Triglycérides élevés : comment les réduire par l’alimentation

Triglycérides élevés : comment les reduire

Les triglycérides baissent d’abord par moins de sucres et de glucides raffinés, une forte réduction de l’alcool, une perte de 5 à 10 % du poids en cas de surcharge pondérale, et une activité d’endurance régulière. Un médicament n’entre en jeu que si ces mesures ne suffisent pas, ou si le taux reste assez haut pour menacer le pancréas.

Baisser le chiffre ne protège pas toujours le cœur de la même façon. Dans l’essai PROMINENT de 2022, un fibrate a réduit les triglycérides d’environ 26 % chez des patients diabétiques déjà sous statine, sans diminuer les infarctus ni les accidents vasculaires. À l’inverse, l’icosapent éthyl à 4 g par jour a réduit d’environ 25 % les événements ischémiques dans REDUCE-IT (2019), chez des patients à haut risque déjà traités par statine.

Un bilan à jeun au-dessous de 1,7 mmol/L (environ 1,5 g/L) est le seuil jugé souhaitable par la Mayo Clinic. Au-delà de 5,7 mmol/L (environ 5 g/L), le risque de pancréatite aiguë monte, et le consensus de l’American College of Cardiology de 2021 prescrit alors un régime très pauvre en graisses, sans alcool. Le NICE britannique (NG238, 2023) demande un avis spécialisé urgent dès 20 mmol/L.

Quels seuils de triglycérides sont trop élevés

Un dosage à jeun au-dessous de 1,7 mmol/L (150 mg/dL, soit environ 1,5 g/L) est considéré comme souhaitable. La Mayo Clinic, mise à jour en janvier 2026, classe 1,7 à 2,2 mmol/L comme limite, 2,3 à 5,6 mmol/L comme élevé, et 5,7 mmol/L ou plus comme très élevé.

Les laboratoires français rendent souvent le résultat en g/L, les textes internationaux en mmol/L ou en mg/dL. 1,5 g/L correspond à 150 mg/dL et à environ 1,7 mmol/L ; 5 g/L correspond à 500 mg/dL et à environ 5,7 mmol/L. Demander les deux unités sur le compte rendu évite de comparer un chiffre à un tableau qui n’est pas dans la même échelle.

Le consensus ACC de 2021 distingue aussi un prélèvement non à jeun. Un taux non à jeun à partir d’environ 2,0 mmol/L (175 mg/dL) jusqu’à moins de 5,7 mmol/L relève déjà d’une hypertriglycéridémie légère à modérée. L’hypertriglycéridémie persistante y est définie comme un taux encore à 2,0 mmol/L environ ou plus après 4 à 12 semaines de mesures d’hygiène de vie, sur une statine à dose stable lorsqu’elle est indiquée, et après traitement des causes secondaires. Une décision de médicament hors statine s’appuie sur au moins deux bilans à jeun séparés d’au moins deux semaines.

Catégorie (Mayo Clinic, 2026) mmol/L g/L environ Lecture
Souhaitable moins de 1,7 moins de 1,5 Objectif habituel à jeun
Limite 1,7 à 2,2 1,5 à 2,0 Risque cardiovasculaire accru
Élevé 2,3 à 5,6 2,0 à 5,0 Hygiène de vie, statine si le risque global le justifie
Très élevé 5,7 ou plus 5,0 ou plus Risque de pancréatite, traitement ciblé
Extrême 11,3 ou plus 10 ou plus Chylomicrons, régime très pauvre en graisses

Aux États-Unis, le National Heart, Lung, and Blood Institute estime qu’un adulte sur quatre au plus a des triglycérides trop hauts (page de 2023). La Cleveland Clinic, en 2022, parle plutôt d’un adulte sur cinq au-dessus de 150 mg/dL, et d’un objectif plus serré au-dessous de 100 mg/dL pour certaines équipes. Ces parts ne décrivent pas la population française ; elles rappellent seulement que l’anomalie est fréquente. Chez l’enfant et l’adolescent de 10 à 19 ans, le NHLBI retient un seuil souhaitable plus bas, au-dessous de 90 mg/dL.

