Lotion pour le psoriasis : comment la choisir

Lotion pour le psoriasis : comment la choisir

La lotion « idéale » contre le psoriasis n’existe pas. Pour des plaques limitées, le geste de base reste un hydratant riche, souvent une crème ou une pommade plutôt qu’un fluide trop aqueux, associé si besoin à un traitement actif prescrit, en premier lieu un dermocorticoïde et un analogue de la vitamine D.

Les recommandations conjointes AAD–NPF de 2021 placent cette association parmi les schémas les plus étayés, y compris sur des durées allant jusqu’à 52 semaines. Au Royaume-Uni, NICE propose d’emblée, sur bras, jambes et tronc, un corticoïde d’activité forte et une préparation de vitamine D, à raison d’une application quotidienne de chaque produit durant un mois au plus.

Un hydratant ne ralentit pas à lui seul le renouvellement de l’épiderme, qui passe d’environ 28 jours à 3 à 5 jours dans les plaques, d’après le Merck Manual (2025). Les produits en vente libre à base de goudron ou d’acide salicylique restent utiles en appoint. Une atteinte de plus de 10 % de la surface du corps, ou une rougeur étendue avec fièvre, sort du cadre des crèmes et impose un avis médical, éventuellement le 15 ou le 112.

Émollient ou crème médicamenteuse, quelle différence

L’hydratant apaise la sécheresse, réduit les squames et rend la peau moins douloureuse à la flexion. Il ne corrige pas le dérèglement immunitaire qui accélère la fabrication des cellules cutanées. Le Merck Manual (2025) sépare d’ailleurs les émollients, utiles en appoint, des topiques qui modifient réellement la maladie.

Cette distinction explique beaucoup de déceptions en pharmacie. Une lotion fluide, même « spéciale psoriasis », peut laisser les plaques épaisses presque inchangées si elle ne contient qu’eau, huile et parfum. Les crèmes et pommades prescrites, elles, portent un actif (corticoïde, calcipotriol, tazarotène, parfois un agent plus récent) dont l’effet a été mesuré dans des essais. Il n’existe pas de guérison, rappelle le NIAMS, mais les formes légères se contrôlent souvent avec des crèmes ou des pommades.

Le psoriasis en plaques représente 80 à 90 % des cas selon la Cleveland Clinic (mise à jour en 2022). Les lésions siègent surtout sur les coudes, les genoux, le cuir chevelu et le bas du dos. Dans les plis, les squames manquent souvent. Sur le visage, la peau supporte mal les produits gras et les corticoïdes d’activité trop forte.

La FDA ne reconnaît, en vente libre, que le goudron de houille et l’acide salicylique comme actifs antipsoriasiques, rappelle la National Psoriasis Foundation (2023). L’hydrocortisone de faible activité, vendue sans ordonnance, peut calmer quelques petites plaques, mais elle ne remplace pas un corticoïde d’activité forte prescrit pour des lésions épaisses. En France, pharmacien et médecin s’appuient sur les spécialités disponibles localement.

Application de crème pour psoriasis sur le coude

Lotion, crème ou pommade selon la zone

La texture compte autant que l’actif. Une lotion contient plus d’eau que d’huile. Elle s’étale vite, rafraîchit un peu, et hydrate peu. La Mayo Clinic (2025) recommande, pour une peau très sèche, une crème épaisse, une huile ou une pommade, qui restent plus longtemps à la surface qu’une lotion. Un hydratant « lourd » et sans parfum, que vous acceptez d’utiliser chaque jour, vaut mieux qu’un fluide cosmétique abandonné au bout d’une semaine.

NICE précise le choix galénique selon l’étendue et le siège. Crème, lotion ou gel conviennent à une atteinte disséminée. Lotion, solution ou gel passent mieux dans les cheveux. La pommade s’adresse aux plaques épaisses, collées, difficiles à détacher. Une mousse ou un shampooing médicamenteux rendent le cuir chevelu traitable sans coller les mèches. Le médecin peut donc prescrire plusieurs conditionnements pour la même personne.

