Diabète : graisse corporelle, IMC et risques

Diabète : graisse corporelle, IMC et risques

L’indice de masse corporelle (IMC) compare le poids à la taille, mais il ne mesure pas la graisse et n’indique pas où elle s’accumule. Un pourcentage de graisse élevé, surtout autour du ventre, s’associe à un risque plus élevé de prédiabète et de diabète de type 2, y compris lorsque l’IMC reste dans la fourchette dite normale.

Dans l’enquête américaine NHANES, analysée par Jo et Mainous dans BMJ Open, 64 % des adultes de 40 ans ou plus classés « poids normal » par l’IMC avaient pourtant une graisse élevée à la DXA. Dans ce groupe, 13,5 % avaient déjà une HbA1c d’au moins 5,7 % (prédiabète ou diabète non diagnostiqué), contre 10,5 % chez des personnes en surpoids selon l’IMC mais avec moins de graisse.

La Commission du Lancet sur l’obésité clinique (14 janvier 2025) demande de ne plus juger la santé d’une personne sur l’IMC seul et de confirmer l’excès de graisse par une mesure directe ou par l’IMC plus un critère de tour de taille. Au Royaume-Uni, le NICE vise un tour de taille restant sous 50 % de la hauteur du corps. L’American Diabetes Association propose un dépistage glycémique dès 35 ans, même sans surpoids. Les chiffres ci-dessous viennent de ces documents ; en France, le médecin traitant applique le protocole local.

Pourquoi l’IMC ne suffit pas à estimer le risque de diabète

L’IMC reste un outil de dépistage simple, peu coûteux et utile à l’échelle d’une population, mais il ne dit pas si le poids vient de la graisse, du muscle, de l’os ou de l’eau. Les CDC rappellent qu’il n’est pas une mesure directe de la masse grasse et qu’il n’indique pas où celle-ci est stockée. Deux personnes de même taille et de même poids peuvent donc avoir un risque métabolique très différent.

Chez un sportif musclé, l’IMC peut franchir le seuil de surpoids alors que la part de graisse reste basse, ce que les CDC illustrent pour les athlètes. Chez une personne plus âgée, sédentaire ou peu musclée, l’inverse se produit souvent. Le NICE demande d’interpréter l’IMC avec prudence après 65 ans et chez les adultes très musclés, et d’abaisser les seuils chez plusieurs origines (sud-asiatique, chinoise, africaine, afro-caribéenne, moyen-orientale) parce que le risque cardiométabolique apparaît plus tôt. Un IMC « dans les clous » n’est donc pas un certificat de bonne santé métabolique.

La Commission du Lancet (janvier 2025) tire la conséquence clinique de ces limites. Elle recommande d’utiliser l’IMC seulement comme indicateur de risque à l’échelle d’une population, pour l’épidémiologie ou comme premier filtre, et non comme mesure individuelle de la santé. L’excès de graisse doit être confirmé par une mesure directe de la masse grasse lorsqu’elle est disponible, ou par au moins un critère anthropométrique validé (tour de taille, rapport taille-hanches ou circonférence abdominale rapportée à la stature), avec des seuils adaptés à l’âge, au sexe et à l’origine. Au-delà de 40 kg/m², l’excès de graisse peut être admis sans examen supplémentaire.

L’American Diabetes Association, dans les Standards of Care in Diabetes—2025, écrit aussi que l’IMC ne doit pas servir d’outil unique de diagnostic et de stadification de l’obésité. Il ne décrit ni la répartition ni la fonction du tissu adipeux. La Mayo Clinic propose de recalculer l’IMC au moins une fois par an et d’y ajouter le tour de taille, car la graisse viscérale augmente le risque de maladie cardiaque et de diabète.

Femme sur une balance avec un ruban à mesurer autour des jambes pour illustrer la mesure de la graisse corporelle

Que montre le pourcentage de graisse corporelle

Le pourcentage de graisse est la part de masse grasse dans la masse corporelle totale, pas seulement le rapport graisse/muscle. Dans l’étude transversale de Jo et Mainous (université de Floride, BMJ Open, 13 avril 2018), ce chiffre, mesuré par absorptiométrie biphotonique à rayons X (DXA) sur des données NHANES 1999-2006, permettait de mieux classer certains groupes à glycémie anormale que l’IMC seul chez des adultes de 40 ans ou plus jamais identifiés comme diabétiques.

