
La céphalée de tension est le mal de tête primaire le plus fréquent. Elle se manifeste par une douleur pressante, souvent des deux côtés, d’intensité légère à modérée, sans nausée, et qui n’empêche pas de poursuivre une activité ordinaire comme marcher.
Après une journée devant l’écran, beaucoup de gens décrivent un bandeau serré autour du crâne et des tempes sensibles, tout en restant capables de finir leur travail. On a longtemps attribué cette douleur à une contraction des muscles du cou et du cuir chevelu. D’après la mise à jour 2026 de la Mayo Clinic, cette explication ne tient plus. La piste actuelle est une sensibilité à la douleur accrue, la tension musculaire étant plutôt un accompagnement.
Pour une crise, le guide américain VA/DoD de 2023 propose l’ibuprofène 400 mg ou le paracétamol 1 000 mg. Au Royaume-Uni, NICE (recommandations de 2012, encore inscrites dans le guide CG150 relu en 2026) ajoute l’aspirine chez l’adulte et refuse les opioïdes. Passé quinze jours de paracétamol, d’aspirine ou d’anti-inflammatoire par mois, sur plus d’un trimestre, le même guide alerte sur la céphalée par abus d’antalgiques. Un mal de tête maximal en cinq minutes, une fièvre avec raideur de nuque ou un déficit neurologique nouveau relèvent du SAMU (15) ou du 112.
Comment reconnaître une céphalée de tension
La douleur typique est un étau ou un bandeau, plutôt qu’une pulsation, et elle occupe souvent les deux côtés de la tête, le front ou la nuque. L’intensité reste légère à modérée : on peut encore lire, marcher et parler, même si la concentration souffre. Le cuir chevelu, la nuque et les épaules sont souvent sensibles au toucher, point que la Mayo Clinic et MedlinePlus décrivent comme très fréquent.
Quatre traits, repris par le tableau diagnostique de NICE, aident à la reconnaître. Au moins deux d’entre eux suffisent, dans ce tableau, à orienter le diagnostic vers une céphalée de tension plutôt que vers une migraine ou une algie vasculaire de la face.
- La douleur occupe les deux côtés de la tête, du visage ou de la nuque.
- La qualité est pressante ou serrée, non pulsatile, souvent comparée à un bandeau trop étroit.
- L’intensité reste légère ou modérée et n’oblige pas, le plus souvent, à s’allonger dans le noir.
- Les gestes habituels, marcher ou monter des marches, n’aggravent pas la douleur et ne la font pas fuir.
La durée d’un épisode va de trente minutes à plusieurs jours. Dans la forme chronique, la gêne peut durer des heures ou rester presque constante, avec des hauts et des bas dans la journée. MedlinePlus précise que ces maux de tête ne s’accompagnent d’ordinaire ni de nausées ni de vomissements. Une intolérance légère à la lumière ou au bruit peut exister, d’après la Mayo Clinic, mais elle n’est pas le tableau dominant.
Si la douleur est intense au point d’empêcher toute activité, le Manuel Merck (mise à jour 2025) invite à revoir le diagnostic. Une céphalée de tension « très forte » est souvent une migraine qui n’a pas encore été nommée.

Céphalée de tension ou migraine
La confusion est banale, surtout quand les deux affections coexistent chez la même personne. Dans CG150, NICE retient la migraine (y compris chronique) dès que des traits migraineux sont présents. Le tableau suivant reprend les contrastes de ce guide britannique.
| Critère | Céphalée de tension | Migraine |
|---|---|---|
| Siège | Le plus souvent des deux côtés | Un côté ou les deux |
| Qualité | Pressante, serrée, non pulsatile | Pulsatile, battante |
| Intensité | Légère ou modérée | Modérée ou intense |
| Effort quotidien | N’aggrave pas la douleur | Aggrave la douleur ou la fait éviter |
| Signes associés | Habituellement aucun | Lumière, bruit, nausée ou vomissements, parfois aura |
| Durée | Trente minutes à continue | Quatre à 72 heures chez l’adulte |
L’aura visuelle (lumières, taches, lignes, perte partielle de vue), les fourmillements ou le trouble de la parole qui se construisent en au moins cinq minutes et durent de cinq à soixante minutes orientent vers une migraine, pas vers une céphalée de tension. Les troubles visuels du type migraine avec aura n’appartiennent pas non plus, selon la Mayo Clinic, au tableau de l’étau.