Texture Hydratation Usage habituel
Lotion Faible Cuir chevelu et zones poilues
Crème Intermédiaire Lésions peu squameuses et plis
Pommade Forte Plaques épaisses, sèches, adhérentes
Gel ou mousse Faible Cheveux et grandes surfaces
Shampooing Contact court Cuir chevelu avec squames denses

Une pommade occlusive peut faire paraître la plaque plus rouge une fois les squames amincies. Ce n’est pas forcément un échec. Le Merck Manual note que les lésions semblent plus colorées quand l’écaille devient transparente. L’objectif n’est pas de « blanchir » la peau en quelques heures, mais de diminuer épaisseur, desquamation et prurit.

Pour un achat sans ordonnance, quelques critères concrets aident à trier le rayon.

  • Un hydratant sans parfum irrite moins une barrière déjà inflammée et fissurée.
  • Une crème épaisse ou une pommade retient l’eau plus longtemps qu’une lotion fluide.
  • L’application juste après la toilette, sur peau encore humide, améliore l’effet occlusif.
  • Vous pouvez renouveler le geste plusieurs fois par jour si la peau se resserre ou se gerce.

Dermocorticoïdes, quelle puissance et combien de temps

Les dermocorticoïdes restent les topiques les plus prescrits dans le psoriasis léger à modéré, selon la Mayo Clinic (2025). Ils réduisent l’inflammation, le prurit et, dans une certaine mesure, l’épaisseur des plaques. L’activité n’est pas la même d’une spécialité à l’autre. L’hydrocortisone convient aux zones minces. Un produit d’activité très forte, comme le clobétasol, s’adresse aux plaques épaisses des coudes ou des genoux, sur une surface limitée.

Les recommandations AAD–NPF de 2021 proposent, chez l’adulte, de commencer en général par une activité modérée à forte (classes américaines 2 à 5), et de réserver l’activité très forte (classe 1) aux plaques chroniques et épaisses. Les essais randomisés cités dans ce document durent souvent 2 à 4 semaines. Un usage au-delà de 12 semaines n’est envisagé que sous surveillance médicale. NICE, de son côté, limite le corticoïde d’activité forte à 4 semaines sur bras, jambes et tronc, puis impose une pause d’un mois entre deux cures d’activité forte ou très forte, avec un relais non stéroïdien (vitamine D ou goudron) pendant l’intervalle.

Les effets locaux comprennent l’atrophie, les vergetures, les télangiectasies et, parfois, une poussée de rosacée ou d’acné sur le visage. Un arrêt brutal après un usage prolongé peut s’accompagner d’un rebond. Une grande surface, une occlusion et une activité très forte augmentent le risque, rare, de retentissement surrénalien. Le Merck Manual met aussi en garde contre les corticoïdes oraux, capables de déclencher un psoriasis pustuleux ou érythrodermique.

Quelques règles simples réduisent ces inconvénients sans vider le traitement de son effet.

  • Sur la face et les plis cutanés, une activité faible ou modérée suffit en général une à deux semaines.
  • Sur les plaques épaisses du corps, l’activité forte se limite en général à quatre semaines d’affilée.
  • Un relais non stéroïdien (vitamine D, goudron ou autre topique prescrit) couvre la pause entre deux cures.

Sur le visage, les plis et les organes génitaux, NICE interdit les corticoïdes d’activité forte ou très forte. Un produit d’activité faible ou modérée, une à deux fois par jour, pendant 2 semaines au plus, est la première étape. Chez l’enfant, les très fortes activités ne relèvent pas des soins de ville britanniques. En France, le médecin traitant ou le dermatologue adapte la spécialité et la durée aux recommandations locales.

