
Aucun test oculaire ne permet aujourd’hui de poser un diagnostic de maladie d’Alzheimer. La rétine peut porter des dépôts d’amyloïde et des amincissements visibles à l’imagerie, mais ces signes restent trop peu spécifiques pour remplacer un bilan cognitif, une imagerie cérébrale ou des biomarqueurs validés.
Le 16 mai 2025, un premier test sanguin d’aide au diagnostic a été autorisé aux États-Unis par la FDA, le ratio plasmatique Lumipulse pTau217/bêta-amyloïde 1-42, alors que le document Jack de 2024 n’inclut toujours pas l’imagerie de l’œil parmi les biomarqueurs « cœur 1 ». L’écart est net, car le sang a franchi un seuil réglementaire et la rétine pas encore.
Environ 10 % des personnes de 65 ans et plus vivent avec Alzheimer aux États-Unis, selon le communiqué de la FDA. Dans l’essai de preuve de concept de Yosef Koronyo et Maya Koronyo-Hamaoui, l’indice d’amyloïde rétinien était 2,1 fois plus élevé chez 16 patients que chez des témoins. Une revue parapluie de 2023 situe l’aire sous la courbe de l’épaisseur des fibres nerveuses péri-papillaires à 0,70, un niveau médiocre à moyen pour un test individuel.
Un test oculaire peut-il diagnostiquer Alzheimer aujourd’hui ?
Aucun examen de la vue n’est reconnu comme test diagnostique de la maladie. Les critères révisés publiés le 27 juin 2024 par le groupe de travail de l’Association Alzheimer définissent la maladie par des biomarqueurs cœur 1, à savoir la tomographie par émission de positons (TEP) amyloïde, les dosages approuvés dans le liquide céphalorachidien, ou des tests plasmatiques assez exacts, surtout la tau phosphorylée 217. L’imagerie rétinienne n’y figure pas.
Ce texte n’est pas un mode d’emploi de consultation. Une anomalie cœur 1 peut établir la présence de la neuropathologie, mais le groupe de travail déconseille de tester des personnes sans trouble cognitif en dehors de la recherche. Sur sa page de critères, l’Association rappelle que, hors essai observationnel ou thérapeutique, l’évaluation des changements cérébraux chez une personne asymptomatique n’est pas recommandée pour les soins courants.
La recommandation britannique NICE NG97, publiée le 20 juin 2018 et revue le 24 octobre 2025 sans modification des recommandations, ne mentionne pas non plus un test oculaire. Le chemin prévu commence par l’histoire, un examen clinique, des analyses de sang et d’urine, puis un test cognitif bref validé. Si une démence reste probable, la personne est adressée à un service spécialisé, souvent une clinique de la mémoire.
Un ophtalmologiste ou un opticien peut relever un amincissement de la rétine ou une zone avasculaire fovéolaire élargie. Ces images ont une valeur pour le glaucome, le diabète ou la DMLA. Elles ne disent pas, à elles seules, si la mémoire vacille à cause d’Alzheimer, d’une dépression ou d’un trouble vasculaire. Le médecin traitant reste le bon premier interlocuteur si la question est cognitive, pas seulement visuelle.

Pourquoi la rétine intéresse les chercheurs
La rétine est un tissu nerveux accessible sans ouvrir le crâne. Elle partage avec le cerveau des neurones, une glie, une microcirculation et une barrière, et les axones du nerf optique relient directement l’œil aux voies visuelles. Cette anatomie explique pourquoi tant d’équipes cherchent un « reflet » oculaire de la neuropathologie.
Les plaques de peptide bêta-amyloïde et les enchevêtrements de protéine tau restent les deux signatures biologiques de la maladie. Ces protéines, décrites par la Cleveland Clinic, s’agrègent, bloquent la communication entre neurones et finissent par les tuer, souvent d’abord dans l’hippocampe. Les mêmes processus peuvent, à plus petite échelle, toucher les couches internes de la rétine.
Dans une revue de 2025 parue dans International Ophthalmology Clinics, Marco Antonio Olivares Ordoñez et ses collègues rappellent que des travaux d’histologie ont déjà montré des dépôts d’amyloïde et de tau phosphorylée dans des rétines de patients, surtout le long des vaisseaux des quadrants supérieur et inférieur. L’idée n’est donc pas fantaisiste, car l’œil n’est pas un organe isolé.
