Champignons magiques et dépression : effets et risques

Champignons magiques et dépression : effets et risques

La psilocybine, principe actif des champignons dits magiques, peut réduire les symptômes d’un épisode dépressif chez une partie des patients lorsqu’elle est donnée une fois, sous surveillance, avec un accompagnement psychologique. Elle n’a pas d’autorisation de mise sur le marché aux États-Unis ni dans l’Union européenne. Ce n’est pas un traitement de ville, et l’usage de champignons hors essai n’est ni sûr ni légal.

Le cadre des essais a changé. La ligne directrice de l’Agence européenne des médicaments (EMA) sur la dépression, adoptée le 20 janvier 2025, consacre un volet aux psychédéliques. Des études contrôlées restent indispensables, car ces substances peuvent déclencher une anxiété aiguë et des idées suicidaires. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a publié un projet de recommandations en juin 2023, puis une version finale en juillet 2026, sans approuver aucun médicament à base de psilocybine.

Les chiffres sont plus serrés qu’un récit de percée. Chez Goodwin et coll. (2022), 25 mg ont fait baisser le score MADRS de 12,0 points à 3 semaines, contre 5,4 points avec 1 mg ; 37 % des patients du groupe 25 mg répondaient, mais la réponse maintenue à 12 semaines n’était pas démontrée. Une méta-analyse du BMJ (2024) estime un effet modéré (g de Hedges = 0,66) chez 436 personnes. L’IRM de Wall et coll. (2025) montre que l’escitalopram réduit la réactivité cérébrale aux visages émotionnels, alors que la psilocybine ne le fait pas.

Qu’est-ce que la psilocybine et comment agit-elle

La psilocybine est un composé naturel de certaines espèces de champignons. Une fois ingérée, elle devient de la psilocine, qui se fixe surtout sur les récepteurs de la sérotonine 5-HT2A. Le National Institute on Drug Abuse (NIDA) décrit des perceptions déformées, une perte du sens du temps, et des émotions qui vont de l’euphorie à la terreur. L’effet dépend de la quantité, de l’état d’esprit (le « set ») et de l’environnement (le « setting »).

La psilocine modifie la communication entre régions cérébrales. Les travaux résumés par le NIDA indiquent une perturbation temporaire du réseau du mode par défaut, très actif quand on rumine sur soi. Un sentiment d’ouverture ou d’unité, parfois appelé expérience de type mystique, peut suivre. Le même institut souligne que cette expérience n’est pas toujours agréable et qu’elle n’est pas, à ce stade, une condition prouvée de l’effet antidépresseur.

Les champignons dits magiques ne sont pas un médicament calibré. Leur teneur varie, le NIDA rappelle le risque de confondre une espèce toxique avec une espèce psychoactive, et le Centre national américain pour la santé complémentaire (NCCIH) note que des produits du commerce ont déjà été frelatés. Les essais n’utilisent pas un ramassage en sous-bois. Ils administrent une psilocybine de synthèse, à quantité connue, dans une pièce préparée, avec du personnel formé.

La toxicité aiguë est relativement basse, au sens où un arrêt respiratoire est rare. Les risques pour le cœur, le jugement et l’humeur restent réels. La molécule accélère le pouls et élève la pression artérielle, ce qui peut menacer une personne cardiaque. Hors cadre, le NIDA décrit des conduites à risque, par exemple marcher dans la circulation, parce que l’environnement n’est plus évalué correctement.

Une illustration des champignons magiques utilisés dans le traitement de la dépression.

La psilocybine soulage-t-elle vraiment la dépression

Les données les plus solides concernent une ou deux prises encadrées, pas une cure quotidienne. La synthèse du BMJ du 1er mai 2024 a regroupé 436 participants issus de sept des neuf essais retenus. L’effet sur les scores de dépression correspondait à un g de Hedges de 0,66 (intervalle de confiance à 95 % de 0,46 à 0,86). Tous les essais avaient un risque de biais modéré. La certitude globale a été jugée modérée. L’effet paraissait plus marqué en cas de dépression dite secondaire, par exemple liée à un cancer, et chez les personnes déjà exposées aux psychédéliques.

