CBD et fibromyalgie : efficacité, risques, limites

CBD et fibromyalgie : efficacité, risques, limites

Le cannabidiol (CBD) n’a pas montré, à la dose de 50 mg par jour pendant 24 semaines, un soulagement de la douleur de la fibromyalgie supérieur à celui d’un placebo. Au Royaume-Uni, le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) demande de ne pas proposer le CBD contre les douleurs persistantes chez l’adulte, sauf dans un essai clinique.

Chez 200 personnes suivies dans un essai danois publié en 2025, la douleur a baissé de 0,4 point avec le CBD et de 1,1 point avec le placebo, sur une échelle de 0 à 10. L’écart de 0,7 point allait à l’avantage du placebo, alors que beaucoup d’huiles vendues en boutique promettent l’inverse.

Le nabilone, un cannabinoïde de synthèse, n’avait déjà pas convaincu une revue Cochrane de 2016 (72 participants). La Food and Drug Administration américaine (FDA) signale un risque d’atteinte du foie et d’interactions médicamenteuses. Parmi 84 extraits de CBD achetés en ligne, plus d’un quart contenait moins de CBD que l’étiquette, et du tétrahydrocannabinol (THC) a été détecté dans 18 produits.

CBD, THC et cannabis, trois objets distincts

Le CBD est une molécule extraite du chanvre ou du cannabis ; ce n’est pas la plante entière, et ce n’est pas le THC. Le THC est le principal composé psychoactif du cannabis, celui qui peut faire « planer ». Le CBD pur n’a pas cet effet, rappelle la Mayo Clinic, mais beaucoup de produits vendus au public en contiennent tout de même un peu, parfois plus que ce que l’étiquette indique.

Un seul médicament à base de CBD a été autorisé par la FDA, l’Epidiolex (dans l’Union européenne, l’Epidyolex), pour des épilepsies rares (syndromes de Lennox-Gastaut et de Dravet, sclérose tubéreuse de Bourneville). Cette autorisation ne couvre ni les douleurs au long cours ni la fibromyalgie. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a délivré l’autorisation d’Epidyolex le 19 septembre 2019, en traitement d’appoint, pour ces mêmes indications pédiatriques et adultes à partir de deux ans, pas pour les douleurs diffuses.

Aux États-Unis, ajouter du CBD à un aliment ou le présenter comme complément alimentaire reste illégal au niveau fédéral, selon la FDA. Les règles françaises et européennes sur les huiles « bien-être » ne sont pas les mêmes que celles des médicaments. Votre pharmacien ou votre médecin traitant peut vous dire ce qui est en vente libre localement. Un produit de boutique n’est pas un équivalent d’Epidyolex, ni en dose, ni en contrôle, ni en indication.

La confusion entre ces trois objets (molécule isolée, plante, médicament) explique une grande partie des espoirs déçus. Les études positives souvent citées portent sur du cannabis contenant du THC, ou sur des mélanges, pas sur le CBD seul à dose de boutique.

Cbd pour la fibromyalgie - soulagement de la douleur.

Le CBD réduit-il vraiment la douleur de la fibromyalgie ?

Non, pas dans le plus grand essai randomisé publié à ce jour sur le CBD isolé. Rasmussen et ses collègues ont tiré au sort 200 adultes suivis dans une consultation spécialisée au Danemark. Cent personnes ont reçu 50 mg par jour de CBD végétal en comprimés, les cent autres ont reçu un placebo, pendant 24 semaines. Le critère principal était la variation de l’intensité douloureuse (sous-item du questionnaire révisé d’impact de la fibromyalgie, échelle de 0 à 10).

À 24 semaines, la moyenne baissait de 0,4 point (intervalle de confiance à 95 % allant de −0,82 à 0,08) dans le groupe CBD et de 1,1 point (−1,53 à −0,63) dans le groupe placebo. La différence entre groupes était de 0,7 point en faveur du placebo (p = 0,0028). Les effets indésirables étaient le plus souvent légers et comparables d’un groupe à l’autre. Les auteurs concluent que ces résultats ne soutiennent pas le CBD à 50 mg par jour comme complément antalgique dans la fibromyalgie.

