Cigarettes électroniques : risques pour les poumons

Cigarettes électroniques : risques pour les poumons

Les cigarettes électroniques ne sont pas inoffensives pour les poumons. Ce que vous inhalez n’est pas de la vapeur d’eau, mais un aérosol qui peut transporter de la nicotine, des particules très fines, des métaux et des arômes dont certains, comme le diacétyle, sont liés à une maladie pulmonaire grave.

L’idée d’une « vapeur propre » a poussé beaucoup de fumeurs à remplacer la cigarette par une vapoteuse, ou à empiler les deux. Les CDC américains, dans une page du 31 janvier 2025, écrivent qu’aucun produit du tabac, y compris ces appareils, n’est sûr, et que le double usage peut exposer à plus de toxiques et à de moins bons résultats respiratoires que chaque produit pris isolément.

Une méta-analyse de 2025, portant sur 3 552 424 personnes, associe le vapotage chez les non-fumeurs de cigarettes à un risque de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) multiplié par 1,50. L’épisode américain de lésion pulmonaire associée au vapotage (EVALI) a compté 2 807 hospitalisations ou décès au 18 février 2020, dont 68 morts. Une toux, un essoufflement ou une douleur thoracique chez un vapoteur justifient une consultation ; une saturation en oxygène sous 95 % oriente vers les urgences, le 15 ou le 112.

Que contient l’aérosol d’une vapoteuse ?

Ce n’est pas de l’eau. Une vapoteuse chauffe un e-liquide (souvent de la glycérine végétale, du propylène glycol, de la nicotine et des arômes) et produit un brouillard de particules que vous tirez jusqu’aux alvéoles. La Cleveland Clinic, mise à jour le 25 août 2026, insiste sur ce point. Le nuage n’est pas de la vapeur d’eau, c’est un aérosol.

La composition varie selon le liquide, la température de la résistance et le matériel. Les CDC dressent une liste de substances « nocives ou potentiellement nocives » qui peuvent s’y trouver, parmi lesquelles la nicotine, des substances cancérogènes, des métaux lourds (nickel, étain, plomb), des particules assez petites pour gagner le fond du poumon, des composés organiques volatils, et des arômes comme le diacétyle, lié à une maladie pulmonaire grave. Des substances jugées acceptables dans un aliment ne le sont pas forcément une fois chauffées et inhalées, parce que le poumon ne les traite pas comme le tube digestif.

Le même organisme rappelle que l’aérosol contient en général moins de substances dangereuses que le mélange d’environ 7 000 composés de la fumée de cigarette. Cela ne le rend pas sûr. Les scientifiques apprennent encore les effets immédiats et lointains. La Cleveland Clinic y ajoute, selon les liquides, de l’acétaldéhyde, du formaldéhyde, de l’acroléine, du diéthylène glycol, du tétrahydrocannabinol (THC), d’acétate de vitamine E et du cadmium.

Trois points se recoupent d’une fiche à l’autre.

  • L’appareil ne brûle pas du tabac, mais il n’envoie pas non plus un brouillard neutre dans les bronches.
  • La nicotine, présente dans la plupart des e-liquides, entretient une dépendance et n’est pas un détail cosmétique.
  • Chauffer un mélange « comestible » peut créer des aldéhydes et d’autres irritants absents du flacon froid.

Les e-liquides, avalés, respirés ou absorbés par la peau, peuvent empoisonner. Plus de 80 % des appels américains aux centres antipoison pour ces produits concernent des enfants de moins de 5 ans, d’après les CDC en 2025. Un flacon mal rangé concerne toute la maisonnée.

Cigarette électronique vue de près, illustrant son fonctionnement et ses composants.

Le vapotage abîme-t-il vraiment les poumons ?

