
Le trouble bipolaire se reconnaît à des épisodes durables d’humeur anormalement haute ou irritable, avec une hausse nette de l’énergie, et à des épisodes dépressifs d’au moins deux semaines. La manie dure au moins sept jours, ou moins si une hospitalisation s’impose ; l’hypomanie dure au moins quatre jours, reste moins invalidante et ne s’accompagne pas de psychose.
Dormir trois heures et se sentir reposé, parler sans s’arrêter, s’endetter ou s’exposer sexuellement en quelques jours, ce n’est pas une simple « bonne période ». La fiche de l’OMS datée du 11 septembre 2026 estime qu’en 2023, 36 millions de personnes vivaient avec ce trouble, soit 0,4 % de la population mondiale, dont environ 32 millions d’adultes.
Les critères habituels retiennent sept jours de manie, quatre jours d’hypomanie et deux semaines de dépression. Une méta-analyse de 2019 portant sur 33 719 personnes estime à 33,9 % la part de tentatives de suicide au cours de la vie. Le guide britannique NICE CG185 place le lithium en première ligne au long cours, tandis que le valproate a vu ses règles d’emploi durcies en 2023 au Royaume-Uni.
Quels signes distinguent une manie d’une hypomanie ?
La manie est un changement net par rapport à l’état habituel, avec une humeur élevée, expansive ou irritable et une énergie accrue, presque toute la journée, presque tous les jours, pendant au moins une semaine, ou de durée plus courte si les urgences s’imposent. L’hypomanie reprend les mêmes symptômes pendant au moins quatre jours, mais sans rupture majeure du travail ou des relations, et sans idées délirantes ni hallucinations.
Le NIMH décrit un accès maniaque par une exaltation, une irritabilité vive, une activité inhabituelle, des pensées accélérées, un besoin de sommeil diminué, une parole rapide qui saute d’un sujet à l’autre, une appétence excessive pour la nourriture, l’alcool ou le sexe, un sentiment de puissance et des difficultés à tenir un emploi ou une vie sociale. Trois de ces signes (quatre si l’humeur est seulement irritable) suffisent, dans le DSM-5, à qualifier l’épisode une fois le seuil de durée atteint.
L’hypomanie trompe souvent la personne elle-même. Elle peut se sentir productive, créative, plus sociable, et ne rien trouver d’anormal, alors que l’entourage remarque un rythme de parole, des projets trop vastes ou des nuits trop courtes. Cette phase n’est pas sans conséquence. Elle peut précéder une manie franche ou, plus souvent, une dépression, et elle entre dans le diagnostic du type II.
Quelques repères concrets, chacun formulé comme un fait observable plutôt que comme une étiquette.
- La personne se sent reposée après trois heures de sommeil, plusieurs nuits de suite.
- Le débit de parole s’accélère au point que l’entourage ne peut plus suivre le fil.
- Les achats, les investissements ou les prises de risque sexuelles dépassent nettement l’habitude.
- L’estime de soi devient démesurée, avec des projets irréalistes ou un sentiment de mission.
- L’attention saute d’une idée à l’autre, ce que les cliniciens nomment fuite des idées.
Une psychose pendant cette phase haute change le cadre. Des idées de grandeur, une conviction d’être espionné, des voix ou des visions font de l’épisode une manie, par définition. Une hospitalisation, même avant sept jours, aboutit au même diagnostic. Le NIMH rappelle que ces contenus délirants suivent souvent la tonalité de l’humeur.

Comment se présente un épisode dépressif bipolaire ?
Un épisode dépressif bipolaire dure au moins deux semaines, presque toute la journée, presque tous les jours, avec une tristesse, un vide ou une perte de plaisir, plus d’autres signes qui alourdissent le quotidien. Il ressemble beaucoup à une dépression dite unipolaire, ce qui explique une grande partie des retards de diagnostic.
Cinq symptômes au moins, dont l’humeur basse ou l’anhédonie, sont exigés par le DSM-5. Le tableau du NIMH retient une tristesse ou une anxiété persistante, un ralentissement ou une agitation, des troubles de la concentration, un sommeil trop court ou trop long, une parole rare, une perte d’intérêt, une incapacité à accomplir des gestes simples, un sentiment de nullité et des idées de mort. Chez l’enfant et l’adolescent, l’irritabilité peut remplacer la tristesse affichée.
