
Cette maladie, à elle seule, n’empêche généralement pas d’avoir des rapports. Ce sont surtout la chirurgie, la radiothérapie et l’hormonothérapie qui peuvent modifier l’érection, le désir et l’éjaculation. Une intimité satisfaisante reste possible pour beaucoup d’hommes, parfois avec des comprimés, une pompe, des injections ou un implant, et souvent sous une forme différente de celle d’avant le traitement.
La peur de « ne plus jamais avoir d’érection » revient presque à chaque consultation d’annonce. Dans l’essai britannique ProtecT, repris par les recommandations 2025 de l’Association européenne d’urologie, 95 % des hommes opérés décrivaient une dysfonction érectile au début, encore 85 % à six ans ; après radiothérapie externe, les chiffres passaient de 69 % à 74 %. Ces pourcentages mesurent un trouble, pas l’impossibilité définitive de plaisir.
À dix ans, la cohorte américaine CEASAR (2 445 hommes) ne trouvait plus d’infériorité clinique nette de la chirurgie par rapport à la radiothérapie ou à la surveillance sur le plan sexuel, alors que l’écart était franc à trois ans. L’hormonothérapie peut faire cesser l’activité sexuelle chez jusqu’à 93 % des patients. Au Royaume-Uni, le NICE demande un accès précoce à un service spécialisé et des inhibiteurs de la PDE5 en première intention ; votre urologue appliquera la pratique française.
Le cancer change-t-il la sexualité à lui seul ?
Chez la plupart des hommes, ce n’est pas la tumeur qui coupe l’érection. Les symptômes précoces, quand ils existent, sont surtout urinaires, avec un jet faible, des mictions fréquentes, parfois du sang dans les urines. Le diagnostic lui-même, la fatigue et l’anxiété suffisent souvent à faire chuter le désir, même avant tout traitement. L’American Cancer Society insiste plutôt sur les lésions nerveuses ou vasculaires liées aux traitements, et sur la baisse de testostérone.
Les nerfs et les vaisseaux qui remplissent le pénis de sang passent tout contre la glande. Tant que la tumeur reste contenue, ces structures fonctionnent encore. C’est l’acte thérapeutique qui les met en jeu, par section ou étirement des nerfs à l’opération, par fibrose vasculaire après irradiation, ou par chute de testostérone sous hormonothérapie. L’American Cancer Society décrit ces deux grandes voies, lésion nerveuse ou vasculaire d’un côté, manque d’androgènes de l’autre.
Une biopsie, elle, ne condamne pas la sexualité au long cours. Du sang ancien peut colorer le sperme pendant un ou deux mois, sans douleur associée dans la grande majorité des cas. Après une biopsie transrectale, la Cleveland Clinic conseille d’attendre la cicatrisation, souvent deux semaines, avant un rapport anal réceptif. Si du sang frais, une douleur ou un gonflement apparaissent, il faut revoir le médecin avant de reprendre.
La surveillance active, choisie pour une tumeur à croissance lente, n’enlève ni la prostate ni les nerfs. Elle n’est pas pour autant un « zéro effet ». Dans ProtecT, parmi les hommes restés sous surveillance, la dysfonction érectile passait de 35 % au départ à 53 % à six ans, simplement avec l’âge. L’écart avec la chirurgie reste néanmoins large au cours des premières années. Parler de sexualité avant de choisir un traitement n’est pas un luxe, c’est un critère de décision, au même titre que le risque de fuite urinaire.

Ce que la prostatectomie fait aux érections
Après l’ablation totale de la prostate, presque tous les hommes perdent l’érection spontanée, au moins pendant les premiers mois. La Cleveland Clinic indique que la fonction peut encore s’améliorer jusqu’à deux ans, sans garantie de revenir au niveau d’avant. L’American Cancer Society situe la fenêtre de récupération dans les deux premières années. L’opération retire aussi les vésicules séminales et coupe les canaux déférents, si bien que l’orgasme, s’il revient, se fait sans sperme.
Les nerfs érecteurs cheminent en deux bandelettes derrière la glande. Une technique dite de préservation nerveuse cherche à les laisser en place. Elle n’est pas toujours possible. Si la tumeur les envahit, le chirurgien peut devoir les enlever d’un côté ou des deux. Même lorsque les bandelettes sont conservées, un « choc » nerveux temporaire, une baisse de débit sanguin et un étirement suffisent à faire chuter l’érection. L’âge, la qualité des érections avant l’intervention et les maladies associées (diabète, tabac, artères) pèsent autant que le geste.