Cette synthèse ne dit pas que le traitement « guérit » la dépression. Les échantillons restent petits, le masquage est difficile, et le recul dépasse rarement quelques semaines. Le NCCIH, actualisé en mai 2024, résume cinq études (215 personnes) dans lesquelles les symptômes baissaient jusqu’à cinq semaines, sans assez de données au-delà.

La comparaison avec un antidépresseur classique est plus prudente. Carhart-Harris et coll. ont publié en 2021, dans le New England Journal of Medicine, un essai chez 59 patients atteints d’un trouble dépressif caractérisé modéré à grave, de longue date. Trente personnes ont reçu deux prises de 25 mg à trois semaines d’intervalle, plus un placebo quotidien. Vingt-neuf ont reçu 1 mg (sans effet psychédélique notable) plus de l’escitalopram pendant six semaines. Tous avaient le même accompagnement. Le critère principal, la variation du QIDS-SR-16 à six semaines, n’a pas montré de différence significative (−8,0 contre −6,0 points, écart de 2,0, P = 0,17).

Les critères secondaires allaient plutôt dans le sens de la psilocybine (70 % de réponse contre 48 %, 57 % de rémission contre 28 %), mais sans correction pour la multiplicité des tests. Les auteurs demandent des essais plus grands et plus longs.

Chez des personnes sans résistance documentée, Raison et coll. (JAMA, 2023) ont comparé 25 mg en une prise à 100 mg de niacine, chez 104 adultes. La différence de MADRS atteignait −12,3 points à J43 et −12,0 points dès J8. Aucun événement indésirable grave lié au traitement n’a été retenu, mais les événements globaux et graves étaient plus fréquents avec la psilocybine. Le signal parle d’un effet rapide, pas d’un usage libre.

Émoussement émotionnel : ISRS et psilocybine

L’émoussement émotionnel désigne une baisse d’intensité des affects, positifs comme négatifs, souvent décrite comme une indifférence ou un sentiment d’être « sous cloche ». Wall et coll., dans l’American Journal of Psychiatry (1er juin 2025), rappellent qu’une enquête souvent citée situe ce phénomène autour de 50 % des personnes sous antidépresseur. Il n’est pas toujours facile de le séparer d’un reste de la dépression, notamment l’anhédonie.

Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) augmentent la sérotonine synaptique en continu et peuvent, via des récepteurs 5-HT1A inhibiteurs, atténuer la réactivité émotionnelle. La psilocine agit surtout en agoniste direct du récepteur 5-HT2A. Wall et coll. ont testé cette divergence dans le même essai que Carhart-Harris, avec une IRM fonctionnelle avant traitement et à six semaines.

Vingt-cinq patients du groupe psilocybine (deux séances à 25 mg) et vingt et un du groupe escitalopram ont vu des visages émotionnels dans le scanner. Après traitement, la réponse BOLD baissait de façon nette sous escitalopram. Dans l’autre groupe, elle ne changeait pas ou augmentait légèrement. La réponse amygdalienne à la peur diminuait sous escitalopram, avec un effet plus faible après psilocybine. Les auteurs en déduisent que l’action des ISRS s’accompagne souvent d’une réduction de la réactivité émotionnelle, un effet qui ne semble pas se reproduire de la même façon ici.

Ces images ne prouvent pas que chaque patient sous ISRS se sentira émoussé, ni que la psilocybine « reconnecte » toujours les émotions. Une étude ouverte chez 20 personnes avait déjà décrit une hausse des réponses amygdaliennes (Roseman et coll., Neuropharmacology, 2018). C’est un recul de long terme, sans groupe témoin. L’essai de 2025 affine le tableau, sur un sous-échantillon, avec un masquage imparfait.