L’enjeu pratique est le coût et l’accès. Une TEP amyloïde expose à un traceur radioactif, prend du temps et reste rare. Une ponction lombaire est fiable mais invasive. Un appareil d’OCT, lui, équipe déjà beaucoup de cabinets d’ophtalmologie. Si une mesure rétinienne stable prédisait la charge cérébrale d’amyloïde, le dépistage de masse changerait d’échelle. Les méta-analyses récentes montrent que nous n’en sommes pas là.
La maladie peut précéder les symptômes de plusieurs années. L’accumulation de protéines commence parfois jusqu’à dix ans avant les premiers oublis notables, d’après la Cleveland Clinic. C’est ce décalage, plus que la promesse d’un « test chez l’opticien », qui justifie la recherche d’un biomarqueur peu invasif.
Comment l’imagerie montre les plaques amyloïdes dans l’œil
La piste la plus citée dans la presse grand public vient d’une étude de preuve de concept publiée le 17 août 2017 dans JCI Insight. Yosef Koronyo, Maya Koronyo-Hamaoui et leurs collègues ont examiné 37 yeux et cerveaux post-mortem, dont 23 patients avec Alzheimer confirmé et 14 témoins appariés. La charge de plaques Aβ42 rétiniennes était 4,7 fois plus élevée chez les malades.
Les dépôts se concentraient souvent à la périphérie du quadrant supérieur, près des vaisseaux, dans les couches les plus internes. Leur forme rappelait celle des plaques cérébrales, en plus petit. Il s’agit d’une cartographie histologique sur un échantillon limité, pas d’un dépistage.
Chez 16 personnes vivantes, l’équipe a ensuite utilisé une curcumine lipidique, qui se lie à l’amyloïde et devient fluorescente, et un ophtalmoscope à balayage laser modifié. Un indice automatique d’amyloïde rétinien était 2,1 fois plus élevé chez les patients que chez les témoins. La méthode exige un traceur oral, un appareil adapté et un protocole encore expérimental. Elle n’est pas un examen de fond d’œil de routine.
Quelques études n’ont pas retrouvé d’amyloïde ou de tau dans la rétine humaine, souvent faute de protocoles de coloration ou de régions explorées comparables. Koronyo et ses collègues le notent eux-mêmes. Un résultat de 2017 sur seize volontaires ne fixe pas une sensibilité utilisable en cabinet.
La curcumine alimentaire n’est pas un substitut. Le protocole de 2017 reposait sur une formulation et un calendrier précis, puis sur une caméra dédiée. Avaler un complément avant une visite chez l’opticien n’a aucune valeur diagnostique démontrée et ne doit pas retarder un avis médical si la mémoire change.
Que montre l’OCT de la rétine dans Alzheimer
La tomographie en cohérence optique (OCT) coupe la rétine en couches, sans contact et sans produit de contraste. L’angiographie OCT (OCTA) ajoute une carte des vaisseaux en suivant le mouvement des globules rouges. Ces deux techniques, déjà courantes pour le glaucome et la macula, sont celles qui ont le plus de littérature sur Alzheimer.
La revue de 2025 d’Olivares Ordoñez résume les tableaux les plus répétés, avec un amincissement de la couche des fibres nerveuses péri-papillaires, une macula plus mince, une zone avasculaire fovéolaire plus large et des densités vasculaires plus basses dans les plexus superficiel et profond. Certains travaux relient ces mesures à l’atrophie cérébrale en IRM, à la charge amyloïde en TEP et aux scores cognitifs.
Quand les cas sont définis par l’amyloïde cérébral, et non seulement par un diagnostic clinique, le signal s’affaiblit. Gizem Ashraf et ses collègues ont inclus 38 études dans une méta-analyse de 2023. L’amincissement péri-papillaire n’était pas significatif (p = 0,14 ; 11 études, 828 personnes). L’élargissement de la zone avasculaire non plus (p = 0,18 ; 4 études, 207 personnes). Seule une baisse de dimension fractale des artérioles sur photographie du fond d’œil atteignait p < 0,001, sur trois études et 297 personnes.
