
La catastrophisation consiste à traiter le pire scénario comme s’il était le plus probable, puis à sous-estimer sa capacité à y faire face. Ce n’est pas une maladie à part, mais un biais de pensée, fréquent dans l’anxiété, la dépression et la douleur chronique, que l’on peut apprendre à ralentir.
Une revue de 79 essais, portant sur 9 914 adultes douloureux chroniques, a montré que ce biais se modifie avec un traitement ciblé. Le gain reste souvent modeste, de l’ordre de 3 à 7 points sur une échelle de 52, sauf lorsque la catastrophisation de départ est élevée et clairement visée.
Au Royaume-Uni, le NICE propose une TCC de 12 à 15 séances d’une heure en cas d’anxiété généralisée, et la recommandation NG222 de 2022 déconseille de proposer d’emblée un antidépresseur dans une dépression d’intensité légère. Un journal de pensées en sept étapes, décrit par le NHS, permet déjà de tester une prédiction avant qu’elle n’organise toute la journée.
Qu’est-ce que la catastrophisation
La catastrophisation est une distorsion cognitive. Une sensation, un message ou une incertitude se lit comme le début d’un désastre, même lorsque d’autres lectures restent plus plausibles.
Sur le site de la Cleveland Clinic, le biais est décrit comme la conviction que le pire résultat possible est aussi le plus probable, une sorte de « rêve éveillé négatif ». Le récit du pire donne une impression de contrôle. Il agite pourtant l’alarme, accélère le cœur et rend le raisonnement plus étroit. Ce n’est pas propre à la douleur. Dans la tradition cognitivo-comportementale, c’est l’un des filtres les plus fréquents, à côté de la pensée en tout ou rien et du raisonnement émotionnel. On y mélange souvent l’annonce de l’avenir et une logique binaire (si ce n’est pas parfait, c’est fichu).
Trois mouvements se succèdent. L’amplification gonfle la menace. La rumination rejoue la scène. L’impuissance conclut que rien n’aidera. Sur l’échelle de catastrophisation de la douleur (Pain Catastrophizing Scale, 13 items, de 0 à 52), ces trois sous-échelles portent précisément ces noms. Les ramener à un seul mot, « grossissement », appauvrit le tableau.
Après une nuit courte, tout le monde glisse un moment vers le pire. Le problème commence lorsque ce glissement devient le mode par défaut, rétrécit les projets et entretient l’évitement. Ce n’est plus de la prudence. C’est une lecture qui fabrique une part de la souffrance qu’elle prétend anticiper.

Comment reconnaître une pensée catastrophiste
Une pensée catastrophiste se reconnaît à sa forme. Elle saute d’un fait limité à une conclusion totale, sans palier intermédiaire, et elle se présente comme une certitude plutôt que comme une hypothèse.
La formulation type enchaîne les « et ensuite ». Un silence au téléphone devient une rupture, puis une vie entière sans attache. Un mal de tête après une réunion devient une maladie grave, puis une incapacité durable. L’émotion confirme le récit. Puisque l’angoisse est forte, le danger « doit » être réel. Le filtre ne retient que le négatif. Le raisonnement bascule en noir et blanc.
Quelques indices concrets reviennent souvent.
- La prédiction porte sur le pire cas possible et non sur le cas le plus fréquent dans votre expérience.
- Une seule donnée (un délai, une sensation, un regard) suffit à conclure sur l’identité, la santé ou l’avenir professionnel.
- Le corps bascule vite. Cœur rapide, souffle court, tension, impression de sidération.
- Vous réorganisez la journée pour éviter le lieu, le mail ou l’examen qui nourrit le scénario.
- Après coup, le même enchaînement se rejoue, comme si l’épisode précédent n’avait rien appris.
L’anxiété ponctuelle n’est pas l’ennemie. Elle peut pousser à réviser ou à prendre un rendez-vous. La catastrophisation, elle, n’organise plus l’action. Elle occupe. Les troubles anxieux, rappelle l’APA, persistent, s’étendent à plusieurs situations et peuvent entraver le travail, l’école et les relations. La frontière utile n’est pas « avoir peur ou non ». C’est « cette peur me sert encore, ou elle me vole des heures ». Dire « je prédis une catastrophe » place déjà la phrase dans la case des pensées, pas des faits.
