Vaginite : causes, symptômes et traitement

Vaginite : causes, symptômes et traitement

La vaginite désigne une irritation ou une infection de la muqueuse vaginale, parfois de la vulve, qui change les pertes, provoque un prurit ou une douleur, et se soigne selon la cause identifiée. Les trois origines infectieuses les plus fréquentes sont la vaginose bactérienne, la candidose vulvovaginale et la trichomonase, d’après les guides américains des CDC de 2021.

Beaucoup de femmes achètent un ovule antifongique dès qu’une gêne apparaît. L’interrogatoire seul ne suffit pourtant pas à poser le bon diagnostic et peut conduire à un mauvais médicament, précisent ces mêmes guides.

Un pH vaginal supérieur à 4,5 oriente plutôt vers une vaginose ou une trichomonase, alors qu’une mycose laisse en général un pH inférieur à 4,5. Chez la femme, la trichomonase se traite par métronidazole 500 mg deux fois par jour pendant 7 jours, et non plus par une dose unique de 2 g. Jusqu’à 66 % des vaginoses bactériennes reviennent dans l’année, un chiffre repris par l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) en 2025.

Qu’est-ce que la vaginite et d’où viennent les symptômes

La vaginite n’est pas une maladie unique. C’est un tableau clinique où la muqueuse s’enflamme ou s’irrite, les pertes changent, et une brûlure, un prurit ou une odeur peuvent s’y ajouter. La Cleveland Clinic, mise à jour en juin 2024, range sous ce mot aussi bien un déséquilibre bactérien qu’une levure, un parasite, un produit chimique ou une baisse d’œstrogènes.

La plupart des femmes auront, au cours de leur vie, un épisode de pertes, de prurit, de brûlure ou d’odeur lié à une infection vaginale, indiquent les CDC. Cela ne signifie pas que chaque personne en fera l’expérience, ni qu’un seul germe est en cause. La vaginose bactérienne est la forme la plus fréquente ; la mycose arrive ensuite. Plusieurs mécanismes peuvent coexister.

Les signes qui reviennent d’une cause à l’autre sont peu spécifiques. La Mayo Clinic (décembre 2021) cite un changement de couleur, d’odeur ou de volume des pertes, un prurit ou une irritation, une douleur pendant les rapports, une brûlure en urinant et de petits saignements hors des règles. La vulve peut gonfler. Aucun de ces signes n’appartient à une seule origine.

Le vagin n’a pas besoin d’être « stérile » pour rester confortable. Un écosystème dominé par des lactobacilles maintient un milieu acide qui limite la pousse d’anaérobies et de levures. Quand cet équilibre bascule, ou quand la muqueuse s’amincit faute d’œstrogènes, les symptômes apparaissent. Distinguer le mécanisme évite de traiter une vaginose avec un antifongique, ou une mycose avec un antibiotique.

Femme avec une vaginite, illustrant l'inflammation vaginale.

Mycose, vaginose et trichomonase, quels signes les séparent

L’aspect des pertes donne une piste, pas un diagnostic. La Mayo Clinic décrit une vaginose comme des pertes gris-blanc, fluides, souvent à odeur de poisson, plus nette après un rapport. Une mycose s’accompagne surtout d’un prurit intense, avec des pertes épaisses, blanches, proches du lait caillé. La trichomonase peut donner des pertes jaune-vert, parfois mousseuses.

Le pH aide à classer ces pistes. Au-dessus de 4,5, les CDC retiennent surtout la vaginose ou la trichomonase, même si cette dernière peut aussi laisser un pH normal. En dessous de 4,5, une candidose reste plausible. La Mayo Clinic rappelle toutefois qu’un pH isolé n’est pas un test fiable. Deux infections peuvent se superposer, et une cervicite à chlamydiae ou à gonocoque peut aussi modifier les pertes sans être une vaginite à proprement parler.