Graphique illustrant les niveaux de triglycérides.

Risques pour le cœur, les artères et le pancréas

Un taux durablement trop haut s’associe à un risque plus élevé d’infarctus, d’AVC et de maladie des coronaires. La Mayo Clinic relie cette hausse à l’épaississement des parois artérielles. Le consensus ACC de 2021 insiste sur un mécanisme plus précis. Ce ne sont pas seulement les triglycérides « bruts » qui posent problème, mais les particules résiduelles riches en cholestérol (remnants des lipoprotéines de très basse densité, ou VLDL), souvent couplées à un HDL bas et à un LDL petit et dense.

La plupart des personnes n’ont aucun symptôme. Le NHLBI le rappelle, l’anomalie se découvre sur le bilan lipidique, pas sur une douleur. Un taux non à jeun qui reste au-dessus de 175 mg/dL longtemps peut déjà alourdir le risque cardiaque. À partir de 500 mg/dL, s’ajoute le risque d’une pancréatite aiguë, inflammation brutale du pancréas. Le même document décrit, aux niveaux les plus hauts, une lipémie rétinienne (vaisseaux de l’œil d’aspect laiteux) et des lésions cutanées du dos, de la poitrine, des bras ou des jambes.

Le consensus ACC de 2021 chiffre deux ordres de grandeur utiles. L’hypertriglycéridémie expliquerait environ 9 % des pancréatites aiguës. Chez les personnes déjà en hypertriglycéridémie sévère, l’incidence de pancréatite serait de l’ordre de 14 %. Au-delà de 1 000 mg/dL (environ 11,3 mmol/L, soit 10 g/L), des chylomicrons persistent à jeun. Passé 1 500 mg/dL, le tableau peut inclure xanthomes éruptifs, lipémie rétinienne et pancréatite. Le NHLBI ajoute, au-dessus de ce seuil, des troubles de mémoire à court terme, une augmentation du foie et de la rate, des douleurs d’estomac et un rougissement cutané après alcool.

Ces chiffres ne veulent pas dire que chaque personne à 5,7 mmol/L ou plus fera une pancréatite, ni qu’un taux « seulement » limite soit anodin pour les artères. Le risque cardiovasculaire se lit avec le LDL, le HDL, le diabète, la tension, le tabac et les antécédents familiaux. Le risque pancréatique, lui, grimpe surtout quand le chiffre devient très haut et reste haut.

Causes fréquentes d’un taux trop haut

L’excès de calories, surtout sucrées, le surpoids, l’alcool et le manque d’activité suffisent souvent à faire monter le taux. La Cleveland Clinic et la Mayo Clinic ajoutent le diabète de type 2 mal contrôlé, l’hypothyroïdie, les maladies du rein ou du foie, le syndrome métabolique et certaines maladies inflammatoires. Une grossesse, surtout au troisième trimestre, peut aussi élever le chiffre ; la conduite à tenir appartient alors au suivi obstétrical, pas à un régime improvisé.

Plusieurs médicaments élèvent les triglycérides. Les listes de la Mayo Clinic, de l’ACC et de la Cleveland Clinic se recoupent : diurétiques, bêtabloquants, corticoïdes, œstrogènes oraux, progestatifs, tamoxifène, rétinoïdes, immunosuppresseurs, cyclophosphamide, certains antirétroviraux (inhibiteurs de protéase), résines chélatrices des acides biliaires, et certains antipsychotiques de seconde génération. Le bénéfice de ces traitements peut l’emporter. On ne les interrompt pas sans avis médical. Le médecin traitant ou le pharmacien jugent s’il faut changer de molécule, baisser une dose ou simplement surveiller le bilan.

Une part des cas est génétique. L’ACC distingue le syndrome de chylomicronémie multifactorielle, de loin le plus fréquent (un facteur secondaire sur un terrain familial), le syndrome de chylomicronémie familiale, très rare, et la lipodystrophie partielle familiale. Le traitement n’est pas le même. Une pancréatite sans diabète ni obésité, un parent proche avec un taux extrême, ou un bilan qui résiste aux mesures habituelles justifient d’en parler au médecin, qui pourra l’orienter vers une consultation spécialisée des lipides.

