Maladie des gencives et risque de cancer

Maladie des gencives et risque de cancer

La parodontite, forme avancée de la maladie des gencives, s’associe dans les études d’observation à un risque un peu plus élevé de certains cancers, surtout digestifs. Cette association n’établit pas que les gencives « provoquent » un cancer. Tabac, diabète et inflammation chronique partagée restent des explications plausibles, et l’on n’a toujours pas d’essai tiré au sort montrant qu’un traitement parodontal diminue l’incidence des tumeurs.

Une méta-analyse parue en 2024 dans le Journal of Dental Research, portant sur 19 études et 16,6 millions de personnes, a estimé un rapport de risque de 1,31 pour l’ensemble des cancers digestifs chez les personnes atteintes de maladies parodontales. Le chiffre américain souvent répété d’environ 47 % d’adultes atteints correspondait à un cycle NHANES plus court ; les CDC, à partir de NHANES 2009-2014, retiennent désormais près de 42 % des adultes de 30 ans et plus, dont environ 8 % de formes sévères.

Côté pancréas, une synthèse de 2017 dans Annals of Oncology donnait un risque relatif de 1,74, souvent après ajustement sur le tabac. Une cohorte finlandaise de 68 273 adultes a vu la mortalité par cancer du pancréas plus que doubler (rapport de taux 2,32), sans donnée de tabagisme. Les gencives qui saignent, une poche de plus de 4 mm ou du pus entre la dent et la gencive justifient un rendez-vous dentaire, pas un dépistage oncologique automatique.

Qu’est-ce que la parodontite et à quel point est-elle fréquente

La parodontite est une inflammation chronique des tissus qui tiennent les dents, avec destruction de l’os alvéolaire. Les CDC la distinguent de la gingivite, plus précoce, où les gencives rougissent et saignent encore sans perte osseuse. La gingivite peut régresser avec un brossage soigneux, le passage quotidien du fil et un détartrage. La parodontite, une fois installée, ne se « répare » pas toute seule. Elle se ralentit et se surveille.

La plaque, film bactérien collé à l’émail, durcit en tartre si on ne l’enlève pas. Le tartre n’est plus accessible à la brosse. Les bactéries descendent alors sous la gencive, creusent une poche et entretiennent une inflammation qui ronge l’os. Les CDC rappellent que la parodontite figure parmi les premières causes de perte de dents chez l’adulte, avec des conséquences sur l’alimentation, la parole et le confort.

Aux États-Unis, près de 42 % des adultes dentés de 30 ans et plus ont une parodontite, selon la fiche CDC de 2024 fondée sur NHANES 2009-2014. Le NIDCR détaille 42,2 % au total, 7,8 % de formes sévères et 34,4 % de formes légères ou modérées. La part grimpe à 59,8 % après 65 ans, à 50,2 % chez les hommes, à 62,4 % chez les fumeurs actuels et à 59,9 % en cas de diabète déclaré. Ce sont des chiffres américains, pas une photographie de la population française ; le chirurgien-dentiste appliquera les seuils et le calendrier locaux.

La maladie progresse souvent sans douleur franche. La Mayo Clinic décrit des gencives gonflées, plus rouges ou violacées, un saignement au brossage, une haleine qui revient, un déchaussement, des espaces noirs entre les dents, une mobilité ou une douleur à la mastication. Beaucoup de personnes ne consultent qu’une fois la dent déjà mobile. Un contrôle au moins annuel, recommandé par les CDC, sert justement à mesurer les poches avant ce stade.

Dentiste discutant de diagnostic avec le patient pour sensibiliser à la santé bucco-dentaire.

La maladie des gencives augmente-t-elle vraiment le risque de cancer

Les cohortes et les méta-analyses observent, dans l’ensemble, un excès de risque de cancer chez les personnes qui ont une parodontite ou un édentement. L’ampleur reste le plus souvent modeste, de l’ordre de 10 à 30 % pour le cancer « tous sites », plus marquée pour certaines localisations digestives. Un excès relatif de 30 % sur un cancer peu fréquent reste un risque individuel limité.