Origine Pertes et signes souvent décrits pH habituel
Vaginose bactérienne Pertes fluides gris-blanc, odeur de poisson, peu de prurit Souvent > 4,5
Mycose (Candida) Prurit, rougeur, pertes épaisses type lait caillé Souvent < 4,5
Trichomonase Pertes jaune-vert parfois mousseuses, brûlure, dyspareunie Souvent > 4,5
Irritation ou allergie Brûlure et rougeur sans germe identifié Variable
Atrophie (ménopause) Sécheresse, amincissement, rapports douloureux Souvent élevé

Soixante-dix à 85 % des personnes infectées par Trichomonas vaginalis n’ont que peu de signes, ou aucun, selon les CDC (page revue en septembre 2022). Une absence de gêne n’écarte donc pas le parasite. À l’inverse, 10 à 20 % des femmes portent des levures sans symptômes, et une culture positive isolée ne justifie pas un antifongique.

Une odeur de poisson après un rapport oriente davantage vers une vaginose. Un prurit avec fissures évoque plutôt une candidose si le pH reste bas. Des pertes mousseuses jaune-vert, parfois avec un col « fraise », font chercher une trichomonase par un test sensible.

Rien de tout cela ne remplace un examen et un prélèvement. Les guides des CDC le disent clairement. Se fier au seul récit des symptômes conduit trop souvent à un mauvais produit, surtout lorsqu’un antifongique en vente libre a déjà été essayé.

Causes infectieuses, irritatives et hormonales

La vaginose bactérienne n’est pas une infection par un seul microbe. Les lactobacilles producteurs d’acide lactique reculent, et des anaérobies (Gardnerella vaginalis, Prevotella, Atopobium vaginae et d’autres) prennent leur place, parfois sous forme de biofilm. Les CDC la décrivent comme la première cause de pertes vaginales dans le monde. Un nouveau partenaire, plusieurs partenaires, l’absence de préservatif, les douches vaginales et un stérilet au cuivre sont associés à un risque plus élevé. Les femmes qui n’ont jamais eu de rapport sexuel sont rarement touchées, ce qui n’en fait pas pour autant une IST classique au sens de la trichomonase.

La mycose vient le plus souvent d’un excès de Candida albicans, déjà présent à bas bruit. Les antibiotiques, la grossesse, un diabète mal équilibré et les corticoïdes figurent parmi les facteurs cités par les CDC et la Cleveland Clinic. Beaucoup d’épisodes, chez une femme en bonne santé, n’ont pourtant aucun déclencheur identifiable. Ce n’est généralement pas une infection sexuellement transmise, même si un partenaire masculin peut parfois présenter une balanite.

La trichomonase, elle, se transmet presque exclusivement par contact sexuel. Le protozoaire T. vaginalis gagne le vagin, l’urètre et les glandes voisines. Les CDC estiment qu’il s’agit de l’IST non virale la plus fréquente dans le monde. Une infection non traitée peut durer des mois, voire des années. Elle s’associe à un risque accru d’autres IST, dont le VIH, et, chez la femme enceinte, à un risque d’accouchement prématuré, de rupture prématurée des membranes et d’enfant petit pour l’âge gestationnel multiplié d’environ 1,4, d’après les CDC.

Des produits du quotidien irritent la muqueuse sans qu’aucun germe ne soit en cause. La Mayo Clinic cite les sprays vaginaux, les douches, les savons parfumés, les lessives parfumées, les spermicides, et un tampon oublié. La Cleveland Clinic ajoute les lingettes, certains lubrifiants et les adoucissants. Après la ménopause, ou après une ablation des ovaires, la baisse d’œstrogènes amincit la muqueuse. On parle alors de syndrome génito-urinaire de la ménopause, autrefois appelé vaginite atrophique. Allaitement et post-partum peuvent donner un tableau voisin.

Porter des vêtements très serrés ou rester longtemps dans un maillot mouillé n’« invente » pas une infection, mais entretient un milieu chaud et humide où levures et bactéries poussent plus facilement. Un stérilet, un diabète non contrôlé et des partenaires multiples s’ajoutent à la liste des facteurs de la Mayo Clinic. Aucun de ces éléments ne pose le diagnostic à lui seul.

Comment le médecin pose le diagnostic

Le diagnostic repose sur l’interrogatoire, l’examen et des tests, pas sur une impression. Les CDC soulignent qu’un interrogatoire isolé est insuffisant et peut faire prescrire le mauvais médicament. Le médecin s’informe des partenaires, des règles, des douches, des traitements déjà pris, y compris les ovules achetés sans ordonnance.