Cinquante milligrammes par jour correspondent à ce que beaucoup de consommateurs d’huile visent, pas aux doses d’Epidyolex calculées en milligrammes par kilo pour l’épilepsie. L’essai ne dit donc pas « aucune dose de CBD ne marchera jamais » ; il dit qu’une dose quotidienne courante, pendant six mois, n’a pas battu le placebo. Le NICE, de son côté, avait déjà jugé en 2019 que le CBD ne devait pas être proposé hors essai pour les douleurs au long cours chez l’adulte, faute de données suffisantes sur le CBD seul et face à un bénéfice trop faible au regard du coût pour les préparations à base de THC.

Les récits individuels de soulagement restent fréquents. Ils ne pèsent pas le même poids qu’un essai en double aveugle, car l’effet placebo sur ces douleurs est réel, et l’essai danois l’illustre (baisse de 1,1 point sans CBD). Si vous avez déjà l’impression que votre huile aide, cela peut tenir à l’attente, au rituel, à un autre cannabinoïde présent dans le flacon, ou à une variation naturelle des symptômes.

Nabilone et cannabis inhalé, ce que les essais ont mesuré

Avant l’essai de 2025, les données randomisées sur les cannabinoïdes dans cette maladie étaient minces. Cochrane (Walitt et ses collègues, 2016) n’a trouvé que deux petits essais de nabilone, un analogue synthétique du THC, chez 72 adultes, pendant quatre à six semaines, à 1 mg au coucher. L’un comparait le nabilone à un placebo, l’autre à l’amitriptyline. Aucun essai n’a rapporté la proportion de personnes avec au moins 30 % ou 50 % de soulagement, le critère habituel en douleur chronique.

La revue a jugé les preuves de très faible qualité. Le nabilone ne soulageait pas de façon convaincante la douleur, le sommeil ou la fatigue mieux que le placebo ou l’amitriptyline. Davantage de participants ont arrêté à cause d’effets indésirables dans les groupes nabilone (4 sur 52) que sous placebo (1 sur 20) ou amitriptyline (0 sur 32). Vertiges, nausées, sécheresse de la bouche et somnolence étaient les plus fréquents. Cochrane n’a identifié, jusqu’en avril 2016, aucun essai pertinent de cannabis en herbe, de CBD végétal ou d’autre cannabinoïde de synthèse dans cette indication.

En 2019, van de Donk et ses collègues ont testé, chez 20 patientes, quatre variétés de cannabis pharmaceutique inhalé à la vapeur, en croisé contre placebo, pendant trois heures. La variété riche en CBD (Bedrolite, 18,4 mg de CBD et moins de 1 mg de THC) n’a pas eu d’effet antalgique supérieur au placebo. Aucune des quatre variétés n’a battu le placebo sur la douleur spontanée ni sur la douleur électrique. Les variétés contenant du THC ont élevé le seuil de douleur à la pression. Avec Bediol (THC et CBD), 90 % des participantes ont eu une baisse d’au moins 30 % de la douleur, contre 55 % sous placebo, mais cette baisse était corrélée à l’intensité de l’effet d’euphorie. Le CBD inhalé augmentait les concentrations plasmatiques de THC tout en atténuant l’effet antalgique du THC.

Quand un signal apparaît, il est plutôt lié au THC et à ses effets psychoactifs, pas au CBD isolé. Ce n’est pas un argument pour fumer du cannabis, car le THC a ses propres risques (cognition, accident, dépendance), et le NICE déconseille nabilone, dronabinol, THC et associations THC-CBD en cas de douleurs persistantes chez l’adulte.

Approche Ce qui a été testé Résultat principal
CBD 50 mg/jour en comprimés 200 adultes, 24 semaines, contre placebo Douleur pas mieux que le placebo (−0,4 contre −1,1 point)
Cannabis inhalé riche en CBD (18,4 mg) 20 personnes, 3 heures, contre placebo Pas d’effet antalgique supérieur au placebo
Nabilone 1 mg au coucher 72 personnes, 4 à 6 semaines Soulagement non convaincant ; plus d’arrêts pour effets indésirables
Exercice (aérobie, renforcement) Revues prises en compte par EULAR Seule recommandation cotée « forte pour »

Comment le CBD agit-il sur la douleur ?

Le mécanisme exact du CBD sur la douleur humaine n’est pas établi, et encore moins dans la fibromyalgie. Pour l’épilepsie, l’EMA indique que le cannabidiol agirait sur des cibles liées au calcium dans les cellules nerveuses et sur l’adénosine, un messager qui contribue à freiner les crises. Ce schéma explique une indication anticonvulsivante ; il ne démontre pas un effet antalgique dans les douleurs diffuses.