La revue de Nwizu, Wactawski-Wende et Genco dans Periodontology 2000 (2020) relit les travaux parus après l’atelier conjoint de la Fédération européenne de parodontologie et de l’American Academy of Periodontology de novembre 2012. Cet atelier jugeait trop tôt de parler de causalité, surtout pour la bouche et l’oropharynx. Les cohortes suivantes vont dans le même sens associatif, sans refermer le débat. Chez 48 375 hommes de la Health Professionals Follow-up Study, un antécédent de maladie parodontale s’associait à un risque multiplié par 1,14 pour le cancer total. Chez 65 869 femmes de la Women’s Health Initiative, le chiffre était le même. Dans l’étude ARIC, une parodontite sévère définie par l’examen clinique donnait 1,24 par rapport à une forme absente ou légère.

Ces études ajustent souvent sur l’âge, le sexe et le tabac, parfois sur l’indice de masse corporelle et le diabète. Elles n’éliminent pas un biais de mode de vie. La personne qui néglige ses gencives peut aussi moins consulter, fumer davantage ou moins bien contrôler sa glycémie. La définition de la maladie varie (auto-déclaration, codes d’assurance, examen à six sites par dent), ce qui mélange des gingivites et des parodontites avancées. Nwizu et ses collègues soulignent qu’on ne dispose d’aucun essai contrôlé testant un traitement parodontal comme prévention du cancer.

La méta-analyse de Wang et collaborateurs (2024) porte sur les cancers digestifs plutôt que sur « tout cancer ». Le rapport global de 1,31 (intervalle 1,16–1,49) tient après plusieurs analyses de sensibilité. La gingivite isolée n’apportait qu’un signal minuscule (1,03), alors que la parodontite montait à 1,45 et les formes sévères à 1,79. Plus l’inflammation locale est profonde, plus l’association statistique se renforce, ce qui reste compatible avec un vrai effet biologique ou avec des facteurs de risque plus lourds chez les patients les plus atteints.

Quels cancers sont les plus souvent associés

Les localisations les plus souvent citées sont la bouche et l’oropharynx, l’œsophage, l’estomac, le côlon-rectum, le pancréas, le foie et, dans certaines cohortes, le poumon. Les chiffres divergent selon que l’on mesure l’incidence ou la mortalité, et selon que le diagnostic parodontal vient d’un examen ou d’un questionnaire.

Wang et al. (2024) détaillent, pour 16,6 millions de participants, 1,39 pour l’œsophage, 1,13 pour l’estomac, 1,21 pour le côlon-rectum, 1,35 pour le pancréas et 1,09 pour le foie. L’intervalle du pancréas touche 1,00, donc le signal existe, mais il est plus fragile que celui de l’œsophage. Une autre synthèse, plus ancienne, de Maisonneuve, Amar et Lowenfels (2017) donnait 1,74 pour le pancréas, avec peu d’hétérogénéité entre huit études menées sur trois continents.

La bouche, la tête et le cou concentrent les associations les plus fortes dans les revues plus anciennes reprises par Nwizu. Une méta-analyse de Zeng et al. (2013) estimait un odds ratio de 2,63 pour les cancers de la tête et du cou. Beaucoup de ces travaux sont des cas-témoins, sensibles au fait que la tumeur elle-même détériore les dents et les gencives. L’association reste plausible, car la muqueuse orale baigne dans le même biofilm que le parodonte, mais elle ne suffit pas à transformer chaque saignement gingival en suspicion de cancer.

Le poumon apparaît dans plusieurs cohortes, surtout chez les fumeurs. Quand l’analyse se limite aux personnes n’ayant jamais fumé, le signal poumon s’atténue souvent, alors que le cancer total et certains sites digestifs restent parfois élevés. Sein, prostate et cancers du sang donnent des résultats instables d’une étude à l’autre. Une personne qui a une parodontite n’a donc pas « tous les cancers » en perspective. Le débat porte surtout sur le tube digestif supérieur, le pancréas et, avec plus de réserves, le côlon.

