
La plupart des taupes, aussi appelées grains de beauté, restent bénignes toute la vie. Consultez un médecin si l’une d’elles change de taille, de forme ou de couleur, si elle démange ou saigne, si elle tranche sur les autres, ou si une tache pigmentée nouvelle apparaît après 30 ans.
Sous la douche, une tache brune au bas du dos passe souvent inaperçue jusqu’à ce qu’un proche la remarque. Ce n’est pas un simple détail d’apparence. Dans une méta-analyse de 2017 portant sur plus de 20 000 mélanomes, environ 70,9 % de ces cancers naissaient sur une peau d’apparence normale, et seulement 29,1 % au contact d’un nævus déjà présent. Surveiller uniquement les grains de beauté connus ne suffit donc pas.
Un adulte a souvent 10 à 40 taupes. La règle ABCDE retient un diamètre souvent supérieur à 6 mm, tandis que le guide britannique NICE NG12 oriente vers un avis spécialisé dès un score pondéré de 3. Les nævus congénitaux de grande taille concentrent l’essentiel du risque, avec une densité d’incidence près de 22 fois plus élevée que pour les lésions petites et moyennes, d’après une revue de 2023.
Qu’est-ce qu’une taupe ou un grain de beauté
Une taupe est un amas local de mélanocytes, les cellules qui fabriquent la mélanine. Le nom médical courant est nævus mélanocytaire. La tache peut être plate ou en relief, rose, beige, brune, noire, parfois bleutée, et siéger n’importe où, y compris le cuir chevelu, les plis, les ongles ou les muqueuses.
Un nævus commun mesure le plus souvent moins de 5 mm. Il est rond ou ovale, à bord net, d’une couleur assez homogène, d’après une fiche du National Cancer Institute mise à jour en 2022. La Mayo Clinic situe plutôt le calibre habituel sous 6 mm, soit à peu près la gomme d’un crayon. Les deux seuils décrivent le même portrait. Une lésion plus large n’est pas un cancer à elle seule, mais elle sort de l’aspect le plus banal.
La plupart des nævus apparaissent pendant l’enfance et l’adolescence. De nouveaux peuvent encore surgir jusque vers 40 ans, puis beaucoup s’estompent plus tard, toujours selon le NCI. Un grain de beauté peut rester des décennies, devenir plus bombé, plus clair, parfois poilu, d’après la Cleveland Clinic. Ces évolutions lentes et régulières n’équivalent pas à un mélanome.
Le nombre de taupes dépend du terrain familial, des ultraviolets et de l’immunité. Les peaux claires en portent souvent davantage. Les enfants peu protégés du soleil tendent aussi à en développer plus, observe la Mayo Clinic. Un grain de beauté n’est pas contagieux.

À quoi ressemble une taupe banale
Une taupe rassurante est en général symétrique, à bords nets, d’une seule couleur, et stable d’un mois sur l’autre. Elle peut être lisse ou un peu rugueuse, plate ou bombée. Des poils qui en sortent n’en font pas une lésion cancéreuse. Le NHS souligne qu’il est habituel que des bébés naissent avec des taupes, que de nouvelles apparaissent surtout chez l’enfant et l’adolescent, qu’elles s’effacent avec l’âge, et qu’elles s’assombrissent un peu pendant une grossesse.
Pendant la puberté ou une grossesse, un assombrissement ou un élargissement régulier de plusieurs lésions à la fois s’explique souvent par les hormones, précise la Cleveland Clinic. Le signal d’alerte n’est pas ce changement global et homogène. C’est une lésion qui se met à évoluer toute seule, de façon irrégulière, alors que les voisines restent stables.
Les taches de rousseur et les lentigos solaires, parfois appelés taches de soleil, ne sont pas des nævus. La Cleveland Clinic les range parmi les lésions pigmentées au sens large, aux côtés des grains de beauté. Un nævus naît d’un regroupement de mélanocytes. Une tache solaire correspond surtout à une pigmentation plus marquée après des années d’ultraviolets. Les kératoses séborrhéiques, croûteuses, souvent gris-brun chez l’adulte plus âgé, n’appartiennent pas non plus à cette famille. La Mayo Clinic décrit par exemple la dermatosis papulosa nigra, fréquente sur le visage de personnes à peau foncée, comme une forme de kératose séborrhéique et non comme un nævus.