La personne passe souvent plus de temps dans cette phase basse que dans la phase haute, surtout dans le type II. La Mayo Clinic souligne que ce type n’est pas une version atténuée du type I. Les accès maniaques du type I peuvent être dangereux, mais les dépressions du type II sont souvent plus longues, et c’est là que le risque suicidaire s’accumule.
Quelques signes qui, associés à un passé d’exaltation, doivent faire chercher une bipolarité plutôt qu’une dépression isolée.
- La première dépression a commencé avant 25 ans, parfois dès l’adolescence.
- Au moins trois épisodes dépressifs se sont déjà succédé, avec des rémissions entre eux.
- Un parent ou un frère a déjà reçu un diagnostic de trouble de l’humeur bipolaire.
- Un antidépresseur a agité, raccourci le sommeil ou fait basculer vers une excitation.
- L’épisode actuel mélange hypersomnie, hyperphagie et un sentiment de lourdeur.
Ces indices, repris par Jain et Mitra dans StatPearls (2023) et par Marzani et Neff dans American Family Physician (2021), n’établissent pas le diagnostic à eux seuls. Ils justifient une question précise sur les périodes de quatre jours ou plus où le sommeil a chuté sans fatigue, où la parole s’est accélérée, où les projets se sont empilés.
Qu’est-ce qu’un épisode mixte et un cycle rapide ?
Un épisode mixte, au sens actuel du DSM-5, n’est plus une catégorie séparée. C’est un spécificateur. La personne remplit les critères d’une manie, d’une hypomanie ou d’une dépression, et présente en même temps au moins trois symptômes du pôle opposé, la plupart des jours. On peut donc être à la fois sans espoir et extrêmement agité, avec une énergie qui pousse à agir.
Le NIMH et MedlinePlus décrivent cette combinaison comme particulièrement éprouvante. La tristesse ou le vide coexiste avec une excitation interne, des pensées rapides et un besoin de mouvement. Les recommandations CANMAT/ISBD de 2021, signées Yatham et collègues, précisent qu’aucun médicament n’a atteint le seuil de première ligne pour ces présentations DSM-5, ce qui dit assez la difficulté clinique.
Le cyclage rapide désigne au moins quatre épisodes distincts de manie, d’hypomanie, de dépression ou mixtes en douze mois. Le NIMH et MedlinePlus retiennent ce seuil. Il n’est pas un type à part, c’est un cours possible de la maladie, plus fréquent chez certaines femmes, et parfois favorisé par un antidépresseur donné seul, par un sommeil très irrégulier ou par l’usage de substances.
Cette distinction change la lecture du danger. Une revue clinique de 2023 (StatPearls) rappelle que la majorité des décès par suicide liés à la maladie surviennent pendant la phase dépressive. Les états mixtes ajoutent l’énergie et l’impulsivité à la douleur morale. La manie pure n’est pas sans risque, mais ce n’est pas, contrairement à une idée encore répandue, le moment où les tentatives sont les plus fréquentes. Dong et collègues, en 2019, estiment à 33,9 % la part de personnes qui tentent de se suicider au moins une fois dans leur vie.
Quelles différences entre type I, type II et cyclothymie ?
Le type I exige au moins un épisode maniaque. Une dépression n’est pas obligatoire pour poser ce diagnostic, même si elle est fréquente. Sept jours de manie, ou une hospitalisation, ou une psychose, suffisent. Le type II exige au moins une hypomanie et au moins une dépression caractérisée, sans aucune manie franche dans l’histoire. La cyclothymie, chez l’adulte, dure au moins deux ans (un an avant 18 ans), avec des hauts et des bas trop discrets pour atteindre les seuils d’épisode, présents au moins la moitié du temps, sans répit de plus de deux mois.
MedlinePlus et le NIMH décrivent aussi les formes « spécifiées » ou « non spécifiées », lorsque la durée ou l’intensité ne collent pas aux trois cadres principaux. Un accès d’excitation de trois jours suivi de dépressions répétées peut entrer dans ce groupe. Ce n’est pas un fourre-tout anodin. L’enquête mondiale citée par StatPearls donnait une prévalence vie entière du spectre bipolaire de 2,4 %, plus large que les seuls types I et II.
Le type II n’est pas une forme légère. La Mayo Clinic le rappelle avec insistance. Les personnes concernées passent souvent de longues périodes dans une dépression de bas grade, consultent pour cette dépression, et ne mentionnent pas les phases où elles se sentaient « trop bien ». Le diagnostic arrive alors après plusieurs années. Jain et Mitra situent le délai moyen entre le premier contact soignant et le bon diagnostic entre six et dix ans.
