
Les boues de la vésicule, ou boue biliaire, sont un sédiment de cristaux de cholestérol, de bilirubinate de calcium et de mucus. Elles se déposent lorsque la bile séjourne trop longtemps dans l’organe. Le plus souvent, elles restent silencieuses et s’effacent dès que la cause cesse. Elles peuvent aussi migrer, se transformer en calculs ou déclencher une colique hépatique, une cholécystite ou une pancréatite.
Un consensus international paru dans Gut en 2023 a séparé ce sédiment de la microlithiase, définie comme de petits calculs de 5 mm ou moins avec un cône d’ombre. Dans une série hospitalière de 177 pancréatites biliaires, la gravité n’était pas moindre lorsque le déclencheur était de la boue plutôt qu’un calcul franc.
Environ 40 % des boues disparaissent, 40 % vont et viennent, et près de 20 % évoluent vers des calculs, d’après la revue de Wang et collègues. L’échographie abdominale reste l’examen de première intention. Une douleur sous les côtes droites de plus de trente minutes, une fièvre ou un ictère justifient un avis médical, parfois le SAMU au 15, sinon le 112.
Qu’est-ce que les boues de la vésicule biliaire
La boue biliaire est un mélange amorphe de particules précipitées dans la bile, visible à l’échographie comme un matériel plus brillant que le liquide, mobile avec la gravité, sans cône d’ombre acoustique. Elle n’est pas un calcul. Le consensus de 2023 réserve le mot microlithiase aux concrétions de 5 mm ou moins qui, elles, projettent une ombre, et parle de calculs au-delà de 5 mm.
La composition chimique n’est pas unique. Chez la femme enceinte, le sédiment est souvent riche en cristaux de cholestérol. Pendant une nutrition parentérale, le bilirubinate de calcium prédomine. Certains antibiotiques, notamment la ceftriaxone à forte dose, forment des complexes calcium-ceftriaxone, parfois appelés pseudolithiase, qui peuvent régresser à l’arrêt du médicament.
Ce dépôt n’est pas une maladie isolée. Il signale une stase, un changement de composition de la bile, ou les deux. La Cleveland Clinic le décrit comme une bile épaissie par un flux ralenti. Le Merck Manual le place comme un précurseur fréquent des calculs, capable aussi de migrer dans les voies biliaires. Le diagnostic arrive souvent par hasard, sur une échographie demandée pour une autre raison. Une colique typique avec un premier examen « normal » n’élimine pas de très petits cristaux.

Comment ce sédiment se forme dans la bile
La bile, fabriquée par le foie, est stockée et concentrée dans la vésicule, puis expulsée vers l’intestin au moment des repas pour émulsionner les graisses. Trois ingrédients se rencontrent dans le sédiment : un excès de cholestérol par rapport aux sels biliaires et à la lécithine, une mucine vésiculaire qui sert d’armature, et une vidange trop lente, qui laisse le temps aux cristaux de naître et de s’agréger.
Dans les pays occidentaux, plus de 85 % des calculs sont des calculs de cholestérol, d’après le Merck Manual. La boue en est souvent l’étape liquide-solide. L’EASL souligne que la stase, plus qu’un germe de calcul déjà formé, explique une grande partie des boues observées pendant un jeûne prolongé ou une nutrition exclusivement veineuse.
Lorsque le tube digestif n’appelle plus la vésicule, celle-ci se dilate et se contracte mal. Le sédiment se couche dans la partie déclive. Trois repas par jour, avec assez de graisses pour déclencher la contraction, suffisent parfois à le chasser une fois l’alimentation orale reprise, d’après les commentaires de la recommandation européenne de 2016. MedlinePlus précise que les calculs de cholestérol ne sont pas liés au cholestérol mesuré dans le sang ; le problème se joue dans la bile, la motilité vésiculaire et, pour les calculs pigmentaires, un excès de bilirubine.
Causes et situations qui favorisent les boues
Plusieurs contextes cliniques sont clairement associés à ce sédiment, selon la revue de Wang et collègues en 2018. La grossesse, une perte de poids très rapide, la nutrition parentérale, une transplantation d’organe, certains médicaments et des maladies aiguës ou chroniques figurent parmi les plus documentés. Le mécanisme commun est une vésicule paresseuse, une bile trop chargée, ou les deux à la fois.