Si un ISRS a assombri la vie affective, le sujet mérite d’être posé au médecin traitant ou au psychiatre. Ce n’est pas une raison de remplacer le comprimé par des champignons. La NICE, dans NG222 (juin 2022, revue en janvier 2026), demande d’informer les patients que certains effets indésirables des antidépresseurs peuvent durer tout au long du traitement, et de réévaluer tôt, en général sous deux semaines.

Point comparé ISRS (escitalopram, essai 2021) Psilocybine en essai
Autorisation comme antidépresseur Oui, parcours habituel (NICE NG222) Non (FDA, EMA)
Schéma étudié Prise quotidienne pendant six semaines Une ou deux prises encadrées
Critère principal vs escitalopram Pas de différence significative à six semaines Idem (P = 0,17)
Réactivité cérébrale aux visages Baisse après six semaines (Wall, 2025) Peu ou pas de baisse (Wall, 2025)
Émoussement rapporté Fréquent dans les enquêtes (~50 %) Non décrit comme un effet typique

Dépression résistante : ce que montrent les essais

On parle le plus souvent de dépression résistante après l’échec d’au moins deux antidépresseurs bien conduits. Goodwin et coll. rappellent, via STAR*D, que les taux de rémission chutent d’une ligne à l’autre : 36,8 %, puis 30,6 %, 13,7 % et 13,0 %. L’EMA note, dans sa révision de 2025, que jusqu’à deux tiers des patients atteints de trouble dépressif caractérisé n’obtiennent pas de rémission après un premier essai adéquat. Le besoin de nouvelles options est réel. Il n’autorise pas à présenter une piste encore expérimentale comme un standard.

L’essai de phase 2 le plus large a été publié le 3 novembre 2022. Deux cent trente-trois adultes en épisode résistant ont reçu, avec un soutien psychologique, de la psilocybine de synthèse à 25 mg, 10 mg ou 1 mg (contrôle), en une administration. Le MADRS de départ valait 32 ou 33. À trois semaines, la baisse était de 12,0 points avec 25 mg, 7,9 avec 10 mg et 5,4 avec 1 mg. Seul l’écart 25 mg contre 1 mg (−6,6 points) était significatif.

La réponse à trois semaines concernait 37 % des patients du groupe 25 mg, contre 18 % du groupe 1 mg. La rémission (MADRS ≤ 10) concernait 29 % contre 8 %. La réponse maintenue jusqu’à 12 semaines n’a pas été démontrée. Des événements indésirables sont survenus chez 179 des 233 participants (77 %), surtout céphalée, nausée et vertige. Des idées suicidaires, un comportement suicidaire ou une automutilation ont été observés dans tous les groupes. Chez trois personnes du groupe 25 mg, un comportement suicidaire est apparu après la troisième semaine. Toutes avaient des antécédents, aucune n’avait répondu à trois semaines.

Une revue destinée aux internistes, parue en 2025 dans le journal de la Cleveland Clinic, détaille le même essai. Entre J2 et la semaine 3, des idées suicidaires ont été notées chez 6 % (25 mg), 5 % (10 mg) et 3 % (1 mg). Une automutilation non suicidaire a concerné 3 %, 1 % et 0 %. Entre les semaines 3 et 12, un comportement suicidaire a été rapporté chez 4 % du groupe 25 mg, contre aucun ailleurs. L’étude n’était pas dimensionnée pour trancher un lien de cause. Elle impose une surveillance serrée.

Ces 25 mg, donnés une fois, ne sont pas une recette à reproduire chez soi. C’est la quantité qui, dans cet essai, a séparé le critère principal du bras 1 mg, au prix d’effets aigus fréquents et d’un signal suicidaire. La quantité de 10 mg n’a pas atteint le seuil de significativité. Les auteurs demandent des essais plus longs, avec un comparateur déjà utilisé en clinique.