Calcipotriol et associations avec un corticoïde

Les analogues de la vitamine D (calcipotriol, calcitriol) ralentissent la prolifération des kératinocytes et favorisent leur maturation. Ils agissent moins vite qu’un dermocorticoïde et irritent parfois la peau en début de cure (brûlure, prurit, desquamation, érythème). Ces signes locaux touchent jusqu’à 35 % des patients dans les données AAD–NPF, puis s’atténuent souvent si l’on continue. Contrairement aux corticoïdes, ils n’entraînent pas de tachyphylaxie documentée.

Une revue Cochrane (Mason et coll., 2013), portant sur 177 essais et 34 808 participants, a montré que l’association vitamine D plus corticoïde surpasse chacun des deux agents seuls, sur le corps comme sur le cuir chevelu. Les corticoïdes d’activité forte irritent moins que la vitamine D en monothérapie. Dans un essai de 52 semaines cité par l’AAD–NPF (828 patients), 69 % à 74 % des personnes sous calcipotriol 0,005 % plus bétaméthasone 0,064 % une ou deux fois par jour étaient claires ou presque claires, contre 27 % sous véhicule.

NICE traduit ce constat en schéma pratique pour le corps hors visage. Le corticoïde d’activité forte et la vitamine D s’appliquent chacun une fois par jour, durant un mois au plus. Si le contrôle est insuffisant, on arrête le corticoïde et l’on passe à la vitamine D seule, matin et soir, jusqu’à 8 semaines. Ensuite seulement viennent un corticoïde deux fois par jour (4 semaines), une préparation de goudron, ou un produit combiné une fois par jour. D’autres équipes, décrites par l’AAD–NPF, alternent vitamine D en semaine et corticoïde le week-end, ou corticoïde le matin et vitamine D le soir.

Deux précautions de dose et de mélange, tirées du même document américain, évitent des échecs silencieux. Il ne faut pas dépasser 100 g de calcipotriol par semaine, ni traiter plus de 30 % de la surface corporelle, surtout en cas de maladie rénale ou de trouble du calcium, à cause du risque d’hypercalcémie. L’acide salicylique inactive le calcipotriol par son pH bas. On ne les superpose pas. La vitamine D s’applique après une séance de photothérapie, pas avant, car les UVA la dégradent et une couche épaisse peut bloquer les UVB.

Acide salicylique pour détacher les squames

L’acide salicylique n’est pas un anti-inflammatoire de fond. C’est un kératolytique. Il diminue la cohésion des cornéocytes, ramollit l’écaille et permet aux autres topiques de mieux pénétrer. L’AAD–NPF recommande un usage de 8 à 16 semaines dans le psoriasis léger à modéré, seul ou associé à un corticoïde. Dans un essai de 408 patients, la mométasone 0,1 % plus acide salicylique l’emportait sur la mométasone seule après 21 jours sur les membres.

La National Psoriasis Foundation (2023) classe aussi l’urée, l’acide lactique et le phénol parmi les kératolytiques en vente libre. Sur le cuir chevelu, ces préparations sont souvent plus concentrées. Les transposer telles quelles sur le visage ou les plis expose à une irritation inutile. Un bain tiède d’une quinzaine de minutes, pas brûlant, avant l’application, aide l’écaille à se détacher, comme le décrit aussi la Mayo Clinic (2025) pour les soins quotidiens.

La toxicité salicylée n’est pas théorique si l’on traite une grande surface. L’AAD–NPF déconseille ce kératolytique, ou demande une grande prudence, au-delà de 20 % de surface corporelle, et chez les personnes qui ont une maladie du foie ou des reins. Sur le cuir chevelu, des préparations trop fortes peuvent fragiliser la tige pilaire et entraîner une chute temporaire. Appliqué juste avant une photothérapie UVB, l’acide salicylique en réduit l’efficacité. Là encore, l’ordre des gestes compte.