Une migraine légère peut imiter un bandeau. Dans ce cas, les médicaments spécifiques de la migraine (triptans) que la Mayo Clinic juge peu utiles dans la céphalée de tension peuvent malgré tout soulager. Le journal des crises, tenu quelques semaines, sert alors à séparer les jours « étau » des jours « battement avec nausée », parce que le traitement n’est pas le même.
Formes épisodiques et forme chronique
Le compte des jours, et non la « force » de la douleur, sépare les formes. La Mayo Clinic, alignée sur la classification internationale, distingue trois fréquences. La forme peu fréquente survient moins d’un jour par mois. La forme fréquente reste sous le seuil de quinze jours par mois, pendant au moins trois mois. La forme chronique atteint ou dépasse quinze jours par mois durant au moins un trimestre.
Cette frontière de quinze jours n’est pas un détail administratif. Au-dessous, un antalgique pris tôt peut suffire. Au-dessus, le même comprimé, répété, risque de devenir une partie du problème, et un traitement de fond entre en discussion. NICE range aussi la forme chronique à quinze jours ou plus par mois, au-delà de trois mois.
La forme peu fréquente touche une grande part de la population et perturbe peu la vie. La forme fréquente, elle, peut déjà gêner le travail et le sommeil. La forme chronique transforme la douleur en bruit de fond : Merck décrit une gêne presque toujours présente, d’intensité variable selon les heures, qui réveille rarement la nuit au début mais finit par user.
Une céphalée chronique n’apparaît pas d’un coup chez la plupart des gens. Elle s’installe souvent à partir d’épisodes de plus en plus rapprochés. Quand la douleur est quotidienne dès le premier jour, d’autres diagnostics, dont la céphalée quotidienne persistante récente, doivent être envisagés par le médecin.
Causes, sensibilité à la douleur et déclencheurs
La cause exacte n’est pas établie. MedlinePlus décrivait encore en 2025 une contraction des muscles du cou et du cuir chevelu. La Mayo Clinic, dans sa mise à jour de 2026, ne retient plus cette contraction comme moteur. Les personnes concernées auraient un système de la douleur plus réactif. La sensibilité des muscles péricrâniens, très souvent palpable, serait alors un marqueur de cette réactivité, plus qu’une origine unique.
Le stress reste le déclencheur le plus souvent rapporté. Il n’explique pas à lui seul tous les épisodes, et Merck le rappelle. D’autres facteurs reviennent dans MedlinePlus et le NHS : sommeil trop court ou coupé, caféine en excès ou sevrage, alcool, posture figée devant un écran, grincement de dents, fatigue visuelle, infection ORL banale, tabagisme. Chacun n’a pas la même liste. Un même aliment incriminé dans une migraine n’est pas, pour autant, une cause démontrée de céphalée de tension.
Les femmes sont plus souvent concernées que les hommes. L’analyse mondiale Global Burden of Disease de 2016, parue en 2018 dans The Lancet Neurology, estimait la prévalence standardisée sur l’âge à 26,1 % dans le monde, 30,8 % chez les femmes et 21,4 % chez les hommes, soit environ 1,89 milliard de personnes concernées cette année-là. Ces chiffres, déjà anciens, restent la grande photographie épidémiologique de référence. Ils ne disent pas qu’une femme sur trois a mal tous les jours : la plupart des épisodes sont rares et brefs.
Anxiété, dépression et douleurs de nuque s’associent souvent à la forme chronique. Cela ne signifie pas que « c’est dans la tête » au sens d’une douleur imaginaire. Cela signifie que le médecin traitant a intérêt à chercher ces voisins, parce qu’ils pèsent sur la fréquence des crises et sur le choix d’un traitement de fond.
Quels antalgiques pour une crise
Pour un épisode isolé, un antalgique simple pris assez tôt reste la première ligne. NICE propose l’aspirine, le paracétamol ou un anti-inflammatoire non stéroïdien, en tenant compte des autres maladies et du risque d’effets indésirables. Le guide VA/DoD de 2023, plus précis sur les doses étudiées, retient l’ibuprofène 400 mg ou le paracétamol 1 000 mg. Au-dessous de 1 000 mg, le paracétamol n’a pas montré d’avantage clair sur le placebo dans les essais repris par ce guide et par Cochrane.