Deux pics d’âge d’apparition sont décrits dans la même revue, vers 15-24 ans et vers 45-54 ans, plus de 70 % des personnes présentant des signes cliniques avant 25 ans. L’OMS note une prévalence comparable entre les sexes, avec davantage de diagnostics chez les femmes. Ces chiffres globaux (0,4 % en 2023 selon le GBD) ne se superposent pas au 2,4 % du spectre d’enquête. Le premier compte les cas retenus par la charge mondiale de morbidité ; le second inclut des formes sous le seuil.
Chez l’enfant et l’adolescent, quels signes surveiller ?
Chez l’enfant et l’adolescent, le trouble se manifeste par des changements d’humeur et d’énergie nettement plus intenses que les hauts et bas habituels de l’âge, souvent non provoqués, et accompagnés d’un sommeil, d’une activité et d’une pensée altérés. Ce n’est pas l’équivalent d’une crise de colère isolée, ni d’une agitation de classe.
La brochure NIMH de 2023 (publication 23-MH-8081) décrit, en phase haute, une gaieté ou une bêtise prolongée, une irritabilité extrême, une parole rapide, un sommeil réduit sans fatigue, des pensées en accéléré, des prises de risque et un sentiment de pouvoir. En phase basse, une tristesse non expliquée, de la colère, des douleurs (ventre, tête), une hypersomnie, une perte d’intérêt, des idées de mort. Les épisodes mixtes existent aussi à cet âge.
Le diagnostic est difficile parce que le TDAH, le trouble oppositionnel, le trouble disruptif de dérégulation de l’humeur, l’anxiété et la dépression unipolaire partagent des signes. Aucun bilan sanguin ni aucune IRM ne pose le diagnostic, précise le NIMH. Les examens servent à écarter une cause médicale. L’évaluation demande du temps, plusieurs séances, et souvent le regard des parents, des enseignants et d’un pédopsychiatre.
Les comportements à risque de l’adolescent (alcool, drogues, sexualité non protégée, fugues) peuvent accompagner une manie ou une dépression. Ils n’établissent pas à eux seuls une bipolarité. En revanche, une tentative de suicide chez un jeune, surtout s’il existe un antécédent familial de trouble de l’humeur, justifie une recherche active d’épisodes d’excitation passés inaperçus. Le traitement, lorsqu’il est indiqué, associe en général un régulateur de l’humeur ou un antipsychotique atypique et une psychothérapie familiale ou cognitivo-comportementale, selon le même institut.
Comment le diagnostic de trouble bipolaire est-il posé ?
Le diagnostic est clinique. Il repose sur l’histoire des épisodes, leur durée, leur retentissement, les antécédents familiaux et le récit des proches, pas sur un biomarqueur. Un médecin commence souvent par un examen physique et des analyses (thyroïde, ionogramme, hémogramme, toxiques urinaires) pour écarter une cause médicale ou médicamenteuse, puis oriente vers un psychiatre.
Le NICE (CG185) demande, en soins secondaires, une anamnèse complète des humeurs, des périodes de suractivité ou de désinhibition, des symptômes entre les épisodes, des facteurs déclenchants, des traitements déjà utiles ou inutiles, et des comorbidités. Il recommande d’inviter un proche à confirmer le récit. Les diagnostics différentiels cités comprennent le spectre de la schizophrénie, les troubles de la personnalité, l’usage d’alcool ou de drogues, le TDAH, et une hypo- ou hyperthyroïdie.
En médecine de premier recours britannique, une dépression associée à au moins quatre jours d’excitation ou de perte de contrôle du comportement justifie un avis spécialisé. Une manie suspectée, une dépression grave ou un risque de passage à l’acte imposent un rendez-vous immédiat. En France, le médecin traitant et le psychiatre appliquent le cadre local. Le lecteur n’a pas à importer tel quel le parcours du NHS.
Les questionnaires d’autoévaluation, Mood Disorder Questionnaire ou Hypomania Checklist-32, peuvent aider au repérage. StatPearls leur attribue une sensibilité d’environ 80 %, avec une spécificité plus faible pour le second. Un résultat positif n’est pas un diagnostic. Il ouvre un entretien structuré. Un résultat négatif n’élimine pas la maladie si l’histoire clinique est parlante.