Pourquoi l’esprit glisse vers le pire
Le cerveau détecte la menace plus vite que la sécurité. Imaginer le danger avant qu’il n’arrive a pu protéger l’espèce. Dans un bureau, une salle d’attente ou un fil de messages, le même réflexe produit un excès d’alerte. Beaucoup de catastrophes imaginées n’ont qu’une faible probabilité. L’esprit les traite pourtant comme des urgences, surtout quand un vide s’ouvre, un « il faut qu’on parle » sans contexte, un résultat d’analyse non lu, un entretien déplacé. Le récit le plus chargé comble le blanc, parce qu’il semble le plus « prudent ».
Deux erreurs de calcul se combinent. On surestime la chance que le mal arrive. On sous-estime les ressources s’il arrivait (un report, un second avis, un ami, un contrat). La TCC travaille les deux. Corriger seulement la probabilité laisse intacte la terreur de « je ne m’en sortirais pas ». Corriger seulement l’impuissance laisse intacte une menace gonflée.
Le manque de sommeil, le jeûne, le café en trop et le défilement de mauvaises nouvelles rendent le terrain plus glissant. Sur ce point, la page de la Cleveland Clinic insiste sur le repos et l’alimentation. Le NHS, dans le cadre d’une anxiété généralisée, déconseille de noyer l’angoisse dans l’alcool, le tabac ou les excitants. Ces leviers ne « guérissent » pas un biais de pensée. Ils réduisent le bruit de fond qui le rend plus collant.
Lien avec l’anxiété, la panique et la dépression
La catastrophisation n’est pas un diagnostic du DSM. Elle circule dans plusieurs tableaux, et elle les aggrave souvent dans les deux sens. Plus on catastrophise, plus l’humeur s’assombrit. Plus l’humeur s’assombrit, plus le pire paraît crédible.
Dans le trouble panique, le moteur classique est la lecture catastrophique d’une sensation corporelle. Un cœur qui s’emballe devient une crise cardiaque. Un souffle court devient un étouffement. L’interprétation monte l’alarme, l’alarme gonfle la sensation, la sensation confirme l’interprétation. L’APA décrit des attaques soudaines (sueurs, tremblements, souffle court, cœur rapide, sentiment de terreur) et la peur de la prochaine, qui finit par restreindre les sorties. L’évitement, présenté comme une protection, nourrit le trouble.
Dans le trouble anxieux généralisé, l’inquiétude se déplace d’un thème à l’autre (santé, argent, proches) avec le sentiment qu’il va « forcément » arriver quelque chose de grave. Le NHS retient des signes qui pèsent sur le quotidien (sommeil cassé, irritabilité, fatigue, tensions, palpitations) et une anxiété difficile à contrôler, souvent depuis des mois. La catastrophisation est ici le style de l’inquiétude, pas un accessoire.
La dépression colore le même biais d’impuissance. L’échec d’aujourd’hui devient la preuve d’un avenir fermé. Traiter le style de pensée en même temps que le trouble, quand un trouble est là, a plus de sens que de s’autodiagnostiquer une « maladie de la catastrophe ».
Beaucoup de personnes tentent de gérer l’anxiété en évitant. L’évitement soulage une heure et renforce la peur le lendemain, un engrenage que l’APA souligne dans ses pages sur les troubles anxieux. La partie comportementale de la TCC inverse la direction. On s’approche, par degrés, des situations redoutées, pour vérifier que le dénouement annoncé n’arrive pas, ou qu’on y survit. Sans ce volet, recadrer les pensées sur le papier reste incomplet.
Quand la douleur devient un scénario de catastrophe
La catastrophisation de la douleur n’est pas « une douleur imaginaire ». C’est une lecture de la douleur qui en augmente le coût. Sullivan la définit comme un ensemble mental négatif, exagéré, appliqué à une douleur actuelle ou anticipée. Ruminer (« je n’arrive plus à penser à autre chose »), amplifier (« ça va forcément empirer ») et se sentir impuissant (« je n’y peux rien ») prédisent, dans la recherche, plus d’intensité douloureuse, plus de handicap, plus d’anxiété et de dépression, parfois plus d’usage d’opioïdes.
