Calvitie : à quel point un remède est proche

Calvitie : à quel point un remède est proche

Un remède unique qui ferait repousser une calvitie androgénétique de façon définitive n’existe pas. Les traitements disponibles peuvent ralentir la raréfaction, épaissir des cheveux encore vivants et, chez une partie des personnes, faire réapparaître un peu de densité, à condition de les poursuivre.

Le changement le plus net des dernières années ne concerne pas la calvitie héréditaire. Pour la pelade grave, maladie auto-immune distincte, l’Agence européenne des médicaments a autorisé le baricitinib. Dans deux essais portant sur 1 200 adultes qui avaient perdu au moins la moitié des cheveux du cuir chevelu, 34 % des personnes sous 4 mg ont atteint moins de 20 % de cuir chevelu dégarni à 36 semaines, contre 4 % sous placebo.

Plus de 80 millions de personnes aux États-Unis sont concernées par une perte de cheveux, tous types confondus, d’après une mise au point de 2024 de l’American Academy of Family Physicians. Le minoxidil local demande souvent six mois avant d’être jugé, le finastéride oral 1 mg n’est indiqué que chez l’homme, et une greffe redistribue des follicules encore sensibles aux hormones. Le dermatologue reste le bon interlocuteur dès que la chute est brutale, en plaques, ou associée à des signes généraux.

Alopécie androgénétique et pelade, deux maladies distinctes

La calvitie dont parlent la plupart des hommes, et l’éclaircissement progressif du dessus du crâne chez beaucoup de femmes, s’appelle alopécie androgénétique. Ce n’est pas la pelade, qui arrache des plaques nettes parce que le système immunitaire attaque le follicule. Confondre les deux fait attendre un médicament qui n’a pas d’autorisation pour la calvitie héréditaire.

Le schéma du cuir chevelu oriente déjà le diagnostic, avant tout bilan.

  • Chez l’homme, les tempes et le vertex s’éclaircissent souvent en M puis en U, selon l’échelle de Hamilton-Norwood.
  • Chez la femme, la raie s’élargit sur le dessus du crâne, rarement jusqu’à une calvitie totale.
  • Des plaques lisses et rondes, y compris à la barbe, orientent vers une pelade.

La fréquence augmente avec l’âge. Un consensus canadien publié en 2025 estime qu’entre 40 % et 50 % des hommes et des femmes sont concernés à 50 ans, qu’environ 80 % des hommes le sont à 70 ans, et que la moitié des femmes ont déjà un certain amincissement à 50 ans, avec une accélération après la ménopause. La Cleveland Clinic situe les premiers signes chez environ 25 % des hommes avant 21 ans.

La pelade commence souvent par une ou plusieurs plaques rondes, lisses, au cuir chevelu, à la barbe ou aux sourcils. Les cheveux peuvent repousser seuls en moins d’un an dans certaines formes limitées, rappelle la page traitement de la Mayo Clinic. Les inhibiteurs de Janus kinase (JAK) visent cette inflammation immunitaire, pas la miniaturisation hormonale de la calvitie.

Vue du sommet de la tête avec front dégarni

Miniaturisation des follicules et cycle du cheveu

La calvitie androgénétique ne détruit pas d’emblée le follicule. Elle le rétrécit. MedlinePlus explique que le follicule se miniaturise, que le cheveu devient plus court et plus fin, puis que la production s’arrête, alors que le follicule reste vivant. Une repousse partielle reste donc possible tant qu’il n’est pas remplacé par une cicatrice.

Chaque follicule traverse un cycle. D’après le Merck Manual (mise à jour de septembre 2026), la phase de croissance (anagène) dure de 2 à 6 ans, la phase de transition (catagène) environ 3 semaines, la phase de repos (télogène) de 2 à 3 mois, puis le cheveu tombe. Environ 50 à 100 cheveux du cuir chevelu atteignent chaque jour la fin du repos. La Mayo Clinic retient la même fourchette. Cela passe inaperçu tant que d’autres follicules poussent.