Sur une peau foncée, les taupes sont souvent plus sombres. Le mélanome y est plus rare que chez les phototypes très clairs, mais il est plus souvent reconnu tard, notamment sous l’ongle, à la paume ou à la plante, d’après le NCI. La surveillance ne se limite donc pas au visage et aux avant-bras.
Règle ABCDE et signe du vilain petit canard
La règle ABCDE, diffusée par l’American Academy of Dermatology, aide à repérer une tache qui sort du profil d’un nævus banal. Un seul critère peut suffire à justifier un avis. Tous les mélanomes ne cochent pas les cinq cases, et une taupe atypique n’est pas un cancer.
- A comme asymétrie. Une moitié de la tache ne se superpose pas à l’autre, en forme ou en relief.
- B comme bords. Le contour est irrégulier, festonné, entaillé ou mal dessiné.
- C comme couleur. Plusieurs teintes cohabitent, beige, brun, noir, blanc, rouge ou bleu.
- D comme diamètre. Au diagnostic, beaucoup de mélanomes dépassent 6 mm, mais certains sont plus petits.
- E comme évolution. La tache change de taille, de forme ou de couleur, ou ne ressemble pas aux autres.
Ce dernier point recouvre aussi le signe du « vilain petit canard ». Sur une peau donnée, la plupart des grains de beauté se ressemblent. Celui qui tranche, trop sombre, trop plat, trop rouge ou trop récent, mérite un examen même s’il reste petit. L’AAD ajoute le prurit et le saignement comme motifs de rendez-vous, qu’ils s’accompagnent ou non d’un ABCDE complet.
Le guide NICE NG12, écrit pour les médecins de premier recours au Royaume-Uni, utilise une autre grille, pondérée en 7 points (recommandations de 2015, toujours dans le document revu en 2026). Les critères majeurs, changement de taille, forme irrégulière, couleur irrégulière, valent 2 points chacun. Les critères mineurs, plus grand diamètre d’au moins 7 mm, inflammation, suintement, changement de sensation, valent 1 point. Un total de 3 ou plus conduit, dans ce système britannique, à orienter la personne sur une filière de suspicion de cancer. Les deux grilles ne se contredisent pas. Le 6 mm de l’ABCDE décrit l’aspect fréquent d’un mélanome. Le 7 mm du NICE est un critère mineur parmi d’autres. En France, le médecin traitant ou le dermatologue appliquera le raisonnement local. Ni l’une ni l’autre liste ne remplace un examen clinique.
Quels changements justifient de consulter
Une taupe qui change, qui démange, qui saigne, qui croûte ou qui tranche sur les autres doit être montrée à un médecin, sans attendre un bilan de routine. L’AAD insiste aussi sur toute tache nouvelle après 30 ans. Le NHS retient les mêmes alertes et y ajoute une marque inhabituelle qui persiste plusieurs semaines.
Chez l’enfant et l’adolescent, les nævus grandissent avec le corps. L’AAD considère ces modifications proportionnées comme attendues, rarement comme un mélanome. Après l’âge adulte, un grain de beauté nouveau ou une lésion qui s’étend, s’épaissit, se décolore de façon inégale ou devient douloureuse n’a plus cette excuse de croissance. Le NCI liste aussi une surface qui devient sèche, squameuse, dure ou bosselée, un suintement et un prurit.
Le tableau ci-dessous résume une conduite calme, à partir de ces sources. Un score élevé n’égale pas un diagnostic de mélanome. Il indique seulement qu’un avis médical est dû.
| Observation | Pourquoi cela compte | Conduite |
|---|---|---|
| Asymétrie, bords irréguliers ou plusieurs couleurs | Critères A, B et C de l’AAD | Voir le médecin traitant ou un dermatologue |
| Diamètre souvent au-delà de 6 mm, ou d’au moins 7 mm | Critère D de l’ABCDE et critère mineur du NICE | Faire mesurer et photographier la lésion |
| Changement de taille, de forme, de couleur ou de relief | E de l’ABCDE et critères majeurs du NICE | Prendre rendez-vous sans reporter de plusieurs mois |
| Démangeaison, saignement, croûte ou suintement | Alertes AAD, NHS et critères mineurs NICE | Montrer la tache rapidement |
| Tache différente des autres, ou nouvelle après 30 ans | Vilain petit canard et seuil AAD | Examen clinique, souvent avec dermoscopie |
| Saignement abondant qui ne s’arrête pas avec une compression | Plaie active, indépendamment du diagnostic | Appeler le 15 ou le 112 |
Le mélanome nodulaire, parfois peu pigmenté, peut croître en relief plus qu’en largeur. Le NICE demande d’envisager une filière rapide devant une lésion pigmentée ou non qui évoque cette forme. Une croûte qui persiste, un bouton qui ne disparaît pas ou une plaie qui ne ferme pas appartiennent aussi aux tableaux d’alerte cutanée de l’AAD, même s’il ne s’agit pas d’une taupe au sens strict.