Oui, les données humaines relient déjà le vapotage à des symptômes respiratoires et à un surrisque d’asthme et de BPCO, même si la preuve d’un lien causal à long terme n’est pas du même ordre que pour la fumée de tabac. La Cleveland Clinic associe le vapotage à des difficultés respiratoires, à un risque accru d’asthme et à l’aggravation d’un asthme déjà là. Toux, essoufflement, irritation des yeux, maux de tête, bouche et gorge sèches, nausées figurent parmi les réactions à court terme.

À plus grande échelle, Wills, Soneji, Choi et coll. ont regroupé en 2021, dans l’European Respiratory Journal, des études de population sur l’asthme et la BPCO, en tenant compte du tabagisme. Pour l’asthme (15 études), le rapport de cotes ajusté groupé était de 1,39 (intervalle de confiance 1,28-1,51). Pour la BPCO (9 études), il était de 1,49 (1,36-1,65). Les travaux de laboratoire cités dans cette synthèse montraient aussi, par rapport à l’air propre, des effets sur la toxicité cellulaire, le stress oxydatif, l’inflammation et la sensibilité aux infections.

Une méta-analyse plus récente, celle de Song, Hao, Critselis et Panagiotakos, parue le 6 février 2025 dans Respiratory Medicine, s’est concentrée sur la BPCO. Sept études observationnelles (4 transversales, 3 de cohorte), 3 552 424 participants et 138 698 cas de BPCO. Chez les personnes qui ne fumaient pas de cigarettes, le vapotage s’associait à un risque relatif groupé de 1,50 (1,27-1,73). L’hétérogénéité était modérée (I² = 22 %). Les études transversales seules donnaient un rapport de cotes de 1,55 ; les cohortes seules, un risque relatif de 1,52 dont l’intervalle de confiance touchait 1 (0,98-2,06). Le signal existe surtout en coupe transversale. Le suivi prospectif reste plus fragile. Une association dans une enquête ne dit pas que votre prochaine bouffée produira une BPCO. Elle dit que, dans de très grands échantillons, les vapoteurs déclarent plus souvent une maladie obstructive, y compris lorsque l’analyse tente de séparer le tabac. Les CDC, en 2025, écrivent encore que beaucoup reste à apprendre sur les effets à court et à long terme. Cette prudence n’annule pas le signal, surtout si vous avez déjà de l’asthme ou une BPCO. Le médecin traitant pèse alors la spirométrie et le tabac restant.

Qu’est-ce que l’EVALI, la lésion pulmonaire du vapotage ?

L’EVALI n’est pas « un peu de toux après une soirée ». C’est une lésion pulmonaire aiguë, parfois mortelle, liée à l’usage de produits de vapotage, identifiée aux États-Unis en 2019. L’Organisation mondiale de la Santé, dans ses questions-réponses du 19 janvier 2024, reprend le bilan des CDC. Au 18 février 2020, 2 807 cas hospitalisés ou décès étaient recensés dans les 50 États, le District de Columbia, Porto Rico et les îles Vierges américaines, dont 68 morts confirmées dans 29 États et à Washington.

La flambée a culminé en septembre 2019, puis reculé. Les CDC ont cessé le recensement national des cas en février 2020, une fois le principal suspect chimique identifié et les hospitalisations en baisse. La surveillance syndromique des services d’urgence, poursuivie ensuite, ne montrait pas de rebond au moment de la dernière mise à jour de la fiche des CDC. L’épidémie liée surtout à certains liquides illicites s’est tassée, sans faire disparaître le tableau clinique.

L’acétate de vitamine E, additif fréquent dans des liquides au THC, est fortement associé à cet épisode. Il a été trouvé dans des échantillons de produits et, surtout, dans le liquide de lavage bronchoalvéolaire de 48 patients EVALI sur 51, et pas dans celui de personnes sans EVALI. Avalé en complément ou appliqué sur la peau, ce même additif n’est pas le même geste que le chauffer et l’envoyer dans les alvéoles. Les CDC précisent que d’autres substances n’ont pas été écartées, y compris dans des produits sans THC.

