Boissons énergisantes et hépatite : risques pour le foie

Boissons énergisantes et hépatite : risques pour le foie

Une consommation très élevée de boissons énergisantes a été associée, dans de rares observations cliniques, à une hépatite aiguë. Ce lien n’est pas démontré de façon certaine. La monographie Energy Drinks de LiverTox (NIDDK, 2020) classe ces produits comme une cause probable mais rare d’atteinte du foie à forte dose, tout en jugeant plusieurs dossiers incomplets ou compatibles avec une autre maladie.

Dans l’observation la plus souvent citée, un homme de cinquante ans buvait quatre ou cinq canettes par jour pendant trois semaines et absorbait environ 160 à 200 mg de niacine (vitamine B3) chaque jour. Cette quantité dépasse largement le besoin nutritionnel, mais elle reste sous le seuil de 500 mg par jour au-delà duquel LiverTox décrit des hausses transitoires des transaminases chez jusqu’à 20 % des personnes. La vitamine « inoffensive » n’explique donc pas à elle seule le tableau, et le mélange de la canette reste mal caractérisé.

Les transaminases ont atteint 4 051 UI/l (ASAT) et 2 073 UI/l (ALAT) avant de se normaliser après l’arrêt. L’Autorité européenne de sécurité des aliments retient 400 mg de caféine par jour chez l’adulte non enceinte. Une jaunisse, des urines couleur thé ou une douleur sous le rebord des côtes à droite justifient une consultation rapide.

Les boissons énergisantes peuvent-elles provoquer une hépatite ?

Dans des cas isolés, après un usage intense, elles ont été associées à une hépatite aiguë. Elles n’ont pas été montrées comme une cause fréquente d’atteinte du foie chez la personne qui en prend une canette de temps à autre. LiverTox attribue à ces boissons un score de vraisemblance C[H], c’est-à-dire une cause probable et rare d’atteinte clinique lorsqu’elles sont prises en grande quantité.

La caféine, ingrédient phare du rayon, n’est pas retenue comme hépatotoxique. Les autopsies d’intoxications graves à la caféine ne décrivent pas, ou à peine, de lésion du foie. L’atteinte rapportée, quand elle existe, pourrait venir d’autres constituants (vitamines à dose pharmacologique, extraits de plantes, contaminants) ou d’un autre diagnostic passé inaperçu. Entre 2000 et 2020, six observations d’atteinte hépatique attribuée à ces boissons ont été publiées. Aucune n’a convaincu pleinement les rédacteurs de LiverTox.

Le rayon mélange des canettes vendues comme boissons et des shots étiquetés comme compléments, avec des teneurs très variables. Une hépatite virale, un paracétamol pris pour un mal de tête, une ischémie du foie après un malaise cardiaque ou un mélange « brûle-graisse » peuvent donner le même tableau. Un cas clinique, même spectaculaire, ne prouve pas que la canette est coupable. Il signale seulement qu’il faut la mentionner au médecin, au même titre que les gélules et les plantes concentrées.

Deux canettes de boisson énergétique bleue sur une table.

Que montrent les observations cliniques publiées ?

Deux dossiers hospitaliers structurent encore la discussion. Vivekanandarajah, Ni et Waked ont décrit en 2011 une femme de vingt-deux ans qui buvait environ dix canettes par jour pendant deux semaines. Les transaminases ont grimpé à 7 533 UI/l (ALAT) et 7 709 UI/l (ASAT), l’INR à 1,6, avec un ictère. Les sérologies virales et le paracétamol sanguin étaient négatifs. L’évolution a été favorable sous hydratation et surveillance, avec des enzymes normales un mois plus tard. Les auteurs ont incriminé surtout la niacine, à raison d’environ 300 mg par jour, tout en écrivant que cette dose restait sous le seuil habituellement toxique.