Dans l’alopécie androgénétique, la dihydrotestostérone (DHT), formée à partir de la testostérone par la 5-alpha-réductase, raccourcit l’anagène et pousse le follicule vers un cheveu de type velus, fin et peu visible. La notice américaine du finastéride 1 mg (Propecia, DailyMed, octobre 2024) rappelle que le cuir chevelu en voie de dégarnissement contient des follicules miniaturisés et davantage de DHT que les zones encore fournies. Le médicament inhibe surtout l’isoenzyme de type II de la 5-alpha-réductase. Il n’agit pas comme un bloqueur du récepteur aux androgènes.

Le cycle explique aussi les fausses alertes. Un shampoing peut faire compter jusqu’à 250 cheveux dans la journée, ce que le Merck Manual tient pour acceptable. Un test de traction qui arrache plus de 4 à 6 cheveux par poignée sur plusieurs zones oriente plutôt vers un effluvium télogène ou une pelade étendue, pas forcément vers une calvitie héréditaire classique.

La génétique n’est pas seulement « le côté de la mère ». La Cleveland Clinic rappelle que le gène du récepteur aux androgènes est sur le chromosome X, mais aussi que le fait d’avoir un père chauve double approximativement le risque. Aucun test génétique grand public ne dit si un traitement marchera.

Minoxidil et finastéride, ce que les essais montrent

Pour l’alopécie androgénétique, deux médicaments ont une autorisation américaine de la FDA. Le minoxidil s’applique sur le cuir chevelu. Le finastéride 1 mg se prend par la bouche, chez l’homme seulement. La revue de 2024 de l’American Academy of Family Physicians leur donne à tous deux un niveau de preuve A chez les adultes concernés.

Le minoxidil raccourcit le télogène, allonge l’anagène et augmente le diamètre du cheveu, par des mécanismes encore incomplètement compris, selon le Merck Manual. Chez l’homme, la posologie usuelle aux États-Unis est 1 mL de solution 5 %, matin et soir, sur le vertex, ou une demi-capsule de mousse 5 % au même rythme. Chez la femme, le même manuel retient la solution 2 % matin et soir, ou la mousse 5 % une fois par jour. La page traitement de la Mayo Clinic indique au moins six mois avant de juger, puis une poursuite indéfinie si le produit aide. Arrêter fait reprendre la chute en quelques mois.

Chez la femme, la revue Cochrane de 2016 (preuves jusqu’en juillet 2015, 47 essais, 5 290 participantes) a trouvé que le minoxidil local multiplie par près de deux la proportion de femmes qui décrivent une repousse au moins modérée par rapport au placebo (157 sur 593 contre 77 sur 555). Huit essais ont montré un gain d’environ 13 cheveux par cm². Quatre essais n’ont pas montré d’avantage clair du 5 % sur le 2 % pour l’efficacité, avec davantage d’irritation possible au dosage élevé. Le minoxidil ne doit pas être utilisé pendant la grossesse ni l’allaitement.

Le finastéride 1 mg, d’après l’étiquetage DailyMed, se prend une fois par jour. Un bénéfice se cherche en général après trois mois ou plus. L’arrêt inverse l’effet en 12 mois. La DHT sérique chute d’environ 65 % dans les 24 heures. L’efficacité n’est pas établie sur les golfes temporaux. Le produit n’est pas indiqué chez la femme. Une femme enceinte, ou qui pourrait l’être, ne doit pas manipuler de comprimés écrasés ou cassés, en raison du risque pour un fœtus masculin.

Dans les essais d’enregistrement chez des hommes de 18 à 41 ans, à 12 mois, 14 % des hommes sous finastéride avaient encore perdu des cheveux au comptage, contre 58 % sous placebo. À cinq ans, 35 % du groupe traité contre 100 % du groupe placebo avaient une perte au comptage. L’American Academy of Dermatology estime que le finastéride ralentit la poursuite de la chute chez environ 80 à 90 % des hommes qui le prennent, avec une éventuelle repousse surtout s’il est commencé tôt.