Les chercheurs ont retenu 6 335 personnes (échantillon pondéré d’environ 65,7 millions d’adultes aux États-Unis) d’IMC compris entre 18,5 et 29,9 kg/m². Ils ont utilisé les seuils de l’AACE/ACE souvent cités, soit 25 % ou plus chez l’homme et 35 % ou plus chez la femme, tout en précisant l’absence de seuil universel. Chez les personnes d’IMC normal et de graisse élevée, 13,5 % avaient une HbA1c d’au moins 5,7 %, contre 10,5 % de celles en surpoids avec une graisse plus basse.

Après ajustement sur l’âge, le sexe, l’origine, les antécédents familiaux au premier degré et l’activité physique (effort intense et renforcement musculaire), le rapport de cotes de glycémie anormale était de 1,55 (intervalle de confiance à 95 % 1,01-2,38) pour l’IMC normal à graisse élevée, par rapport à l’IMC normal à graisse basse. Le surpoids à graisse basse n’était pas associé de façon significative au même risque. L’aire sous la courbe du couple IMC plus pourcentage de graisse dépassait légèrement celle de l’IMC seul. L’étude est transversale, américaine et limitée aux IMC intermédiaires. Elle ne « prouve » pas à elle seule qu’il faut remplacer l’IMC en consultation, mais elle montre un groupe souvent oublié par les barèmes de poids.

Une méta-analyse de cohortes publiée dans le BMJ le 18 janvier 2022 (Jayedi et al.) élargit le tableau. Sur 216 études de cohorte, soit environ 2,3 millions de cas de diabète de type 2 parmi 26 millions de participants, une hausse de 10 % de la part de graisse correspondait à un risque relatif de 2,05 (1,41-2,98 ; six études). Chaque hausse de 5 unités d’IMC s’associait à un risque relatif de 1,72, chaque 10 cm de tour de taille supplémentaire à 1,61, et chaque hausse de 0,1 du ratio circonférence abdominale/stature à 1,73. Le lien avec le tour de taille restait visible indépendamment de l’adiposité globale. Les auteurs soulignent une association linéaire, sans coude net à un seuil magique.

Obésité à poids normal, un IMC dans la cible peut tromper

On parle d’obésité à poids normal lorsque l’IMC reste entre 18,5 et 24,9 kg/m² alors que la masse grasse est élevée. Dans le fichier NHANES de Jo et Mainous, cette discordance concernait 64 % des adultes de 40 ans ou plus classés « poids normal ». La plupart des femmes de ce groupe avaient une graisse élevée, alors que les hommes étaient plus souvent dans la fourchette basse. Une personne peut donc « passer » un calcul d’IMC et rester à risque métabolique.

Ce profil n’est pas un diagnostic officiel unique. Les seuils de graisse varient selon les études, l’âge, le sexe et la méthode de mesure, ce que Jo et Mainous rappellent eux-mêmes. L’AACE et l’ACE, dans leurs lignes de 2016, acceptent une mesure de composition corporelle (impédancemétrie, pléthysmographie ou DXA) si l’IMC et l’examen clinique sont discordants, tout en admettant le manque de seuils validés sur des critères de morbimortalité. Le pourcentage de graisse aide surtout quand le tableau clinique et l’IMC ne racontent pas la même histoire.

Le risque ne se lit pas non plus dans l’autre sens comme une simple étiquette. Un IMC de 26 ou 27 kg/m² chez quelqu’un qui s’entraîne beaucoup peut refléter le muscle. Dans l’analyse floridienne, le surpoids à graisse basse n’était pas lié de façon claire à une HbA1c anormale après ajustement. Stigmatiser ce groupe sur le seul chiffre de la balance, tout en rassurant à tort les personnes minces à graisse élevée, inverse les priorités de prévention.

La Commission du Lancet distingue ensuite l’obésité « clinique », maladie avec retentissement d’organe ou limitation fonctionnelle liée à l’excès de graisse, et l’obésité « préclinique », excès de graisse avec fonction encore préservée mais risque accru de diabète de type 2, de maladie cardiovasculaire et de certains cancers. Une personne d’IMC normal à forte adiposité centrale peut se trouver dans cette zone de risque, même si aucun médecin n’a jamais écrit « obésité » sur son dossier.