En 2016, Harb, Taylor, Khullar et Sattari ont rapporté un homme de cinquante ans, ouvrier du bâtiment, sans médicament déclaré, qui prenait quatre ou cinq boissons par jour depuis trois semaines. Il s’est présenté avec un malaise, une anorexie, une douleur de l’hypochondre droit, des nausées, des vomissements, un ictère et des urines foncées. À l’entrée, l’ASAT était à 1 802 UI/l et l’ALAT à 1 203 UI/l, la bilirubine totale à 10,3 mg/dl. Les enzymes ont continué de monter jusqu’au quatrième jour (ASAT 4 051, ALAT 2 073, bilirubine 19,3 mg/dl). La biopsie montrait une hépatite aiguë grave, une nécrose en pont et une cholestase marquée. Les symptômes ont disparu dès le troisième jour, alors que les chiffres de laboratoire n’ont culminé que le lendemain. Il est sorti au sixième jour. À quinze jours, les transaminases étaient normales.

Ce second dossier a un piège. Le patient avait aussi un anticorps anti-VHC et une charge virale de 59 592 238 UI/ml. Les auteurs ont jugé l’infection chronique, parce que les symptômes ne dataient que de deux semaines alors que les anticorps mettent souvent davantage de temps à apparaître. LiverTox souligne que le tableau clinique, la biopsie et la guérison spontanée restent compatibles avec une hépatite C aiguë, et que le suivi de l’ARN viral n’a pas été publié. Sans réintroduction du produit, le lien a été classé « probable / vraisemblable » selon l’OMS-UMC, pas certain.

Une revue de 2023 dans Nutrients (Costantino et al.) recense d’autres observations d’hépatite, parfois associées à une pancréatite ou une insuffisance rénale. Plusieurs patients avaient déjà une maladie grave ou prenaient un autre médicament. Ces récits élargissent l’alerte. Ils ne permettent pas de calculer un risque pour la personne qui ouvre une canette après le sport. L’arrêt du produit, plus qu’un antidote, a été le geste décisif dans les dossiers où l’évolution est connue.

Quelle quantité de niacine devient un problème pour le foie ?

Aux doses alimentaires, la vitamine B3 n’abîme pas le foie. La fiche professionnelle des NIH sur la niacine (2022) fixe l’apport nutritionnel de référence à 16 mg d’équivalents niacine par jour chez l’homme adulte et 14 mg chez la femme, 18 mg pendant la grossesse. La limite supérieure pour les suppléments chez l’adulte est de 35 mg par jour, choisie à cause des bouffées vasomotrices, pas à cause de l’hépatite.

La toxicité hépatique documentée concerne surtout l’acide nicotinique à dose de médicament contre le cholestérol, souvent 1 000 à 3 000 mg par jour, parfois davantage, et davantage encore avec les formes à libération prolongée. LiverTox (mise à jour 2020) décrit, au-dessus de 500 mg par jour, des élévations transitoires et souvent silencieuses des transaminases chez jusqu’à 20 % des personnes. Les hépatites graves, jusqu’à l’insuffisance hépatique, restent peu fréquentes et surviennent surtout après des mois de fortes doses ou après un changement de galénique.

Repère Quantité de niacine Commentaire
Apport nutritionnel, homme adulte 16 mg d’équivalents par jour NIH ODS, 2022
Limite supérieure des suppléments 35 mg par jour Basée sur les bouffées du visage
Quatre ou cinq canettes (Harb) 160 à 200 mg par jour Sous le seuil habituel d’hépatotoxicité
Dix canettes (observation de 2011) environ 300 mg par jour Les auteurs la jugeaient encore trop basse
Hausses transitoires d’enzymes plus de 500 mg par jour Jusqu’à 20 % des personnes, LiverTox 2020
Doses hypolipémiantes 1 000 à 3 000 mg par jour Hépatite possible, surtout libération prolongée

Chaque bouteille du patient de 2016 affichait 40 mg de niacine, soit 200 % de la valeur quotidienne américaine d’alors, pas le double de l’apport de référence. Quatre ou cinq unités donnent 160 à 200 mg, loin du gramme. La revue de 2023 cite 1 g par jour comme plus basse dose classiquement liée à une hépatotoxicité de la vitamine B3. Cumuler canettes, shots et comprimés de B3 sans le dire au médecin peut faire passer inaperçue une dose qui, ajoutée, n’est plus alimentaire.

Caféine, plantes et mélange d’ingrédients dans la canette

La caféine n’explique probablement pas l’hépatite. Elle explique en revanche la plupart des malaises pour lesquels on consulte après ces boissons. Rythme cardiaque accéléré, palpitations, poussée de tension, insomnie, anxiété, tremblements, nausées et maux de tête figurent sur la liste de la FDA. À très haute dose, autour de 1 200 mg pris rapidement, des convulsions sont possibles. Un shot de 60 ml environ peut atteindre 200 mg de caféine, d’après un exemple de LiverTox. Le guarana en ajoute encore, et le total n’est pas toujours évident.