En présentant la méta-analyse de Schütze, l’Association internationale pour l’étude de la douleur rappelle qu’un score souvent cité au-delà de 24 sur 52 signale un terrain où ce biais pèse. La revue a réuni 79 essais randomisés et 9 914 adultes. Les preuves de meilleure qualité concernent la TCC, les programmes multimodaux (souvent TCC plus exercice) et la thérapie d’acceptation et d’engagement. L’effet multimodal, face à un contrôle actif, approchait une différence standardisée de 1,0. La plupart des interventions ne faisaient baisser le score que de 3 à 7 points, autour du seuil de 5 points jugé cliniquement utile. Quand les essais recrutaient des personnes déjà très catastrophistes et visaient ce biais en premier, la TCC sortait renforcée.
La recommandation NICE NG193 de 2021 vise la douleur chronique primaire, celle qui dure plus de trois mois sans cause qui l’explique pleinement, ou dont l’impact déborde la lésion observable. Elle propose de considérer une TCC de la douleur ou une thérapie d’acceptation, par un professionnel formé, ainsi qu’un programme d’exercice supervisé en groupe. Elle demande de ne pas commencer opioïdes, anti-inflammatoires, paracétamol, gabapentinoïdes ni benzodiazépines pour cette douleur primaire. Un antidépresseur (amitriptyline, citalopram, duloxétine, fluoxétine, paroxétine ou sertraline, selon le texte britannique) peut être envisagé chez l’adulte après discussion, y compris sans diagnostic de dépression, parce qu’il peut aider le sommeil et la qualité de vie. Ce n’est pas une norme française. Votre médecin appliquera la pratique locale.
Le modèle peur-évitement relie ces fils. La douleur est lue comme un danger imminent. On arrête de bouger. Le désentraînement augmente la gêne. La gêne confirme la catastrophe. Recommencer à bouger, avec un cadre sûr, n’est donc pas un détail sportif. C’est une information envoyée au cerveau. « Je peux faire un pas sans que le désastre annoncé arrive. »
Journal de pensées et outils du quotidien
Le geste le plus utile, avant toute ordonnance, est d’écrire la prédiction. Le NHS propose un journal de pensées à sept rubriques. On le fait sur papier ou sur téléphone, à chaud ou le soir même. L’objectif n’est pas de se convaincre que « tout va bien ». Il est de séparer les faits, les émotions et l’histoire que l’esprit a collée par-dessus.
| Étape du journal (NHS) | Ce que vous notez |
|---|---|
| Situation | Ce qui s’est passé, en faits observables seulement |
| Sentiments du début | Émotions et sensations, sans les justifier |
| Pensées peu utiles | La phrase exacte, y compris le « et ensuite » |
| Preuves pour | Faits, pas impressions ni lectures dans les pensées |
| Preuves contre | Faits qui ne collent pas avec la catastrophe |
| Autre formulation | Version plus réaliste ou plus neutre, croyable |
| Sentiment ensuite | Ce qui a bougé, même d’un cran |
Prenons un mail resté sans réponse jusqu’à 18 h. La pensée fuse. « On va me licencier, je ne retrouverai rien, je ne pourrai plus payer le loyer. » Les preuves pour tiennent souvent en une phrase (un retard, une remarque). Les preuves contre s’allongent dès qu’on les cherche (d’autres mails sans drame, une évaluation correcte, des réunions banales à cette heure). La formulation alternative n’a pas besoin d’être joyeuse. « Je n’aime pas attendre. Plusieurs explications existent. Je verrai demain matin avant de conclure. »
Dormir, manger, nommer la pensée à voix haute et chercher au moins trois issues autres que le pire préparent le terrain, comme le rappelle la page de la Cleveland Clinic. Le NHS insiste aussi, face à une anxiété qui s’étale, sur le mouvement régulier, les repas stables et le fait de ne pas fuir la situation redoutée. Rester une minute de plus dans la file, envoyer le message malgré le nœud à l’estomac, teste le scénario dans la vraie vie. Le papier sans le comportement laisse le biais intact.
Forcer une affirmation positive (« je suis invincible ») heurte souvent le doute et le renforce. Le NHS accepte une pensée neutre. Il accepte aussi de ne pas réussir à « changer » la phrase. Repérer qu’elle est peu utile, déjà, casse une partie de la spirale. Crier « stop » pour chasser l’idée n’est pas la méthode de ce journal. Tenter d’écraser une pensée la rend souvent plus présente. Mieux vaut la traiter comme une prédiction à vérifier.

