
La méniscectomie partielle sous arthroscopie n’améliore pas, chez l’adulte d’âge moyen, l’accrochage ni le blocage occasionnel d’un ménisque usé, par rapport à une opération simulée. Pour un genou dégénératif sans verrouillage vrai, la rééducation et le traitement de l’arthrose restent la première ligne, d’après l’essai finlandais FIDELITY et la revue Cochrane de 2022.
Un panneau international s’est prononcé contre l’arthroscopie dans presque tous les genoux dégénératifs dès 2017, y compris quand le genou « accroche », à la seule exception possible d’une impossibilité objective d’étendre complètement l’articulation. Le suivi à dix ans du même essai FIDELITY, paru dans le New England Journal of Medicine en 2026, n’a toujours pas montré de bénéfice et a même dessiné, sur le score de symptômes méniscaux, un écart en défaveur de la résection.
La revue Cochrane a regroupé 16 essais et 2 105 personnes : l’écart de douleur n’était que de 4,6 points sur 100 à trois mois, en dessous du seuil jugé important pour les patients. L’essai néerlandais ESCAPE a montré que 16 séances de kinésithérapie sur huit semaines n’étaient pas inférieures à la chirurgie sur deux ans. L’association britannique de chirurgie du genou (BASK, 2019) réserve l’arthroscopie urgente au genou verrouillé et demande au moins trois mois de traitement non chirurgical dans les autres situations.
Ce qu’est une lésion méniscale dégénérative
Les ménisques sont deux croissants de fibrocartilage coincés entre le fémur et le tibia. Ils répartissent les charges, stabilisent l’articulation et amortissent les chocs, comme le rappelle l’OrthoInfo de l’American Academy of Orthopaedic Surgeons. Une lésion peut naître d’un pivot brutal, surtout chez le sportif. Avec l’âge, le tissu s’amincit : un simple relevé de chaise ou une torsion minime suffit alors à fendre un ménisque déjà fatigué.
Cette lésion d’usure n’est pas l’équivalent d’une déchirure traumatique du jeune athlète. Elle s’inscrit souvent dans un genou qui vieillit, avec un cartilage moins lisse, une synoviale plus irritable et parfois déjà des signes d’arthrose. La Mayo Clinic indique que les déchirures associées à l’arthrose s’améliorent souvent quand on traite l’arthrose elle-même, et que beaucoup de lésions sans blocage ni obstacle au mouvement deviennent moins douloureuses avec le temps.
L’IRM trouve ces fentes très souvent, y compris chez des personnes qui ne consultent pas pour le genou. Dans une cohorte de Framingham publiée en 2008, Martin Englund et ses collègues ont lu l’IRM du genou droit de 991 adultes de 50 à 90 ans, sans les sélectionner sur des symptômes. La prévalence d’une déchirure ou d’une destruction méniscale allait de 19 % chez les femmes de 50 à 59 ans à 56 % chez les hommes de 70 à 90 ans. Parmi les personnes qui avaient une déchirure, 61 % n’avaient signalé ni douleur, ni courbature, ni raideur au cours du mois précédent.
Une image de « ménisque déchiré » n’explique donc pas, à elle seule, un genou douloureux. Elle peut n’être qu’un témoin du vieillissement articulaire. Opérer cette image, sans un tableau clinique qui colle, revient à traiter un cliché plutôt que la gêne réelle.

Accrochage, blocage et genou vraiment verrouillé
Les patients décrivent souvent un genou qui « accroche », qui claque, qui se coince un instant puis se débloque. Les chirurgiens regroupent ces sensations sous le nom de symptômes mécaniques. L’hypothèse classique veut qu’un lambeau de ménisque s’interpose entre les surfaces articulaires. C’est précisément cette idée que l’essai FIDELITY a mise à l’épreuve, sans la confirmer pour les lésions dégénératives.
Les mots comptent ici. Le consensus BASK de 2019 distingue le genou verrouillé (locked knee), le blocage intermittent (locking) et l’accrochage (catching). Le genou verrouillé est un obstacle mécanique soudain et complet à la flexion ou à l’extension, constaté à l’examen, qui ne cède pas malgré une antalgie adaptée. Le locking est un blocage intermittent, souvent de l’extension, suivi d’un déblocage qui rend au genou une amplitude presque normale. L’accrochage est la sensation qu’un élément se met hors place et gêne le mouvement, sans vrai verrou.
