Chirurgie ACDF : indications, risques et récupération

Chirurgie ACDF : indications, risques et récupération

L’ACDF, ou discectomie cervicale antérieure et fusion, retire un disque usé ou hernié par une incision à l’avant du cou, puis soude les deux vertèbres voisines. Le geste vise à décomprimer une racine nerveuse ou la moelle, pas à « réparer » tout le cou.

Le risque n’est pas d’abord celui de l’anesthésie. Une méta-analyse de 2025, portant sur 50 584 patients, estime les complications postopératoires à 16 %, avec une dysphagie (gêne à avaler) autour de 9,5 %. La première ligne internationale sur les ostéobiologiques, l’AOGO d’AO Spine (2024), recommande de ne pas utiliser en routine la BMP-2, une protéine qui stimule la formation osseuse mais peut aggraver les troubles de déglutition.

La plupart des hernies discales s’améliorent sans opération en quelques semaines, et une ACDF n’est en général discutée qu’après environ six semaines de soins conservateurs, sauf déficit neurologique grave. La soudure osseuse elle-même demande souvent six à douze mois. Une maladresse des mains, une démarche instable ou un trouble urinaire relèvent d’une autre urgence, celle de la myélopathie, et se discutent sans attendre avec un médecin.

Qu’est-ce que la chirurgie ACDF ?

L’ACDF est une opération du cou qui enlève le disque intervertébral malade par l’avant, puis fusionne les deux vertèbres adjacentes en un seul os. « Antérieure » désigne l’abord, à travers la gorge plutôt que par les muscles de la nuque. En français, on parle aussi d’arthrodèse cervicale par voie antérieure.

Entre les sept vertèbres cervicales, chaque disque amortit les charges et laisse le cou tourner, fléchir et s’étendre. Quand un disque se fissure, se déshydrate ou fait hernie, un fragment ou un ostéophyte (bec osseux) peut comprimer une racine ou la moelle. L’abord antérieur écarte trachée et œsophage, ce qui expose le disque sans traverser la moelle ni les muscles postérieurs. Une incision d’environ 2,5 à 5 cm, souvent horizontale dans un pli du cou, suffit le plus souvent pour un seul étage.

L’intervention se fait sous anesthésie générale et dure souvent une à deux heures, davantage si plusieurs étages sont traités. Une fois le disque et les becs osseux retirés, le chirurgien place une greffe ou une cage dans l’espace vide, puis, le plus souvent, une plaque et des vis pour tenir le montage le temps que l’os se soude. Aux États-Unis, la Cleveland Clinic estime qu’environ 132 000 personnes subissent cette opération chaque année. Ce volume ne décrit pas la pratique française.

L’opération est majeure, même si beaucoup de patients quittent l’hôpital le lendemain. Elle cherche un compromis, avec moins de pression sur le nerf, au prix d’un étage qui ne bougera plus. Dans la majorité des cas, cet étage bougeait déjà peu.

Illustration de la discectomie cervicale antérieure et de la fusion

Hernie discale, cervicarthrose et névralgie cervico-brachiale

L’ACDF s’adresse surtout à une compression nerveuse cervicale, hernie discale ou rétrécissement lié à l’usure, et non à une simple raideur de nuque. La cervicarthrose (spondylose cervicale) est très fréquente avec l’âge. Plus de 85 % des personnes de plus de 60 ans en portent les traces à l’imagerie, d’après la Mayo Clinic, et la plupart n’ont aucun symptôme.

Le disque lombaire hernie plus souvent. Le disque cervical arrive ensuite, selon MedlinePlus. Une hernie ou un ostéophyte dans le cou peut irriter une racine (radiculopathie, souvent appelée névralgie cervico-brachiale) ou comprimer la moelle (myélopathie). La première donne surtout une douleur unilatérale d’épaule, de bras et de doigts, des fourmillements, parfois une faiblesse d’un muscle. La seconde, plus rare, altère la dextérité, l’équilibre et parfois le contrôle urinaire ou anal.

Une revue de soins primaires britannique (British Journal of General Practice, 2018) situe la douleur de cou entre 30 % et 50 % des adultes sur une année. La radiculopathie cervicale est bien plus rare, de l’ordre de 100 cas pour 100 000 hommes et 60 pour 100 000 femmes. La myélopathie dégénérative resterait autour de 4 cas pour 100 000. Ces ordres de grandeur aident à relativiser une nuque douloureuse. Ils n’autorisent pas à ignorer une démarche qui devient hésitante.