Localisation Estimation (IC 95 %) Source et année
Cancers digestifs (ensemble) HR 1,31 (1,16–1,49) Wang et al., 2024
Œsophage HR 1,39 (1,15–1,68) Wang et al., 2024
Côlon-rectum HR 1,21 (1,05–1,39) Wang et al., 2024
Pancréas (incidence) RR 1,74 (1,41–2,15) Maisonneuve et al., 2017
Mortalité par cancer (Finlande) RR 1,33 (1,10–1,58) Heikkilä et al., 2018
Mortalité par cancer du pancréas RR 2,32 (1,31–3,98) Heikkilä et al., 2018

Ces rapports mesurent une association, pas un destin individuel. Un rapport de 1,31 signifie qu’au cours du suivi, le rythme des diagnostics était d’environ 31 % plus élevé dans le groupe exposé, toutes choses égales par ailleurs dans le modèle. Il ne dit pas qu’une personne sur trois développera un cancer, ni qu’un détartrage annule ce surplus.

Cancer du pancréas, ce que montrent les cohortes

Le cancer du pancréas a polarisé la recherche, parce que son pronostic reste sombre et que peu de leviers de prévention sont connus hors tabac, excès de poids, diabète et pancréatite. Plusieurs cohortes prospectives ont vu un excès de cas chez les personnes qui déclaraient une maladie parodontale ou un édentement.

Chez les hommes de la Health Professionals Follow-up Study, Michaud et collaborateurs (2007, repris dans les synthèses ultérieures) ont calculé un risque relatif de 1,64 après ajustement détaillé sur le tabac, et de 2,09 chez ceux qui n’avaient jamais fumé. Ce dernier point compte, car si le lien survit chez les non-fumeurs, le tabac ne l’explique pas à lui seul. La synthèse de Maisonneuve (2017) agrège huit études et confirme un RR de 1,74 pour la parodontite et de 1,54 pour l’édentement, sans hétérogénéité majeure.

Heikkilä, But, Sorsa et Haukka (2018) ont suivi 68 273 adultes finlandais pendant 10,1 ans en moyenne, en définissant la parodontite par des codes d’actes de soins. Ils ont dénombré 797 décès par cancer. Après ajustement sur l’âge, le sexe, le statut socio-économique, les soins dentaires et le diabète, le rapport de taux était de 1,33 pour la mortalité par cancer et de 2,32 pour le pancréas. Les auteurs n’avaient pas le tabac ni l’alcool. Nwizu (2020) range cette limite parmi les plus gênantes, car le tabac pousse à la fois la parodontite et plusieurs cancers.

Fan et al. (2018) ont comparé 361 adénocarcinomes du pancréas incidents à 371 témoins appariés, dans les cohortes américaines CPS II et PLCO, à partir de bains de bouche prélevés avant le diagnostic. La présence de Porphyromonas gingivalis s’associait à un odds ratio de 1,60, celle d’Aggregatibacter actinomycetemcomitans à 2,20. Le signal persistait après exclusion des cancers survenus dans les deux ans, ce qui réduit l’hypothèse d’une tumeur déjà là qui aurait modifié le microbiome. Treponema denticola, très citée dans certains textes plus anciens, n’est pas l’espèce qui ressort le plus clairement de cette étude prospective.

Comment les bactéries de la bouche pourraient-elles intervenir

Trois pistes se recoupent. Une inflammation de bas grade qui circule, le passage de bactéries ou de leurs toxines vers d’autres organes, et un effet local de protéases sur le micro-environnement tumoral. Aucune de ces pistes n’est close.

