Cannelle et diabète : glycémie, doses et risques

Cannelle et diabète : glycémie, doses et risques

La cannelle, saupoudrée sur un yaourt nature ou un bol de flocons d’avoine, n’est pas un traitement du diabète. Les Standards of Care 2025 de l’American Diabetes Association déconseillent les compléments de micronutriments, d’herbes et d’épices, y compris la cannelle, lorsqu’on les prend dans l’espoir d’améliorer la glycémie.

L’essai pakistanais de 2003, souvent brandi comme preuve qu’un gramme par jour suffirait, a fait l’objet en septembre 2025 d’une mise en garde éditoriale dans Diabetes Care. Une revue Cochrane de 2012, portant sur 10 essais et 577 personnes, n’avait déjà pas trouvé d’avantage clair par rapport à un placebo sur la glycémie ni sur l’hémoglobine glyquée (HbA1c).

Une synthèse plus récente, publiée en 2024 dans Nutrition Reviews et datée 2025 au sommaire, regroupe 28 essais et 3 054 adultes atteints de diabète de type 2. Elle décrit une baisse moyenne de la glycémie à jeun d’environ 0,85 mmol/L, avec une hétérogénéité très élevée. La cassia, souvent vendue comme cannelle de Chine, contient de la coumarine, un composé qui peut aggraver une maladie du foie à dose élevée. L’épice peut parfumer un plat sans sucre ajouté ; elle ne remplace ni l’alimentation, ni l’activité physique, ni les médicaments prescrits.

La cannelle fait-elle baisser la glycémie ?

Non de façon fiable, et pas au point de modifier un traitement. La Mayo Clinic résume le dossier ainsi : certains essais montrent un bénéfice, d’autres non, et les doses comme les espèces de cannelle varient trop pour comparer les résultats. Il est possible que l’épice aide l’organisme à utiliser un peu mieux l’insuline, mais les preuves ne permettent pas d’en faire un outil de soin.

Les recommandations 2025 de l’ADA vont plus loin que ce constat d’incertitude. La recommandation 5.16, de grade C, demande aux soignants de s’enquérir des compléments alimentaires et de déconseiller la supplémentation en micronutriments (magnésium, chrome) ou en herbes et épices (cannelle, aloe vera) « pour des bénéfices glycémiques ». Le texte précise qu’il n’existe pas assez de données pour un usage de routine chez les personnes vivant avec un diabète de type 1 ou de type 2.

Cette position n’interdit pas d’utiliser la cannelle en cuisine. Le même chapitre cite d’ailleurs les épices, dont la cannelle, parmi les assaisonnements qui peuvent remplacer le sel. L’écart porte sur le comprimé ou la gélule vendus pour « réguler le sucre », pas sur une pincée dans un plat.

Le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH) arrive à la même conclusion pratique. Les essais sont nombreux, mais souvent difficiles à interpréter, car l’espèce botanique et la partie de la plante testées ne sont pas toujours indiquées. Pour le moment, la recherche ne permet pas de recommander clairement la cannelle contre une maladie précise.

Un point de méthode compte pour le lecteur français. Les seuils, les médicaments disponibles et les règles de remboursement ne sont pas les mêmes aux États-Unis et en France. Les documents cités ici sont américains, britanniques ou internationaux. Le médecin traitant et le pharmacien appliquent la recommandation locale ; aucun de ces documents ne se substitue à leur avis.

Bâtons de cannelle sur un fond de bois

Ce que montrent les méta-analyses, et leurs limites

Les synthèses se contredisent moins sur le sens du signal que sur sa taille et sa solidité. En 2012, Leach et Kumar, pour Cochrane, ont analysé 10 essais randomisés (577 participants, surtout de la Cinnamomum cassia, environ 2 g par jour pendant 4 à 16 semaines). L’effet sur la glycémie à jeun restait non concluant. Aucune différence statistiquement significative n’apparaissait pour l’HbA1c, l’insuline ni la glycémie après repas. Les essais étaient de qualité médiocre ; aucun ne mesurait les complications, la mortalité ni la qualité de vie.

L’année suivante, Allen et ses collègues ont repris 10 essais chez des personnes avec un diabète de type 2 (543 participants, 120 mg à 6 g par jour, 4 à 18 semaines). La glycémie à jeun baissait en moyenne de 24,59 mg/dL, soit environ 1,36 mmol/L, et quelques lipides bougeaient dans le même sens. L’HbA1c, elle, ne changeait pas de façon significative (−0,16 point, intervalle de confiance qui croisait zéro). L’hétérogénéité était élevée pour presque tous les critères.

