Facebook et dépression : comment réduire le risque

Facebook et dépression : comment réduire le risque

La « dépression Facebook » n’est pas un diagnostic médical. Ce qui pèse sur l’humeur, ce n’est pas seulement le temps passé sur le réseau, mais surtout la comparaison avec les autres, le défilement passif et le sommeil amputé.

Un rapport pédiatrique américain de 2011 a popularisé l’étiquette. La revue de Baker et Perez Algorta, qui a relu 30 études quantitatives (35 044 personnes, 14 pays, 15 à 88 ans), a ensuite jugé le tableau trop simple. Seize pour cent des travaux trouvaient un lien positif de petite taille, 6 % un lien inverse, 13 % aucun lien, et la majorité une relation mêlée de rumination, d’envie et de soutien. L’avis sanitaire américain de 2023 déplace le débat vers un seuil d’exposition. Au-delà de 3 heures par jour, le risque de symptômes dépressifs ou anxieux double chez les 12-15 ans.

Chez 143 étudiants, limiter Facebook, Instagram et Snapchat à 10 minutes par plateforme pendant trois semaines a baissé dépression et solitude. Une méta-analyse de 10 essais randomisés (1 491 personnes), publiée en 2025, trouve un effet petit mais net de la réduction d’usage (g = 0,25). Une tristesse qui occupe presque toute la journée depuis plus de deux semaines n’est plus une affaire de réglages. C’est un motif de rendez-vous chez le médecin traitant.

Facebook cause-t-il vraiment une dépression ?

Non. Facebook n’est pas une cause unique, et l’étiquette de 2011 ne décrit pas une maladie à part. La dépression clinique reste un trouble de l’humeur, avec des critères de durée et de retentissement, indépendants d’une application.

La revue de Lancaster a montré pourquoi le raccourci « Facebook égale dépression » tient mal. Sur 30 études, cinq seulement liaient l’engagement en ligne et les symptômes (corrélations entre r = 0,15 et r = 0,26). Deux trouvaient l’inverse, quatre rien de significatif. Le reste décrivait des médiateurs, qualité des échanges, type d’activité, personnalité, rumination. Les auteurs écrivent que l’impact peut être défavorable ou utile, selon que le réseau isole ou relie.

La méta-analyse de Yoon, Kleinman, Mertz et Brannick (2019) affine le dosage. Le temps passé et la fréquence des consultations restent associés à plus de symptômes, mais avec un effet de petite taille (33 articles, 15 881 personnes pour le temps). La comparaison sociale générale a un effet petit à moyen. La comparaison « vers le haut », se sentir en dessous des autres, a un effet moyen, plus fort que le simple chronomètre.

En 2024, Fassi, Thomas, Parry et coll. ont regroupé 143 études et 1 094 890 adolescents. Dans les échantillons cliniques, le temps passé corrèle faiblement avec l’anxiété ou la dépression (r = 0,08) ; l’engagement un peu plus (r = 0,12). Les échantillons communautaires donnent des chiffres du même ordre. Un r aussi bas n’absout pas le réseau. Il dit que le volume brut explique peu, et que d’autres leviers comptent davantage.

L’American Psychological Association, dans son avis de mai 2023, formule la même prudence pour les adolescents. L’usage n’est pas bénéfique ou nuisible en soi. Les effets dépendent de ce que la personne voit et fait, de ses vulnérabilités, et du contexte familial. L’AACAP, en octobre 2023, juge qu’il existe assez de données pour affirmer que les réseaux peuvent nuire à la santé mentale des jeunes, via le sommeil, la comparaison, le cyberharcèlement et certains contenus.

Femmes tristes regardant leur téléphone sur Facebook

Comparaison sociale et rumination sur le fil

Le levier le plus solide n’est pas le compteur d’heures, c’est le regard porté sur la vie des autres. Yoon et coll. montrent que les comparaisons sur les réseaux, surtout vers le haut, sont plus liées à la dépression que le temps d’écran lui-même.

Facebook montre des extraits choisis, voyages, promotions, visages lissés. Baker et Perez Algorta relient la comparaison négative à la rumination, cette pensée qui tourne en boucle. Dans les études qu’ils retiennent, le mécanisme restait visible même après contrôle de la tendance à se comparer hors ligne. Les statuts négatifs fréquents suivaient une voie voisine, plus d’activité, plus de rumination, plus de symptômes.