Nieminen, Listyarifah, Sorsa et leurs collègues (2017) ont cherché une protéase de Treponema denticola, la Td-CTLP (dentilisine), dans 149 tumeurs oro-digestives. L’immunomarquage était positif dans une majorité d’échantillons de langue, amygdale, œsophage, estomac, pancréas et côlon, et négatif dans la plupart des tumeurs hors tube digestif testées. En laboratoire, la Td-CTLP convertissait les pro-MMP-8 et pro-MMP-9 en formes actives et dégradait les inhibiteurs TIMP-1, TIMP-2, l’α-1-antichymotrypsine et le complément C1q. Cela décrit un mécanisme possible d’invasion et de modulation immunitaire, pas une preuve que la bactérie a déclenché la tumeur.

La revue de Wang, Deng et collaborateurs (2024) dans Pathogens recentre le débat sur P. gingivalis et Fusobacterium nucleatum. P. gingivalis peut freiner l’apoptose via JAK-STAT et PI3K-Akt, abaisser p53 via l’adhésine FimA et favoriser l’invasion par les MMP-9. F. nucleatum, bactérie « pont » du biofilm, est abondamment étudiée dans le cancer colorectal, où son adhésine FadA interagit avec la E-cadhérine et la voie β-caténine. Les deux espèces coagrègent dans la poche parodontale ; les preuves expérimentales d’une synergie dans une tumeur humaine restent minces.

La voie d’accès au pancréas n’est pas tranchée. Nieminen évoque l’ingestion avec la salive, le canal pancréatique ou le sang, T. denticola ayant déjà été détecté dans des plaques d’athérome. Fan raisonne plutôt sur des migrations intermittentes depuis la bouche. Dans les deux cas, une parodontite non traitée augmente la charge bactérienne et les portes d’entrée saignantes. Cela rend le scénario biologiquement crédible, tout en laissant ouverte la possibilité que la même personne accumule tabac, hyperglycémie et dysbiose pour des raisons indépendantes de ses gencives.

Tabac, diabète et autres facteurs qui brouillent le lien

Le tabac est le facteur qui pèse le plus sur les deux tableaux à la fois. Le NIDCR estime que 62,4 % des fumeurs actuels de 30 ans et plus ont une parodontite, contre 34,4 % des non-fumeurs. Le tabac est aussi un facteur majeur de cancers de la bouche, du poumon, de l’œsophage et du pancréas. Une étude qui ajuste mal sur le nombre de paquets-années peut attribuer aux gencives une part du risque qui vient de la cigarette.

Le diabète entretient une relation dans les deux sens avec le parodonte. L’hyperglycémie aggrave l’inflammation gingivale, et la parodontite peut rendre le contrôle glycémique plus difficile, point rappelé par les CDC. Or le diabète de type 2 s’associe au cancer du pancréas et à d’autres tumeurs. Âge, précarité, obésité, alcool et faible recours aux soins dentaires s’ajoutent à la liste. Dans NHANES, 60,4 % des adultes sous le seuil de pauvreté fédéral et 54,8 % de ceux sans visite dentaire depuis plus d’un an avaient une parodontite.

Nwizu (2020) insiste sur la confusion résiduelle. Même après un modèle multivariable, il reste des habitudes non mesurées. L’auto-déclaration sous-estime souvent la maladie. L’édentement mélange caries, traumatismes et parodontite. À l’inverse, les personnes qui voient souvent le dentiste peuvent découvrir plus de lésions, ce qui gonfle artificiellement certains diagnostics (prostate, thyroïde) dans les bases de remboursement.

Deux lectures restent donc en lice. Première, la parodontite contribue vraiment, via l’inflammation et le microbiome, à une fraction des cancers digestifs. Seconde, elle sert surtout de marqueur d’un terrain à risque. Les deux peuvent coexister. Tant qu’un essai n’isole pas l’effet du soin parodontal, présenter la maladie des gencives comme une cause établie de cancer dépasse les données.

Traiter les gencives réduit-il le risque de cancer

Nul essai contrôlé n’a pris pour critère principal l’incidence ou la mortalité par cancer après traitement parodontal. C’est le constat central de la revue de 2020. Les chiffres parfois cités viennent de bases d’assurance, surtout taïwanaises, où l’on compare des personnes qui ont reçu détartrage, surfaçage ou chirurgie à celles qui n’en ont pas reçu.

