Vitamine D et douleur chronique : rôle du sommeil

Vitamine D et douleur chronique : rôle du sommeil

Les compléments de vitamine D ne sont pas un antalgique démontré. Une revue Cochrane de 2015, portant sur 10 essais randomisés et 811 adultes, n’a trouvé aucun schéma cohérent d’avantage par rapport au placebo, avec un niveau de preuve jugé faible.

Corriger une carence reste utile pour minéraliser l’os. Cela ne garantit pas que le mal de dos, la fibromyalgie ou les crampes diminuent.

En 2021, d’après les CDC, 20,9 % des adultes américains (51,6 millions de personnes) vivaient avec une douleur chronique d’au moins trois mois, et 6,9 % avec une forme qui limitait nettement le travail ou la vie quotidienne. L’idée d’un duo « vitamine D plus bonne nuit », reprise d’une revue narrative brésilienne publiée dans le Journal of Endocrinology en 2017, reste une hypothèse de travail, pas une consigne de traitement.

Chez les patients douloureux chroniques hors cancer, environ 75 % déclarent un sommeil de mauvaise qualité. L’Endocrine Society, dans sa recommandation de 2024, déconseille le dosage sanguin de routine chez l’adulte en bonne santé et les apports au-dessus des références nutritionnelles avant 75 ans. Les doses quotidiennes du comité américain NASEM restent 15 µg (600 UI) jusqu’à 70 ans et 20 µg (800 UI) au-delà.

Les compléments de vitamine D soulagent-ils vraiment la douleur ?

Non, pas de façon constante dans les essais comparés au placebo. La revue Cochrane actualisée en 2015 a rassemblé 10 études hétérogènes, différentes doses, différentes affections, et seulement deux d’entre elles rapportaient le nombre de patients réellement soulagés. Les auteurs concluent qu’un large bénéfice transversal, valable pour « la » douleur chronique, est peu probable.

La revue de Daniela Leite de Oliveira, Camila Hirotsu, Sergio Tufik et Monica Levy Andersen, parue en 2017, allait plus loin. Elle classait la douleur en nociceptive, neuropathique et d’origine psychique, rappelait le rôle du système immunitaire dans l’hyperalgésie, puis proposait une hypothèse. La forme active du calciférol stimulerait une réponse anti-inflammatoire, réduirait la sensibilité douloureuse et, par ricochet, améliorerait le sommeil. Les auteurs eux-mêmes présentaient cette chaîne comme une piste de recherche, pas comme une preuve d’efficacité clinique.

Le malentendu vient souvent des études d’observation. Un taux bas de 25-hydroxyvitamine D coexiste fréquemment avec des douleurs musculo-squelettiques, une fibromyalgie ou une maladie rhumatismale. Vivre avec une douleur chronique réduit les sorties, l’exposition au soleil et parfois l’appétit. L’adiposité, fréquente quand l’activité baisse, séquestre une partie du nutriment. La carence peut donc être un compagnon de la douleur plutôt que sa cause.

Un complément peut rester justifié pour l’os ou pour corriger un déficit documenté. Il ne remplace ni un diagnostic de la douleur, ni les traitements dont l’effet est mieux étayé. Les événements indésirables étaient peu fréquents dans la revue Cochrane, sans différence nette avec le placebo. Cette relative bonne tolérance n’autorise pas l’automédication à très haute dose. Le pharmacien et le médecin traitant restent les interlocuteurs pour adapter la conduite aux recommandations françaises, qui peuvent différer des chiffres américains cités plus bas.

Suppléments de vitamine D pour soulager la douleur

Comment le sommeil et la douleur s’entretiennent

Une mauvaise nuit rend souvent le lendemain plus douloureux, et une journée douloureuse fragmente la nuit suivante. Cette boucle, documentée par Monika Haack et ses collègues dans une revue de 2020, n’a pas besoin de la vitamine D pour exister. La privation de sommeil abaisse le seuil douloureux, favorise des douleurs spontanées (muscles, tête) et entretient l’hyperalgésie.

Yishi Sun et ses collègues, dans une méta-analyse de 2021 parue dans Sleep Medicine Reviews, ont regroupé 20 études. Avec le questionnaire de Pittsburgh (PSQI), 75,3 % de 3 597 patients douloureux chroniques hors cancer avaient un sommeil perturbé. Avec l’indice de sévérité de l’insomnie, la proportion était de 72,9 % parmi 2 578 personnes. L’écart moyen de score PSQI par rapport aux personnes sans douleur chronique atteignait 2,75 points.