L’examen pelvien cherche une inflammation, des fissures, l’aspect des pertes et, parfois, un col d’allure inhabituelle. Un échantillon de sécrétion sert ensuite au pH, à un examen à l’état frais (sérum physiologique et potasse à 10 %) et, si besoin, à une culture ou à un test d’amplification des acides nucléiques (TAAN). La Cleveland Clinic demande souvent d’éviter les rapports et tout produit placé dans le vagin pendant au moins 24 heures avant la consultation, afin de ne pas laver l’échantillon.

L’examen au microscope reste utile au cabinet, mais sa sensibilité n’est que d’environ 50 % par rapport à un TAAN pour la trichomonase ou à une culture pour les levures. Autrement dit, un frottis « négatif » n’élimine pas l’infection. Pour T. vaginalis, la sensibilité de l’examen à l’état frais tombe même à 44–68 % face à la culture, et elle chute encore si la lame n’est pas lue tout de suite. La revue de Caroline Mitchell (Obstetrics & Gynecology, 2024) juge les tests moléculaires probablement supérieurs à la microscopie de cabinet pour la plupart des praticiens et la plupart des cas.

La vaginose se reconnaît au cabinet par les critères d’Amsel, soit au moins trois signes parmi des pertes homogènes fluides, des cellules-guides au microscope, un pH supérieur à 4,5 et une odeur de poisson avant ou après potasse. La coloration de Gram (score de Nugent) reste la méthode de laboratoire de référence. Les TAAN dédiés à la vaginose, lorsqu’ils sont disponibles, se réservent aux femmes symptomatiques. Un frottis cervico-utérin n’est pas un outil de diagnostic de vaginose.

Avant le rendez-vous, quelques précautions simples aident le prélèvement.

  • Signalez les ovules, crèmes ou antibiotiques déjà utilisés, même achetés sans ordonnance.
  • Notez la couleur, la texture et l’odeur des pertes, ainsi que le lien avec les règles ou un rapport.
  • Évitez une toilette interne le matin de la consultation, afin de laisser les sécrétions en place.

Si l’inflammation est nette et qu’aucun agent n’apparaît, le médecin cherche une cause mécanique, chimique ou allergique. Des symptômes qui persistent sans explication justifient, selon les CDC, un avis spécialisé. D’autres diagnostics, dont la vaginite inflammatoire desquamative, le syndrome génito-urinaire de la ménopause ou une vulvodynie, entrent alors en ligne de compte, rappelle Mitchell.

Quels traitements selon la cause

Le traitement suit la cause, pas le mot « vaginite ». Une mycose se soigne par un azolé, une vaginose par un nitro-imidazolé ou de la clindamycine, une trichomonase par un nitro-imidazolé oral, une irritation en écartant le produit, une atrophie par des œstrogènes locaux lorsque la prescription est possible. Mélanger ces stratégies, ou les empiler, n’accélère pas la guérison.

Les schémas ci-dessous sont ceux des guides américains des CDC de 2021 (trichomonase mise à jour en 2022). En France, le médecin ou le pharmacien choisit la spécialité et la durée prévues localement. Les doses ne se copient pas hors avis médical.

Cause Schéma cité par les CDC Point d’attention
Vaginose bactérienne Métronidazole 500 mg par voie orale, 2 fois/jour pendant 7 jours Gel 0,75 % (5 jours) ou crème de clindamycine 2 % (7 soirs) aussi possibles
Mycose simple Azolé local 1 à 7 jours, ou fluconazole 150 mg en une prise Soulagement et cultures négatives chez 80 à 90 % des femmes qui terminent le schéma
Mycose de la femme enceinte Azolé local pendant 7 jours Fluconazole oral 150 mg à éviter
Trichomonase chez la femme Métronidazole 500 mg, 2 fois/jour pendant 7 jours Le gel vaginal n’atteint pas des taux utiles ; traiter les partenaires
Atrophie liée à la ménopause Œstrogènes vaginaux (crème, comprimé ou anneau) Prescription après revue des contre-indications

Pour une mycose non compliquée, les CDC retiennent aussi le clotrimazole, le miconazole ou le tioconazole en vente libre aux États-Unis, sur 1, 3 ou 7 jours. Les crèmes grasses peuvent fragiliser un préservatif en latex. Même après un épisode déjà étiqueté « mycose », l’auto-diagnostic se trompe souvent. Des symptômes qui persistent, ou qui reviennent en moins de deux mois, demandent un nouvel examen plutôt qu’un second ovule.

