
Le syndrome cuboïde est une douleur du bord externe du médio-pied, liée à un décalage minime de l’os cuboïde par rapport au calcanéus, sans luxation complète. Ce n’est pas une fracture, et les radiographies sont le plus souvent normales, ce qui n’enlève rien à la gêne à la marche.
Après une entorse en inversion, la douleur de la malléole externe s’atténue parfois alors qu’un point précis subsiste à mi-chemin entre le talon et le petit orteil, surtout à la poussée. Chez les sportifs, environ 4 % des blessures du pied ont pour origine la région du cuboïde ; chez les danseurs de ballet professionnels, la part a été estimée à 17 % des lésions du pied et de la cheville. Une série de 104 entorses latérales avec le pied pointé vers le bas a identifié ce tableau chez 6,7 % des patients, soit 7 personnes, et non chez 40 % des entorses, chiffre qui décrit des symptômes résiduels de toute nature.
Le diagnostic reste clinique. L’imagerie sert surtout à écarter une fracture. Une manipulation du cuboïde, faite par un professionnel une fois le gonflement calmé, peut diminuer la douleur assez vite. Un bandage, une orthèse et des exercices d’équilibre aident ensuite à conserver le bénéfice. Si vous ne pouvez plus poser le pied, appelez le 15 ou le 112.
Qu’est-ce que le syndrome cuboïde
Il s’agit d’une irritation de l’articulation calcanéo-cuboïdienne, portion latérale de l’articulation médiotarsienne (Chopart), lorsque le cuboïde n’est plus tout à fait congruent avec le calcanéus. La Cleveland Clinic décrit une subluxation, c’est-à-dire un os qui n’est plus à sa place habituelle sans être entièrement luxé. La revue de Patterson, dans le Journal of Sports Science & Medicine, définit le même phénomène comme une rupture mineure de la congruité de cette articulation, capable d’irriter la capsule, les ligaments et le tendon du long fibulaire.
Le cuboïde est un os en coin, situé sur le bord externe du médio-pied, près de la saillie que l’on palpe en avant de la malléole. Le pied compte 26 os. Celui-ci est le seul à s’articuler à la fois avec le complexe de Lisfranc (bases des quatrième et cinquième métatarsiens) et avec Chopart, et il relie la colonne latérale à l’arche plantaire transversale. Il sert aussi de poulie au tendon du long fibulaire (long péronier latéral), qui contourne sa face plantaire avant de gagner le premier métatarsien.
Cette anatomie explique la douleur. Un décalage de quelques millimètres, parfois déjà réduit au moment de l’examen, suffit à rendre douloureux l’appui et la propulsion. Durall, dans Sports Health, souligne que le mécanisme exact n’est pas élucidé. Des replis synoviaux fibro-adipeux (labrums) occupent environ 35 % de l’espace articulaire calcanéo-cuboïdien dans une étude cadavérique, et pourraient se coincer, mais cela reste une hypothèse. Rien ne prouve que le « clic » audible lors d’une manipulation soit la remise en place d’un labrum.
Les textes parlent aussi de cuboïde subluxé, cuboïde verrouillé, cuboïde tombé, syndrome du cuboïde défaillant ou syndrome péronéo-cuboïdien. Ces noms décrivent le même ensemble de signes. Aucune de ces étiquettes ne remplace un examen qui écarte d’abord une fracture.

Pourquoi le cuboïde se décale après une entorse
Deux mécanismes reviennent dans les revues. Le plus fréquent est une torsion de cheville vers l’intérieur, le pied pointé, le même mouvement qui lèse les ligaments latéraux. Le second, moins souvent décrit, est une surcharge répétée chez le coureur, le danseur ou le basketteur.
Pendant l’inversion brutale, le long fibulaire se contracte par réflexe. Le cuboïde sert alors de levier. La traction du tendon pousserait l’os en bas et en dedans (déplacement inféro-médial) et distendrait les ligaments interosseux. Une autre lecture, retenue par Durall, est une éversion forcée du cuboïde alors que le calcanéus est encore inversé, ce qui casse la congruence calcanéo-cuboïdienne. Dans les deux cas, le trauma aigu suffit à déranger la position de l’os, même si le décalage n’est plus visible ensuite.
