
La démence n’est pas une maladie unique. C’est un syndrome, un ensemble de troubles de la mémoire, du langage, du jugement et du comportement assez marqués pour gêner la vie quotidienne, dont la maladie d’Alzheimer est la cause la plus fréquente.
Beaucoup de familles redoutent qu’un rendez-vous oublié soit déjà « Alzheimer ». Le National Institute of Neurological Disorders and Stroke rappelle qu’une personne de 85 ans ou plus sur deux peut présenter une forme de démence, sans pour autant que le vieillissement soit une étape normale. De nombreuses personnes vivent jusqu’à 90 ans et au-delà sans ces symptômes.
L’Organisation mondiale de la santé estimait à 57 millions le nombre de personnes concernées dans le monde en 2021, avec près de 10 millions de nouveaux cas par an. La commission Lancet de 2024 attribue environ 45 % des cas à 14 facteurs sur lesquels on peut agir, dont le cholestérol LDL élevé et une perte de vision non traitée. Aux États-Unis, la FDA a confirmé en 2023 le bénéfice clinique du lécanemab. L’Agence européenne des médicaments a autorisé le même anticorps le 15 avril 2025, dans une population restreinte.
Ce que recouvre le mot démence
La démence désigne un déclin des fonctions mentales suffisamment important pour retentir sur les actes du quotidien, pas un diagnostic de cause. Plusieurs maladies du cerveau peuvent produire le même tableau.
D’après la Mayo Clinic, la perte de mémoire est souvent un signe précoce, mais un oubli isolé ne suffit pas. L’OMS classe la maladie d’Alzheimer comme la forme la plus fréquente, à l’origine de 60 à 70 % des cas. Les CDC américains retiennent 60 à 80 % pour la même maladie. Alzheimer reste majoritaire, sans être la seule cause.
Les médecins parlent aussi de trouble neurocognitif majeur. L’autonomie sépare ce tableau du vieillissement banal et du déficit cognitif léger. Oublier ses lunettes, puis les retrouver, n’a pas le même poids que ne plus payer ses factures ou se perdre sur un trajet habituel.
Le Merck Manual distingue encore la démence du syndrome confusionnel aigu. Celui-ci commence brutalement, trouble surtout l’attention, et a souvent une cause identifiable. La démence s’installe en général progressivement. Confondre les deux retarde le traitement d’une infection ou d’un médicament.
Les femmes sont plus exposées, comme patientes et comme aidantes. L’OMS estime qu’elles assurent environ 70 % des heures de soins. Le coût mondial était évalué à 1 300 milliards de dollars en 2019, dont la moitié liée à l’aide informelle, souvent cinq heures par jour.

Premiers signes qui dépassent un oubli banal
Les premiers signes sont des changements durables, souvent remarqués par un proche, qui commencent à fausser le quotidien. La mémoire récente est fréquemment touchée, mais le langage, l’orientation, le jugement et l’humeur peuvent basculer ensemble, ou même avant.
La Mayo Clinic groupe les symptômes cognitifs autour de la mémoire, de la recherche des mots, de la vision dans l’espace, du raisonnement, des tâches complexes et de la confusion. Du côté psychique, elle décrit des changements de personnalité, une dépression, une anxiété, une agitation, une méfiance et des hallucinations visuelles. Il faut relier plusieurs difficultés, pas un seul oubli.
Le National Institute on Aging décrit, au stade léger de la maladie d’Alzheimer, des questions répétées, des erreurs de gestion de l’argent, un allongement des tâches habituelles, une errance et des objets rangés à des endroits incongrus. Au stade modéré s’ajoutent des troubles du sommeil, des difficultés à s’habiller et parfois des idées délirantes. Au stade avancé, la communication disparaît et la personne dépend d’autrui pour manger, marcher et se laver.
Tous les types ne commencent pas par la mémoire. Une atteinte frontotemporale peut d’abord modifier le comportement ou le langage. Les corps de Lewy s’accompagnent souvent d’hallucinations visuelles précoces, de fluctuations d’attention, de raideur et de troubles du sommeil paradoxal. Une origine vasculaire se signale plutôt par un ralentissement et, parfois, une aggravation par à-coups après un accident vasculaire cérébral.
Un déficit sensoriel, une dépression, un médicament anticholinergique ou un manque de vitamine B12 peut imiter une partie de ce tableau. Un bilan médical précède donc toute étiquette de démence.