La trichomonase illustre un changement de schéma. Un essai multicentrique et une méta-analyse, repris par les CDC, ont montré que le métronidazole 500 mg deux fois par jour pendant 7 jours réduisait d’environ moitié la part de femmes encore positives à un mois, par rapport à une dose unique de 2 g. C’est, note Mitchell, la seule IST dont le schéma recommandé diffère selon le sexe. Chez l’homme, les CDC gardent 2 g en une prise. Le tinidazole 2 g reste une option. L’alcool n’a plus à être évité de façon systématique avec le métronidazole, selon une revue citée par les CDC en 2021 ; le médecin tranchera selon votre situation.

Une vaginose symptomatique se traite pour soulager et, potentiellement, pour réduire le risque d’acquérir d’autres IST. Les CDC ne comparent pas directement voie orale et voie locale. La crème de clindamycine, grasse, peut fragiliser latex et diaphragme pendant plusieurs jours. Les douches n’aident ni à traiter ni à prévenir une rechute. Une mycose étendue (érythème, œdème, fissures) répond moins bien aux schémas très courts. Les CDC proposent alors 7 à 14 jours d’azolé local, ou deux prises de fluconazole 150 mg à 72 heures d’intervalle.

Les crèmes de cortisone et les antihistaminiques ne figurent pas parmi les traitements de première intention des trois infections. Ils n’ont de place, le cas échéant, que sur avis médical pour une irritation cutanée associée, pas à la place de l’anti-infectieux adapté.

Récidives, partenaires et probiotiques

Une vaginose qui revient n’est pas une exception. Jusqu’à 66 % des femmes voient les symptômes réapparaître dans les douze mois, indique l’ACOG en octobre 2025. Les CDC de 2021 proposaient déjà, après plusieurs rechutes, un gel de métronidazole 0,75 % deux fois par semaine pendant plus de trois mois, ou d’autres schémas prolongés. L’effet s’estompe souvent à l’arrêt. L’acide borique vaginal (600 mg/jour pendant 21 jours) apparaît ensuite dans certaines séquences américaines, sous supervision médicale ; ce n’est pas un produit d’automédication.

Le statut du partenaire a changé. En 2021, les CDC ne recommandaient pas de traiter systématiquement le partenaire masculin, faute de bénéfice net dans les essais alors disponibles. L’actualisation de l’ACOG d’octobre 2025, qui met à jour le Practice Bulletin 215, demande désormais d’envisager, pour une vaginose symptomatique récidivante, un traitement concomitant du partenaire masculin par un antimicrobien oral associé à un topique. Une décision partagée est proposée pour un premier épisode, et pour les partenaires de même sexe, où les données restent plus minces. En France, c’est le médecin qui dira si ce schéma a une place et comment le prescrire.

Pour la trichomonase, le traitement simultané de tous les partenaires actuels reste indispensable. Les rapports attendent la fin des prises et la disparition des symptômes. Un nouveau test est recommandé chez la femme sexuellement active vers trois mois, même si elle croit son partenaire traité. Une mycose non compliquée, elle, ne justifie en général pas de traiter le partenaire ; une balanite prurigineuse peut toutefois bénéficier d’un antifongique local.

Les probiotiques ne remplacent pas l’antibiotique ni l’antifongique. La revue Cochrane de Senok et coll. (2021) ne fournit pas assez de preuves pour recommander les lactobacilles, seuls ou après métronidazole, afin de guérir une vaginose ou d’en empêcher le retour. Les CDC aboutissent à la même conclusion pour la vaginose et ajoutent qu’aucune donnée solide ne soutient probiotiques ou préparations homéopathiques contre une mycose. Mitchell (2024) écarte les probiotiques pour prévenir la candidose, tout en notant un intérêt possible de produits vaginaux à Lactobacillus crispatus pour les vaginoses récidivantes, encore hors des schémas standard.