Les chiffres de soulagement sont modestes, et il vaut mieux les connaître avant d’attendre un « zéro douleur » garanti. La revue Cochrane de 2015 sur l’ibuprofène 400 mg trouve 23 personnes sur 100 sans douleur à deux heures, contre 16 sur 100 avec un placebo. Sept personnes sur 100 bénéficient donc spécifiquement du comprimé, soit une personne soulagée au-delà du placebo pour quatorze traitées. Pour le paracétamol 1 000 mg, la revue Cochrane de 2016 trouve 24 personnes sur 100 sans douleur à deux heures contre 19 sous placebo, soit une personne de plus soulagée pour vingt-deux traitées. Une personne sur dix passe à une douleur nulle ou légère grâce au paracétamol 1 000 mg. Ces essais portaient sur des adultes avec forme fréquente et douleur d’emblée au moins modérée, pas sur le mal de tête occasionnel de fin de journée.
L’aspirine 500 à 1 000 mg figure dans la recommandation européenne EFNS de 2010 et dans NICE, mais pas avant 16 ans, à cause du syndrome de Reye. Le NHS rappelle que le paracétamol est le premier choix en cas de grossesse, et que l’ibuprofène n’y est pas recommandé. Les doses, les contre-indications (estomac, reins, foie, asthme, anticoagulants) et les spécialités disponibles en France se discutent avec le pharmacien ou le médecin traitant : les guides cités ici sont britanniques, américains ou européens, pas des notices françaises.
NICE ne propose pas les opioïdes dans cette indication. EFNS écarte aussi les triptans et les myorelaxants pour la crise de céphalée de tension. Les associations caféinées peuvent augmenter l’effet d’un antalgique, selon EFNS, mais elles sont classées au second rang parce qu’elles pourraient faciliter l’abus. Prendre plusieurs antalgiques différents le même jour, « pour être sûr », n’est pas une stratégie validée et expose le foie et l’estomac.
Quand les comprimés trop fréquents entretiennent la douleur
Un antalgique trop souvent répété peut créer une céphalée par abus de médicaments, parfois appelée céphalée de rebond. Ce n’est pas une faiblesse de volonté. C’est une interaction entre un cerveau déjà enclin aux maux de tête et une prise régulière de traitement de crise.
NICE fixe des seuils concrets, valables si la situation dure plus de trois mois. Paracétamol, aspirine ou AINS, seuls ou combinés entre eux, à partir de quinze jours par mois. Triptans, opioïdes, dérivés de l’ergot ou antalgiques de combinaison (souvent avec caféine) à partir de dix jours par mois. MedlinePlus donne un repère plus simple pour le quotidien : plus de trois jours par semaine d’antalgique peut entretenir des maux de tête qui reviennent. La Mayo Clinic conseille de voir un professionnel si un médicament est nécessaire plus de deux fois par semaine.
Le piège est circulaire. La douleur revient, on reprend un comprimé, la douleur revient plus tôt. NICE demande d’expliquer ce risque à toute personne qui utilise un traitement de crise. Le traitement de la céphalée d’abus, dans ce guide, consiste à arrêter d’un coup les médicaments surconsommés pendant au moins un mois, en prévenant que la douleur peut empirer avant de s’améliorer. Un traitement de fond de la céphalée primaire peut être discuté en parallèle. L’arrêt en hospitalisation n’est pas la règle.
Tenir le compte des jours avec prise, et pas seulement des jours avec douleur, change souvent la consultation. Un agenda où figurent dix-huit jours de paracétamol en un mois dit autre chose qu’un agenda où figurent huit jours de mal de tête et deux comprimés.

Traitements de fond des formes fréquentes
Quand les crises se rapprochent, l’objectif n’est plus seulement d’éteindre la douleur du jour. Il s’agit de diminuer le nombre de jours avec mal de tête et de limiter l’abus d’antalgiques. Les pays ne classent pas les outils dans le même ordre, et cette divergence doit rester visible.
Le guide VA/DoD de 2023 suggère l’amitriptyline pour prévenir la forme chronique, sur la base d’essais à 50 mg et 100 mg, avec une réduction des jours de céphalée par mois. Les effets anticholinergiques (bouche sèche, somnolence, constipation, prise de poids) et le risque de surdose, surtout chez la personne âgée ou cardiaque, sont rappelés dans le même texte. EFNS, en 2010, plaçait déjà l’amitriptyline en première ligne, à débuter à 10–25 mg par jour, avec une dose d’entretien souvent de 30–75 mg, prise une à deux heures avant le coucher. Mirtazapine et venlafaxine y sont des alternatives de second choix. La Mayo Clinic décrit aussi ces antidépresseurs comme traitements préventifs, en avertissant que l’effet peut demander plusieurs semaines et que l’abus d’antalgiques de crise peut le masquer.