Le tabac figure parmi les facteurs retenus par le NHLBI. Il n’est pas le levier le plus puissant sur ce lipide, mais il s’ajoute au risque artériel. Corriger le diabète et la thyroïde change souvent plus le chiffre qu’un régime parfait laissé à côté d’une glycémie hors cible.

Aliments, sucres et graisses à revoir

Les sucres simples et les farines blanches sont le premier levier alimentaire, pas un « régime sans graisse » pour tout le monde. La Mayo Clinic relie clairement la hausse aux glucides raffinés, au sucre et au fructose. Le consensus ACC de 2021 demande, en hypertriglycéridémie persistante au-dessous de 500 mg/dL, de limiter les sucres ajoutés à moins de 6 % des calories et les graisses à 30 à 35 % des calories, en privilégiant les insaturées. Entre 500 et 999 mg/dL, les sucres ajoutés descendent sous 5 % et les graisses totales vers 20 à 25 % des calories.

L’huile d’olive est surtout riche en acides gras mono-insaturés, pas en polyinsaturés. Le consensus ACC cite les huiles liquides de soja, de colza, de maïs et d’olive pour remplacer beurre, saindoux et huiles tropicales (coco, palme). Les poissons gras (saumon, maquereau) remplacent une viande rouge saturée, selon la Mayo Clinic, lorsque le taux n’est pas encore dans la zone de pancréatite. Passé 5,7 mmol/L, toutes les graisses, y compris les « bonnes », doivent être comptées, parce que le chylomicron se charge de lipides alimentaires.

Les boissons sucrées concentrent fructose et calories sans rassasier. Sodas, nectars, thés sucrés et jus extraits se comportent comme un sucre ajouté, même si le fruit entier reste acceptable en quantité raisonnable tant que l’on n’est pas en régime d’urgence. Les pâtisseries, viennoiseries, céréales du petit-déjeuner sucrées et sauces du commerce accumulent le même type de glucides.

  • Une canette sucrée charge le foie de fructose, souvent reconverti en triglycérides circulants.
  • Pain blanc, riz blanc et frites élèvent plus l’index glycémique du repas que les céréales complètes.
  • Un poisson ou une volaille sans peau remplace un steak gras sans vider l’assiette de protéines.
  • Fruits entiers, légumes et légumineuses apportent des fibres qui ralentissent l’arrivée du sucre.
  • Les jus, même « 100 % fruit », n’équivalent pas au fruit entier pour ce bilan.

Un diététicien, sur prescription, adapte ces règles au poids, au diabète et au niveau exact du taux. Le consensus ACC en fait même un passage obligé, parce que le menu d’une hypertriglycéridémie modérée (graisses encore présentes, sucres très limités) n’est pas celui d’une urgence à 10 g/L (graisses comptées au gramme).

Poids, alcool et activité physique

Perdre 5 à 10 % du poids, lorsque le surpoids y participe, s’associe à une baisse d’environ 20 % des triglycérides, d’après le consensus ACC de 2021. La plupart des patients verraient plutôt 10 à 20 % de baisse ; certains, surtout au départ très hauts, peuvent descendre jusqu’à 70 %. L’effet n’est pas linéaire chez tout le monde : quelques kilogrammes suffisent parfois, d’autres personnes bougent peu le chiffre malgré un effort réel.

L’alcool a un effet disproportionné. Il apporte des calories et du sucre, et le foie le transforme volontiers en VLDL. La Mayo Clinic conseille de le limiter, et de le supprimer entièrement en hypertriglycéridémie sévère. L’ACC dit la même chose dès que le taux est nettement élevé. Ce n’est pas un « verre de vin protecteur » dans cette situation ; c’est un levier parmi les plus rapides, à discuter franchement avec le médecin si l’arrêt est difficile.