Nwizu et ses collègues relisent notamment une étude taïwanaise d’assurance maladie (Hwang, 2014). Les personnes qui avaient reçu au moins dix actes de surfaçage ou de chirurgie avaient un rapport de 0,72 pour le cancer ultérieur, avec des hausses paradoxales de cancers de la prostate et de la thyroïde, compatibles avec un sur-dépistage. L’écart observé dépasse ce que l’on attendrait d’un seul nettoyage radiculaire. Qui se fait traiter consulte aussi plus souvent, et le tabac n’était pas toujours ajusté.

Le soin des gencives n’en est pas moins utile pour la bouche. La Mayo Clinic décrit le détartrage et le surfaçage radiculaire comme le premier recours. On retire tartre et biofilm sous la gencive, on lisse la racine, on cherche une réattache. Des antibiotiques locaux ou généraux peuvent s’y ajouter, selon le tableau. Les poches profondes, la perte osseuse étendue ou un stade avancé orientent vers une chirurgie de réduction de poche, une greffe gingivale ou un comblement osseux. L’arrêt du tabac améliore les chances de tenir le résultat.

En France, le chirurgien-dentiste ou le parodontiste choisit le protocole selon les recommandations locales, qui peuvent différer des guides américains. Demander si un surfaçage est indiqué, à quel rythme revenir, et comment adapter le brossage est un objectif concret. En attendre une assurance contre le cancer ne l’est pas.

Signes d’alerte et moment de consulter le dentiste

Dès que les gencives saignent au brossage, restent gonflées ou changent de teinte, un rendez-vous chez le chirurgien-dentiste se justifie, sans attendre que la dent bouge. La Mayo Clinic le formule ainsi. Plus le soin arrive tôt, plus on peut limiter les dégâts. Les CDC ajoutent qu’une parodontite peut déjà être avancée avant que la personne ne remarque quoi que ce soit, d’où l’intérêt d’un examen au moins une fois par an.

Le dentiste interroge sur le tabac, le diabète et les médicaments qui assèchent la bouche, regarde plaque et saignement, puis mesure les poches avec une sonde graduée. Une profondeur de 1 à 3 mm est habituelle. Au-delà de 4 mm, une parodontite devient probable. Au-delà de 5 mm, le nettoyage quotidien n’atteint plus le fond. Une radiographie cherche la perte osseuse. Le praticien classe ensuite la maladie par stade (étendue des dégâts) et par grade (vitesse), puis propose un plan.

Certains signes demandent un créneau rapide, le jour même ou le lendemain, plutôt qu’un contrôle de routine.

  • Du pus s’écoule entre une dent et la gencive, ou un gonflement douloureux apparaît.
  • Une dent devient mobile en quelques jours, ou la mastication réveille une douleur vive.
  • Une plaie, une plaque blanche ou rouge ou une « boule » de gencive ne cicatrise pas en trois semaines.
  • La fièvre s’accompagne d’un gonflement du visage ou du plancher de la bouche.

Si la respiration ou la déglutition devient difficile, ou si le visage gonfle très vite avec une fièvre élevée, appelez le 15 ou le 112. Il peut s’agir d’une infection qui s’étend, pas seulement d’une gingivite. Une lésion qui dure n’est pas « forcément » un cancer de la gencive, affection distincte de la parodontite, mais elle mérite un examen et, si besoin, une biopsie. Le médecin traitant et le dentiste se coordonnent ; aucun texte de cette page ne remplace leur avis.

Soins quotidiens qui protègent les gencives

Le trio le plus étayé reste simple. Il réunit brossage, nettoyage interdentaire et détartrages réguliers. Les CDC recommandent de se brosser les dents deux fois par jour et de passer le fil chaque jour, plus un contrôle professionnel au moins annuel. La Mayo Clinic précise deux minutes de brossage, matin et soir, fil avant la brosse pour enlever les débris déjà décollés, et un rendez-vous souvent tous les 6 à 12 mois, plus rapproché si la bouche est sèche, si vous fumez ou si un médicament favorise la plaque.