NICE, dans CG150, ne fait pas de l’amitriptyline le traitement de fond de la céphalée de tension. Pour la forme chronique, ce guide britannique propose jusqu’à dix séances d’acupuncture sur cinq à huit semaines. Le site grand public du NHS mentionne pourtant l’amitriptyline comme parfois utilisée, à faible dose d’abord, pendant plusieurs mois. Cette tension interne au Royaume-Uni, et l’écart avec les textes américains et européens, se règle en France avec le médecin et le pharmacien, selon les produits disponibles et le dossier du patient.
La toxine botulique, utile dans certaines migraines chroniques, n’a pas sa place ici. VA/DoD 2023 recommande de ne pas l’injecter pour prévenir la céphalée de tension chronique. EFNS aboutissait déjà à un bilan défavorable. Un antiépileptique ou un myorelaxant « parce que ça détend » n’est pas un réflexe soutenu par ces guides pour cette indication.
Kinésithérapie, acupuncture et autres approches sans médicament
Les approches sans comprimé ne sont pas un luxe ajouté après coup. Elles sont souvent la seule piste raisonnable quand les antalgiques de crise menacent déjà de basculer dans l’abus. Leur niveau de preuve, en revanche, n’est pas uniforme, et les guides récents sont plus prudents que les textes plus anciens.
La kinésithérapie est suggérée, avec un niveau de preuve limité, par le guide VA/DoD de 2023 pour la céphalée de tension, la migraine et la céphalée d’origine cervicale. Le panachage étudié comprend chaleur, massage des points sensibles, mobilisations. L’exercice aérobie est également suggéré. Le NHS propose yoga, massage, chaleur ou froid sur la nuque, oreiller bas et ferme, et une activité physique régulière. Rien de tout cela ne « guérit » l’affection, mais une partie des patients voient la fréquence baisser.
L’acupuncture illustre le désaccord entre institutions. NICE la retient pour la prévention de la forme chronique (jusqu’à dix séances). La revue Cochrane de 2016, portant sur 12 essais et 2 349 adultes, trouve qu’un cours d’au moins six séances peut être une option utile. Ajoutée aux soins habituels, elle amenait 48 personnes sur 100 à réduire d’au moins moitié la fréquence des maux de tête, contre 17 sur 100 sans acupuncture. Face à une acupuncture factice, l’écart est plus mince : 51 contre 43 sur 100. VA/DoD 2023, après une revue allant jusqu’en 2022, juge les données insuffisantes pour recommander ou déconseiller acupuncture, yoga ou puncture sèche. Les deux lectures existent. Aucune n’autorise à promettre un résultat.
Le biofeedback (rétroaction biologique), la thérapie cognitivo-comportementale, la méditation de pleine conscience et la relaxation musculaire progressive restent souvent proposés. La Mayo Clinic les décrit comme des outils possibles, parfois plus efficaces combinés à un médicament. VA/DoD 2023, sur les essais plus récents, trouve des données insuffisantes ou mixtes pour ces approches prises isolément. EFNS 2010 donnait un effet documenté au biofeedback EMG et un effet probable à la TCC et à la relaxation. Le plus honnête, pour un lecteur en 2026, est de dire que ces techniques peuvent aider certaines personnes, sans en faire une obligation ni un substitut au compte des comprimés.
Le même guide américain juge insuffisantes les preuves pour l’oméga-3, le coenzyme Q10, la grande camomille, la mélatonine, la vitamine B2 ou B6 en prévention des céphalées. Une alimentation « anti-maux de tête » n’est donc pas un traitement démontré de cette douleur.
Céphalées de tension : quand voir un médecin
Un épisode rare, reconnaissable, qui cède à un antalgique et laisse un examen neurologique normal, peut se gérer avec le pharmacien. Plusieurs crises par semaine, une douleur qui change de visage, un médicament devenu inefficace ou un besoin de comprimés plus de deux fois par semaine justifient un rendez-vous avec le médecin traitant. Le NHS ajoute la douleur pulsatile d’un seul côté, les nausées et l’intolérance franche à la lumière ou au bruit, qui évoquent plutôt une migraine.