L’activité d’endurance régulière baisse les triglycérides d’environ 11 % dans les synthèses reprises par l’ACC, le renforcement musculaire d’environ 6 %. Combinée à une perte de 5 à 10 % du poids, l’activité d’intensité au moins modérée peut atteindre environ 20 % de baisse. Un programme alimentaire bien conduit plus une activité aérobie régulière peut totaliser 20 à 50 %. La cible de l’ACC est de 150 minutes d’intensité modérée par semaine, ou 75 minutes d’intensité élevée. La Mayo Clinic formule l’habitude autrement : au moins 30 minutes, la plupart des jours.

Marcher d’un bon pas, nager ou pédaler restent des points d’entrée accessibles. L’effet dépend du taux de départ, de la durée et de l’intensité. Une personne sédentaire gagne déjà à bouger un peu, puis à allonger. Avant un programme soutenu, surtout en cas de maladie cardiaque connue, le médecin fixe le niveau raisonnable.

Le NHLBI ajoute le sommeil, l’arrêt du tabac et la gestion du stress dans la liste des habitudes « cœur ». Ces points n’ont pas, dans les documents cités, l’effet chiffré de l’alcool ou de la perte de poids. Ils comptent pour le risque global, pas comme un substitut au sucre et à l’alcool.

Statines, fibrates et oméga-3 de prescription

La statine reste le premier médicament du risque cardiovasculaire, y compris lorsque les triglycérides sont hauts. Le consensus ACC de 2021 le dit avant toute discussion sur les fibrates ou les oméga-3 : on traite d’abord le LDL selon les règles de 2018, on intensifie la statine si le risque le justifie, et on ne commence pas un « anti-triglycérides » isolé chez un adulte sans maladie athéromateuse ni diabète, tant que le taux reste sous 5,7 mmol/L. Les statines de forte intensité baissent aussi davantage les triglycérides que les doses faibles.

Les fibrates (fénofibrate, gemfibrozil) abaissent fortement ce lipide. Leur place actuelle n’est plus celle d’un protecteur cardiaque universel ajouté à la statine. Le NICE britannique, dans la recommandation NG238 de décembre 2023, demande de ne pas associer une statine à un fibrate, à l’acide nicotinique ou à un composé oméga-3 pour prévenir la maladie cardiovasculaire, avec une exception pour l’icosapent éthyl. En cas de taux très élevé, l’ACC envisage le fénofibrate ou un oméga-3 de prescription pour réduire le risque de pancréatite, et déconseille le gemfibrozil si une statine est déjà en cours, à cause de l’interaction musculaire.

Les oméga-3 de prescription (esters éthyliques EPA+DHA, ou icosapent éthyl d’EPA purifié) à 2 g deux fois par jour abaissent d’environ 30 % un taux déjà haut, selon l’ACC. Ce ne sont pas les gélules de supermarché. Le NHLBI souligne que les compléments alimentaires d’oméga-3 ne sont pas autorisés par la FDA américaine pour traiter une hypertriglycéridémie. La Mayo Clinic ajoute que ces compléments sont souvent moins dosés, et qu’une forte dose d’huile de poisson peut gêner la coagulation. Toute supplémentation se discute avec le médecin ou le pharmacien.

L’acide nicotinique (niacine) figure encore sur la page Mayo de 2026, avec une mise en garde sur les interactions et les effets indésirables. Le NICE, en 2023, ne le recommande pas en association à une statine pour prévenir les événements cardiovasculaires. En France, la molécule disponible, la dose et le remboursement relèvent du médecin et du pharmacien, pas d’un achat libre calqué sur une fiche américaine.

Verre rempli de morceaux de sucre avec une paille.

Icosapent éthyl et fibrates, ce que les essais montrent

Deux essais de grande taille ont séparé « faire baisser les triglycérides » et « protéger le cœur ». REDUCE-IT, publié en 2019 dans le New England Journal of Medicine, a tiré au sort 8 179 patients déjà sous statine, avec des triglycérides à jeun entre 135 et 499 mg/dL et un LDL entre 41 et 100 mg/dL. Ils avaient soit une maladie cardiovasculaire (70,7 %), soit un diabète plus un autre facteur de risque. L’icosapent éthyl, 2 g deux fois par jour (4 g par jour), a réduit le critère principal (décès cardiovasculaire, infarctus, AVC, revascularisation ou angor instable) à 17,2 % des patients, contre 22,0 % sous placebo, soit un rapport de risque de 0,75 sur 4,9 ans de suivi médian. Des hospitalisations pour fibrillation auriculaire ou flutter auriculaire ont été plus fréquentes (3,1 % contre 2,1 %), et les hémorragies graves un peu plus nombreuses (2,7 % contre 2,1 %).