Parmi les 13-17 ans interrogés pour l’avis sanitaire américain de 2023, 46 % disent que les réseaux les font se sentir plus mal dans leur corps, 40 % ni mieux ni plus mal, 14 % mieux. L’APA demande aux adolescents de limiter la comparaison, en particulier autour de l’apparence, des photos et des retours sur ces photos, un usage lié à une image corporelle plus pauvre, à des conduites alimentaires désordonnées et à des symptômes dépressifs, surtout chez les filles.

L’AACAP rappelle que regarder des images idéalisées peut, dans des protocoles expérimentaux, augmenter l’insatisfaction corporelle. La déclaration AAP de janvier 2026 ajoute que l’amplification algorithmique et la comparaison sociale peuvent alourdir le risque chez les jeunes déjà vulnérables à un trouble alimentaire, à la dépression, à l’anxiété ou à l’automutilation.

Quelques gestes concrets découlent de ces mécanismes, sans garantir un résultat.

  • Mettez en sourdine les comptes après lesquels votre humeur chute pendant une heure, même s’il s’agit de proches.
  • Décidez avant d’ouvrir l’application qui vous voulez joindre, plutôt que de commencer par le fil d’actualité.
  • Quand la comparaison s’installe, rappelez-vous qu’une publication n’est pas une journée entière, encore moins une vie.
  • Remplacez une session de défilement par un message direct à une personne que vous verriez volontiers hors écran.

Ces réglages ne traitent pas un épisode dépressif. Ils réduisent l’exposition au déclencheur le plus souvent cité par les revues.

Défilement passif ou échanges actifs

Le défilement sans interaction pèse plus que les messages envoyés à des gens réels. La revue de 2016 distingue déjà la qualité des échanges, avec des interactions perçues comme négatives du côté des symptômes, et le soutien du côté inverse.

L’AAP, dès sa politique de 2016 révisée en 2026, insistait sur le mode d’usage. Des adolescents plus âgés qui regardaient passivement les photos des autres décrivaient une baisse de satisfaction de vie, alors que ceux qui publiaient et discutaient n’avaient pas ce déclin. L’APA, en 2023, encourage les fonctions qui créent un soutien, une compagnie et une intimité émotionnelle, tout en avertissant que les mêmes jeunes déjà anxieux ou déprimés restent plus exposés aux faces sombres du réseau.

May, Malouff et Meynadier (2025) rappellent, via Seabrook et coll., que soutien et sentiment d’appartenance vont avec moins de symptômes, alors que interactions négatives et comparaison vont avec davantage de symptômes. Limiter le temps sans changer la manière de s’en servir laisse une partie du problème intacte.

Une session « active » n’est pas une performance. Elle consiste à écrire à quelqu’un, commenter un événement réel, organiser une rencontre, chercher une information utile. Une session « passive » consiste à glisser d’une vie à l’autre sans adresser la parole. L’envie, dans plusieurs études citées par Baker, apparaît justement après la surveillance du fil plutôt qu’après un échange.

Publier davantage ne « soigne » pas. Baker note que produire plus de contenu, ou accepter un ancien partenaire comme ami, a aussi été associé à plus de symptômes. L’objectif est la direction du lien, vers des personnes plutôt que vers un catalogue. Si le défilement reprend malgré vous, l’AAP 2026 désigne le défilement sans fin et la lecture automatique comme des designs qui rendent l’arrêt plus difficile. Désinstaller l’application du téléphone et la garder sur un ordinateur réduit ce piège.

Combien de temps sur Facebook augmente le risque ?

Il n’existe pas de seuil français officiel publié dans les sources autorisées ici. Aux États-Unis, l’avis du Surgeon General de 2023 s’appuie sur une cohorte de 6 595 adolescents de 12 à 15 ans. Plus de 3 heures par jour de réseaux sociaux doublaient le risque de mauvais indicateurs de santé mentale, y compris des symptômes dépressifs et anxieux, après ajustement sur l’état de départ. Les élèves de 8e et 10e année y passaient en moyenne 3,5 heures par jour ; un sur quatre dépassait 5 heures, un sur sept 7 heures.

Jusqu’à 95 % des 13-17 ans américains déclarent utiliser une plateforme ; plus d’un tiers disent s’en servir « presque constamment ». Ces données décrivent les États-Unis. Elles donnent un ordre de grandeur, pas une norme française.

