Mal de tête frontal : causes et quand consulter

Mal de tête frontal : causes et quand consulter

Une douleur au front n’est pas une maladie du lobe frontal. C’est presque toujours le symptôme d’une autre céphalée, le plus souvent une céphalée de tension ou une migraine, parfois une algie vasculaire de la face (AVF), plus rarement une sinusite ou une artérite des tempes.

Le réflexe courant consiste à masser le front en pensant aux sinus, surtout après un après-midi d’écran ou un rhume. Les données de la Mayo Clinic (2022) indiquent pourtant que la plupart des personnes qui consultent pour une « céphalée sinusienne » ont en réalité une migraine. Une observation de 2004, toujours citée, trouvait un tableau migraineux chez 88 % de 2 991 patients se disant atteints de sinus.

Les céphalées concernent environ 40 % de la population mondiale, soit 3,1 milliards de personnes en 2021, d’après la fiche de l’OMS d’octobre 2025. Le guide britannique NICE CG150 (mise à jour de juin 2025) fixe des seuils utiles au quotidien : oxygène à au moins 12 litres par minute pour une crise d’AVF, 10 ou 15 jours d’antalgiques par mois selon le médicament, et une liste d’alertes (fièvre, déficit neurologique, signes d’artérite à cellules géantes) qui justifient un avis médical sans attendre.

Une douleur au front n’est pas une maladie du lobe frontal

Le nom « mal de tête du lobe frontal » décrit un siège, pas un diagnostic. La douleur se sent au front, aux tempes ou derrière les yeux, mais elle ne signifie pas que cette région du cerveau est malade. Le NINDS (page revue en mars 2026) le rappelle : le cerveau lui-même ne ressent pas la douleur. Ce sont les terminaisons nerveuses du cuir chevelu, des vaisseaux, des méninges et des muscles du cou et de la face qui envoient le message, souvent perçu « à l’intérieur » de la tête.

Les céphalées se répartissent en trois grands groupes. Les formes primaires existent pour elles-mêmes (tension, migraine, céphalées trigémino-autonomiques dont l’AVF). Les formes secondaires naissent d’une autre affection, infection, traumatisme, inflammation d’artère ou abus d’antalgiques. Un troisième groupe rassemble les névralgies et les douleurs de face qui ne rentrent pas dans les deux premiers cadres.

Cette distinction change la conduite à tenir. Une pression en bandeau, des deux côtés, qui laisse continuer le travail, oriente vers une céphalée de tension. Une douleur pulsatile, nausées, lumière insupportable, oriente vers une migraine, même si elle siège surtout au front. Une douleur fulgurante autour d’un seul œil, avec larmoiement et agitation, oriente vers l’AVF. Un front douloureux avec fièvre, nez très bouché et mucus épais peut relever d’une sinusite. Après 50 ans, une céphalée nouvelle avec tempe sensible et douleur à la mastication impose d’évoquer une artérite à cellules géantes.

Le journal de céphalées aide à classer le tableau. Le NICE recommande de noter pendant au moins huit semaines la fréquence, la durée, l’intensité, les symptômes associés, tous les médicaments pris, les facteurs déclenchants et, le cas échéant, le lien avec les règles. Ce carnet sert au diagnostic autant qu’au suivi du traitement. En France, le médecin traitant applique les habitudes locales. Les chiffres et les seuils cités viennent de sources britanniques, américaines ou internationales.

Femme tenant ses tempes avec un mal de tête de lobe frontal

Céphalée de tension : pression en bandeau des deux côtés

La céphalée de tension est le type le plus fréquent. Elle donne une pression ou un serrement, souvent comparé à un bandeau trop serré, des deux côtés de la tête, parfois depuis la nuque jusqu’au front. L’intensité reste légère à modérée. Marcher ou monter un escalier n’aggrave pas la douleur, à la différence de la migraine. Il n’y a pas de nausées ni de vomissements, et pas d’aura visuelle.