L’essai STRENGTH, résumé dans le consensus ACC de 2021, a testé 4 g par jour d’un mélange EPA+DHA contre de l’huile de maïs. Il a été arrêté pour futilité. Un oméga-3 mixte à dose élevée n’a pas reproduit le bénéfice de l’EPA purifié de REDUCE-IT. Une revue Cochrane de 2020 (86 essais, 162 796 participants) conclut que l’augmentation des oméga-3 à longue chaîne a peu ou pas d’effet sur la mortalité et les événements cardiovasculaires, tout en baissant les triglycérides d’environ 15 %. REDUCE-IT reste donc un cas à part, chez des patients sélectionnés, à forte dose d’EPA, pas un argument pour toutes les gélules d’huile de poisson.

PROMINENT, présenté en 2022, a tiré au sort 10 497 personnes avec diabète de type 2, triglycérides entre 200 et 499 mg/dL et HDL bas, pour 96 % déjà sous statine. Le pémafibrate (0,2 mg deux fois par jour dans l’essai) a baissé les triglycérides d’environ 26 % par rapport au placebo, sans réduire les événements cardiovasculaires (rapport de risque 1,03). Davantage d’événements rénaux et de thromboses veineuses ont été observés. L’ACC en tire une phrase nette : chez les patients déjà sous statine, les fibrates ne se recommandent pas pour réduire le risque cardiovasculaire.

L’icosapent éthyl n’est pas un produit de comptoir, et sa disponibilité en France se vérifie auprès du médecin ou du pharmacien. Le NICE l’a retenu au Royaume-Uni comme exception, en prévention secondaire, chez des patients sous statine avec triglycérides à jeun encore élevés. Ce n’est pas un schéma à recopier seul. Dose, indication, rythme cardiaque et risque hémorragique appartiennent à la prescription.

Taux très élevés et régime pauvre en graisses

Dès 5,7 mmol/L, l’objectif immédiat n’est plus seulement le cœur, c’est d’éloigner la pancréatite. Le consensus ACC de 2021 impose un régime pauvre en graisses, l’arrêt de l’alcool, le traitement d’une hyperglycémie, puis un oméga-3 de prescription et, si besoin, du fénofibrate. Entre 500 et 999 mg/dL, les graisses totales visent 20 à 25 % des calories. À 1 000 mg/dL ou plus, le régime devient très pauvre en graisses (10 à 15 % des calories, soit 20 à 30 g par jour, parfois moins de 5 % le temps de faire redescendre le taux sous 1 000 mg/dL).

Ce menu n’a rien d’un régime méditerranéen classique. Le saumon, l’avocat, les noix et l’huile d’olive, utiles plus bas, deviennent des sources de grammes de lipides à compter. Les protéines maigres, les féculents adaptés et les légumes occupent l’assiette. Un diététicien formé aux dyslipidémies évite les carences et les à-coups. L’ACC rappelle que le régime d’une hypertriglycéridémie sévère n’est pas celui d’une hausse modérée.

Le NICE (NG238, 2023) raisonne en mmol/L, unité des laboratoires britanniques et de beaucoup de comptes rendus européens.

  • Un résultat supérieur à 20 mmol/L, hors alcool ou diabète décompensé, appelle un avis spécialisé urgent.
  • Entre 10 et 20 mmol/L, on refait un dosage à jeun (5 jours à 2 semaines) et l’on cherche une cause secondaire.
  • Si le contrôle reste supérieur à 10 mmol/L, le NICE demande un avis spécialisé.
  • Entre 4,5 et 9,9 mmol/L, les scores de risque peuvent sous-estimer le danger cardiovasculaire.
  • Un cholestérol non-HDL au-delà de 7,5 mmol/L justifie aussi d’en parler à un spécialiste.