La fibromyalgie, de son côté, n’est pas une inflammation des articulations ni une lésion musculaire visible. Les CDC décrivent une sensibilité accrue à la douleur, liée à un traitement anormal des signaux douloureux. Les traitements qui ont le plus de preuves (exercice, certaines molécules qui modulent les neurotransmetteurs) s’attaquent à cette sensibilisation centrale, pas à une « carence » mesurable en cannabinoïdes internes.

Prêter au CBD d’emblée un effet de « coupure » des voies de la douleur reste une extrapolation. Des travaux de laboratoire et des études sur d’autres douleurs existent, souvent hétérogènes, souvent avec du THC. Ils ne remplacent pas un essai négatif de 24 semaines à 50 mg par jour.

Reste une hypothèse parfois avancée, celle de corriger un déficit d’endocannabinoïdes. Elle n’est pas retenue comme cause établie par les encyclopédies cliniques ni par EULAR. Tant qu’aucun biomarqueur ni aucun essai de bonne taille ne la confirme, elle ne justifie pas d’acheter une huile.

Effets secondaires, foie et interactions

Le CBD n’est pas sans risque, même sans effet d’euphorie. La FDA, à partir du dossier d’Epidiolex et d’autres travaux, retient une atteinte possible du foie, des interactions avec d’autres médicaments, une somnolence accrue avec l’alcool ou les sédatifs, et, chez l’animal, des effets sur la fertilité mâle dont la traduction humaine n’est pas encore claire. Les effets que l’on remarque le plus souvent sont la somnolence, la diarrhée, la baisse d’appétit et l’irritabilité.

Dans les études d’Epidyolex, plus d’une personne sur dix a eu somnolence, baisse d’appétit, diarrhée, fièvre, fatigue ou vomissements, selon l’EMA. L’arrêt le plus fréquent tenait à une hausse des enzymes hépatiques. Le médicament est contre-indiqué si les transaminases dépassent trois fois la normale et la bilirubine deux fois la normale. Ces doses, calculées en milligrammes par kilo, sont celles de l’épilepsie, pas celles d’une boutique. Le signal hépatique existe pourtant déjà à ces posologies encadrées, avec surveillance de sang ; hors surveillance, le risque est plus difficile à repérer.

Parmi les interactions figurent, d’après la Mayo Clinic, les anticoagulants, les antiépileptiques et les sédatifs. MedlinePlus ajoute le millepertuis, la caféine à forte dose et le pamplemousse. Le CBD passe par des enzymes du foie qui métabolisent beaucoup de médicaments de la douleur, du sommeil et de l’humeur, souvent prescrits dans la fibromyalgie. Mélanger sans avis peut augmenter la somnolence, modifier l’effet d’un anticoagulant, ou faire varier le taux d’un antiépileptique.

Pendant la grossesse et l’allaitement, la FDA déconseille fortement le CBD. MedlinePlus demande d’appeler un médecin sans délai en cas de jaunisse, d’urines foncées, de douleur sous les côtes à droite, ou de changements de l’humeur allant jusqu’aux idées suicidaires. Ces signes ne sont pas « typiques d’une huile trop forte ». Ils relèvent d’un avis médical, et d’un appel au 15 ou au 112 si l’état s’aggrave.

  • La somnolence augmente si vous associez le CBD à l’alcool, à un somnifère ou à un anxiolytique.
  • Une diarrhée ou une perte d’appétit figurent parmi les effets les plus fréquents d’Epidyolex.
  • Une hausse des enzymes du foie peut passer inaperçue tant qu’aucune prise de sang n’est faite.
  • Un flacon mal étiqueté peut contenir du THC et fausser un test urinaire ou provoquer un effet psychoactif.

Huile, gélules et vapotage

Il n’existe pas de posologie validée de CBD pour la fibromyalgie. L’essai de 2025 a utilisé 50 mg par jour en comprimés, sans bénéfice sur la douleur. Epidyolex, lui, démarre à 2,5 mg/kg deux fois par jour dans l’épilepsie, sous spécialiste, avec contrôle du foie. Copier cette grille pour une douleur diffuse n’a pas de base, et les huiles de commerce n’ont ni la même composition ni le même suivi.