Parmi 2 022 patients hospitalisés avec des données d’usage (au 14 janvier 2020), 82 % rapportaient un produit contenant du THC, 33 % uniquement du THC, 57 % un produit nicotiné, 14 % uniquement de la nicotine. Les produits au THC venaient surtout de sources informelles (amis, famille, revendeur, internet) dans 78 % des cas renseignés. Les CDC et la FDA recommandent de ne pas utiliser de produits de vapotage contenant du THC, surtout hors circuit commercial, et de ne pas ajouter de substances non prévues par le fabricant.

Le tableau clinique, décrit dans le MMWR du 18 octobre 2019, est large.

  • 95 % des patients (323 sur 339) avaient des signes respiratoires, toux, douleur thoracique ou essoufflement.
  • 77 % (262 sur 339) avaient des signes digestifs, nausées, vomissements, douleur abdominale ou diarrhée.
  • 85 % (289 sur 339) avaient fièvre, frissons ou perte de poids, parfois avant la gêne respiratoire.
  • 47 % ont été admis en réanimation et 22 % ont dû être intubés.

L’EVALI reste un diagnostic d’élimination. Pas de test magique. Il faut écarter une pneumonie, une grippe, un COVID et d’autres causes. Le geste décisif, pour le clinicien, est de demander le vapotage sans jugement, y compris le THC, les produits modifiés et la provenance. Reprendre une vapoteuse après un EVALI expose à une rechute. Ce n’est pas un « rhume du vapoteur » à traiter par un sirop.

Arômes, diacétyle et bronchiolite oblitérante

Le diacétyle n’est pas l’acétate lié à l’EVALI, et le « poumon pop-corn » n’est pas cette lésion aiguë. Ce sont deux dossiers distincts, souvent mélangés dans les discussions de comptoir. Le diacétyle est un arôme beurré. Inhalé dans des usines de pop-corn micro-ondable, il a été lié à la bronchiolite oblitérante, une atteinte des petites voies aériennes qui peut cicatriser le poumon de façon durable.

Les CDC le citent nommément parmi les arômes des e-cigarettes, « liés à une maladie pulmonaire grave ». La Cleveland Clinic décrit la même piste. Le diacétyle peut provoquer une bronchiolite oblitérante et une cicatrisation pulmonaire. Un arôme autorisé dans un gâteau n’est pas, pour autant, un gaz anodin à 200 °C dans une résistance.

On ne dispose pas, dans les travaux cités ici, d’un chiffre de « cas confirmés de poumon pop-corn chez les vapoteurs ». L’absence de dénombrement n’est pas une preuve d’innocuité. Un e-liquide parfumé n’est pas un aliment. Si une toux ou un essoufflement s’installent, le bon réflexe n’est pas de changer de saveur en silence, c’est d’en parler au médecin.

Fumer et vapoter en même temps

Le double usage n’est pas une étape « plus sûre ». Les CDC le disent sans ambiguïté en 2025. Fumer et vapoter ensemble n’est pas une façon efficace de protéger sa santé ; cela peut augmenter l’exposition aux toxiques et donner de moins bons résultats respiratoires que chaque produit seul. Même quelques cigarettes par jour restent dangereuses. La page de 2024 sur l’arrêt du tabac reprend le même avertissement.

La Société européenne de pneumologie (ERS), dans sa déclaration de 2024, va plus loin sur le plan de santé publique. Beaucoup d’utilisateurs de nouveaux produits nicotinés restent fumeurs (double ou poly-usage) au lieu de remplacer complètement la cigarette. L’industrie du tabac vend l’idée d’une « réduction des risques » en supposant une bascule totale. Les enquêtes de population montrent souvent le contraire. Une fraction importante continue les deux, avec plus de toxiques et une dépendance nicotinique entretenue.

