
Le café est associé, dans des études d’observation, à un risque plus faible de fibrose, de cirrhose et de cancer primitif du foie. Le thé infusé n’a pas le même niveau de preuves, et ni l’un ni l’autre ne remplace la perte de poids, le contrôle du diabète ou l’arrêt de l’alcool.
Une idée reçue inverse le rapport bénéfice-risque. L’infusion de thé vert est en général considérée comme sûre par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, alors que des compléments dosés à 800 mg d’EGCG par jour ou plus ont élevé les transaminases dans des essais. Chercher une « protection du foie » dans un extrait concentré peut donc faire le contraire de l’effet espéré.
La recommandation 4 de l’American College of Gastroenterology (ACG, 2025) suggère au moins deux tasses de café par jour en cas de maladie chronique du foie, sur un niveau de preuve faible. L’American Association for the Study of Liver Diseases (AASLD, 2023) évoque trois tasses ou plus en l’absence de contre-indication. Aux États-Unis, les CDC ont dénombré 52 274 décès par maladie chronique du foie et cirrhose en 2024, neuvième cause de mortalité ; ces chiffres ne se transposent pas tels quels à la France, mais ils rappellent que le foie reste un organe de santé publique, pas un organe que l’on « répare » avec une boisson.
Le café est-il lié à moins de maladies du foie
Oui, de nombreuses cohortes relient une consommation régulière de café à moins de fibrose avancée, de cirrhose et de décès hépatiques. Ces travaux ne prouvent pas qu’augmenter le café aujourd’hui prévient une maladie chez une personne donnée. Les buveurs de café se distinguent souvent des non-buveurs pour l’alcool, le tabac, le poids et l’alimentation, même après ajustements statistiques.
La ligne européenne 2024 de l’EASL, de l’EASD et de l’EASO le dit clairement pour la stéatose associée à un dysfonctionnement métabolique (MASLD, anciennement NAFLD ou « foie gras »). Le café, avec ou sans caféine, a été associé à une moindre atteinte hépatique et à moins d’événements cliniques dans des études d’observation (niveau de preuve 4, consensus fort). La même ligne refuse de recommander les nutraceutiques, faute de preuves d’efficacité et de sécurité sur la fibrose et les complications. Le café du petit-déjeuner n’est donc pas rangé dans la même catégorie qu’un complément vendu « pour le foie ».
Une méta-analyse de 2016, portant sur 1 990 cas de cirrhose parmi 432 133 participants, a estimé qu’une augmentation de deux tasses par jour correspondait à un risque relatif de 0,56. L’hétérogénéité entre études était élevée. En 2017, une autre synthèse a estimé qu’une hausse de deux tasses par jour s’associait à un risque relatif de carcinome hépatocellulaire de 0,65, avec une qualité de preuve jugée très basse selon GRADE, faute d’essais randomisés et de définition unique du café.
Les associations sont plus nettes pour la fibrose et la cirrhose que pour la simple accumulation de graisse dans le foie. La ligne EASL 2024 le souligne en citant des méta-analyses. Boire du café ne « fond » pas un foie gras à l’échographie. Il s’agit d’un signal épidémiologique, utile pour ne pas diaboliser une boisson déjà consommée, insuffisant pour en faire un traitement.

Combien de tasses par jour selon les sociétés savantes
Deux à trois tasses par jour recouvrent l’essentiel de ce que recommandent ou constatent les textes récents, sans garantie supplémentaire au-delà de trois ou quatre. L’ACG, dans sa ligne 2025 sur la malnutrition au cours des maladies du foie, suggère une consommation de café, de préférence d’au moins deux tasses par jour, pour réduire le risque de progression de la fibrose ou de carcinome hépatocellulaire. La recommandation est conditionnelle, le niveau de preuve est faible.
L’AASLD, dans ses recommandations de pratique 2023 encore rédigées sous le nom NAFLD, indique qu’au moins trois tasses par jour, caféinées ou non, pourraient être proposées en l’absence de contre-indication, sur la base d’études épidémiologiques et de méta-analyses. L’EASL 2024 ne fixe pas de dose. Elle se contente d’un constat d’association. Ces écarts ne sont pas une contradiction clinique. Ils reflètent le même corpus observationnel lu avec des barèmes différents.