La synthèse menée par de Moura et al., publiée en ligne le 25 juin 2024 dans Nutrition Reviews, élargit le fichier à 28 essais et 3 054 patients, sur 30 à 120 jours. La glycémie à jeun diminue de 15,26 mg/dL (environ 0,85 mmol/L) par rapport au contrôle, la glycémie postprandiale de 39,22 mg/dL (environ 2,18 mmol/L). L’HbA1c recule de 0,56 dans l’analyse groupée (intervalle −0,99 à −0,13), une ampleur compatible avec des points de pourcentage, malgré une unité mal libellée dans le résumé. L’indice HOMA-IR, qui estime la résistance à l’insuline, baisse aussi. Les auteurs notent un signal plus net avec des gélules et des doses inférieures ou égales à 2 g par jour.

Ces chiffres ne transforment pas l’épice en médicament. Les I² dépassent souvent 80 %, parfois 100 % pour la glycémie postprandiale : les essais ne mesurent pas la même chose. Une autre méta-analyse, celle de Deyno et al. en 2019 (16 essais), trouvait une baisse de la glycémie à jeun de 0,545 mmol/L, sans effet significatif sur l’HbA1c ni sur les lipides. Le NCCIH, dans son dossier 2022 à l’intention des soignants, souligne précisément ces divergences et la prudence qu’elles imposent.

L’HbA1c reflète environ trois mois de glycémie. Des essais de quatre à huit semaines peuvent donc manquer un effet réel, ou au contraire gonfler un à-coup transitoire. Sans essai assez long sur les infarctus, les lésions rénales ou la neuropathie, une petite baisse de laboratoire ne dit pas si le pronostic change.

Cannelle de Ceylan ou cannelle de Chine

Deux plantes différentes se vendent sous le même nom d’épicerie. La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum, aussi appelée C. zeylanicum) pousse surtout au Sri Lanka. La cassia (Cinnamomum cassia ou C. aromaticum), dite cannelle de Chine, domine les rayons en Amérique du Nord et, très souvent, en Europe. Le NCCIH rappelle que les étiquettes omettent fréquemment l’espèce.

La différence qui compte pour la sécurité s’appelle la coumarine. Ce composé, présent en quantité parfois élevée dans la cassia, n’existe qu’à l’état de traces dans la cannelle de Ceylan. Une consommation prolongée de cassia peut poser problème aux personnes déjà malades du foie, et à celles qui y sont sensibles. La cannelle de Ceylan n’élimine pas tout risque (troubles digestifs, allergies, interactions possibles), mais elle évite la charge de coumarine typique de la cassia.

La plupart des essais cliniques ont utilisé de la cassia, pas de la cannelle de Ceylan. Un résultat obtenu avec l’une ne se transpose pas automatiquement à l’autre. Inversement, préférer la Ceylan pour limiter la coumarine, c’est aussi s’éloigner de l’espèce la plus étudiée pour la glycémie.

À l’œil, la Ceylan se présente souvent en bâtons fins, en couches multiples, d’un brun clair. La cassia forme des rouleaux plus épais, plus durs, d’un brun rouge. En poudre, la distinction devient hasardeuse. Si vous achetez un complément, le nom latin sur l’étiquette est le seul repère utile ; s’il manque, le produit ne permet pas de savoir ce que vous avalez.

Critère Cannelle de Ceylan Cannelle de Chine (cassia)
Nom botanique Cinnamomum verum (C. zeylanicum) Cinnamomum cassia (C. aromaticum)
Coumarine (NCCIH, 2024) Traces Teneurs variables, parfois élevées
Place dans les essais Peu d’études glycémiques Majorité des essais randomisés
Foie Moins de charge en coumarine Prudence si maladie hépatique ou dose élevée
Forme courante Bâtons fins, plusieurs couches Bâtons épais, poudre de supermarché

En France, le pot du magasin porte souvent seulement « cannelle ». Rien n’oblige le fabricant à afficher l’espèce. Pour un usage quotidien, demander de la cannelle de Ceylan au rayon épicerie fine ou lire C. verum sur l’étiquette reste le geste le plus simple. Le pharmacien peut aussi aider à lire la composition d’un complément, sans que cela vaille prescription.