Les effets indésirables sexuels des essais d’un an, considérés comme liés au médicament, ont concerné une baisse de libido chez 1,8 % des hommes sous finastéride contre 1,3 % sous placebo, une dysfonction érectile chez 1,3 % contre 0,7 %, un trouble de l’éjaculation chez 1,2 % contre 0,7 %. Au total, 3,8 % contre 2,1 % ont rapporté au moins un de ces effets. Après commercialisation, des troubles sexuels persistants après l’arrêt, une dépression et des idées suicidaires ont été notifiés. Le finastéride baisse aussi le PSA. Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase, à la dose de 5 mg étudiée pour la prostate, ont été associés à une proportion plus élevée de cancers de prostate de grade élevé dans l’essai PCPT (1,8 % contre 1,1 % de scores de Gleason 8 à 10). La notice précise que la portée de ce signal pour le 1 mg capillaire n’est pas établie.

Le médecin ou le pharmacien applique le cadre français, qui peut différer de l’étiquetage américain. Ces deux médicaments gèrent la calvitie tant qu’on les utilise. Ils ne la font pas disparaître.

Dutastéride, minoxidil oral et finastéride local

D’autres molécules sont prescrites hors autorisation de mise sur le marché pour la calvitie, avec des niveaux de preuve et des risques différents. Le consensus canadien de 2025, obtenu par méthode Delphi auprès de onze médecins, les a classées en lignes de traitement. Ce n’est pas une recommandation française. Il montre ce que des dermatologues d’un pays comparable mettent aujourd’hui dans l’algorithme, alors que Health Canada, comme la FDA, n’a autorisé que le minoxidil local et le finastéride oral 1 mg.

Chez l’homme, ce panel place en première ligne la mousse de minoxidil 5 %, matin et soir, et le finastéride oral 1 mg. En deuxième ligne figurent le finastéride local à 0,25 % une fois par jour, le minoxidil oral de 1,25 à 5 mg une fois par jour, le dutastéride oral 0,5 mg deux à trois fois par semaine, le laser de faible intensité et le plasma riche en plaquettes. Le dutastéride bloque les isoenzymes de type I et de type II, donc davantage de DHT que le finastéride.

Le Merck Manual situe le minoxidil oral à faible dose entre 0,625 et 5 mg une fois par jour. L’hypertrichose du visage est fréquente. Des effets cardiovasculaires (vertiges, rétention hydrique, tachycardie, très rarement épanchement péricardique) sont possibles. Des essais récents, cités par le même manuel, trouvent une efficacité proche du minoxidil local. L’avantage est surtout pratique chez qui n’applique pas la lotion. Ce n’est pas un comprimé banal. La tension, le poids et le cœur doivent rester dans la discussion avec le médecin.

Le finastéride en crème ou en spray n’a pas d’autorisation FDA. La FDA a alerté sur 32 notifications d’effets indésirables entre 2019 et 2024 (dysfonction érectile, anxiété, idées suicidaires, « brouillard mental », baisse de libido), parfois persistants après l’arrêt, alors que des patients croyaient le produit local sans passage sanguin. Le transfert vers une femme enceinte est plus facile qu’avec un comprimé enrobé. Le panel canadien le recommande pourtant en deuxième ligne. Les deux positions se cumulent. Un produit local n’est pas sans passage dans le sang.

Greffe, plasma riche en plaquettes et laser

La greffe ne crée pas de nouveaux follicules. Elle déplace vers les zones dégarnies des unités folliculaires prélevées à l’arrière et sur les côtés, régions en général plus résistantes à la DHT. La Mayo Clinic décrit une intervention douloureuse, sous sédation, avec des risques de saignement, d’ecchymose, de gonflement et d’infection. La calvitie héréditaire continue d’évoluer autour des greffons. Plusieurs séances sont souvent nécessaires. L’assurance ne prend en général pas en charge l’acte esthétique.