Un hydratant riche, appliqué ensuite, limite le tiraillement. Si la peau devient plus rouge, plus sèche et plus prurigineuse sous acide salicylique, le produit est trop fort ou trop fréquent. On l’espace, on baisse la concentration, ou l’on s’en tient à l’émollient et au traitement prescrit.

Goudron de houille et dithranol, encore utiles

Le goudron de houille ralentit la synthèse d’ADN des kératinocytes et module l’inflammation, en partie via le récepteur des hydrocarbures aryliques. Il existe en lotion, crème, huile, bain et shampooing, avec et sans ordonnance. La FDA américaine considère les concentrations de 0,5 % à 5 % comme sûres et efficaces en vente libre, d’après la National Psoriasis Foundation (2023). NICE le place en recours si la vitamine D seule n’a pas suffi après 8 à 12 semaines. La revue Cochrane trouvait en général la vitamine D plus efficace que le goudron, avec des résultats hétérogènes.

L’odeur, les taches sur le linge et une photosensibilité d’au moins 24 heures limitent l’usage. Un test sur une petite zone évite une mauvaise surprise. Si la peau rougit, poser le goudron sur un hydratant peut atténuer l’irritation. La Mayo Clinic (2025) le déconseille pendant la grossesse et l’allaitement. Un shampooing au goudron se laisse poser 5 à 10 minutes avant le rinçage, selon le Merck Manual.

Le dithranol (anthraline) n’est plus un premier choix dans les pays où d’autres topiques sont disponibles, écrit le Merck Manual. L’AAD–NPF le conserve toutefois pour 8 à 12 semaines dans les formes légères à modérées, en commençant à 0,1 % et en montant jusqu’à 1 % selon la tolérance, en contact court (jusqu’à 2 heures, parfois 20 à 30 minutes). Il tache la peau et les textiles, brûle le pourtour des plaques, et n’a pas sa place sur le visage ni dans les plis. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas un produit « sans effets indésirables ». Son atout est l’absence de toxicité systémique documentée lors d’un usage prolongé, à condition de respecter le contact court.

Huile de jojoba, graines et feuilles

Que mettre sur le visage, les plis et les organes génitaux

Les zones de peau mince n’acceptent pas le même tube que les coudes. NICE propose d’abord un corticoïde d’activité faible ou modérée, 1 à 2 semaines, puis, si le contrôle manque ou si un traitement continu serait nécessaire, un inhibiteur de la calcineurine matin et soir durant un mois, commencé par un professionnel habitué au psoriasis. Le tacrolimus et le pimécrolimus n’ont pas d’autorisation américaine spécifique pour cette maladie. Leur usage y est hors AMM, étayé par des essais.

Dans un essai de 167 patients avec atteinte du visage ou des plis, 65 % des personnes sous tacrolimus 0,1 % étaient claires ou presque claires à 8 semaines, contre 31 % sous véhicule. Pour le pimécrolimus dans le psoriasis inversé, un essai de 57 patients rapportait 71 % contre 21 % à 8 semaines. L’AAD–NPF retient ces durées (jusqu’à 8 semaines pour le tacrolimus 0,1 %, 4 à 8 semaines pour le pimécrolimus) et envisage un usage plus long dans les plis. La brûlure et le prurit du premier geste s’atténuent souvent. On évite d’appliquer le produit sur une peau encore mouillée. Une rougeur du visage après l’alcool est fréquente.

La FDA a apposé un encadré sur un risque théorique de lymphome et de cancer cutané, extrapolé de l’usage systémique et de données animales. L’AAD–NPF indique qu’aucune preuve n’a montré d’augmentation de ce risque avec l’usage topique. La Mayo Clinic déconseille ces molécules en cas de grossesse, d’allaitement ou de projet de grossesse. Le médecin français s’appuie sur le dossier et les mentions du produit disponible.

Le calcitriol irrite parfois moins que le calcipotriol sur les zones sensibles. Le tazarotène, rétinoïde topique, reste plutôt réservé aux plaques épaisses du tronc et des membres. Il photosensibilise, irrite, et la Mayo Clinic le contre-indique en cas de grossesse ou de désir d’enfant. Dans les plis, le goudron et le dithranol irritent souvent trop pour servir de relais.