Une revue parapluie de 14 synthèses, signée par Eliana Costanzo, Imre Lengyel, Mariacristina Parravano et leurs coauteurs dans JAMA Ophthalmology, situe l’exactitude au même ordre. Pour distinguer Alzheimer de témoins sains, l’épaisseur des fibres péri-papillaires avait une aire sous la courbe de 0,70 (38 études, 1 883 patients et 2 510 témoins). La zone avasculaire en OCTA atteignait 0,73. L’erreur d’antisaccades, un test de mouvements oculaires et non une photo de rétine, montait à 0,79, sur moins d’études.
Une aire de 0,70 signifie qu’un hasard légèrement aidé ferait presque aussi bien pour un individu. Le vieillissement, le glaucome, le diabète, l’hypertension et la myopie forte amincissent aussi la rétine. Un OCT « un peu mince » n’est donc pas un verdict cognitif. C’est une piste de recherche qui demande des protocoles standardisés et des cohortes suivies avec des biomarqueurs cérébraux.
Dans Alzheimer’s & Dementia en février 2025, Nikhil Dave et ses collègues jugent l’offre oculaire encore naissante. Pour qu’un test d’œil entre dans un parcours, il leur faudrait une exactitude comparable aux tests sanguins, une autorisation de type 510(k) aux États-Unis, et des preuves suffisantes pour les recommandations et le remboursement. Ils situent la cible d’adoption autour de 90 à 95 % de sensibilité et 75 à 85 % de spécificité. Les chiffres actuels de l’OCT n’y sont pas.
Comment se pose le diagnostic aujourd’hui
Le diagnostic commence par ce que la personne et un proche racontent, pas par une photo d’œil. La recommandation NICE demande une histoire des symptômes cognitifs, comportementaux et de leur retentissement, un examen physique, des analyses pour écarter une cause réversible, puis un instrument cognitif bref validé. Un score normal n’élimine pas à lui seul une démence.
Si les causes réversibles — un état confusionnel aigu, une dépression, une baisse de vue ou d’audition, des médicaments à fort effet anticholinergique — ont été cherchées et qu’une démence reste probable, la recommandation britannique oriente vers un service spécialisé. En France, le médecin traitant applique le circuit local, souvent une consultation mémoire, un neurologue, un gériatre ou un psychiatre formé aux troubles cognitifs.
Chez le spécialiste, un examen neurologique et des tests plus fins précisent le sous-type. Si Alzheimer est suspecté, la NICE inclut une épreuve de mémoire épisodique verbale. Une imagerie structurale, IRM ou scanner, sert à écarter une cause chirurgicale et à aider au sous-type, sauf si la démence et son type sont déjà clairs.
Les examens complémentaires ne sont envisagés que s’ils changent la prise en charge. Pour un Alzheimer encore incertain, la NICE propose alors soit une TEP au fluorodésoxyglucose (ou une TEMP de perfusion si la TEP n’est pas disponible), soit une analyse du liquide céphalorachidien portant sur la tau totale ou la tau plus p-tau181, et sur l’amyloïde bêta 1-42 seule ou avec le ratio 1-42/1-40. Un résultat de LCR faussement positif devient plus fréquent avec l’âge.
Le même socle figure sur la page diagnostic de la Mayo Clinic, actualisée le 1er août 2026, avec examen physique et neurologique, tests de mémoire, analyses pour d’autres causes, puis biomarqueurs. Autrefois, le diagnostic certain n’existait qu’après la mort, au microscope. Aujourd’hui, la TEP, le LCR et, plus récemment, le sang peuvent indiquer si des plaques et des enchevêtrements sont présents du vivant de la personne. Aucun de ces textes n’ajoute l’œil comme critère.
Face à un changement de mémoire notable, le bon premier pas est un professionnel de santé, pas un dépistage de masse chez l’opticien. Le bilan vise d’abord à distinguer le vieillissement habituel, une autre maladie et Alzheimer. La Cleveland Clinic fixe le même seuil et invite à consulter dès que la mémoire ou le raisonnement d’un proche inquiète.