Cette distinction change la conduite. Un panneau BMJ Rapid Recommendations de 2017 a étendu sa recommandation forte contre l’arthroscopie aux patients qui ont des symptômes mécaniques, « à la seule exception possible » de ceux qui ne peuvent objectivement pas étendre le genou. La Mayo Clinic, de son côté, réserve surtout la discussion chirurgicale aux genoux qui restent douloureux malgré la rééducation, ou qui se verrouillent.
Dans un genou usé, un claquement ou un accrochage peut aussi venir du cartilage, d’un corps étranger, d’une synoviale irritée ou d’une simple appréhension musculaire. Attribuer d’emblée ces sensations à la fente méniscale vue à l’IRM conduit à proposer une résection trop tôt. Le médecin cherche d’abord si le genou s’étend vraiment jusqu’au bout, s’il existe un épanchement, une douleur de l’interligne et un contexte traumatique récent.
La méniscectomie partielle soulage-t-elle les symptômes mécaniques ?
Non, pas dans la lésion dégénérative du ménisque interne sans arthrose radiographique, d’après l’analyse secondaire de FIDELITY publiée en 2016. Raine Sihvonen, Martin Englund, Aleksandra Turkiewicz et Teppo Järvinen ont repris 146 adultes de 35 à 65 ans tirés au sort entre résection partielle et opération simulée. Avant le geste, 32 patients du groupe opératoire (46 %) et 37 du groupe simulé (49 %) décrivaient un accrochage ou un blocage.
Aux visites de 2, 6 et 12 mois, 34 personnes (49 %) du groupe méniscectomie et 33 (43 %) du groupe placebo avaient encore signalé ces sensations à au moins une reprise, soit une différence de risque de 0,03 (intervalle de confiance à 95 % de −0,06 à 0,12). Parmi les 69 patients qui en avaient déjà avant l’intervention, la différence de risque était de 0,07 (de −0,08 à 0,22). Autrement dit, retirer le fragment usé n’apportait rien de mesurable par rapport à une arthroscopie diagnostique sans résection.
Les auteurs soulignent une limite importante : l’analyse était post hoc, et presque tous les symptômes mécaniques relevaient de l’accrochage ou d’un blocage occasionnel, pas d’un genou durablement verrouillé. On ne peut pas en conclure qu’une anse de seau déplacée, qui empêche d’étendre la jambe, se comporte de la même façon. On peut en revanche conclure que le simple récit d’un genou qui « se coince » ne justifie pas, à lui seul, une méniscectomie dans ce profil d’âge.
Cinq ans plus tard, le même essai a même observé davantage de symptômes mécaniques après résection : différence de risque ajustée de 18 points (intervalle de 5 à 31). L’idée que « couper le lambeau » calme l’accrochage d’un ménisque dégénératif ne tient pas, ni à un an, ni à cinq ans.
Ce que montrent Cochrane et le suivi à dix ans
Au-delà des symptômes mécaniques, la question est de savoir si l’arthroscopie soulage la douleur et la fonction d’un genou dégénératif. La revue Cochrane de Denise O’Connor et de ses collègues, parue en 2022, a comparé chirurgie arthroscopique (débridement, méniscectomie partielle, ou les deux) à une opération placebo ou à un traitement non chirurgical. Seize essais, 2 105 participants, âge moyen entre 46 et 65 ans, 56 % de femmes.
Contre le placebo, la douleur à trois mois était meilleure de 4,6 points sur 100 (35,5 contre 40,1). La fonction ne bougeait pratiquement pas (76,0 contre 75,9). La qualité de vie liée au genou gagnait 5,6 points, un écart que les auteurs jugent probablement sans importance clinique. Jusqu’à cinq ans, 82 personnes sur 100 se disaient satisfaites après arthroscopie, contre 74 après le geste simulé, avec une preuve de faible certitude. Les événements indésirables graves concernaient environ 8 personnes sur 100 après chirurgie et 6 après contrôle.