Trois éléments aident à lire un pronostic réaliste, sans en faire une promesse.
- Plus les bandelettes nerveuses peuvent être conservées, plus une récupération partielle reste plausible dans les deux ans.
- Un homme plus jeune, déjà capable d’érections fermes avant l’opération, récupère plus souvent qu’un homme plus âgé.
- Le diabète, le tabagisme et les maladies des artères réduisent les chances, même avec une technique conservatrice.
La voie d’abord, ouverte, cœlioscopique ou robot-assistée, change surtout les cicatrices, le saignement et le séjour. Elle ne « sauve » pas à elle seule l’érection. La Mayo Clinic note que la plupart des prostatectomies se font aujourd’hui avec assistance robotique, pour un geste moins invasif, pas comme une garantie sexuelle. Les séries à un seul chirurgien publient parfois des taux élevés ; les études en population, comme ProtecT, donnent des chiffres plus sombres. L’écart vient des définitions (érection aidée ou non, questionnaires) et des patients sélectionnés.
La chirurgie frappe tout de suite, puis laisse une chance de récupération. C’est l’inverse de la radiothérapie. Dans CEASAR, à trois ans, la fonction sexuelle était nettement moins bonne après prostatectomie qu’après surveillance (différence ajustée de −17,8 points). À dix ans, cette infériorité n’était plus jugée cliniquement importante par rapport à la radiothérapie ou à la surveillance. Le temps, le vieillissement et les aides à l’érection brouillent la comparaison tardive. Le prix immédiat reste réel, avec des fuites urinaires plus fréquentes après l’opération, y compris à dix ans.
Radiothérapie et érection, un effet plus tardif
La radiothérapie externe et la curiethérapie (grains radioactifs placés dans la glande) épargnent souvent l’érection au début. Les problèmes, s’ils surviennent, apparaissent en général entre six mois et deux ans après la fin des séances, selon l’American Cancer Society. Certains hommes gardent une érection mais la perdent avant l’orgasme. D’autres n’obtiennent plus de rigidité suffisante. Une amélioration reste possible deux à trois ans plus tard, sans être garantie.
Le mécanisme n’est pas une coupure nette des nerfs. L’irradiation peut fibroser les tissus, rigidifier les artères du bassin et empêcher les corps caverneux de se remplir. Plus la dose totale est élevée et plus le volume pelvien traité est large, plus le risque augmente. L’âge, un diabète, une maladie cardiaque ou un tabagisme important s’ajoutent à l’effet des rayons. Cinq ans après une radiothérapie, environ la moitié des hommes ont un certain degré de dysfonction érectile, d’après la Cleveland Clinic.
À long terme, la comparaison avec la chirurgie se resserre. Vers quatre ans, la part d’hommes qui déclarent un trouble de l’érection est comparable après l’une ou l’autre, écrit l’American Cancer Society. On lit le même constat chez la Mayo Clinic. La chirurgie fait chuter l’érection d’emblée, la radiothérapie la préserve mieux au début, puis les courbes se rapprochent. Pour une tumeur encore limitée à la prostate, la survie à dix ans dépasse 99 % dans les formes de moindre risque et reste proche de 96 % dans les formes à plus haut risque, que l’on opère ou que l’on irradie. Le choix porte donc surtout sur le calendrier des effets, urinaires, digestifs et sexuels.
La curiethérapie n’est pas une garantie d’érection intacte. Elle irrite souvent la vessie au début et peut, comme les rayons externes, durcir les tissus avec le temps. Quand une hormonothérapie est associée à la radiothérapie pour une tumeur à haut risque, le National Cancer Institute souligne que la combinaison améliore le contrôle du cancer mais aggrave les effets sexuels et la vitalité. Demander si une castration médicale est prévue, et pour combien de mois, fait partie de la discussion avant de signer le plan de traitement.