TEP, ponction lombaire et tests sanguins face à l’œil
Les outils validés et l’imagerie rétinienne ne jouent pas dans la même catégorie. Les premiers cherchent l’amyloïde ou la tau dans le cerveau ou les fluides. La seconde mesure, le plus souvent, une conséquence possible, par exemple un neurone ou un vaisseau de la rétine qui s’est modifié.
| Examen | Ce qu’il cherche | Place actuelle |
|---|---|---|
| OCT ou OCTA de la rétine | Épaisseur des couches, vaisseaux, zone avasculaire | Recherche, pas un diagnostic |
| Fluorescence à la curcumine | Dépôts d’amyloïde rétiniens | Preuve de concept, petit effectif |
| TEP amyloïde | Plaques cérébrales | Biomarqueur cœur 1 des critères 2024 |
| Liquide céphalorachidien | Aβ42, tau, p-tau181 | Option NICE si le diagnostic reste incertain |
| Test plasmatique pTau217/Aβ42 | Ratio lié aux plaques | Autorisé aux États-Unis en 2025, pas un dépistage |
| IRM ou scanner | Atrophie, causes réversibles | Imagerie de première ligne selon la NICE |
Le 16 mai 2025, la FDA a autorisé le premier dispositif de diagnostic in vitro sanguin destiné à aider au diagnostic d’Alzheimer, le ratio plasmatique Lumipulse G pTau217/bêta-amyloïde 1-42, pour des adultes de 55 ans et plus qui ont déjà des signes de la maladie. Sur 499 échantillons, 91,7 % des résultats positifs correspondaient à une TEP ou un LCR positifs, et 97,3 % des négatifs à une TEP ou un LCR négatifs.
L’agence américaine souligne les limites. Le test n’est pas un dépistage des personnes sans symptôme, ni un diagnostic isolé. Un faux positif peut conduire à un traitement inutile et à une angoisse ; un faux négatif peut retarder les bons examens. La Mayo Clinic ajoute que les tests sanguins de bêta-amyloïde et de tau ne sont pas disponibles partout et que leur prise en charge varie.
En France, la disponibilité d’un dosage plasmatique, son indication et son remboursement dépendent des laboratoires et des règles locales. Le médecin ou le pharmacien indiquent ce qui est accessible, plutôt qu’un titre de presse. Un résultat sanguin, même bon, se lit avec le tableau clinique et, si besoin, une TEP ou un LCR.
L’œil n’entre dans aucun de ces algorithmes. Dave et ses collègues voient plutôt, à terme, un rôle possible de triage pendant un examen de vue, à condition que la performance rattrape celle du sang. Tant que cette condition n’est pas remplie, une photo de rétine « un peu anormale » n’oriente pas à elle seule vers un traitement dirigé contre l’amyloïde.
Pourquoi un examen de vue ne suffit pas à dépister
Un contrôle de lunettes peut signaler une cataracte, un glaucome ou une rétinopathie. Il n’a pas été conçu pour classer une personne comme « à risque Alzheimer ». Confondre les deux expose à deux erreurs opposées, soit se rassurer à tort après un fond d’œil normal, soit s’alarmer pour un amincissement banal.
Les signes rétiniens manquent de spécificité. Olivares Ordoñez rappelle qu’un amincissement des couches internes se voit aussi dans la maladie de Parkinson, la dégénérescence fronto-temporale, le glaucome, le diabète et le simple vieillissement. Ashraf ajoute que les méthodes d’acquisition et de compte-rendu varient trop d’une étude à l’autre pour en tirer un seuil clinique.
La taille des études pèse. Seize patients imagés avec de la curcumine, quatre études d’OCTA sur 207 personnes, trois photographies de fond d’œil sur 297 personnes, ce sont des signaux de laboratoire, pas une population de dépistage. Costanzo conclut à une exactitude médiocre à moyenne en coupe transversale, et appelle des suivis longitudinaux.
Même si un test d’œil devenait exact, il resterait à décider quoi faire d’un résultat chez une personne sans plainte. Le document Jack de 2024 s’y oppose pour les soins courants. Il n’existe pas, à ce jour, de traitement autorisé pour les personnes sans trouble cognitif sur la seule base d’un biomarqueur. Dépister sans conduite à tenir n’est pas un progrès.
Quelques points concrets méritent d’être gardés en tête avant d’acheter un « test Alzheimer » proposé hors parcours de soins.
- Un OCT demandé pour le glaucome ne se lit pas comme un test de mémoire.
- Une fluorescence à la curcumine n’est pas un examen de ville standardisé.