Le tableau clinique compte plus que l’IRM isolée. Après 30 ans, des disques usés se voient chez des personnes sans douleur. Une image de hernie n’impose donc pas l’opération. Elle doit coller au territoire douloureux, à l’examen des réflexes et de la force, parfois à un électromyogramme si le diagnostic reste flou.

Quand une ACDF est-elle proposée ?

L’ACDF se discute quand une compression documentée à l’imagerie explique des symptômes persistants, et que les soins sans chirurgie n’ont pas suffi, ou quand un déficit neurologique progresse. Pour une hernie, la Mayo Clinic rappelle que la plupart des personnes n’ont pas besoin d’être opérées. L’option chirurgicale entre en ligne de compte si les symptômes durent au-delà d’environ six semaines, ou plus tôt en cas de douleur intense, de faiblesse musculaire marquée, de trouble de la marche ou de perte du contrôle urinaire ou anal.

Du côté des médecins généralistes britanniques, une radiculopathie isolée peut d’abord se soigner comme une douleur de cou banale. Une kinésithérapie de six semaines avec exercices à domicile a réduit, dans un essai, la douleur du cou et du bras par rapport à l’attente. Le NICE, tel que résumé dans cette revue, propose un antalgique simple (ibuprofène, paracétamol ou codéine selon le contexte) et, si des signes neurologiques durent plus d’un mois, un essai d’amitriptyline, de prégabaline ou de gabapentine. Les doses et les contre-indications se règlent avec le médecin ou le pharmacien, selon les règles françaises.

Une myélopathie se gère autrement. Toute maladresse des deux mains, toute démarche instable, tout trouble sphinctérien avec signes pyramidaux (réflexes vifs, signe de Babinski) doit faire l’objet d’un avis immédiat auprès d’une équipe de rachis. L’objectif n’est pas seulement de calmer la douleur. Il s’agit d’éviter une aggravation de la moelle, qui peut devenir durable. L’ACDF est alors une des voies de décompression, avec la laminectomie ou la laminoplastie postérieure, selon le niveau, la cyphose et le nombre d’étages.

Les arguments qui font pencher vers l’opération, une fois l’imagerie corrélée à l’examen, tiennent souvent dans cette liste.

  • Une douleur de bras qui empêche de dormir, de travailler ou de tenir un objet, malgré six semaines de soins bien conduits.
  • Une faiblesse qui s’aggrave dans un territoire de racine, par exemple une main qui lâche ou un biceps qui fond.
  • Des signes de souffrance médullaire, même sans grande douleur de cou.
  • Un échec des infiltrations épidurales, utiles parfois pour gagner du temps, sans réparer le disque.

Une IRM « impressionnante » sans déficit, ou une douleur de nuque isolée, ne suffisent pas. Le chirurgien français appliquera les critères locaux d’indication, qui peuvent différer des seuils américains ou britanniques.

Comment se déroule l’intervention ?

Le jour de l’opération, vous êtes endormi, intubé, installé sur le dos. Le chirurgien incise à l’avant du cou, écarte les vaisseaux, la trachée et l’œsophage, puis ouvre l’espace discal sous contrôle radiographique. Il retire le disque, les fragments herniés et les becs osseux qui pincent le nerf ou la moelle. Dans certains cas, il enlève aussi une partie du corps vertébral (corporectomie), ce qui n’est plus une ACDF stricte.

Dans le vide laissé par le disque, il place un greffon osseux ou une cage creuse remplie de matériau osseux, afin de retrouver la hauteur du disque et d’ouvrir le passage des racines. Une plaque métallique et des vis, en avant des vertèbres, tiennent le montage pendant que l’os fusionne, « comme un os cassé qui se soude », selon l’image utilisée par la Cleveland Clinic. Les tissus sont remis en place et la peau est fermée, souvent par un fil intradermique.

Le réveil se fait en salle de surveillance. On vérifie la respiration, la voix, la déglutition et la force des bras avant de décider de la sortie. Aux États-Unis, beaucoup de patients rentrent le lendemain, parfois le jour même s’ils sont sélectionnés (un ou deux étages, peu de maladies associées). Les séries rassemblées en 2025 montrent une durée moyenne de séjour d’environ 4,6 jours, chiffre tiré d’études hétérogènes, souvent anciennes ou portant sur des patients plus lourds. En France, c’est l’équipe qui fixe la durée selon l’établissement et votre état.