Le manque de sommeil diminue l’efficacité de plusieurs systèmes plutôt analgésiques (opioïdes endogènes, orexines, mélatonine, dopamine) et active des médiateurs plutôt hyperalgésiques, notamment l’inflammation. Une seule nuit sans sommeil, dans des protocoles expérimentaux chez des volontaires, suffit déjà à élargir la zone des stimuli jugés douloureux. Haack insiste sur le point pratique. Traiter seulement le nutriment en ignorant l’insomnie, ou l’inverse, laisse la boucle intacte.

La revue de 2017 soulignait des récepteurs du calciférol dans des tissus nerveux et un lien inverse, souvent observé, entre taux sanguin et plaintes douloureuses. Cela en fait un acteur possible, pas le chef d’orchestre. Les données CDC rappelées plus haut sont américaines. Elles ne se transposent pas telles quelles à la France, mais elles montrent pourquoi l’on cherche un levier simple, et pourquoi il faut résister à en inventer un.

Quels signes font suspecter une carence

Une carence peut rester silencieuse. La Cleveland Clinic souligne que beaucoup d’adultes n’ont aucun symptôme, alors même que le nutriment manque pour l’os, le muscle et le système nerveux. Quand des signes existent, ils sont peu spécifiques. Fatigue, douleurs osseuses, faiblesse, crampes ou courbatures, parfois un changement d’humeur, n’appartiennent pas qu’à ce déficit.

Chez l’enfant, le tableau grave est le rachitisme (os mous, déformations, douleurs, faiblesse). Chez l’adulte, l’équivalent s’appelle ostéomalacie. Os insuffisamment minéralisés, douleur osseuse, faiblesse musculaire, parfois une démarche dandinante. La fiche professionnelle du NIH, mise à jour en 2025, relie surtout le risque de carence à un taux de 25-hydroxyvitamine D inférieur à 30 nmol/L (12 ng/mL). Entre 30 et 50 nmol/L (12 à 20 ng/mL), le statut est souvent jugé inadéquat pour l’os. À partir de 50 nmol/L (20 ng/mL), le comité NASEM considère le niveau comme suffisant pour la plupart des personnes en bonne santé.

Le bon examen est le dosage de la 25-hydroxyvitamine D, ou 25(OH)D, dont la demi-vie est d’environ 15 jours. Le calcitriol (1,25-dihydroxyvitamine D) n’est pas le bon marqueur. Sa demi-vie se compte en heures et sa concentration reste longtemps normale, sous l’effet de la parathormone, même quand les réserves baissent. L’Endocrine Society, en 2024, refuse de fixer des cibles de 25(OH)D liées à la prévention de maladies hors os. Un chiffre de laboratoire n’est donc pas un diagnostic. Il s’interprète avec le tableau clinique et la pratique locale.

Les groupes plus exposés aident à décider si un dosage a un sens.

  • Les personnes de plus de 65 ans synthétisent moins bien le nutriment au niveau de la peau.
  • Une peau foncée convertit moins efficacement le rayonnement solaire en vitamine D.
  • La maladie cœliaque, la maladie de Crohn, la rectocolite, la mucoviscidose ou une chirurgie bariatrique réduisent l’absorption intestinale.
  • Un indice de masse corporelle élevé séquestre une partie du nutriment dans le tissu adipeux.
  • Les maladies du foie ou des reins diminuent les enzymes qui activent le calciférol.
  • Certains médicaments, notamment stéroïdes, orlistat, phénytoïne, phénobarbital ou colestyramine, abaissent le statut vitaminique.

Faut-il un dosage sanguin avant de se complémenter

Pas de façon automatique si vous n’avez ni symptôme évocateur ni maladie qui perturbe l’absorption. L’Endocrine Society, dans sa recommandation de 2024, déconseille le dépistage de routine de la 25(OH)D chez l’adulte en bonne santé, y compris en cas d’obésité ou de peau foncée. Le groupe n’a pas trouvé d’essais montrant qu’un seuil sanguin particulier prévient des maladies précises dans ces populations.

Le groupe américain de prévention USPSTF, cité par le NIH, juge insuffisantes les preuves pour ou contre un dépistage de masse chez les adultes asymptomatiques. Aucune société nationale américaine ne recommande ce dépistage de population. À la Cleveland Clinic, les soignants ne demandent pas le dosage en routine. Ils le discutent s’il existe des symptômes, des facteurs de risque ou une maladie qui justifie de connaître le chiffre.