Une brosse souple, changée au moins tous les trois mois, suffit pour la plupart des bouches. Une brosse électrique peut enlever davantage de plaque, sans remplacer le passage entre les dents. Si le fil classique accroche, les brossettes, les jets ou les porte-fil sont des alternatives que le dentiste peut choisir avec vous. Un bain de bouche n’est utile que s’il est indiqué. La chlorhexidine, par exemple, se prescrit pour une durée limitée, car elle tache et altère le goût.

Le tabac, y compris le vapotage dans certaines synthèses citées par la Mayo Clinic, entretient l’inflammation et retarde la cicatrisation. Arrêter ne « guérit » pas une parodontite déjà osseuse, mais cela améliore la réponse au surfaçage. Le contrôle du diabète, une alimentation moins riche en sucres collants et le traitement d’une sécheresse buccale vont dans le même sens. Le fil dentaire n’est pas un vaccin contre le cancer ; il réduit la plaque, donc le risque de gingivite et, à terme, de parodontite, ce qui a une valeur propre pour garder ses dents.

Quelques habitudes concrètes aident à tenir le rythme sans transformer la salle de bains en cabinet.

  • Brossez deux minutes, deux fois par jour, en inclinant les poils vers le sillon gingival.
  • Nettoyez chaque espace interdentaire une fois par jour, même si la gencive saigne encore au début.
  • Notez la date du dernier détartrage et reprenez rendez-vous avant que l’année ne se referme.
  • Signalez au dentiste un diabète, une grossesse, un nouveau médicament ou une reprise du tabac.

Questions fréquentes

La parodontite provoque-t-elle directement un cancer ?

Non. Les données montrent une association, pas une relation de cause à effet démontrée. Les cohortes et méta-analyses voient un excès de certains cancers, surtout digestifs, chez les personnes atteintes. Tabac, diabète et différences de suivi médical peuvent expliquer une partie du lien, et aucune étude randomisée n’isole l’effet du traitement parodontal sur l’incidence des tumeurs.

Une simple gingivite suffit-elle à augmenter le risque ?

Le signal est beaucoup plus faible pour la gingivite que pour la parodontite. Dans la méta-analyse de Wang (2024), le rapport des cancers digestifs n’était que de 1,03 pour la gingivite, contre 1,45 pour la parodontite et 1,79 pour les formes sévères. Traiter une gingivite reste utile pour éviter la perte osseuse, pas parce qu’elle se comporterait déjà comme un facteur de cancer.

Faut-il demander un dépistage du cancer si les gencives saignent ?

Un saignement gingival oriente d’abord vers un examen parodontal, pas vers un bilan oncologique systématique. Aucune société savante citée ici ne recommande un scanner ou un marqueur tumoral au seul motif d’une parodontite. Une plaie de plus de trois semaines, un amaigrissement inexpliqué, un ictère ou une douleur abdominale persistante se discutent avec le médecin traitant, indépendamment des gencives.

Le fil dentaire réduit-il le risque de cancer ?

Aucune étude solide n’a montré que le fil, à lui seul, diminue l’incidence des cancers. Le fil et les brossettes réduisent la plaque et aident à contrôler la gingivite, ce que les CDC et la Mayo Clinic retiennent pour la santé buccale. C’est déjà une raison suffisante de les utiliser, sans leur prêter un effet anticancer.

Une plaie sur la gencive est-elle un cancer de la gencive ?

Le plus souvent, non. Aphte, blessure de brosse, prothèse qui frotte ou poussée de parodontite sont bien plus fréquents. Le cancer de la gencive est une tumeur de la muqueuse, distincte de la maladie parodontale. Une lésion qui ne cicatrise pas en deux à trois semaines, qui saigne sans cause claire ou qui s’étend doit être vue ; le dentiste décidera s’il faut une biopsie.

Le tabac explique-t-il tout le lien observé ?