L’American Academy of Dermatology insiste sur un point pratique. On ne parle plus des anciens « bouchons » visibles. Les techniques actuelles visent un résultat plus naturel, follicule par follicule. Cela ne change pas la biologie. Sans traitement médical de fond, les cheveux natifs du dessus du crâne peuvent continuer de miniaturiser, ce qui creuse le contraste avec les greffons.

Le plasma riche en plaquettes (PRP) consiste à prélever du sang, à concentrer les plaquettes, puis à les injecter dans le cuir chevelu. L’AAD décrit souvent une séance par mois pendant trois mois, puis un entretien tous les trois à six mois. Le Merck Manual note une efficacité possible en monothérapie ou en complément, mais aussi l’absence de méthode standardisée de préparation, ce qui rend les études difficiles à comparer. Ce n’est pas une solution permanente.

Le laser de faible intensité a des dispositifs « autorisés » aux États-Unis selon une procédure moins exigeante qu’une autorisation de médicament, précise l’AAD. La Mayo Clinic mentionne quelques petits essais d’amélioration de la densité, et le besoin d’études plus longues. La Cochrane, chez la femme, a trouvé une augmentation du nombre de cheveux au comptage, sans que les participantes jugent clairement le peigne laser supérieur à un appareil factice. Un casque lumineux n’est donc ni un placebo démontré, ni un remède. Une pelade ou une alopécie cicatricielle mal étiquetée se prête mal à la greffe. Le diagnostic précède le devis.

Inhibiteurs de JAK, un progrès pour la pelade

Les inhibiteurs de JAK ont changé le pronostic de la pelade grave. Ils n’ont pas d’autorisation pour l’alopécie androgénétique. La revue de 2024 de l’American Academy of Family Physicians classe le baricitinib oral comme traitement de la pelade avec un niveau de preuve A, à côté des corticoïdes intra-lésionnels pour les plaques limitées.

L’EMA a autorisé le baricitinib (Olumiant) chez l’adulte et l’adolescent à partir de 12 ans atteints de pelade grave. Dans deux études principales chez 1 200 adultes ayant perdu au moins 50 % des cheveux du cuir chevelu, 34 % des personnes sous 4 mg et 20 % sous 2 mg sont passées sous le seuil de 20 % de cuir chevelu dégarni à 36 semaines, contre 4 % sous placebo. Chez 257 adolescents d’au moins 30 kg, les taux à 36 semaines étaient d’environ 42 % (4 mg) et 27 % (2 mg) contre environ 5 % sous placebo. Le traitement se prend une fois par jour, commencé par un médecin habitué à la maladie.

Le profil de risque n’a rien d’un soin cosmétique.

  • Chez l’adulte, un cholestérol élevé et des infections nasopharyngées figurent parmi les effets fréquents, d’après l’EMA.
  • Le médicament ne doit pas être utilisé pendant la grossesse.
  • Après 65 ans ou en cas de risque cardiaque, l’EMA le réserve aux cas sans alternative.

Aux États-Unis, l’AAD indique que la FDA a autorisé trois inhibiteurs de JAK pour la pelade. Le baricitinib et le ritlecitinib à partir de 12 ans, le deuruxolitinib chez l’adulte. Un ancien essai de ruxolitinib dans la pelade ne dit rien de la calvitie masculine. Chez des hommes traités pour pelade, la repousse peut même laisser apparaître un schéma d’alopécie androgénétique. L’inflammation immunitaire cède, la sensibilité à la DHT demeure.

Follicule pileux sur le cuir chevelu

Pistes encore expérimentales, cellules souches et PP405

Les communiqués sur les cellules souches et les molécules qui « réveilleraient » le bulge reviennent chaque année. Très peu ont franchi le cap d’un essai de phase 3 publié, comparé à un placebo, chez des hommes et des femmes avec une calvitie androgénétique.