Pour un fumeur qui a déjà une vapoteuse, la question utile n’est donc pas « est-ce moins nocif que la cigarette ? » tant qu’il fume encore. Tant qu’une combustion reste dans la journée, le poumon reçoit la fumée, plus l’aérosol. Les CDC, pour les adultes qui choisissent malgré tout l’e-cigarette comme substitut, demandent un remplacement complet, pas une période prolongée des deux. Le NICE britannique, dans la NG209 mise à jour le 4 février 2025, écrit la même exigence. Tout tabac fumé est nocif, donc la personne qui vapote doit arrêter complètement le tabac.

Empiler cigarette du matin et vapoteuse du soir n’est pas un plan de sevrage. Ce sont deux expositions. Le médecin traitant et le pharmacien restent les interlocuteurs pour les substituts autorisés en France.

La vapoteuse aide-t-elle à arrêter de fumer ?

Elle peut aider certains fumeurs adultes à s’arrêter au moins six mois, d’après Cochrane, mais elle n’est pas un médicament homologué partout, et les sociétés savantes ne disent pas la même chose. Cette divergence est le point à connaître avant d’acheter un appareil « pour arrêter ».

La revue Cochrane vivante, mise à jour le 26 août 2026 (preuves jusqu’au 1er janvier 2026), trouve une certitude élevée que les e-cigarettes nicotinées augmentent le sevrage par rapport aux substituts nicotiniques (rapport de risques 1,59 ; 7 études, 2 544 personnes). En chiffres absolus, 8 à 10 personnes sur 100 s’arrêtent avec une vapoteuse nicotinée, contre 6 sur 100 avec les patchs ou gommes, 6 sur 100 avec une e-cigarette sans nicotine, et 5 sur 100 sans aide ou avec un simple soutien comportemental. Les effets indésirables fréquents sont l’irritation de la bouche et de la gorge, le mal de tête, la toux et les nausées, souvent transitoires. Les événements graves étaient rares dans ces essais, qui testaient des produits nicotinés réglementés, pas des liquides illicites au THC. La sécurité à long terme reste mal connue.

Le NICE, pour le Royaume-Uni, a intégré les e-cigarettes nicotinées dans la boîte à outils du sevrage (NG209). Il faut expliquer aux adultes qu’elles ne sont pas des médicaments autorisés par l’agence britannique, qu’on manque de données sur les dommages lointains, que leur usage est « probablement nettement moins nocif » que fumer, et qu’il faut arrêter le tabac complètement. À la date de cette mise à jour, aucun de ces appareils n’était commercialisé au Royaume-Uni comme médicament de sevrage.

Les CDC rappellent que la FDA n’a homologué aucune e-cigarette comme traitement d’arrêt. Des études suggèrent un bénéfice chez l’adulte par rapport à une e-cigarette sans nicotine ou à l’absence de traitement, mais les effets lointains restent incertains. L’USPSTF, citée sur la même page (2024), concluait qu’on ne savait pas si les bénéfices pour arrêter pesaient plus que les risques. Le meilleur scénario, chez l’adulte qui fume déjà et n’est pas enceinte, est un substitut complet, puis un plan pour arrêter aussi le vapotage. Aucun produit du tabac n’est sûr.

L’ERS, en 2024, refuse la « réduction des risques » comme stratégie de population. Tous les produits nicotinés restent addictifs et nocifs. L’objectif recommandé est l’arrêt de tous les produits nicotinés. Quand une aide médicamenteuse est nécessaire, l’ERS préfère les substituts nicotiniques ou les médicaments de sevrage. L’OMS, le 19 janvier 2024, juge ces produits nocifs, s’inquiète du recrutement des jeunes, et ne veut pas d’une commercialisation grand public présentée comme sevrage. En France, la place de la vapoteuse dans le sevrage relève du médecin et du pharmacien, d’après les règles locales.

