Vitamine D et insuffisance cardiaque : faut-il se supplémenter

Vitamine D et insuffisance cardiaque : faut-il se supplémenter

La vitamine D ne protège pas contre l’insuffisance cardiaque chez une personne sans carence documentée. Les grands essais randomisés n’ont pas réduit les infarctus, les accidents vasculaires cérébraux ni les hospitalisations pour défaillance du cœur.

Ce décalage entre l’attente et le résultat vient surtout des études d’observation, qui voyaient plus d’événements cardiaques quand le taux sanguin était bas, et de travaux de laboratoire qui suggéraient un effet anti-cicatrice sur le muscle. L’essai américain VITAL, publié en 2019 dans le New England Journal of Medicine, a tiré au sort 25 871 adultes vers 2 000 UI de cholécalciférol par jour ou un placebo pendant 5,3 ans en médiane, et le rapport de risques des événements cardiovasculaires majeurs est resté à 0,97.

La fiche 2025 de l’Office of Dietary Supplements des NIH retient 15 µg (600 UI) par jour jusqu’à 70 ans et 20 µg (800 UI) ensuite, avec un plafond de 100 µg (4 000 UI). La Mayo Clinic demande un contact rapide si une personne déjà suivie pour insuffisance cardiaque prend 2,3 kg ou plus en quelques jours. Ces trois chiffres cadrent mieux la décision qu’une promesse de protection.

La vitamine D protège-t-elle vraiment le cœur ?

Non, pas comme un traitement préventif des maladies cardiovasculaires. Les études d’observation lient souvent un taux bas de 25-hydroxyvitamine D à plus d’infarctus, d’insuffisance cardiaque et de décès, mais les essais qui donnent vraiment le nutriment ou un placebo ne reproduisent pas cette protection. L’Office of Dietary Supplements des NIH le dit clairement dans sa fiche mise à jour le 27 juin 2025.

La méta-analyse de Barbarawi, Kheiri, Zayed et coll., parue en 2019 dans JAMA Cardiology, a regroupé 21 essais et 83 291 participants. Le risque relatif d’événements cardiovasculaires majeurs était de 1,00. L’infarctus, l’accident vasculaire cérébral, la mort cardiovasculaire et la mortalité toutes causes restaient superposables au placebo. Le résultat ne changeait pas selon le sexe, le taux de départ, la dose, le rythme quotidien ou en bolus, ni l’association au calcium.

La recommandation américaine USPSTF du 21 juin 2022 conclut que les preuves sont insuffisantes pour conseiller ou déconseiller la vitamine D dans le but de prévenir une maladie cardiovasculaire chez l’adulte non enceinte vivant à domicile. Ce n’est pas un feu vert. C’est un constat d’incertitude, après des essais assez grands pour voir un effet net s’il existait à ces doses.

Une carence réelle, elle, mérite d’être corrigée pour l’os et le muscle. Ce n’est pas la même question que « prendre un comprimé pour protéger le cœur ». Le premier geste reste le traitement validé de l’hypertension, du tabac, du diabète et de la maladie coronarienne, sous la conduite du médecin traitant.

Coucher de soleil symbolisant la santé cardiaque

Un taux bas de vitamine D signifie-t-il un cœur en danger ?

Un taux bas est fréquent chez les personnes déjà malades, mais il n’établit pas à lui seul que le nutriment cause l’insuffisance cardiaque. La revue de Kampka, Czapla, Wojakowski et Stanek, publiée le 28 mai 2025 dans Nutrients, rappelle une prévalence estimée de carence d’environ 40 % dans la population générale, et une carence grave chez environ 13 % des personnes en Europe. Chez les patients insuffisants cardiaques, les taux bas sont encore plus courants.

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer cette association sans prouver un effet direct. Moins de sorties, moins de soleil, un appétit réduit, un œdème digestif qui gêne l’absorption, un excès de poids qui stocke la vitamine dans le tissu adipeux, une maladie rénale qui ralentit l’activation, tout cela abaisse le taux tout en allant de pair avec un cœur déjà fragile. Le nutriment devient alors un marqueur de santé générale autant, sinon plus, qu’une cause.

La même revue 2025 souligne que le rôle causal reste débattu, et que les résultats varient selon le type d’insuffisance (fraction d’éjection réduite, légèrement réduite ou préservée), le seuil de carence choisi et le schéma de dose. Les études d’observation ne peuvent pas trancher. Seuls les essais randomisés le peuvent, et ceux-ci restent négatifs sur les événements qui comptent pour le patient, à commencer par la mort et l’hospitalisation.