La cohorte britannique UK Biobank, publiée en 2021 avec 494 585 participants suivis 10,7 ans en médiane, a trouvé chez les buveurs de café un rapport de risques (hazard ratio) de 0,79 pour une maladie chronique du foie incidente et de 0,51 pour un décès hépatique, par rapport aux non-buveurs. Les réductions de risque s’accroissaient jusqu’à environ trois ou quatre tasses, sans bénéfice supplémentaire clair au-delà.
Une tasse autodéclarée dans une cohorte américaine ou britannique n’égale pas un espresso italien. La FDA, pour la caféine, parle de deux à trois tasses de 350 ml (12 onces liquides) pour approcher 400 mg. Si vous buvez deux expressos serrés, vous n’avez pas « fait » deux tasses au sens des études. Demandez à votre médecin ou à votre pharmacien comment situer votre volume réel, surtout si vous ajoutez déjà du thé, des sodas ou des boissons énergisantes.
| Texte | Ce qui est dit sur le café | Portée |
|---|---|---|
| ACG 2025 | Suggérer ≥ 2 tasses/j en maladie chronique du foie | Recommandation conditionnelle, preuve faible |
| AASLD 2023 | ≥ 3 tasses/j si pas de contre-indication, avec ou sans caféine | Recommandations, études d’observation |
| EASL–EASD–EASO 2024 | Association avec moins de lésions et d’événements | Constat de niveau 4, pas de dose imposée |
| FDA 2024 | 400 mg de caféine/j chez la plupart des adultes | Seuil de tolérance, pas une indication foie |
Café filtré, espresso, instantané ou décaféiné
Le type de café semble moins décisif que le fait d’en boire régulièrement, sans sucre ajouté. Dans l’UK Biobank 2021, les associations avec la maladie chronique du foie, la stéatose incidente et le décès hépatique étaient comparables pour le café décaféiné, l’instantané et le café moulu, espresso compris. Ce résultat va dans le même sens que le constat EASL 2024. La caféine n’est probablement pas le seul composé en jeu. Acides chlorogéniques, cafestol et kahweol font partie des centaines de molécules du grain torréfié.
Le décaféiné n’est pas sans caféine. La FDA indique souvent 2 à 15 mg pour une tasse de 240 ml. Il reste une option si palpitations, anxiété ou insomnie limitent le café classique, tout en conservant une partie du signal observé sur le foie. Il ne dispense pas de compter les autres sources de caféine de la journée.
Le café non filtré, par exemple à la cafetière à piston, a été lié à une petite hausse du cholestérol dans la synthèse Mayo Clinic de 2025. Pour une personne déjà suivie pour dyslipidémie et foie gras, le café filtre papier ou l’instantané peut être plus prudent. Rien n’indique que le latte sucré, la crème chantilly ou le sirop vanille reproduisent le signal des cohortes. Ces ajouts poussent calories et fructose, deux leviers de la stéatose.
Quelques repères concrets, toujours dans la limite des 400 mg de caféine cités par la FDA pour la plupart des adultes.
- Un café filtre courant de 350 ml peut contenir de 113 à 247 mg de caféine, selon la FDA.
- Un thé noir de même volume tourne plutôt autour de 71 mg, un thé vert autour de 37 mg.
- Deux à trois grandes tasses de café peuvent donc saturer le seuil quotidien, avant même un soda caféiné.
Thé vert, thé noir et tisanes : ce que l’on sait
Le thé infusé n’est pas l’équivalent du café dans les textes de sociétés savantes. Ni l’ACG 2025 ni l’EASL 2024 ne proposent le thé comme substitut pour ralentir une fibrose. Des données d’observation existent, plus hétérogènes, souvent limitées à des enzymes ou à des scores non invasifs, rarement à la cirrhose ou au carcinome hépatocellulaire avec la même densité que pour le café.
Une cohorte populationnelle de Rotterdam, publiée en 2017 dans le Journal of Hepatology, avait associé le café fréquent (trois tasses ou plus) et les tisanes à une rigidité hépatique plus basse chez 2 424 adultes, sans lien indépendant avec la stéatose après ajustement. Le thé vert et le thé noir n’y sortaient pas comme le café. C’est une photographie transversale, pas un essai. Elle ne permet pas de conclure qu’une infusion « empêche » une cirrhose.