La recommandation de 2024 ne s’applique pas aux personnes qui ont déjà une indication établie de test ou de traitement. Hypocalcémie, ostéomalacie, rachitisme, malabsorption documentée, maladie osseuse à traiter, certains suivis après chirurgie bariatrique restent des contextes cliniques. Dans ces situations, le médecin décide du test, de la dose et du rythme de contrôle. La pratique française, non détaillée ici, peut poser d’autres conditions de remboursement.

Pour l’adulte de moins de 75 ans sans maladie sous-jacente, le même document déconseille de dépasser les apports nutritionnels de référence dans l’espoir de prévenir des maladies. Un apport empirique plus élevé peut se discuter, toujours sans dosage de routine, chez l’enfant et l’adolescent, après 75 ans, pendant la grossesse, et en cas de prédiabète à haut risque. À partir de 50 ans, lorsqu’un apport est indiqué, la préférence va à une prise quotidienne à dose modérée plutôt qu’à des « mégadoses » intermittentes. Un schéma de charge pour corriger une carence profonde reste une décision médicale, pas un protocole à copier.

Doses, formes D2 ou D3, et risque de surdosage

Les chiffres ci-dessous, repris du NASEM par le NIH et la Mayo Clinic, visent l’os et le calcium, pas le soulagement d’une lombalgie. Ils supposent une exposition solaire minimale. Le Royaume-Uni retient 10 µg (400 UI) par jour dès 4 ans. En France, le médecin ou le pharmacien applique la recommandation locale.

Âge ou situation Apport de référence (NASEM) Limite supérieure quotidienne
Nourrisson jusqu’à 12 mois 10 µg (400 UI) 25 à 38 µg (1 000 à 1 500 UI)
1 à 8 ans 15 µg (600 UI) 63 à 75 µg (2 500 à 3 000 UI)
9 à 70 ans 15 µg (600 UI) 100 µg (4 000 UI)
Plus de 70 ans 20 µg (800 UI) 100 µg (4 000 UI)
Grossesse et allaitement 15 µg (600 UI) 100 µg (4 000 UI)

La limite de 4 000 UI pour l’adulte inclut aliments, boissons enrichies et compléments. La Mayo Clinic indique que la dépasser peut provoquer nausées, vomissements, perte d’appétit, faiblesse musculaire, troubles de la concentration, troubles du rythme, calculs et lésions rénales. Le NIH décrit la même cascade. Le calciférol augmente l’absorption du calcium. Un excès mène à l’hypercalcémie, puis, dans les cas extrêmes, à l’insuffisance rénale, aux calcifications, aux arythmies et au décès. Le soleil ne produit pas cet excès. La peau plafonne la synthèse. On ne rattrape pas un hiver sombre avec un flacon entier.

L’ergocalciférol (D2) vient des végétaux. Le cholécalciférol (D3) vient des animaux. La Cleveland Clinic note que le D3, souvent en vente libre, s’absorbe plus facilement. Les deux formes passent par le foie puis le rein. Ni l’âge ni l’obésité n’empêchent l’absorption intestinale, d’après le NIH, mais l’obésité augmente souvent la dose nécessaire pour le même taux sanguin. Les aliments utiles sont peu nombreux. Poissons gras, huile de foie de morue, jaunes d’œufs, foie, certains champignons, fromages, et produits enrichis selon les pays. Lire l’étiquette évite de cumuler lait enrichi, multivitamines et comprimé « ostéo ».

Les interactions méritent une question au pharmacien avant d’empiler les boîtes.

  • Les thiazidiques, associés au calciférol, augmentent le risque d’hypercalcémie.
  • Digoxine, diltiazem et vérapamil imposent plus de prudence si le calcium sanguin monte.
  • Orlistat, colestyramine et certains laxatifs stimulants au long cours réduisent l’absorption du nutriment.
  • Phénobarbital et phénytoïne accélèrent la dégradation du calciférol.
  • Les corticoïdes perturbent à la fois le calcium et l’utilisation de la vitamine D.
  • Le calcipotriène topique, utilisé dans le psoriasis, ne se combine pas avec un fort apport oral.

Fibromyalgie, lombalgie et autres douleurs persistantes

Aucune de ces affections n’a de preuve solide que le calciférol agit comme un antalgique de fond. Cochrane n’a pas isolé de schéma favorable, que l’essai concerne des douleurs musculo-squelettiques, une arthrite ou une autre douleur chronique. Les études étaient trop différentes pour un regroupement unique.