Les médicaments incriminés ne sont pas interchangeables. L’octréotide et les analogues de la somatostatine ralentissent la vidange. La ceftriaxone précipite avec le calcium. Un traitement hormonal substitutif ou une contraception œstroprogestative peut augmenter le cholestérol biliaire. Le risque se discute avec le prescripteur, surtout en usage prolongé ou à forte dose.
La perte de poids brutale mérite une mention à part. L’EASL fixe un seuil de plus de 1,5 kg par semaine comme période à haut risque lithiasique. Les régimes sous 800 kcal par jour et la chirurgie de court-circuit gastrique élèvent nettement l’incidence de calculs. La Cleveland Clinic ajoute les agonistes des récepteurs du GLP-1, fréquents dans l’amaigrissement médicalisé.
Sur le long terme, le Merck Manual retient le sexe féminin, l’âge, l’obésité, la sédentarité, une résistance à l’insuline et des antécédents familiaux. Une cirrhose ou une hémolyse oriente plutôt vers des calculs pigmentaires. L’alcool n’est pas le moteur habituel des boues ; il entre en jeu surtout via une maladie du foie déjà installée.
Quelques situations reviennent souvent en consultation.
- Une grossesse récente, parce que la progestérone ralentit la vésicule et que le sédiment est souvent transitoire après l’accouchement.
- Un jeûne ou une nutrition uniquement veineuse, parce que plus aucun repas ne déclenche la contraction.
- Un amaigrissement très rapide, y compris après chirurgie bariatrique ou sous analogue du GLP-1.
- Un traitement par ceftriaxone ou octréotide, à discuter avec le médecin qui l’a prescrit.
- Une maladie grave, une réanimation ou une transplantation, où la stase s’ajoute à d’autres facteurs.
Quels symptômes la boue biliaire peut provoquer
La grande majorité des personnes porteuses de boue n’ont aucun signe. Le sédiment est alors une trouvaille d’imagerie. Quand des symptômes apparaissent, ils ressemblent à ceux des calculs, parce que le mécanisme est le même. Un bouchon transitoire du canal cystique met la vésicule sous tension.
La colique hépatique, nom usuel en France de cette douleur, n’est pas une vraie colique qui va et vient. Le Merck Manual la décrit comme une douleur qui monte en quinze minutes à une heure, reste en plateau, dure en général moins de six heures, parfois jusqu’à douze, puis s’estompe en trente à quatre-vingt-dix minutes. Elle siège souvent sous les côtes droites ou à l’épigastre, irradie vers l’omoplate ou l’épaule, et s’accompagne fréquemment de nausées.
MedlinePlus retient une douleur d’au moins trente minutes. Le NHS conseille de demander un avis rapide si la douleur abdominale dépasse cette durée. Une crise pendant la nuit, qui réveille, est classique. Un repas copieux peut la déclencher, mais les aliments gras ne sont pas un test diagnostique fiable. Les gaz, les ballonnements et les nausées isolées se voient autant dans d’autres troubles digestifs ; le Merck Manual met en garde contre l’attribution automatique de cette gêne à la vésicule.
La fièvre, les frissons, un ictère, des urines très foncées ou des selles décolorées ne font pas partie d’une colique simple. Ils orientent vers une inflammation, une infection des voies biliaires ou un obstacle plus durable. Une douleur qui dépasse douze heures, surtout avec vomissements, fait craindre une cholécystite aiguë ou une pancréatite, d’après le même manuel.
Quelques signes aident à distinguer une crise « simple » d’une urgence.
- Une douleur haute à droite, constante, qui empêche de rester assis sans douleur, demande un avis médical.
- Des nausées ou vomissements pendant la crise sont fréquents, sans fièvre dans une colique non compliquée.
- Une fièvre, des frissons ou une peau ou des yeux jaunes sortent du cadre d’une simple colique.
- Des selles pâles et des urines foncées suggèrent un obstacle sur la voie biliaire principale.
Les boues disparaissent-elles ou deviennent-elles des calculs
Trois trajectoires reviennent dans les suivis échographiques, résumées par Wang et collègues et reprises par la Cleveland Clinic. Environ 40 % des boues disparaissent complètement. Environ 40 % apparaissent, s’effacent, puis reviennent. Près de 20 % se transforment en calculs. Ces chiffres décrivent des cohortes, pas le destin d’une personne.