En France, le premier interlocuteur reste le médecin traitant, qui oriente vers un dermatologue si besoin. Le délai britannique de deux semaines du NICE n’est pas une règle française. Un saignement qui ne cède pas, une détresse ou une plaie très étendue relèvent du 15 ou du 112. Pour une tache qui a simplement changé, un rendez-vous médical prompt est la bonne échelle, pas un appel d’urgence.
Types de nævus et lésions qui y ressemblent
Les dermatologues classent surtout les taupes selon l’âge d’apparition et l’aspect. La Cleveland Clinic distingue le nævus commun (petit, rose à brun, bord net), le nævus congénital (présent à la naissance) et le nævus dysplasique, plus large qu’une gomme de crayon, de forme irrégulière, souvent plus foncé au centre, à bords dégradés. Le NCI parle de nævus dysplasique ou de nævus atypique pour la même famille.
Un nævus atypique dépasse souvent 5 mm. Sa surface peut être lisse, un peu squameuse ou grumeleuse. Le bord se fond parfois dans la peau voisine. Ces lésions siègent sur les zones exposées au soleil, mais aussi sur des territoires peu bronzés, comme la poitrine ou sous la taille. Avoir un ou deux nævus atypiques est fréquent. Environ une personne sur dix aux États-Unis en porterait au moins un, selon le NCI. Certaines en ont plus de dix, souvent avec un grand nombre de nævus communs.
Le nævus congénital se mesure, à l’âge adulte, en centimètres. Plus il est vaste, plus la surveillance compte, avec des seuils qui diffèrent selon les textes (8 mm sur une page Cleveland Clinic de 2021, 20 cm chez la Mayo Clinic pour les formes grandes et géantes). Un halo clair ou une tache qui se dépigmente compte comme un changement et se montre, même si la lésion paraît s’effacer.
Beaucoup de grains de beauté et nævus atypiques
Un grand nombre de taupes est un marqueur de risque de mélanome, pas une condamnation. La méta-analyse de Gandini et coll., synthèse de 46 études parue en 2005, trouve un risque relatif regroupé de 6,89 pour 101 à 120 nævus communs par rapport à moins de 15. Ces chiffres viennent d’études observationnelles hétérogènes. Ils décrivent un gradient, pas un seuil magique au-delà duquel il faudrait tout opérer.
Les nævus atypiques pèsent davantage. Toujours chez Gandini et coll., cinq nævus atypiques versus zéro donnaient un risque relatif de 6,36. Dans les études qui opposaient simplement présence et absence, le risque relatif approchait 10. Le NCI retient un ordre de grandeur voisin. Le risque de mélanome serait environ dix fois plus élevé chez une personne qui a plus de cinq nævus dysplasiques que chez une personne qui n’en a aucun. La Mayo Clinic situe un sur-risque à partir de plus de 50 taupes, chiffre aussi repris par l’AAD parmi les profils à surveiller.
Ces lésions sont surtout des marqueurs. Un nævus atypique se transforme rarement en mélanome. Le NCI le dit nettement, et la méta-analyse de Pampena et coll. (2017) va plus loin. Sur 38 études, 70,9 % des mélanomes naissaient hors d’un nævus préexistant. Enlever tous les nævus atypiques ne prévient donc pas la maladie. Le NCI déconseille d’ailleurs cette stratégie. La surveillance vise à attraper tôt une tache nouvelle ou un changement, pas à nettoyer la peau.
Le risque se cumule avec d’autres facteurs. Peau qui brûle facilement, cheveux roux ou blonds, nombreuses taches de rousseur, coups de soleil avec cloque, lits de bronzage, antécédent personnel ou familial de mélanome, immunosuppression (dont greffe d’organe) figurent sur la liste du NCI. Pour plus de cinq nævus dysplasiques, un examen annuel est souvent proposé. S’il existe aussi une histoire familiale de mélanome, le même institut évoque un rythme plus serré, tous les 3 à 6 mois. L’agenda exact, en France, se décide avec le dermatologue.