Quelles affections ressemblent au trouble bipolaire ?
Plusieurs maladies et plusieurs traitements peuvent mimer une manie ou une dépression. Le NICE demande d’y penser avant de conclure. Une thyroïde trop active, une maladie de Cushing, un accident vasculaire, une sclérose en plaques, une carence en vitamine B12, un sevrage ou une intoxication (cocaïne, amphétamines, alcool) changent l’humeur et l’énergie. Des corticoïdes, certains antidépresseurs, le méthylphénidate ou la lévodopa peuvent aussi provoquer un tableau d’excitation.
Sur le plan psychiatrique, la schizophrénie se distingue par le cours des symptômes. Dans la bipolarité, la psychose, lorsqu’elle existe, apparaît pendant un épisode d’humeur et en suit souvent le thème (grandeur en manie, ruine en dépression). Une psychose durable, avec un aplatissement affectif, oriente ailleurs. Le trouble de la personnalité borderline comporte une instabilité relationnelle et des oscillations d’humeur plus brèves, souvent en heures ou en jours, sans le bloc d’une semaine de manie. Le TDAH est chronique, sans début d’épisode net et sans besoin de sommeil diminué de type maniaque.
Les comorbidités sont fréquentes, ce qui brouille encore le tableau. Jain et Mitra estiment qu’une comorbidité psychiatrique est présente chez 50 à 70 % des personnes concernées. Anxiété généralisée, trouble panique, TDAH, usage d’alcool ou d’autres substances, accès boulimiques, migraine, obésité, maladies cardiovasculaires, diabète et dysfonction thyroïdienne reviennent dans les encyclopédies cliniques, notamment celle de la Mayo Clinic. Traiter seulement l’anxiété ou seulement la dépression, sans voir les phases hautes, laisse le vrai trouble en place.
Un piège fréquent consiste à traiter une dépression par un antidépresseur seul. Le NIMH avertit qu’un tel schéma peut déclencher une manie ou un cyclage rapide. L’AAFP contre-indique cette monothérapie pendant une manie, un état mixte ou un type I. Si un virage maniaque persiste au-delà de l’effet du médicament, le DSM-5 autorise le diagnostic de type I. C’est une information à donner au médecin, pas un motif d’arrêter un traitement sans avis.
Quand consulter un médecin pour un trouble bipolaire ?
Il faut consulter le médecin traitant dès que des oscillations d’humeur, d’énergie et de sommeil durent des jours, changent le fonctionnement, et ne s’expliquent pas par un deuil ou un simple coup de fatigue. Quatre jours d’excitation ou de désinhibition associés à une dépression suffisent, dans le cadre NICE, à demander un avis psychiatrique. Nul besoin d’attendre une hospitalisation pour parler.
Les idées de mort, un plan suicidaire, une manie avec psychose, une agitation incontrôlable ou l’impossibilité de s’hydrater, de dormir et de se protéger relèvent des urgences. En France, le numéro à appeler est le 15 (SAMU) ou le 112. Un proche peut le faire si la personne n’a plus conscience du danger.
| Situation | Conduite | Délai |
|---|---|---|
| Dépression et au moins 4 jours d’excitation ou de désinhibition | Médecin traitant, puis psychiatre | Dans les jours qui viennent |
| Manie avec dettes, agressivité ou rupture sociale, sans danger immédiat | Avis psychiatrique, parfois hospitalisation programmée | Rapide, sans attendre « que ça passe » |
| Idées suicidaires sans plan, désespoir durable | Médecin ou psychiatre le jour même | Journée en cours |
| Plan suicidaire, tentative, psychose, agitation violente | 15 ou 112, urgences | Immédiat |
| Virage d’excitation sous antidépresseur | Recontact du prescripteur, ne pas arrêter seul | Dès les premiers signes |
| Adolescent avec automutilation ou tentative | Pédiatre ou pédopsychiatre, urgences si danger | Selon le risque immédiat |
Le risque suicidaire n’est pas limité à la dépression visible. Il reste présent tout au long de la maladie, avec un pic pendant les phases dépressives et mixtes. Marzani et Neff notent qu’environ un tiers des personnes diagnostiquées tentent de se suicider au cours de la vie, et que 26 % des suicides surviennent dans les six semaines après une sortie d’hôpital. Ces chiffres, tirés de cohortes cliniques, justifient une surveillance étroite après une crise, pas une terreur permanente.
