
La polyneuropathie est une atteinte de plusieurs nerfs périphériques à la fois, le plus souvent en commençant par les pieds et de façon symétrique. Elle se distingue d’une mononeuropathie, limitée à un seul nerf, et peut toucher la sensibilité, la force musculaire ou les fonctions automatiques telles que la tension artérielle, la digestion et la vessie.
Le soir, le simple contact d’un drap sur les orteils devient douloureux, ou la marche donne l’impression d’avancer sur du coton. Ce tableau en chaussettes correspond à la forme distale symétrique, la plus fréquente. Une revue du CMAJ de 2023 situe la prévalence autour de 1 % à 3 % dans la population générale, et près de 7 % après 65 ans.
Chez les personnes diabétiques, une neuropathie détectable apparaît chez 40 % à 50 % d’entre elles dans les dix ans. Les Standards of Care 2025 de l’American Diabetes Association demandent un dépistage annuel, un test au monofilament de 10 g, et écartent les opioïdes, tramadol compris, pour la douleur. Une faiblesse qui progresse en quelques jours relève du 15 ou du 112.
Qu’est-ce qu’une polyneuropathie
Une polyneuropathie endommage de nombreux nerfs situés hors du cerveau et de la moelle épinière. Ces câbles transportent le toucher, la température et la douleur vers le système nerveux central, et ramènent les ordres de mouvement vers les muscles. Ils règlent aussi le cœur, les vaisseaux, la sueur, la digestion et la vessie. Quand le signal se perd, part sans motif ou arrive déformé, les symptômes suivent.
La plupart des personnes atteintes de neuropathie périphérique ont une polyneuropathie, et non un nerf isolé comme dans le syndrome du canal carpien, rappelle la Mayo Clinic. Le National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS) recense plus de 100 formes. La majorité sont « longueur-dépendantes ». Les fibres les plus longues, celles des pieds, souffrent en premier. L’atteinte peut ensuite monter vers les mollets, puis gagner les mains quand le déficit atteint le haut des jambes, dessinant un tableau en chaussettes et en gants.
On classe aussi l’atteinte selon le type de fibre. Les fibres sensitives transmettent le toucher, la vibration, la position du corps, la douleur et le chaud. Les fibres motrices commandent les muscles. Les fibres autonomes, souvent de petit calibre, gouvernent des fonctions que l’on ne contrôle pas volontairement. Beaucoup de tableaux mélangent ces trois familles. Le médecin parle alors de neuropathie sensitive, motrice, sensitivomotrice ou autonome, selon ce qui domine à l’examen.
La maladie n’est pas, dans la plupart des cas, une urgence vitale. Les symptômes vont d’une gêne nocturne à une invalidité, avec un risque réel de chutes et de plaies du pied. Le syndrome de Guillain-Barré, polyneuropathie aiguë, fait exception. Il peut en quelques jours empêcher de marcher et de respirer. Cette forme-là n’attend pas un rendez-vous de routine.

Quels symptômes apparaissent d’abord aux pieds
Les premiers signes sont presque toujours sensitifs et distaux. Fourmillements, engourdissement, brûlure, décharge électrique ou sensation de peau cartonnée commencent aux orteils, souvent des deux côtés, et remontent. Beaucoup de personnes décrivent une douleur pire la nuit, une gêne au contact de la couverture, ou l’impression de marcher sur du coton. Ces sensations correspondent aux fibres de petit calibre, qui portent la douleur et la température.
Quand les grosses fibres sont touchées, la vibration et le sens de position s’émoussent, les réflexes achilléens diminuent, et l’équilibre devient précaire dans le noir. Une faiblesse apparaît plus tard, d’abord pour relever le pied, ce qui fait trébucher. Crampes, secousses sous la peau et amaigrissement des muscles du pied font partie du tableau moteur décrit par le NINDS. L’atteinte autonome, plus discrète, se cherche devant des vertiges au lever, des sueurs anormales, une digestion lente, une vessie paresseuse ou des troubles de l’érection, listés par le CMAJ et l’ADA.
La douleur peut naître sans contact, ou transformer un drap en brûlure (allodynie). À l’inverse, une insensibilité à la piqûre laisse passer une ampoule ou un caillou dans la chaussure. Jusqu’à 50 % des neuropathies diabétiques restent silencieuses, selon les Standards of Care 2025 de l’ADA. L’absence de plainte n’écarte pas le risque de plaie.