- Un proche constate que les mêmes questions reviennent plusieurs fois dans la même journée, sans que la personne s’en souvienne.
- Les factures, les médicaments ou un trajet pourtant connu deviennent source d’erreurs répétées, pas d’un simple lapsus.
- Le vocabulaire s’appauvrit, un mot courant est remplacé par un autre, ou la phrase reste inachevée.
- L’humeur ou la personnalité change sans événement déclencheur clair, avec repli, irritabilité ou méfiance nouvelle.
Stades du déficit cognitif léger à la perte d’autonomie
Les stades décrivent le retentissement sur l’autonomie, pas une horloge identique pour tous. La Cleveland Clinic retient trois temps cliniques (léger, modéré, sévère). Pour la maladie d’Alzheimer, le National Institute on Aging ajoute une phase préclinique, où le cerveau change avant tout symptôme.
Le déficit cognitif léger n’est pas une démence. Le Merck Manual le situe entre les oublis liés à l’âge et le syndrome démentiel. Les tests objectivent un trouble, mais les actes essentiels restent possibles. Jusqu’à la moitié des personnes concernées développent une démence dans les trois ans. Une part notable reste toutefois stable ou s’améliore si une cause traitable est corrigée.
Pendant la phase préclinique d’Alzheimer, plaques amyloïdes et enchevêtrements de protéine tau peuvent s’accumuler dix ans ou plus avant les premiers oublis. Le NIA souligne que ces lésions n’entraînent pas automatiquement une démence. Un examen d’imagerie « positif » n’est donc pas, à lui seul, un destin.
Au stade léger, la personne se perd, se trompe dans les comptes, répète les mêmes questions et met plus de temps à cuisiner. Le diagnostic tombe souvent lorsque le travail, la conduite ou le foyer basculent. Au stade modéré, l’aide devient quotidienne pour l’habillage, la toilette et la reconnaissance des visages. Au stade sévère, la marche, la déglutition et le contrôle sphinctérien s’effondrent. Une pneumonie est alors une cause classique de décès.
| Stade | Ce que l’entourage peut remarquer | Autonomie |
|---|---|---|
| Phase préclinique (Alzheimer) | Rien de visible alors que des protéines anormales s’accumulent déjà | Vie quotidienne intacte |
| Déficit cognitif léger | Troubles objectivés, plainte de la personne ou d’un proche | Actes essentiels encore possibles |
| Démence légère | Oublis, argent, orientation, tâches complexes plus lentes | Aide ponctuelle, encore à domicile |
| Démence modérée | Reconnaissance des proches, habillage, sommeil, parfois hallucinations | Aide quotidienne nécessaire |
| Démence sévère | Peu ou plus de langage, marche et déglutition très altérées | Soins constants |
Le rythme n’est pas le même selon la cause. Le Merck Manual décrit une aggravation plutôt continue dans la maladie d’Alzheimer et dans la maladie à corps de Lewy, et des paliers brutaux après chaque infarctus cérébral dans beaucoup de formes vasculaires. Une évolution en un à deux ans justifie un avis neurologique spécialisé.
Types de démence les plus fréquents
Quatre grands cadres expliquent la majorité des cas, à savoir la maladie d’Alzheimer, l’atteinte vasculaire, les corps de Lewy et les dégénérescences frontotemporales. Une même personne peut en combiner deux (démence mixte), surtout après 80 ans.
Dans la maladie d’Alzheimer, des fragments de protéine bêta-amyloïde s’agrègent entre les neurones et la protéine tau forme des enchevêtrements à l’intérieur des cellules. L’hippocampe, centre de la mémoire récente, est souvent atteint tôt. Les symptômes apparaissent en général après 65 ans. Le gène ApoE ε4 augmente le risque sans le rendre certain.
L’atteinte vasculaire, deuxième cause « pure » selon les CDC (environ 5 à 10 % des cas), naît d’un défaut d’apport sanguin. Le raisonnement et la vitesse de pensée pâtissent souvent plus que la mémoire autobiographique. Hypertension, diabète, tabac et cholestérol élevé abîment les artères qui nourrissent le cerveau.
La démence à corps de Lewy tient à des agrégats d’alpha-synucléine. Dans l’une des présentations, les troubles cognitifs arrivent tôt. Dans l’autre, dite démence de la maladie de Parkinson, les symptômes moteurs précèdent le déclin mental. Hallucinations visuelles, fluctuations d’éveil et sensibilité à certains neuroleptiques font partie du tableau. La plupart des personnes n’ont pas d’antécédent familial évident, d’après les CDC.