Lorsqu’une cause nette existe et qu’elle cesse, le sédiment régresse souvent. C’est le cas après l’accouchement, à l’arrêt d’une nutrition parentérale une fois l’alimentation orale reprise, ou après l’arrêt de la ceftriaxone. Si le facteur persiste, jeûne répété, pertes de poids successives, vésicule toujours paresseuse, le risque de calcul augmente.
La boue n’est pas le premier stade obligatoire de tous les calculs. L’EASL rappelle que beaucoup de boues liées à la stase sont réversibles. La revue de 2018 les situe comme un facteur de risque et parfois une forme précoce de maladie lithiasique, surtout lorsque des coliques existent déjà.
Jusqu’à 80 % des calculs constitués restent silencieux, d’après le Merck Manual et l’EASL. Les symptômes apparaissent ensuite au rythme d’environ 1 à 4 % par an. Une fois une colique survenue, la douleur récidive chez 20 à 40 % des patients chaque année, et des complications plus graves surviennent chez environ 1 à 2 % par an. Ces pourcentages concernent surtout les calculs, mais ils éclairent la discussion dès que des crises ont commencé.
Une trouvaille isolée, sans douleur, n’impose donc pas une opération. Elle impose de chercher pourquoi la bile a stagné, et de surveiller si des signes apparaissent.
Comment le diagnostic est posé
L’échographie abdominale, à jeun, est l’examen de première intention. Le NICE (recommandation CG188) propose des tests hépatiques et une échographie devant une suspicion de maladie lithiasique. Le Merck Manual attribue à cet examen une sensibilité et une spécificité d’environ 95 % pour les calculs vésiculaires, et indique qu’il détecte aussi la boue.
La boue s’y présente comme des échos de faible intensité, en nappe déclive, sans ombre. Les calculs sont hyperéchogènes, mobiles, avec un cône d’ombre. Quand le sédiment est compact, parfois appelé boue tuméfiée, il peut mimer une masse ; l’absence de vascularisation au Doppler et le déplacement lent avec le changement de position aident alors.
La sensibilité de l’échographie de surface pour la boue n’est que d’environ 60 % dans la revue de 2018. Pour le cholédoque, le texte de Gut de 2023 rappelle une sensibilité d’à peu près 55 %. Une colique typique ou une pancréatite dite idiopathique avec un premier examen normal n’arrête donc pas le bilan.
Si le cholédoque est dilaté ou si le bilan hépatique est anormal sans calcul visible, le NICE envisage une cholangio-IRM (bili-IRM), puis une écho-endoscopie si l’IRM ne tranche pas. L’EASL attribue à l’écho-endoscopie une sensibilité de 94 à 98 % pour une lithiase vésiculaire alors que l’échographie de surface est normale, situation fréquente dans les pancréatites inexpliquées. Les analyses de sang restent souvent normales tant qu’il n’y a pas de complication ; transaminases, bilirubine ou lipase s’élèvent en cas d’obstacle, d’angiocholite ou de pancréatite.

Cholécystite, angiocholite et pancréatite liées aux boues
Les boues peuvent obstruer le canal cystique ou la voie principale comme le ferait un calcul. La Mayo Clinic cite explicitement la bile épaissie et les particules de boue parmi les causes de cholécystite, aux côtés des calculs, d’une tumeur, d’une infection ou d’une maladie grave qui réduit le débit sanguin de la vésicule.
La cholécystite se manifeste par une douleur haute, une sensibilité au toucher, des nausées, des vomissements et souvent de la fièvre, fréquemment après un repas copieux. Non traitée, elle peut se compliquer d’infection, de nécrose de la paroi, voire de perforation. Ces évolutions concernent surtout les personnes âgées, les personnes diabétiques et celles qui attendent trop longtemps avant de consulter.
L’angiocholite, infection de la voie biliaire, associe douleur, fièvre et parfois ictère. La pancréatite survient lorsqu’un fragment de sédiment ou un microcalcul bloque transitoirement l’ampoule de Vater, là où le suc pancréatique rejoint la bile. Wang et collègues rapportent que jusqu’à 74 % des pancréatites dites idiopathiques, une fois l’alcool, les calculs visibles et les causes métaboliques écartés, ont été associées à de la boue, chiffre issu d’observations anciennes mais encore citées.