La Mayo Clinic (page de mai 2026) distingue deux rythmes. La forme épisodique dure de 30 minutes à une semaine et survient moins de 15 jours par mois. La forme chronique occupe 15 jours ou plus par mois pendant au moins trois mois, et la douleur peut alors devenir quasi continue. Le NICE retient les mêmes seuils. Une revue de Stovner et coll. (2022) estime la prévalence mondiale de cette céphalée à 26 % (intervalle 22,7–29,5), contre 14 % pour la migraine.

La cause n’est pas un simple « muscle contracté par le stress ». Les experts ont longtemps incriminé les contractions du visage, du cou et du cuir chevelu. Les travaux plus récents, résumés par la Mayo Clinic, pointent plutôt une sensibilité accrue à la douleur. La sensibilité des muscles du crâne existe souvent, mais elle serait une conséquence de ce système trop réactif, pas le moteur unique. Le stress reste le déclencheur le plus souvent rapporté. Le NINDS ajoute le manque de sommeil, les postures prolongées devant un écran, l’alcool, la déshydratation et l’exposition au soleil.

Chez beaucoup de personnes, les crises commencent à l’adolescence et culminent dans la trentaine. Les femmes sont plus souvent concernées, d’après l’OMS comme d’après la Mayo Clinic. Une photophobie ou une phonophobie isolée est possible ; les deux ensemble, ou des nausées, font plutôt basculer vers la migraine. Pour les formes chroniques, le NICE retient la migraine chronique dès qu’il existe le moindre trait migraineux.

Pour une crise isolée, le NICE propose d’envisager le paracétamol, l’aspirine ou un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), en tenant compte des contre-indications.

  • L’aspirine n’est pas indiquée avant 16 ans, en raison du syndrome de Reye décrit dans le même guide.
  • Les opioïdes ne font pas partie du traitement de crise de cette céphalée, toujours selon le NICE.
  • Un antalgique plus de deux fois par semaine justifie, d’après la Mayo Clinic, d’en parler à un professionnel.

Quand une migraine se loge surtout au front

Une migraine peut très bien se concentrer sur le front, un sourcil ou les deux tempes. Ce n’est pas une autre maladie, c’est le même trouble avec un siège trompeur. Chez l’adulte, la crise dure en général de 4 à 72 heures. La douleur est souvent pulsatile, modérée à intense, d’un seul côté ou des deux. Les activités habituelles l’aggravent ou deviennent impossibles. S’y ajoutent nausées ou vomissements, ou une sensibilité inhabituelle à la lumière et au bruit.

L’aura, quand elle existe, est réversible. Elle s’installe en au moins cinq minutes et dure de 5 à 60 minutes, selon le NICE. Les signes typiques sont visuels (points, lignes, perte partielle du champ), sensitifs (fourmillements, engourdissement) ou liés à la parole. Une faiblesse motrice, une diplopie, des signes visuels d’un seul œil, un déséquilibre ou une baisse de vigilance sortent du cadre de l’aura typique et justifient des investigations.

L’OMS rappelle que la migraine commence souvent à la puberté, touche surtout les 35–45 ans et est plus fréquente chez les femmes, vraisemblablement sous influence hormonale. Chez l’enfant, les crises sont plus courtes et les signes digestifs plus marqués ; la douleur peut être frontale ou bilatérale, alors qu’elle est plus souvent unilatérale chez l’adulte. La revue de 2022 déjà citée estime qu’un jour donné, 15,8 % de la population mondiale a mal à la tête, toutes causes confondues.