Il en explique une part importante, pas nécessairement la totalité. Plusieurs cohortes gardent un excès de risque chez les personnes n’ayant jamais fumé, notamment pour le cancer total et, dans la Health Professionals Follow-up Study, pour le pancréas. D’autres signaux, surtout pulmonaires, s’effondrent chez les non-fumeurs. C’est pourquoi les synthèses récentes présentent encore le lien comme une association à interpréter avec prudence.

Un traitement parodontal remplace-t-il le suivi d’un cancer ?

Non. Le surfaçage et la chirurgie de poche traitent l’infection locale et cherchent à limiter la perte d’os et de dents. Ils ne se substituent ni à un dépistage organisé, ni à un bilan demandé pour d’autres symptômes, ni à un suivi oncologique. Si vous êtes déjà suivi pour un cancer, signalez vos soins dentaires à l’équipe. Certains traitements (chimiothérapie, radiothérapie cervico-faciale) changent les priorités buccales.

Conclusion

La maladie des gencives n’est plus seulement une affaire de détartrage et d’esthétique. Les synthèses de 2017 à 2024 dessinent un excès de cancers digestifs, plus net pour l’œsophage et le pancréas que pour l’ensemble des tumeurs. L’écart reste statistique. Td-CTLP, P. gingivalis et F. nucleatum offrent des mécanismes crédibles, encore insuffisants pour parler de cause.

Le geste le plus utile cette semaine n’est pas un test sanguin « cancer », c’est de regarder si la brosse rosit, si une dent se déchausse ou si une plaie s’éternise, puis de prendre rendez-vous. Demandez au dentiste la profondeur de vos poches, le stade s’il en pose un, et si un surfaçage est indiqué. Si vous fumez ou si vous êtes diabétique, dites-le, car ces deux éléments pèsent autant sur les gencives que sur le risque tumoral.

Gardez le brossage deux fois par jour, un passage interdentaire quotidien et un contrôle au rythme convenu, souvent tous les six à douze mois. Si une fièvre s’accompagne d’un gonflement facial rapide ou d’une gêne à respirer, le 15 ou le 112 prime sur le rendez-vous dentaire. Pour le reste, soigner le parodonte protège d’abord vos dents ; l’effet sur le cancer, s’il existe, viendra en surplus, pas en promesse.

Sources

  1. Gum Disease Facts. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
  2. About Periodontal (Gum) Disease. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
  3. Periodontitis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 24 février 2023.
  4. Periodontitis – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 24 février 2023.
  5. Periodontal Disease in Adults (Age 30 or Older). National Institute of Dental and Craniofacial Research, mis à jour en 2021.
  6. Wang Q, Gu WJ et al. : Association between Periodontal Diseases and the Risk of Site-Specific Gastrointestinal Cancers: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Dental Research, 26 août 2024.
  7. Heikkilä P, But A et al. : Periodontitis and cancer mortality: Register-based cohort study of 68,273 adults in 10-year follow-up. International Journal of Cancer, 1er juin 2018.
  8. Nieminen MT, Listyarifah D et al. : Treponema denticola chymotrypsin-like proteinase may contribute to orodigestive carcinogenesis through immunomodulation. British Journal of Cancer, 16 novembre 2017.
  9. Maisonneuve P, Amar S et al. : Periodontal disease, edentulism, and pancreatic cancer: a meta-analysis. Annals of Oncology, 1er mai 2017.
  10. Fan X, Alekseyenko AV et al. : Human oral microbiome and prospective risk for pancreatic cancer: a population-based nested case-control study. Gut (BMJ), janvier 2018.
  11. Nwizu N, Wactawski-Wende J et al. : Periodontal disease and cancer: Epidemiologic studies and possible mechanisms. Periodontology 2000, juin 2020.
  12. Wang B, Deng J et al. : The Roles and Interactions of Porphyromonas gingivalis and Fusobacterium nucleatum in Oral and Gastrointestinal Carcinogenesis: A Narrative Review. Pathogens, 20 janvier 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.