Le consensus de 2023 change la lecture clinique. Dans une part non négligeable des articles, boue et microlithiase étaient employés comme synonymes. Or la gravité de la pancréatite, dans la série munichoise, ne différait pas entre boue, microlithiase et calculs, avec environ 10 % de formes graves dans chaque groupe. Près de 20 % des pancréatites aiguës restent étiquetées idiopathiques au premier bilan ; une part se révèle biliaire après écho-endoscopie.
Le traitement de ces complications n’est pas un nettoyage de la boue à domicile. Il s’agit d’une prise en charge hospitalière, d’une antalgie, parfois d’une CPRE pour dégager la voie principale, puis d’une discussion de cholécystectomie pour éviter la récidive. La CPRE passe par la bouche jusqu’au duodénum, dilate la papille et expose à une pancréatite post-geste ; l’EASL souligne ce risque, surtout pendant la grossesse.
Surveillance, acide ursodésoxycholique et cholécystectomie
Sans symptôme, avec une vésicule et une voie biliaire d’aspect normal, la conduite rejoint celle des calculs silencieux. Le NICE demande de rassurer. Rien n’oblige à opérer une trouvaille isolée. Le médecin cherche un facteur déclenchant, propose un contrôle si le contexte persiste, et explique les signes qui doivent faire revenir.
Dès qu’une colique typique, une cholécystite, une angiocholite ou une pancréatite est liée à la lithiase, la chirurgie laparoscopique devient l’option durable chez les personnes opérables. Le NICE propose la cholécystectomie laparoscopique aux calculs vésiculaires symptomatiques, souvent en ambulatoire pour une intervention programmée, et dans la semaine du diagnostic en cas de cholécystite aiguë. Les experts interrogés en 2023 choisissaient la cholécystectomie dans 64 % des cas de pancréatite associée à la boue ou à la microlithiase.
L’acide ursodésoxycholique (AUDC) n’est pas un substitut banal à l’opération. Il diminue la sécrétion hépatique de cholestérol et peut dissoudre des cristaux, voire de petits calculs cholestéroliques dans une vésicule encore fonctionnelle. Le Merck Manual indique qu’après une dissolution réussie, les calculs reviennent chez environ 50 % des personnes en cinq ans. L’EASL déconseille la litholyse comme alternative de premier choix, faute de prévention solide des symptômes et des complications. Soixante-quatre pour cent des experts du consensus de 2023 ne l’utilisent que si la chirurgie ou l’endoscopie ne sont pas possibles.
Pendant un amaigrissement rapide, le paysage est différent. Une méta-analyse reprise par l’EASL (13 essais, 1 791 patients) a montré que l’AUDC, de 300 à 1 200 mg par jour, réduit la formation de calculs pendant un régime ou après chirurgie bariatrique. Le guide européen propose souvent 500 à 600 mg par jour jusqu’à la stabilisation du poids. En France, l’indication, la durée et la dose se décident avec le médecin ou le pharmacien.
Après ablation de la vésicule, la bile continue de s’écouler du foie vers l’intestin. Aucun régime spécial n’est exigé. Le NICE indique qu’il n’est plus nécessaire d’éviter les aliments qui déclenchaient les crises. Une diarrhée survient chez certaines personnes. Des symptômes digestifs peu spécifiques persistent chez un patient sur trois à un sur quatre après l’opération, d’après l’EASL, ce qui justifie de bien relier les crises à la vésicule avant d’opérer.
Grossesse, jeûne, nutrition parentérale et perte de poids
Pendant la grossesse, la vésicule se contracte moins bien. Dans une cohorte de 3 254 grossesses citée par l’EASL, une boue apparaît chez 5 % des femmes, des calculs chez 5 % également, et seulement 1,2 % des femmes qui portent l’un ou l’autre présentent une douleur biliaire. Le sédiment lié à cette hypomotricité n’est pas, en lui-même, une indication d’intervention. L’EASL ne recommande pas non plus l’AUDC en prévention chez la femme enceinte, parce que le phénomène est souvent transitoire.