Le traitement de crise n’est pas le même que pour une céphalée de tension. Le NICE propose d’associer un triptan oral et un AINS, ou un triptan et du paracétamol. En monothérapie, un triptan, un AINS, de l’aspirine à 900 mg ou du paracétamol peuvent être envisagés. Les ergotés et les opioïdes ne sont pas recommandés. Pour la prévention, le NICE (amendements 2025) discute le propranolol, le topiramate ou l’amitriptyline, puis, si trois prophylaxies ont échoué, des inhibiteurs du CGRP (peptide lié au gène de la calcitonine) selon des avis d’évaluation britanniques (erenumab, galcanézumab, frémanézumab, eptinézumab, atogépant, rimégepant). Ces molécules concernent la migraine, pas le premier recours d’une douleur frontale banale. En France, le médecin et le pharmacien indiquent ce qui est disponible et remboursé.

Crises brèves autour d’un œil, larmoiement, agitation

L’algie vasculaire de la face n’est pas une migraine plus forte. C’est une céphalée primaire rare, très intense, presque toujours d’un seul côté, autour ou derrière un œil, pouvant irradier vers le front, la tempe et le visage. La crise dure de 15 à 180 minutes (souvent 30 à 45 minutes selon la Mayo Clinic, page d’août 2025). Elle ne s’étale pas sur plusieurs heures d’un seul tenant. Pendant une période de cluster, les accès reviennent une fois tous les deux jours jusqu’à huit fois par jour.

Du même côté que la douleur, on observe souvent un œil rouge ou larmoyant, un nez bouché ou qui coule, une paupière gonflée ou tombante, une sueur du front, un myosis. La personne est agitée, elle marche ou se balance, au lieu de s’allonger dans le noir comme dans beaucoup de migraines. Les accès réveillent souvent au même moment de la nuit. Une période dure des semaines à des mois, puis une rémission de plus d’un mois (forme épisodique) ou moins d’un mois sur douze mois (forme chronique), d’après le tableau du NICE.

Le NINDS situe le début le plus souvent entre 20 et 40 ans, plus fréquent chez les hommes et chez les fumeurs. L’alcool, surtout pendant une période de crises, est un déclencheur classique. La Mayo Clinic ajoute le tabac et, pour certains, des changements de temps ou certains médicaments. La cause précise reste inconnue ; le rythme circadien oriente vers l’hypothalamus, l’horloge biologique du cerveau.

Le traitement de crise n’est pas le paracétamol. Le NICE recommande de l’oxygène pur à un débit d’au moins 12 litres par minute, avec masque à haute concentration et ballon réservoir, et/ou un triptan sous-cutané ou nasal, en quantité calculée selon l’historique des périodes. Il écarte explicitement le paracétamol, les AINS, les opioïdes, les ergotés et les triptans oraux pour cette indication. La Mayo Clinic confirme que l’oxygène soulage souvent en moins de 15 minutes, et qu’il n’est pas utilisé en cas de bronchopneumopathie chronique obstructive grave. Pour prévenir les accès pendant une période, le NICE envisage le vérapamil, avec avis spécialisé et surveillance électrocardiographique. Aux États-Unis, la FDA a autorisé le galcanézumab dans la forme épisodique, en injection mensuelle jusqu’à la fin de la période ; ce n’est pas le schéma de première intention du NICE, et la disponibilité en France se discute avec le neurologue.

Douleur des sinus ou migraine déguisée

Une « céphalée sinusienne » isolée, sans vrai tableau de sinusite, est souvent une migraine. La Mayo Clinic (2022) le précise : la douleur et la pression autour des yeux, des joues et du front, parfois avec nez bouché, font penser aux sinus, alors que le mécanisme est migraineux. Schreiber et coll. ont examiné 2 991 personnes avec « sinus headache » autodéclarée ou posée par un médecin, sans signes d’infection : 80 % remplissaient les critères de migraine et 8 % ceux d’un trouble migraineux, soit 88 % au total. Pression sinusienne (84 %), douleur sinusienne (82 %) et congestion (63 %) étaient fréquentes pendant des crises de migraine.