- Les fourmillements des deux pieds, pires la nuit, évoquent une atteinte longueur-dépendante plutôt qu’un nerf coincé unique.
- Une douleur en brûlure au contact des draps oriente vers les petites fibres et une allodynie.
- Un déséquilibre les yeux fermés ou dans le noir traduit souvent une perte du sens de position.
- Des sueurs anormales, des vertiges au lever ou une vessie capricieuse font chercher une composante autonome.
Quelles causes rechercher en premier
Le diabète reste la cause la plus fréquente dans les pays occidentaux. La revue du CMAJ de 2023 estime qu’une neuropathie détectable apparaît chez 40 % à 50 % des personnes diabétiques dans les dix ans. La recommandation AAN de 2022 attribue au diabète 32 % à 53 % des neuropathies périphériques. Un diabète connu n’arrête pas le bilan. L’ADA demande d’écarter aussi alcool, chimiothérapie, carence en B12, hypothyroïdie, maladie rénale, gammapathie, infection (VIH), formes inflammatoires et maladies héréditaires.
L’alcool endommage les axones par toxicité directe et par carences (thiamine, B12). Cette neuropathie progresse lentement et, une fois installée, se répare mal. Le CMAJ cite une neuropathie urémique chez jusqu’à 90 % des patients dont le débit de filtration tombe sous 6 mL/min/1,73 m². Foie, thyroïde, myélome, VIH, Lyme, zona, hépatites, maladies auto-immunes et métaux lourds complètent les causes acquises. Certaines chimiothérapies (platines, taxanes, vincristine, bortezomib), plus rarement des antibiotiques, l’amiodarone ou un excès de vitamine B6, pèsent aussi. Le Merck Manual classe ces toxiques selon l’axone, la myéline ou les fibres sensitives.
Une neuropathie héréditaire, au premier rang la maladie de Charcot-Marie-Tooth, se reconnaît parfois à des pieds creux, des orteils en marteau et une histoire familiale depuis l’enfance. Après interrogatoire et analyses utiles, il reste environ 30 % de formes idiopathiques selon le CMAJ, 25 % à 46 % selon l’American Family Physician en 2020, surtout après 60 ans sur un tableau axonal lent.
- Le diabète, même « connu », n’interdit pas de chercher une deuxième cause traitable.
- Une carence en B12 identifiée tôt se corrige. Arrêter l’alcool limite au moins les dégâts supplémentaires.
- Un traitement récent (chimiothérapie, nitrofurantoïne, isoniazide) doit figurer dans la liste des suspects.
- Des pieds creux familiaux depuis l’adolescence font évoquer une neuropathie héréditaire plutôt qu’une cause métabolique récente.
Formes chroniques, aiguës et inflammatoires
La forme chronique distale symétrique, sensitive d’abord, s’installe en mois ou en années. C’est le tableau du diabète, de l’alcool, de l’insuffisance rénale et de beaucoup de toxiques. Elle n’impose pas, à elle seule, une hospitalisation. Son danger tient aux plaies, aux chutes et à la douleur, pas à une paralysie foudroyante.
À l’autre bout du calendrier, une faiblesse qui monte en jours ou en quelques semaines, souvent après une infection digestive ou respiratoire, fait craindre un syndrome de Guillain-Barré. Le Merck Manual décrit une atteinte démyélinisante aiguë, parfois avec les nerfs crâniens et les muscles respiratoires. Cette suspicion se discute aux urgences, pas en différé, à cause du risque de détresse respiratoire et de dysautonomie, insiste le CMAJ. Les réflexes sont souvent abolis. La marche sans aide peut disparaître en peu de temps.
Entre les deux, des tableaux atypiques doivent faire sortir de la routine. Une atteinte asymétrique, un déficit surtout moteur, une distribution qui n’est pas longueur-dépendante (faiblesse proximale et distale, tronc, bras d’emblée), des signes généraux (fièvre, amaigrissement, éruption, articulations) orientent vers une vascularite, une polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique (PIDC), une neuropathie paranéoplasique ou une mononévrite multiple. Le CMAJ rappelle qu’un outil simple (début, distribution, signes systémiques) identifie ces formes inflammatoires avec une bonne sensibilité. La PIDC évolue sur plus de huit semaines, à l’inverse du Guillain-Barré, et relève d’une immunothérapie, pas d’un simple antalgique.