May, Malouff et Meynadier citent une méta-analyse dose-réponse. Chez les adolescents, la probabilité de symptômes dépressifs augmenterait d’environ 13 % pour chaque heure supplémentaire de réseaux. Les corrélations globales avec le temps restent petites (souvent autour de r = 0,11 à 0,17 dans les revues qu’ils résument). L’association grimpe lorsque l’usage devient problématique (autour de r = 0,32 dans une synthèse qu’ils rapportent). La troisième heure pèse surtout si elle empiète sur le sommeil, l’école, le sport ou les amis réellement présents.

La déclaration AAP du 20 janvier 2026 refuse un chiffre unique pour toutes les familles. Si on lui demande un ordre de grandeur pour les médias de loisir (hors travail scolaire), elle situe souvent la discussion entre 1 et 2 heures par jour ou davantage selon le foyer, en priorisant le sommeil, le jeu, l’activité physique et la lecture. Ce n’est pas un plafond Facebook à part, c’est un cadre pour tout l’écosystème numérique.

Chez l’adulte, l’essai de Hunt à l’université de Pennsylvanie a testé 10 minutes par jour et par plateforme (Facebook, Instagram, Snapchat), soit environ 30 minutes au total, pendant trois semaines. Ce n’est pas une posologie universelle. C’est une cible qui a suffi, dans cet échantillon de 143 étudiants, à faire baisser dépression et solitude, surtout chez ceux déjà plus déprimés au départ.

Usages qui pèsent sur l’humeur

Certains gestes reviennent dans les études comme des marqueurs de risque, d’autres comme des appuis. La revue de 2016 les classe par fréquence, qualité et type, plutôt que par « addiction » globale.

Du côté des associations défavorables, elle retient l’envie déclenchée par l’observation du fil, la comparaison négative, les mises à jour de statut fréquentes et négatives, la gestion d’une image de soi très travaillée, et le fait d’accepter un ancien partenaire comme ami. Le névrosisme, tendance à l’inquiétude et à l’instabilité émotionnelle, allait avec un usage plus problématique et plus de symptômes. Le genre intervenait dans plusieurs études, les femmes étant plus souvent du côté du risque dans ces échantillons, sans que cela devienne une règle individuelle.

À l’inverse, le soutien perçu, la comparaison positive et le sentiment d’être relié allaient avec moins de symptômes. Pour des personnes déjà déprimées, Baker note que le réseau peut aussi servir d’entraide, si l’usage ne bascule pas en surveillance.

L’APA dresse une liste d’usage problématique, utile même hors adolescence.

  • Vous continuez alors que vous voulez arrêter, ou alors que Facebook gêne le travail, l’école ou le sommeil.
  • Vous déployez beaucoup d’efforts pour rester connecté en permanence, avec une envie forte dès que l’accès manque.
  • Vous dépassez souvent le temps prévu et minimisez ce temps auprès de l’entourage.
  • Des relations ou des études se dégradent à cause de ce temps d’écran.

L’AACAP ajoute des contenus à écarter, promotion de l’automutilation, préjugés, harcèlement, fausses informations de santé, beauté irréaliste. L’AAP 2026 conseille de réinitialiser l’algorithme si des contenus de trouble alimentaire reviennent sans cesse, et d’enseigner aux jeunes pourquoi un fil leur montre telle vidéo.

Rien de cette liste ne « provoque » à lui seul une dépression. Ce sont des leviers sur lesquels vous pouvez agir ce soir (sourdine, listes restreintes, désabonnement, refus des invitations qui rouvrent une plaie, signalement) et, si le contrôle échappe, un rendez-vous médical plutôt qu’un énième paramètre.

Sommeil, notifications et pièces sans écran

Couper Facebook une heure avant le coucher et sortir le téléphone de la chambre est l’une des mesures les plus répétées par les sociétés savantes. L’APA indique qu’un usage, surtout dans l’heure précédant le lit, va de pair avec un sommeil plus court et plus fragmenté, et que le manque de sommeil altère la régulation émotionnelle et s’associe au risque suicidaire chez les adolescents. Elle vise au moins huit heures de sommeil par nuit dans cette tranche d’âge.

L’AACAP, en octobre 2023, demande d’écarter les écrans des chambres et d’instaurer des plages sans écran aux repas, aux devoirs et dans l’heure avant le coucher. La déclaration AAP du 20 janvier 2026 reprend ces zones sans téléphone et ajoute le mode « ne pas déranger » la nuit. Elle explique que les technologies numériques perturbent l’endormissement et la qualité du sommeil par la lumière, le contenu excitant et la simple présence de l’appareil dans la pièce.