Les dégénérescences frontotemporales touchent les lobes frontal et temporal, plus souvent entre 45 et 64 ans. Le variant comportemental modifie le jugement et l’empathie. L’aphasie progressive primaire attaque d’abord le langage. Environ un tiers des cas sont héréditaires. L’ancienne étiquette « maladie de Pick » désigne une forme histologique particulière, pas l’ensemble du groupe.
D’autres maladies s’y ajoutent, dont la maladie de Huntington, l’hydrocéphalie à pression normale, des tumeurs, des infections (VIH, syphilis), la maladie de Creutzfeldt-Jakob, des traumatismes crâniens répétés, et la trisomie 21, avec un risque élevé d’Alzheimer plus tôt. Nommer le type oriente les médicaments à éviter et le pronostic.
Causes, facteurs de risque et formes parfois réversibles
La plupart des démences tiennent à une maladie neurodégénérative. L’âge après 65 ans reste le facteur le plus fort, sans être une fatalité. Le NINDS rappelle que beaucoup de nonagénaires n’ont aucun signe. Les antécédents familiaux, la trisomie 21 et certains gènes rares pèsent aussi.
Une autre part des tableaux « comme une démence » vient d’une cause encore accessible au traitement. Mayo Clinic, CDC et Merck Manual citent les carences en vitamine B12 ou B1, l’hypothyroïdie, les effets de médicaments (sédatifs, anticholinergiques), l’alcool à doses élevées, l’hydrocéphalie à pression normale, l’hématome sous-dural après une chute, une tumeur, un trouble du sodium, du calcium ou du glucose, et certaines infections. Traiter ces causes n’efface pas toujours un dégât déjà installé, mais peut stopper l’aggravation.
Hypertension, diabète, obésité, tabac, athérosclérose et LDL élevé relient le cœur et le cerveau. Un traumatisme crânien grave, surtout s’il se répète, augmente le risque plus tard. La perte auditive non appareillée, la perte de vision non traitée, l’isolement, la dépression à l’âge adulte et la pollution de l’air figurent parmi les leviers de la commission Lancet de 2024.
Le Merck Manual insiste aussi sur les somnifères, les produits contre le rhume, les anxiolytiques, l’oxybutynine et la diphénhydramine, qui brouillent la mémoire. Boire de l’alcool, même à dose dite « sociale », peut aggraver un déclin déjà là. Ces détails se règlent avec le médecin ou le pharmacien, qui appliqueront la pratique locale.
Une dépression isolée peut mimer une démence. La personne se plaint souvent beaucoup de sa mémoire et récupère lorsque l’humeur s’améliore. Traiter la dépression n’efface pas Alzheimer, mais peut rendre une partie des capacités et clarifier le diagnostic.
Comment se pose le diagnostic
Aucun test unique ne pose le diagnostic. Le médecin reconstruit un faisceau, histoire de la personne et d’un proche, examen clinique, tests cognitifs, prises de sang, imagerie, parfois ponction lombaire ou TEP.
La recommandation britannique NICE NG97, publiée le 20 juin 2018, décrit d’abord le temps non spécialisé. On recueille les symptômes et leur impact quotidien auprès de la personne et, si possible, de quelqu’un qui la connaît. Si le doute persiste, viennent l’examen physique, des analyses pour écarter des causes réversibles, et un test cognitif bref validé (10-CS, 6CIT, MIS, Mini-Cog, TYM). Un score normal n’élimine pas une démence, NICE l’écrit noir sur blanc. Un résultat médiocre peut venir d’une dépression, d’un déficit sensoriel ou d’un faible niveau de scolarité.
Lorsque le syndrome confusionnel, la dépression, la vue, l’audition et la charge anticholinergique ont été regardés, et que le doute demeure, NICE oriente vers une consultation mémoire. Une évolution très rapide conduit vers une neurologie capable d’analyser le liquide cérébrospinal. L’IRM cherche une cause réversible (tumeur, hydrocéphalie, hématome, infarctus) et aide à typer la maladie.
À l’étape spécialisée, on vise un sous-type avec des critères internationaux. Un test de mémoire épisodique verbale est recommandé si Alzheimer est suspecté. Les biomarqueurs (amyloïde et tau dans le liquide, TEP) ne sont pas un réflexe. NICE les réserve aux situations où le sous-type changerait la prise en charge.