La surcharge agit autrement. Du milieu de l’appui jusqu’à la propulsion, le long fibulaire exerce un couple d’éversion sur le cuboïde et aide à transférer la charge du bord externe vers le bord interne du pied. Si l’arrière-pied reste trop pronateur au moment de pousser, le médio-pied est moins verrouillé. Les forces du sol peuvent alors dépasser ce que capsule et ligaments tiennent. Newell et Woodle ont observé un pied pronateur chez 80 % de leurs patients. Marshall et Hamilton, chez des danseurs, ont observé l’affection sur toutes les morphologies de pied, y compris le pied creux. La pronation augmente donc le risque sans être obligatoire.
D’autres facteurs cités par Durall et Patterson restent des cofacteurs, pas des causes à eux seuls.
- Une instabilité médiotarsienne ou un poids élevé augmentent la charge sur la colonne latérale.
- Des chaussures ou des orthèses mal adaptées peuvent déranger l’appui du cuboïde.
- Un terrain irrégulier et une reprise trop rapide laissent peu de temps aux ligaments pour cicatriser.
- Une chirurgie d’épine calcanéenne ou une orthèse mal construite ont été évoquées de façon anecdotique.
Qui est le plus exposé
La fréquence globale dans la population n’est pas connue. Les chiffres disponibles viennent de cabinets du sport et de petites séries. Ils ne se généralisent pas à toutes les entorses vues aux urgences.
Newell et Woodle, sur environ 3 600 sportifs examinés pour une blessure du pied, ont attribué les symptômes au cuboïde dans près de 4 % des cas. Jennings et Davies, dans une série publiée par le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, ont revu 104 patients vus pour une entorse latérale en flexion plantaire et inversion. Sept d’entre eux (6,7 %) avaient un syndrome cuboïde, identifié séparément par deux examinateurs. Marshall et Hamilton ont rapporté jusqu’à 17 % des lésions du pied et de la cheville chez des danseurs de ballet professionnels. Chez les hommes, le tableau était plutôt aigu, après des sauts répétés avec pronation brusque. Chez les femmes, il s’agissait davantage de microtraumatismes liés à des amplitudes extrêmes.
Jusqu’à 40 % des personnes gardent des symptômes après une entorse de cheville, d’après Freeman (1965), cité par Patterson. Ce pourcentage mélange instabilité, douleur ligamentaire, atteinte des fibulaires et, parfois, cuboïde. En faire le taux de syndrome cuboïde après entorse serait une erreur.
Course, ballet et basket figurent parmi les activités où la répétition peut entretenir l’inflammation dans un espace déjà étroit, d’après la fiche 2026 de la Cleveland Clinic. Les sports avec appuis latéraux rapides (tennis, football) sollicitent la même colonne. Un premier épisode d’entorse, selon le Merck Manual, fragilise déjà la cheville et favorise les récidives. Rien n’impose que le cuboïde suive, mais la région calcanéo-cuboïdienne mérite d’être palpée dès que la douleur se décale vers l’avant du pied.
Quels symptômes reconnaît-on
La douleur siège sur le bord externe du médio-pied, au cuboïde, entre l’articulation calcanéo-cuboïdienne et les articulations cuboïdo-métatarsiennes des quatrième et cinquième rayons. Elle peut être vive à l’appui ou sourde au repos. Elle augmente en charge et diminue quand on soulage le pied.
La gêne est maximale à la propulsion, au relevé sur la pointe et aux appuis latéraux. Sauter à cloche-pied reproduit souvent les symptômes. Certains décrivent une irradiation vers l’arche plantaire ou le long du quatrième métatarsien. La marche devient antalgique. On évite le bord externe et on raccourcit le pas.