Jeunes, grossesse et personnes qui n’ont jamais fumé

Pour ces groupes, le message des CDC est net et inchangé par le débat sur le sevrage des fumeurs. Ces produits ne doivent pas être utilisés par les jeunes, les jeunes adultes, les femmes enceintes, ni par les personnes qui ne consomment pas déjà du tabac. Le bénéfice théorique n’existe que, éventuellement, pour un adulte qui fume déjà et qui remplacerait toute cigarette.

La nicotine est fortement addictive. Elle est toxique pour le fœtus et dangereuse pendant la grossesse. Le cerveau continue de se développer jusque vers 25 ans ; la nicotine peut y altérer l’attention, l’apprentissage, l’humeur et le contrôle des impulsions. Les adolescents peuvent montrer des signes de dépendance assez vite, parfois avant un usage quotidien. Ceux qui vapotent ont aussi plus de chances de fumer plus tard. L’OMS chiffre cette bascule, chez les jeunes non-fumeurs, à près de trois fois plus d’entrée dans la cigarette, d’après des études épidémiologiques de bonne qualité.

Pendant la grossesse, les CDC relient déjà le vapotage à un petit poids de naissance et à un accouchement prématuré, et rappellent que la nicotine peut léser le cerveau et les poumons en formation. La Cleveland Clinic décrit des risques pour le fœtus (poumons, cerveau, petit poids). « Passer à la vapoteuse le temps de la grossesse » n’est pas une stratégie validée dans ces sources. L’arrêt de tous les produits nicotinés, avec l’aide du médecin, reste la cible.

Les arômes fruités, mentholés ou sucrés, les modèles jetables et le marketing sur les réseaux rendent l’objet attrayant. L’ERS parle d’un usage « épidémique » chez les jeunes dans de nombreux pays. Ce n’est pas un argument moral. C’est un argument de dose. Un poumon et un cerveau en croissance n’ont rien à gagner d’un aérosol nicotiné. Ranger les flacons hors de portée n’est pas optionnel. Plus de 80 % des intoxications américaines rapportées concernent de très jeunes enfants. Commencer à vapoter sans avoir jamais fumé n’apporte aucun bénéfice pulmonaire décrit dans ces documents.

Toux et essoufflement, quand voir un médecin

Toute toux, douleur thoracique ou essoufflement chez une personne qui vapote ou a vapoté récemment mérite un avis médical, sans attendre que « cela passe ». Les CDC, dans leurs consignes cliniques de 2019, demandent une radiographie thoracique chez le vapoteur qui a des signes respiratoires ou digestifs, surtout si la saturation en oxygène descend sous 95 %. L’auscultation peut être pauvre même en cas de lésion grave. Un poumon « silencieux » n’écarte pas l’EVALI.

La saturation sous 95 % à l’air ambiant, ou une détresse respiratoire, oriente vers l’hôpital. Dans les cas rapportés, 57 % des patients avaient déjà une saturation sous 95 % au repos. Certains tableaux d’abord légers ont empiré en moins de 48 heures. Les personnes de plus de 50 ans, enceintes, ou déjà cardiaques ou pulmonaires, étaient plus souvent intubées et restaient plus longtemps à l’hôpital.

En France, le premier interlocuteur pour une toux qui s’installe reste le médecin traitant. Si la gêne est brutale, si les lèvres bleutent, si vous ne parvenez plus à parler une phrase, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Dites que vous vapotez, avec quoi (nicotine, THC, produit modifié), depuis quand, et où le liquide a été acheté. Cette information oriente l’examen autant qu’un sifflement.