Graisse viscérale et tour de taille, ce que la balance ignore

La graisse située profondément dans l’abdomen, autour des viscères, pèse davantage sur l’insuline que la graisse sous-cutanée des hanches ou des cuisses. La Mayo Clinic indique que le risque de diabète de type 2 est plus élevé lorsque le tour de taille dépasse environ 102 cm chez l’homme et 89 cm chez la femme (seuils américains proches de 40 et 35 pouces). Ce tour de taille élevé reste un facteur de risque même si l’IMC est normal. Le NICE précise d’ailleurs qu’une personne classée « poids santé » par l’IMC peut malgré tout avoir une adiposité centrale.

Les seuils ne sont pas les mêmes partout. Les lignes AACE/ACE de 2016 citent, pour de nombreuses populations dont l’Europe, 94 cm chez l’homme et 80 cm chez la femme comme niveau de risque d’obésité abdominale, contre 102 cm et 88 cm aux États-Unis et au Canada. Le médecin en France se référera aux habitudes locales ; l’essentiel pour le lecteur est de savoir que le ventre compte, et que le chiffre américain n’est pas le seul qui circule.

Le NICE, dans la recommandation NG246 sur le surpoids et l’obésité (mise à jour 2025, mesures de 2022), demande d’associer l’IMC et le ratio tour de taille divisé par la stature chez l’adulte dont l’IMC est inférieur à 35 kg/m². Un indice de 0,4 à 0,49 correspond à une adiposité centrale considérée comme sans surrisque. Entre 0,5 et 0,59, le risque de diabète de type 2, d’hypertension et de maladie cardiovasculaire augmente. À 0,6 ou plus, il augmente encore. La consigne pédagogique du NICE consiste à garder un ventre plus étroit que la moitié de la stature.

Cette mesure a un avantage pratique que la DXA n’a pas. Un mètre ruban, posé à mi-distance entre la dernière côte et le haut de la hanche, après une expiration naturelle, suffit. Le NICE encourage les adultes concernés à le faire eux-mêmes et à demander un bilan cardiométabolique si le rapport signale un surrisque. L’IMC élevé avec beaucoup de muscle se lit alors avec plus de recul, car ce ratio s’applique aussi aux personnes très musclées.

Comment mesurer graisse, tour de taille et composition corporelle

Aucun appareil grand public ne remplace un bilan clinique, mais plusieurs méthodes existent, de la plus simple à la plus précise. Le tour de taille et son rapport à la stature se mesurent à domicile. L’IMC se calcule à partir d’une taille et d’un poids mesurés, pas estimés. La DXA de corps entier, utilisée par Jo et Mainous, quantifie la masse grasse, la masse maigre et parfois la répartition tronc/membres. L’AACE/ACE la réserve plutôt aux cas où l’IMC et l’examen physique ne concordent pas.

Les balances d’impédancemétrie, fréquentes à domicile, font passer un faible courant pour estimer la graisse. Le NICE déconseille d’utiliser cette technique comme substitut de l’IMC pour estimer l’adiposité générale, chez l’adulte comme chez l’enfant. L’hydratation, l’heure de la journée et la qualité de l’appareil font varier le résultat. Un chiffre isolé sur une balance connectée ne justifie ni un diagnostic d’obésité ni un abandon du suivi glycémique.

Le pourcentage de graisse est plus utile comme suivi que comme étiquette unique, à condition de le relier au tour de taille, à la tension, aux lipides et à la glycémie. Une perte de centimètres de taille avec un poids stable peut déjà signaler moins de graisse viscérale. À l’inverse, un poids qui baisse surtout par perte de muscle n’améliore pas forcément le risque de diabète.

Une séquence raisonnable consiste à noter l’IMC, le tour de taille et le rapport à la taille, puis à en parler au médecin traitant si l’un de ces signaux sort des fourchettes habituelles, s’il existe des antécédents familiaux, ou si des symptômes évocateurs apparaissent. La DXA n’est pas un examen de dépistage de masse du diabète. Elle a un coût, une irradiation très faible mais réelle, et des indications (os, sarcopénie, discordance clinique) que le professionnel pose au cas par cas.