Un dosage sanguin n’est donc pas un « test du cœur ». La 25-hydroxyvitamine D reflète l’exposition des semaines précédentes. Elle ne dit pas si le ventricule gauche pompe bien, ni s’il se remplit mal. Pour cela, le médecin s’appuie sur l’examen, le peptide natriurétique et l’imagerie, pas sur un seul micronutriment.

Que montrent les essais VITAL sur l’insuffisance cardiaque ?

Ils ne montrent pas de baisse des événements cardiaques majeurs, ni des premières hospitalisations pour insuffisance cardiaque, avec 2 000 UI de vitamine D3 par jour. Manson, Cook, Lee et coll. ont inclus des hommes de 50 ans ou plus et des femmes de 55 ans ou plus, sans cancer invasif ni maladie cardiovasculaire connue au départ. Pendant 5,3 ans en médiane, 396 personnes du groupe vitamine D et 409 du groupe placebo ont eu un infarctus, un accident vasculaire cérébral ou un décès cardiovasculaire.

Les critères secondaires allaient dans le même sens. Le rapport de risques était de 0,96 pour l’infarctus, 0,95 pour l’accident vasculaire cérébral et 1,11 pour la mort d’origine cardiovasculaire. La mortalité toutes causes restait à 0,99. Aucun excès d’hypercalcémie n’a été signalé à cette dose. L’effet ne variait pas selon le taux de 25-hydroxyvitamine D au départ.

L’essai ancillaire VITAL-Heart Failure, publié en 2020 dans Circulation par Djoussé, Cook, Kim et coll., a suivi les hospitalisations pour insuffisance cardiaque pendant cinq ans. La revue de Kampka et coll. (2025) résume le résultat. L’incidence n’a pas différé entre la vitamine D et le placebo, y compris pour les acides gras oméga-3.

Ces chiffres ferment une porte que beaucoup de lecteurs croyaient ouverte. Une dose quotidienne déjà supérieure à l’apport nutritionnel de référence, donnée pendant plus de cinq ans à des dizaines de milliers d’adultes, n’a pas empêché le cœur de défaillir au point d’exiger une hospitalisation. Ce n’est pas un échec d’un essai trop petit. C’est un résultat de prévention primaire à grande échelle.

Faut-il se supplémenter quand on a déjà une insuffisance cardiaque ?

Pas de façon systématique, et surtout pas à haute dose sans avis médical. La revue 2025 de Kampka et coll. conclut que les preuves actuelles ne soutiennent pas une administration de routine à tous les patients. Un bénéfice sur des marqueurs de substitution (fraction d’éjection, peptides natriurétiques, distance de marche) apparaît parfois chez des personnes très carencées ou à fraction d’éjection réduite, mais les critères durs, mortalité et hospitalisation, restent hétérogènes.

L’essai EVITA, conduit par Zittermann, Ernst, Prokop et coll. et publié en 2017 dans l’European Heart Journal, a tiré au sort 400 patients atteints d’insuffisance avancée (classe NYHA II ou plus, souvent en attente de greffe) vers 4 000 UI par jour ou un placebo pendant trois ans. La mortalité a été de 19,6 % sous vitamine D et de 17,9 % sous placebo, soit un rapport de risques de 1,09. L’étude n’avait pas la puissance prévue, car le recrutement s’est arrêté à 400 au lieu de 934.

Un signal de sécurité a tout de même retenu l’attention. Le recours à une assistance circulatoire mécanique a été plus fréquent sous vitamine D (rapport de risques 1,96). L’écart se concentrait chez ceux dont le taux de départ était déjà d’au moins 30 nmol/L. La calcémie a augmenté un peu plus dans le groupe traité. Les auteurs eux-mêmes demandent de la prudence pour une dose quotidienne de 4 000 UI au long cours dans cette population.

Corriger une carence documentée reste raisonnable, comme pour n’importe quel patient, afin de protéger l’os et d’éviter l’ostéomalacie. Ce n’est pas une raison pour doubler les ampoules « pour le cœur ». Le médecin qui suit l’insuffisance cardiaque, ou le pharmacien, adapte la dose aux autres traitements et à la fonction rénale. Les règles locales peuvent différer des apports américains cités ici.