Une sinusite vraie associe en général un rhume récent, un mucus épais et coloré, une baisse de l’odorat, une douleur d’une joue ou des dents du haut. La douleur peut augmenter en se penchant. Les nausées, la photophobie et la phonophobie manquent le plus souvent, alors qu’elles sont habituelles dans la migraine. La Mayo Clinic ajoute que la douleur liée à une maladie des sinus dure souvent des jours, alors qu’une migraine se compte plutôt en heures, jusqu’à un ou deux jours.

Les virus causent la plupart des sinusites. Les CDC (avril 2024) soulignent que beaucoup d’épisodes s’améliorent sans antibiotique, et qu’un antibiotique inutile expose à des effets indésirables, y compris des infections à Clostridioides difficile. Une surveillance de deux ou trois jours, ou une ordonnance différée, peut suffire. Il faut revoir un professionnel si les symptômes durent plus de 10 jours sans amélioration, s’aggravent après une amélioration, s’accompagnent d’une fièvre de plus de 3 à 4 jours, ou d’une douleur faciale ou céphalique intense.

Le lavage nasal au sérum physiologique, un spray salin, des compresses tièdes sur le front et l’inhalation de vapeur d’eau figurent parmi les mesures de confort décrites par les CDC. Un décongestionnant ou un antihistaminique se discute avec le pharmacien selon la cause suspectée. Traiter une migraine prise pour une sinusite par des antibiotiques répétés ne réduit pas les crises et retarde le bon traitement.

Fatigue visuelle après les écrans

La fatigue visuelle peut donner mal au front, autour des yeux, avec brûlure, vision floue, yeux secs ou larmoyants, et souvent une nuque douloureuse. Ce n’est pas, en général, une lésion durable de l’œil. La Mayo Clinic (juillet 2024) indique que les symptômes cèdent quand on repose les yeux ou qu’on corrige le poste de travail. Ils peuvent toutefois révéler un défaut de vision non corrigé, un déséquilibre musculaire ou une sécheresse oculaire.

Regarder un écran deux heures ou plus d’affilée chaque jour place parmi les personnes les plus exposées, d’après la même page, qui reprend le syndrome visuel informatique décrit par l’American Optometric Association. On cligne moins, donc l’œil sèche. La distance, l’angle, les reflets et un faible contraste fatiguent davantage que la lecture papier. Un ventilateur ou une climatisation dirigés vers le visage aggravent la sécheresse.

  • Asseyez-vous à environ une longueur de bras de l’écran, le regard légèrement dirigé vers le bas.
  • Réduisez les reflets, réglez la luminosité et faites des pauses en regardant au loin.
  • Les larmes artificielles peuvent soulager un œil sec pendant les longues sessions.
  • Un passage des lentilles aux lunettes diminue parfois l’irritation en fin de journée.

Un examen ophtalmologique s’impose si la douleur revient dès que vous reprenez l’écran, si la vision baisse, ou si un œil devient rouge et douloureux. Cette fatigue n’explique pas une douleur unilatérale avec nausées, ni une crise qui réveille la nuit autour d’un œil. Elle coexiste parfois avec une céphalée de tension, car la posture de l’écran charge aussi le cou.

Homme tenant son nez en raison d'une céphalée sinusale

Artérite à cellules géantes après 50 ans

Après 50 ans, une céphalée nouvelle, surtout aux tempes, n’est plus « juste une tension ». L’artérite à cellules géantes (artérite temporale, encore appelée maladie de Horton en français courant) est une inflammation des artères de moyen et gros calibre. Le NHS (page revue en août 2023) décrit des maux de tête fréquents et intenses, une sensibilité de la tempe ou du cuir chevelu, une douleur de mâchoire en mangeant ou en parlant, et des troubles visuels (diplopie, baisse ou perte de vision d’un œil ou des deux). Fatigue, amaigrissement, fièvre et humeur dépressive sont fréquents. Une pseudo-polyarthrite rhizomélique associée donne des douleurs d’épaules, de cou et de hanches.