Un mal de gorge et une gêne pour avaler les solides sont attendus les premiers jours. Une douleur entre les omoplates, alors que la cicatrice est devant, surprend souvent. Elle tient à l’écartement et aux muscles, et cède en général en quelques semaines. Un collier cervical souple ou rigide n’est pas systématique. S’il est prescrit, c’est pour limiter les mouvements le temps que le montage tienne.

Greffe osseuse, cage et ostéobiologiques

La fusion ne se fait pas toute seule. Il faut un matériau qui serve d’échafaudage à l’os nouveau. En 2024, AO Spine a publié la première ligne internationale sur ces ostéobiologiques dans l’ACDF dégénérative (AOGO). Sur des preuves encore fragiles, le groupe formule des recommandations conditionnelles, pas des ordres.

Pour une ACDF de première intention, l’autogreffe d’os iliaque (prise sur votre hanche) et une cage associée à un ostéobiologique (phosphate tricalcique, matrice osseuse déminéralisée, hydroxyapatite ou allogreffe) peuvent donner des résultats comparables. L’allogreffe de banque d’os et la cage plus ostéobiologique sont également tenues pour des options raisonnables, le choix tenant surtout à la disponibilité, au coût et au contexte clinique. L’AOGO suggère d’utiliser d’autres ostéobiologiques que la BMP-2 humaine dans les situations courantes, car cette protéine peut augmenter les complications des tissus mous, notamment la dysphagie.

Prélever de l’os à la hanche ajoute une cicatrice et une douleur au site donneur. C’est l’argument qui a poussé beaucoup d’équipes vers la cage et l’os de banque. L’AOGO rappelle qu’il faut en parler avant l’opération. Rien n’indique clairement, pour l’instant, quel matériau choisir selon le diabète, le tabac ou l’ostéoporose. Votre chirurgien tranchera avec ce qu’il a sous la main et avec votre dossier, pas avec une recette unique.

La plaque n’est pas obligatoire dans tous les montages. Certaines cages autonomes intègrent leur propre fixation. La méta-analyse de 2025 n’a pas montré qu’un implant annule les complications. Plus d’étages fusionnés restent associés à plus de dysphagie et de pseudarthrose (non-soudure).

Prothèse discale et autres alternatives

Une prothèse discale cervicale (arthroplastie) n’est pas une variante de l’ACDF. C’est une autre opération, qui remplace le disque par un implant mobile au lieu de souder les vertèbres. Le NICE, dans l’avis HTG217 (recommandations du 19 mai 2010, reprises sans changement de fond, avec un avis de sécurité de janvier 2026 sur certains implants M6-C), juge cette prothèse au moins aussi efficace que la fusion à court terme, et estime qu’elle pourrait réduire le besoin de reprise plus tard. L’acte doit rester le fait d’équipes habituées à la chirurgie cervicale.

Une méta-analyse de 17 essais randomisés, publiée en 2025, a comparé arthroplastie et ACDF à un étage avec au moins quatre ans de recul (3 303 patients). L’arthroplastie s’accompagnait de plus de saignement peropératoire, d’un meilleur score neurologique, d’une mobilité conservée à l’étage opéré, de moins de réopérations (rapport de cotes 0,39) et de moins de dégénérescence du segment adjacent (rapport de cotes 0,56). Les événements indésirables globaux ne différaient pas. Les auteurs eux-mêmes demandent de lire ces écarts avec prudence, tant les prothèses et les critères varient.

Tout le monde n’est pas candidat à la prothèse. Une instabilité, une arthrose facettaire marquée, une cyphose, une ostéoporose, une infection ou un étage déjà fusionné font plutôt pencher vers l’arthrodèse. À l’inverse, un patient plus jeune, un étage unique, une radiculopathie sans destruction articulaire, peuvent se voir proposer les deux options. Une troisième voie, la foraminotomie postérieure, élargit le trou de conjugaison par l’arrière et peut éviter la fusion quand un fragment latéral pince uniquement la racine.

Avant toute incision, les soins conservateurs restent le socle pour une névralgie sans myélopathie.