La fibromyalgie illustre le piège. Des revues plus récentes, hors Cochrane, rapportent parfois une baisse du score d’impact ou une amélioration de la fatigue, avec des résultats contradictoires sur l’échelle de douleur. Les protocoles de dose varient, les effectifs restent petits. Un complément peut avoir un intérêt si une carence est documentée, dans une prise en charge plus large. Il ne traite pas la fibromyalgie.

La lombalgie chronique a connu le même espoir. Des essais randomisés n’ont pas montré d’effet net. L’hypothèse de 2017 citait aussi polyarthrite rhumatoïde, drépanocytose, cancer et règles douloureuses. Ces mentions, tirées d’observations ou de petits essais, ne créent pas une indication antalgique. Un déficit s’y gère comme un problème osseux ou nutritionnel, pas comme un substitut d’antalgique.

Une douleur osseuse, une faiblesse proximale, une démarche dandinante chez une personne à risque (peu de soleil, malabsorption, âge avancé) peut être une ostéomalacie, pas « juste » une fibromyalgie. Dans ce cas, le dosage et le traitement ciblé ont un rationnel clair, celui de l’os. Attendre qu’un flacon acheté sans diagnostic fasse office d’enquête retarde la prise en charge. L’arthrose, une neuropathie ou une spondyloarthrite se traitent selon leur propre logique.

Un complément peut-il améliorer le sommeil

Peut-être un peu la qualité perçue, pas de façon démontrée la durée ni les maladies du sommeil. Myriam Abboud a publié en 2022, dans Nutrients, une revue de 19 études d’intervention, dont 13 essais randomisés. Trois essais seulement ont pu être méta-analysés sur le PSQI. La baisse moyenne du score, comparée au placebo, était de 2,33 points (intervalle de confiance à 95 % de −3,09 à −1,57), avec une hétérogénéité nulle et une certitude jugée modérée.

Ces trois essais duraient 8 à 12 semaines. L’un concernait des personnes sous méthadone, un autre des personnes dont le sommeil était déjà de mauvaise qualité (PSQI ≥ 5), le troisième des patients avec un syndrome fibromyalgique. Les doses, recalculées en quotidien, étaient bien plus hautes que 600 UI. Un écart de 2 points sur le PSQI est statistiquement net. Il n’équivaut pas à guérir une apnée, un syndrome des jambes sans repos ou une insomnie chronique. Sur la somnolence et les troubles identifiés, Abboud n’a pas trouvé de résultats unanimes.

Le nutriment module l’inflammation, impliquée à la fois dans l’hyperalgésie et la fragmentation du sommeil. De là à prescrire 50 000 UI par semaine « pour mieux dormir », il y a un saut que ni Abboud ni l’Endocrine Society n’autorisent. Si le sommeil est le vrai problème, la cible validée s’appelle insomnie, apnée ou douleur nocturne, pas un taux sanguin isolé. Corriger une carence reste raisonnable. Promettre une nuit réparatrice grâce au calciférol ne l’est pas.

Hygiène du sommeil et TCC, ce qui aide vraiment

L’hygiène du sommeil seule ne traite pas une insomnie chronique. La recommandation de 2021 de l’American Academy of Sleep Medicine donne une recommandation forte à la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I). Elle déconseille l’hygiène du sommeil comme traitement unique. Jack Edinger, premier auteur, le formule clairement. Ces conseils sont familiers et insuffisants à eux seuls.

La TCC-I combine, sur typiquement 4 à 8 séances, une éducation sur la régulation du sommeil, un contrôle du stimulus (le lit sert à dormir, pas à ruminer la douleur), une restriction de temps au lit guidée, et un travail cognitif sur les peurs liées à la nuit. Des thérapies brèves, le contrôle du stimulus isolé, la restriction de sommeil et la relaxation reçoivent des recommandations conditionnelles. L’hygiène (horaires, caféine, alcool, écran, chambre) se discute comme facteur associé, pas comme protocole.

L’insomnie chronique associe une difficulté d’endormissement, des réveils ou un réveil trop matinal, plus un retentissement diurne, au moins trois nuits par semaine pendant au moins trois mois. L’AASM estime qu’elle concerne environ 10 % des adultes. Chez les personnes douloureuses, la proportion de sommeil perturbé dépasse de loin ce chiffre. L’AASM réserve surtout les hypnotiques aux personnes qui ne peuvent pas suivre la TCC-I, qui restent symptomatiques après, ou qui ont besoin d’un appoint temporaire.