Bonn-Miller et ses collègues ont acheté 84 extraits vendus en ligne (31 marques) et les ont dosés en laboratoire (publication dans JAMA en 2017). Seulement 31 % étaient étiquetés à 10 % près. Vingt-six pour cent contenaient moins de CBD que annoncé, ce qui peut annuler tout effet attendu. Du THC a été trouvé dans 18 des 84 échantillons, jusqu’à 6,43 mg/mL, assez pour un effet chez un enfant ou une personne naïve. La Mayo Clinic cite encore cette étude en 2026 pour expliquer pourquoi le contenu d’un flacon n’est pas fiable.

Les liquides à vapoter étaient les plus souvent mal étiquetés (environ 87,5 % d’écarts). Les huiles s’en tiraient un peu mieux, avec 45 % d’étiquettes exactes, ce qui reste médiocre. La FDA s’inquiète aussi des contaminants (pesticides, métaux) et des allégations médicales non prouvées, qui peuvent retarder un vrai bilan.

Si, après discussion avec votre médecin ou votre pharmacien, vous décidez d’essayer un produit en vente libre, demandez un bulletin d’analyse d’un laboratoire indépendant, une teneur en THC, et tenez-vous à un seul produit à la fois. Évitez de vapoter un liquide d’origine inconnue, dont la teneur réelle est particulièrement mal connue. N’arrêtez pas un traitement déjà prescrit pour « le remplacer » par de l’huile.

Cbd pour la fibromyalgie - efficacité prouvée.

Ce que NICE et EULAR recommandent

Le NICE, dans la ligne 1.2.2 de la recommandation NG144 (novembre 2019, revue le 20 mai 2025 sans changer cette ligne), demande de ne pas offrir de CBD pour traiter les douleurs persistantes de l’adulte, sauf dans un essai clinique. La ligne 1.2.1 écarte aussi le nabilone, le dronabinol, le THC et les associations THC-CBD. Le comité n’avait pas de preuves sur le CBD seul, d’où la restriction aux essais. L’essai danois de 2025 aboutit à la même conclusion pour le CBD isolé à 50 mg.

Ces textes sont britanniques. Ils ne s’imposent pas à la France, mais ils sont parmi les plus explicites sur les cannabinoïdes et la douleur. En France, le cadre (médicament prescrit, expérimentation, produit de chanvre en magasin) relève de règles locales, que le médecin ou le pharmacien applique. On ne les invente pas ici.

EULAR, dans ses recommandations révisées de 2017 sur la fibromyalgie, n’a pas trouvé de revue sur les cannabinoïdes et n’en a donc pas fait une ligne de traitement. La seule recommandation cotée « forte pour » est l’exercice. Les thérapies médicamenteuses évaluées (duloxétine, prégabaline, tramadol, amitriptyline, cyclobenzaprine) sont au mieux « faibles pour », réservées à une douleur intense ou aux troubles du sommeil. Les opioïdes forts et les corticoïdes reçoivent un « fort contre ».

La hiérarchie est donc claire, même si les pays diffèrent sur les détails d’AMM. D’abord l’éducation, l’activité physique adaptée, le sommeil, éventuellement une psychothérapie. Ensuite, si besoin, un médicament dont l’effet a été mesuré dans cette maladie. Le CBD de boutique n’entre dans aucune de ces cases.

Exercice, médicaments et sommeil

La fibromyalgie touche environ 4 millions d’adultes aux États-Unis, soit près de 2 % des adultes, d’après les CDC (page revue en 2022). Les femmes y sont deux fois plus souvent concernées que les hommes dans ces données. La cause n’est pas connue. Il n’y a pas d’analyse de sang ni d’imagerie qui « fasse » le diagnostic. La Mayo Clinic s’appuie sur une douleur diffuse depuis au moins trois mois, dans au moins quatre des cinq régions du corps, après avoir écarté d’autres maladies (polyarthrite rhumatoïde, lupus, encéphalomyélite myalgique).

Le traitement vise à diminuer les symptômes, pas à faire disparaître la maladie d’un coup. L’exercice est le levier le mieux étayé. Les CDC recommandent 150 minutes d’activité modérée par semaine (marche, natation, vélo), éventuellement découpées en séances de dix minutes. La Mayo Clinic précise qu’au début l’effort peut augmenter la douleur, et qu’il faut monter très progressivement, souvent avec un kinésithérapeute. Yoga et tai-chi ont aussi des données favorables dans cette affection.