- Un fond d’œil normal n’écarte pas une maladie cérébrale débutante.
- Un amincissement isolé n’établit pas un diagnostic d’Alzheimer.
- Toute offre commerciale sans biomarqueur cœur 1 reste hors des critères 2024.
Si un ophtalmologiste remarque une rétine inhabituelle chez une personne qui oublie, le bon geste n’est pas d’annoncer la maladie. C’est de renvoyer vers le médecin traitant pour un bilan cognitif. L’œil peut alors servir d’alerte non spécifique, comme une perte de poids ou un trouble du sommeil, pas de preuve.
Quels signes de mémoire justifient de consulter
Ce n’est pas l’œil qui décide du rendez-vous, c’est le retentissement sur la vie quotidienne. Une perte de mémoire plus grave que l’oubli ponctuel des clés, telle que la décrit la Cleveland Clinic, efface visages et noms, rend étrangers des lieux familiers et brouille les faits récents. Se perdre dans un quartier connu et répéter la même question appartiennent au même registre.
Le raisonnement peut ralentir. Une recette simple devient un labyrinthe, un choix habituel prend un temps anormal, les plans du mois s’effilochent. Le langage se délite, avec des mots à côté, un retrait de la conversation ou, chez les bilingues, un retour à la langue de l’enfance. Ces signes, s’ils s’installent, justifient un avis, même si la vue est bonne.
L’entourage voit souvent le changement avant la personne. Irritabilité nouvelle, méfiance envers des proches de toujours, sautes d’humeur hors proportion, perte de coordination fine figurent parmi les tableaux possibles décrits par la Cleveland Clinic. Un proche qui accompagne la consultation apporte des faits que le patient minimise.
Certains tableaux n’attendent pas une consultation mémoire à trois mois. Une confusion qui s’installe en quelques heures ou jours, une faiblesse d’un côté, une parole soudain brouillée ou une chute en série orientent vers une urgence. En France, le 15 (SAMU) ou le 112 prennent ces appels. La recommandation NICE réserve aussi une filière neurologique rapide aux démences d’évolution fulgurante, notamment pour chercher une maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Après le premier contact, le médecin traitant peut prescrire un bilan sanguin, revoir les médicaments et proposer un test cognitif bref. S’il reste une suspicion, il oriente. Apporter une liste de médicaments, des exemples datés d’oublis et, si elle existe, une ancienne IRM aide plus qu’une photo d’OCT commentée sur un forum.
Questions fréquentes
L’opticien peut-il détecter Alzheimer lors d’un contrôle de lunettes ?
Non. Un contrôle de réfraction et un fond d’œil cherchent un défaut optique ou une maladie de l’œil, pas une neuropathologie cérébrale. Même un OCT fait dans le même temps n’a pas de seuil validé pour Alzheimer. Si la mémoire inquiète, le rendez-vous utile est celui du médecin traitant, pas un second examen de vue « pour Alzheimer ».
Faut-il prendre de la curcumine avant un examen de la rétine ?
Non. L’étude de 2017 utilisait une formulation lipidique précise, un calendrier et une caméra modifiée, dans un protocole de recherche. Un complément alimentaire vendu en pharmacie ne reproduit pas ce montage et n’a pas d’indication diagnostique. Il ne remplace pas un avis médical si des troubles de mémoire apparaissent.
Un amincissement de la rétine signifie-t-il que j’ai Alzheimer ?
Non. L’amincissement des fibres nerveuses se voit dans le glaucome, le diabète, le vieillissement et d’autres maladies neurologiques. La méta-analyse d’Ashraf de 2023, limitée aux cas définis par l’amyloïde cérébral, n’a même pas trouvé d’effet robuste sur cette épaisseur. Seul le contexte clinique, et parfois un biomarqueur cœur 1, permettent d’interpréter le reste.
Le test sanguin remplace-t-il déjà la TEP amyloïde ?
Pas comme un examen unique. La FDA a autorisé en mai 2025 un ratio pTau217/Aβ42 pour des adultes symptomatiques vus en soins spécialisés, avec 91,7 % de concordance positive et 97,3 % de concordance négative par rapport à la TEP ou au LCR. Le résultat se lit avec le reste du dossier. En France, l’accès à un dosage comparable se discute avec le médecin.