Le suivi à dix ans de FIDELITY, lettre de Roope Kalske, Raine Sihvonen et du groupe d’investigateurs parue le 30 avril 2026, va dans le même sens, avec un signal défavorable. Sur 146 randomisés, 91 % ont été revus. Le score WOMET (symptômes méniscaux et handicap) était moins bon de 9,4 points après méniscectomie (intervalle à 98,33 % de −17,0 à −1,7). Le Lysholm reculait de 5,1 points (intervalle de −11,2 à 0,95). La douleur après l’effort était un peu plus élevée. Une progression radiographique de l’arthrose (grade de Kellgren-Lawrence) concernait 81 % des opérés contre 70 % des simulés. Une prothèse ou une ostéotomie tibiale haute a été réalisée chez 8 patients (11 %) contre 3 (4 %). Les symptômes mécaniques, eux, ne différaient plus (17 % contre 22 %).
Ces chiffres ne « prouvent » pas que chaque résection détruit le genou. Ils retirent l’argument d’un bénéfice durable et rendent plus difficile de proposer l’opération « au cas où ». Même dans une population choisie pour n’avoir pas, ou peu, d’arthrose au départ, la résection n’a pas amélioré le quotidien à dix ans.
Faut-il opérer un ménisque déchiré ?
Pas en première intention quand la lésion est dégénérative et que le genou n’est pas vraiment verrouillé. La recommandation rapide du BMJ de 2017 est forte : presque tous les patients avec un genou dégénératif, avec ou sans arthrose visible, avec ou sans symptômes mécaniques, avec ou sans début brutal, n’ont pas d’intérêt durable à l’arthroscopie. Moins de 15 % des participants des essais gagnaient un tout petit peu sur la douleur ou la fonction à trois mois, un gain qui ne tenait plus à un an. Le panneau n’a pas inclus les jeunes blessés du sport ni les traumatismes majeurs.
Au Royaume-Uni, la recommandation NICE NG226 du 19 octobre 2022 dit de ne pas proposer de lavage ou de débridement arthroscopique aux personnes qui ont une arthrose. Le guide BASK, plus près du bloc opératoire, garde l’arthroscopie pour le genou verrouillé, une lésion traumatique réparable ou des symptômes encore méniscaux après des mois de soins. En France, le chirurgien appliquera le cadre local. Le patient a tout intérêt à demander si l’indication est un verrouillage vrai, une lésion traumatique réparable, ou seulement une IRM « positive ».
Le guide BASK de 2019, construit par consensus de chirurgiens du genou, tranche de façon plus opérationnelle :
- Un genou verrouillé relève d’une arthroscopie urgente, souvent après IRM, parfois sans si le tableau est franc.
- Une lésion cible après traumatisme aigu fait discuter une suture pour conserver le ménisque.
- Dans les autres cas, au moins trois mois de traitement non chirurgical précèdent toute résection.
- Une arthrose avancée, ou des symptômes uniquement « arthrosiques », rendent l’arthroscopie inappropriée presque toujours.
La Mayo Clinic rejoint cette prudence : le traitement commence souvent de façon conservatrice, selon le type, la taille et le siège de la lésion. L’opération se discute si la douleur résiste à la rééducation ou si le genou se verrouille.
Anse de seau, suture et lésion traumatique
Le genou qui ne s’étend plus après un accroupissement brutal ou un pivot n’est pas le genou d’usure de FIDELITY. Une déchirure longitudinale peut soulever une languette, l’« anse de seau », qui se luxe sous le condyle et bloque l’extension. L’OrthoInfo classe aussi les lésions en anse de seau, lambeau, radiale ou dégénérative complexe. Le consensus BASK range l’anse de seau, la lésion déplacée et la rupture de racine parmi les « cibles » pour lesquelles une chirurgie méniscale peut se discuter.
Chez le plus jeune, surtout si la fente siège dans la zone périphérique bien vascularisée (souvent appelée zone rouge), la suture vise à recoudre plutôt qu’à retrancher. L’OrthoInfo explique que le tiers externe, mieux irrigué, peut cicatriser, alors que les deux tiers internes, peu vascularisés, ne se ressoudent pas. Après suture, la rééducation dure souvent de trois à six mois. Après simple parage, la reprise d’appui est plus rapide, de l’ordre de trois à six semaines, au prix d’un ménisque plus petit.