Quels traitements aident à stabiliser l’humeur ?
Le traitement associe presque toujours un médicament régulateur et une psychothérapie, sur la durée, parce que la maladie ne s’éteint pas d’elle-même. Le NIMH insiste sur ce point. Les molécules et les doses relèvent du prescripteur. Le cadre britannique et le cadre nord-américain ne sont pas des ordonnances françaises.
Pour un accès de manie ou d’hypomanie chez une personne qui ne prend pas déjà un antipsychotique ou un thymorégulateur, le NICE propose l’halopéridol, l’olanzapine, la quétiapine ou la rispéridone, selon les antécédents et les préférences. Un antidépresseur en cours est souvent arrêté. Au long cours, le même guide désigne le lithium comme traitement médicamenteux de première ligne, parce qu’il réduit les rechutes maniaques et dépressives. Le NIMH ajoute qu’il peut aussi diminuer le risque de suicide. La lithiémie visée pour un premier traitement, toujours selon le NICE, se situe entre 0,6 et 0,8 mmol/l, avec un contrôle une semaine après chaque changement de dose.
Le valproate n’est plus un choix anodin. En décembre 2023, le NICE a aligné ses recommandations sur l’avis britannique de la MHRA. Il ne faut pas commencer ce médicament pour la première fois chez une personne de moins de 55 ans, homme ou femme, sauf si deux spécialistes documentent l’absence d’alternative efficace ou des raisons impérieuses. En septembre 2025, une consigne de contraception a été ajoutée pour les hommes traités. En France, le médecin et le pharmacien appliquent la règle locale, souvent voisine, sans que ce texte puisse s’y substituer.
La dépression bipolaire ne se traite pas comme une dépression isolée. Quétiapine, association olanzapine-fluoxétine, lamotrigine en complément, lurasidone avec lithium ou valproate apparaissent dans les synthèses (NICE, AAFP, StatPearls). La psychothérapie utile n’est pas n’importe quel entretien. Le NICE recommande une intervention conçue pour cette maladie, avec un manuel publié, ou, selon les cas, une TCC, une thérapie interpersonnelle ou une thérapie de couple. La sismothérapie reste une option lorsque les médicaments échouent, en cas de risque suicidaire élevé ou de catatonie, selon le NIMH.
Comment limiter les rechutes au quotidien ?
Entre les épisodes, beaucoup de personnes retrouvent une humeur plus stable, appelée euthymie. Sans traitement suivi, les accès tendent à se rapprocher, écrit le NIMH. Un agenda de l’humeur, du sommeil et des traitements aide à voir venir une rechute plus tôt qu’un souvenir flou en consultation.
Le sommeil est un levier concret. Un décalage horaire, un travail posté, une nuit blanche ou un changement d’heure peuvent basculer vers l’hypomanie, note l’AAFP, qui estime qu’un schéma saisonnier concerne jusqu’à 25 % des patients. L’alcool et les drogues aggravent les oscillations. L’exercice régulier, une alimentation stable et le maintien des rendez-vous n’ont pas l’effet d’un régulateur, mais ils réduisent des facteurs qui précipitent les crises.
Les proches voient souvent l’hypomanie avant la personne. Leur récit, si la personne l’accepte, raccourcit le délai diagnostique. Ils peuvent aussi repérer une parole plus rapide, des achats inhabituels, un lit trop vite quitté. Ce n’est pas à eux de poser le diagnostic, ni d’imposer un médicament. C’est à eux d’aider à prendre rendez-vous et, en cas de danger, d’appeler le 15 ou le 112.
Un plan écrit, recommandé par le NICE après le diagnostic, fixe les traitements choisis, les signes d’alerte personnels et la conduite en crise. Il se partage avec le médecin traitant. Cette démarche, simple, vaut mieux qu’attendre que « ça se tasse ». La maladie est chronique. Un suivi régulier, même en période calme, reste la règle des encyclopédies cliniques.
Questions fréquentes
Le trouble bipolaire disparaît-il sans traitement ?
Non. Le NIMH le décrit comme une maladie qui dure, chronique ou par accès, et qui ne s’éteint pas d’elle-même. Les symptômes peuvent s’espacer sous traitement, parfois pendant longtemps. Arrêter un régulateur sans avis expose à une rechute, parfois plus brutale que l’épisode précédent.
Un antidépresseur seul peut-il suffire ?