Tapinarof et roflumilast, des topiques sans cortisone

Deux classes plus récentes élargissent l’offre sans corticoïde, surtout là où l’atrophie serait un problème. La FDA a autorisé le tapinarof crème le 23 mai 2022 pour le psoriasis en plaques de l’adulte, une application par jour. Dans deux essais (1 025 patients, surface 3 à 20 %), 35 % et 40 % des personnes sous tapinarof avaient une peau claire ou presque claire à 12 semaines, contre 6 % sous véhicule. Les effets les plus fréquents étaient une folliculite (20 %), un rhume, une dermite de contact, des céphalées et un prurit.

Le roflumilast topique, inhibiteur de la phosphodiestérase 4, figure dans le Merck Manual (2025) comme option d’épargne cortisonique sur les zones minces (aines, aisselles, sillon interfessier, visage). Une mousse aide sur le cuir chevelu. L’effet indésirable le plus souvent cité est la céphalée. Le NIAMS range désormais les inhibiteurs de PDE4 et les activateurs du récepteur AhR parmi les topiques de la maladie légère à modérée, aux côtés des corticoïdes, de la vitamine D, des rétinoïdes, du goudron et du dithranol.

Ces autorisations américaines de 2022 ne disent pas, à elles seules, ce qui est commercialisé en France ni à quel prix. Le médecin ou le pharmacien indique si un équivalent est disponible, et s’il entre dans la stratégie locale. Les présenter comme un remplacement automatique de l’association calcipotriol-corticoïde serait trompeur. Pour beaucoup de plaques du tronc, le schéma NICE ou AAD–NPF reste le premier réflexe, parce que les données d’association sont plus anciennes et plus nombreuses.

Les « lotions au CBD » ou « aux probiotiques » n’apparaissent pas dans ces documents. L’AAD–NPF a examiné aloe vera, millepertuis, huile de poisson, curcuma et régimes, sans formuler de recommandation, faute de preuves cohérentes. La Mayo Clinic (2025) juge le dossier des approches complémentaires trop faible pour en faire un traitement, même si certaines peuvent calmer un prurit léger. Un produit « naturel » irrite autant qu’un autre. S’il pique ou suinte, on l’arrête.

Comment appliquer les produits au quotidien

La technique pèse sur le résultat autant que le nom de la molécule. La Mayo Clinic (2025) conseille une toilette quotidienne tiède, sans frotter, avec un pain ou un gel surgras, éventuellement un bain de 15 minutes avec avoine, sels ou un peu d’huile, puis un hydratant sur peau encore humide. L’eau trop chaude dilate les vaisseaux et assèche. Un savon parfumé décape le peu de film lipidique qui reste.

Le Merck Manual place l’émollient deux fois par jour, surtout juste après le bain. Une pommade grasse peut recouvrir un hydratant plus léger pour verrouiller l’eau. Sous occlusion (film plastique la nuit, chaussettes), l’absorption d’un corticoïde augmente. Ce geste ne s’improvise pas sur une grande surface ni avec un produit d’activité très forte.

L’ordre des couches évite d’inactiver un actif. Acide salicylique et calcipotriol ne se mélangent pas. La vitamine D vient après la photothérapie. Un kératolytique précède, à distance, le corticoïde si les squames bloquent le passage. Sur le cuir chevelu, un shampooing médicamenteux se laisse poser le temps indiqué avant le rinçage. Un peigne à dents larges soulève l’écaille sans arracher. Ongles courts, vêtements doux et éviction des déclencheurs connus (angine, blessure, tabac) réduisent les plaies de grattage et les poussées, sans remplacer le traitement prescrit.