Une mycose récidivante se définit, pour les CDC, par au moins trois épisodes symptomatiques en moins d’un an. Elle touche moins de 5 % des femmes. Après une phase d’attaque plus longue, un fluconazole hebdomadaire (100, 150 ou 200 mg) pendant six mois est le schéma d’entretien cité. Il contrôle souvent les symptômes sans « éradiquer » la levure à long terme. Les espèces non albicans, plus fréquentes dans ces formes, répondent moins bien aux azolés.

Illustration des causes de la vaginite et options de traitement.

Sécheresse et vaginite atrophique après la ménopause

Après la ménopause, ou après une chirurgie qui retire les ovaires, la baisse d’œstrogènes amincit et assèche la muqueuse. Le tableau s’appelle aujourd’hui syndrome génito-urinaire de la ménopause. Il peut mimer une infection, avec brûlure, rapports douloureux, micro-saignements et envies fréquentes d’uriner. Un prélèvement reste utile, car une vaginose ou une mycose peut s’y ajouter.

Les œstrogènes vaginaux, en crème, comprimé ou anneau, sont le traitement que la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic placent en tête une fois les contre-indications revues. L’absorption systémique des faibles doses locales est limitée, mais la prescription reste individuelle, surtout après un cancer hormono-dépendant. Le médecin tranchera. Des hydratants vaginaux et des lubrifiants peuvent soulager une sécheresse légère en attendant, ou en complément.

Allaitement et post-partum reproduisent parfois le même assèchement, le temps que les hormones se rééquilibrent. Traiter une « mycose » à répétition dans ce contexte, sans revoir le pH ni l’aspect de la muqueuse, retarde souvent le bon geste. Mitchell conseille de reconsidérer le diagnostic lorsque le premier traitement échoue. Atrophie, vaginite inflammatoire desquamative et vulvodynie font alors partie des pistes.

Aucun œstrogène local ne s’improvise à partir d’une crème « pour la peau ». Les produits grand public parfumés aggravent souvent la brûlure. Si une infection est confirmée, elle se traite d’abord comme chez la femme non ménopausée, puis l’atrophie se discute pour limiter les rechutes.

Grossesse, diabète et autres situations particulières

Une vaginite pendant la grossesse n’est pas un détail de confort. La vaginose symptomatique s’associe à des ruptures prématurées des membranes, à un accouchement prématuré, à une infection intra-amniotique et à une endométrite du post-partum, écrivent les CDC. Ils recommandent de traiter toute femme enceinte symptomatique, par les mêmes schémas que hors grossesse (métronidazole oral ou gel, clindamycine), le tinidazole et le secnidazole étant écartés faute de données suffisantes. Dépister et traiter une vaginose silencieuse pour prévenir la prématurité n’a pas fait la preuve d’un bénéfice net. Le dépistage de routine n’est donc pas recommandé, que le risque de prématurité soit élevé ou bas.

La mycose est fréquente chez la femme enceinte. Seuls les azolés locaux sur 7 jours sont retenus par les CDC. Une prise unique de fluconazole 150 mg a été liée, dans des études épidémiologiques, à un risque accru de fausse couche et d’anomalies congénitales, et elle est à éviter. Le pharmacien orientera vers un ovule ou une crème adaptés, après avis du médecin ou de la sage-femme.

La trichomonase symptomatique se teste et se traite à tout terme de la grossesse, pour soulager et limiter la transmission. Le métronidazole traverse le placenta, mais plusieurs études de cohortes n’ont pas montré d’effet tératogène aux schémas habituels. Le tinidazole reste à éviter. L’intérêt d’un dépistage systématique chez une femme enceinte sans symptômes n’est pas établi.

Un diabète mal contrôlé, une infection par le VIH, un traitement immunosuppresseur ou des corticoïdes prolongés rendent les mycoses plus fréquentes et moins sensibles aux schémas courts. Les CDC conseillent alors 7 à 14 jours de traitement classique, et de corriger ce qui peut l’être, à commencer par l’équilibre glycémique. Chez une femme vivant avec le VIH, la vaginose et la trichomonase se traitent comme chez les autres. Un dépistage annuel de T. vaginalis y est recommandé aux États-Unis.