Comment la vitamine D agit-elle sur le muscle cardiaque ?

Elle agit d’abord sur le calcium et le phosphate, puis, en laboratoire, sur des récepteurs présents aussi dans le cœur et les vaisseaux. Après deux hydroxylations, dans le foie puis surtout dans le rein, se forme le calcitriol, hormone qui augmente l’absorption intestinale du calcium. Sans elle, l’os se déminéralise. Le rachitisme de l’enfant et l’ostéomalacie de l’adulte restent les maladies clairement liées au déficit, rappelle la fiche NIH de 2025.

Des récepteurs de la vitamine D existent dans les cardiomyocytes, les fibroblastes et l’endothélium. Chez l’animal, leur absence s’accompagne parfois d’hypertension et d’hypertrophie, et le calcitriol peut freiner le système rénine-angiotensine, l’inflammation et le stress oxydatif. La revue 2025 de Kampka et coll. résume ces pistes. Elles expliquent pourquoi on a longtemps espéré un effet anti-remodelage après un infarctus.

Ces mécanismes n’ont pas tenu la distance chez l’humain aux doses testées. Une amélioration de la cicatrice sur un modèle murin ne dit rien de la survie d’un adulte sous bêtabloquant, inhibiteur du système rénine-angiotensine, antagoniste des minéralocorticoïdes et inhibiteur de SGLT2. Les auteurs de la revue 2025 le notent. L’effet cardioprotecteur animal ne suffit pas à ajouter un bénéfice aux traitements déjà recommandés.

Le calcitriol de prescription n’est d’ailleurs pas un complément de rayon diététique. C’est un analogue actif, utilisé dans des indications précises, avec un risque d’hypercalcémie différent de celui du cholécalciférol. Confondre les deux formes, comme le faisaient parfois les textes qui citaient le 1,25-dihydroxyvitamine D des expériences de laboratoire, conduit à des doses et à des attentes hors sujet.

Quels apports et quels seuils sanguins viser

Pour un adulte en bonne santé, l’objectif n’est pas un taux « cardiaque », c’est l’apport nutritionnel de référence et, si un dosage est fait, un seuil utile pour l’os. La National Academies, citée par les NIH, considère qu’un risque de carence apparaît sous 30 nmol/L (12 ng/mL), qu’une inadéquation est possible entre 30 et 50 nmol/L, et qu’un taux d’au moins 50 nmol/L (20 ng/mL) suffit en général pour l’os. Au-dessus de 125 nmol/L, des effets indésirables deviennent plus plausibles.

Taux de 25(OH)D Lecture pour l’os (National Academies, via NIH 2025)
Moins de 30 nmol/L (12 ng/mL) Risque de carence, rachitisme ou ostéomalacie possibles
30 à moins de 50 nmol/L Souvent jugé insuffisant pour l’os chez une personne en bonne santé
50 nmol/L (20 ng/mL) ou plus Généralement adéquat pour l’os et la santé générale
Plus de 125 nmol/L (50 ng/mL) Zone liée à d’éventuels effets indésirables

L’apport recommandé est de 15 µg (600 UI) par jour de 1 à 70 ans, et de 20 µg (800 UI) après 70 ans. Ces chiffres supposent peu de soleil. Ils ne sont pas une dose de traitement d’une carence profonde. Un médecin peut prescrire davantage pendant une période limitée, puis revenir à un entretien. Le plafond quotidien pour l’adulte est de 100 µg (4 000 UI), tous apports confondus, sauf schéma de correction supervisé.

La recommandation 2024 de l’Endocrine Society, qui remplace le texte de 2011, déconseille une supplémentation empirique au-delà de ces apports chez l’adulte en bonne santé de 19 à 74 ans, et déconseille le dosage de routine de la 25-hydroxyvitamine D dans cette population. Après 75 ans, un apport empirique quotidien, plutôt qu’un bolus, est suggéré pour un possible effet sur la mortalité, sans en faire un traitement du cœur. Le médecin français appliquera la pratique locale, qui peut limiter les dosages remboursés à certaines situations.

Aliments, soleil et risque de trop de vitamine D

Peu d’aliments en contiennent naturellement. Les poissons gras (truite, saumon, maquereau, sardines), l’huile de foie de morue, le jaune d’œuf et le foie de bœuf en apportent un peu. Aux États-Unis, le lait et beaucoup de céréales sont enrichis. En France, l’enrichissement n’est pas le même. Le pharmacien ou le médecin peut indiquer les produits locaux utiles. Les champignons exposés aux UV fournissent de la vitamine D2.