Une infusion non sucrée peut faire partie d’une hydratation raisonnable. Elle ne justifie pas d’abandonner le café si vous le tolérez, ni d’en attendre une protection comparable. Les tisanes du commerce mélangent parfois plantes, arômes et sucre, et une « détox foie » n’a pas de définition médicale. Le pharmacien reste le bon interlocuteur avant d’ajouter un mélange concentré, surtout si vous prenez déjà des médicaments métabolisés par le foie.
Extraits de thé vert : un risque hépatique distinct
Les extraits de thé vert en gélules ne sont pas une version « forte » de l’infusion du matin. L’EFSA a conclu en 2018 que les catéchines d’une infusion traditionnelle, et des boissons de composition équivalente, sont en général considérées comme sûres aux apports observés dans l’Union européenne, avec de rares lésions imprévisibles. À l’inverse, des doses d’EGCG égales ou supérieures à 800 mg par jour en complément ont élevé de façon statistiquement significative les transaminases par rapport au contrôle.
L’apport moyen d’EGCG par les infusions a été estimé entre 90 et 300 mg par jour chez l’adulte européen, avec des gros consommateurs pouvant approcher 866 mg. Les compléments, eux, allaient de 5 à 1 000 mg d’EGCG par jour. Un comprimé « minceur » peut donc dépasser en une prise ce qu’une théière répartit sur toute la journée.
La ligne EASL 2024 refuse déjà les nutraceutiques dans la MASLD, faute de preuves sur la fibrose et les événements cliniques, et faute de sécurité établie. Ajouter un extrait de thé vert pour « aider le foie » va à l’encontre de ce cadre. Si une jaunisse, des urines foncées, une douleur de l’hypochondre droit ou une fatigue brutale apparaissent après le début d’un complément, arrêtez le produit et voyez un médecin. En cas de confusion, de vomissements de sang ou de ventre douloureusement distendu, appelez le 15 ou le 112.
Les infusions habituelles n’obligent pas à un arrêt collectif. L’EFSA n’a pas identifié de dose sans effet pour les compléments, même sous 800 mg. L’absence de seuil sûr pousse à la prudence, pas à un calcul amateur de milligrammes sur une étiquette incomplète.
Foie gras : le café ne remplace pas la perte de poids
Le café ne traite pas la MASLD. La Cleveland Clinic rappelle que cette affection, anciennement NAFLD, peut concerner plus de 30 % des personnes dans le monde, souvent liée à l’obésité, au diabète de type 2, à l’insulinorésistance ou à une dyslipidémie. Elle reste longtemps silencieuse. Maigrir et bouger restent les leviers qui ont le plus de chances de faire reculer la graisse et, à un stade encore réversible, l’inflammation.
Les seuils de poids sont cohérents d’un côté de l’Atlantique à l’autre, avec des nuances. L’AASLD 2023 indique qu’une perte de 3 à 5 % du poids améliore la stéatose, mais qu’il faut en général plus de 10 % pour améliorer la stéatohépatite et la fibrose. L’EASL 2024 vise une réduction soutenue d’au moins 5 % pour le gras hépatique, de 7 à 10 % pour l’inflammation, et d’au moins 10 % pour la fibrose. La Cleveland Clinic note déjà un intérêt à 3-5 %, tout en discutant souvent un objectif proche de 10 %.
L’alimentation de type méditerranéen, la limitation des boissons sucrées et des aliments ultra-transformés, et une activité physique régulière figurent dans les deux lignes. L’EASL 2024 déconseille l’alcool en cas de stéatose, surtout si la consommation est déjà modérée ou élevée, et demande un arrêt complet et définitif en cas de fibrose avancée ou de cirrhose. Deux tasses de café ne compensent pas un excès d’alcool le week-end.
Les médicaments du diabète ou de l’obésité (agonistes des récepteurs du GLP-1, par exemple) relèvent d’une prescription, pas d’un conseil de comptoir. Votre médecin traitant appliquera les indications françaises, qui peuvent différer des libellés américains. Le café, s’il est toléré, s’ajoute à ce socle. Il ne le remplace pas.