Nævus présent dès la naissance
Un nævus mélanocytaire congénital concerne environ une naissance sur cent, d’après la Cleveland Clinic. La grande majorité de ces taches restent bénignes. Le risque de mélanome n’est pas le même pour une petite marque ronde et pour un vaste territoire pigmenté du tronc.
Scard, Aubert, Wargny et coll. ont compilé 7 915 patients suivis pour nævus congénitaux de toutes tailles. Quatre-vingt-onze mélanomes ont été rapportés, soit 1,15 % (intervalle de confiance à 95 % de 0,93 à 1,41). La densité d’incidence globale était de 0,057 % personnes-années. À 15 ans, la densité d’incidence des formes grandes à géantes était 21,9 fois celle des formes petites à moyennes. Le risque paraissait plus élevé sur le tronc, et plus bas après une exérèse complète qu’en l’absence de traitement ou après un geste partiel. Pour les tout petits nævus congénitaux, les auteurs jugent encore le risque mal connu.
Chez la Mayo Clinic, le message clinique retient surtout les formes grandes et géantes, au-delà de 20 cm de diamètre à l’âge adulte. Ces lésions se surveillent dès l’enfance. Cela n’impose pas d’opérer chaque tache de naissance. La décision d’exérèse appartient à l’équipe qui suit l’enfant, selon la taille, le siège et la possibilité de fermer la peau.
Un nævus congénital mérite une description (siège, diamètre, poils, nodules) et des photographies de référence. Tout nodule nouveau, toute zone qui s’ulcère, saigne ou change de couleur se montre sans délai, y compris chez un nourrisson. Le 15 ou le 112 n’est pas le premier réflexe pour une tache stable. Il l’est si un saignement ne s’arrête pas ou si l’enfant va mal.
Comment surveiller vos taupes chez vous
Un auto-examen régulier sert à connaître la répartition de vos taches, pas à poser un diagnostic. La Mayo Clinic et la Cleveland Clinic recommandent un passage mensuel, de la tête aux pieds, après le bain ou la douche, avec un grand miroir et un miroir à main. Le NCI retient la même cadence mensuelle chez les personnes qui ont des nævus dysplasiques. L’AAD encourage chacun à vérifier sa peau assez souvent pour repérer une tache nouvelle, différente ou évolutive.
Le groupe de prévention américain USPSTF a conclu en avril 2023 que les preuves sont insuffisantes pour recommander, ou déconseiller, un dépistage visuel systématique par un clinicien chez les adolescents et adultes sans symptôme (recommandation de grade I). Cette position, cohérente avec celle de 2016, ne s’applique pas aux personnes qui ont une lésion qui change, des nævus irréguliers, ou un antécédent personnel ou familial de cancer cutané. L’AAD continue de défendre l’auto-examen. Les deux textes se lisent ensemble. Le dépistage de masse n’a pas le même niveau de preuve qu’un rendez-vous ciblé devant une tache suspecte.
Pour que le geste soit utile, refaites-le toujours dans le même ordre.
- Examinez le visage, les oreilles, le cuir chevelu, le cou, puis le thorax, le ventre et le dos, y compris sous les seins et dans les plis.
- Levez les bras, regardez les aisselles, les avant-bras, les paumes, les espaces entre les doigts et les ongles sans vernis.
- Contrôlez les fesses, les organes génitaux, les cuisses, les genoux, les plantes et les espaces entre les orteils.
- Notez une tache qui tranche sur les autres, une croûte persistante, un sillon pigmenté sous un ongle, une plaie qui ne ferme pas.
- Prenez une photo datée, avec une pièce ou une règle à côté, pour comparer plus tard si le médecin le propose.
Les zones souvent oubliées (raie des cheveux, nuque, plante, ongles) sont précisément celles où un mélanome se découvre tard, surtout sur peau foncée. Un proche peut voir votre dos. L’auto-examen ne remplace pas un dermatologue si vous avez déjà eu un mélanome ou si vos nævus sont trop nombreux pour que vous les mémorisiez seuls.