Ces seuils sont britanniques. Ils ne remplacent pas une recommandation française, que le médecin traitant appliquera. Ils donnent toutefois un ordre de grandeur : un chiffre à deux chiffres en mmol/L n’est plus une « petite anomalie de bilan ».

Douleur abdominale et moment de consulter

Une hypertriglycéridémie se discute avec le médecin traitant dès qu’un bilan la montre, surtout si elle se répète. La Cleveland Clinic recommande les urgences en cas de signes de pancréatite aiguë, d’infarctus ou d’AVC. Une douleur brutale de la partie haute du ventre, des nausées ou des vomissements, en particulier si le taux est déjà très haut, justifient d’appeler le 15 (SAMU) ou le 112, sans attendre le lendemain.

Situation Conduite
Douleur haute du ventre brutale, nausées, vomissements Appeler le 15 ou le 112
Résultat dépassant 20 mmol/L, hors alcool ou glycémie incontrôlée Avis spécialisé urgent (NICE NG238, 2023)
Taux 10 à 20 mmol/L encore haut à jeun Avis spécialisé après contrôle (NICE NG238)
Taux 4,5 à 9,9 mmol/L avec autres facteurs de risque Bilan complet et optimisation avec le médecin traitant
Xanthomes, pancréatite ancienne, parent atteint très jeune Demander si une consultation des lipides est utile

Le NHLBI propose un profil lipidique tous les cinq ans chez l’adulte en bonne santé, plus souvent en cas de diabète, d’âge avancé ou d’antécédents familiaux. Un jeûne de 10 à 12 heures, eau autorisée, rend le triglycéride comparable d’un contrôle à l’autre (Cleveland Clinic). Apporter la liste des médicaments, y compris hormones et traitements du VIH, évite d’attribuer à l’alimentation une hausse d’origine médicamenteuse.

Si le taux reste très haut malgré le traitement, ou s’il existe une maladie cardiaque précoce dans la famille, la Mayo Clinic oriente vers une clinique spécialisée des lipides. Ce n’est pas le parcours de tout le monde. Pour la majorité, le prochain geste utile est un rendez-vous avec le médecin traitant, un bilan à jeun de contrôle, et une question précise : « mon chiffre est-il dans la zone pancréas, dans la zone cœur, ou les deux ? »

Questions fréquentes

Un taux à 2 g/L est-il déjà dangereux ?

Deux grammes par litre correspondent à environ 2,3 mmol/L, soit la zone « élevée » de la Mayo Clinic, pas encore la zone de pancréatite. Ce niveau s’associe déjà à un risque cardiovasculaire plus haut, surtout s’il s’accompagne d’un HDL bas, d’un surpoids ou d’un diabète. Il justifie des mesures d’hygiène de vie et une lecture du risque global avec le médecin, pas un passage aux urgences à lui seul.

Les compléments d’huile de poisson remplacent-ils une prescription ?

Non. Le NHLBI indique que ces compléments ne sont pas autorisés par la FDA pour traiter une hypertriglycéridémie, contrairement aux oméga-3 de prescription. La Mayo Clinic précise qu’ils sont souvent moins dosés et qu’une forte dose peut gêner la coagulation. Un poisson gras dans l’assiette n’équivaut pas non plus à 4 g d’icosapent éthyl.

Faut-il supprimer tout alcool si le taux est seulement un peu haut ?

Pas forcément à la première valeur limite, mais l’alcool est un levier puissant et la Mayo Clinic conseille déjà de le limiter. Dès que le taux entre dans la zone très élevée, l’abstinence est la règle de l’ACC et de la Mayo Clinic, pour faire redescendre le chiffre et éloigner la pancréatite. Le médecin traitant aide à fixer l’objectif, surtout si l’arrêt est difficile.

Le jeûne change-t-il le chiffre du laboratoire ?