Le texte HHS de 2023 lie aussi usage excessif, mauvais sommeil et symptômes dépressifs. Près d’un adolescent sur trois, dans les enquêtes qu’il cite, utilise un écran jusqu’à minuit ou plus tard un jour de semaine. Un fil Facebook à 23 h 40 concurrence le sommeil, donc l’humeur du lendemain. L’AAP 2026 classe les notifications parmi les designs qui fragmentent l’école et la nuit. Désactiver les alertes, retirer l’icône de l’écran d’accueil et charger le téléphone hors de la chambre réduit les micro-réveils sans clôturer le compte. Un plan familial d’usage des médias, proposé par l’AAP, se révise selon l’âge et l’école. Le médecin traitant pourra adapter ces repères américains. Ils ne remplacent pas une recommandation française, absente de ces sources.

Limiter le temps réduit-il les symptômes ?

Oui, dans des essais de courte durée, réduire l’usage des réseaux a fait baisser les symptômes dépressifs, et il n’est pas nécessaire de tout supprimer. May, Malouff et Meynadier ont regroupé 10 essais randomisés (1 491 participants, âge moyen 24,2 ans, 75 % de femmes). L’effet global de la réduction ou de l’arrêt est g = 0,28, ramené à g = 0,25 après correction d’un possible biais de publication. C’est un effet petit au sens statistique, visible malgré l’hétérogénéité des protocoles.

Le détail utile pour le quotidien tient au type d’intervention. Le sous-groupe « usage limité » (on garde un plafond, on ne disparaît pas) était significatif (g = 0,33). Le sous-groupe « abstinence totale » ne l’était pas une fois les essais mis ensemble. Les auteurs notent que la différence entre les deux stratégies n’était pas elle-même significative, et que la qualité des essais laisse à désirer (peu de suivi au-delà de trois semaines, beaucoup d’étudiants, peu de personnes d’emblée déprimées). Ils écrivent malgré tout qu’un plafond de temps peut suffire, et qu’une abstinence stricte fait souvent abandonner l’expérience.

L’essai de Hunt, Marx, Lipson et Young, rapporté par l’université de Pennsylvanie, avait tracé cette voie chez 143 étudiants, avec des captures d’écran pour coller à l’usage réel. Le groupe limité voyait dépression et solitude baisser davantage. Les deux groupes voyaient anxiété et peur de manquer reculer, ce qui suggère qu’observer son propre usage aide déjà un peu. L’avis du Surgeon General précise que, chez les participants les plus déprimés au départ, l’amélioration des scores dépassait 35 %.

Ces essais ne prouvent pas qu’un compte Facebook soigne ou rend malade à vie. Ils montrent qu’une réduction mesurable, sur quelques semaines, peut alléger des symptômes. May et coll. soulignent l’absence de suivi long. Si la tristesse est déjà intense, réduire Facebook est un appoint, pas un traitement.

Qui est plus vulnérable sur Facebook ?

Tout le monde n’en sort pas avec la même humeur. L’APA insiste sur une fenêtre particulière entre le début de l’adolescence et le milieu de la vingtaine, lorsque le contrôle de soi mature plus lentement que la sensibilité au regard des pairs. Les 10-14 ans, écrit-elle, méritent en général un accompagnement adulte plus serré.

L’avis du Surgeon General cite des stades où la satisfaction de vie baisse après un usage fréquent, filles de 11-13 ans, garçons de 14-15 ans. Il note aussi une préoccupation plus nette pour les adolescentes et pour les jeunes déjà en mauvaise santé mentale, ainsi que pour le cyberharcèlement, l’image du corps et le sommeil. Fassi et coll. regrettent que seulement 11 % des tailles d’effet de leur corpus concernent des échantillons cliniques, alors que c’est précisément là que les familles et les soignants ont besoin de chiffres.

Baker et Perez Algorta voyaient déjà le névrosisme et, dans plusieurs études, le genre féminin, du côté du risque. Cela ne dit pas qu’un homme calme est à l’abri, ni qu’une femme inquiète est condamnée. Cela dit qu’un terrain anxieux, une estime de soi déjà basse (facteur retenu par la Mayo Clinic pour la dépression en général) et un fil très comparatif forment un mauvais mélange.