Un exemple suivi de près est le PP405, gel topique à 0,05 % conçu pour réactiver des cellules souches folliculaires dormantes, sans action hormonale affichée. L’essai de phase 2a NCT06393452, randomisé contre véhicule, a inclus 78 adultes de 18 à 55 ans et s’est terminé en 2025. Le critère principal était la sécurité, pas une repousse à un an. Un essai de phase 2/3 nommé AWAKEN (NCT07819435) recrute environ 600 hommes de 18 à 55 ans, stades IV ou V de Norwood-Hamilton, avec un critère principal de variation du nombre de cheveux non velus sur une zone cible à 24 semaines. La fin estimée est 2028. Tant qu’un article de revue n’a pas publié les chiffres d’efficacité, une promesse de remède imminent reste un slogan.

Le consensus canadien a retenu le microneedling en association, et a écarté une longue liste de topiques sans preuve solide. Les travaux de laboratoire sur des protéines de la matrice du cheveu décrivent souvent la biologie de la souris. Ils n’équivalent pas à un médicament humain. Un essai enregistré se consulte. Un protocole payant vendu comme une régénération ne remplace pas un traitement mesuré.

Calvitie chez la femme, ce qui change

Chez la femme, le diagnostic est plus souvent un diagnostic d’élimination. Un élargissement de la raie oriente vers une alopécie androgénétique. Une chute brutale par poignées trois mois après un accouchement, une infection fébrile, une chirurgie ou un régime très restrictif oriente vers un effluvium télogène, en général transitoire. Une raie frontale qui recule chez une femme plus âgée peut être une alopécie frontale fibrosante, cicatricielle, qui n’attend pas le même traitement. La Mayo Clinic recommande d’en parler tôt, parce que le retard laisse une bande permanente.

Le Merck Manual propose, chez la femme, un dosage du fer, de la ferritine, de la vitamine D et un bilan thyroïdien lorsque l’histoire le justifie, et un bilan androgénique en cas d’acné, d’hirsutisme, de troubles des règles ou d’autres signes de virilisation. Ces examens ne prouvent pas la calvitie. Ils cherchent une cause associée, parfois réversible.

Le minoxidil local reste le traitement de première ligne le mieux étayé, Cochrane et AAFP d’accord. Le consensus canadien de 2025 le confirme, à 5 %, avant et après la ménopause. En deuxième ligne, ce panel propose la spironolactone, avec ou sans minoxidil oral, chez la femme avant la ménopause, et le finastéride ou le dutastéride oral, ou encore la spironolactone, après la ménopause. Le finastéride et le dutastéride restent contre-indiqués s’il existe un risque de grossesse.

Un essai américain chez 137 femmes ménopausées n’avait pas montré de bénéfice du finastéride 1 mg contre placebo. La Cochrane aboutit à la même conclusion globale, avec un niveau de preuve faible. Cela n’interdit pas une discussion individuelle après la ménopause. Cela empêche de présenter le comprimé 1 mg comme un standard féminin.

La spironolactone bloque le récepteur aux androgènes. Le médecin surveille la kaliémie et la fonction rénale. Les schémas précis relèvent de la pratique locale. Le minoxidil oral à faible dose peut être discuté en cas de mauvaise observance de la lotion, avec le même bémol cardiovasculaire que chez l’homme, et une hypertrichose souvent plus gênante.

Les femmes qui développent une voix plus grave, une pilosité de type masculin ou une clitoromégalie ne sont pas dans le cadre d’une simple calvitie familiale. Le Merck Manual classe la virilisation parmi les signes d’alerte. Il faut alors un avis médical sans attendre un shampoing.

Quand voir un dermatologue pour une chute de cheveux

Une calvitie familiale lente, déjà connue chez le père ou les oncles, n’est pas une urgence. Elle mérite pourtant un avis dès que l’on souhaite un traitement, parce que minoxidil et finastéride marchent mieux tant qu’il reste des follicules miniaturisés, pas une peau lisse.