L’EFSA a examiné la taurine et la D-glucurono-γ-lactone aux teneurs habituelles des boissons dites énergisantes. Ces constituants, à ces concentrations, ne modifient pas la sécurité d’une prise unique de 200 mg de caféine chez l’adulte en bonne santé. Cela ne dit rien d’un usage chronique de plusieurs canettes, ni d’extraits absents de l’avis (yohimbe, orange amère, ginseng à forte dose).

Certaines formules empiètent sur le rayon des compléments à risque pour le foie. L’extrait de thé vert concentré, le kratom ou des mélanges minceur ont des dossiers d’hépatotoxicité propres, rappelés par l’AASLD en 2023. Une canette classique n’en contient pas forcément. Lire aussi les shots et les poudres du même rayon évite d’additionner deux produits qui se ressemblent.

Voici ce que l’étiquette permet souvent de repérer, si on la lit jusqu’au bout.

  • La caféine totale, y compris guarana et thé, figure parfois en milligrammes par canette, parfois seulement dans la liste.
  • La niacine et les autres vitamines B sont souvent en pourcentage de valeur quotidienne, ce qui masque le milligramme.
  • Un « energy blend » mélange taurine, acides aminés et extraits sans détail de dose pour chaque plante.
  • Les shots concentrent la même logique dans un petit volume, donc plus facile à multiplier sans s’en apercevoir.

Quels signes d’atteinte du foie ne pas laisser passer

Une hépatite toxique légère peut rester silencieuse et n’apparaître que sur une prise de sang. Quand des symptômes existent, la Mayo Clinic (page révisée le 5 août 2025) décrit un ictère (peau ou blanc des yeux jaunes), des démangeaisons, une douleur de la partie haute droite de l’abdomen, une fatigue, une perte d’appétit, des nausées, des vomissements, une éruption, de la fièvre, un amaigrissement et des urines foncées ou couleur thé.

Ces signes ne sont pas spécifiques. Une gastro-entérite, une lithiase biliaire ou une hépatite virale les reproduisent. Ce qui doit faire penser à la canette, c’est le calendrier. Les deux observations détaillées plus haut ont suivi deux à trois semaines d’usage quotidien élevé. La Mayo Clinic rappelle aussi qu’une hépatite toxique peut surgir en quelques heures ou seulement après des mois d’exposition régulière.

Une douleur sous les côtes à droite après une série de canettes, surtout si les urines foncent, n’est pas un « coup de pompe ». C’est un motif de bilan. L’ictère, un prurit intense, un saignement inhabituel ou une confusion imposent d’aller plus vite, jusqu’au 15 ou au 112 si l’état général s’effondre. Le paracétamol pris en même temps pour le mal de tête peut aggraver le tableau. Il faut le dire, même s’il s’agit d’une dose « habituelle ».

Les personnes qui ont déjà une maladie du foie, une hépatite B ou C, une cirrhose ou une stéatose métabolique réagissent plus facilement aux toxiques, toujours selon la Mayo Clinic. Aucun de ces facteurs ne permet de prédire un cas individuel. Ils justifient une prudence plus stricte, pas une panique.

Comment le médecin construit le diagnostic

Le diagnostic d’hépatite d’origine médicamenteuse ou toxique est un diagnostic d’élimination. Les recommandations AASLD de 2023 (Fontana, Liou, Reuben et al., Hepatology) le rappellent d’emblée. Il n’existe pas de biomarqueur unique. Le médecin relie une exposition, un délai, un profil d’enzymes, puis écarte les causes plus banales.

Les premiers dosages sont l’ASAT, l’ALAT, les phosphatases alcalines, la bilirubine totale et conjuguée. L’albumine et l’INR indiquent la gravité. Dans les registres de l’AASLD, une atteinte dite cliniquement significative correspond souvent à des transaminases au-delà de cinq fois la normale, ou à une bilirubine au-dessus de 2,5 mg/dl avec enzymes élevées, ou à un INR supérieur à 1,5. Ce n’est pas un test de dépistage à faire chez soi.