À l’inspection, un léger sillon dorsal au-dessus du cuboïde et une voussure plantaire sont possibles si la subluxation est nette, avec parfois rougeur, œdème ou ecchymose. À la palpation, la douleur est maximale sur la face dorso-latérale de l’os, juste en proximal de la styloïde du cinquième métatarsien et en distal du tubercule des fibulaires du calcanéus. La gouttière du long fibulaire et l’origine du muscle court extenseur des orteils peuvent aussi être sensibles.
Les amplitudes de la cheville et du pied diminuent souvent à cause de la douleur. L’inversion passive, la flexion plantaire et l’éversion contre résistance peuvent la réveiller. Une inversion résistée le long du tendon du long fibulaire a aussi été décrite comme un indice. Rien de tout cela n’est spécifique. Durall le rappelle, le tableau ressemble à une entorse ligamentaire du médio-pied. L’indice le plus utile, dans la série de Jennings, est la persistance d’une douleur calcanéo-cuboïdienne alors que la sensibilité des ligaments talo-fibulaire antérieur et calcanéo-fibulaire s’estompe.
- La douleur se concentre sur le cuboïde, entre le calcanéus et la base des métatarsiens latéraux.
- Elle augmente à la poussée, au saut et aux changements de direction, puis s’apaise au repos.
- Un sillon dorsal ou une voussure plantaire peut se voir si le décalage est marqué.
- Les ligaments de la malléole externe font souvent moins mal que l’articulation calcanéo-cuboïdienne.
Comment le diagnostic se pose
Aucun test validé ne confirme le syndrome cuboïde. Le diagnostic repose sur l’histoire (entorse en inversion ou surcharge), un faisceau de signes et l’élimination des fractures. Jennings et Davies insistent sur un indice de suspicion élevé plutôt que sur un cliché « positif ».
Deux manœuvres médiotarsiennes sont décrites. Dans le test d’adduction, l’examinateur stabilise le calcanéus et amène l’avant-pied en adduction dans le plan transversal, ce qui comprime le versant médial de l’articulation calcanéo-cuboïdienne et écarte le versant latéral. Dans le test de supination, on ajoute inversion et flexion plantaire. La douleur reproduite oriente, sans mesurer la mobilité de façon fiable, car le patient se défend. Un glissement dorsal ou plantaire du cuboïde peut aussi réveiller les symptômes. Un cuboïde « verrouillé » bouge moins, mais hypermobilité et hypomobilité se voient toutes deux.
Radiographies, scanner et IRM n’apportent pas le diagnostic de cette affection, en partie parce que les variantes anatomiques du bord externe sont fréquentes, et parce qu’un cliché hors charge peut rater un décalage qui n’existe qu’en appui. Un cliché reste pourtant utile au début, pour chercher une fracture, une tumeur ou une autre lésion osseuse. Les règles d’Ottawa du pied, rappelées par le Merck Manual (mise à jour 2026), aident à décider d’une radiographie en cas de douleur du médio-pied. Elles demandent soit l’impossibilité de faire quatre pas sans aide juste après l’accident et sur le lieu d’examen, soit une douleur osseuse au naviculaire, soit une douleur osseuse à la base du cinquième métatarsien.
Si la douleur de repos s’installe, si l’appui devient impossible au-delà de deux semaines, une IRM peut chercher une fracture de fatigue. Pour cette lésion, StatPearls (2023) considère l’IRM comme l’examen de référence, avec une sensibilité proche de 100 %, alors que les clichés initiaux n’en voient que 15 % à 35 %. Cela ne « prouve » pas un syndrome cuboïde. Cela évite de manipuler un os fissuré.
Quelles lésions ressemblent à ce syndrome
La liste des sosies est longue, et c’est précisément ce qui retarde le diagnostic. Durall range dans le diagnostic différentiel les fractures ou luxations du cuboïde, du calcanéus ou des quatrième et cinquième métatarsiens, la coalition calcanéo-naviculaire, une tendinopathie des fibulaires ou du court extenseur des orteils, une aponévrosite plantaire, un syndrome du sinus du tarse, un « méniscoïde » de cheville, une goutte, une lésion de Lisfranc, une atteinte du nerf sural ou du nerf plantaire latéral, et un conflit antéro-latéral de cheville. Les luxations isolées du cuboïde sont rarissimes (une dizaine de cas publiés dans la revue de Durall). Les fractures isolées du cuboïde le sont aussi.