Faut-il faire enlever une taupe
Non, la plupart des taupes n’ont pas à être retirées. Le NCI est explicite. On n’enlève pas un nævus commun ou atypique pour empêcher un mélanome, parce que la transformation d’une lésion donnée est rare et que la majorité des mélanomes naissent ailleurs. On retire une tache qui a changé, qui est nouvelle et suspecte, qui gêne (ceinture, rasage, collier), ou que la personne souhaite faire disparaître pour des raisons esthétiques.
L’ablation se fait au cabinet, sous anesthésie locale, par un médecin formé, le plus souvent un dermatologue. La Cleveland Clinic décrit deux techniques principales. L’exérèse chirurgicale coupe la lésion et une collerette de peau saine, puis referme avec des points. L’exérèse tangentielle rase la lésion au ras de la peau et cautérise le fond. Ce second geste fournit un échantillon, mais renseigne mal les berges profondes et ne permet pas de distinguer aussi nettement les types de cancers cutanés. Les taupes enlevées ainsi récidivent un peu plus souvent. Pour un soupçon de mélanome, mieux vaut retirer toute la lésion lorsque c’est possible, avec une marge de peau saine, comme le décrit la Cleveland Clinic pour les nævus atypiques.
Laser, azote liquide et électrocoagulation ne sont en général pas recommandés pour un nævus, toujours selon la Cleveland Clinic. Il ne reste alors aucun tissu à analyser. Une lésion bénigne qui revient après un geste non chirurgical peut même prendre un aspect trompeur au microscope. Les pâtes, stylos et recettes maison que l’AAD déconseille ajoutent une brûlure ou une allergie, laissent souvent la taupe en place, et font perdre du temps si la lésion était un mélanome. Tatouer par-dessus une taupe masque les signes précoces.
Après le geste, un pansement gras quelques jours, un nettoyage quotidien et une protection solaire de la cicatrice suffisent le plus souvent. Un saignement qui reprend, une rougeur extensive, du pus, ou une tache qui réapparaît dans la cicatrice ramènent vers le dermatologue. L’analyse au microscope est le seul moyen d’affirmer un mélanome. Si le diagnostic est confirmé, l’équipe discute une reprise pour élargir les marges, selon l’épaisseur de la tumeur. Ces étapes se décident au cas par cas.
Comment limiter le risque de mélanome
On ne peut pas empêcher toutes les taupes d’apparaître. On peut réduire l’exposition aux ultraviolets, principal levier environnemental du mélanome. Le NHS demande d’éviter lampes et bancs solaires, de rester à l’ombre aux heures les plus fortes (entre 11 h et 15 h dans son conseil britannique), de couvrir peau, chapeau et lunettes, et d’appliquer une crème d’indice au moins 30, à renouveler après la baignade. La Mayo Clinic précise un produit large spectre, résistant à l’eau, SPF d’au moins 30, posé sur peau sèche environ 15 minutes avant la sortie, puis toutes les deux heures. Les horaires exacts et l’indice usuel en France se confirment avec le médecin ou le pharmacien.
Les lits de bronzage n’ont pas d’usage médical ici. Le NCI les classe parmi les sources d’UV artificiels qui endommagent la peau. Un bronzage, même sans brûlure, signe déjà un stress cutané. Les coups de soleil avec cloque, dans l’enfance comme à l’âge adulte, restent un facteur de risque identifié.
La photoprotection ne remplace pas le regard sur une tache qui change. Inversement, l’auto-examen ne corrige pas des années d’UV. Les deux gestes se complètent, surtout si vous avez plus de 50 taupes, des nævus atypiques, un phototype clair, ou un mélanome dans la famille. Le dermatologue peut proposer une dermoscopie, des photographies du corps entier, et un rythme de suivi. Aucun de ces outils ne garantit qu’un mélanome n’apparaîtra pas. Ils augmentent la chance de le voir petit.
Questions fréquentes
Une taupe avec des poils est-elle dangereuse ?
Non. Des poils qui poussent dans un grain de beauté sont fréquents et n’indiquent pas un mélanome. La Mayo Clinic et le NHS décrivent des taupes poilues parmi les aspects banals. Consultez si la lésion change, saigne, démange, ou si vous la blessez souvent en vous rasant.
Les grains de beauté changent-ils pendant la grossesse ?
Oui, plusieurs taupes peuvent s’assombrir ou s’élargir de façon assez homogène sous l’effet hormonal, d’après la Cleveland Clinic et le NHS. Un changement irrégulier, limité à une seule tache, n’entre pas dans ce tableau. Montrez-la, même enceinte. L’examen clinique et, si besoin, une exérèse sous anesthésie locale restent possibles.