L’interrogatoire doit inclure les canettes, les shots, les compléments, les plantes, le paracétamol, l’alcool et les dates précises de début et d’arrêt. Dans le réseau américain DILIN, les produits à base de plantes et les compléments représentent environ 20 % des lésions hépatiques de l’adulte. Omettre la boisson « parce que ce n’est pas un médicament » est précisément l’erreur que les hépatologues veulent éviter.

Une échographie cherche un obstacle sur la bile. Les sérologies des hépatites A, B, C, parfois E, écartent une infection. La biopsie n’est pas systématique. La Mayo Clinic la décrit comme un prélèvement à l’aiguille utile quand le doute persiste.

L’amélioration après l’arrêt du produit pèse lourd dans le raisonnement. Une réintroduction volontaire pour « prouver » la canette n’a pas sa place, car elle peut faire récidiver une nécrose. Le patient de 2016 n’a pas été réexposé, ce qui laisse le lien probable, non certain.

Arrêt de la boisson et soins de soutien

Le traitement de première intention est d’arrêter le produit suspect et de surveiller le foie. La Mayo Clinic (page diagnostic et traitement, 5 août 2025) indique que les symptômes reculent souvent une fois le contact interrompu. À l’hôpital, la prise en charge est de soutien. Perfusions, médicaments contre les nausées, contrôle quotidien des enzymes et de l’INR, comme dans le dossier Harb, suffisent dans la majorité des formes qui restent stables.

Il n’existe pas d’antidote spécifique à la niacine ni à la canette. La N-acétylcystéine est le traitement de la surdose de paracétamol. Elle n’est pas le traitement standard d’une hépatite attribuée à une boisson énergisante. Si un paracétamol a été pris en grande quantité, le médecin l’évoquera pour lui-même, pas « au cas où ».

Les formes graves, avec coagulopathie, encéphalopathie ou ictère qui s’aggrave, relèvent des urgences et d’un avis d’hépatologie. La transplantation n’entre en ligne de compte que lorsque le foie ne se régénère pas. Les deux observations détaillées plus haut ont récupéré après l’arrêt. Cela ne préjuge pas d’un prochain cas.

Reprendre les mêmes boissons « maintenant que ça va mieux » n’est pas un test. Les auteurs de 2016 ont conseillé d’éviter durablement les produits riches en vitamine B3. Le pharmacien et le médecin traitant, en France, adapteront ce conseil aux produits locaux et aux autres traitements.

Quels plafonds de caféine retiennent l’EFSA et la FDA

Pour la caféine, l’Europe dispose d’un avis de référence. En mai 2015, l’EFSA a jugé sans souci de sécurité, chez l’adulte en bonne santé hors grossesse, une dose unique jusqu’à 200 mg (environ 3 mg/kg pour 70 kg) et un total quotidien jusqu’à 400 mg réparti dans la journée. Chez la femme enceinte, le plafond retenu est de 200 mg par jour, pour le fœtus. Chez l’enfant et l’adolescent, les données manquent pour fixer un seuil propre. Le panel a proposé 3 mg/kg par jour comme base, à la fois pour une prise unique et pour le total habituel.

Une canette « standard » de 250 ml apporte environ 80 mg de caféine dans les exemples de l’EFSA, autant qu’un espresso de 60 ml. Deux canettes restent dans la dose unique de 200 mg. Cinq canettes de ce type dépassent déjà 400 mg, avant le café du matin et le thé. Les grandes bouteilles américaines, 54 à 328 mg pour 16 onces selon la FDA (texte actualisé le 28 août 2024), rendent le calcul plus serré. La FDA retient aussi 400 mg par jour pour la plupart des adultes, avec une grande variabilité de sensibilité.

Ces plafonds concernent la caféine, pas le foie. Ils aident à juger si une consommation est déjà excessive pour le cœur et le sommeil. Les CDC (page revue le 22 juillet 2024) relaient l’avis de l’American Academy of Pediatrics. Les adolescents ne devraient pas consommer ces boissons et devraient rester sous 100 mg de caféine par jour. Ce n’est pas une règle française citée ici, plutôt un repère pédiatrique américain à faire traduire par le médecin traitant.