En France, le médecin traitant reste la porte d’entrée. Il décidera, selon la pratique locale, des examens et d’un éventuel recours à une consultation mémoire. Le cadre français se règle avec lui, ou avec le pharmacien pour les médicaments, plutôt que d’importer tel quel une recommandation étrangère.

Médicaments et soins qui aident aujourd’hui
Il n’existe pas de traitement qui guérisse les démences dégénératives. L’objectif est de ralentir certains symptômes, de traiter ce qui est réversible et de protéger la sécurité. Les médicaments se prescrivent après un diagnostic aussi précis que possible, car le rapport bénéfice-risque n’est pas le même selon le type.
Pour la maladie d’Alzheimer, NICE retient trois inhibiteurs de l’acétylcholinestérase en monothérapie dans les formes légères à modérées, donépézil, galantamine et rivastigmine. La mémantine est indiquée dans la maladie sévère, et peut s’ajouter à un inhibiteur en cas de forme modérée. La Mayo Clinic décrit les mêmes molécules et des effets indésirables fréquents (nausées, diarrhée, vomissements, parfois bradycardie). Ils n’inversent pas la mort neuronale. NICE ne les propose pas dans une dégénérescence frontotemporale. Dans la maladie à corps de Lewy légère à modérée, donépézil ou rivastigmine sont à proposer en premier.
Les neuroleptiques ne sont pas un traitement de fond. NICE les réserve aux personnes qui risquent de se blesser ou de blesser autrui, ou qui souffrent d’hallucinations très pénibles, après un essai de mesures non médicamenteuses. Chez une personne atteinte de corps de Lewy ou de Parkinson, ces molécules peuvent aggraver la motricité. La rispéridone n’a, au Royaume-Uni, une autorisation que pour un usage court (jusqu’à six semaines) dans l’agression persistante de la maladie d’Alzheimer modérée à sévère. Le médecin français appliquera l’autorisation locale.
Une classe plus récente s’attaque aux plaques amyloïdes. La FDA a converti le lécanemab (Leqembi) en autorisation classique le 6 juillet 2023, après l’essai CLARITY AD (1 795 patients, 10 mg/kg toutes les deux semaines, stade précoce avec amyloïde confirmé). Le donanemab a ensuite rejoint cette classe aux États-Unis. Ces perfusions peuvent ralentir le déclin, sans le stopper. Elles exposent à des anomalies d’imagerie liées à l’amyloïde (ARIA), gonflement cérébral, micro-saignements, rarement hémorragie grave. La FDA demande un génotypage ApoE ε4 avant de commencer.
L’EMA a autorisé Leqembi dans l’Union européenne le 15 avril 2025, pour les adultes au stade précoce, non porteurs d’ApoE ε4 ou hétérozygotes, avec pathologie amyloïde confirmée. Dans ce sous-groupe de 1 521 patients, le score CDR-SB a augmenté de 1,22 sous lécanemab contre 1,76 sous placebo en 18 mois. La perfusion a lieu toutes les deux semaines. Une IRM est prévue avant le traitement, puis avant les 5e, 7e et 14e doses. Le médicament est contre-indiqué en cas de traitement anticoagulant. L’accès et le remboursement se décident ensuite dans chaque pays, avec le neurologue et le médecin traitant.
Les soins non médicamenteux pèsent autant que les boîtes. La Mayo Clinic cite l’ergothérapie, la simplification des tâches et une routine de soirée plus calme. Cela réduit les accidents et l’agitation, sans « réparer » le cerveau.
Troubles de mémoire, quand voir le médecin
Des oublis répétés qui gênent le quotidien, un changement de personnalité ou une désorientation dans un lieu connu justifient un rendez-vous avec le médecin traitant. Le but n’est pas de coller une étiquette. C’est d’écarter une cause traitable et, si une démence se confirme, d’ouvrir l’accès aux aides.
La Mayo Clinic conseille de consulter dès que la mémoire ou d’autres symptômes de démence apparaissent. Un virage brutal de l’état mental n’est pas « une démence qui s’accélère » par défaut. Le Merck Manual y voit souvent un syndrome confusionnel surajouté (infection, douleur, constipation, nouveau médicament) qu’il faut traiter vite.