Comment l’épice pourrait agir sur l’insuline

Le mécanisme reste hypothétique chez l’humain. La Mayo Clinic évoque une meilleure utilisation de l’insuline, sans en faire une certitude. Allen et al. relient surtout le cinnamaldéhyde, composé odorant de l’écorce, à des effets insulinotropes observés en laboratoire : libération d’insuline, sensibilité des récepteurs, activité de la protéine-tyrosine phosphatase 1B, translocation du transporteur GLUT4 qui fait entrer le glucose dans la cellule.

Chez l’animal, des extraits aqueux de cannelle ont aussi stimulé les récepteurs PPAR, des facteurs de transcription impliqués dans le métabolisme des lipides et de l’insuline. Ces pistes expliquent pourquoi les chercheurs ont testé l’épice. Elles ne prouvent pas qu’une cuillerée dans le café reproduise le même schéma chez une personne traitée par metformine ou par un analogue du GLP-1.

La composition chimique varie selon l’espèce, le terroir, la partie de la plante (écorce, feuille, huile) et le procédé d’extraction. Un essai qui utilise une poudre brute et un autre qui utilise un extrait aqueux standardisé ne parlent pas du même produit. C’est une des raisons pour lesquelles les méta-analyses restent hétérogènes, même lorsque le critère de jugement s’appelle « cannelle ».

Aucun de ces mécanismes n’autorise à baisser un médicament. Si un effet hypoglycémiant existe chez certaines personnes, il s’ajoute à celui des traitements déjà en place. Le risque, alors, n’est plus l’absence d’effet, c’est un trop-plein.

Doses étudiées, cuisine et gélules

Il n’existe pas de posologie officielle, parce qu’aucun régulateur n’a approuvé la cannelle comme médicament du diabète. Dans les essais repris par Allen, les doses allaient de 120 mg à 6 g par jour. Cochrane indiquait une moyenne proche de 2 g. De Moura et al. ont observé un signal sur l’HbA1c plutôt en dessous de 2 g par jour et sous forme de gélules ; ce n’est pas une recette à copier, c’est un sous-groupe statistique, obtenu avec une hétérogénéité encore très forte.

Des apports inférieurs à 6 g par jour ne semblent pas poser de risque sanitaire général, d’après la fiche grand public du NCCIH mise à jour en novembre 2023. Les effets indésirables les plus fréquents au-delà sont des réactions cutanées allergiques et des troubles digestifs. L’alerte coumarine de la cassia reste entière dans le même document, une personne déjà malade du foie pouvant mal tolérer une grande quantité de cassia, même si d’autres la tolèrent.

Si l’on tient surtout à l’arôme, une demi-cuillère à café à une cuillère à café dans un aliment suffit, plutôt qu’un comprimé dont la teneur réelle n’est pas contrôlée comme un médicament, indique la Cleveland Clinic, qui ne recommande pas non plus la cannelle comme traitement.

Quelques repères concrets, tous issus de ces sources, aident à ne pas transformer l’épice en automédication.

  • Les essais ont duré le plus souvent entre un et quatre mois, rarement plus.
  • Une gélule n’équivaut pas à une pincée culinaire, ni d’une marque à l’autre.
  • L’espèce botanique devrait figurer sur l’étiquette ; son absence est un motif de refus.
  • Mélanger cannelle et pâtisserie sucrée annule l’intérêt d’un assaisonnement sans sucre.

Avaler de la poudre sèche pour un défi vidéo n’a aucun rapport avec le diabète. Le NCCIH le déconseille formellement, des lésions pulmonaires graves étant possibles. L’huile essentielle de cannelle, trop concentrée, n’est pas un substitut alimentaire ; appliquée sur la peau, elle peut irriter.

Cholestérol, tension et poids

Les effets sur les lipides, la pression artérielle et le poids sont, comme la glycémie, modestes et inconstants. Allen 2013 rapportait une baisse du cholestérol total, du LDL et des triglycérides, et une petite hausse du HDL, toujours avec une forte hétérogénéité sauf pour le HDL. De Moura et al. retrouvent un signal lipidique surtout dans le sous-groupe des gélules. Deyno 2019, à l’inverse, ne voyait pas de changement lipidique significatif.