La Mayo Clinic recommande de consulter en cas de chute persistante qui vous pèse, de perte soudaine ou en plaques, ou d’une quantité inhabituelle de cheveux sur le peigne ou dans la douche. MedlinePlus ajoute le début après un nouveau médicament, et les signes locaux (démangeaison, rougeur, squames, douleur). Le Merck Manual insiste sur la virilisation chez la femme et sur les signes d’une maladie générale.

Le tableau ci-dessous résume une conduite possible, sans remplacer l’examen clinique.

Signe Conduite raisonnable
Raréfaction lente en M ou raie qui s’élargit Rendez-vous dermatologue pour confirmer le type et discuter d’un traitement
Chute brutale par poignées, diffuse Médecin traitant ou dermatologue, bilan ciblé (thyroïde, fer, médicaments, stress récent)
Plaques lisses rondes, sourcils ou barbe Dermatologue rapidement, la pelade se traite autrement que la calvitie
Cuir chevelu rouge, douloureux, croûtes, pus Avis médical rapide, teigne ou alopécie cicatricielle possible
Fièvre, abcès douloureux, malaise intense Appeler le 15 ou le 112
Signes de virilisation chez une femme Avis médical sans délai, bilan hormonal à discuter
Enfant, plaques squameuses, cheveux cassés Médecin, teigne possible, traitement oral souvent nécessaire

Le dermatologue peut s’aider d’une trichoscopie, d’un test de traction, parfois d’une biopsie de 4 mm si le diagnostic reste douteux, surtout s’il craint une forme cicatricielle. Un examen de cheveu « pour les carences » n’est pas fiable pour le diagnostic nutritionnel, rappelle MedlinePlus.

En cas de fièvre élevée avec un cuir chevelu douloureux et collecté, on n’attend pas un créneau de ville. Le 15 (SAMU) ou le 112 sert alors, comme pour toute infection grave. La calvitie banale n’emprunte pas ce chemin.

Ce qu’un traitement peut et ne peut pas faire

Les médicaments de la calvitie androgénétique ne recréent pas une chevelure d’adolescent sur un vertex glabre depuis quinze ans. Ils peuvent stabiliser, épaissir, parfois remplir un peu le vertex plus que les golfes. Une repousse complète est peu probable, ce que l’AAD souligne pour le minoxidil.

Comparer les options aide à choisir avec le médecin, plutôt qu’avec une publicité.

Option Public habituel dans les sources Délai souvent cité Limite principale
Minoxidil local Hommes et femmes 4 à 12 mois Reprise à l’arrêt, irritation, duvet du visage
Finastéride 1 mg oral Hommes seulement 3 à 6 mois Effets sexuels et psychiques possibles, tératogène
Dutastéride oral Hors AMM, plutôt hommes Variable Plus de baisse de DHT, mêmes familles de risques
Minoxidil oral faible dose Hors AMM, deux sexes Quelques mois Hypertrichose, effets cardiovasculaires rares
Greffe Zones donneuses encore fournies Plusieurs mois à un an Ne stoppe pas l’évolution, coût, cicatrices
PRP Complément possible Quelques mois, séances répétées Protocoles non standardisés
Laser de faible intensité Hommes et femmes, données hétérogènes Mois Preuve limitée sur le ressenti
Inhibiteur de JAK oral Pelade grave, pas la calvitie héréditaire 24 à 36 semaines dans les essais Infections, suivi spécialisé

Trois points reviennent dans toutes les sources sérieuses.

  • Un traitement qui marche doit être poursuivi, sinon le bénéfice s’efface en quelques mois à un an.
  • Commencer tôt, tant que le follicule est miniaturisé et non cicatriciel, donne plus de chances qu’attendre une calvitie complète.
  • Un diagnostic faux (pelade, teigne, carence, médicament, traction) fait perdre du temps et de l’argent.