Une fracture de la styloïde du cinquième métatarsien (Jones) et une fracture de l’apophyse antérieure du calcanéus miment une entorse. Le tendon du long fibulaire, douloureux en distal sur le bord latéral du cuboïde selon Deu et ses collègues dans American Family Physician (2022), crée un tableau voisin, surtout si l’arrière-pied est en varus. Un os fibulaire accessoire (os peroneum) peut s’enflammer dans le même tendon. Une fracture de fatigue du cuboïde, rare (moins de 1 % dans les séries citées par Lau et Dreyer), se distingue par une douleur de repos progressive quand le volume d’entraînement grimpe, et par un test du « casse-noix » (compression du cuboïde entre calcanéus et bases métatarsiennes).
Une lésion de Lisfranc, à ne pas banaliser, donne une douleur du médio-pied à l’appui et une gêne à se hisser sur les orteils. Durall la place dans le diagnostic différentiel, au même titre qu’une fracture des métatarsiens latéraux.
| Tableau | Indices cliniques | Rôle de l’imagerie |
|---|---|---|
| Syndrome cuboïde | Douleur calcanéo-cuboïdienne, tests médiotarsiens positifs, clichés souvent normaux | Écarter une fracture avant toute manipulation |
| Fracture de fatigue du cuboïde | Douleur de repos, hausse d’entraînement, test du casse-noix | IRM si les clichés restent négatifs |
| Tendinopathie du long fibulaire | Douleur distale au cuboïde, éversion résistée, arrière-pied en varus | Échographie ou IRM si le doute persiste |
| Fracture de la base du 5e métatarsien | Douleur osseuse sur la styloïde, règles d’Ottawa positives | Radiographie du pied |
| Lésion de Lisfranc | Douleur du médio-pied à l’appui, gêne à se hisser sur les orteils | Clichés, parfois scanner ou IRM |

Que fait un professionnel lors de la manipulation
Sauf contre-indication, plusieurs auteurs considèrent la manipulation du cuboïde comme le premier geste. Durall le formule clairement, tout en rappelant qu’il n’existe pas de recommandation fondée sur de grands essais. Deux techniques dominent, toutes deux réservées à un soignant formé.
Le « cuboid whip », ou manipulation en fouet, place le patient à plat ventre, genou fléchi à 70°–90°, cheville proche de la position neutre. Les doigts enserrent le dos de l’avant-pied, les pouces sous le cuboïde. D’un mouvement bref, le pied est emmené en inversion et flexion plantaire pendant que les pouces donnent une impulsion de faible amplitude vers le haut. Un craquement peut s’entendre. Jennings précise que ce bruit ne prouve pas le succès. Cette variante convient surtout après une entorse en inversion.
Le « cuboid squeeze », ou compression cuboïde, a été adapté par Marshall et Hamilton pour les danseurs, afin d’éviter de transmettre trop de force à la cheville. Le soignant amène progressivement pied et orteils en flexion plantaire maximale. Quand les tissus dorsaux se relâchent, les pouces poussent le cuboïde vers le dos du pied. Cette manœuvre est moins indiquée si une entorse latérale coexiste, car elle impose une flexion plantaire extrême.