Des revues de 2020, citées par le NCCIH, suggèrent que la cannelle pourrait faire baisser les triglycérides, le cholestérol total et le LDL chez des personnes avec un diabète de type 2, mais moins nettement dans les essais occidentaux, les essais de meilleure qualité et ceux qui duraient plus de deux mois. Plus l’étude est solide ou longue, plus l’effet lipidique s’estompe.

Une revue de 9 essais (623 participants), également citée par le NCCIH, décrivait une baisse de la pression artérielle sans effet sur l’indice de masse corporelle, le poids ni le tour de taille. Les échantillons étaient petits. Le tabac, l’activité physique et l’alimentation, qui pèsent lourd sur la tension, n’étaient pas toujours pris en compte.

De Moura et al. ont observé une baisse d’IMC d’environ 1,18 kg/m² aux doses inférieures ou égales à 2 g par jour. Ce n’est pas une stratégie d’amaigrissement. Les recommandations 2025 de l’ADA placent la perte de poids, quand elle est indiquée, du côté de l’alimentation, de l’activité physique et, le cas échéant, des traitements validés, pas du côté d’une épice.

Le fil conducteur reste le même. Un mouvement de laboratoire sur le LDL ou la tension n’autorise ni à arrêter une statine, ni à relâcher le contrôle de la pression, ni à croire qu’un flacon de gélules protège les artères.

Médecin discutant avec un patient sur les bienfaits de la cannelle

Interactions avec l’insuline et les comprimés

La cannelle peut, en théorie, s’ajouter à l’effet des médicaments qui baissent déjà la glycémie. Pour les personnes déjà traitées, le NCCIH signale que des herbes telles que la cannelle, le millepertuis ou l’aloès peuvent entraîner des effets indésirables, d’où l’intérêt d’en parler au soignant. La même discussion, avant tout complément, permet de vérifier qu’il n’interfère pas avec un médicament déjà prescrit, souligne aussi la Mayo Clinic.

Le tableau clinique à surveiller s’appelle hypoglycémie. Une page des CDC mise à jour le 16 mai 2024 situe le seuil à 70 mg/dL, soit environ 3,9 mmol/L. En dessous, il faut agir. Les signes fréquents comprennent tremblements, sueurs, palpitations, faim, nervosité, irritabilité, confusion et vertiges. L’hypoglycémie grave, sous 54 mg/dL (environ 3,0 mmol/L), peut aller jusqu’à la difficulté à marcher ou à voir, les convulsions et la perte de connaissance.

Ces seuils viennent d’un document américain. En France, le médecin utilise les valeurs du laboratoire et du lecteur que vous avez en main. L’idée pratique ne change pas : si vous ajoutez un produit susceptible de faire baisser la glycémie alors que vous prenez de l’insuline, un sulfamide hypoglycémiant ou un glinide, le risque de malaise augmente. Un carnet ou un capteur, déjà utiles au quotidien, le deviennent encore plus pendant les premières semaines.

Les anticoagulants et les antiagrégants font l’objet d’une alerte plus fragile. Allen et al. mentionnent, à partir de données animales, une possible baisse des plaquettes et un risque hémorragique lié à des isolats de coumarine. Les essais humains n’ont pas documenté cet effet de façon cohérente ; les auteurs parlent eux-mêmes d’un risque encore hypothétique. Ce n’est pas une raison de cacher un complément à son médecin si vous prenez de la warfarine ou un autre anticoagulant, c’est une raison de poser la question plutôt que d’improviser.

Des travaux financés en partie par le NCCIH évoquent aussi des interactions théoriques avec certains anticancéreux et avec la nicotine. La conduite la plus simple reste d’apporter la boîte au pharmacien ou au médecin, plutôt que de croiser les notices sur un forum.

Qui devrait éviter les compléments de cannelle

Certaines situations rendent la gélule de cannelle particulièrement mal choisie. Le NCCIH déconseille les grandes quantités de cassia en cas de maladie du foie. La Mayo Clinic relie elle aussi les fortes doses prolongées à des problèmes hépatiques, en plus des troubles digestifs et des allergies. Pendant la grossesse, les quantités culinaires habituelles semblent acceptables d’après les données dont dispose le NCCIH ; les doses plus élevées de cannelle de Ceylan sont jugées peu sûres. On sait très peu de choses sur les fortes doses pendant l’allaitement.