Les spécialités et les durées peuvent différer en France. Le médecin traitant, la sage-femme ou le gynécologue appliquent la recommandation locale et adaptent le choix à la grossesse, à l’allaitement et aux autres médicaments.

Quand consulter pour une vaginite

Une première crise, des pertes inhabituelles, un nouveau partenaire ou des symptômes qui ne cèdent pas à un antifongique justifient un avis médical, pas un second produit pris au hasard. La Mayo Clinic ajoute la fièvre, les frissons et une douleur pelvienne, et recommande de consulter aussi après un antifongique en vente libre resté sans effet. Tant qu’une IST n’est pas écartée, interrompre les rapports limite une transmission possible.

Situation Conduite raisonnable
Première crise, pertes atypiques ou nouveau partenaire Médecin traitant ou centre de santé sexuelle dans les jours qui viennent
Échec d’un antifongique en vente libre, ou retour en moins de 2 mois Réexamen et tests, plutôt qu’un nouvel ovule
Grossesse, diabète mal équilibré, immunodépression Pas d’automédication ; avis du professionnel qui vous suit
Fièvre, frissons, douleur du bas-ventre Consultation rapide ; appelez le 15 ou le 112 si la douleur est intense et que vous êtes très mal

Une douleur pelvienne fébrile peut signer une infection plus haute qu’une simple vaginite. Ce n’est plus le moment d’attendre qu’un ovule « fasse effet ». Le 15 (SAMU) ou le 112 oriente alors vers une urgence. Une gêne isolée, déjà connue comme une mycose typique et identique aux épisodes précédents, peut, selon la Mayo Clinic, se traiter d’abord en pharmacie, à condition d’être sûre du tableau et de consulter si rien ne s’améliore.

Apportez la liste des produits déjà utilisés et, si possible, une description précise des pertes. Demandez si un pH, un examen à l’état frais ou un TAAN est prévu, et si le partenaire doit être vu. Ces trois questions évitent souvent un mois de mauvais traitement.

Hygiène et habitudes qui limitent les récidives

Aucune toilette n’« assainit » le vagin mieux que les lactobacilles. Les douches vaginales cassent cet équilibre et s’associent à un risque plus élevé de vaginose et de trichomonase. Les CDC et la Mayo Clinic déconseillent cette pratique, y compris pour « traiter » une odeur. L’eau claire sur la vulve, un savon doux non parfumé à l’extérieur seulement, puis un séchage soigneux, suffisent.

Quelques habitudes concrètes réduisent l’humidité et l’irritation, sans remplacer un traitement.

  • Choisir du coton et des vêtements qui laissent l’air circuler limite la chaleur où les levures poussent.
  • Changer un maillot mouillé dès la sortie de l’eau évite un milieu humide prolongé.
  • S’essuyer d’avant en arrière après les toilettes éloigne les bactéries intestinales de la vulve.
  • Écarter sprays intimes, lingettes parfumées, bains moussants et spermicides irritants protège une muqueuse déjà à vif.

Le préservatif, interne ou externe, reste le moyen le plus simple de limiter la trichomonase et de réduire certains facteurs liés à la vaginose. Pendant un traitement pour vaginose ou trichomonase, les CDC conseillent d’interrompre les rapports ou d’utiliser le préservatif de façon constante. Les crèmes grasses (clindamycine, certains azolés) peuvent fragiliser le latex. Lisez la notice.

Prendre un antibiotique « au cas où » n’évite pas une vaginite. Cela favorise au contraire une mycose. Si des cystites ou des angines à répétition imposent des cures fréquentes, parlez-en au médecin pour limiter la durée et anticiper une mycose, plutôt que d’empiler les ovules après coup.

Questions fréquentes

Une mycose vaginale et une vaginite, est-ce la même chose ?

Non. La mycose est une des causes de vaginite, pas le nom de toutes les inflammations vaginales. Vaginose, trichomonase, irritation chimique et atrophie donnent des signes proches et se traitent autrement.

Peut-on traiter une mycose en pharmacie sans ordonnance ?