TCC, thérapie d’acceptation et programmes structurés
La thérapie cognitivo-comportementale reste l’approche la mieux étayée pour travailler ce biais. L’APA la décrit comme un travail sur des façons de penser peu utiles et sur des comportements appris, avec des exercices entre les séances, pour que la personne devienne peu à peu son propre thérapeute. La Mayo Clinic, dans sa page mise à jour en février 2025, situe souvent le cadre entre 5 et 20 séances, selon la gravité, la durée des symptômes et le travail fait entre les rendez-vous. Elle prévient aussi que la TCC ne fait pas disparaître une situation pénible. Elle change la manière d’y faire face.
Chez l’adulte dont l’anxiété généralisée pèse déjà lourd, le NICE (CG113) place d’abord une auto-aide fondée sur la TCC, pendant au moins six semaines, ou des groupes d’éducation. Si cela ne suffit pas, il propose une TCC individuelle de 12 à 15 séances hebdomadaires d’une heure, ou une relaxation appliquée, en alternative égale à un médicament, selon la préférence de la personne. Rien n’oblige un schéma identique en France. L’ordre de grandeur sert à poser une question précise. « Travaille-t-on les prédictions catastrophistes, et sur combien de séances ? »
Une méta-analyse de 2024 dans Nature Human Behaviour a réuni 53 essais et 6 705 participants autour des TCC transdiagnostiques, conçues pour plusieurs troubles émotionnels à la fois. L’effet face aux contrôles était net pour la dépression (g = 0,74) et pour l’anxiété (g = 0,77). Ces programmes tenaient la comparaison avec une TCC spécifique d’un trouble. Le bénéfice se lisait encore à 3, 6 et 12 mois, mais pas à 24 mois. Quand le même style de pensée touche santé, travail et liens, viser le biais plutôt qu’une seule étiquette peut suffire.
La thérapie d’acceptation et d’engagement, retenue par le NICE pour la douleur chronique primaire, n’essaie pas de « gagner » contre la pensée. Elle entraîne à la voir passer, puis à agir (marcher jusqu’à la boulangerie, reprendre un hobby) pendant que la prédiction fait du bruit. Dans l’analyse de Schütze, elle fait partie des trois approches les mieux soutenues contre la catastrophisation douloureuse. Le choix dépend du professionnel disponible et de la place de la douleur.
Les premières séances peuvent être inconfortables, parce qu’on approche des sujets évités. La Mayo Clinic le note, et précise que l’exposition se fait quand le thérapeute juge que vous avez de quoi tenir. Si après plusieurs séances rien ne bouge, le texte invite à le dire. On ajuste. On ne « force pas plus fort » par principe.
Médicaments, ce qu’ils traitent vraiment
Aucun comprimé n’efface à lui seul un style de pensée. Les médicaments visent un trouble associé (anxiété, dépression, parfois la détresse liée à une douleur chronique), pas « la catastrophisation » comme cible isolée. Cette distinction évite deux pièges. Attendre du comprimé qu’il raisonne à votre place. Ou refuser toute pharmacologie par principe alors qu’un trouble caractérisé justifie d’en parler.
Pour une dépression d’intensité légère, la recommandation NICE NG222 de 2022 indique de ne pas proposer d’antidépresseur en première intention, sauf préférence informée de la personne. L’auto-aide guidée et les psychothérapies brèves passent devant. Une TCC individuelle y est souvent menée sur environ 8 séances. Pour un épisode plus marqué, la TCC se situe plutôt autour de 16 séances, et le médicament redevient une option de première ligne, parfois associé à la thérapie. C’est un changement de cap par rapport à l’habitude de ranger trop vite les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) comme réflexe unique.
Quand l’anxiété généralisée justifie une étape intensive, le NICE CG113 laisse le choix entre TCC (ou relaxation appliquée) et médicament. Si le médicament est choisi, il propose un ISRS, en envisageant d’abord la sertraline pour des raisons de coût-efficacité au Royaume-Uni (usage hors AMM britannique à la publication, consentement documenté). En cas d’échec, un autre ISRS ou un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) peut suivre. Les benzodiazépines n’y ont pas leur place en traitement de fond, hors crise brève. Les antipsychotiques ne sont pas à proposer en soins primaires pour ce tableau. La Mayo Clinic cite aussi la buspirone, et réserve benzodiazépines et bêtabloquants à un soulagement court. Les noms commerciaux américains n’ont pas à dicter l’ordonnance française. Le médecin et le pharmacien appliquent l’autorisation et la surveillance locales.