Cancer et détresse existentielle : l’avis Cochrane

Une partie de la littérature porte sur l’anxiété et la dépression liées à un cancer avancé. Cochrane a publié le 12 septembre 2024 une revue chez des personnes atteintes d’une maladie potentiellement mortelle. Six essais, 149 adultes (140 analysés), ont testé la psilocybine (trois études), le LSD (deux) ou la MDMA (une). La plus grande étude de psilocybine incluait 56 personnes, les plus petites 12.

Avec les psychédéliques dits classiques, comparés à un placebo actif ou à une très faible quantité, la dépression pouvait baisser. Sur l’inventaire de Beck, la différence moyenne était de −4,92 points (quatre études, 112 personnes). En différence moyenne standardisée, l’effet était de −0,43 (cinq études, 122 personnes). La certitude a été jugée faible. L’anxiété pouvait aussi diminuer, avec la même réserve. Aucun événement indésirable grave lié au traitement n’a été retenu, mais la preuve de sécurité est très incertaine. Les participants devinaient souvent le bras, les échantillons sont minuscules, le financement venait d’organisations favorables à ces thérapies.

Pour un patient d’oncologie en France, la piste existe dans la recherche, pas comme un soin palliatif courant. Tant que les autorisations n’ont pas changé, le traitement de l’humeur reste celui du cancérologue et du psychiatre référents.

Comment se déroule une séance encadrée

Dans les protocoles, on n’avale pas un champignon ramassé. On entre dans un dispositif en trois temps. Le NCCIH insiste pour que la prise n’ait lieu que sous la responsabilité d’un thérapeute formé, qui gère l’état d’esprit et l’environnement. Barnett et coll. (2025) décrivent le schéma le plus courant dans les essais.

Des séances de préparation expliquent les effets possibles et posent un cadre de sécurité. Le jour J, le participant reste plusieurs heures dans une pièce calme, souvent allongé, avec un bandeau et une playlist. Un ou deux thérapeutes restent présents. Les constantes sont surveillées. La sortie se fait avec un accompagnant, sans conduite avant le lendemain. Dans les jours suivants, l’intégration relie ce qui a été vécu à des changements concrets.

Les essais de dépression cités plus haut utilisent 25 mg de psilocybine de synthèse, parfois en deux prises à trois semaines d’intervalle. Ce ne sont pas des posologies de ville. L’EMA demande que l’on démontre que l’effet n’est pas dû au seul accompagnement, et que la quantité soit justifiée. Le masquage reste difficile. Une personne qui vit des visions sait qu’elle n’a pas reçu un comprimé inerte. Les essais utilisent donc souvent 1 mg ou un placebo actif (niacine).

Quelques points de méthode, tels qu’ils apparaissent dans les protocoles :

  • La molécule est une psilocybine de synthèse à quantité connue, jamais un mélange de champignons ramassés.
  • Un professionnel reste présent pendant toute la durée des effets, souvent six à huit heures.
  • Une préparation et une intégration sont prévues, car la séance seule n’est pas le soin complet.
  • Les personnes avec psychose, manie ou idéation suicidaire active avec intention sont en général exclues.

Il n’existe pas de circuit de prescription équivalent en médecine de ville française. Toute offre « thérapeutique » de champignons magiques hors essai autorisé sort de ce modèle.

Risques, contre-indications et champignons ramassés

Les effets indésirables les plus fréquents dans les essais sont transitoires. Céphalée, nausée, vertige, fatigue, anxiété, hausse de la pression et du pouls reviennent chez Goodwin (2022), Raison (2023) et dans les synthèses du NCCIH. Pendant la séance, une expérience angoissante (peur intense, panique, confusion) reste possible. Le NIDA souligne que, même sous surveillance, une peur marquée peut survenir.