Haack note que, chez des patients avec insomnie, la TCC-I a été associée à une baisse de marqueurs inflammatoires, et que dans l’arthrose du genou, l’amélioration de l’insomnie allait de pair avec une meilleure fonction et moins de douleur. Ce n’est pas une garantie individuelle. C’est un argument pour traiter le sommeil avec une méthode validée, plutôt qu’avec une liste de conseils et un flacon. Horaires de lever stables, caféine limitée l’après-midi, alcool non utilisé comme somnifère restent utiles. Si la douleur réveille, parlez aussi de l’horaire des antalgiques, d’une apnée possible, des jambes impatientes ou d’une dépression associée.

Douleur persistante et carence possible, quand consulter

Une douleur qui dure plus de trois mois, qui limite le travail ou le sommeil, mérite un médecin traitant, même si vous prenez déjà un complément. Le but n’est pas d’obtenir une ordonnance de 50 000 UI. C’est d’identifier la cause, les signes d’alerte, et de décider si un dosage de 25(OH)D a un sens dans votre situation.

Les signes d’ostéomalacie, décrits par le NIH et la Cleveland Clinic, doivent avancer le rendez-vous. Douleur osseuse, faiblesse musculaire marquée, crampes répétées, déformations, chez l’enfant un trouble de croissance. Les signes d’hypercalcémie, décrits par le NIH et la Mayo Clinic, imposent d’arrêter le complément et de consulter sans délai. Nausées, soif intense, urines très abondantes, constipation, faiblesse, confusion, calculs. Confusion marquée, vomissements incoercibles ou palpitations font appeler le 15 ou le 112.

Situation Conduite
Douleur la plupart des jours depuis au moins trois mois Consultez le médecin traitant pour un diagnostic, pas seulement un flacon
Fatigue, courbatures, peu de soleil, malabsorption, âge élevé Discutez l’intérêt d’un dosage de 25(OH)D, sans l’exiger vous-même
Douleur osseuse, faiblesse proximale, démarche dandinante Consultez rapidement, une ostéomalacie est possible
Nausées, soif intense, urines très abondantes sous fort complément Arrêtez le produit et contactez un médecin, hypercalcémie possible
Confusion, vomissements répétés, palpitations, douleur thoracique Appelez le 15 ou le 112
Insomnie au moins trois nuits par semaine depuis trois mois Demandez une orientation vers une TCC-I plutôt qu’une seule liste d’hygiène

Préparez la consultation. Compléments (dose en µg et en UI), médicaments, symptômes de sommeil, et ce que la douleur empêche réellement orientent mieux qu’un taux isolé.

  • Apportez la boîte du complément, car les étiquettes mélangent souvent UI et microgrammes.
  • Décrivez une nuit typique, l’heure d’endormissement, le nombre de réveils, l’heure de lever.
  • Signalez une chirurgie de l’estomac, une maladie intestinale ou un traitement corticoïde au long cours.
  • Mentionnez calculs rénaux, rythme cardiaque fragile ou digitaliques, qui changent le rapport bénéfice-risque.

Les urgences (15 ou 112) ne sont pas le lieu pour faire doser la vitamine D. Elles le sont pour une hypercalcémie grave, une détresse, un déficit neurologique aigu, ou une douleur d’allure cardiaque ou chirurgicale. Le reste se discute en ville.

Questions fréquentes

Peut-on prendre de la vitamine D sans ordonnance ?

Oui, le cholécalciférol est souvent en vente libre, à des doses proches des apports de référence. Cela ne rend pas le geste anodin. Au-delà de 4 000 UI par jour, le NIH et la Mayo Clinic décrivent un risque réel d’hypercalcémie. Demandez au pharmacien de vérifier les autres sources (multivitamines, laits enrichis) et les interactions.

Vitamine D2 ou D3, laquelle choisir ?

Le D3 (cholécalciférol) est en général mieux absorbé que le D2 (ergocalciférol), d’après la Cleveland Clinic. Les deux doivent être hydroxylés par le foie et le rein. Le choix, la dose et la durée d’une correction de carence se décident avec le prescripteur, surtout en cas de maladie rénale ou de malabsorption.

Les doses hebdomadaires très élevées sont-elles plus efficaces contre la douleur ?