  • Repos relatif quelques jours, puis reprise de la marche, sans rester alité des semaines.
  • Chaleur ou froid selon le confort, sans transformer le coussin en traitement de fond.
  • Une kinésithérapie du cou et de la ceinture scapulaire, apprise pour être poursuivie à domicile.
  • Infiltration de corticoïde près de la racine si la douleur reste invalidante, en sachant qu’elle ne « recolle » pas le disque.
Ce à quoi s'attendre après une chirurgie ACDF

Complications et fréquences observées

Les complications de l’ACDF sont surtout celles de l’abord antérieur et de la fusion, pas un accident d’anesthésie isolé. La synthèse de Tavanaei et collègues (North American Spine Society Journal, 2025) rassemble 222 études observationnelles et 50 584 patients. Le taux global regroupé atteint 16 % (intervalle de confiance 13,9 %–18,1 %). La qualité des études est inégale, et les définitions varient, ce qui explique des fourchettes larges. Les ordres de grandeur ci-dessous restent les plus solides dont on dispose à ce jour.

Événement Fréquence regroupée Lecture utile
Ensemble des complications 16 % Augmente avec l’âge et le nombre d’étages
Gonflement excessif du cou 11,3 % Souvent transitoire, à surveiller si la respiration change
Pseudarthrose (non-soudure) 10 % Plus fréquente si plusieurs étages
Dysphagie 9,5 % Surtout les premières semaines
Enfoncement de la cage ou de la greffe 9,4 % Suivi radiographique
Enrouement 2,3 % Lié au nerf laryngé récurrent
Hématome de paroi 1,2 % Peut comprimer la trachée
Mortalité 0,1 % Toutes causes confondues dans les séries

La dysphagie mérite un mot à part. Les études prospectives la trouvent plus souvent que les dossiers rétrospectifs, parce qu’on la cherche. Elle est plus fréquente à plusieurs étages (environ 4,8 % à un étage contre 10,5 % à deux étages dans les sous-groupes de cette méta-analyse). Elle cède le plus souvent en quelques semaines. Une gêne qui s’aggrave, une fausse route, une fièvre ou un gonflement brutal du cou ne sont plus « normaux ».

D’autres événements restent rares mais décisifs. Un hématome prétrachéal peut asphyxier. Une perforation de l’œsophage, même à 0,14 %, se manifeste par fièvre, douleur à avaler et parfois air sous la peau. Une infection de site est peu fréquente (environ 0,6 %). La chirurgie n’efface pas toujours la douleur ni le déficit. Une partie des patients gardent une raideur, une dysesthésie, ou doivent être réopérés plus tard.

Récupération et reprise des activités

La fusion osseuse n’est pas la convalescence ressentie. Vous pouvez marcher le jour même. L’os, lui, met souvent six à douze mois à se solidifier, d’après la Cleveland Clinic. Pendant au moins six semaines, les efforts violents, le port de charges lourdes et le sport aérobie intense restent déconseillés. Les sports de contact, la moto, l’équitation et l’escalade se discutent rarement avant trois mois, parfois plus.

Le retour au travail dépend du métier. Un bureau peut se reprendre en trois à six semaines, avec l’accord du chirurgien. Un métier physique impose souvent d’attendre la consolidation, parfois plusieurs mois. Vers trois à quatre mois, beaucoup de patients retrouvent leurs activités habituelles, sans que cela soit une garantie. La kinésithérapie, quand elle est prescrite, commence souvent entre la quatrième et la sixième semaine.

Le tabac gêne la soudure osseuse. Les équipes demandent souvent d’arrêter le tabac avant l’opération et pendant la fusion. L’alcool est déconseillé la veille. Les anticoagulants se gèrent avec le prescripteur, jamais arrêtés seul. Un antalgique, parfois un opioïde bref, aide les premiers jours. La Cleveland Clinic indique que beaucoup de patients quittent les antalgiques forts en deux à trois semaines.

Quelques repères concrets aident à organiser les semaines, sans remplacer la consigne écrite de votre opérateur.

  • Marcher plusieurs fois par jour dès que l’équilibre le permet, plutôt que rester au lit.
  • Manger tiède et mou tant que avaler reste sensible, puis réélargir la texture.
  • Éviter de tirer sur la cicatrice (rasage, collier trop serré, bijou lourd) tant qu’elle n’est pas souple.
  • Signaler une fièvre, un écoulement, une voix qui s’éteint ou un bras qui s’affaiblit.