Le NCCIH écarte un usage, même encadré, en cas de trouble psychotique (schizophrénie, trouble schizo-affectif), de formes graves de trouble bipolaire ou de trouble de la personnalité borderline. L’antécédent de manie fait partie des exclusions de l’essai Raison. Une cardiopathie mal contrôlée rend l’élévation tensionnelle problématique. Le NIDA ajoute qu’il n’existe pas de données pendant la grossesse.

Hors essai, d’autres risques s’ajoutent. Confusion avec un champignon toxique, produits frelatés, association avec d’autres substances, environnement non sécurisé. Le NIDA signale une hausse des appels aux centres antipoison aux États-Unis. Le NCCIH mentionne la possibilité d’un frelatage par des opioïdes de synthèse. Une psychose persistante est rare dans les essais sélectionnés, plus redoutée hors sélection.

La dépendance au sens d’une envie compulsive n’est pas le profil typique, d’après le NIDA. Cela n’autorise pas un usage répétitif. L’EMA rappelle que l’absence apparente de potentiel addictif des psychédéliques sérotoninergiques classiques ne dispense pas d’une évaluation produit par produit.

Dépression et psilocybine : quand voir un médecin

Une dépression qui dure, qui empêche de travailler ou de s’occuper de soi, ou qui s’accompagne d’idées de mort, se discute d’abord avec le médecin traitant, éventuellement un psychiatre. La NICE prévoit, pour un antidépresseur commencé, une première revue en général sous deux semaines, et dès une semaine chez les 18-25 ans ou s’il existe une crainte suicidaire. Si le médicament doit agir, un effet se dessine le plus souvent en quatre semaines. L’absence d’amélioration à ce stade est un motif de réévaluation, pas d’automédication.

Certains signes imposent d’appeler le 15 (SAMU) ou le 112. Idées suicidaires avec intention ou scénario, automutilation, agitation avec perte de contact à la réalité, douleur thoracique ou vomissements incoercibles après des champignons. Un proche qui devient dangereux pour lui-même pendant un « trip » relève aussi des urgences.

Après une séance d’essai, le signal de Goodwin (2022) justifie de reparler très vite de toute recrudescence d’idées noires, même si la séance a été vécue comme « spirituelle ». Une déception face à l’absence de miracle peut elle-même aggraver l’humeur. Barnett et coll. (2025) soulignent que les attentes trop hautes font partie des facteurs à surveiller.

Situation Conduite
Idées suicidaires avec intention, scénario ou passage à l’acte Appeler le 15 ou le 112
Confusion grave, hallucinations hors essai, agitation incontrôlable Urgences, 15 ou 112
Douleur thoracique, malaise, vomissements après champignons 15 ou 112, préciser la plante ingérée
Dépression qui s’aggrave, insomnie majeure, retrait social Médecin traitant ou psychiatre sans délai
Émoussement émotionnel gênant sous ISRS Réévaluation du traitement, sans arrêt brutal seul
Envie d’essayer des champignons « pour aller mieux » En parler au médecin, ne pas s’automédiquer

Le médecin appliquera le cadre français, qui peut différer des textes américains ou britanniques cités ici. L’objectif n’est pas d’obtenir une prescription de psilocybine. C’est de traiter la dépression avec les moyens disponibles, et d’orienter vers un essai seulement s’il en existe un, ouvert, autorisé, dont vous rempliriez les critères.

Autorisations, essais et soins habituels

Aucune spécialité à base de psilocybine n’est approuvée par la FDA ni par l’EMA pour la dépression. Le NIDA rappelle que, dans cette famille, seuls la kétamine (anesthésie) et l’eskétamine (dépression résistante) ont une autorisation américaine. Deux formulations ont reçu une désignation de « thérapie innovante » pour accélérer le dialogue avec l’agence, l’une en 2018 pour la dépression résistante, l’autre en 2019 pour le trouble dépressif caractérisé, d’après le NCCIH. Cette étiquette n’est pas une AMM.