Durall (2011) contredit l’idée d’une manipulation « le plus tôt possible ». En cas d’entorse associée, il faut attendre que l’œdème et l’ecchymose aient nettement diminué, et que capsule et ligaments de la cheville tolèrent la contrainte. Martin, Zapf et Herman (2017) tiennent le même raisonnement pour un pied récemment blessé. Un échec douloureux ne se répète pas le même jour. Newell et Woodle, observations anciennes encore citées, reliaient le nombre de séances à la durée des symptômes (une à deux manœuvres pour une semaine de douleur, trois ou quatre pour un mois). Au-delà de six mois, l’amélioration immédiate n’était que d’environ 50 %, et le calme pouvait demander des mois. Jennings, sur sept sportifs vus entre une et huit semaines, a obtenu un retour au sport après une ou deux séances, sans récidive durant un suivi moyen de 5,7 mois. C’est une petite série, pas un essai contrôlé.
Les contre-indications, listées par Durall d’après Caselli, sont une maladie osseuse, une arthrite inflammatoire, la goutte, une atteinte nerveuse ou vasculaire, et une fracture. La Cleveland Clinic interdit formellement d’essayer le fouet ou la compression soi-même, y compris avec l’aide d’un proche.
Repos, contention et antalgiques
La manipulation ne tient pas toute seule. Un coussinet plantaire de feutre de 3 à 6 mm, placé sous le cuboïde sans dépasser la styloïde du cinquième métatarsien, et un bandage adhésif de voûte (technique dite low-dye) visent à limiter une nouvelle éversion de l’os. Une cale latérale sous le calcanéus est parfois ajoutée. Des orthèses qui réduisent une pronation excessive peuvent limiter les récidives, à condition d’être bien conçues. Une orthèse mal adaptée figure d’ailleurs parmi les cofacteurs.
Après le geste, Durall conseille d’éviter la course et les appuis violents pendant quelques jours. Glace, massage et, selon les praticiens, ultrasons non thermiques ou électrostimulation antalgique soulagent une gêne résiduelle. Si la manipulation n’apporte rien, il faut reprendre l’examen, évoquer une simple entorse des ligaments du médio-pied, et envisager une décharge temporaire avec cannes.
Le protocole RICE (repos, glace, compression, élévation) reste cité par la Cleveland Clinic pour cette affection et par le Merck Manual sous la forme PRICE, avec appui précoce dans les entorses légères. La position 2013 de la National Athletic Trainers’ Association, destinée aux sportifs, recommande encore glace, compression et élévation (niveau de preuve C) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (niveau A) après une entorse. La recommandation clinique de 2018 du British Journal of Sports Medicine, mise à jour par Vuurberg et ses collègues, conclut au contraire qu’il n’y a pas d’argument pour le RICE isolé dans l’entorse latérale aiguë (niveau 2). La cryothérapie n’aide que combinée à l’exercice. Les AINS (ibuprofène, naproxène, diclofénac, par voie orale ou locale) réduisent douleur et gonflement pendant moins de 14 jours dans des essais regroupés, mais peuvent freiner la réparation tissulaire. En France, le médecin ou le pharmacien choisit la molécule et la durée selon vos antécédents. Le paracétamol reste une option si un AINS est déconseillé. Aucune posologie n’est donnée ici, car elle dépend du produit et de la personne.
Rééducation et délai de reprise
Le travail actif compte autant que le geste manuel. Patterson et Durall insistent sur l’étirement d’un long fibulaire et d’un triceps sural trop toniques, le renforcement des muscles intrinsèques et extrinsèques du pied, et les exercices d’équilibre. Martin y ajoute l’analyse de la marche dans les formes anciennes. La NATA accorde un niveau A au travail d’équilibre pour réduire les récidives d’entorse. La recommandation BJSM de 2018 privilégie les programmes d’exercice supervisés plutôt que les seuls soins passifs, et réserve la chirurgie d’entorse aux cas qui ne répondent pas à une rééducation complète. Une attelle de cheville peut prévenir une nouvelle entorse latérale. Rien de cela ne « guérit » à coup sûr un cuboïde, mais cela protège la colonne latérale.