L’autre face existe. L’APA et le texte HHS décrivent un bénéfice possible pour des jeunes isolés hors ligne ou des minorités sexuelles et de genre qui y trouvent un soutien rare ailleurs. Baker écrivait la même chose pour certains adultes déprimés. Le critère n’est pas « Facebook oui ou non », c’est si la session relie ou compare. L’AACAP rappelle que près de 40 % des 8-12 ans américains sont déjà sur les réseaux malgré l’âge affiché de 13 ans. L’AAP 2026 refuse un âge magique pour le premier téléphone et renvoie à la capacité de gérer un conflit, de dire vrai aux parents, et d’accepter des limites.

Quand le moral après Facebook devient un motif de consultation

Une baisse d’humeur après vingt minutes de fil n’est pas une dépression. Une tristesse, un vide ou une perte d’intérêt qui occupent presque toute la journée, presque tous les jours, depuis au moins deux semaines, et qui gênent le travail, les études ou la maison, correspondent au tableau décrit par les CDC (1er octobre 2024) et, pour les symptômes, par la Mayo Clinic.

Parmi les signes décrits par la Mayo Clinic figurent une tristesse ou un désespoir persistants, une perte de plaisir, un sommeil trop court ou trop long, une fatigue, un appétit modifié, une irritabilité, des pensées de dévalorisation, des difficultés de concentration, des douleurs inexpliquées, et des idées de mort ou de suicide. Chez l’adolescent s’y ajoutent souvent colère, repli, notes qui chutent. Environ une personne sur six vivrait un épisode dépressif majeur au cours de sa vie, d’après la même page.

Deux questions de repérage figurent dans la recommandation britannique NICE NG222 (2022). Au cours du dernier mois, avez-vous souvent été gêné par le fait de vous sentir triste, déprimé ou sans espoir ? Avez-vous souvent été gêné par un manque d’intérêt ou de plaisir ? Une réponse « oui » doit conduire à une évaluation, pas à un conseil d’application. Le texte britannique demande aussi d’interroger directement les idées suicidaires. En France, c’est le médecin traitant qui choisit les outils et, au besoin, oriente vers un psychiatre ou un psychologue.

Situation Ce que décrivent les sources Conduite
Humeur basse après un défilement, qui se dissipe Comparaison ou rumination passagère Raccourcir la session, mettre des comptes en sourdine
Plus de 3 h/jour de réseaux chez un adolescent Risque de symptômes doublé (12-15 ans, États-Unis) Plafond de temps, chambres et repas sans téléphone
Usage malgré la volonté d’arrêter, mensonges sur le temps Usage problématique (APA, 2023) Règles écrites, rendez-vous si le contrôle échappe
Tristesse, anhédonie, sommeil cassé ≥ 2 semaines Possible épisode dépressif (CDC, Mayo) Médecin traitant, sans attendre de « toucher le fond »
Contenus d’automutilation, régimes extrêmes, harcèlement Risque accru chez les jeunes vulnérables (AACAP, AAP) Bloquer, signaler, en parler à un adulte et à un soignant
Idées de mort, de se faire du mal, de suicide Urgence (Mayo, NICE) Appeler le 15 ou le 112

Si vous pensez pouvoir vous faire du mal, ou si un proche est en danger, appelez le 15 ou le 112. Rester seul avec un fil Facebook n’est pas une stratégie de sécurité. Réduire l’application peut accompagner un soin ; elle ne le remplace pas.

Questions fréquentes

Faut-il supprimer son compte Facebook pour aller mieux ?

Pas nécessairement. La méta-analyse de 2025 trouve un effet significatif des protocoles qui limitent le temps, alors que l’abstinence totale, une fois les essais regroupés, n’atteint pas le seuil de significativité. L’essai de Hunt a baissé dépression et solitude avec environ 30 minutes par jour sur trois plateformes. Fermer le compte reste utile si le défilement reprend malgré les plafonds.

Un adolescent de moins de 13 ans a-t-il sa place sur Facebook ?

Les plateformes américaines affichent souvent 13 ans comme minimum, mais l’AACAP indique que près de 40 % des 8-12 ans sont déjà sur les réseaux. L’APA juge le début d’adolescence plus sensible au regard des pairs et recommande un accompagnement adulte. L’âge du premier téléphone, selon l’AAP 2026, se discute au cas par cas, avec des limites de confidentialité et de temps.

Les « j’aime » et le nombre d’amis protègent-ils contre la dépression ?