Hormonothérapie, libido et érections
L’hormonothérapie, ou suppression androgénique, vise à priver la tumeur de testostérone. Elle abaisse aussi le désir, l’érection et parfois la capacité à atteindre l’orgasme. Les recommandations européennes 2025 indiquent qu’elle peut faire cesser l’activité sexuelle chez jusqu’à 93 % des hommes. Le National Cancer Institute liste la baisse de libido et la dysfonction érectile parmi les effets attendus, aux côtés des bouffées de chaleur, de la perte musculaire, de la prise de poids et de la fatigue.
Les comprimés du type sildénafil ne corrigent pas un désir qui s’est éteint. Ils dilatent les vaisseaux du pénis à condition qu’il y ait une excitation. Sans androgènes, cette excitation manque souvent. D’après la fiche du National Cancer Institute, ces médicaments ne traitent pas la perte de libido liée au manque d’androgènes. Un homme plus jeune, dont les testicules produisaient encore beaucoup de testostérone, a davantage de chances de récupérer une érection à l’arrêt du traitement. Après une castration médicale prolongée, surtout chez un homme plus âgé, le taux de testostérone peut ne jamais revenir complètement.
La durée compte. Plus le traitement hormonal se prolonge, plus les effets s’installent. Associée à la radiothérapie pour une tumeur à haut risque, elle allonge la survie mais alourdit le prix sexuel. Les anti-androgènes (bicalutamide et molécules plus récentes) peuvent aussi diminuer le désir et l’érection ; certains ont d’autres toxicités (foie, chutes, convulsions selon la molécule). La conduite à tenir en France, le choix d’une hormonothérapie continue ou intermittente, se discute avec l’oncologue et l’urologue, car ce n’est pas une règle universelle copiée d’un pays à l’autre.
Le partenaire est concerné autant que le patient. Les recommandations européennes 2025 rappellent que l’hormonothérapie pèse sur la relation autant que sur le désir. Rester proche sans pénétration, par des massages ou des caresses, n’est pas un pis-aller, c’est souvent la seule voie tant que le désir hormonal est à terre. Un sexologue ou un psychologue formé au cancer aide à nommer ce qui se passe, sans en faire une défaillance morale.
Orgasme sec, éjaculation et fuites d’urine au climax
On peut jouir après une prostatectomie. Il n’y a plus de liquide. L’orgasme sec n’est pas une dysfonction érectile. L’érection peut être ferme, le plaisir présent, et rien ne sort. La prostate et les vésicules séminales, qui fournissent l’essentiel du volume, ont été retirées, et les canaux déférents sont coupés. Aucun médicament ne ramène une éjaculation normale après cette anatomie. La Cleveland Clinic estime qu’avec le temps, jusqu’à 90 % des hommes irradiés peuvent aussi développer un orgasme sec, parce que les tissus se fibrosent.
La sensation elle-même change souvent. Certains décrivent un orgasme plus court, d’autres ont besoin de plus de stimulation, d’autres encore ressentent une douleur au pénis ou au périnée au moment du climax. Ces variations font partie des « autres changements sexuels » que l’Association européenne d’urologie demande désormais d’annoncer avant un traitement actif, au même titre que la baisse de désir, l’anéjaculation, une courbure de type maladie de La Peyronie et une diminution de la taille du pénis.
La climacturie est une fuite d’urine au moment de l’orgasme. Elle survient en moyenne chez environ 25 % des hommes après ablation de la prostate ; parmi eux, la moitié seulement la trouvent vraiment gênante, selon la Cleveland Clinic. Elle peut exister même si les fuites diurnes sont modestes. La Cleveland Clinic recommande d’abord un travail du plancher pelvien avec un kinésithérapeute. Une bandelette urétrale, parfois combinée à un implant pénien, se discute si le trouble persiste et reste invalidant.
Ces effets « oubliés » pèsent sur l’image du corps autant que l’érection. En parler tôt évite de croire que l’on est le seul concerné, et d’arrêter toute intimité par peur d’une tache. Le partenaire, s’il y en a un, gagne à connaître le mécanisme. Ce n’est pas de l’urine « sale », c’est une anatomie du col vésical qui n’est plus la même.
Fertilité et conservation du sperme avant le traitement
Après une prostatectomie, on ne peut plus concevoir par un rapport. Il n’y a plus de sperme émis. La radiothérapie réduit aussi le volume de l’éjaculat et peut altérer la production de spermatozoïdes. Selon la Cleveland Clinic, un prélèvement ultérieur reste parfois possible s’il reste des spermatozoïdes.