Psoriasis et lotions, quand voir un médecin

Les crèmes suffisent surtout lorsque la surface est limitée, que le retentissement quotidien reste acceptable et que les lésions répondent en quelques semaines. NICE demande un avis dermatologique si le diagnostic est incertain, si plus de 10 % du corps est atteint, si les topiques n’apportent pas de contrôle, si le psoriasis en gouttes aigu nécessite une photothérapie, si les ongles gênent vraiment, ou si le retentissement psychique et social est majeur. Une douleur articulaire, un talon douloureux ou des ongles piquetés orientent vers un rhumatisme psoriasique, observé chez jusqu’à 30 % des patients selon le Merck Manual (2025). Ce n’est plus une affaire de lotion.

Certaines formes ne se gèrent pas à domicile. Le psoriasis érythrodermique couvre 75 à 90 % du corps dans la description du Merck Manual, plus de 90 % pour la Cleveland Clinic. Fièvre, frissons, malaise, peau qui desquame en nappes et pertes liquidiennes en font une urgence. Le psoriasis pustuleux généralisé, d’apparition brutale, peut menacer le pronostic. NICE demande une évaluation spécialisée le jour même. En France, ces tableaux relèvent du 15 (SAMU) ou du 112, pas d’un nouveau tube d’hydratant.

Une plaque isolée qui ne répond à rien doit faire discuter un autre diagnostic (mycose, eczéma, lupus cutané). Douleur, gonflement et fièvre après un grattage imposent un contact médical. Corticoïdes oraux arrêtés trop vite, coup de soleil, bêtabloquant ou lithium figurent parmi les déclencheurs d’instabilité. Le pharmacien vérifie aussi les surfaces traitées, notamment le plafond de 100 g de calcipotriol par semaine.

Situation Conduite
Plaques limitées, peau sèche, prurit Hydratant riche et topique actif prescrit si besoin
Cuir chevelu squameux Lotion, gel, mousse ou shampooing médicamenteux
Visage, plis, organes génitaux Activité cortisonique faible, durée courte, relais non stéroïdien
Plus de 10 % du corps ou échec des topiques Avis dermatologique (critères NICE)
Douleur articulaire, talon, ongles très atteints Avis médical, rhumatisme psoriasique possible
Rougeur étendue, fièvre, malaise, pustules disséminées 15 ou 112, évaluation spécialisée le jour même

Questions fréquentes

Une simple crème hydratante suffit-elle contre le psoriasis ?

Elle soulage sécheresse, tiraillement et petites fissures, mais elle ne ralentit pas à elle seule le renouvellement épidermique. Pour des plaques épaisses, un traitement actif (dermocorticoïde, calcipotriol, autre topique prescrit) reste en général nécessaire, en plus de l’émollient. Les hydratants aident toutes les formes, y compris pendant les périodes plus calmes.

Peut-on appliquer acide salicylique et calcipotriol en même temps ?

Non. Le pH acide de l’acide salicylique inactive le calcipotriol et en réduit l’effet, selon les recommandations AAD–NPF de 2021. On peut en revanche associer l’acide salicylique à un dermocorticoïde, sur une surface limitée, pour mieux faire pénétrer le corticoïde. En cas de doute sur l’ordre des couches, le pharmacien tranche sur la spécialité précise.

Quelle texture choisir pour le cuir chevelu ?

Une lotion, un gel, une mousse, une solution ou un shampooing médicamenteux passent entre les cheveux, alors qu’une pommade colle. NICE réserve la pommade aux plaques épaisses du corps. Un kératolytique (acide salicylique, urée) peut précéder le traitement actif si les squames sont denses. Un essai sur une petite zone limite l’irritation, car le cuir chevelu réagit facilement.

Les crèmes à l’aloe vera ou au CBD remplacent-elles un traitement ?

Non. L’AAD–NPF n’a pas recommandé l’aloe vera ni les autres approches complémentaires examinées, faute de preuves cohérentes. Le CBD topique n’apparaît pas dans ces lignes directrices. Un produit d’origine végétale peut irriter, allergiser et retarder un soin réellement utile. Parlez-en au médecin si vous tenez à l’essayer en appoint d’un schéma validé.