Mélanger alcool et canette n’améliore pas la sécurité de la caféine jusqu’à 200 mg, d’après l’EFSA, tant que l’alcool reste sous environ 0,65 g/kg. Au-delà, l’avis ne s’applique plus. La caféine peut donner l’impression d’être moins ivre alors que la coordination reste altérée, un masquage que les CDC rappellent chez les jeunes buveurs.

Qui est plus exposé et comment limiter la quantité

Les CDC notent que les élèves recourent souvent à ces boissons pour un « coup de fouet » en période de travail. Le public qui enchaîne les unités (étudiants, ouvriers en horaires lourds, sportifs) n’est pas un profil médical unique, mais c’est là que les excès se concentrent.

Une maladie du foie déjà connue, une hépatite virale, une cirrhose, une stéatose, la grossesse, une grande sensibilité à la caféine ou un complément déjà riche en niacine élèvent le risque individuel. Les auteurs de 2016 ont recommandé la prudence en cas de maladie hépatique préexistante. LiverTox ajoute que la caféine s’élimine plus lentement en cirrhose avancée. Des palpitations après une petite canette sont alors un signal, même sans ictère.

Limiter la quantité tient à quelques gestes mesurables.

  • Vous pouvez additionner café, thé, soda, canette et barres avant d’ouvrir une unité supplémentaire.
  • Le milligramme de caféine et de niacine compte davantage que le pourcentage de valeur quotidienne.
  • Empiler un comprimé de vitamine B3 « énergie » avec la boisson du même rayon n’a pas d’intérêt nutritionnel.
  • L’eau reste le premier hydratant à l’effort, y compris à l’entraînement, plutôt que la canette.
  • Chez l’adolescent, l’option la plus sûre que relaient les CDC est de ne pas commencer.

Le pharmacien peut aider à lire une étiquette. Il ne remplace pas un bilan si des symptômes digestifs inhabituels sont déjà là. En France, le médecin ou le pharmacien appliquera le cadre d’étiquetage et d’âge de vente en vigueur.

Quand consulter pour une hépatite liée à ces boissons

Une consultation le jour même s’impose si une jaunisse apparaît, si les urines restent foncées, si une douleur haute à droite persiste, ou si des nausées et une fatigue inhabituelle suivent des jours de consommation élevée. Appelez le 15 ou le 112 en cas de confusion, de somnolence difficile à réveiller, de vomissements de sang, de selles noires, d’un saignement qui ne s’arrête pas ou d’une grande faiblesse. Ces seuils reprennent les signes de gravité d’une atteinte du foie décrits par la Mayo Clinic.

Apportez la canette ou une photo de l’étiquette. Citez le nombre d’unités par jour, le nombre de jours, les autres médicaments, le paracétamol, l’alcool et les plantes. C’est l’histoire que l’AASLD demande de recueillir pour une lésion hépatique d’origine toxique. Un bilan (transaminases, bilirubine, INR) tranche souvent entre un épisode bénin et une hépatite qui justifie une hospitalisation. Se sentir un peu mieux n’annule pas la prise de sang. Le médecin fixe le rythme des dosages.

Si vous avez une hépatite C connue, signalez aussi les canettes. Le dossier Harb montre combien les deux histoires peuvent s’entremêler. Ni le virus ni la boisson ne doivent être écartés a priori.

Questions fréquentes

Une canette de temps en temps suffit-elle à abîmer le foie ?

Rien dans les observations publiées n’incrimine une unité isolée chez un adulte en bonne santé. Les dossiers d’hépatite concernaient un usage quotidien élevé pendant au moins une à deux semaines. La caféine d’une canette de 250 ml, environ 80 mg selon l’EFSA, reste sous la dose unique de 200 mg retenue pour l’adulte.

La vitamine B3 des canettes remplace-t-elle un complément alimentaire ?

Non. L’apport nutritionnel de référence tient dans une alimentation variée, autour de 14 à 16 mg par jour chez l’adulte. Les 40 mg d’une bouteille du cas de 2016 dépassent déjà ce besoin. Ajouter un comprimé de niacine « forme » ou « cholestérol » au-dessus des canettes peut faire basculer vers des doses de médicament, là où LiverTox décrit le vrai risque hépatique.

Faut-il un bilan hépatique si l’on en boit plusieurs fois par semaine ?