Conserver le tissu n’est pas un slogan. L’AAOS, dans sa ligne sur les lésions méniscales aiguës isolées, estime que, lorsque la chirurgie est indiquée, il faut préserver autant de ménisque fonctionnel que possible pour limiter le risque d’arthrose. La Mayo Clinic note qu’une réparation est surtout envisageable chez l’enfant et l’adulte jeune. Chez la personne d’âge moyen avec une lésion horizontale complexe, la suture est rarement réaliste.
Rien de tout cela n’autorise à extrapoler FIDELITY aux sportifs de 22 ans. Inversement, une IRM de « flap » chez un quinquagénaire sans verrouillage ne transforme pas automatiquement le dossier en urgence chirurgicale. Le médecin recoupe le mécanisme, l’âge du tissu, la stabilité du fragment et la capacité d’étendre le genou.
Rééducation et traitements sans opération
Pour une lésion non obstructive, l’exercice supervisé n’est pas un pis-aller en attendant le bloc. L’essai ESCAPE, publié dans le JAMA en 2018, a tiré au sort 321 patients de 45 à 70 ans, sans verrouillage, entre méniscectomie partielle précoce et 16 séances de kinésithérapie sur huit semaines, centrées sur la coordination et le renforcement en chaîne fermée. À 24 mois, le score de fonction IKDC progressait de 26,2 points après chirurgie et de 20,4 points après rééducation. L’écart global de 3,6 points restait dans la marge de non-infériorité de 8 points.
Quarante-sept patients du groupe kinésithérapie (29 %) ont finalement été opérés pendant le suivi, et 8 patients du groupe chirurgical (5 %) n’ont pas eu le geste. Des effets indésirables sont survenus chez 18 opérés et 12 patients rééduqués. La lecture honnête n’est donc pas « plus jamais de chirurgie », mais « commencer par un programme structuré évite l’opération chez une majorité, sans perdre de fonction à deux ans ».
La Mayo Clinic décrit le trio repos relatif, glace et antalgiques d’officine, puis la kinésithérapie pour renforcer les muscles qui stabilisent le genou. Pour la glace, elle propose environ 15 minutes, genou surélevé, toutes les 4 à 6 heures les premiers jours, puis selon le besoin. L’OrthoInfo reprend le schéma RICE (repos, glace, compression, surélévation) avec des applications de froid d’environ 20 minutes, plusieurs fois par jour, sans poser la glace à même la peau.
NICE, pour l’arthrose du genou, place l’exercice thérapeutique (renforcement local et endurance) et, si le poids le justifie, la perte de masse corporelle au cœur du traitement. Toute perte aide, mais 10 % du poids serait plus utile que 5 %, d’après cette recommandation britannique. Le médecin ou le kinésithérapeute en France adaptera le programme ; l’idée utile pour le patient est qu’un genou un peu douloureux au début des séances n’est pas, à lui seul, un signal d’arrêt, si la douleur reste contrôlée et s’améliore sur les semaines.
Infiltrations et antalgiques pour le genou dégénératif
Les médicaments ne recollent pas le ménisque. Ils peuvent rendre l’exercice possible. Pour l’arthrose du genou, NICE propose d’abord un anti-inflammatoire topique. Si besoin, un AINS oral à la plus faible dose utile, le plus brièvement possible, avec un protecteur gastrique, en tenant compte des risques digestifs, rénaux, hépatiques et cardiovasculaires. Le paracétamol n’est pas un traitement de fond ; NICE déconseille de le proposer en routine, sauf usage ponctuel quand les autres options sont impossibles. La glucosamine et les opioïdes forts ne sont pas recommandés dans cette indication.
L’OrthoInfo mentionne l’aspirine, l’ibuprofène et le naproxène parmi les anti-inflammatoires utilisés aux États-Unis. En France, le pharmacien et le médecin traitant choisissent la DCI adaptée, souvent l’ibuprofène ou un gel d’AINS, selon vos contre-indications. Aucune de ces pages ne fixe ici une posologie universelle : la dose se discute avec le prescripteur.