Côté médicaments, la Mayo Clinic cite le paracétamol ou un anti-inflammatoire en appoint, tout en rappelant que les opioïdes ne sont pas recommandés (dépendance, douleur paradoxale). La duloxétine et le milnacipran peuvent réduire douleur et fatigue ; l’amitriptyline ou la cyclobenzaprine aident parfois le sommeil ; la prégabaline, parfois la gabapentine, ciblent certains types de douleur. L’offre exacte, les génériques et le remboursement en France se discutent avec le médecin traitant ou un rhumatologue.

Le sommeil et l’humeur ne sont pas des à-côtés. Chez les adultes concernés, la dépression majeure est plus de trois fois plus fréquente, et les décès par suicide et par blessure sont plus fréquents, alors que la mortalité globale reste proche de celle de la population, d’après les CDC. Viser au moins sept heures de sommeil, limiter caféine et alcool le soir, et demander une thérapie cognitive et comportementale si la douleur envahit les pensées, font partie du même plan que les comprimés.

  • Commencez l’effort à très faible intensité, puis augmentez la durée avant la vitesse.
  • Gardez un niveau d’activité stable. Trop forcer les « bons jours » prépare souvent un mauvais lendemain.
  • Signalez à votre médecin tout traitement déjà en cours avant d’ajouter du CBD ou un autre produit.

Fibromyalgie et CBD, quand consulter

Une douleur diffuse qui dure depuis des mois mérite un médecin, même si vous pensez déjà « savoir » que c’est une fibromyalgie. D’autres maladies l’imitent. Un bilan clinique, parfois des analyses ou des clichés, sert d’abord à ne pas passer à côté d’une polyarthrite, d’un lupus ou d’un trouble du sommeil (apnées) que l’on peut traiter autrement. Le rhumatologue intervient souvent en second recours.

Le CBD n’est pas le sujet du rendez-vous si des signes aigus apparaissent. Une douleur thoracique brutale, un essoufflement, un déficit neurologique, une fièvre avec gonflement articulaire, une jaunisse ou des idées suicidaires ne s’expliquent pas par « un mauvais jour de fibromyalgie ». Appelez le 15 ou le 112 si la situation paraît grave, ou voyez un médecin le jour même dans les autres cas de la liste ci-dessous.

Si vous prenez déjà du CBD, dites-le. Apportez le flacon, la teneur affichée, et la liste de vos médicaments (anticoagulant, antiépileptique, antidépresseur, somnifère, tramadol). Demandez si une surveillance du foie a un sens dans votre cas, surtout en cas d’antécédent hépatique. N’attendez pas une « détox » maison. L’atteinte décrite par la FDA se voit d’abord sur une prise de sang.

Cette maladie s’accompagne plus souvent d’anxiété et de dépression, selon les CDC. Un changement d’humeur sous CBD, ou sans CBD, n’est pas à relativiser. MedlinePlus demande d’alerter le médecin en cas d’agitation nouvelle, d’idées de mort, ou d’un comportement inhabituel. Un proche peut appeler à votre place si vous n’y arrivez pas.

Situation Conduite
Jaunisse, urines très foncées, douleur sous les côtes à droite Médecin le jour même ; 15 ou 112 si malaise intense
Éruption, urticaire, gonflement du visage, gêne à respirer Arrêt du produit ; 15 ou 112 si la respiration est menacée
Idées suicidaires, agitation, dépression d’apparition brutale Contacter le médecin sans attendre ; 15 si danger immédiat
Douleur nouvelle avec fièvre, articulations gonflées, déficit d’un membre Consultation rapide, car ce n’est pas le tableau habituel
Projet de grossesse, allaitement, ou anticoagulant / antiépileptique en cours Avis du médecin ou du pharmacien avant tout CBD

Questions fréquentes

Le CBD est-il la même chose que le cannabis ?

Non. Le CBD est une molécule ; le cannabis est une plante qui contient aussi du THC, responsable de l’effet psychoactif. Le CBD pur ne fait pas planer, mais des produits vendus comme « CBD » en contiennent parfois, comme l’a montré l’analyse de 84 extraits en 2017.

Quelle dose de CBD prendre contre la fibromyalgie ?

Aucune dose n’est validée pour cette maladie. L’essai de 2025 a testé 50 mg par jour pendant 24 semaines sans battre le placebo sur la douleur. Les doses d’Epidyolex, en milligrammes par kilo, concernent l’épilepsie et ne se recopient pas.

Peut-on associer le CBD à ses médicaments ?

Pas sans avis. La FDA et la Mayo Clinic décrivent des interactions, notamment avec les anticoagulants, les antiépileptiques, les sédatifs et l’alcool. Apportez votre ordonnance au pharmacien avant d’acheter un flacon.