Les enfants n’étaient pas la population des grands essais de diabète de type 2. Leur masse corporelle plus faible les expose plus vite à un excès de coumarine si la cassia est utilisée comme un « traitement ». Aucune des études citées n’autorise un complément de cannelle chez l’enfant diabétique.

Le diabète de type 1 n’entre pas dans le périmètre retenu par de Moura et al., qui l’ont exclu d’emblée, comme le diabète gestationnel. Cochrane avait inclus des personnes des deux types et n’avait quand même pas trouvé de preuve suffisante. Remplacer ne serait-ce qu’une partie de l’insuline par une épice expose à une hyperglycémie, puis à l’acidocétose et aux complications. Ce n’est pas un scénario théorique : la FDA, en 2021, a rappelé que vendre un complément comme traitement ou « guérison » du diabète est illégal aux États-Unis, précisément parce que ces produits détournent des soins efficaces.

Une maladie rénale déjà connue appelle une vigilance particulière. Le NCCIH note que des compléments ont été liés, dans des observations, à des atteintes rénales, et que le diabète est lui-même une cause majeure de maladie du rein. Ce n’est pas propre à la cannelle, mais c’est un argument de plus pour ne pas empiler les gélules sans suivi.

Enfin, quiconque a déjà présenté une allergie de contact à la cannelle (dermatite, urticaire au contact de l’épice ou d’une huile) n’a aucune raison de tester une forme concentrée par la bouche.

Signes d’alerte liés à la cannelle et au diabète

Un complément « naturel » n’annule pas les urgences du diabète. Les signes ci-dessous viennent des CDC pour l’hypoglycémie, de la Mayo Clinic et du NCCIH pour le foie, le tube digestif et les allergies. Ils ne servent pas à se diagnostiquer tout seul ; ils indiquent quand il faut un soignant, et quand il faut les secours.

Situation Conduite
Tremblements, sueurs, palpitations, confusion, glycémie sous 3,9 mmol/L Resucrer selon le protocole habituel, puis prévenir le médecin traitant
Difficulté à marcher ou à voir, convulsions, perte de connaissance Appeler le 15 ou le 112, ne pas faire boire une personne inconsciente
Troubles digestifs persistants ou réaction allergique après l’épice Arrêter le produit, en parler au pharmacien ou au médecin
Maladie du foie connue, ou fatigue inhabituelle sous cassia à haute dose Ne pas commencer (ou arrêter) le complément, avis médical rapide
Publicité « guérit le diabète » ou « remplace vos médicaments » Ne pas acheter ; le NCCIH et la FDA classent ces promesses comme dangereuses

Une hyperglycémie qui s’installe parce que l’on a allégé un traitement au profit de gélules n’est pas moins grave. Soif intense, urines très abondantes, nausées, essoufflement ou douleur abdominale chez une personne insulinodépendante justifient un appel au 15 ou au 112, surtout s’il s’y ajoute une somnolence. Ces signes ne sont pas « le temps que la cannelle agisse ».

Le médecin n’a besoin ni d’un dossier savant ni d’un sentiment de culpabilité. Il suffit d’apporter la boîte, de dire depuis quand vous la prenez et de montrer les carnets de glycémie pour décider s’il faut arrêter le produit, adapter un médicament, ou simplement garder l’épice dans le placard.

Questions fréquentes

La cannelle remplace-t-elle les médicaments du diabète ?

Non. Les recommandations américaines de 2025 déconseillent les compléments de cannelle pour améliorer la glycémie, et le NCCIH insiste pour ne pas substituer un produit non prouvé au traitement prescrit. Arrêter l’insuline ou un antidiabétique oral au profit d’une épice expose à des complications évitables.

Quelle quantité de cannelle par jour est raisonnable ?

Il n’existe pas de dose officielle. Les essais ont utilisé entre 120 mg et 6 g par jour, souvent autour de 2 g, pendant quelques semaines à quelques mois. Pour un usage alimentaire, la Cleveland Clinic évoque environ une demi-cuillère à café à une cuillère à café dans un plat. Au-delà, surtout avec de la cassia, le rapport bénéfice-risque n’est plus celui d’une épice de cuisine.

La cannelle de Ceylan est-elle plus efficace contre le sucre ?