Les soins du quotidien n’empêchent pas une calvitie génétique, précise la Mayo Clinic. Ils réduisent surtout les pertes liées aux coiffures trop tirantes.

Questions fréquentes

La calvitie androgénétique peut-elle se guérir une fois pour toutes ?

Non. Aucun médicament autorisé n’efface définitivement la sensibilité des follicules à la DHT. Minoxidil et finastéride agissent tant qu’on les utilise. La greffe déplace des follicules, elle n’arrête pas l’évolution du reste du cuir chevelu.

Le finastéride 1 mg marche-t-il aussi chez la femme ?

L’étiquetage américain ne l’indique pas chez la femme, et un essai de 12 mois chez des femmes ménopausées n’a pas montré de bénéfice. La Cochrane aboutit à la même réserve. Après la ménopause, certains dermatologues le discutent hors AMM. Avant, le risque pour un fœtus masculin l’exclut.

Le minoxidil fait-il pousser des poils ailleurs que sur la tête ?

Oui, un duvet du visage ou des mains est un effet indésirable connu, surtout avec la solution 5 % et avec le minoxidil oral. La lotion doit sécher avant le contact avec l’oreiller. Se laver les mains après l’application. Si le duvet gène, le médecin ajuste la formule ou la dose.

Les inhibiteurs de JAK soignent-ils la calvitie masculine ?

Non. Ils sont autorisés pour la pelade grave, une maladie auto-immune. L’EMA a chiffré le baricitinib dans cette indication (34 % contre 4 % à 36 semaines pour le critère principal des essais adultes). Rien de tel n’existe pour l’alopécie androgénétique.

Combien de temps avant de juger le minoxidil ou le finastéride ?

Souvent trois mois au plus tôt pour le finastéride, six mois ou plus pour le minoxidil, parfois jusqu’à un an pour voir l’essentiel. Une chute transitoire en début de minoxidil est possible. L’absence totale de changement après ces délais justifie de revoir le diagnostic et le plan, pas d’augmenter la dose de soi-même.

Une chute de plus de 100 cheveux par jour est-elle forcément une calvitie ?

Non. Plus de 100 cheveux par jour sortent de la fourchette habituelle, sauf après un shampoing où l’on peut aller jusqu’à 250. Une calvitie héréditaire se reconnaît surtout au schéma (tempes, vertex, raie), pas au seul chiffre du lavabo. Une chute diffuse brutale oriente vers un autre mécanisme.

Cheveux repiqués

Conclusion

La question « à quel point un remède est-il proche » a deux réponses, selon la maladie. Pour la pelade grave, un comprimé inhibiteur de JAK peut, chez une part notable des patients bien sélectionnés, ramener le cuir chevelu sous un seuil de 20 % de dégarnissement, au prix d’un suivi d’immunosuppresseur. Pour la calvitie androgénétique, le cadre n’a pas basculé. Minoxidil local et finastéride 1 mg chez l’homme restent les piliers mesurés. Le minoxidil oral, le dutastéride et le PRP élargissent la boîte à outils hors AMM. Un gel comme le PP405 est encore dans un essai de phase 2/3.

Si vous perdez des cheveux, le geste utile n’est pas d’attendre une régénération miracle. C’est de faire poser le type d’alopécie. Apportez au médecin la chronologie (lente ou brutale), le schéma (plaques, raie, tempes), la liste des médicaments, et, chez la femme, le calendrier hormonal. Demandez si un minoxidil local a encore une chance, si un inhibiteur de 5-alpha-réductase est adapté à votre âge et à votre projet de paternité, et quels signes imposent d’arrêter.

Une plaque lisse, un cuir chevelu douloureux, une virilisation ou une fièvre sortent du rayon shampoing. Dans ces cas, le rendez-vous, ou le 15, vaut mieux qu’un produit acheté parce qu’il promettait un remède.

Sources

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À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.