Situation Conduite Repère publié
Toux, douleur thoracique ou essoufflement après vapotage Voir un médecin sans tarder et signaler le vapotage 95 % des patients EVALI avaient des signes respiratoires (CDC, 2019)
Saturation en oxygène sous 95 % à l’air ambiant, ou détresse respiratoire Appeler le 15 ou le 112, se rendre aux urgences Hospitalisation recommandée par les CDC (2019)
Nausées, vomissements ou diarrhée chez un vapoteur Consulter et mentionner aussi d’éventuels produits au THC 77 % des cas EVALI avaient des signes digestifs (CDC, 2019)
Fièvre, frissons ou perte de poids Ne pas attendre que le tableau « passe comme un rhume » 85 % avaient des signes généraux (CDC, 2019)
Produits au THC achetés hors circuit commercial Arrêter ces produits et en parler au médecin 82 % des cas renseignés rapportaient du THC (CDC, 2020)

Après une hospitalisation pour EVALI, les CDC conseillaient un contrôle de saturation dans les une à deux semaines, puis une spirométrie dans les mois suivants. Reprendre le vapotage pendant la convalescence peut faire revenir la lésion.

Arrêter de vapoter

Arrêter une vapoteuse ressemble, sur le plan de la nicotine, à arrêter de fumer. Envie irrépressible, irritabilité, sommeil cassé, faim, difficulté de concentration. Les CDC, le 15 mai 2024, le formulent ainsi. Les symptômes de sevrage reculent quand le cerveau se réhabitue à l’absence de nicotine. Un plan écrit, un soutien, et parfois un médicament ou un substitut nicotinique prescrit, augmentent les chances. La Cleveland Clinic cite patchs, inhalateurs, pastilles et gommes comme appuis possibles.

Si vous vapotez pour quitter la cigarette, prévoyez aussi la sortie du vapotage. Rester des années sur un aérosol nicotiné n’est pas un succès sanitaire dans les textes de l’ERS, ni dans ceux des CDC. Le NICE demande au moins l’arrêt complet du tabac fumé. Le médecin traitant et le pharmacien connaissent les substituts autorisés en France et les consultations de tabacologie. Vider les stocks et ranger les flacons hors de portée des enfants vaut mieux qu’un serment du lundi matin.

Questions fréquentes

Le vapotage sans nicotine est-il sans risque pour les poumons ?

Non. L’absence de nicotine enlève surtout le moteur de la dépendance, pas les aldéhydes, les particules, les métaux ni les arômes. L’ERS souligne que l’aérosol reste un mélange de centaines de substances, y compris sans nicotine. Un e-liquide « 0 mg » n’est pas de l’air.

Les cigarettes électroniques sont-elles moins dangereuses que le tabac ?

L’aérosol contient en général moins de substances dangereuses que la fumée d’une cigarette, d’après les CDC (2025). Le NICE britannique juge l’usage « probablement nettement moins nocif » que fumer, sous réserve d’un arrêt complet du tabac. L’ERS refuse d’en faire une stratégie de population. Le double usage, lui, peut être pire que chaque produit seul. « Moins de toxiques que 7 000 composés » n’égale pas « sans danger ».

Les liquides au cannabis ou au THC sont-ils plus risqués ?

Dans l’épisode EVALI, la plupart des cas renseignés impliquaient du THC, surtout acheté hors magasin, et cet additif a été retrouvé dans le poumon de 48 patients sur 51. Les CDC et la FDA recommandent de ne pas vapoter de THC, en particulier depuis des sources informelles. Environ 14 % des hospitalisés ne rapportaient que de la nicotine. Un liquide « CBD maison » n’est pas un gage de sécurité.

Faut-il dire au médecin que l’on vapote ?

Oui, et de façon précise. L’EVALI se rate si personne ne pose la question. Indiquez nicotine ou THC, marques, fréquence, date de la dernière bouffée, achat en boutique ou ailleurs, et tout ajout dans le réservoir. Une diarrhée ou une fièvre font partie du tableau. Ne les séparez pas de la toux. Le médecin pourra demander une radio, une saturation, parfois un scanner.

Combien de temps les poumons mettent-ils à récupérer après l’arrêt ?