Le délai varie. Cette affection est le plus souvent transitoire, d’après la Cleveland Clinic, avec reprise des activités une fois l’os réaligné et la douleur calmée. Pour une entorse associée, le Merck Manual parle d’heures à jours (forme légère), de jours à semaines (forme moyenne) et d’environ 6 à 8 semaines (forme grave, avec cheville instable). Jennings a vu des sportifs reprendre après une ou deux visites, mais ils n’avaient pas de fracture et la manipulation avait déjà fait chuter la douleur. Newell décrivait un calendrier plus long dès que les symptômes dépassaient un mois.
Si la douleur revient à chaque reprise, il faut revoir chaussures, volume d’entraînement et morphologie du pied, plutôt que multiplier les manipulations. Une fracture de fatigue du cuboïde, elle, impose une décharge, souvent deux semaines sans appui puis une botte de marche, et un retour à la course beaucoup plus lent (de l’ordre de 12 semaines dans une petite série de fractures tarsiennes chez des athlètes universitaires, citée par StatPearls). Confondre les deux tableaux fait perdre du temps.
- Un coussinet sous le cuboïde et un bandage adhésif peuvent maintenir le bénéfice d’une manipulation réussie.
- Les exercices d’équilibre réduisent le risque de nouvelle entorse latérale chez le sportif.
- Une douleur de repos après avoir augmenté les charges oriente davantage vers une fracture de fatigue.
- La chirurgie n’a presque jamais de place dans le syndrome cuboïde lui-même.
Douleur du cuboïde, quand voir un médecin
Une douleur du bord externe qui ne s’améliore pas après quelques jours de décharge justifie un rendez-vous, précise la Cleveland Clinic. L’impossibilité de marcher ou de bouger le pied impose une consultation immédiate. En France, si vous ne pouvez pas poser le pied, si le pied est déformé, froid, ou insensible, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Les règles d’Ottawa, déjà citées, sont un seuil pratique. Douleur du médio-pied plus impossibilité de quatre pas, ou douleur osseuse nette sur le naviculaire ou la base du cinquième métatarsien, et une radiographie s’impose avant toute idée de manipulation. Une douleur qui empêche de relever le talon, une douleur de repos croissante après une reprise trop rapide, des fourmillements ou un pied qui change de couleur sont d’autres signaux. Ils n’appartiennent pas tous au cuboïde. Certains annoncent une lésion de Lisfranc, une fracture ou une atteinte nerveuse.
Le médecin traitant, un médecin du sport, un kinésithérapeute formé à la thérapie manuelle du pied ou un pédicure-podologue peuvent partager l’examen. En France, les recommandations locales (imagerie, arrêts de sport, médicaments) relèvent du soignant qui vous voit. Un ostéopathe n’est pas le seul soignant capable de ce geste, même si la manœuvre est manuelle.
| Signe | Conduite |
|---|---|
| Douleur externe du médio-pied après quelques jours de repos | Prendre rendez-vous avec le médecin traitant ou un kinésithérapeute |
| Impossibilité de faire quatre pas, douleur osseuse au naviculaire ou à la base du 5e métatarsien | Radiographie avant toute manipulation |
| Impossibilité de poser le pied, déformation, pied froid ou insensible | Appeler le 15 ou le 112 |
| Douleur du médio-pied à l’appui, gêne à relever le talon | Faire rechercher une lésion de Lisfranc |
| Douleur de repos après une reprise trop rapide | Discuter une IRM à la recherche d’une fracture de fatigue |
Questions fréquentes
Le syndrome cuboïde peut-il s’améliorer sans manipulation ?
Oui, le repos relatif, la contention et la rééducation peuvent suffire, surtout si le décalage est minime. Les séries publiées portent surtout sur des patients déjà manipulés, donc elles surestiment sans doute le besoin du geste. Si la douleur reste localisée au cuboïde après une entorse dont les ligaments vont mieux, une manipulation faite par un professionnel reste l’option la plus souvent proposée.
Peut-on remettre le cuboïde soi-même ?
Non. La Cleveland Clinic déconseille formellement le fouet et la compression hors d’un cabinet, parce qu’une fracture non vue, une entorse grave ou une lésion tendineuse peuvent empirer. Un tutoriel vidéo ne remplace pas un diagnostic différentiel.