La raideur résiduelle d’un étage fusionné se remarque surtout si plusieurs niveaux sont bloqués. À un étage, beaucoup de personnes ne voient pas de différence nette dans la vie quotidienne, parce que cet étage était déjà raide.

Segment adjacent et résultats au-delà de quatre ans

Fusionner un étage reporte une partie du mouvement sur les disques voisins. Avec les années, ces étages peuvent s’user plus vite. On parle de maladie du segment adjacent, radiographique (image d’usure) ou clinique (nouveaux symptômes, parfois une nouvelle opération). La Cleveland Clinic note que le bénéfice de l’ACDF se maintient souvent plus de dix ans, et qu’une réopération pour un étage voisin reste possible, sans être la règle. Une part de cette usure est aussi le vieillissement naturel. L’écart observé dans les essais de prothèse, décrit plus haut, a toutefois pesé dans l’avis du NICE.

Le succès n’est pas binaire. La Cleveland Clinic avance un taux de 85 % à 95 % lorsque l’objectif est une nette réduction de la douleur et un retour aux activités. C’est un ordre de grandeur américain, sur des patients sélectionnés, pas une promesse individuelle. Un essai suédois cité par le British Journal of General Practice a comparé ACDF plus kinésithérapie à la kinésithérapie seule chez des patients déjà vus en consultation spécialisée. Plus de 90 % des opérés se jugeaient au moins « mieux » à long terme, contre environ 60 % sans chirurgie. L’échantillon était petit. L’écart existe, il n’efface pas le fait qu’une radiculopathie guérit souvent toute seule.

Une feuille de la British Association of Spinal Surgeons, reprise dans la même revue, indique que 75 % des douleurs de racine s’améliorent en 28 jours, et qu’il y a environ 90 % de chances de ne pas voir la douleur revenir dans les dix ans. Ces chiffres concernent la névralgie, pas la myélopathie. Ils justifient d’attendre un peu quand le bras fait mal sans déficit grave. Ils ne justifient pas d’attendre si la moelle souffre.

Signes d’alerte avant et après l’opération

Avant l’opération, certains signes ne relèvent plus du « torticolis qui passe ». Une faiblesse brutale d’un bras ou d’une jambe, une démarche instable, une perte d’urine ou de selles, un engourdissement en selle, une fièvre avec douleur de cou insomniante, un antécédent de cancer ou d’infection, imposent un avis médical rapide. Si le tableau est brutal, avec détresse respiratoire ou paralysie, composez le 15 (SAMU) ou le 112.

Après l’ACDF, la Cleveland Clinic demande de recontacter l’équipe en cas de saignement persistant de la cicatrice, d’écoulement jaune ou vert, de douleur intense, de fièvre, de dysphagie qui s’aggrave, ou d’une faiblesse ou d’un engourdissement nouveaux. Une gêne respiratoire, un cou qui gonfle à vue d’œil, une impossibilité d’avaler la salive, une voix qui disparaît, se traitent comme une urgence, via le 15 ou le 112.

Situation Conduite raisonnable Appui
Faiblesse, chute, vessie ou anus qui lâchent Avis médical immédiat, 15 ou 112 si brutal Mayo Clinic, 2025
Névralgie de bras au-delà de six semaines Imagerie et avis spécialisé non urgent Mayo Clinic, 2026
Cicatrice qui s’infecte, fièvre, douleur croissante Rappeler le chirurgien le jour même Cleveland Clinic, 2024
Dysphagie qui s’aggrave, souffle court, cou distendu 15 ou 112 Cleveland Clinic, 2024
Maladresse des deux mains, démarche en ciseaux Avis rachis rapide, sans « attendre encore un peu » BJGP, 2018

Le médecin traitant reste le premier filtre pour une douleur de cou habituelle. Le pharmacien aide pour les antalgiques en vente libre. Ni l’un ni l’autre ne remplace un chirurgien du rachis quand l’IRM et l’examen correspondent à une compression. Inversement, une IRM faite « pour voir » sans examen soigneux fabrique des opérations inutiles. Le bon ordre, c’est l’histoire, les mains du clinicien, puis l’image.

Questions fréquentes

L’ACDF se fait-elle toujours en ambulatoire ?

Non. Aux États-Unis, beaucoup de patients sélectionnés rentrent le jour même ou le lendemain, d’après la Cleveland Clinic. Les séries mondiales mélangent des séjours plus longs. En France, c’est l’équipe qui fixe la durée selon vos maladies associées, le nombre d’étages et l’organisation de l’établissement.