La maladie de Charcot-Marie-Tooth et d’autres neuropathies héréditaires progressent sur des années, souvent dès l’enfance ou l’adolescence. Il n’existe pas, pour elles, de médicament qui traite la cause, mais un diagnostic évite des bilans inutiles et oriente vers kinésithérapie, orthèses et conseil génétique. Une radiculoplexopathie lombo-sacrée diabétique, plus rare, est douloureuse, asymétrique, rapide, et justifie un avis neurologique urgent. Confondre ces formes avec « la » polynévrite du diabète retarde des traitements qui, eux, peuvent limiter le handicap.
Quels examens permettent de poser le diagnostic
Le diagnostic de polyneuropathie distale symétrique repose d’abord sur l’histoire et l’examen, pas sur une image. Le médecin cherche un déficit distal symétrique, des réflexes achilléens diminués, une altération de la piqûre ou de la température (petites fibres) et de la vibration au diapason de 128 Hz (grosses fibres). Chez la personne diabétique, l’ADA ajoute un test annuel au monofilament de 10 g, facteur d’ulcère et d’amputation. Les signes cliniques pèsent plus que les symptômes seuls, souligne le CMAJ.
Les analyses les plus utiles, selon les recommandations de l’American Academy of Neurology et le CMAJ, sont la glycémie (à jeun et HbA1c), la vitamine B12 avec éventuellement l’acide méthylmalonique, et l’électrophorèse des protéines sériques avec immunofixation. Numération, créatinine, bilan hépatique et TSH s’y ajoutent souvent. Si la glycémie de routine est normale mais que la douleur distale domine, une charge orale en glucose peut chercher un prédiabète. VIH, Lyme ou bilan auto-immun suivent un indice clinique, pas un paquet systématique.
L’électroneuromyogramme (ENMG) sépare axonal et démyélinisant, diffus et focal. Il est précieux si le tableau est atypique, aigu, moteur ou asymétrique, ou si le bilan reste muet. Pour un tableau distal typique déjà expliqué par un diabète, l’American Family Physician note qu’il change rarement la conduite. Les petites fibres lui échappent. Une biopsie de peau, recommandée par l’AAN dans ce cas, mesure alors la densité des fibres intra-épidermiques. Une biopsie de nerf (sural) se réserve aux suspicions de vascularite, sarcoïdose, amylose ou infiltration. L’AAFP, citant l’American Association of Neuromuscular and Electrodiagnostic Medicine, déconseille une IRM du rachis ou du cerveau devant une neuropathie périphérique isolée. L’IRM aide en cas de plexus ou de doute avec une compression, pas « pour voir » un tableau en chaussettes.
| Examen | Ce qu’il apporte | Quand il est utile |
|---|---|---|
| Glycémie, HbA1c, parfois charge orale | Diabète ou prédiabète, cause la plus fréquente | Chez presque tous les patients au début du bilan |
| Vitamine B12 ± acide méthylmalonique | Carence traitable, parfois avec taux « limite » | Bilan initial, surtout si anémie ou régime végétalien |
| Électrophorèse avec immunofixation | Gammapathie, myélome, neuropathie à IgM | Bilan initial de polyneuropathie distale |
| ENMG | Axonal ou démyélinisant, diffus ou focal | Tableau atypique, aigu, moteur, ou bilan négatif |
| Biopsie de peau | Petites fibres, ENMG souvent normal | Douleur et brûlure distales sans déficit des grosses fibres |
| IRM rachidienne | Compression, plexopathie, diagnostic différentiel | Seulement si signes de moelle, d’asymétrie radicale ou de plexus |
Comment soulager la douleur neuropathique
Les antalgiques habituels (paracétamol, ibuprofène) calment mal cette douleur, née du nerf et non d’une inflammation de tissu. Le but n’est pas de l’effacer. Le CMAJ, s’appuyant sur la mise à jour AAN de 2022, rappelle que peu de patients obtiennent plus de 50 % de réduction avec un seul médicament, et que les essais parlent souvent d’une baisse de 30 %.
Au Royaume-Uni, NICE CG173 (revue en 2020) propose en première ligne, hors névralgie du trijumeau, amitriptyline, duloxétine, gabapentine ou prégabaline, puis un autre de la liste si le premier échoue. Le tramadol n’a de place que comme secours bref. Une crème de capsaïcine peut aider sur une zone limitée. NICE déconseille, hors spécialiste, de commencer morphine, tramadol au long cours, venlafaxine, valproate, lamotrigine, lacosamide ou oxcarbazépine.
