeler le 15 ou le 112
Grossesse découverte pendant la prise, allaitement, maladie du foie connue Arrêter et en parler au médecin ou à la sage-femme

Apporter la boîte au rendez-vous accélère le diagnostic. Le nom de l’extrait, la dose, la date de début et la liste des médicaments (y compris un autre « complexe sommeil ») sont les informations que le médecin ou le pharmacien utilisera. En cas de doute sur la gravité, le 15 (SAMU) ou le 112 reste le numéro utile en France ; une hépatite aiguë avec troubles de conscience n’attend pas un créneau de maison de santé.

Questions fréquentes

L’ashwagandha fait-elle baisser le cortisol ?

Dans plusieurs essais contre placebo, le cortisol sérique a baissé davantage sous extrait que sous placebo, comme le résument l’ODS (2025) et la méta-analyse d’Arumugam (2024). Une baisse de cortisol de laboratoire n’est pas, à elle seule, une preuve que le stress du quotidien a disparu. Les scores de stress perçu baissent souvent en parallèle, avec une certitude encore faible.

Peut-on en prendre tous les soirs pour dormir ?

Les essais sommeil durent six à douze semaines, pas des années, et l’effet est petit, plus net à partir de 600 mg et de huit semaines chez des personnes insomniaques (Cheah, 2021). Ce n’est pas un hypnotique à prendre « au besoin » le soir. Au-delà d’environ trois mois, le NCCIH et l’ODS considèrent que la sécurité n’est pas établie.

L’ashwagandha est-elle dangereuse pour le foie ?

Une atteinte hépatique cliniquement visible est rare mais documentée, en général deux à douze semaines après le début, sous forme cholestatique ou mixte (LiverTox, 2024). La TGA a recensé, au début de 2024, sept dossiers australiens assez complets pour évoquer un lien, dont quatre hospitalisations. En cas de maladie du foie, actuelle ou ancienne, le produit est à éviter.

Peut-on la combiner avec un anxiolytique ou un somnifère ?

Le NCCIH signale une interaction possible avec les sédatifs, et le Memorial Sloan Kettering avec les benzodiazépines, barbituriques et anticonvulsivants. L’addition peut majorer la somnolence, les chutes et la confusion. La décision n’appartient pas à la notice du site marchand, elle se prend avec le prescripteur.

Existe-t-il une posologie officielle en France ?

Aucune dose sans risque n’a été fixée par une agence que l’on puisse citer ici comme norme française. Les fourchettes 300 à 600 mg (WFSBP/CANMAT, 2022) et « pas plus de 500 mg deux fois par jour » (Cleveland Clinic, 2025) décrivent des usages étudiés ou des conseils de cliniques américaines. Le pharmacien applique le cadre local et l’étiquetage du produit précis.

L’ashwagandha soigne-t-elle le cancer ?

Non. Le Memorial Sloan Kettering indique que des lignées tumorales ralentissent en laboratoire, sans que cet effet ait été observé chez l’humain. Le NCCIH range le cancer parmi les indications sans preuve suffisante. Un complément ne remplace ni une chimiothérapie, ni une surveillance oncologique.

Conclusion

Les essais les plus solides concernent le stress perçu et, de façon plus modeste, le sommeil. Même là, la certitude reste faible, les extraits ne sont pas superposables, et une recommandation provisoire de 2022 pour le trouble anxieux généralisé repose sur 165 personnes. Cancer, Alzheimer, arthrite et « équivalent d’anxiolytique » ne tiennent pas, à ce jour, comme des indications humaines.

Le changement utile pour la personne qui achète une boîte, c’est le calendrier de sécurité. Trois mois d’usage court, un bilan de contexte (thyroïde, foie, grossesse, greffe, cancer de la prostate, auto-immunité, sédatifs), et l’arrêt immédiat si la peau jaunit, si les urines foncent ou si des vomissements inhabituels apparaissent. L’alerte australienne de 2024 et la monographie LiverTox de décembre 2024 ont rendu ce réflexe plus net qu’une simple liste d’inconforts digestifs.

Avant d’ouvrir le flacon, le geste le plus concret est d’apporter au pharmacien la liste des médicaments et le nom exact de l’extrait, puis de demander si un dosage de TSH ou un bilan hépatique a un sens dans votre situation. Si un trouble anxieux ou une insomnie gênent déjà le travail ou la sécurité, c’est ce symptôme qu’il faut soigner en premier, avec le médecin traitant, plutôt que d’ajouter une plante dont la place, pour l’instant, reste celle d’un complément possible à court terme chez l’adulte sans contre-indication.

Sources

  1. Ashwagandha: Usefulness and Safety. National Center for Complementary and Integrative Health, mis à jour en mars 2023.
  2. Ashwagandha: Is it helpful for stress, anxiety, or sleep?. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 2 mai 2025.
  3. Ashwagandha – LiverTox – NCBI Bookshelf. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, 3 décembre 2024.
  4. Cheah KL, Norhayati MN, Husniati Yaacob L et al. : Effect of Ashwagandha (Withania somnifera) extract on sleep: A systematic review and meta-analysis. PLoS One, 24 septembre 2021.
  5. Akhgarjand C, Asoudeh F, Bagheri A et al. : Does Ashwagandha supplementation have a beneficial effect on the management of anxiety and stress? A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Phytotherapy Research, 25 août 2022.
  6. Arumugam V, Vijayakumar V, Balakrishnan A et al. : Effects of Ashwagandha (Withania Somnifera) on stress and anxiety: A systematic review and meta-analysis. Explore (New York, N.Y.), novembre 2024.
  7. Sarris J, Ravindran A, Yatham LN et al. : Clinician guidelines for the treatment of psychiatric disorders with nutraceuticals and phytoceuticals: The World Federation of Societies of Biological Psychiatry (WFSBP) and Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) Taskforce. The World Journal of Biological Psychiatry, 21 mars 2022.
  8. Ashwagandha: Uses and Side Effects. Cleveland Clinic, 31 juillet 2025.
  9. Mayo Clinic Q and A: Can ashwagandha supplements help with stress and anxiety relief?. Mayo Clinic News Network, 22 août 2023.
  10. Medicines containing Withania somnifera (Withania, Ashwagandha). Therapeutic Goods Administration, 22 février 2024.
  11. Ashwagandha | Memorial Sloan Kettering Cancer Center. Memorial Sloan Kettering Cancer Center, mis à jour en 2026.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.