Le risque qui compte est la perte de vision, parfois définitive, et, plus rarement, un accident vasculaire. Le traitement commence souvent avant la confirmation, précisément pour protéger les yeux. Le NHS utilise en général la prednisolone à forte dose pendant quelques semaines, puis une décroissance prolongée, parfois sur des années. On ne coupe pas les corticoïdes brutalement. Des médicaments d’épargne (inhibiteurs de pompe à protons, protection osseuse, parfois un immunosuppresseur) peuvent accompagner la corticothérapie, selon le protocole du spécialiste.

Le diagnostic s’appuie sur l’examen des tempes, des analyses d’inflammation (vitesse de sédimentation, CRP), parfois une échographie des artères temporales, et souvent une biopsie. Un rendez-vous ophtalmologique le jour même s’impose en cas de trouble visuel. Le NICE range les signes évocateurs d’artérite à cellules géantes parmi les motifs d’évaluation urgente, au même titre qu’un glaucome aigu par fermeture de l’angle (œil rouge douloureux, vision brouillée, halos).

Cette affection est rare avant 50 ans. Elle n’explique pas les céphalées de tension récidivantes d’un trentenaire. En revanche, une personne de 70 ans qui décrit pour la première fois une tempe douloureuse, un cuir chevelu trop sensible pour se coiffer et une douleur à la mastication doit consulter le jour même, et appeler le SAMU si la vision chute.

Soulager une crise et limiter les récidives

Pour une céphalée de tension isolée, le repos, la chaleur ou le froid sur la nuque, une douche chaude et un antalgique simple suffisent souvent. La Mayo Clinic décrit aussi le massage des muscles douloureux, la correction de la posture (tête non projetée en avant, cuisses horizontales en position assise) et les techniques de relaxation. Le biofeedback, la thérapie cognitivo-comportementale et la relaxation progressive figurent parmi les pistes non médicamenteuses qu’elle retient, surtout si les crises sont fréquentes.

L’acupuncture a un dossier plus solide qu’un simple conseil de confort. La revue Cochrane de Linde et coll. (2016, 12 essais, 2 349 adultes) trouve qu’un cycle d’au moins six séances, ajouté aux soins habituels, peut faire passer de 17 à 48 personnes sur 100 sous le seuil d’une réduction de moitié de la fréquence. Contre une acupuncture factice, l’écart est plus étroit (52 % contre 43 %). Le NICE envisage jusqu’à 10 séances sur 5 à 8 semaines pour la forme chronique. Ce n’est pas une promesse de disparition des crises.

Côté médicaments de fond, les pratiques divergent. Aux États-Unis, la Mayo Clinic place les antidépresseurs tricycliques (amitriptyline, nortriptyline) en tête des préventifs de la céphalée de tension, avec somnolence, sécheresse de bouche et constipation comme effets fréquents. Le NICE britannique, pour cette indication précise, met en avant l’acupuncture et ne liste pas l’amitriptyline comme pour la migraine. Votre médecin tranchera selon le tableau, les autres traitements en cours et la recommandation applicable en France.

Un rythme de vie stable réduit les déclencheurs. Dormir assez, sans trop, à des heures régulières ; bouger plusieurs fois par semaine ; boire ; limiter alcool et caféine, y compris le sevrage brutal de café ; ne pas sauter de repas. Le NINDS rappelle que trop peu ou trop de sommeil peut aggraver les céphalées, et que les siestes longues grignotent le sommeil profond de la nuit. Un carnet reste plus utile qu’une liste universelle d’aliments interdits : fromages affinés, alcool, glutamate, charcuteries et aspartame ne déclenchent une migraine que chez certaines personnes.