Les infiltrations intra-articulaires n’ont pas le même statut selon les pays. NICE n’offre pas d’injections d’hyaluronane pour l’arthrose. Une infiltration de corticoïdes peut être envisagée quand les autres traitements médicamenteux échouent ou pour soutenir l’exercice ; le soulagement ne dure en général que 2 à 10 semaines. L’OrthoInfo évoque aussi une injection de corticoïde pour la douleur et le gonflement d’une lésion méniscale. BASK cite parfois une infiltration parmi les soins non chirurgicaux à optimiser avant de reconsidérer l’arthroscopie.
Ces gestes ne corrigent pas un genou vraiment verrouillé. Ils peuvent calmer une poussée douloureuse d’un genou usé, le temps de renforcer le quadriceps et de reprendre la marche. Si la douleur revient dès que l’effet s’estompe, la question n’est plus « quelle injection suivante », mais « le tableau est-il celui d’une arthrose qui relèvera, un jour, d’une discussion de prothèse », comme le prévoit NICE lorsque la gêne pèse sur la vie malgré l’exercice, le poids et l’antalgie.
Quand consulter pour un genou qui accroche
Un genou douloureux, gonflé, ou qui ne bouge plus comme d’habitude justifie un avis médical, indique la Mayo Clinic. Ce n’est pas toujours une urgence vitale. C’est en revanche le moment de faire préciser s’il s’agit d’un accrochage, d’un blocage intermittent ou d’un verrouillage vrai.
Certains tableaux ne doivent pas attendre une « tentative de trois mois » à domicile. Un genou bloqué en flexion, impossible à étendre, après un mouvement de torsion, oriente vers une languette déplacée : le consensus BASK parle alors d’arthroscopie urgente. Un genou chaud, très rouge, fébrile, ou qui enfle en quelques heures après un geste invasif, fait craindre une infection articulaire. NICE range l’articulation chaude et gonflée parmi les signes atypiques qui doivent faire chercher une autre cause que l’arthrose banale. Dans ces situations, appelez le 15 ou le 112, ou rendez-vous aux urgences.
Un traumatisme violent avec déformation, impotence totale ou suspicion de fracture relève aussi du 15 ou du 112. À l’inverse, un accrochage depuis plusieurs semaines, sans fièvre et avec un genou que l’on arrive encore à tendre, se discute d’abord avec le médecin traitant. L’IRM n’est pas un réflexe immédiat dans l’arthrose typique de NICE (45 ans ou plus, douleur à l’effort, raideur matinale de 30 minutes au plus). Elle devient utile quand on envisage vraiment une chirurgie méniscale, ou quand le tableau sort du cadre dégénératif.
En consultation, il vaut la peine de faire préciser si le genou s’étend complètement, si la lésion est dégénérative ou traumatique récente, si une kinésithérapie structurée a déjà été suivie, et si le geste envisagé est une suture ou une résection, avec quel bénéfice attendu à un an et à dix ans.
| Tableau | Conduite de premier recours | Place habituelle de l’arthroscopie |
|---|---|---|
| Accrochage d’un ménisque dégénératif, genou extensible | Exercice, poids, antalgie, kinésithérapie au moins 3 mois | Pas de bénéfice contre un placebo (FIDELITY, Cochrane 2022) |
| Genou vraiment verrouillé, extension impossible | Avis chirurgical urgent, souvent IRM | Arthroscopie souvent indiquée (BASK 2019) |
| Lésion traumatique récente, fragment réparable | Avis chirurgical, discussion de suture | Réparation préférée à la résection si possible |
| Arthrose avancée, douleur d’usure sans verrou | Exercice, perte de poids, AINS topique selon NICE | Lavage ou débridement non proposés (NG226) |
| Genou chaud, fièvre, gonflement rapide | Urgences, 15 ou 112 si gravité | Pas un motif de méniscectomie « de confort » |
| Douleur persistante malgré la rééducation, sans verrou | Réévaluation clinique, imagerie ciblée | Décision au cas par cas, pas un réflexe |
Risques de l’arthroscopie et de la résection méniscale
L’arthroscopie passe pour un « petit geste ». Elle reste une entrée dans l’articulation, sous anesthésie, avec un temps de récupération. Le panneau BMJ Rapid Recommendations décrit une convalescence typique de deux à six semaines, souvent avec un appui incomplet la première semaine, et au moins une à deux semaines à l’écart d’un travail physique. Ce fardeau n’aurait de sens que s’il achetait un bénéfice durable. Les essais n’ont pas montré ce bénéfice dans le genou dégénératif.