Aux États-Unis, la recommandation AAN de 2022 et les Standards of Care 2025 de l’ADA retiennent quatre classes d’effet comparable (gabapentinoïdes, IRSN dont la duloxétine, tricycliques, bloqueurs de canaux sodiques). L’ADA écarte les opioïdes, tramadol et tapentadol compris, pour la douleur neuropathique du diabète. En France, le médecin et le pharmacien appliquent le référentiel local. Ces textes éclairent le raisonnement, ils ne remplacent pas l’autorisation de mise sur le marché.
La revue Cochrane de 2017 sur la gabapentine, à au moins 1 200 mg par jour (souvent 1 800 à 3 600 mg), trouve un bénéfice important chez une minorité. Dans la neuropathie diabétique douloureuse, 38 % des personnes sous gabapentine avaient une baisse d’au moins 50 % de la douleur, contre 23 % sous placebo. Vertiges, somnolence, œdème et troubles de la marche concernent chacun environ une personne sur dix. Après échec d’une monothérapie à six semaines, l’essai OPTION-DM, cité par le CMAJ, montre qu’associer deux molécules de première ligne peut encore aider.
| Classe | Exemples en DCI | Place dans les textes récents |
|---|---|---|
| Gabapentinoïdes | gabapentine, prégabaline | Première ligne NICE (2020), AAN (2022) et ADA (2025) |
| IRSN | duloxétine (venlafaxine selon les pays) | Première ligne NICE, AAN et ADA |
| Tricycliques | amitriptyline, parfois nortriptyline | Première ligne NICE, AAN et ADA, anticholinergiques chez le sujet âgé |
| Bloqueurs de canaux sodiques | carbamazépine, oxcarbazépine, lamotrigine, lacosamide, valproate | Classe AAN/ADA, pas un démarrage de routine selon NICE hors spécialiste |
| Opioïdes, tramadol, tapentadol | tramadol, tapentadol, morphine | ADA 2025 et AAN 2022 contre un usage pour cette douleur ; NICE, tramadol seulement en secours bref |
| Topiques | capsaïcine, lidocaïne | NICE, capsaïcine crème si douleur localisée et refus du comprimé |
Neurostimulation électrique transcutanée, thérapies cognitivo-comportementales, parfois acupuncture ou tai-chi figurent, en appoint, parmi les pistes décrites par le NINDS. Elles n’ont pas le niveau de preuve des quatre classes orales. Une chirurgie qui « coupe le nerf » dans une polyneuropathie diffuse n’aide généralement pas. Le NINDS la réserve aux compressions focales, type canal carpien.

Traiter la cause et les formes immunitaires
Corriger la cause, quand elle existe, reste le seul levier sur l’évolution du nerf. Un bon équilibre glycémique prévient ou retarde la neuropathie diabétique et la neuropathie autonome cardiaque dans le diabète de type 1, selon l’ADA. Dans le type 2, il peut ralentir modestement la progression, sans inverser la perte neuronale déjà là. Poids, tension et lipides font partie de la prévention. Aucun médicament, dans ces textes, ne « régénère » le nerf diabétique.
Une carence en B12 se corrige par le médecin, parfois par injections. Un régime végétalien sans aliment enrichi augmente ce risque, note la Mayo Clinic. Arrêter un toxique (alcool, chimiothérapie neurotoxique, vitamine B6 à très forte dose) peut stabiliser les symptômes. La récupération, si elle vient, est lente et souvent incomplète.
Les formes où l’immunité attaque la myéline relèvent d’un autre registre. Le Merck Manual indique, pour les polyneuropathies démyélinisantes aiguës, des échanges plasmatiques ou des immunoglobulines veineuses. Pour les formes chroniques, s’y ajoutent les glucocorticoïdes. Cela se discute en neurologie, après ENMG, pas en ville pour des fourmillements banals. Confondre une PIDC avec une polynévrite diabétique un peu plus forte fait perdre des mois. Kinésithérapie, orthèses et canne n’agissent pas sur la myéline, mais réduisent chutes et douleur d’appui, rappelle le NINDS.
Plaies des pieds, chutes et gestes de prévention
Le danger quotidien n’est pas toujours la brûlure. C’est la plaie que l’on ne sent pas. Brûlures, plaies qui cicatrisent mal, infections et, au bout de la chaîne, amputation figurent parmi les complications rappelées par Cleveland Clinic. Les chutes, nées du mélange de faiblesse, d’insensibilité et de mauvais équilibre, s’y ajoutent dans le texte de la Mayo Clinic. Chez la personne diabétique, l’ADA demande un examen annuel des pieds, et un regard à chaque visite dès qu’il y a déjà eu ulcère, amputation ou perte de sensibilité.