Combien de temps utiliser un dermocorticoïde d’activité forte ?

NICE limite en général à un mois le corticoïde d’activité forte sur bras, jambes et tronc, puis prévoit une pause équivalente. L’AAD–NPF s’appuie sur des essais de 2 à 4 semaines et n’envisage un usage au-delà de 12 semaines que sous surveillance. Sur les zones de peau mince, la durée tombe à 1 à 2 semaines, avec un relais non stéroïdien. Le schéma français sera celui de l’ordonnance, pas d’un allongement improvisé.

Faut-il une ordonnance pour traiter les plaques ?

Un hydratant, un goudron à faible concentration et un acide salicylique se trouvent souvent en vente libre. Dès que les plaques sont épaisses, étendues, situées sur le visage ou les plis, ou qu’elles résistent, un corticoïde d’activité adaptée, un analogue de vitamine D ou un autre topique prescrit deviennent le traitement de référence. Le médecin choisit aussi quand passer à la photothérapie ou à un traitement général.

Lotion blanche dans les mains

Conclusion

Choisir une lotion contre le psoriasis, c’est d’abord choisir une texture et un actif, pas un flacon « universel ». L’hydratant riche, posé souvent et après la toilette, reste le socle. Sur les plaques du tronc et des membres, les documents de référence (AAD–NPF 2021, NICE CG153) s’accordent sur l’intérêt d’un dermocorticoïde d’activité forte associé à un analogue de la vitamine D, sur une durée courte, avec un relais d’épargne cortisonique. Cuir chevelu, face et plis cutanés demandent d’autres galéniques et d’autres puissances. Goudron, acide salicylique et dithranol gardent une place d’appoint, à condition d’en connaître taches, irritations et contre-indications.

Les topiques sans cortisone autorisés aux États-Unis en 2022 (tapinarof, roflumilast) élargissent les options d’entretien, surtout sur les zones minces. Leur disponibilité en France se vérifie au comptoir et en consultation, sans en faire une promesse de peau neuve. Rien de tout cela n’efface une atteinte étendue, un rhumatisme associé ou une forme instable.

Si les squames reculent mais que plus de 10 % du corps reste rouge et épais, ou si une fièvre et une rougeur en nappe s’installent, le prochain geste n’est pas un nouveau cosmétique. C’est un rendez-vous, ou le 15. Apporter au médecin la liste des tubes déjà utilisés, les surfaces traitées et, pour le calcipotriol, une estimation des grammes par semaine, accélère l’ajustement.

Sources

  1. Elmets CA, Korman NJ et al. : Joint AAD-NPF Guidelines of care for the management and treatment of psoriasis with topical therapy and alternative medicine modalities for psoriasis severity measures. Journal of the American Academy of Dermatology, 29 juillet 2020.
  2. Psoriasis: assessment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 1er septembre 2017.
  3. Mason AR, Mason J et al. : Skin treatments for chronic plaque psoriasis. Cochrane Database of Systematic Reviews, 28 mars 2013.
  4. Psoriasis – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 17 décembre 2025.
  5. Psoriasis and Psoriatic Arthritis OTC Topicals. National Psoriasis Foundation, 27 mars 2023.
  6. Psoriasis: What It Is, Symptoms, Causes, Types & Treatment. Cleveland Clinic, 15 septembre 2022.
  7. Das S : Psoriasis – Dermatology – Merck Manual Professional Edition. Merck Manual Professional Edition, février 2026.
  8. Drug Trials Snapshots: VTAMA. U.S. Food and Drug Administration, 23 mai 2022.
  9. Psoriasis: Diagnosis, Treatment, and Steps to Take. National Institute of Arthritis and Musculoskeletal and Skin Diseases, mis à jour en 2023.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.