Peut-on dépister Alzheimer chez une personne sans aucun trouble de mémoire ?
Le groupe de travail de 2024 le déconseille dans les soins courants. Aucun traitement ciblant la maladie n’est autorisé, à ce stade, pour les personnes sans symptôme cognitif. Un test d’œil, un test sanguin ou une TEP « par curiosité » n’ont donc pas de place validée hors recherche.
L’OCT fait pour le glaucome sert-il aussi à diagnostiquer Alzheimer ?
Il sert à suivre le glaucome. Les mêmes coupes intéressent les chercheurs, parce que la couche des fibres et les vaisseaux y sont visibles. Cela ne transforme pas un compte-rendu de glaucome en bilan de mémoire. Demander une « option Alzheimer » sur la machine n’a pas de protocole clinique standard.
Conclusion
L’œil peut porter des traces de la même biologie que le cerveau, avec plus de plaques amyloïdes dans certaines rétines de patients, des couches plus minces, des vaisseaux plus rares. Ces observations, depuis l’essai de Koronyo en 2017 jusqu’aux revues de 2023 et 2025, restent trop hétérogènes et trop peu spécifiques pour fonder un diagnostic. Les documents qui organisent le soin, NICE NG97 et le cadre Jack de 2024, s’appuient sur l’histoire clinique, l’imagerie cérébrale et des biomarqueurs de fluides ou de TEP, pas sur un cliché d’opticien.
Le vrai déplacement récent est ailleurs. Un test plasmatique a obtenu une autorisation américaine en 2025 pour des personnes déjà symptomatiques, avec une concordance élevée vis-à-vis de la TEP et du LCR, tout en restant inadapté au dépistage de masse. La rétine n’a pas franchi ce seuil. Promettre un diagnostic Alzheimer au détour d’un renouvellement de lunettes inverse l’ordre des preuves.
Si vous ou un proche perdez le fil des faits récents, vous répétez les mêmes questions ou vous vous perdez dans un quartier habituel, prenez rendez-vous avec le médecin traitant et venez avec des exemples datés. Demandez si un bilan cognitif, une imagerie et, le cas échéant, un biomarqueur validé sont indiqués. Gardez l’examen de vue pour la vue ; gardez la mémoire pour un circuit prévu à cet effet.
Sources
- Koronyo Y, Biggs D et al. : Retinal amyloid pathology and proof-of-concept imaging trial in Alzheimer’s disease. JCI Insight, 17 août 2017.
- Jack CR, Andrews JS et al. : Revised criteria for diagnosis and staging of Alzheimer’s disease: Alzheimer’s Association Workgroup. Alzheimer’s & Dementia, 27 juin 2024.
- Criteria for Diagnosis and Staging of Alzheimer’s Disease. Alzheimer’s Association, mis à jour en 2024.
- NICE : Dementia: assessment, management and support for people living with dementia and their carers. National Institute for Health and Care Excellence, 20 juin 2018.
- NICE : Recommendations | Dementia: assessment, management and support for people living with dementia and their carers. National Institute for Health and Care Excellence, 20 juin 2018.
- Ashraf G, McGuinness M et al. : Retinal imaging biomarkers of Alzheimer’s disease: A systematic review and meta-analysis of studies using brain amyloid beta status for case definition. Alzheimer’s & Dementia: Diagnosis, Assessment & Disease Monitoring, 25 mai 2023.
- Costanzo E, Lengyel I et al. : Ocular Biomarkers for Alzheimer Disease Dementia: An Umbrella Review of Systematic Reviews and Meta-analyses. JAMA Ophthalmology, 1er janvier 2023.
- Olivares Ordoñez MA, Smith RC et al. : Retinal Microstructural and Microvascular Changes in Alzheimer Disease: A Review. International Ophthalmology Clinics, 1er janvier 2025.
- Dave N, Lee M et al. : Unlocking ocular biomarkers for early detection of Alzheimer’s disease. Alzheimer’s & Dementia, 19 février 2025.
- FDA : FDA Clears First Blood Test Used in Diagnosing Alzheimer’s Disease. U.S. Food and Drug Administration, 16 mai 2025.
- Alzheimer’s disease – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 1er août 2026.
- Alzheimer’s Disease: Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 19 février 2025.