Si un projet d’enfant reste possible, la discussion doit avoir lieu avant le premier traitement, pas après. La Cleveland Clinic place parmi les points à aborder la conservation de sperme en amont, ou une extraction ultérieure s’il reste des spermatozoïdes. Les modalités concrètes, le nombre de recueils, le coût et le circuit en France se règlent avec un biologiste de la reproduction et l’urologue ; ils varient selon les centres.
Beaucoup d’hommes ont déjà l’âge où le projet d’enfant est clos. Pour les plus jeunes, ou en cas de recomposition familiale, l’oubli de cette étape est une source de regret durable. Un seul recueil vaut mieux que rien si le calendrier du cancer presse. Une fois la prostate ôtée, le rapport sexuel ne transmet plus de sperme. Cela ne dispense pas, le cas échéant, d’un préservatif si un autre traitement (chimiothérapie) laisse des traces dans les liquides biologiques, point à vérifier avec l’oncologue.

Quels traitements aident à retrouver des érections ?
Les inhibiteurs de la PDE5 (sildénafil, tadalafil, vardénafil, avanafil) sont le premier recours pour obtenir une érection, selon les recommandations européennes 2025 et le NICE britannique. Ils n’agissent qu’en présence d’une stimulation sexuelle. Ils sont contre-indiqués avec tout nitrate organique ou donneur de monoxyde d’azote, y compris le nicorandil et l’usage récréatif d’amyl nitrite, à cause d’une chute imprévisible de tension. C’est une contre-indication absolue dans le texte européen de santé sexuelle. L’American Urological Association précise qu’un homme qui garde de la trinitrine pour l’angine de poitrine ne doit pas l’utiliser dans les 24 heures après un inhibiteur de la PDE5, et plus longtemps après le tadalafil.
Ces comprimés aident à produire une érection. Ils ne « réparent » pas forcément l’érection spontanée. L’AUA, dans sa recommandation de 2018, indique que l’usage précoce après prostatectomie ou radiothérapie peut ne pas améliorer l’érection non assistée. La revue Cochrane de 2018, sur 1 699 participants, aboutit à la même prudence. Un schéma quotidien n’a pas montré de bénéfice clair sur la puissance spontanée par rapport à une prise à la demande, avec un niveau de preuve très bas. Le NICE, de son côté, propose ces médicaments pour augmenter la chance d’érection spontanée et exige un accès à un service spécialisé. Ce n’est pas une contradiction à lisser. L’un parle d’aide à l’érection, l’autre de récupération naturelle encore mal prouvée.
Si les comprimés ne suffisent pas ou sont contre-indiqués, d’autres outils existent. Le pharmacien et l’urologue indiquent lequel est disponible et pris en charge localement.
| Option | Principe | Limites utiles à connaître |
|---|---|---|
| Inhibiteurs de la PDE5 | Augmentent le flux sanguin dans le pénis si excitation | Inutiles sans désir ; interdits avec les nitrates |
| Pompe à vide | Aspire le sang, anneau à la base pour le retenir | Retirer l’anneau en moins de 30 min ; prudence si anticoagulants |
| Alprostadil intra-urétral ou crème | Dilate localement les vaisseaux | Douleur locale fréquente ; priapisme rare |
| Injection intra-caverneuse d’alprostadil | Érection en 5 à 15 min, efficacité souvent > 70 % | Douleur possible ; érection prolongée ~5 %, priapisme ~1 % |
| Implant pénien | Tige malléable ou système gonflable | Chirurgie ; option si le reste a échoué |
Les doses d’alprostadil injectable citées par le guide européen de 2025 vont de 5 à 40 µg, après apprentissage au cabinet. Une érection douloureuse et rigide qui ne cède pas est une urgence. L’AUA demande d’aller aux urgences dans les deux à quatre heures. En France, appelez le 15 ou le 112. La pompe est contre-indiquée en cas de trouble de la coagulation ou d’anticoagulant, toujours selon le texte européen. Un implant se discute quand les autres voies ont échoué et que le projet sexuel le justifie ; la satisfaction rapportée est souvent élevée, au prix d’une opération.
Aucune de ces aides ne remplace le désir ni la relation. Un suivi sexologique, seul ou en couple, fait partie du traitement au même titre qu’un comprimé. La Cleveland Clinic souligne qu’il n’existe pas de protocole unique de « rééducation pénienne » validé pour tous, et que l’objectif se discute avec l’équipe.