Si les troubles naissent en quelques heures avec un visage asymétrique, une faiblesse d’un membre, un trouble de la parole, une perte de vue ou un mal de tête brutal inhabituel, il s’agit d’une urgence vasculaire possible. Les CDC relient accidents vasculaires et démence vasculaire. En France, on appelle le 15 (SAMU) ou le 112. Une évolution sur des semaines relève d’un avis neurologique, comme le prévoit NICE.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Oublis répétés, mots qui manquent, factures en retard | Rendez-vous avec le médecin traitant, bilan et tests cognitifs |
| Changement de personnalité, désorientation dans un quartier connu | Médecin traitant, discussion d’une consultation mémoire |
| Confusion brutale chez une personne déjà fragile | Médecin sans délai, recherche d’infection ou de médicament |
| Déficit moteur, parole ou vision qui bascule en quelques minutes | Appeler le 15 ou le 112, possible accident vasculaire |
| Déclin en quelques semaines, chutes, myoclonies | Avis neurologique urgent, causes rares à écarter |
Apportez une liste de médicaments, y compris ceux sans ordonnance, et des exemples datés. Un proche qui assiste à la consultation corrige souvent les trous dont la personne n’a pas conscience. Demandez si un test cognitif, un bilan thyroïdien et vitaminique et une imagerie sont indiqués.
Quatorze leviers pour réduire le risque
On ne peut pas promettre d’empêcher une démence. On peut réduire une part du risque tout au long de la vie. La commission Lancet de 2024 estime qu’environ 45 % des cas dans le monde seraient potentiellement évitables ou retardables en agissant sur 14 facteurs. Les CDC reprennent ce chiffre. L’estimation suppose un lien causal et ne s’applique pas tel quel à chaque individu.
Par rapport au rapport de 2020, deux facteurs s’ajoutent, un LDL élevé à partir de la quarantaine (environ 7 % des cas attribuables dans le modèle) et une perte de vision non traitée plus tard (environ 2 %). La perte auditive et ce LDL se partagent la plus grande part (7 % chacun), devant un faible niveau d’éducation précoce et l’isolement social tardif (5 % chacun). Les autres leviers déjà retenus sont l’hypertension, le tabac, l’obésité, la dépression, l’inactivité physique, le diabète, l’alcool excessif (plus de 21 unités britanniques par semaine), le traumatisme crânien, la pollution de l’air et un accès insuffisant à l’école tôt dans la vie.
La Mayo Clinic traduit cela en gestes concrets, sans en faire une recette magique. Activité physique régulière, alimentation de type méditerranéen, contrôle de la tension et du sucre, arrêt du tabac, correction de l’audition et de la vision, liens sociaux. Un appareil auditif ne « soigne » pas Alzheimer, mais réduit une surcharge cognitive et l’isolement.
Ces leviers valent aussi après un diagnostic. Ils diminuent les accidents vasculaires supplémentaires et les chutes. Le médecin traitant peut prioriser tension, audition, vision et médicaments qui brouillent la mémoire.
- Faire contrôler tension, LDL, glycémie et poids, puis traiter ce qui sort des cibles convenues avec le médecin.
- Faire tester l’audition et la vision, et corriger un déficit plutôt que de « s’y faire ».
- Bouger la plupart des jours, même par la marche, et garder des activités sociales et mentales qui vous plaisent encore.
- Demander au pharmacien si un somnifère, un anxiolytique ou un médicament de la vessie alourdit la mémoire.
Vivre avec une démence au quotidien
Le diagnostic ouvre une période où l’on peut encore décider, avec la personne, de la conduite, du logement, des papiers et des soins souhaités plus tard. La Cleveland Clinic recommande d’écrire ces choix tant que le langage et le jugement le permettent.
À domicile, le Merck Manual et la Mayo Clinic décrivent un environnement clair, bien éclairé, peu bruyant, avec des routines stables. Une lumière de nuit, des objets dangereux rangés et des tâches découpées en petites étapes réduisent les conflits. La conduite se discute tôt, car elle exige des décisions rapides.
Quand avaler devient difficile, le risque de fausse route et de pneumonie monte. Une adaptation des textures et une surveillance des infections évitent une partie des passages aux urgences. Les escarres, la dénutrition et les chutes font partie des complications tardives que Mayo Clinic énumère.
Les aidants tiennent le système. NICE leur consacre information, répit et droit à une évaluation de leurs propres besoins. Demander de l’aide n’est pas un échec. C’est un soin, au même titre qu’un comprimé.
Questions fréquentes
Alzheimer et démence, est-ce la même chose ?
Non. La démence est le syndrome (déclin assez grave pour gêner l’autonomie). La maladie d’Alzheimer est la cause la plus fréquente, autour de 60 à 70 % des cas selon l’OMS. Une démence peut aussi venir d’une atteinte vasculaire, de corps de Lewy, d’une dégénérescence frontotemporale ou de plusieurs mécanismes à la fois.