Aucun des travaux cités ici ne donne un délai fiable de « poumons neufs ». Les effets lointains du vapotage restent mal connus, écrivent les CDC, le NICE et Cochrane. Après un EVALI, certains patients ont gardé une hypoxémie et de l’oxygène à domicile ; d’autres ont rechuté pendant la baisse des corticoïdes. La seule consigne claire est d’arrêter les produits de vapotage après une telle lésion, et de consulter vite si la toux ou l’essoufflement reviennent.

Une vapoteuse jetable est-elle plus sûre qu’un modèle rechargeable ?

Aucune des institutions citées ici ne classe un type d’appareil comme sûr. Tous chauffent un liquide et produisent un aérosol. Modifier un matériel ou remplir un réservoir avec un produit non prévu augmente le risque, quel que soit le format.

Conclusion

Le vapoteur n’inspire pas de la vapeur d’eau. Il inspire un aérosol dont la charge toxique est en général plus basse que celle de la fumée de tabac, et malgré tout réelle, avec une irritation, une association avec l’asthme et la BPCO, et, pour certains liquides, une lésion aiguë qui a hospitalisé 2 807 personnes aux États-Unis. Fumer en même temps n’arrange rien. Les chiffres de sevrage Cochrane concernent des fumeurs adultes qui passent à un produit nicotiné réglementé, pas les collégiens, pas les femmes enceintes, pas les jamais-fumeurs.

Les recommandations ne coïncident pas d’un pays à l’autre. Le NICE britannique ouvre une porte encadrée. L’ERS et l’OMS la referment au nom de la population. Les CDC américains refusent l’homologation comme médicament et exigent, au minimum, l’abandon total de la cigarette. En France, c’est le médecin traitant et le pharmacien qui traduisent cela en substituts, en suivi et en règles locales.

Notez ce que vous vapotez (nicotine, THC, marque, origine) et apportez cette liste à la consultation. Si une toux, une douleur thoracique ou un essoufflement apparaissent, ne les attribuez pas à « l’adaptation ». Si la respiration se dégrade ou si une saturation tombe sous 95 %, appelez le 15 ou le 112. L’objectif le plus sûr pour les poumons reste l’arrêt de la fumée et de l’aérosol, pas l’un collé à l’autre.

Sources

  1. Health Effects of Vaping. Centers for Disease Control and Prevention, 31 janvier 2025.
  2. Outbreak of Lung Injury Associated with the Use of E-Cigarette, or Vaping, Products. Centers for Disease Control and Prevention, 25 février 2020.
  3. Siegel DA, Jatlaoui TC, Koumans EH et al. : Update: Interim Guidance for Health Care Providers Evaluating and Caring for Patients with Suspected E-cigarette, or Vaping, Product Use Associated Lung Injury — United States, October 2019. Morbidity and Mortality Weekly Report, 18 octobre 2019.
  4. Tobacco: E-cigarettes. World Health Organization, 19 janvier 2024.
  5. Vaping (E-Cigarettes): Ingredients, Risks & Side Effects. Cleveland Clinic, mis à jour le 25 août 2026.
  6. Lindson N, Livingstone-Banks J, Butler AR et al. : Can electronic cigarettes help people stop smoking, and do they have any unwanted effects when used for this purpose?. Cochrane, 26 août 2026.
  7. Tobacco: preventing uptake, promoting quitting and treating dependence. National Institute for Health and Care Excellence, 4 février 2025.
  8. Chen DTH, Grigg J, Filippidis FT : European Respiratory Society statement on novel nicotine and tobacco products, their role in tobacco control and “harm reduction”. European Respiratory Journal, février 2024.
  9. Song C, Hao X, Critselis E et al. : The impact of electronic cigarette use on chronic obstructive pulmonary disease: A systematic review and meta-analysis. Respiratory Medicine, 6 février 2025.
  10. Wills TA, Soneji SS, Choi K et al. : E-cigarette use and respiratory disorders: an integrative review of converging evidence from epidemiological and laboratory studies. European Respiratory Journal, janvier 2021.
  11. Vaping and Quitting. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.