Oui, si le tableau est celui d’une mycose déjà connue (prurit, pertes type lait caillé) et que vous n’êtes pas enceinte. Les CDC et la Mayo Clinic demandent un avis médical pour un premier épisode, un échec, un retour en moins de deux mois, ou le moindre doute.

La vaginose bactérienne se transmet-elle sexuellement ?

Ce n’est pas classé comme une IST au même titre que la trichomonase, mais l’activité sexuelle pèse sur le risque et les récidives. L’ACOG, en 2025, juge utile d’envisager un traitement du partenaire masculin en cas de vaginose récidivante.

Les ovules de lactobacilles remplacent-ils un antibiotique ?

Non. La revue Cochrane de 2021 et les CDC de 2021 ne trouvent pas assez de preuves pour recommander les probiotiques afin de guérir une vaginose ou d’en empêcher le retour. Un azolé ou un nitro-imidazolé adapté reste le traitement de l’épisode en cours.

Le partenaire doit-il être traité en même temps ?

Pour une trichomonase, oui, tous les partenaires actuels. Pour une mycose simple, en général non, sauf balanite. Pour une vaginose récidivante, l’ACOG 2025 propose d’envisager un traitement concomitant du partenaire masculin, que le médecin discutera.

Une vaginite peut-elle revenir juste après le traitement ?

Oui. Jusqu’à 66 % des vaginoses récidivent dans l’année, et une mycose peut revenir en quelques semaines. Un retour rapide impose de revérifier le diagnostic plutôt que de reprendre le même produit sans test.

Conclusion

Pertes inhabituelles, prurit ou odeur de poisson ne disent pas à eux seuls s’il s’agit d’une mycose, d’une vaginose, d’une trichomonase ou d’une muqueuse irritée. Les CDC rappellent que l’histoire clinique seule trompe, que le microscope manque environ la moitié des trichomonases et des levures, et que le schéma utile n’est pas le même d’une cause à l’autre. Chez la femme, la trichomonase se traite désormais sur 7 jours, et une vaginose qui revient peut, depuis l’avis de l’ACOG de 2025, faire discuter le traitement du partenaire.

Le geste concret, avant d’acheter un deuxième ovule, est d’obtenir un pH, un examen des pertes ou un test moléculaire, et de dire au médecin les produits déjà utilisés. Si vous êtes enceinte, diabétique ou immunodéprimée, ce passage par un professionnel n’est pas optionnel. Une douleur pelvienne avec fièvre sort du cadre d’une vaginite simple. Le 15 ou le 112 sert alors de premier appel.

Les habitudes qui aident sont modestes et répétées. Pas de douche vaginale, peu de parfums sur la vulve, coton et préservatif lorsque le contexte s’y prête, antibiotiques seulement lorsqu’ils sont nécessaires. Elles ne remplacent pas le bon médicament au bon moment.

Sources

  1. CDC : Diseases Characterized by Vulvovaginal Itching, Burning, Irritation, Odor or Discharge. Centers for Disease Control and Prevention, 22 juillet 2021.
  2. CDC : Bacterial Vaginosis – STI Treatment Guidelines. Centers for Disease Control and Prevention, 22 juillet 2021.
  3. CDC : Vulvovaginal Candidiasis – STI Treatment Guidelines. Centers for Disease Control and Prevention, 22 juillet 2021.
  4. CDC : Trichomoniasis – STI Treatment Guidelines. Centers for Disease Control and Prevention, 21 septembre 2022.
  5. Vaginitis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 22 décembre 2021.
  6. Vaginitis – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 22 décembre 2021.
  7. Vaginitis: Causes, Symptoms, Treatment & Prevention. Cleveland Clinic, 18 juin 2024.
  8. Senok AC, Verstraelen H et al. : Probiotics for the treatment of bacterial vaginosis. Cochrane Database of Systematic Reviews, 1er août 2021.
  9. ACOG : ACOG Recommends Concurrent Sexual Partner Treatment for Recurrent Bacterial Vaginosis for the First Time. American College of Obstetricians and Gynecologists, 17 octobre 2025.
  10. Mitchell CM : Assessment and Treatment of Vaginitis. Obstetrics & Gynecology, décembre 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.