Les oublis liés à l’âge sont-ils déjà une démence ?
Non. Avec l’âge, retrouver un nom peut prendre plus de temps, sans empêcher de gérer sa vie. La démence fait oublier des événements entiers et se tromper dans les actes habituels. Entre les deux se situe le déficit cognitif léger, qui mérite un suivi sans porter encore le nom de démence.
Un test cognitif normal écarte-t-il une démence ?
Non. NICE demande de ne pas éliminer le diagnostic sur un score isolé. Le niveau d’études, l’anxiété, un déficit visuel ou auditif et la fluctuation d’attention faussent le résultat. L’histoire racontée par un proche pèse autant que la feuille de test.
Les anticorps anti-amyloïde guérissent-ils la maladie d’Alzheimer ?
Non. Lécanemab et donanemab peuvent ralentir le déclin à un stade précoce, chez des patients sélectionnés, au prix d’un risque d’ARIA. L’EMA a autorisé Leqembi le 15 avril 2025 dans l’Union, pour les non-porteurs d’ApoE ε4 ou les hétérozygotes. Cela ne soigne pas les autres types et ne s’applique pas aux stades avancés.
Faut-il arrêter de conduire dès le diagnostic ?
Pas automatiquement au stade le plus léger, mais la question se pose tôt. Conduire demande des décisions rapides et une bonne vision de l’espace. Ranger les clés n’est pas un caprice familial lorsque des erreurs de trajet se répètent.
Combien de temps vit-on avec une démence ?
Cela varie selon la cause, l’âge et le stade au diagnostic. La Cleveland Clinic cite une étude où la survie moyenne après un diagnostic de démence due à Alzheimer était d’environ 5,8 ans, avec des personnes qui vivent plus longtemps si le reste de la santé le permet. Une infection ou une fausse route pèsent souvent plus, en phase tardive, que la mémoire elle-même.
Conclusion
La démence n’est ni « la vieillesse » ni un synonyme automatique d’Alzheimer. C’est un syndrome dont on cherche la cause, parce que le type change les médicaments utiles et le rythme auquel la famille doit s’organiser. Les chiffres récents (57 millions de personnes en 2021 selon l’OMS, environ 45 % de cas potentiellement liés à 14 facteurs dans le rapport Lancet de 2024, anticorps anti-amyloïde encadrés par la FDA puis par l’EMA) montrent un champ en mouvement, pas une promesse de guérison.
Si des oublis, un langage qui se cherche ou un changement de caractère gênent déjà les factures, les trajets ou les relations, prenez un rendez-vous avec le médecin traitant. Apportez des exemples datés et la liste des médicaments. Demandez un bilan des causes réversibles, un test cognitif interprété avec prudence, et, si le doute reste, une consultation mémoire.
Pour la personne déjà diagnostiquée, le prochain geste utile est souvent terre à terre. Faire contrôler l’audition et la vision, revoir les somnifères, sécuriser le logement, et écrire qui décidera plus tard. Ces actes ne font pas disparaître la maladie. Ils rendent les mois qui viennent plus sûrs, pour la personne et pour ceux qui l’accompagnent.
Sources
- Dementia. World Health Organization, 31 mars 2025.
- Dementia: assessment, management and support for people living with dementia and their carers. National Institute for Health and Care Excellence, 20 juin 2018.
- Livingston G, Huntley J, Liu KY et al. : Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission. The Lancet, 31 juillet 2024.
- Dementia – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 7 juin 2025.
- Dementia – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 7 juin 2025.
- About Dementia | Alzheimer’s Disease and Dementia. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour en 2024.
- Dementia: What It Is, Causes, Symptoms, Treatment & Types. Cleveland Clinic, 5 décembre 2025.
- Leqembi (lecanemab). European Medicines Agency, 15 avril 2025.
- FDA Converts Novel Alzheimer’s Disease Treatment to Traditional Approval. U.S. Food and Drug Administration, 6 juillet 2023.
- Dementia | National Institute of Neurological Disorders and Stroke. National Institute of Neurological Disorders and Stroke, mis à jour en 2024.
- Dementia (Major Neurocognitive Disorder). Merck Manual Consumer Version, juin 2026.
- What Are the Signs of Alzheimer’s Disease?. National Institute on Aging, mis à jour en 2025.