Les recommandations américaines de juillet 2026 et la révision EMA du 20 janvier 2025 s’adressent aux promoteurs d’essais. Elles insistent sur le masquage, la surveillance, le maintien d’effet, et le suivi de la suicidabilité avec des échelles validées. Il faut aussi montrer que l’accompagnement psychologique n’explique pas à lui seul le résultat.

Au Royaume-Uni, la NICE NG222 décrit le parcours de la dépression de l’adulte. Psychothérapies, antidépresseurs, associations, options de recours. La psilocybine n’y figure pas. Une revue de surveillance du 30 janvier 2026 a conclu qu’il n’y avait pas lieu, à ce stade, de modifier les recommandations. Ce texte n’est pas une règle française. Il montre qu’un institut d’évaluation majeur n’a pas intégré la molécule dans les soins courants.

Le médecin ou le pharmacien indiquera le droit applicable ici. Participer à un essai européen suppose un diagnostic, des critères d’inclusion, un consentement, et parfois l’arrêt d’autres psychotropes selon le protocole. Ce n’est pas un circuit pour contourner un ISRS mal supporté.

Microdoses et automédication

Une microdose désigne une très petite quantité, souvent présentée comme 5 à 10 % d’une dose récréative, prise de façon répétée, sans hallucinations franches. Le NIDA et le NCCIH sont alignés. La recherche n’a pas établi que cette pratique soit sûre ni efficace contre la dépression. Le NCCIH ajoute que des usagers décrivent insomnie, anxiété accrue, baisse d’humeur, gêne digestive et troubles de la concentration.

L’automédication avec des champignons frais, séchés ou en chocolat sort du modèle des essais. La quantité est inconnue, l’environnement n’est pas sécurisé, les contre-indications psychiatriques ne sont pas dépistées. Un « mauvais trip » à domicile, chez une personne déjà déprimée, peut se terminer aux urgences. Le NCCIH recommande de ne pas se servir de cette substance pour reculer une consultation.

Les études positives citées plus haut portent sur des prises psychédéliques, peu nombreuses, dans un protocole. En déduire qu’une pincée quotidienne ferait aussi bien est un saut que ces sources fédérales refusent.

Questions fréquentes

La psilocybine soigne-t-elle la dépression sans émousser les émotions ?

Chez les patients de Wall et coll. (2025), l’escitalopram réduisait la réponse cérébrale aux visages émotionnels, alors que deux séances à 25 mg ne le faisaient pas. Cela va dans le sens d’un moindre émoussement, sans garantir à chacun une vie affective intacte. L’effet antidépresseur n’a pas été supérieur à l’escitalopram sur le critère principal de 2021.

Peut-on remplacer son ISRS par des champignons magiques ?

Non. Les champignons n’ont pas d’AMM antidépressive, la quantité y est imprévisible, et l’arrêt d’un ISRS sans avis médical expose à un rebond et à un sevrage. Dans les essais, la molécule est de synthèse et encadrée. Parlez d’un émoussement gênant à votre médecin, qui pourra adapter le traitement selon les règles locales.

Combien de temps dure l’effet sur l’humeur ?

Dans Raison (2023), l’écart de MADRS était déjà là à J8 et persistait à J43. Le NCCIH retient un bénéfice possible jusqu’à cinq semaines, avec trop peu de données au-delà. Goodwin (2022) n’a pas démontré une réponse maintenue à 12 semaines. Un effet rapide n’est donc pas un effet définitif.

Qui ne devrait pas en prendre, même en essai ?

Le NCCIH écarte les troubles psychotiques, les formes graves de bipolarité et le trouble borderline grave. Les essais excluent aussi, en général, la manie, l’idéation suicidaire avec intention et les addictions actives. Une maladie cardiaque mal contrôlée et une grossesse sont des situations où le NIDA juge les données absentes ou le risque trop élevé.

Les microdoses sont-elles un compromis raisonnable ?