Pas à eux seuls. La revue de 2016 a vu, dans certaines études, un lien entre sentiment de soutien ou nombre d’amis et moins de symptômes, et dans d’autres un lien entre gestion d’image, publications fréquentes et plus de symptômes. Yoon place la comparaison sociale au-dessus du simple volume d’activité. Un compte très « performant » peut donc coexister avec une humeur basse.

Une pause d’une semaine suffit-elle ?

Elle peut améliorer le bien-être chez certains, mais les essais les plus parlants pour la dépression durent souvent deux à trois semaines, et le suivi au-delà reste rare (May, 2025). Si l’humeur retombe dès le retour au fil, le problème est le mode d’usage à la reprise, pas la durée de la pause.

Comment en parler à un adolescent sans tout interdire ?

L’APA et l’AAP 2026 privilégient la discussion répétée, le modelage parental et un plan familial, plutôt qu’une confiscation isolée. Parlez de sommeil, de comparaison et de contenus qui font mal. Interdire sans alternative laisse le jeune seul avec le même fil sur un autre écran.

Le médecin peut-il traiter une dépression si l’on reste sur Facebook ?

Oui. La dépression se soigne par un accompagnement psychologique, parfois un médicament, selon l’évaluation clinique, pas par la clôture d’un compte. Dites au médecin traitant combien d’heures vous passez en ligne, à quelle heure vous vous couchez, et si le fil déclenche rumination ou idées noires. C’est lui qui posera le diagnostic et proposera un soin adapté à la pratique française.

Conclusion

Facebook n’invente pas une maladie nouvelle. Il offre un décor où la comparaison, le défilement et la nuit courte peuvent entretenir des symptômes déjà connus. Les revues de Baker et de Yoon, la synthèse adolescente de Fassi et l’avis américain de 2023 convergent. Le temps compte moins que ce que vous y faites, et au-delà de trois heures par jour le risque monte chez les jeunes étudiés aux États-Unis. Les essais de Hunt et la méta-analyse de May montrent qu’un plafond, même sans abstinence, peut alléger l’humeur sur quelques semaines.

Le cadre pédiatrique a bougé. Après l’étiquette de 2011 et le plan familial de 2016, la déclaration AAP du 20 janvier 2026 parle d’écosystème numérique, chambres, repas, devoirs et heure avant le lit sans téléphone, et d’un chiffre de loisir souvent discuté autour de 1 à 2 heures si la famille en demande un. Ces documents sont américains. Le médecin traitant les traduira, ou non, dans votre situation.

Trois soirs de suite, notez votre humeur juste après vingt minutes sur Facebook, l’heure de coucher et ce que vous avez comparé. Si la tristesse, la perte d’élan ou le sommeil cassé occupent la plus grande partie de la journée depuis plus de deux semaines, prenez rendez-vous et racontez aussi l’écran. Des idées de mort ou de se faire du mal relèvent du 15 ou du 112.

Sources

  1. Social Media and Youth Mental Health. U.S. Department of Health and Human Services, 2023.
  2. Policy Statement on the Impact of Social Media on Youth Mental Health. American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, octobre 2023.
  3. Health advisory on social media use in adolescence. American Psychological Association, mai 2023.
  4. Munzer T, Parga-Belinkie J et al. : Digital Ecosystems, Children, and Adolescents: Policy Statement. Pediatrics, 20 janvier 2026.
  5. Baker DA, Perez Algorta G : The Relationship Between Online Social Networking and Depression: A Systematic Review of Quantitative Studies. Cyberpsychology, Behavior, and Social Networking, novembre 2016.
  6. Yoon S, Kleinman M et al. : Is social network site usage related to depression? A meta-analysis of Facebook-depression relations. Journal of Affective Disorders, 1er avril 2019.
  7. Fassi L, Thomas K et al. : Social Media Use and Internalizing Symptoms in Clinical and Community Adolescent Samples: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Pediatrics, 1er août 2024.
  8. May W, Malouff JM et al. : Reducing Social Media Use Decreases Depression Symptoms: A Meta-Analysis of Randomised Controlled Trials. European Journal of Investigation in Health, Psychology and Education, 27 octobre 2025.
  9. Social media use increases depression and loneliness. Penn Today, University of Pennsylvania, 8 novembre 2018.
  10. Depression (major depressive disorder) – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 1er septembre 2026.
  11. Sadness & Depression. Centers for Disease Control and Prevention, 1er octobre 2024.
  12. Depression in adults: treatment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 29 juin 2022.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.