Le soleil déclenche la synthèse cutanée, mais la saison, la latitude, l’heure, la pigmentation, l’âge et l’écran solaire changent le résultat. Les NIH rappellent qu’on ne peut pas s’intoxiquer par le soleil seul, parce que la peau limite la formation du précurseur. À l’inverse, trop d’UV augmente le risque de cancer cutané. Chercher un bronzage « pour le cœur » n’a pas de base.

Le trop-plein vient presque toujours des compléments. Une toxicité typique s’accompagne d’une 25-hydroxyvitamine D au-dessus d’environ 375 nmol/L (150 ng/mL) et d’une hypercalcémie. Nausées, vomissements, faiblesse, confusion, soif, urines abondantes, calculs rénaux, puis, aux extrêmes, insuffisance rénale, calcifications et troubles du rythme. Les NIH décrivent ces tableaux. Ils justifient de ne pas empiler les ampoules « au cas où ».

  • Un poisson gras cuit peut fournir plusieurs centaines d’UI par portion, selon l’espèce et l’élevage.
  • Un jaune d’œuf n’apporte qu’une quarantaine d’UI, trop peu pour corriger une carence à lui seul.
  • Une cuillère à soupe d’huile de foie de morue dépasse souvent 1 000 UI et n’est pas un geste anodin.
  • Le soleil derrière une vitre ne produit pas de vitamine D, car les UVB ne traversent pas le verre.

Quels médicaments du cœur interagissent avec la vitamine D

Plusieurs classes fréquentes en cardiologie changent le bilan calcium-vitamine D, ou l’inverse. La déclaration scientifique 2022 de l’American Heart Association sur les approches complémentaires, présidée par Chow, rappelle que la supplémentation n’a pas montré de bénéfice dans l’insuffisance cardiaque et qu’elle peut poser problème avec la digoxine, les inhibiteurs calciques et les diurétiques. Le message pratique est simple. Signalez chaque comprimé, ampoule ou « complexe soleil » au médecin et au pharmacien.

Les diurétiques thiazidiques réduisent l’élimination urinaire du calcium. Ajouter un complément de vitamine D, qui augmente l’absorption intestinale, peut faire monter la calcémie, surtout chez une personne âgée, insuffisante rénale ou déjà hyperparathyroïde. La fiche NIH 2025 le note. Un contrôle de calcium a plus de sens ici qu’un achat en ligne à haute dose.

Les corticoïdes, parfois prescrits pour une autre maladie, diminuent l’absorption du calcium et perturbent le métabolisme de la vitamine D. Les utilisateurs d’une cortisone orale étaient plus souvent très carencés dans une enquête NHANES citée par les NIH. Cela plaide pour une correction raisonnée de l’os, pas pour une automédication parallèle au traitement de l’insuffisance cardiaque.

Les statines et le nutriment partagent en partie les mêmes enzymes de métabolisme. Un apport très élevé pourrait, en théorie, réduire l’effet de certaines statines. L’orlistat diminue l’absorption des vitamines liposolubles. Aucune de ces interactions ne transforme un comprimé à 600 UI en danger quotidien, mais elles rendent absurde l’idée d’ajouter 4 000 UI « pour le cœur » sans regarder l’ordonnance.

Insuffisance cardiaque : quels signes doivent faire consulter

L’essoufflement à l’effort, allongé ou penché, le gonflement des chevilles, une prise de poids rapide et une fatigue disproportionnée doivent conduire au médecin traitant, vitamine D ou non. La Mayo Clinic décrit l’insuffisance cardiaque comme un cœur trop faible ou trop raide pour pomper assez de sang. Le liquide remonte alors vers les poumons ou les jambes. Ce n’est pas un diagnostic que l’on pose avec un taux de 25-hydroxyvitamine D.

Une personne déjà suivie doit appeler rapidement si les symptômes s’aggravent d’un coup, si un signe nouveau apparaît, ou si le poids grimpe de 2,3 kg ou plus en quelques jours (sauf autre consigne écrite dans le plan de soins). Ces seuils viennent de la page Mayo sur les symptômes. Ils servent à détecter une décompensation, pas un déficit vitaminique.