Quand consulter pour un trouble sexuel lié au cancer
Le bon moment pour en parler, c’est avant de choisir le traitement, puis à chaque visite de suivi si l’érection, le désir, l’orgasme ou les fuites au climax posent problème. Attendre deux ans « pour voir » fait perdre des options, notamment la conservation de sperme et l’apprentissage précoce d’une pompe ou d’une injection. Le NICE demande un accès précoce et continu à un service de dysfonction érectile après un traitement radical, et aussi pour les hommes sous hormonothérapie au long cours.
Certains signes ne relèvent pas du rendez-vous de routine.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Érection douloureuse et rigide après une injection, qui ne cède pas | Appelez le 15 ou le 112 (délai de 2 à 4 h selon l’AUA) |
| Douleur thoracique ou malaise si un nitrate a été associé à un IPDE5 | Appelez le 15 ou le 112 |
| Sang, douleur, gonflement ou fièvre après une biopsie | Revoir le médecin le jour même, urgences si fièvre |
| Baisse durable du désir, érection insuffisante, fuites au climax, détresse de couple | Urologue ou service spécialisé, sans attendre deux ans |
Trois questions concrètes font avancer une consultation plus qu’un « ça va, la sexualité ? » lancé en fin de rendez-vous.
- Quelle est la chance, dans mon cas, de conserver les nerfs, et que se passe-t-il s’ils doivent être sacrifiés ?
- Une hormonothérapie est-elle prévue, pour combien de mois, et que peut-on attendre du désir pendant cette période ?
- Quel circuit local existe pour les IPDE5, la pompe, les injections et, si besoin, un sexologue ?
Le médecin traitant peut prescrire un premier inhibiteur de la PDE5 s’il n’y a pas de nitrate ni de contre-indication cardiaque, puis adresser vers l’urologue si la réponse est nulle après plusieurs essais à dose adaptée. Le cardiologue entre dans la boucle en cas d’angine de poitrine, d’infarctus récent ou d’insuffisance cardiaque. Rien de tout cela ne se décide avec un comprimé acheté sans ordonnance.
L’éjaculation fréquente diminue-t-elle le risque de cancer de la prostate ?
Des rapports fréquents n’augmentent pas le risque. Ils ne constituent pas non plus un vaccin. Dans la cohorte Health Professionals Follow-up Study, Rider et ses collègues ont suivi 31 925 hommes jusqu’en 2010. Ceux qui déclaraient 21 éjaculations par mois ou plus, entre 20 et 29 ans ou entre 40 et 49 ans, avaient un risque de diagnostic plus bas que ceux qui en déclaraient 4 à 7 (rapports de hasards 0,81 et 0,78). L’association concernait surtout les formes de faible risque, pas les cancers d’emblée agressifs ou métastatiques.
Il s’agit d’une observation, pas d’une preuve qu’éjaculer « lave » la prostate. Les hommes très actifs sexuellement diffèrent aussi par l’activité physique, le poids, l’alcool. Les auteurs ont ajusté beaucoup de ces facteurs et vérifié que le dépistage par PSA était comparable. Malgré cela, on ne peut pas transformer le résultat en consigne de santé publique. Pour un homme déjà traité, la fréquence des éjaculations passées ne change rien au pronostic, et l’orgasme sec d’après une prostatectomie n’est pas un échec de prévention.
Pendant certaines chimiothérapies, le National Cancer Institute peut recommander un préservatif, parce que des traces de médicament passent dans le sperme. Cette précaution concerne le médicament.
Questions fréquentes
Peut-on encore avoir un orgasme après l’ablation de la prostate ?
Oui. L’orgasme ne dépend pas du liquide émis. Après une prostatectomie, il est sec, parfois différent, parfois plus difficile à atteindre, mais possible. L’érection, elle, suit un autre circuit nerveux et vasculaire, souvent plus atteint.
Les comprimés pour l’érection marchent-ils pendant une hormonothérapie ?
Souvent mal, ou pas du tout, si le désir a disparu. Le sildénafil et ses cousins ont besoin d’une excitation. Le National Cancer Institute souligne qu’ils ne corrigent pas le manque de libido lié à l’absence d’androgènes. D’autres formes d’intimité, et parfois une injection, se discutent avec l’équipe.