Quand les antalgiques entretiennent le mal de tête

Prendre trop souvent le comprimé qui « marche » peut créer une céphalée quotidienne. Le NICE demande d’y penser si la douleur s’est installée ou a empiré pendant au moins trois mois de prise régulière. Le seuil est de 10 jours par mois ou plus pour les triptans, les opioïdes, les ergotés et les antalgiques combinés, et de 15 jours par mois ou plus pour le paracétamol, l’aspirine ou un AINS, seuls ou associés. Au-delà d’un usage quasi quotidien, le risque n’est plus théorique.

Le traitement consiste à arrêter le médicament surconsommé. Le NICE conseille un arrêt net d’au moins un mois, plutôt qu’une descente trop lente, pour les antalgiques simples et les triptans. La douleur peut empirer au début, avec nausées, insomnie ou nervosité. Un suivi rapproché est prévu, et une prophylaxie de la céphalée primaire sous-jacente peut commencer en même temps. L’hospitalisation n’est pas la règle ; elle se discute en cas d’opioïdes forts, de maladies associées ou d’échecs répétés. Le diagnostic se réévalue 4 à 8 semaines après le sevrage.

D’après l’OMS, la céphalée par abus d’antalgiques est la céphalée secondaire la plus répandue. Elle concerne une part importante des personnes qui ont mal à la tête 15 jours par mois ou plus. Le bon réflexe, avant d’ajouter un quatrième antalgique, est de compter les jours de prise sur le calendrier du mois en cours et d’en parler au médecin ou au pharmacien. Le NICE demande aussi d’expliquer ce risque dès qu’on prescrit un traitement de crise.

Quels signes imposent un avis médical

La plupart des douleurs frontales relèvent d’une céphalée primaire et se gèrent avec le médecin traitant. Certains signes, listés par le NICE (CG150) et repris par le NINDS, changent l’urgence. Ils ne font pas de chaque mal de tête une catastrophe ; ils indiquent qu’il ne faut plus attendre une nuit de plus.

Situation Conduite Source
Douleur maximale en moins de 5 minutes Appeler le SAMU (15) NICE CG150, 2025
Céphalée avec fièvre qui s’aggrave Avis urgent, parfois SAMU NICE CG150, 2025
Déficit neurologique, confusion, crise comitiale Appeler le 15 ou le 112 NICE, NINDS 2026
Après un traumatisme crânien récent (environ 3 mois) Consultation rapide, urgences si aggravation NICE CG150, 2025
Tempe douloureuse, claudication de mâchoire, trouble visuel après 50 ans Même jour, SAMU si la vision chute NHS, 2023 ; NICE
Œil rouge douloureux, halos, vision brouillée Urgences (glaucome aigu possible) NICE CG150, 2025
Antalgiques 10 ou 15 jours par mois selon le produit Rendez-vous avec le médecin traitant NICE CG150, 2025
Sinusite apparente au-delà de 10 jours, ou qui rebondit Revoir un professionnel CDC, 2024

D’autres éléments, moins spectaculaires, méritent aussi un rendez-vous. Une céphalée déclenchée par la toux, l’effort ou un changement de posture ; un changement net du caractère habituel des crises ; un déficit immunitaire, un cancer connu, des vomissements sans autre cause ; des céphalées qui commencent après 50 ans alors qu’on n’en avait jamais. Le NICE déconseille en revanche de demander une IRM ou un scanner « pour se rassurer » quand le diagnostic de céphalée primaire est déjà posé et qu’aucun de ces signes n’est là.

Deux à trois crises par semaine, même sans signe d’alarme, justifient un avis. Le NINDS le range parmi les motifs de consultation, et c’est aussi le seuil où l’on discute une prophylaxie plutôt qu’une accumulation d’antalgiques. Apportez le carnet de huit semaines, la liste des médicaments (y compris ceux du comptoir) et une description du siège, du rythme et des signes associés. Cette liste oriente plus vite qu’une image cérébrale faite trop tôt.

Questions fréquentes

Un mal de tête au front est-il grave ?