Certains tableaux ne sont plus une céphalée de tension « un peu plus forte ». Ils demandent un avis urgent, éventuellement le SAMU au 15, ou le 112.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Douleur habituelle en étau, légère, qui cède à un antalgique | Conseil du pharmacien, agenda des crises |
| Plusieurs maux de tête par semaine, ou antalgique plus de deux fois par semaine | Médecin traitant, sans attendre des mois |
| Changement franc du profil (nouveau type, aggravation progressive) | Médecin traitant rapide, éventuellement neurologue |
| Mal de tête maximal en moins de cinq minutes | SAMU (15) ou 112 |
| Fièvre, raideur de nuque, confusion, crise d’épilepsie, diplopie, faiblesse, trouble de la parole | Appel immédiat au 15 (SAMU) |
| Céphalée après un traumatisme crânien, surtout si elle s’aggrave | Urgences, 15 ou 112 |
| Grossesse en cours ou envisagée, et doute sur un médicament | Pharmacien puis médecin, avant de reprendre un AINS |
NICE dresse une liste voisine pour décider d’examens ou d’un avis spécialisé : fièvre avec aggravation, début explosif, déficit neurologique nouveau, trouble cognitif ou de la personnalité, baisse de vigilance, traumatisme récent (souvent moins de trois mois), douleur déclenchée par la toux, la manœuvre de Valsalva, l’effort ou le changement de posture, signes d’artérite temporale ou de glaucome aigu, immunodépression, antécédent de cancer pouvant métastaser au cerveau, vomissements sans autre cause. L’âge n’est pas à lui seul un diagnostic, mais un mal de tête nouveau après 50 ans, dans les textes de la Mayo Clinic, mérite d’être examiné plutôt que classé par habitude.
Journal des maux de tête et examens d’imagerie
Le diagnostic repose sur l’histoire et un examen clinique normal, pas sur un examen sanguin spécifique. NICE propose un journal pendant au moins huit semaines pour distinguer les types de céphalées et mesurer l’effet des traitements. Merck et le NHS s’en servent aussi pour repérer les déclencheurs et le volume de médicaments.
Un journal utile n’a pas besoin d’être littéraire. Quelques lignes par jour suffisent, toujours les mêmes.
- Noter le jour, l’heure de début et de fin, et si la douleur était un étau ou un battement.
- Indiquer le siège (un côté, les deux, nuque, front) et les activités encore possibles.
- Lister nausée, lumière, bruit, troubles visuels, et le lien éventuel avec les règles.
- Recopier chaque comprimé, y compris ceux du pharmacien, avec l’heure de prise.
- Ajouter sommeil, stress, écran prolongé, alcool ou caféine, sans chercher un coupable unique.
NICE déconseille d’adresser à l’imagerie cérébrale « pour rassurer » une personne dont le diagnostic de céphalée de tension, de migraine, d’algie vasculaire ou de céphalée d’abus est déjà posé. Scanner et IRM gardent leur place quand un signe d’alerte est là, quand le profil change, ou quand le médecin cherche une céphalée secondaire (tumeur, hémorragie, infection, Horton, glaucome). MedlinePlus le dit autrement : un mal de tête léger à modéré, sans autre signe, qui cède en quelques heures, n’impose pas d’emblée une imagerie.
Apporter le journal, la liste des médicaments et trois questions précises (combien de jours de prise sont trop, faut-il un traitement de fond, ce mal de tête ressemble-t-il à une migraine) fait souvent plus avancer la consultation qu’une demande d’IRM formulée trop tôt.
Questions fréquentes
Peut-on travailler avec une céphalée de tension ?
Oui, dans la plupart des épisodes, l’effort habituel n’aggrave pas la douleur et n’oblige pas à s’aliter. La gêne porte surtout sur la concentration et la patience. Si chaque journée de travail devient un combat, la fréquence ou le diagnostic méritent d’être revus, car une migraine ou une forme chronique se cachent parfois derrière un « simple » étau.
Combien de jours par mois peut-on prendre un antalgique ?
NICE alerte à partir de quinze jours par mois de paracétamol, d’aspirine ou d’AINS, si cela dure plus d’un trimestre, et dès dix jours pour les associations, triptans ou opioïdes. MedlinePlus situe le risque de rebond au-delà de trois jours de prise par semaine. Le médecin traitant et le pharmacien adaptent ces seuils à votre dossier. L’objectif n’est pas d’endurer la douleur, c’est d’éviter qu’un comprimé utile devienne un moteur de chronicité.