Une colique, une cholécystite ou une pancréatite pendant la grossesse se discutent avec l’équipe obstétricale. La CPRE est possible entre des mains expérimentées, avec une fluoroscopie limitée ; la grossesse reste un facteur de pancréatite après le geste. Beaucoup de cholécystectomies devenues nécessaires le sont dans l’année qui suit l’accouchement, selon le guide européen.
La nutrition parentérale totale est un grand pourvoyeur de boue, par perte de stimulation intestinale. L’EASL conseille de passer à une alimentation entérale dès que c’est possible. Après reprise d’une alimentation orale, trois repas par jour avec assez de graisses pour vider la vésicule peuvent faire disparaître boue et petits calculs. Les injections de cholécystokinine pour « forcer » la vésicule pendant la nutrition veineuse restent controversées.
La vitesse de l’amaigrissement compte plus que le seul chiffre sur la balance. Au-delà de 1,5 kg par semaine, le risque lithiasique grimpe. Dans les régimes très restrictifs, un apport d’au moins 7 g de graisses par jour a été associé, dans des études contrôlées citées par l’EASL, à une meilleure vidange et à moins de calculs symptomatiques. Après court-circuit gastrique, 28 à 71 % des patients peuvent former des calculs, et jusqu’à un tiers aboutissent à une cholécystectomie dans les trois ans. Ces fourchettes larges justifient une surveillance, pas une alarme.
Le médecin qui prescrit un analogue du GLP-1, un régime très hypocalorique ou une chirurgie bariatrique peut discuter d’un suivi échographique et, parfois, d’un AUDC préventif. Il ne faut pas commencer ce traitement sans avis médical.
Douleur de vésicule : quand voir un médecin
Toute douleur haute à droite ou à l’épigastre qui dure plus de trente minutes mérite un avis, même si elle finit par passer. Le NHS place ce seuil comme motif de contact médical urgent. Une crise unique peut récidiver, et c’est souvent après la première colique que l’on décide d’une échographie et d’un avis chirurgical.
Les signes suivants sortent du cadre d’une simple colique et relèvent des urgences. On appelle le SAMU au 15, ou le 112, ou l’on se fait conduire sans prendre le volant. Une douleur qui empêche de tenir en place est, pour la Mayo Clinic, un motif d’aller aux urgences.
| Tableau clinique | Conduite |
|---|---|
| Boue découverte par hasard, aucune douleur | Suivi avec le médecin traitant, pas d’opération systématique |
| Douleur haute à droite de plus de 30 minutes | Consultation rapide, souvent échographie et bilan hépatique |
| Crises répétées de colique hépatique | Avis de chirurgie digestive, discussion de cholécystectomie |
| Fièvre, frissons, douleur qui dépasse 12 heures | Urgences, composer le 15 (SAMU) ou le 112 |
| Ictère, urines foncées, selles pâles | Urgences le jour même, crainte d’un obstacle sur la voie principale |
| Douleur dorsale intense avec vomissements répétés | Urgences, crainte d’une pancréatite |
Un ictère, même discret, n’attend pas le lendemain. MedlinePlus retient la douleur haute de l’abdomen et le jaunissement de la peau ou des yeux comme motifs de contact. Chez une femme enceinte, les mêmes seuils s’appliquent, avec un appel plus précoce à l’équipe qui suit la grossesse.
Après une échographie qui montre de la boue sans symptôme, la question utile est de savoir ce qui a fait stagner la bile, et quels signes doivent faire revenir. Le médecin traitant, éventuellement le gastro-entérologue ou le chirurgien digestif, adapte ensuite la conduite aux recommandations locales françaises.
Questions fréquentes
La boue biliaire est-elle grave ?
Le plus souvent, non. Elle est fréquente, souvent transitoire, et se tait. Elle devient préoccupante lorsqu’elle provoque une colique, une cholécystite, une angiocholite ou une pancréatite. Le consensus de 2023 a montré que, une fois la pancréatite installée, la gravité n’était pas moindre qu’avec un calcul.
Peut-on vivre avec une boue biliaire sans opération ?
Oui, tant qu’elle reste silencieuse et que la voie biliaire est libre. Le NICE rassure les personnes dont les calculs, et par analogie un sédiment isolé, sont découverts par hasard. L’opération se discute après des crises typiques ou une complication, chez une personne opérable.
L’acide ursodésoxycholique dissout-il les boues ?