La revue Cochrane liste, parmi les événements graves, l’infection profonde, la thrombose veineuse, l’embolie pulmonaire, l’infarctus, et parfois le décès, avec une preuve de faible certitude et peu d’événements. Environ 8 personnes sur 100 dans les groupes opérés et 6 sur 100 dans les groupes contrôle ont eu un événement grave, jusqu’à cinq ans. Une chirurgie ultérieure (prothèse ou ostéotomie) a concerné 4 personnes sur 100 après arthroscopie contre 2 après contrôle, sans que l’on puisse conclure nettement.
Retrancher du ménisque pèse aussi sur l’avenir du cartilage. À cinq ans, FIDELITY a observé un risque un peu plus élevé de progression radiographique de l’arthrose après résection (différence absolue ajustée de 13 points sur le grade de Kellgren-Lawrence, intervalle de −2 à 28) et un score OARSI un peu plus élevé. À dix ans, la même direction persiste. L’OrthoInfo et la Mayo Clinic rappellent qu’un ménisque amputé amortit moins, ce qui peut accélérer l’usure. Ce n’est pas une fatalité individuelle, c’est un argument de plus pour ne pas réséquer « pour voir ».
Les risques du non-traitement existent aussi : un genou vraiment verrouillé qui s’enraidit, une languette instable négligée, une arthrose douloureuse laissée sans exercice ni perte de poids. L’enjeu n’est pas de refuser toute chirurgie. Il est de ne plus traiter une IRM d’usure comme une urgence mécanique.
Questions fréquentes
Un accrochage du genou impose-t-il une IRM tout de suite ?
Non, pas si vous avez plus de 45 ans, une douleur à l’effort et une raideur matinale brève, tableau d’arthrose que NICE diagnostique cliniquement, sans imagerie de routine. L’IRM devient pertinente quand le genou ne s’étend plus, après un traumatisme franc, ou lorsqu’une chirurgie méniscale est réellement envisagée. Une fente méniscale est fréquente chez les personnes d’âge moyen même sans douleur, comme l’a montré la cohorte d’Englund en 2008.
La kinésithérapie peut-elle remplacer une méniscectomie ?
Chez les 45-70 ans sans verrouillage, un programme de 16 séances sur huit semaines n’était pas inférieur à la chirurgie sur la fonction à deux ans dans l’essai ESCAPE. Près de trois patients sur dix du groupe rééducation ont toutefois été opérés plus tard. La kinésithérapie est donc une alternative raisonnable de première ligne, pas une garantie d’éviter tout geste ultérieur.
Une lésion vue à l’IRM explique-t-elle forcément la douleur ?
Souvent non. Dans l’échantillon d’Englund, 61 % des personnes avec une déchirure méniscale n’avaient pas eu mal au genou le mois précédent. Le BMJ Rapid Recommendations traite ces fentes, dans le genou dégénératif, comme des trouvailles le plus souvent fortuites. Le clinicien recoupe l’image, l’examen et le mécanisme avant d’incriminer le ménisque.
Combien de temps attendre avant d’envisager une arthroscopie ?
Le guide BASK demande au moins trois mois de soins non chirurgicaux, sauf genou verrouillé ou lésion traumatique réparable. Un délai plus long, avec kinésithérapie structurée, s’applique quand la « cible » méniscale ou les symptômes sont incertains. Trois mois ne sont pas une règle française officielle lue ici ; c’est le cadre britannique de 2019, utile pour caler la discussion avec le chirurgien.
Peut-on marcher avec un ménisque déchiré ?
Oui, souvent, surtout au début. La Mayo Clinic et l’OrthoInfo notent que beaucoup de patients marchent encore, parfois même reprennent le sport, avant que le genou ne gonfle et ne raidisse en deux ou trois jours. L’appui possible n’élimine pas la lésion. Il plaide simplement contre l’idée qu’il faudrait opérer le soir même, sauf verrouillage ou traumatisme grave.