Pas de façon systématique en l’absence de symptômes. Les sources consultées ne recommandent pas un dépistage de masse. Un bilan devient raisonnable si vous enchaînez plusieurs unités chaque jour, si vous avez déjà une maladie du foie, ou si fatigue, nausées ou urines foncées s’installent.

Peut-on mélanger alcool et boisson énergisante ?

L’EFSA n’a pas trouvé que la taurine ou la glucuronolactone, aux teneurs habituelles, aggravent la caféine jusqu’à 200 mg, tant que l’alcool reste modéré. Le mélange reste néanmoins une mauvaise idée pratique. La caféine peut masquer la sensation d’ivresse alors que les réflexes sont déjà altérés, un point souligné par les agences américaines de santé publique.

Ces produits conviennent-ils aux adolescents et aux enfants ?

Les CDC relaient l’avis de l’American Academy of Pediatrics. Les adolescents ne devraient pas consommer ces boissons et devraient rester sous 100 mg de caféine par jour. L’EFSA n’a pas de seuil spécifique robuste pour ces âges et propose 3 mg/kg par jour comme base. En France, demandez au pédiatre ou au médecin traitant ce qui s’applique à votre enfant.

Une infection par le virus de l’hépatite C change-t-elle le risque ?

Une hépatite virale rend le foie plus sensible aux toxiques, selon la Mayo Clinic. Dans le cas de 2016, virus et canettes étaient présents en même temps, et LiverTox n’écarte pas une hépatite C aiguë. Si vous savez que vous avez un VHC, parlez de votre consommation de canettes au médecin qui suit l’infection, plutôt que de trancher seul.

Conclusion

Les canettes « énergie » ne sont pas un virus. Elles ne déclenchent pas une épidémie d’hépatite. Elles peuvent, à très forte dose quotidienne, s’inviter dans le dossier d’une hépatite aiguë rare, mal prouvée, parfois confondue avec une autre cause. La niacine des formules reste très en dessous des grammes qui, dans les essais contre le cholestérol, ont vraiment lésé le foie. Le mélange de la boisson, lui, n’a pas de seuil validé.

Le geste le plus utile, si vous enchaînez les unités pour un chantier, une garde ou une semaine d’examens, est de compter caféine et vitamine B3 sur l’étiquette, d’arrêter dès un ictère ou des urines foncées, et de le dire au médecin. Un bilan d’ASAT, d’ALAT, de bilirubine et d’INR, avec la canette posée sur le bureau, oriente plus vite qu’un débat sur « le naturel ».

Si les signes de gravité sont là (confusion, sang dans les vomissements, grande faiblesse), le 15 ou le 112 restent le bon numéro. Pour le reste, le médecin traitant et le pharmacien traduiront les plafonds européens de caféine et les dossiers américains d’hépatotoxicité dans votre situation, vos autres traitements et les produits vendus en France.

Sources

  1. Harb JN, Taylor ZA, Khullar V et al. : Rare cause of acute hepatitis: a common energy drink. BMJ Case Reports, 1 novembre 2016.
  2. Vivekanandarajah A, Ni S, Waked A : Acute hepatitis in a woman following excessive ingestion of an energy drink: a case report. Journal of Medical Case Reports, 22 juin 2011.
  3. Energy Drinks – LiverTox. LiverTox, National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, 20 juin 2020.
  4. Niacin – LiverTox. LiverTox, National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, 9 juillet 2020.
  5. Niacin – Health Professional Fact Sheet. Office of Dietary Supplements, National Institutes of Health, mis à jour le 18 novembre 2022.
  6. Toxic hepatitis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 5 août 2025.
  7. Toxic hepatitis – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 5 août 2025.
  8. Caffeine | EFSA. European Food Safety Authority, mai 2015.
  9. Spilling the Beans: How Much Caffeine is Too Much?. U.S. Food and Drug Administration, 28 août 2024.
  10. Fontana RJ, Liou I, Reuben A et al. : AASLD practice guidance on drug, herbal, and dietary supplement-induced liver injury. Hepatology, 1 mars 2023.
  11. Costantino A, Maiese A, Lazzari J et al. : The Dark Side of Energy Drinks: A Comprehensive Review of Their Impact on the Human Body. Nutrients, 9 septembre 2023.
  12. The Buzz on Energy Drinks. Centers for Disease Control and Prevention, 19 novembre 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.