Les radiographies sont-elles forcément normales ?
Souvent oui, car le décalage est trop petit, déjà réduit, ou n’existe qu’en charge. Un cliché normal n’infirme donc pas le diagnostic clinique. Il reste indispensable pour chercher une fracture, surtout si les règles d’Ottawa sont positives.
Combien de temps avant de reprendre la course ?
Après une manipulation qui a déjà calmé la douleur, Durall recommande d’éviter la course quelques jours, le temps de poser un bandage et de rééduquer. Jennings a vu des sportifs reprendre après une ou deux séances, sur une petite série. Une entorse associée allonge le calendrier de plusieurs semaines. Une douleur de repos impose d’écarter une fracture de fatigue avant toute reprise.
Un pied plat augmente-t-il le risque ?
Un pied pronateur était présent chez 80 % des patients de Newell, ce qui a fait retenir la pronation comme facteur. Marshall a pourtant observé l’affection sur des pieds creux. La morphologie compte moins que la surcharge, l’entorse récente et les chaussures.
Faut-il opérer ?
Presque jamais pour le syndrome cuboïde lui-même. La chirurgie concerne d’autres lésions du médio-pied (Lisfranc, instabilité chronique de cheville après échec d’une rééducation complète, fractures déplacées). Une douleur qui résiste à plusieurs manipulations bien indiquées doit d’abord faire revoir le diagnostic.

Conclusion
Le cuboïde ne se « casse » pas à chaque douleur externe du pied, et il ne se « remet » pas non plus d’un coup de pouce improvisé. Le tableau utile est étroit. Douleur calcanéo-cuboïdienne après une inversion ou une saison trop chargée, tests médiotarsiens qui reproduisent le symptôme, imagerie surtout faite pour éliminer une fracture. Les 4 % chez les sportifs blessés au pied, les 6,7 % après une entorse en flexion plantaire et inversion, et les 17 % chez certains danseurs donnent un ordre de grandeur, pas une certitude individuelle.
Si la malléole va mieux et que le médio-pied externe reste douloureux à la poussée, posez la question du cuboïde à la personne qui vous examine, et demandez si les tests d’adduction et de supination médiotarsienne ont été faits. Avant toute manipulation, les règles d’Ottawa et, au besoin, un cliché doivent avoir écarté une fracture. Si vous ne pouvez plus marcher, le 15 ou le 112 restent le bon numéro.
Une fois le geste fait, le vrai travail est moins spectaculaire. Quelques jours sans course, un coussinet, un bandage, puis des exercices d’équilibre et de renforcement du pied. C’est ce socle, plus qu’un craquement, qui limite la récidive.
Sources
- Patterson SM : Cuboid syndrome: a review of the literature. Journal of Sports Science & Medicine, 15 décembre 2006.
- Durall CJ : Examination and treatment of cuboid syndrome: a literature review. Sports Health, novembre 2011.
- Jennings J, Davies GJ : Treatment of cuboid syndrome secondary to lateral ankle sprains: a case series. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, juillet 2005.
- Vuurberg G, Hoorntje A et al. : Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: update of an evidence-based clinical guideline. British Journal of Sports Medicine, 7 mars 2018.
- Kaminski TW, Hertel J et al. : National Athletic Trainers’ Association position statement: conservative management and prevention of ankle sprains in athletes. Journal of Athletic Training, juillet 2013.
- Martin C, Zapf A, Herman DC : Cuboid Syndrome: Whip It Good!. Current Sports Medicine Reports, juillet 2017.
- Cuboid Syndrome: What Is It, Tests & Treatment. Cleveland Clinic, 27 février 2026.
- Ankle Sprains – Injuries; Poisoning. Merck Manual Professional Edition, septembre 2026.
- Lau H, Dreyer MA : Cuboid Stress Fractures. StatPearls, 14 août 2023.
- Deu RS, Coslick AM, Dreher G : Tendinopathies of the Foot and Ankle. American Family Physician, mai 2022.