L’opération prévient-elle l’arthrose du genou ?
Rien dans FIDELITY ne va dans ce sens. À cinq et dix ans, la progression radiographique n’était pas moindre après résection, et le signal allait plutôt vers un peu plus d’usure. Conserver le ménisque, quand une suture est possible après un traumatisme, vise au contraire à protéger le cartilage. Pour une lésion d’usure, enlever un fragment n’est pas une prévention de l’arthrose.
Conclusion
L’accrochage d’un genou d’âge mûr ne justifie plus, à lui seul, une méniscectomie. L’essai FIDELITY a montré que retirer un ménisque dégénératif ne calme pas mieux ces sensations qu’un geste simulé, et les suivis à cinq et dix ans n’ont pas rattrapé un bénéfice manquant ; le score de symptômes méniscaux était même moins bon à dix ans après résection. Cochrane 2022 et la recommandation BMJ de 2017 ferment la porte à l’arthroscopie de confort dans le genou dégénératif.
Il reste des exceptions nettes : le genou qui ne s’étend plus, la languette traumatique réparable, surtout chez le plus jeune. Ailleurs, un programme d’exercice, la gestion du poids s’il y a lieu, un AINS topique selon les règles locales et un délai de quelques mois font le travail que l’on attribuait à la pince d’arthroscopie.
Si votre genou « se coince », l’examen doit d’abord dire s’il s’étend complètement. Il est utile de savoir si l’IRM montre une usure ou une anse de seau déplacée, et quel geste, suture ou résection, on vous propose. Un genou chaud, fébrile ou figé en flexion après torsion se discute sans attendre, au besoin via le 15 ou le 112. Un accrochage ancien, genou extensible, se gagne d’abord en cabinet de rééducation, pas au bloc.
Sources
- O’Connor D, Johnston RV, Brignardello-Petersen R et al. : Arthroscopic surgery for degenerative knee disease (osteoarthritis including degenerative meniscal tears). Cochrane Database of Systematic Reviews, 3 mars 2022.
- National Institute for Health and Care Excellence : Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management. NICE, 19 octobre 2022.
- Sihvonen R, Englund M, Turkiewicz A et al. : Mechanical Symptoms and Arthroscopic Partial Meniscectomy in Patients With Degenerative Meniscus Tear: A Secondary Analysis of a Randomized Trial. Annals of Internal Medicine, 5 avril 2016.
- Sihvonen R, Paavola M, Malmivaara A et al. : Arthroscopic partial meniscectomy versus sham surgery for a degenerative meniscal tear. New England Journal of Medicine, 26 décembre 2013.
- Kalske R, Sihvonen R, Paavola M et al. : Arthroscopic Partial Meniscectomy for Degenerative Tear – 10-Year Outcomes. New England Journal of Medicine, 30 avril 2026.
- van de Graaf VA, Noorduyn JCA, Willigenburg NW et al. : Effect of Early Surgery vs Physical Therapy on Knee Function Among Patients With Nonobstructive Meniscal Tears: The ESCAPE Randomized Clinical Trial. JAMA, 2 octobre 2018.
- Siemieniuk RAC, Harris IA, Agoritsas T et al. : Arthroscopic surgery for degenerative knee arthritis and meniscal tears: a clinical practice guideline. The BMJ, 10 mai 2017.
- Torn meniscus – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 6 janvier 2022.
- Abram SGF, Beard DJ, Price AJ et al. : Arthroscopic meniscal surgery: a national society treatment guideline and consensus statement. The Bone & Joint Journal, 5 juin 2019.
- American Academy of Orthopaedic Surgeons : Meniscus Tears – OrthoInfo – AAOS. OrthoInfo, mis à jour en 2021.
- Englund M, Guermazi A, Gale D et al. : Incidental meniscal findings on knee MRI in middle-aged and elderly persons. New England Journal of Medicine, 11 septembre 2008.
- Sihvonen R, Paavola M, Malmivaara A et al. : Arthroscopic partial meniscectomy for a degenerative meniscus tear: a 5 year follow-up of the placebo-surgery controlled FIDELITY (Finnish Degenerative Meniscus Lesion Study) trial. British Journal of Sports Medicine, novembre 2020.