Faut-il enlever tous les nævus atypiques pour éviter un mélanome ?
Non. Le NCI déconseille d’enlever préventivement tous les nævus dysplasiques, car très peu se transforment et la plupart des mélanomes naissent hors d’un nævus. On retire les lésions qui évoluent ou qui restent douteuses après dermoscopie. Le suivi photographique et l’auto-examen mensuel pèsent davantage qu’une chasse à toutes les taches.
Un grain de beauté peut-il disparaître tout seul ?
Oui. Le NCI et la Mayo Clinic indiquent que des nævus s’estompent avec l’âge. Une disparition rapide, une croûte, un saignement ou un halo irrégulier se montrent au médecin, car un mélanome peut également se dépigmenter.
Peut-on retirer une taupe chez soi avec une crème ou un stylo ?
Non. L’AAD et la Cleveland Clinic déconseillent les recettes et dispositifs grand public. Ils brûlent la peau, laissent souvent la lésion en place, exposent à l’infection et à une cicatrice, et font perdre l’analyse au microscope. Une taupe suspecte s’enlève au cabinet, puis part au laboratoire.
Combien de grains de beauté doivent alerter ?
Il n’existe pas de chiffre unique au-delà duquel c’est trop. Gandini et coll. décrivent un risque qui grimpe avec le total, surtout au-delà de 100 nævus communs, et avec cinq nævus atypiques. La Mayo Clinic et l’AAD retiennent plus de 50 taupes comme profil à surveiller. C’est le rythme de suivi et la photoprotection qui changent, pas une obligation d’opérer.

Conclusion
Une taupe banale est petite, régulière, d’une couleur et stable. L’inquiétude naît du changement, du vilain petit canard, du saignement ou du prurit, et d’une tache nouvelle après 30 ans, pas du simple fait d’en avoir plusieurs dizaines. Les grilles ABCDE et NICE aident à trier. Elles n’ont pas de valeur de verdict.
Le point qui a le plus déplacé la pratique récente n’est pas un geste chirurgical nouveau. C’est le rappel, chiffré, que la majorité des mélanomes naissent hors d’un nævus, et que le dépistage visuel de masse n’a pas, en 2023, la preuve que l’USPSTF juge suffisante, alors que l’examen ciblé d’une lésion qui change reste justifié. En parallèle, le risque des nævus congénitaux a été recentré sur les lésions grandes et géantes, plutôt que sur chaque tache de naissance.
Si une lésion vous arrête, photographiez-la aujourd’hui avec une règle, notez la date, et demandez à votre médecin traitant si une dermoscopie, voire une cartographie, est utile vu votre nombre de taupes et vos antécédents. Apportez la liste des cancers cutanés familiaux et, le cas échéant, les comptes rendus d’anciennes exérèses. Une tache qui saigne sans s’arrêter relève du 15 ou du 112. Les autres se gèrent au cabinet, calmes, mais sans les laisser vieillir des mois dans un angle mort du dos.
Sources
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- Moles – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 15 décembre 2023.
- When is a mole a problem?. American Academy of Dermatology, mis à jour en 2026.
- What to look for: ABCDEs of melanoma. American Academy of Dermatology, mis à jour en 2026.
- Suspected cancer: recognition and referral. National Institute for Health and Care Excellence, 15 avril 2026.
- Skin Cancer: Screening. U.S. Preventive Services Task Force, 18 avril 2023.
- Gandini S, Sera F, Cattaruzza MS et al. : Meta-analysis of risk factors for cutaneous melanoma: I. Common and atypical naevi. European Journal of Cancer, janvier 2005.
- Scard C, Aubert H, Wargny M et al. : Risk of melanoma in congenital melanocytic nevi of all sizes: A systematic review. Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, janvier 2023.
- Pampena R, Kyrgidis A, Lallas A et al. : A meta-analysis of nevus-associated melanoma: Prevalence and practical implications. Journal of the American Academy of Dermatology, novembre 2017.
- Moles: What They Are, Causes, Types & Examination. Cleveland Clinic, 2 février 2021.
- Mole Removal: Surgery, Aftercare & Scars. Cleveland Clinic, 21 juin 2022.
- Moles. National Health Service, mis à jour en 2026.