Seuils d’IMC, de tour de taille et de graisse corporelle

Les barèmes ci-dessous viennent de documents américains, britanniques et endocrinologiques, pas d’une transposition officielle française. Ils aident à lire un résultat et à préparer une consultation. Le NICE rappelle aussi d’interpréter l’IMC avec prudence après 65 ans, en tenant compte des maladies associées et d’un possible effet protecteur d’un IMC un peu plus élevé.

Indicateur Ce qu’il reflète Seuil souvent cité Limite principale
IMC Poids rapporté à la taille au carré Surpoids dès 25 kg/m², obésité dès 30 kg/m² ; dès 23 kg/m² chez beaucoup d’adultes d’origine asiatique Ignore la graisse, le muscle et la répartition
Tour de taille Graisse abdominale États-Unis/Canada 102 cm (H) et 88 cm (F) ; Europe souvent 94 cm et 80 cm Ne donne pas le pourcentage total de graisse
Ratio taille/stature Adiposité centrale Moins de 0,5 visé par le NICE ; 0,5 à 0,59 = risque accru Peu informatif si l’IMC est déjà ≥ 35 kg/m²
Pourcentage de graisse (DXA) Masse grasse relative Souvent ≥ 25 % (H) et ≥ 35 % (F) d’après AACE/ACE, utilisés par Jo Pas de seuil universel validé pour le diabète

Chez les personnes d’origine sud-asiatique, chinoise, autre asiatique, moyen-orientale, africaine ou afro-caribéenne, le NICE abaisse les seuils d’IMC à 23 kg/m² pour le surpoids et 27,5 kg/m² pour l’obésité, parce que le risque cardiométabolique apparaît plus tôt. L’ADA utilise 23 kg/m² comme seuil de surpoids pour le dépistage du diabète chez les personnes d’ascendance asiatique.

Le pourcentage de graisse ne doit pas devenir un nouveau chiffre obsessionnel. Jo et Mainous n’ont pas établi un « bon » pourcentage pour tout le monde. L’âge augmente souvent la part de graisse à IMC constant. Les femmes ont physiologiquement plus de graisse que les hommes. Un résultat d’impédancemétrie à 2 % près d’un seuil copié sur internet n’a donc pas la même valeur qu’une HbA1c de laboratoire.

Qui tester pour le diabète au-delà de l’IMC

Un IMC normal n’exonère pas d’un dosage de glycémie. Les Standards of Care 2025 de l’ADA recommandent d’évaluer le risque chez tout adulte asymptomatique, puis de tester à tout âge les personnes en surpoids ou obèses (IMC ≥ 25 kg/m², ou ≥ 23 kg/m² en cas d’ascendance asiatique) qui ont au moins un autre facteur de risque. Pour toutes les autres, le dépistage commence à 35 ans. Si le résultat est normal, un nouvel examen tous les trois ans au minimum est jugé raisonnable, plus tôt en cas de symptômes ou de prise de poids.

Les facteurs de risque listés par l’ADA comprennent un parent du premier degré atteint de diabète, certaines origines à risque plus élevé, une maladie cardiovasculaire, une hypertension, un HDL bas ou des triglycérides élevés, un syndrome des ovaires polykystiques, l’inactivité physique, et des affections liées à l’insulinorésistance (dont la stéatose hépatique métabolique). Les personnes qui ont eu un diabète gestationnel, et celles qui prennent certains médicaments (glucocorticoïdes, antipsychotiques de seconde génération, entre autres), relèvent aussi d’une attention particulière.

Aux États-Unis, l’USPSTF a un cadre plus étroit. La recommandation du 24 août 2021 (grade B) vise les adultes de 35 à 70 ans en surpoids ou obésité, avec un dépistage possible plus tôt et dès 23 kg/m² chez les personnes asiatiques américaines. L’âge de départ a été abaissé de 40 à 35 ans par rapport à la version précédente. Les personnes d’IMC normal n’entrent dans ce cadre américain que si le clinicien élargit le dépistage. L’ADA, plus large à partir de 35 ans, couvre précisément le groupe que Jo et Mainous voulaient ne plus laisser de côté.