Le plus souvent, non : il s’agit d’une céphalée de tension ou d’une migraine. La gravité se juge aux signes d’accompagnement (fièvre, déficit, vision, début en quelques minutes, âge supérieur à 50 ans avec tempe douloureuse), pas au seul siège frontal. En présence de ces signes, contactez le SAMU.

Faut-il une IRM pour une douleur frontale fréquente ?

Pas si le tableau est celui d’une céphalée primaire et que l’examen neurologique est rassurant. Le NICE demande de ne pas prescrire d’imagerie uniquement pour rassurer. L’imagerie se discute en cas de signe d’alarme, de premier épisode d’AVF, ou de doute du clinicien.

Combien de jours d’antalgiques par mois faut-il ne pas dépasser ?

Le NICE fixe 10 jours pour triptans, opioïdes, ergotés et associations, et 15 jours pour paracétamol, aspirine et AINS. Au-delà, pendant plus de trois mois, une céphalée par abus médicamenteux devient plausible. Comptez les jours sur un calendrier plutôt que de vous fier à l’impression.

L’oxygène soulage-t-il un mal de tête autour de l’œil ?

Pour une AVF, oui, c’est un traitement de crise recommandé par le NICE, à au moins 12 litres par minute d’oxygène pur sur masque adapté. Il ne remplace pas un diagnostic. Il n’est pas le traitement d’une céphalée de tension ni d’une migraine banale, et il se prescrit, il ne s’improvise pas.

Les lunettes suffisent-elles si le front fait mal après l’ordinateur ?

Parfois, si un défaut visuel ou une sécheresse oculaire est en cause. La Mayo Clinic rappelle que la fatigue visuelle n’abîme en général pas l’œil de façon permanente et cède au repos. Une douleur pulsatile avec nausées, ou des crises nocturnes unilatérales, n’est pas une affaire de lunettes seules.

Maladie de Horton et AVF, est-ce la même chose ?

Non. En français, « maladie de Horton » désigne l’artérite à cellules géantes, une urgence des plus de 50 ans. L’AVF est une céphalée primaire du sujet plus jeune, par crises de 15 à 180 minutes autour d’un œil. Confondre les deux retarde le bon traitement.

Femme endormie dans son lit avec réveil au premier plan

Conclusion

Le front est un carrefour, pas un organe malade à lui seul. Dans la grande majorité des cas, la pression en bandeau renvoie à une céphalée de tension, et la douleur pulsatile avec nausées à une migraine, y compris quand le nez paraît bouché. Les chiffres de l’OMS (3,1 milliards de personnes concernées en 2021) rappellent que le phénomène est banal ; ils n’autorisent pas à ignorer une tempe douloureuse après 50 ans, ni une douleur maximale en cinq minutes.

Les corrections utiles par rapport aux idées reçues tiennent en quelques seuils. Une crise d’AVF dure un quart d’heure à trois heures, se traite par oxygène à fort débit ou triptan injectable ou nasal, pas par paracétamol. Une sinusite bactérienne est moins fréquente qu’une migraine « sinusienne ». Les inhibiteurs du CGRP ont changé la prévention de la migraine dans le NICE 2025–2026 ; ils ne sont pas le traitement de première intention d’un cluster en pratique britannique.

Un carnet de huit semaines, le décompte des jours d’antalgiques et une phrase précise (siège, durée, nausées ou non, un œil ou les deux, effet de la marche) orientent le médecin traitant plus sûrement qu’une recherche d’un « lobe » à soigner. Si la vision baisse, si la nuque est raide avec de la fièvre, ou si la douleur explose d’un coup, composez le 15 ou le 112.

Sources

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  12. Schreiber CP, Hutchinson S, Webster CJ et al. : Prevalence of Migraine in Patients With a History of Self-reported or Physician-Diagnosed Sinus Headache. Archives of Internal Medicine, 13 septembre 2004.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.