Le monofilament de 10 g classe le risque. Une sensibilité protectrice perdue change les consignes. Mieux vaut porter des chaussures fermées, éviter la marche pieds nus, inspecter la plante chaque jour, vérifier l’eau tiède avec le coude et hydrater la peau sans macération. L’ADA recommande un chaussage thérapeutique en cas de déformations, de cal, d’artériopathie ou d’antécédent d’ulcère. Le médecin traitant peut orienter vers un pédicure-podologue.
Prévenir, c’est d’abord traiter les maladies en cause. La Mayo Clinic ajoute une alimentation variée et une activité d’au moins 30 à 60 minutes, au moins trois fois par semaine, si le médecin l’autorise, ainsi que d’éviter l’excès d’alcool et le tabac. Le NINDS rappelle la vaccination contre le zona après 50 ans pour la douleur post-zostérienne, autre douleur de nerf. Rien de cela n’annule une maladie héréditaire. Cela réduit la part évitable.
- L’inspection quotidienne de la plante, au besoin avec un miroir incassable, permet de voir une rougeur ou une fissure avant l’infection.
- Des chaussures fermées, sans couture agressive, se vérifient à l’intérieur avant d’être enfilées.
- Des couloirs éclairés la nuit et sans tapis glissants réduisent les chutes liées à l’insensibilité.
- Une plaie qui ne ferme pas, un pied chaud et déformé ou une douleur de repos du mollet se signalent au médecin.
Quand consulter pour une polyneuropathie
Des fourmillements des deux pieds qui durent, s’aggravent, gênent le sommeil ou s’accompagnent de maladresse justifient un rendez-vous avec le médecin traitant, sans attendre une plaie. La Mayo Clinic conseille de consulter tôt en cas de picotements, de faiblesse ou de douleur des mains ou des pieds. En France, ce médecin prescrit le bilan utile et décide d’un avis neurologique.
Une faiblesse qui monte en quelques jours, une gêne à marcher puis à respirer ou à avaler, une chute brutale de tension ou une diplopie récente font craindre un Guillain-Barré. Le CMAJ envoie ces situations aux urgences. En France, cela veut dire le 15 (SAMU) ou le 112. Un pied ou un poignet qui tombe d’un seul côté, avec douleur vive, peut traduire une vascularite. Le délai se compte alors en heures.
Un avis neurologique non urgent reste utile si le bilan de ville est blanc, si l’atteinte est surtout motrice, autonome ou asymétrique, ou si une maladie héréditaire est plausible. Un diabète de type 2 avec un tableau distal typique se suit souvent en médecine générale, avec un examen annuel des pieds. Le bon réflexe n’est pas une IRM pour tout le monde. C’est le bon niveau de recours pour le rythme d’évolution.
| Situation | Conduite raisonnable |
|---|---|
| Fourmillements des deux pieds depuis des semaines, douleur nocturne, pas de faiblesse | Médecin traitant, bilan (sucre, B12, protéines) et examen des pieds |
| Diabète connu, insensibilité plantaire, chaussure qui blesse | Médecin traitant ou pédicure-podologue, sans attendre une plaie ouverte |
| Faiblesse qui monte en jours, marche devenue impossible, gêne respiratoire ou à la déglutition | Appeler le 15 ou le 112, suspicion de syndrome de Guillain-Barré |
| Pied ou poignet qui tombe d’un seul côté, douleur vive, taches cutanées, fièvre | Urgences ou avis neurologique très rapide, crainte d’une vascularite |
| Plaie du pied, rougeur, chaleur, écoulement, surtout si diabète | Consultation rapide, risque d’infection et d’ulcère |
Questions fréquentes
La polyneuropathie peut-elle disparaître entièrement ?
Parfois, si la cause est brève et corrigée, les nerfs peuvent récupérer en partie. Dans le diabète, l’ADA indique qu’un bon équilibre glycémique ralentit la progression mais ne répare pas la perte déjà constituée. Viser moins de douleur, moins de chutes et des pieds intacts est un objectif réaliste.
Un électromyogramme est-il indispensable ?
Non, pas toujours. Pour un tableau distal typique déjà expliqué par un diabète et un bilan cohérent, l’AAFP juge l’ENMG peu décisif en première intention. Il devient utile si les signes sont aigus, asymétriques, surtout moteurs, ou si aucune cause n’apparaît. Un tracé normal n’élimine pas une atteinte des petites fibres.