Situation Conduite
Essoufflement nouveau à l’effort ou allongé, chevilles gonflées, fatigue marquée Prendre rendez-vous avec le médecin traitant
Symptômes déjà connus qui s’aggravent, ou +2,3 kg en quelques jours Contacter le suivi rapidement, sans attendre la prochaine visite de routine
Douleur thoracique, malaise grave, souffle soudain avec expectoration rose mousseuse Appeler le 15 ou le 112
Palpitations rapides avec douleur, essoufflement ou perte de connaissance Appeler le 15 ou le 112
Chocs répétés d’un défibrillateur implantable Appeler le 15 ou le 112

Appelez le 15 ou le 112 plutôt que de conduire vous-même en cas de douleur thoracique, de malaise grave ou d’essoufflement soudain avec une expectoration rose mousseuse. Ces signes ont plusieurs causes possibles, dont un œdème aigu du poumon. Un complément alimentaire n’a aucune place dans cette minute.

Ce que recommandent les sociétés savantes

Les textes récents convergent. Ils ne placent pas la vitamine D dans le traitement de l’insuffisance cardiaque. La recommandation 2022 AHA/ACC/HFSA classe vitamines, compléments nutritionnels et hormonothérapie en « pas de bénéfice » dans l’insuffisance à fraction d’éjection réduite, hors correction d’une carence précise. C’est un recul net par rapport à l’idée d’un nutriment cardioprotecteur à offrir à tous.

La déclaration 2022 de l’American Heart Association sur les médecines complémentaires estime qu’aux États-Unis plus de 30 % des patients insuffisants cardiaques y ont recours, alors qu’environ 6 millions d’adultes de 20 ans ou plus vivent avec la maladie. Yoga et tai-chi peuvent aider à l’effort et à la qualité de vie. Les oméga-3 ont le dossier le plus solide parmi les produits du rayon, à dose modérée. La vitamine D n’est pas dans ce groupe.

L’Endocrine Society, en 2024, a retiré la logique de 2011 qui poussait à doser largement et à viser des taux élevés chez l’adulte bien portant. Elle déconseille le dépistage de routine et l’apport empirique au-delà des apports de référence entre 19 et 74 ans. Quatorze essais et 80 547 participants donnaient un risque relatif de maladie cardiovasculaire de 1,00. Zéro événement évité pour 1 000 personnes, dans l’intervalle de confiance de l’analyse.

Aucune de ces recommandations américaines ou internationales ne remplace une consigne française. Demandez à votre médecin ou à votre pharmacien comment ces données s’appliquent à votre âge, à votre ordonnance et aux indications locales de dosage. Apporter la liste de vos compléments à la consultation évite une interaction invisible.

Questions fréquentes

La vitamine D peut-elle remplacer un traitement de l’insuffisance cardiaque ?

Non. Elle ne remplace ni les médicaments validés, ni le régime pauvre en sel, ni le suivi du poids. Les essais VITAL et EVITA n’ont pas montré de baisse de mortalité ou d’hospitalisation attribuable au nutriment. Un comprimé vendu sans ordonnance ne se substitue pas à un inhibiteur de SGLT2, à un bêtabloquant ou à un diurétique prescrit.

Quel dosage de vitamine D pour le cœur ?

Il n’existe pas de dose « pour le cœur ». L’apport de référence américain est de 600 UI par jour jusqu’à 70 ans et de 800 UI ensuite, selon les NIH. Des doses de 2 000 UI n’ont pas prévenu les événements dans VITAL. La dose de 4 000 UI d’EVITA n’a pas réduit la mortalité dans l’insuffisance avancée. Toute dose plus élevée relève d’une prescription, pas d’un conseil de rayon.

Faut-il doser la vitamine D si l’on a une maladie cardiaque ?

Pas de façon automatique. L’Endocrine Society 2024 déconseille le dépistage de routine chez l’adulte en bonne santé, et les NIH rappellent qu’aucune société nationale américaine ne recommande un dépistage de population. Un dosage peut se discuter en cas de symptômes d’os, de malabsorption, de chirurgie bariatrique, de maladie rénale ou de traitement qui perturbe le calcium. Le médecin décide selon le dossier, pas selon une angoisse de « protéger le cœur ».

Le soleil suffit-il à protéger le cœur ?

Non. Le soleil aide à fabriquer de la vitamine D, mais il n’a pas démontré qu’il prévient l’insuffisance cardiaque. Trop d’UV augmente le risque de cancer de la peau. Les NIH déconseillent de chercher un bronzage pour le statut vitaminique. Une courte exposition raisonnable, une alimentation et, si besoin, un complément à dose nutritionnelle, suffisent en général.