On ne le sait pas. La plupart des essais positifs ou mixtes ont porté sur la cassia. La Ceylan contient beaucoup moins de coumarine, ce qui la rend plus rassurante pour un usage répété, mais son effet glycémique propre reste mal démontré. Choisir la Ceylan, c’est d’abord un choix de sécurité, pas une preuve d’efficacité supérieure.

Peut-on prendre de la cannelle avec de l’insuline ?

Uniquement si le médecin qui suit le diabète l’a validé, et en surveillant la glycémie de près. Le NCCIH signale que la cannelle associée aux médicaments du diabète peut provoquer des effets indésirables, dont une hypoglycémie. Les signes (tremblements, sueurs, confusion) imposent d’agir comme pour toute autre hypoglycémie, pas d’attendre que « ça passe ».

La cannelle aide-t-elle en cas de diabète de type 1 ?

Les données utiles manquent. Cochrane n’a pas trouvé de preuve suffisante, y compris dans des essais qui mélangeaient les types de diabète, et la grande synthèse de 2024 a exclu d’emblée le type 1. L’insuline reste indispensable. Une épice ne s’y substitue pas.

Les gélules de cannelle vendues en pharmacie ou en ligne sont-elles utiles ?

Elles n’ont pas le statut d’un médicament évalué pour le diabète. De Moura et al. ont vu un signal un peu plus net avec des gélules, mais l’hétérogénéité reste extrême et l’ADA ne recommande pas cette stratégie. Sans nom d’espèce, sans teneur en coumarine et sans discussion avec un soignant, la gélule ajoute une inconnue plus qu’un bénéfice.

Conclusion

La cannelle reste une épice, pas une ligne de traitement. Les essais les plus optimistes décrivent une baisse modeste et irrégulière de la glycémie à jeun ; Cochrane n’en voyait pas assez pour recommander l’usage, et les Standards of Care 2025 de l’ADA déconseillent explicitement les compléments d’épices pour la glycémie. L’essai de 2003 qui a lancé la mode fait l’objet d’une mise en garde éditoriale en 2025. Ce n’est plus un argument de vente, c’est un dossier scientifique prudent.

Si vous aimez le goût, gardez la poudre dans la cuisine, de préférence de Ceylan, sur des aliments qui n’apportent pas déjà du sucre. Si vous prenez déjà un complément, notez l’espèce, la dose et la date de début, puis montrez la boîte au pharmacien ou au médecin traitant, avec vos dernières glycémies et votre liste de médicaments. La question utile n’est pas « est-ce naturel », c’est « cela peut-il faire baisser trop la glycémie, ou trop charger le foie ».

N’arrêtez pas un traitement prescrit pour « tester » l’épice. En cas de malaise avec tremblements, sueurs ou confusion, traitez d’abord l’hypoglycémie. Si la personne ne peut plus marcher, parler clairement ou rester consciente, appelez le 15 ou le 112.

Sources

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  3. Cinnamon: Usefulness and Safety. National Center for Complementary and Integrative Health, mis à jour en novembre 2024.
  4. Diabetes and Dietary Supplements: What You Need To Know. National Center for Complementary and Integrative Health, mis à jour en novembre 2023.
  5. Leach MJ, Kumar S : Cinnamon for diabetes mellitus. Cochrane Database of Systematic Reviews, 12 septembre 2012.
  6. Allen RW, Schwartzman E, Baker WL et al. : Cinnamon use in type 2 diabetes: an updated systematic review and meta-analysis. Annals of Family Medicine, septembre 2013.
  7. de Moura SL, Gomes BGR, Guilarducci MJ et al. : Effects of cinnamon supplementation on metabolic biomarkers in individuals with type 2 diabetes: a systematic review and meta-analysis. Nutrition Reviews, 25 juin 2024.
  8. Low Blood Sugar (Hypoglycemia). Centers for Disease Control and Prevention, 16 mai 2024.
  9. Khan A, Safdar M, Ali Khan MM et al. : Cinnamon improves glucose and lipids of people with type 2 diabetes. Diabetes Care, décembre 2003.
  10. American Diabetes Association : Expression of Concern. Alam Khan, Mahpara Safdar, Mohammad Muzaffar Ali Khan, Khan Nawaz Khattak, and Richard A. Anderson. Cinnamon Improves Glucose and Lipids of People With Type 2 Diabetes. Diabetes Care 2003;26:3215-3218. DOI: 10.2337/diacare.26.12.3215. Diabetes Care, 1er septembre 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.