Rien ne le montre pour la douleur, et l’Endocrine Society préfère, après 50 ans, une prise quotidienne à dose modérée lorsqu’un apport est indiqué. Les schémas de charge existent pour corriger une carence documentée, sous contrôle médical. Ce n’est pas un protocole antalgique à copier.

Un bon taux de vitamine D garantit-il un meilleur sommeil ?

Non. Abboud a observé une baisse moyenne du PSQI dans trois petits essais, pas une normalisation du sommeil. Une apnée, une douleur nocturne ou une insomnie chronique se traitent pour elles-mêmes. La TCC-I reste le traitement de première intention de l’insomnie chronique selon l’AASM.

La vitamine D remplace-t-elle les antalgiques ?

Non. Cochrane n’a pas montré d’effet constant supérieur au placebo. Un déficit documenté se corrige pour l’os et le muscle. Le paracétamol, les anti-inflammatoires quand ils sont indiqués, la kinésithérapie ou d’autres traitements de la cause restent le cadre habituel, adapté par le médecin.

Les enfants ont-ils les mêmes besoins que les adultes ?

Non. Le NASEM retient 400 UI chez le nourrisson et 600 UI dès 1 an, 800 UI seulement après 70 ans. L’Endocrine Society discute un apport empirique au-dessus des références chez l’enfant et l’adolescent pour le rachitisme et, potentiellement, certaines infections respiratoires, toujours sans dosage de routine. Les doses se décident avec le pédiatre ou le médecin traitant.

Conclusion

Le calciférol n’est pas le chaînon manquant d’une équation simple entre mauvaise nuit et douleur chronique. Les essais regroupés par Cochrane n’ont pas montré d’effet antalgique constant. La recommandation de 2024 de l’Endocrine Society a resserré le cadre. Moins de dosages de routine, moins de doses au-dessus des références chez l’adulte de moins de 75 ans, préférence pour le quotidien plutôt que pour la mégadose intermittente. Le sommeil reste un levier réel. Trois patients douloureux sur quatre dorment mal, et la TCC-I a des preuves que n’a pas la simple hygiène du sommeil.

Si la douleur dure et que les nuits s’émiettent, trois questions tiennent dans une consultation. Quelle est la cause probable de la douleur ? Un dosage de 25(OH)D a-t-il un sens chez moi, compte tenu de l’âge, du soleil, de l’intestin, du poids, des médicaments ? Qui peut proposer une TCC-I plutôt qu’un nouveau flacon ? Le pharmacien peut déjà relire les étiquettes et les interactions. Le 15 ou le 112 restent réservés aux signes d’hypercalcémie grave, à la confusion, aux vomissements incoercibles ou à une douleur d’allure urgente.

Garder un apport alimentaire et, si besoin, un complément à dose de référence protège l’os. Traiter le sommeil comme un problème médical complète ce cadre. Attendre du duo vitamine D et sommeil qu’il gère la douleur dépasse ce que les documents de 2015, 2021, 2024 et 2025 permettent d’écrire.

Sources

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  2. Vitamin D – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health Office of Dietary Supplements, 27 juin 2025.
  3. Straube S, Derry S, Straube C et al. : Vitamin D for the treatment of chronic painful conditions in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 6 mai 2015.
  4. de Oliveira DL, Hirotsu C, Tufik S et al. : The interfaces between vitamin D, sleep and pain. Journal of Endocrinology, juillet 2017.
  5. Abboud M : Vitamin D Supplementation and Sleep: A Systematic Review and Meta-Analysis of Intervention Studies. Nutrients, 3 mars 2022.
  6. Vitamin D Deficiency: Causes, Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 2 août 2022.
  7. Rikard SM, Strahan AE, Schmit KM et al. : Chronic Pain Among Adults — United States, 2019–2021. Morbidity and Mortality Weekly Report, 14 avril 2023.
  8. Haack M, Simpson N, Sethna N et al. : Sleep deficiency and chronic pain: potential underlying mechanisms and clinical implications. Neuropsychopharmacology, 2020.
  9. Vitamin D – Mayo Clinic. Mayo Clinic, 21 mars 2025.
  10. New guideline supports behavioral, psychological treatments for insomnia. American Academy of Sleep Medicine, février 2021.
  11. Sun Y, Laksono I, Selvanathan J et al. : Prevalence of sleep disturbances in patients with chronic non-cancer pain: A systematic review and meta-analysis. Sleep Medicine Reviews, juin 2021.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.