Oui. Les triglycérides montent après un repas, d’où le jeûne demandé pour un dosage fiable (Mayo Clinic, Cleveland Clinic). Un prélèvement non à jeun reste utile pour dépister, et l’ACC retient 175 mg/dL non à jeun comme seuil d’hypertriglycéridémie légère à modérée. Pour confirmer et suivre un traitement, deux bilans à jeun restent la référence.

Peut-on corriger le taux sans médicament ?

Souvent, oui, tant que l’on n’est pas dans la zone de pancréatite et que le risque cardiovasculaire global ne commande pas déjà une statine. Alcool, sucres, poids et endurance suffisent chez beaucoup de personnes. Un médicament devient pertinent si le taux persiste après 4 à 12 semaines de mesures, ou s’il dépasse 5,7 mmol/L.

Une statine suffit-elle quand les triglycérides restent élevés ?

Elle reste la base du risque cardiaque. Elle ne remplace pas l’arrêt de l’alcool ni le régime si le taux est très haut. Si une maladie athéromateuse est déjà là et que les triglycérides persistent sous statine, l’icosapent éthyl a montré un bénéfice dans REDUCE-IT ; un fibrate ajouté à la statine n’en a pas montré dans PROMINENT. La molécule éventuellement prescrite en France se décide avec le médecin.

Un médecin consulté par une femme en surpoids.

Conclusion

Le chiffre du laboratoire n’est pas un verdict unique. Au-dessous de 5,7 mmol/L, l’enjeu est surtout artériel : sucres, alcool, poids, endurance, causes secondaires, puis statine si le risque global le justifie. Au-dessus, s’ajoute une course contre la pancréatite, avec un régime où chaque gramme de graisse compte et sans alcool. Les essais de 2019 et 2022 ont tranché un malentendu tenace : faire baisser les triglycérides avec un fibrate chez un patient déjà sous statine n’a pas réduit les infarctus, alors qu’une forte dose d’EPA purifié l’a fait dans un groupe à haut risque.

Prenez le dernier bilan, convertissez-le en mmol/L et en g/L, et notez s’il était à jeun. Demandez au médecin traitant dans quelle bande vous êtes, quelles causes secondaires (diabète, thyroïde, médicaments, alcool) restent à traiter, et si le prochain contrôle doit avoir lieu dans quelques semaines ou dans quelques mois. Si le taux dépasse 5,7 mmol/L, posez aussi la question du régime très pauvre en graisses et d’un avis spécialisé.

Une douleur brutale du haut du ventre, des nausées ou des vomissements ne se « surveillent » pas à la maison. Dans ce cas, appelez le 15 ou le 112. Pour le reste, le levier le plus rapide est rarement un comprimé acheté sans ordonnance. C’est la canette sucrée, le verre d’alcool et les cinq à dix pour cent de poids que le consensus ACC de 2021 relie déjà à une baisse d’environ 20 % de ce lipide.

Sources

  1. Triglycerides: Why do they matter?. Mayo Clinic, 21 janvier 2026.
  2. High Blood Triglycerides. National Heart, Lung, and Blood Institute, 19 avril 2023.
  3. Hypertriglyceridemia: Causes, Risk Factors & Treatment. Cleveland Clinic, 29 juillet 2022.
  4. Virani SS, Morris PB, Agarwala A et al. : 2021 ACC Expert Consensus Decision Pathway on the Management of ASCVD Risk Reduction in Patients With Persistent Hypertriglyceridemia: A Report of the American College of Cardiology Solution Set Oversight Committee. Journal of the American College of Cardiology, 28 juillet 2021.
  5. Cardiovascular disease: risk assessment and reduction, including lipid modification. National Institute for Health and Care Excellence, 14 décembre 2023.
  6. Abdelhamid AS, Brown TJ, Brainard JS et al. : Omega-3 intake for cardiovascular disease. Cochrane, 29 février 2020.
  7. Bhatt DL, Steg PG, Miller M et al. : Cardiovascular Risk Reduction with Icosapent Ethyl for Hypertriglyceridemia. New England Journal of Medicine, 3 janvier 2019.
  8. Pemafibrate to Reduce Cardiovascular Outcomes by Reducing Triglycerides in Patients With Diabetes – PROMINENT. American College of Cardiology, 27 février 2023.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.