Presque jamais dans cette maladie. Donné seul, il peut déclencher une manie ou un cyclage rapide, avertit le NIMH. L’AAFP le contre-indique en monothérapie dans le type I, la manie et les états mixtes. S’il est utilisé, c’est en association avec un thymorégulateur ou un antipsychotique, sous surveillance de l’humeur.
L’hypomanie est-elle forcément agréable ?
Non. Certaines personnes se sentent efficaces et sociables, d’autres deviennent irritables, distraites, dépensières. L’entourage voit un changement. Une dépression suit souvent cette phase. L’hypomanie n’est pas un « bonus » de créativité à cultiver.
Le type II est-il une forme atténuée du type I ?
Non. La Mayo Clinic le formule sans ambiguïté. L’absence de manie franche n’allège pas le fardeau. Les dépressions du type II sont souvent plus longues, et le retard diagnostique y est fréquent parce que l’hypomanie passe pour une simple période faste.
Faut-il hospitaliser dès le premier épisode maniaque ?
Pas toujours, mais Jain et Mitra décrivent la manie comme une urgence médicale, souvent hospitalière, car le jugement est altéré et le risque de dommages (dettes, accident, agression, suicide) grimpe. L’hypomanie se gère souvent en ambulatoire. La décision appartient au psychiatre, selon le danger, le soutien familial et la conscience qu’a la personne de son état.
Les proches peuvent-ils aider au diagnostic ?
Oui, et le NICE les y invite. La personne en hypomanie minimise, celle en manie nie, celle en dépression oublie les phases hautes. Un frère, un conjoint ou un parent qui décrit quatre jours de parole accélérée et de sommeil réduit apporte une pièce souvent décisive, avec l’accord de l’adulte concerné.

Conclusion
Reconnaître ce trouble, c’est dater des épisodes, pas coller une étiquette sur un caractère « lunatique ». Sept jours de manie, quatre jours d’hypomanie, deux semaines de dépression, un changement visible par autrui, un besoin de sommeil qui s’effondre sans fatigue. Ces seuils, issus du DSM-5 et repris par le NIMH, séparent la maladie des variations ordinaires. Les 36 millions de personnes recensées par l’OMS pour 2023, le délai de six à dix ans avant le bon diagnostic, et les 33,9 % de tentatives de suicide au cours de la vie donnent la mesure de ce qui se joue lorsqu’on passe à côté.
Le prochain geste utile n’est pas de s’autodiagnostiquer sur une liste. C’est d’écrire, sur une feuille, les périodes où le sommeil a chuté, où la parole s’est accélérée, où une dépression a duré plus de quinze jours, puis d’apporter cette feuille au médecin traitant et de demander un avis psychiatrique. Si un antidépresseur a déjà « réveillé » une excitation, dites-le. Si un proche a vu ce que vous ne voyiez pas, venez avec lui.
Lorsque le désespoir se mêle à une énergie qui pousse à agir, ou lorsqu’un plan suicidaire se forme, le 15 ou le 112 priment sur le rendez-vous de la semaine suivante. Le lithium, la psychothérapie ciblée et un suivi long n’effacent pas la maladie. Ils réduisent, pour beaucoup de patients, la fréquence et la gravité des accès. C’est déjà une autre vie que celle des oscillations laissées à elles-mêmes.
Sources
- Bipolar disorder. World Health Organization, 11 septembre 2026.
- Bipolar Disorder. National Institute of Mental Health, mis à jour en 2025.
- Recommendations | Bipolar disorder: assessment and management. National Institute for Health and Care Excellence, mis à jour en septembre 2025.
- Bipolar disorder – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 7 mai 2026.
- Jain A, Mitra P : Bipolar Disorder. StatPearls, 20 février 2023.
- Dong M, Lu L, Zhang L et al. : Prevalence of suicide attempts in bipolar disorder: a systematic review and meta-analysis of observational studies. Epidemiology and Psychiatric Sciences, 25 octobre 2019.
- Bipolar Disorder in Children and Teens. National Institute of Mental Health, 2023.
- Yatham LN, Chakrabarty T, Bond DJ et al. : Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) and International Society for Bipolar Disorders (ISBD) recommendations for the management of patients with bipolar disorder with mixed presentations. Bipolar Disorders, décembre 2021.
- Marzani G, Neff AP : Bipolar Disorders: Evaluation and Treatment. American Family Physician, 15 février 2021.
- Bipolar Disorder. MedlinePlus, 17 octobre 2023.