Le CBD vendu en magasin est-il contrôlé comme un médicament ?

Non. Seul l’Epidyolex (Epidiolex aux États-Unis) a passé une autorisation de médicament pour certaines épilepsies. Les huiles de commerce n’ont pas ce contrôle de dose ni d’allégations, et leur étiquette est souvent inexacte.

Le CBD peut-il aider à mieux dormir ?

Ce n’est pas démontré comme traitement du sommeil dans la fibromyalgie. L’essai de 2025 n’a pas soutenu le CBD à 50 mg comme antalgique ; le sommeil n’y était pas un succès annoncé sur le critère principal. Somnolence et, parfois, insomnie figurent parmi les effets du cannabidiol médicamenteux.

Faut-il arrêter l’exercice si l’on essaie le CBD ?

Non. EULAR place l’exercice en tête des mesures, loin devant tout cannabinoïde. Le CBD n’a pas montré qu’il remplaçait la marche, la natation ou un programme de kinésithérapie. Si la douleur augmente après l’effort, on réduit l’intensité, on ne remplace pas l’activité par une huile.

Effets secondaires du CBD pour la fibromyalgie.

Conclusion

Le CBD isolé n’a pas tenu la promesse que beaucoup de fiches lui prêtaient. À 50 mg par jour pendant six mois, il n’a pas réduit la douleur mieux qu’un placebo, et le NICE le réserve aux essais contre ces douleurs au long cours. Les signaux plus anciens sur le nabilone et sur le cannabis inhalé riche en CBD vont dans la même direction, ou pointent vers le THC et ses effets psychoactifs plutôt que vers une huile « sans planer ».

Le produit n’est pas pour autant sans risque. Foie, somnolence, interactions, grossesse, étiquetage hasardeux et THC non déclaré font partie du dossier FDA, EMA et Mayo Clinic, pas d’une rumeur d’internet. Un flacon acheté pour « se soigner » peut aussi retarder un bilan, alors que la fibromyalgie se gère d’abord par l’activité physique adaptée, le sommeil et, si besoin, des médicaments dont l’effet a été mesuré.

Avant d’ouvrir un compte-gouttes, prenez un rendez-vous ou passez à l’officine avec la liste de vos traitements. Demandez si le CBD a un sens dans votre cas, quelles alternatives locales existent (kinésithérapie, duloxétine, prégabaline, amitriptyline selon la situation), et quels signes doivent faire arrêter. Si la douleur s’accompagne d’une jaunisse, d’une détresse respiratoire ou d’idées suicidaires, le 15 ou le 112 passe avant tout produit.

Sources

  1. Rasmussen MU, Christensen R et al. : Cannabidiol versus placebo in patients with fibromyalgia: a randomised, double-blind, placebo-controlled, parallel-group, single-centre trial. Annals of the Rheumatic Diseases, 21 août 2025.
  2. Recommendations | Cannabis-based medicinal products. National Institute for Health and Care Excellence, novembre 2019, revue le 20 mai 2025.
  3. Walitt B, Klose P et al. : Cannabinoids for fibromyalgia. Cochrane Database of Systematic Reviews, 18 juillet 2016.
  4. CBD: Safe and effective?. Mayo Clinic, 27 octobre 2026.
  5. What You Need to Know (And What We’re Working to Find Out) About Products Containing Cannabis or Cannabis-derived Compounds, Including CBD. U.S. Food and Drug Administration, mis à jour en 2024.
  6. Epidyolex (cannabidiol) EPAR overview. European Medicines Agency, 19 septembre 2019.
  7. Fibromyalgia – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 26 avril 2025.
  8. Fibromyalgia (CDC arthritis information). Centers for Disease Control and Prevention, 25 mai 2022.
  9. van de Donk T, Niesters M et al. : An experimental randomized study on the analgesic effects of pharmaceutical-grade cannabis in chronic pain patients with fibromyalgia. Pain, avril 2019.
  10. Bonn-Miller MO, Loflin MJE et al. : Labeling Accuracy of Cannabidiol Extracts Sold Online. JAMA, 7 novembre 2017.
  11. Macfarlane GJ, Kronisch C et al. : EULAR revised recommendations for the management of fibromyalgia. Annals of the Rheumatic Diseases, 2017.
  12. Cannabidiol: MedlinePlus Drug Information. MedlinePlus, mis à jour en 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.