Peut-on prendre de la vitamine D avec un diurétique ?

Parfois, à dose nutritionnelle, mais pas sans le dire au prescripteur. Les thiazidiques retiennent le calcium. Les NIH signalent un risque d’hypercalcémie si l’on y ajoute un complément, surtout après 65 ans ou en cas de rein fragile. D’autres diurétiques de l’insuffisance cardiaque n’ont pas le même effet. Le pharmacien vérifie l’ordonnance avant d’ajouter une ampoule.

La vitamine D3 est-elle meilleure que la D2 pour le cœur ?

Ni l’une ni l’autre n’a fait la preuve d’une protection cardiaque. Les deux formes élèvent la 25-hydroxyvitamine D. Les NIH notent que la D3 (cholécalciférol) la monte souvent plus haut et plus longtemps que la D2 (ergocalciférol). Ce détail d’absorption ne change pas le résultat des essais cardiovasculaires, qui ont surtout utilisé la D3.

Conclusion

L’idée d’un allié solaire contre l’insuffisance cardiaque a tenu tant que l’on n’avait que des associations et des modèles animaux. Les essais qui comptent, VITAL, VITAL-Heart Failure, la méta-analyse de 83 291 personnes et EVITA, n’ont pas montré de baisse des événements, et une haute dose quotidienne a même coïncidé avec plus d’assistances circulatoires chez des patients déjà très malades. Les sociétés américaines de cardiologie et d’endocrinologie ont aligné leurs textes sur ce constat.

Si vous prenez déjà un complément, notez la dose en UI, la forme D2 ou D3, et la date du dernier dosage s’il existe. Apportez cette liste à la prochaine consultation, avec l’ordonnance des diurétiques, de la digoxine et des inhibiteurs calciques. Demandez si votre apport dépasse 4 000 UI par jour, et si un contrôle de calcium a un sens dans votre cas.

Le geste utile devant un essoufflement nouveau, des chevilles qui gonflent ou 2,3 kg pris en quelques jours n’est pas d’ouvrir une boîte de vitamine D. C’est d’appeler le médecin qui vous suit, ou le 15 ou le 112 si le souffle ou la douleur thoracique deviennent brutaux. Le nutriment garde sa place pour l’os. Le cœur, lui, se soigne ailleurs.

Sources

  1. Manson JE, Cook NR, Lee IM et al. : Vitamin D Supplements and Prevention of Cancer and Cardiovascular Disease. New England Journal of Medicine, 3 janvier 2019.
  2. Djoussé L, Cook NR, Kim E et al. : Supplementation With Vitamin D and Omega-3 Fatty Acids and Incidence of Heart Failure Hospitalization: VITAL-Heart Failure. Circulation, 3 mars 2020.
  3. Barbarawi M, Kheiri B, Zayed Y et al. : Vitamin D Supplementation and Cardiovascular Disease Risks in More Than 83 000 Individuals in 21 Randomized Clinical Trials: A Meta-analysis. JAMA Cardiology, 1er août 2019.
  4. Zittermann A, Ernst JB, Prokop S et al. : Effect of vitamin D on all-cause mortality in heart failure (EVITA): a 3-year randomized clinical trial with 4000 IU vitamin D daily. European Heart Journal, 1er août 2017.
  5. Vitamin D – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, 27 juin 2025.
  6. Vitamin, Mineral, and Multivitamin Supplementation to Prevent Cardiovascular Disease and Cancer: Preventive Medication. US Preventive Services Task Force, 21 juin 2022.
  7. Demay MB, Pittas AG, Bikle DD et al. : Vitamin D for the Prevention of Disease: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 3 juin 2024.
  8. Heidenreich PA, Bozkurt B, Aguilar D et al. : 2022 AHA/ACC/HFSA Guideline for the Management of Heart Failure. Circulation, 1er avril 2022.
  9. Some benefits, potential risks with alternative medicines for heart failure. American Heart Association, 8 décembre 2022.
  10. Heart failure – Symptoms and causes. Mayo Clinic, mis à jour en 2026.
  11. Kampka Z, Czapla D, Wojakowski W et al. : Vitamin D Supplementation in Heart Failure—Confusion Without a Cause?. Nutrients, 28 mai 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.