Ranger ISRS, IRSN, tricycliques et « atypiques » comme traitement de la catastrophisation mélange les plans. L’amitriptyline, par exemple, apparaît dans NG193 pour la douleur chronique primaire, pas comme une pilule anti-scénario. Un premier médicament peut ne pas convenir. On en change. On associe une psychothérapie. On ne conclut pas que « rien ne marche » après deux semaines d’un seul produit. Les ISRS et IRSN peuvent augmenter l’anxiété en début de traitement. C’est une information à demander, pas une raison de tout arrêter sans avis. Les plantes n’ont pas le même contrôle qu’un médicament autorisé. Interactions et contenu réel d’une gélule restent incertains. Le pharmacien est le bon interlocuteur avant d’empiler les boîtes.
Quand la catastrophisation justifie de consulter
Consulter n’exige pas d’attendre un effondrement. L’APA propose deux questions. Le problème est-il pénible ? Empêche-t-il de vivre une part de la vie ? Un « oui » à l’une des deux suffit à envisager un professionnel. Elle précise des seuils concrets. Le sujet revient chaque semaine. La honte pousse à le cacher. La qualité de vie a baissé depuis des mois. Le problème prend plus d’une heure par jour. Études, travail ou sorties ont déjà été réduits pour s’en accommoder.
Face à une anxiété qui envahit les journées, le NHS oriente vers le médecin si vous pensez en souffrir, ou si un traitement déjà en cours ne change rien. Il rappelle aussi de ne pas éviter durablement les situations anxiogènes et de ne pas compter sur l’alcool pour tenir. En France, le premier interlocuteur reste le médecin traitant. Il cherche une cause médicale aux palpitations ou à l’insomnie, oriente vers un psychologue (souvent une TCC) ou un psychiatre si un médicament se discute. Les questions de parcours et de remboursement se posent au cabinet. Elles ne se déduisent pas d’un texte britannique ou américain.
Certains signes demandent un avis rapide, le jour même, ou les urgences.
- Des attaques de panique répétées qui vous font éviter le métro, la voiture ou le travail.
- Une tristesse lourde, un sommeil brisé et des idées de mort, même floues.
- Une douleur nouvelle, brutale ou inexpliquée, que le scénario mental ne doit pas « expliquer à la place » d’un examen.
- Une consommation d’alcool, de benzodiazépines ou d’antalgiques qui grimpe pour faire taire les pensées.
- L’impossibilité de vous alimenter, de sortir ou d’assumer les gestes de base depuis plusieurs jours.
Un danger immédiat (malaise grave, risque de passage à l’acte, détresse qui déborde) se gère en appelant le 15 ou le 112. Ce n’est pas « trop pour une pensée ». C’est le bon usage des secours. Pour un rendez-vous non urgent, arriver avec deux ou trois exemples écrits de prédictions et de ce qu’elles vous ont fait éviter aide le clinicien plus qu’un récit flou. Vous pouvez demander si le suivi proposé travaille les distorsions, s’il y a des exercices entre les séances, et comment on jugera à 6 ou 8 semaines que cela avance.
Questions fréquentes
Comment arrêter de catastrophiser sans thérapie ?
Vous pouvez déjà écrire la prédiction, lister les faits pour et contre, puis formuler une version plus neutre, comme le propose le journal du NHS. Ce travail aide surtout si les épisodes restent limités et que la vie quotidienne tient encore. S’ils occupent des heures, rétrécissent vos sorties ou s’accompagnent d’une humeur basse, un professionnel accélère et sécurise la même méthode.
La catastrophisation est-elle un trouble à part entière ?
Non. C’est un style de pensée, une distorsion, pas une maladie isolée dans les classifications. Elle devient un problème clinique lorsqu’elle est fréquente, rigide et liée à l’anxiété, à la dépression, aux attaques de panique ou à une douleur chronique. On traite alors le tableau d’ensemble, pas une étiquette inventée.
Faut-il un antidépresseur contre les pensées catastrophistes ?
Pas automatiquement. La recommandation NICE de 2022 déconseille d’en faire le premier réflexe dans une dépression d’intensité légère, sauf préférence informée. Dans l’anxiété généralisée, le même institut britannique place ISRS et TCC intensive sur un pied d’égalité au stade où le retentissement est marqué. La décision se prend avec le médecin, selon l’intensité, les antécédents et la pratique française.