Il peut dissoudre des cristaux de cholestérol et réduire le risque de calculs pendant un amaigrissement rapide, aux doses étudiées par l’EASL. Il ne remplace pas la cholécystectomie en cas de symptômes répétés, et les calculs reviennent souvent après l’arrêt. La prescription se fait par un médecin, selon le contexte et les règles françaises.
Que manger en cas de boue biliaire ?
Aucun régime n’a fait la preuve qu’il « lave » la vésicule. Le NICE conseille d’éviter les aliments qui déclenchent vos propres crises tant que la vésicule ou les calculs n’ont pas été traités, puis de ne plus les bannir après l’opération. Un régime très pauvre en graisses peut, à l’inverse, réduire encore la vidange pendant un amaigrissement trop rapide.
La boue découverte pendant la grossesse disparaît-elle ?
Souvent, oui, après l’accouchement, parce que la motilité vésiculaire se rétablit. L’EASL ne traite pas ce sédiment isolé et ne donne pas d’AUDC préventif pendant la grossesse. Une douleur typique, de la fièvre ou un ictère relèvent d’un avis immédiat.
Faut-il enlever la vésicule si l’échographie ne montre que de la boue ?
Pas de façon automatique. La chirurgie se discute si le sédiment s’accompagne de coliques répétées, d’une cholécystite, d’une pancréatite ou d’un obstacle, et si l’état général permet l’anesthésie. Une échographie normale n’élimine pas toujours de très petits cristaux ; l’écho-endoscopie peut alors être proposée.
La CPRE retire-t-elle les boues de la vésicule ?
La CPRE sert surtout à dégager la voie biliaire principale, pas à « vider » la vésicule. C’est un geste invasif, utile en cas de calcul ou de sédiment dans le cholédoque, d’angiocholite ou de pancréatite obstructive. Le NICE l’associe ensuite, en règle, à une cholécystectomie pour limiter les récidives.

Conclusion
La boue biliaire n’est ni une trouvaille à classer sans un mot, ni une sentence chirurgicale. C’est un sédiment de stase, souvent réversible, parfois le témoin d’une lithiase qui commence, capable dans une minorité de cas de provoquer les mêmes accidents qu’un calcul. Quatre personnes sur dix voient le sédiment disparaître, près de deux sur dix verront des calculs, et la grande majorité n’aura jamais mal.
Si une échographie vient de décrire ce dépôt sans aucune crise, la question à poser au médecin traitant est concrète. Quel facteur, grossesse, régime, perfusion, médicament, perte de poids, est encore là, et faut-il un contrôle une fois ce facteur levé. Si vous avez déjà eu une douleur haute à droite de plus de trente minutes, apportez le compte rendu d’échographie et demandez si une cholécystectomie laparoscopique est l’option, comme le propose le NICE pour les calculs devenus symptomatiques.
Gardez les seuils d’alerte, pas la peur. Fièvre, ictère, douleur qui dépasse douze heures ou qui empêche de tenir en place, vomissements répétés avec irradiation dorsale. Dans ces cas, le SAMU (15) ou le 112 valent mieux qu’une attente à domicile. Le pharmacien et le médecin adapteront ensuite, en France, le choix d’un éventuel AUDC, le calendrier opératoire et le suivi, à partir de ces repères plutôt que d’un régime miracle.
Sources
- Gallbladder Sludge: What It Is, Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 7 août 2026.
- Cholecystitis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 23 octobre 2024.
- Recommendations | Gallstone disease: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, 31 août 2018.
- Saiman Y : Cholelithiasis – Hepatology – Merck Manual Professional Edition. Merck Manual Professional Edition, février 2026.
- Gallstones: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 21 avril 2025.
- Wang HH, Portincasa P, Liu M et al. : Similarities and differences between biliary sludge and microlithiasis: Their clinical and pathophysiological significances. Liver Research, 20 octobre 2018.
- Żorniak M, Sirtl S, Beyer G et al. : Consensus definition of sludge and microlithiasis as a possible cause of pancreatitis. Gut (BMJ), 18 avril 2023.
- European Association for the Study of the Liver : EASL Clinical Practice Guidelines on the prevention, diagnosis and treatment of gallstones. Journal of Hepatology, 12 avril 2016.
- Gallstones – NHS. National Health Service, 1er mai 2024.