Cirrhose et cancer du foie : ce que mesurent les études
Le signal le plus consistant du café concerne les stades graves, pas l’échographie de stéatose isolée. La méta-analyse de 2016 sur la cirrhose trouvait aussi un risque relatif de 0,62 pour la cirrhose alcoolique et de 0,55 pour le décès par cirrhose, pour une hausse de deux tasses par jour. Ces chiffres restent des associations. Ils ne signifient pas qu’un buveur d’alcool « se protège » en ajoutant du café.
Pour le carcinome hépatocellulaire, la synthèse de 2017 (18 cohortes, 2,27 millions de participants, 2 905 cas) estimait une baisse de 35 % du risque pour deux tasses supplémentaires. L’association persistait dans des sous-groupes avec maladie chronique du foie, alcool élevé, IMC élevé, diabète, tabac ou hépatites B et C, sans interaction statistiquement démontrée. Le café caféiné (risque relatif 0,73 pour deux tasses) pesait davantage que le décaféiné (0,86, intervalle touchant 1,00). La qualité GRADE restait très basse.
L’UK Biobank 2021 allait dans le même sens pour le décès hépatique (rapport de risques 0,51) et de façon moins précise pour le carcinome hépatocellulaire (0,80, intervalle large). Après exclusion des cas survenus dans les cinq premières années, le signal sur la maladie chronique du foie tenait, ce qui rend une causalité inverse moins vraisemblable, sans la prouver.
Le cancer du foie et la cirrhose figurent parmi les maladies pour lesquelles une synthèse Mayo Clinic de 2025 décrit un risque plus faible chez les buveurs de café, tout en jugeant les preuves non conclusives pour tous les cancers. Personne ne devrait reporter un dépistage d’hépatite C, un sevrage d’alcool ou un suivi de cirrhose sous prétexte d’une cafetière bien remplie. En cirrhose, le calendrier d’échographies de surveillance du carcinome hépatocellulaire reste celui de votre hépatologue.
Caféine, grossesse et effets indésirables
La caféine a un plafond, distinct du débat sur le foie. Pour la plupart des adultes, la FDA a cité 400 mg par jour comme une quantité généralement non associée à des effets négatifs, soit environ deux à trois tasses de 350 ml de café. La sensibilité individuelle varie. Grossesse, allaitement, certains médicaments et certaines maladies cardiaques ou anxieuses poussent à en parler au médecin avant d’augmenter les doses.
Pendant la grossesse, en période préconceptionnelle et pendant l’allaitement, la Mayo Clinic retient 200 mg de caféine par jour, soit à peu près 360 ml de café. Ce seuil n’est pas une « dose foie ». C’est une limite obstétricale. Un café décaféiné peut alors garder une place, dans la mesure où il n’est pas totalement dépourvu de caféine.
Trop de caféine peut donner palpitations, hypertension transitoire, insomnie, anxiété, tremblements, nausées ou maux de tête, liste reprise par la FDA. Une consommation rapide d’environ 1 200 mg, ou moins d’une demi-cuillère à café de caféine pure, a été associée à des effets toxiques graves, convulsions comprises. Les poudres et liquides très concentrés n’ont rien à voir avec un espresso.
Le foie métabolise la caféine. L’ACG 2025 et l’AASLD 2023 n’interdisent pas le café en maladie chronique du foie. Ils n’en font pas non plus une obligation. Si le sommeil, le rythme cardiaque ou la confusion se dégradent, baissez d’abord la caféine et voyez l’équipe qui suit votre foie. Le pharmacien peut aider à additionner café, thé, chocolat et antalgiques caféinés.
Symptômes hépatiques qui justifient une consultation
Le café ne change rien à la règle suivante. Une maladie du foie reste longtemps muette, puis les signes apparaissent quand le tissu cicatriciel est déjà étendu. La Mayo Clinic décrit, dans sa page sur la cirrhose, une fatigue extrême, des saignements ou bleus faciles, une perte d’appétit, des nausées, des œdèmes des jambes, un amaigrissement, un prurit, une jaunisse, une ascite, des angiomes stellaires, une rougeur palmaire et, plus tard, une confusion ou une somnolence. Ces signes ne « s’arrangent » pas avec une tasse supplémentaire.
Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant si une fatigue inexpliquée, une gêne de l’hypochondre droit, un amaigrissement ou des transaminases élevées persistent. En France, le médecin décidera des examens et, si besoin, d’un avis d’hépato-gastro-entérologue. N’attendez pas que le blanc de l’œil jaunisse pour parler d’alcool, de poids ou d’un traitement au long cours.
Le tableau suivant aide à trier l’urgence, sans remplacer un avis clinique. Les numéros 15 (SAMU) et 112 restent ceux de la détresse vitale.
| Signe | Conduite raisonnable |
|---|---|
| Jaunisse d’apparition récente, urines très foncées | Voir un médecin le jour même |
| Ventre gonflé et douloureux, fièvre | Urgences, 15 ou 112 si malaise |
| Confusion, somnolence, propos incohérents | 15 ou 112 |
| Vomissements de sang, selles noires | 15 ou 112 |
| Œdèmes des jambes, essoufflement nouveau | Médecin traitant rapide, urgences si aggravation |
| Fatigue isolée, douleur haute à droite depuis des semaines | Médecin traitant, sans automédication « détox » |
Une personne déjà suivie pour cirrhose connaît souvent ces consignes. Un saignement digestif, une fièvre avec ascite ou un changement de comportement sont des urgences, café ou pas. L’entourage doit connaître le 15 si l’encéphalopathie empêche d’appeler soi-même.
Quels tests et quelles questions poser au médecin
Le bon examen dépend du contexte, pas du nombre de tasses. Devant un foie gras suspecté, les lignes EASL 2024 et AASLD 2023 s’appuient d’abord sur le score sanguin FIB-4, puis, si le résultat est intermédiaire ou élevé, sur une élastométrie (FibroScan ou équivalent) plutôt que sur une biopsie d’emblée. Le médecin français choisira les seuils et les laboratoires locaux. Vous n’avez pas à interpréter un FIB-4 seul avec un tableau trouvé en ligne.
Les questions utiles tiennent en une liste courte, chacune étant une phrase complète.
- Pouvez-vous estimer mon risque de fibrose avec un FIB-4 ou une élastométrie ?
- Mon café actuel, y compris décaféiné et thé, reste-t-il raisonnable avec mes médicaments et mon sommeil ?
- Faut-il viser une perte de poids chiffrée, par exemple 5 % ou 10 %, et avec quel accompagnement ?
- Dois-je arrêter toute boisson alcoolisée, y compris le vin du week-end ?
- Un complément « foie » ou un extrait de thé vert que j’ai chez moi doit-il être arrêté tout de suite ?
Apportez la liste des médicaments, y compris paracétamol caché dans des grippes, et des gélules. Mentionnez l’alcool sans minimiser les week-ends. Si les transaminases sont élevées, demandez un contrôle plutôt qu’une interprétation rassurante du type « c’est le sport ». Le café n’explique pas une cytolyse franche.
La Mayo Clinic indique que tous les adultes devraient être dépistés au moins une fois pour l’hépatite C. En France, votre médecin appliquera la pratique locale. Ce geste pèse davantage qu’un changement de capsule de café.
Questions fréquentes
Le café décaféiné compte-t-il pour le foie ?
Oui, les associations observées ne se limitent pas au café caféiné. L’EASL 2024 et l’AASLD 2023 citent le café avec ou sans caféine, et l’UK Biobank 2021 trouve des résultats proches pour le décaféiné, l’instantané et le moulu. Il reste un peu de caféine. Il ne remplace pas la perte de poids.
Faut-il sucrer le café quand on a un foie gras ?
Mieux vaut le boire sans sucre ni sirop. Les lignes EASL 2024 demandent d’éviter les boissons sucrées dans la MASLD, et le fructose ajouté alimente la stéatose. Un nuage de lait écrémé n’annule pas le café. Une boisson type dessert, si.
Une tisane peut-elle remplacer le café pour le foie ?
Non, pas sur la base des textes de 2023-2025. L’ACG et l’EASL ne proposent pas le thé comme équivalent. Une infusion non sucrée reste une boisson acceptable pour la plupart des gens, sans le même corpus sur la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire.
Le café soigne-t-il une cirrhose déjà là ?
Non. Les études relient le café à moins de complications et de décès, elles ne décrivent pas une régression de la cirrhose sous cafetière. Le traitement vise la cause (alcool, virus, métabolisme), la nutrition, et la surveillance des varices et du cancer. Le café, s’il est toléré, n’est qu’un appoint.