Combien de temps dure une TCC pour ce type de pensées ?
La Mayo Clinic situe souvent le travail entre 5 et 20 séances. Pour l’anxiété généralisée, le NICE décrit 12 à 15 séances d’une heure. Pour une dépression plus légère, plutôt 8. La durée réelle dépend de la gravité, des exercices faits entre les séances et de la présence d’une douleur chronique ou d’un autre trouble.
La méditation suffit-elle à calmer le scénario du pire ?
La méditation et les exercices de respiration peuvent baisser l’alarme corporelle et rendre une pensée plus facile à examiner. Ils ne remplacent pas le test des preuves ni l’exposition aux situations évitées. Pour la douleur chronique primaire, le NICE retient surtout l’exercice supervisé, la TCC ou la thérapie d’acceptation, pas la méditation seule comme traitement principal.
Comment en parler à son médecin traitant ?
Apportez deux exemples récents, la phrase exacte de la prédiction, ce que vous avez évité, et depuis combien de semaines cela dure. Demandez si une TCC est accessible et si un trouble anxieux ou dépressif doit être cherché. Si des palpitations ou une douleur aiguë sont là, dites-les en premier. Le scénario mental ne doit pas masquer un problème physique à examiner.

Conclusion
Le scénario du pire se présente comme de la lucidité. C’est plus souvent une distorsion, faite d’amplification, de rumination et d’impuissance, qui nourrit l’anxiété, assombrit l’humeur et alourdit une douleur déjà réelle. Les essais de Schütze montrent que ce biais bouge, surtout quand on le vise vraiment, sans miracle de quelques points sur une échelle. Les TCC, y compris transdiagnostiques, et, du côté de la douleur, les programmes qui mêlent mouvement et travail psychologique, ont aujourd’hui l’appui le plus solide.
Un premier pas tient dans une page. Notez cette semaine une prédiction précise, les faits qui la soutiennent, ceux qui la contredisent, et une phrase plus sobre que vous pourriez dire à un ami. Si, malgré cela, les pensées prennent plus d’une heure par jour, amputent le travail ou le sommeil, ou s’accompagnent d’idées noires, le médecin traitant est le bon prochain interlocuteur, avec une demande claire de travail sur les distorsions, éventuellement une TCC. Le 15 ou le 112 restent le numéro utile dès que le danger n’est plus seulement imaginé, mais actuel.
Les comprimés, quand ils ont leur place, traitent un trouble associé. Ils ne dispensent pas d’apprendre à relire une alarme. La recommandation britannique de 2022 sur la dépression légère va dans ce sens. Moins de réflexe médicamenteux d’emblée, plus de méthodes que l’on peut reprendre soi-même, y compris à 23 h devant un message non lu.
Sources
- Are You Catastrophizing? Here’s How You Can Manage Those Thoughts. Cleveland Clinic, 15 novembre 2024.
- How psychologists help with anxiety disorders. American Psychological Association, 30 novembre 2023.
- How Do I Know if I Need Therapy?. American Psychological Association, 31 juillet 2017.
- Recommendations | Generalised anxiety disorder and panic disorder in adults: management. National Institute for Health and Care Excellence, 26 janvier 2011.
- Recommendations | Depression in adults: treatment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 29 juin 2022.
- Recommendations | Chronic pain (primary and secondary) in over 16s: assessment of all chronic pain and management of chronic primary pain. National Institute for Health and Care Excellence, 7 avril 2021.
- Cognitive behavioral therapy. Mayo Clinic, 26 février 2025.
- Generalised anxiety disorder (GAD). National Health Service, 22 octobre 2024.
- Thought record CBT exercise. National Health Service, mis à jour en 2024.
- Schütze R, Rees C, Smith A et al. : How Can We Best Reduce Pain Catastrophizing in Adults With Chronic Noncancer Pain? A Systematic Review and Meta-Analysis. The Journal of Pain, mars 2018.
- Pain catastrophising: How can we best deal with it?. International Association for the Study of Pain, 2018.
- Schaeuffele C, Meine LE, Schulz A et al. : A systematic review and meta-analysis of transdiagnostic cognitive behavioural therapies for emotional disorders. Nature Human Behaviour, 16 janvier 2024.