L’amitriptyline sert-elle d’antidépresseur contre ces maux de tête ?
Elle appartient à la famille des antidépresseurs tricycliques, mais EFNS souligne que son effet antalgique ici ne dépend pas d’une dépression associée. Les doses de fond (souvent 30 à 75 mg le soir dans ce texte de 2010) ne sont pas celles d’un traitement de dépression caractérisée. Somnolence, sécheresse de bouche, constipation et prise de poids sont fréquents. La décision, hors AMM éventuelle selon le pays, appartient au prescripteur français.
Faut-il une IRM pour ce type de mal de tête ?
Non, pas par principe. NICE refuse l’imagerie de simple réassurance une fois le diagnostic de céphalée primaire posé. L’IRM ou le scanner se discutent en présence d’un signe d’alerte, d’un profil nouveau ou d’un doute sur une cause secondaire. Un examen clinique normal et un journal cohérent suffisent souvent.
L’aspirine convient-elle aux enfants ?
Non avant 16 ans, d’après NICE et le NHS, en raison du syndrome de Reye. Chez l’adulte, l’aspirine reste une option de crise parmi d’autres, à condition d’estomac, de coagulation et d’asthme compatibles. Pour un enfant, le pharmacien oriente vers une alternative adaptée à l’âge et au poids.
La caféine aide-t-elle vraiment ?
Elle peut augmenter l’effet d’un antalgique, selon EFNS, ce qui explique les spécialités combinées. Le même texte la classe au second rang, parce que sevrage et prises fréquentes peuvent eux-mêmes entretenir des maux de tête. Le NHS conseille de réduire thé, café et cola si ces boissons semblent liées aux crises. Ni miracle, ni poison : un levier à tester avec mesure.

Conclusion
Le bandeau serré des deux côtés, qui laisse encore marcher et qui cède parfois à un ibuprofène 400 mg ou à un paracétamol 1 000 mg, correspond au tableau le plus banal des maux de tête. Ce n’est pas une contraction musculaire à « débloquer » une fois pour toutes, et ce n’est pas non plus une maladie anodine quand elle envahit quinze jours par mois ou quand les comprimés s’enchaînent.
Le geste le plus utile, avant même de discuter amitriptyline, acupuncture ou kinésithérapie, est de compter pendant huit semaines les jours de douleur et les jours de prise. Ce carnet, posé sur le bureau du médecin traitant, permet de séparer migraine, forme fréquente, forme chronique et céphalée d’abus, quatre situations qui ne se soignent pas avec la même boîte.
Si un mal de tête nouveau explose en moins de cinq minutes, s’accompagne de fièvre et de nuque raide, d’un déficit neurologique ou suit un coup sur la tête, le numéro à composer est le 15 (SAMU) ou, à défaut, le 112. Pour tout le reste, pharmacien et médecin traitant restent le bon premier filtre, y compris pour ajuster les doses et les produits aux règles françaises, qui peuvent différer des guides britanniques ou américains cités ici.
Sources
- GBD 2016 Headache Collaborators : Global, regional, and national burden of migraine and tension-type headache, 1990–2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. The Lancet Neurology, novembre 2018.
- Headaches in over 12s: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, 2012, relu le 23 septembre 2026.
- Tension headache – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 2 mai 2026.
- Tension headache – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 2 mai 2026.
- Tension headache: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 27 octobre 2025.
- Derry S, Wiffen PJ, Moore RA et al. : Oral ibuprofen for acute treatment of episodic tension-type headache in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 31 juillet 2015.
- Stephens G, Derry S, Moore RA : Oral paracetamol for treatment of acute episodic tension-type headache in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 16 juin 2016.
- Linde K, Allais G, Brinkhaus B et al. : Acupuncture for tension-type headache. Cochrane Database of Systematic Reviews, 19 avril 2016.
- Tension headaches. National Health Service, 1er août 2025.
- Silberstein SD : Tension-Type Headache. Merck Manual Professional Edition, février 2025.
- Sico JJ, Antonovich NM, Ballard-Hernandez J et al. : 2023 U.S. Department of Veterans Affairs and U.S. Department of Defense Clinical Practice Guideline for the Management of Headache. Annals of Internal Medicine, 29 octobre 2024.
- Bendtsen L, Evers S, Linde M et al. : EFNS guideline on the treatment of tension-type headache – Report of an EFNS task force. European Journal of Neurology, 2010.