Non, pas sur la base des synthèses du NIDA et du NCCIH. Leur efficacité n’est pas démontrée, et des effets indésirables (insomnie, anxiété, gêne physique) sont rapportés. Une microdose quotidienne n’est pas l’équivalent dilué d’une séance d’essai.

La psilocybine est-elle un traitement autorisé en Europe ?

Non. L’EMA encadre la façon de concevoir les essais, elle n’a pas autorisé un médicament. La FDA non plus. Le parcours habituel, illustré par la NICE NG222, reste fondé sur les psychothérapies et les antidépresseurs déjà évalués. En France, le médecin et le pharmacien indiquent le cadre local et l’éventuelle existence d’un essai.

Conclusion

La psilocybine des champignons magiques n’est pas un antidépresseur de pharmacie. Dans des essais encadrés, 25 mg avec préparation et intégration ont réduit les scores de dépression plus qu’une très faible quantité ou qu’une niacine, avec un effet d’ampleur moyenne dans la méta-analyse du BMJ (2024). Elle n’a pas battu l’escitalopram sur le critère principal de 2021. Elle semble moins émousser la réactivité émotionnelle que cet ISRS, d’après l’IRM de 2025. Elle n’efface pas céphalées, nausées, expériences de terreur, ni le signal d’idées suicidaires observé dans l’essai de dépression résistante.

Si vous vivez une dépression ou un émoussement sous traitement, le geste utile est une consultation avec le médecin qui vous suit. Emportez la liste de vos médicaments, la date d’apparition des symptômes, et, s’il y en a, les idées de mort. Demandez si le traitement actuel est encore adapté, s’il faut le changer, et s’il existe un essai autorisé dont vous rempliriez les critères. N’achetez pas de champignons pour « tester » à la maison.

Si des idées suicidaires avec intention apparaissent, ou si un proche perd contact avec la réalité après une prise, appelez le 15 ou le 112. Les lignes directrices de 2025-2026 montrent que la recherche s’organise. Les soins qui protègent aujourd’hui restent ceux que votre médecin peut prescrire et surveiller.

Sources

  1. Guideline on clinical investigation of medicinal products in the treatment of depression. European Medicines Agency, 20 janvier 2025.
  2. Psychedelic Drugs: Considerations for Clinical Investigations. U.S. Food and Drug Administration, juillet 2026.
  3. Depression in adults: treatment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 29 juin 2022.
  4. Metaxa AM, Clarke M : Efficacy of psilocybin for treating symptoms of depression: systematic review and meta-analysis. British Medical Journal, 1er mai 2024.
  5. Schipper S, Nigam K et al. : Psychedelic-assisted therapy for treating anxiety, depression and existential distress in people with life-threatening diseases. Cochrane Database of Systematic Reviews, 12 septembre 2024.
  6. Goodwin GM, Aaronson ST et al. : Single-Dose Psilocybin for a Treatment-Resistant Episode of Major Depression. New England Journal of Medicine, 3 novembre 2022.
  7. Carhart-Harris R, Giribaldi B et al. : Trial of Psilocybin versus Escitalopram for Depression. New England Journal of Medicine, 15 avril 2021.
  8. Wall MB, Demetriou L et al. : Reduced Brain Responsiveness to Emotional Stimuli With Escitalopram But Not Psilocybin Therapy for Depression. American Journal of Psychiatry, 1er juin 2025.
  9. Raison CL, Sanacora G et al. : Single-Dose Psilocybin Treatment for Major Depressive Disorder: A Randomized Clinical Trial. JAMA, 5 septembre 2023.
  10. Psilocybin for Mental Health and Addiction: What You Need To Know. National Center for Complementary and Integrative Health, mai 2024.
  11. Psilocybin (Magic Mushrooms). National Institute on Drug Abuse, mis à jour en 2024.
  12. Barnett BS, Mauney EE, King F : Psychedelic-assisted therapy: An overview for the internist. Cleveland Clinic Journal of Medicine, mars 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.