Combien de temps faut-il pour récupérer une érection après l’opération ?
Une amélioration peut se dessiner jusqu’à deux ans, surtout si les nerfs ont été conservés et si les érections étaient bonnes avant. Beaucoup d’hommes n’en reviennent pas au niveau d’avant. Des aides (comprimés, pompe, injections) peuvent produire une érection bien avant que la récupération spontanée, si elle vient, soit complète.
Faut-il congeler son sperme avant le traitement ?
Oui si un enfant biologique reste envisageable. Après l’ablation, plus aucun sperme ne sort lors du rapport. La radiothérapie et l’hormonothérapie peuvent aussi abaisser la fertilité. La conservation se décide avant le premier geste, avec l’urologue et un centre de reproduction.
La radiothérapie est-elle plus douce pour la sexualité que la chirurgie ?
Au début, souvent oui pour l’érection. Les ennuis arrivent plus tard, entre six mois et deux ans, et vers quatre à cinq ans les taux de trouble se rapprochent de ceux de la chirurgie. Si une hormonothérapie est ajoutée, le désir chute en plus. Le choix dépend aussi des fuites urinaires (plus fréquentes après l’opération) et des effets digestifs (plus fréquents après les rayons).
Que faire si de l’urine s’échappe au moment de l’orgasme ?
C’est la climacturie, fréquente après prostatectomie (environ un homme sur quatre). Un travail du plancher pelvien aide souvent. Signalez-le à l’urologue. Ce n’est pas une fatalité à cacher, et d’autres options existent si la gêne reste forte.

Conclusion
Pour une tumeur encore confinée, chirurgie et radiothérapie se valent souvent sur la survie. Elles ne se valent pas sur le calendrier sexuel, avec une chute immédiate après l’opération, un déclin plus tardif après les rayons, un désir parfois anéanti par l’hormonothérapie. Les chiffres de ProtecT et de CEASAR servent à calibrer l’attente, pas à prédire un individu. L’âge, les érections d’avant, la préservation des nerfs et la durée d’une castration médicale pèsent plus qu’une marque de robot.
Les comprimés d’IPDE5 restent la première aide pour obtenir une érection, à condition d’écarter les nitrates et d’accepter qu’ils ne « réparent » pas forcément l’érection spontanée, comme le rappellent l’AUA et Cochrane. Pompe, alprostadil et implant élargissent ensuite le choix. L’orgasme sec et la climacturie font partie du tableau, et les nommer évite d’arrêter toute intimité par méprise.
Avant de trancher un traitement, demandez à l’urologue la chance réelle de conserver les nerfs dans votre cas, la place d’une hormonothérapie, et le circuit local pour la sexualité (prescription d’IPDE5, pompe, injections, sexologue). Si un enfant reste possible, la conservation de sperme se règle en amont, pas après. Une érection douloureuse qui ne cède pas après une injection, ou une douleur thoracique sous nitrate et IPDE5, relèvent du 15 ou du 112, pas d’un rendez-vous dans trois semaines.
Sources
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- Management of Erectile Dysfunction. European Association of Urology, mis à jour en 2025.
- Quality of Life Outcomes in Prostate Cancer. European Association of Urology, mis à jour en 2025.
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- Prostate cancer treatment: Surgery vs. radiation. Mayo Clinic, 17 mars 2026.
- Maintaining Your Sex Life After Prostate Cancer. Cleveland Clinic, 6 janvier 2023.
- Sexual Health Issues in Men with Cancer. National Cancer Institute, 29 décembre 2022.
- Hormone Therapy for Prostate Cancer Fact Sheet. National Cancer Institute, 4 octobre 2024.
- How Cancer Can Affect Erections. American Cancer Society, 15 avril 2025.
- Al Hussein Al Awamlh B, Wallis CJD, Barocas DA et al. : Functional Outcomes After Localized Prostate Cancer Treatment. JAMA, 23 janvier 2024.
- Rider JR, Wilson KM, Sinnott JA et al. : Ejaculation Frequency and Risk of Prostate Cancer: Updated Results with an Additional Decade of Follow-up. European Urology, 28 mars 2016.
- Burnett AL, Nehra A, Breau RH et al. : Erectile Dysfunction: AUA Guideline. The Journal of Urology, septembre 2018.