Peut-on boire du café en cas d’hépatite virale chronique ?
Les méta-analyses sur le carcinome hépatocellulaire n’ont pas montré que l’hépatite B ou C annulait l’association inverse avec le café. Cela n’en fait pas un antiviral. Le traitement de l’hépatite, prescrit par le spécialiste, reste prioritaire. Signalez votre consommation de caféine si d’autres médicaments s’y ajoutent.
Combien de caféine contient une tasse en pratique ?
La FDA donne, pour 350 ml, 113 à 247 mg dans un café infusé courant, 71 mg dans un thé noir et 37 mg dans un thé vert. Deux grands cafés du matin peuvent donc coller au plafond de 400 mg. Lisez les étiquettes des boissons énergisantes, souvent plus chargées qu’un espresso.
Conclusion
Le café fait partie des rares boissons pour lesquelles des lignes de 2023 à 2025 acceptent un signal favorable sur la fibrose, la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire, tout en avouant le caractère observationnel des preuves. Deux tasses ou plus, plutôt non sucrées, dans la limite d’environ 400 mg de caféine par jour, correspondent à ce que l’ACG formule pour les malades chroniques du foie. Trois tasses, caféinées ou non, recoupent le texte AASLD 2023. Le thé infusé n’occupe pas la même place, et les extraits concentrés de thé vert relèvent d’un autre dossier, celui des lésions hépatiques de complément.
Rien dans ce corpus n’autorise à « rattraper » l’alcool, un diabète mal équilibré ou un surpoids par une cafetière. Les seuils de 5 à 10 % de poids, le modèle alimentaire méditerranéen et l’arrêt de l’alcool en fibrose avancée pèsent davantage que le choix entre arabica et robusta. Les chiffres américains de mortalité rappellent l’enjeu. Ils ne dictent pas la conduite française, que votre médecin et votre pharmacien traduiront avec les examens disponibles ici.
Si vous n’avez jamais parlé de votre foie, le prochain geste utile est banal. Demandez si un bilan (transaminases, plaquettes, FIB-4) a un sens vu votre tour de taille, votre glycémie ou votre consommation d’alcool, et apportez la liste de vos gélules. Gardez le café que vous tolérez, sans le transformer en traitement, et laissez les extraits « minceur au thé vert » dans le rayon.
Sources
- Singal AK, Wong RJ et al. : ACG Clinical Guideline: Malnutrition and Nutritional Recommendations in Liver Disease. The American Journal of Gastroenterology, 1er mai 2025.
- European Association for the Study of the Liver, European Association for the Study of Diabetes, European Association for the Study of Obesity : EASL-EASD-EASO Clinical Practice Guidelines on the Management of Metabolic Dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease (MASLD). Journal of Hepatology, 2024.
- Rinella ME, Neuschwander-Tetri BA, Siddiqui MS et al. : AASLD Practice Guidance on the clinical assessment and management of nonalcoholic fatty liver disease. Hepatology, 1er mai 2023.
- Kennedy OJ, Roderick P et al. : Systematic review with meta-analysis: coffee consumption and the risk of cirrhosis. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 25 janvier 2016.
- Kennedy OJ, Roderick P et al. : Coffee, including caffeinated and decaffeinated coffee, and the risk of hepatocellular carcinoma: a systematic review and dose-response meta-analysis. BMJ Open, 9 mai 2017.
- Kennedy OJ, Fallowfield JA et al. : All coffee types decrease the risk of adverse clinical outcomes in chronic liver disease: a UK Biobank study. BMC Public Health, 22 juin 2021.
- Spilling the Beans: How Much Caffeine is Too Much?. U.S. Food and Drug Administration, 28 août 2024.
- Coffee and health: What does the research say?. Mayo Clinic, 31 janvier 2025.
- Cirrhosis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 7 avril 2026.
- National Center for Health Statistics : FastStats – Chronic Liver Disease or Cirrhosis. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour le 20 février 2026.
- Metabolic Dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease (MASLD). Cleveland Clinic, 3 novembre 2024.
- EFSA ANS Panel : Scientific opinion on the safety of green tea catechins. EFSA Journal, 18 avril 2018.