Combien de temps avant de conduire ou de travailler ?

La conduite reprend quand vous tournez assez la tête, sans antalgique sédatif, et avec l’accord du chirurgien. Un travail de bureau se discute souvent entre trois et six semaines. Un métier physique impose souvent d’attendre la consolidation, parfois plusieurs mois.

La gêne pour avaler va-t-elle durer ?

Une dysphagie transitoire est fréquente, autour de 9,5 % dans la synthèse de 2025, davantage à plusieurs étages. Elle s’améliore en général en quelques semaines. Une aggravation, des fausses routes ou un gonflement du cou justifient un appel immédiat.

Peut-on poser une prothèse plutôt que fusionner ?

Chez certains patients, à un étage, sans arthrose facettaire majeure, oui. Le NICE juge la prothèse au moins comparable à la fusion à court terme. Les essais à plus de quatre ans montrent moins de réopérations. La décision se prend sur l’imagerie et l’examen, pas sur une préférence lue en ligne.

Faut-il arrêter le tabac avant l’intervention ?

Oui, autant que possible, et rester sans nicotine pendant la fusion. Le tabac est lié à plus de douleur de cou et compromet la soudure osseuse. Votre chirurgien et votre médecin traitant peuvent proposer une aide au sevrage, plus utile qu’un collier trop serré.

L’opération fait-elle disparaître toute la douleur du cou ?

Pas toujours. Elle vise surtout la douleur de bras liée à la racine coincée. La nuque peut rester raide. Une part des patients garde des fourmillements. Le chiffre de 85 % à 95 % cité par la Cleveland Clinic décrit une nette amélioration possible, pas une disparition garantie.

Indications pour la réhabilitation après une chirurgie ACDF

Conclusion

L’ACDF reste une opération fréquente et bien décrite pour une hernie ou une usure cervicale qui comprime un nerf ou la moelle. Elle n’est pas le premier geste d’une nuque douloureuse, ni l’équivalent d’une prothèse discale. Les chiffres de 2025 (16 % de complications, 9,5 % de dysphagie) et la ligne AOGO de 2024 sur les greffes et la BMP-2 donnent un cadre plus précis que les fourchettes vagues parfois avancées.

Si votre douleur de bras dure au-delà de six semaines malgré la kinésithérapie et les antalgiques adaptés, ou si une faiblesse s’installe, demandez au médecin traitant si une IRM et un avis de rachis sont utiles. Si vos mains deviennent maladroites, si vous trébuchez, si l’urine échappe, n’attendez pas six semaines. Le 15 ou le 112 existent pour les tableaux brutaux.

Avant de signer le consentement, faites préciser trois points. Combien d’étages, greffe ou cage, plaque ou non. Pourquoi pas une prothèse, ou pourquoi une prothèse. Quels signes doivent vous faire rappeler le service dans la première semaine. Ces trois questions, posées avec vos clichés sous les yeux, en disent plus qu’une statistique lue trop vite.

Sources

  1. ACDF (Anterior Cervical Discectomy & Fusion) Surgery. Cleveland Clinic, 18 février 2024.
  2. Herniated disk – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 4 juin 2026.
  3. Cervical spondylosis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 19 septembre 2025.
  4. Prosthetic intervertebral disc replacement in the cervical spine. National Institute for Health and Care Excellence, 19 mai 2010.
  5. Meisel HJ, Jain A et al. : AO Spine Guideline for the Use of Osteobiologics (AOGO) in Anterior Cervical Discectomy and Fusion for Spinal Degenerative Cases. Global Spine Journal, février 2024.
  6. Tavanaei R, Ansari A et al. : Postoperative complications of anterior cervical discectomy and fusion: A comprehensive systematic review and meta-analysis. North American Spine Society Journal, 8 février 2025.
  7. Zhang Y, Ju J, Wu J : Comparison of cervical disc arthroplasty versus anterior cervical discectomy and fusion for the treatment of single-segment cervical degenerative disc disease with a minimum of 4-year follow-up: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Orthopaedic Surgery and Research, 12 août 2025.
  8. McCartney S, Baskerville R et al. : Cervical radiculopathy and cervical myelopathy: diagnosis and management in primary care. British Journal of General Practice, janvier 2018.
  9. Herniated disk: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 27 août 2024.
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