Le paracétamol suffit-il contre cette douleur ?
Rarement, parce que le mécanisme n’est pas celui d’une tendinite. NICE, l’AAN et l’ADA s’appuient sur d’autres classes, dont amitriptyline, duloxétine, gabapentine et prégabaline. Une revue Cochrane montre qu’une minorité de patients seulement obtient une baisse d’au moins 50 % de la douleur sous gabapentine. Le médecin choisit la molécule selon l’âge, le sommeil, les reins et les autres traitements.
Faut-il prendre de la vitamine B12 sans faire de prise de sang ?
Non. Une carence se confirme avant de traiter, et un excès de vitamine B6 peut au contraire léser les nerfs. La Mayo Clinic réserve la discussion sur la B12 aux régimes très pauvres en produits animaux et aux situations à risque d’absorption basse.
Les fourmillements seulement la nuit signent-ils déjà une neuropathie ?
Pas à eux seuls. Un nerf comprimé le soir ou un syndrome des jambes sans repos peuvent donner des paresthésies. Le diagnostic s’appuie sur un examen (piqûre, vibration, monofilament, réflexes) et, au besoin, des analyses. Des fourmillements récurrents des deux pieds, surtout avec maladresse, méritent cette vérification.
Une neuropathie diabétique interdit-elle de marcher ?
Au contraire, l’activité adaptée fait partie de la prévention citée par l’ADA et la Mayo Clinic, à condition de chaussures fermées et d’une inspection des pieds. Ce que l’on évite, c’est la marche pieds nus et l’ignorance d’une ampoule.

Conclusion
Une polyneuropathie se reconnaît d’abord à un tableau distal, souvent en chaussettes, qui mélange fourmillements, insensibilité, douleur nocturne et, plus tard, maladresse. Le diabète explique une grande part des cas, mais pas tous. Un bilan court (glycémie, B12, électrophorèse des protéines) retrouve encore des causes traitables, alors qu’une IRM isolée n’éclaire presque jamais ce schéma. Les textes récents, AAN 2022 et ADA 2025 en tête, ont resserré le traitement de la douleur autour de quelques classes, et ont écarté les opioïdes, tramadol compris, de cette indication.
Si vos pieds picotent, brûlent ou ne sentent plus le gravier depuis des semaines, le geste utile est un rendez-vous avec le médecin traitant, en préparant trois points. Depuis quand, la nuit ou le jour, un seul côté ou les deux. La liste des traitements, de l’alcool et des maladies connues. Une question claire sur le monofilament, la B12 et le sucré. Apporter les chaussures de tous les jours aide autant qu’un récit de douleur.
Une faiblesse qui monte, une gêne à respirer ou à avaler, un pied qui tombe d’un coup changent d’étage. Là, le 15 ou le 112 n’est pas une exagération. Pour tous les autres, le fil conducteur reste le même. Identifier une cause, protéger la peau des pieds, viser une douleur moindre plutôt qu’une disparition magique, et revenir vers le médecin si le tableau accélère ou si une plaie s’ouvre.
Sources
- Mirian A, Aljohani Z, Grushka D et al. : Diagnosis and management of patients with polyneuropathy. Canadian Medical Association Journal, 13 février 2023.
- 12. Retinopathy, Neuropathy, and Foot Care: Standards of Care in Diabetes—2025. Diabetes Care, 9 décembre 2024.
- Price R, Smith D, Franklin G et al. : Oral and Topical Treatment of Painful Diabetic Polyneuropathy: Practice Guideline Update Summary: Report of the AAN Guideline Subcommittee. Neurology, 4 janvier 2022.
- Neuropathic pain in adults: pharmacological management in non-specialist settings. National Institute for Health and Care Excellence, 22 septembre 2020.
- Wiffen PJ, Derry S, Bell RF et al. : Gabapentin for chronic neuropathic pain in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 9 juin 2017.
- Castelli G, Desai KM, Cantone RE : Peripheral Neuropathy: Evaluation and Differential Diagnosis. American Family Physician, 15 décembre 2020.
- Peripheral neuropathy – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 19 mai 2026.
- Peripheral Neuropathy. National Institute of Neurological Disorders and Stroke, mis à jour en 2026.
- Peripheral Neuropathy. Cleveland Clinic, 16 juillet 2026.
- Polyneuropathy – Neurology. Merck Manual Professional Edition, mai 2026.