Le NIDDK décrit les tests utilisés, soit la glycémie à jeun, l’HbA1c et l’hyperglycémie provoquée par voie orale. Selon les critères de l’ADA repris par le NIDDK, une HbA1c de 5,7 % à 6,4 % correspond à un prédiabète, et 6,5 % ou plus à un diabète. Une glycémie à jeun de 100 à 125 mg/dL (environ 5,6 à 6,9 mmol/L) correspond au prédiabète, 126 mg/dL (7,0 mmol/L) ou plus au diabète. Un lecteur de glycémie acheté en pharmacie ne pose pas le diagnostic. En France, les seuils et le rythme de dépistage peuvent différer ; seul le médecin ou le laboratoire applique la règle en vigueur.

  • Un IMC entre 18,5 et 24,9 kg/m² n’annule pas l’intérêt d’une HbA1c si le tour de taille est élevé.
  • Un ratio ventre/hauteur de 0,5 ou plus justifie d’en parler au médecin, même sans prise de poids récente.
  • Un parent diabétique, un diabète gestationnel ou une origine à risque plus élevé abaissent le seuil de vigilance.
  • Un résultat normal se contrôle en général tous les trois ans, un prédiabète plutôt chaque année.

Signes d’alerte du diabète et moment de consulter

Le diabète de type 2 s’installe souvent sans bruit. La Mayo Clinic décrit une soif inhabituelle, des urines fréquentes, une faim accrue, une fatigue, un amaigrissement non voulu, une vision trouble, des plaies lentes à cicatriser, des infections répétées, des fourmillements des mains ou des pieds, et parfois des taches de peau plus sombres au cou ou aux aisselles. Ces signes, surtout s’ils s’associent à un ventre qui a grandi, justifient un rendez-vous avec le médecin traitant, quel que soit l’IMC.

La Mayo Clinic conseille de consulter en présence de ces symptômes. Il n’existe pas de « guérison » garantie du diabète de type 2, mais une glycémie qui reste élevée endommage les vaisseaux, les nerfs, les yeux, les reins et le cœur. Attendre que l’IMC « justifie » un test fait perdre du temps à des personnes minces à graisse viscérale. Un bilan peut aussi découvrir un prédiabète, stade où une perte de poids modérée et l’activité physique réduisent le passage vers le diabète.

Certains tableaux relèvent de l’urgence. Une confusion, des vomissements répétés, une somnolence inhabituelle, une respiration très rapide ou une soif extrême avec amaigrissement rapide peuvent traduire une hyperglycémie grave. Dans ces situations, on appelle le 15 (SAMU) ou le 112, sans se fier à une balance ni à une application de suivi du poids. Ce n’est pas le cas le plus fréquent du diabète de type 2, mais ce n’est pas un scénario à relativiser.

Situation Conduite
Soif, urines fréquentes, fatigue, vision trouble, amaigrissement Prendre rendez-vous avec le médecin traitant pour un dosage
Plaies lentes, fourmillements, taches sombres aux plis Signaler ces signes et demander si une HbA1c est indiquée
Tour de taille élevé ou rapport ≥ 0,5, même avec un IMC normal Aborder le dépistage glycémique lors d’une consultation
Confusion, vomissements, somnolence, soif extrême brutale Appeler le 15 ou le 112

Réduire la graisse et le risque métabolique

Baisser un peu la masse grasse, surtout abdominale, peut déjà modifier la glycémie. Les Standards of Care 2025 de l’ADA indiquent que toute perte de poids a un intérêt chez la personne atteinte de diabète de type 2 en surpoids ou obèse, qu’une perte de 3 % à 7 % du poids de départ améliore la glycémie et d’autres facteurs de risque cardiovasculaire, et qu’une perte soutenue de plus de 10 % apporte souvent des bénéfices plus larges, parfois jusqu’à une rémission. La Mayo Clinic, pour le prédiabète, cite plutôt une perte de 7 % à 10 % du poids comme piste pour ralentir le passage vers le diabète. Ces fourchettes ne se moyennent pas, elles décrivent des documents différents.

L’activité physique agit même lorsque le kilo sur la balance bouge peu. La Mayo Clinic vise au moins 150 minutes par semaine d’activité d’intensité modérée à élevée (marche rapide, vélo, natation) et déconseille de rester assis de longues heures d’affilée. Le muscle capte davantage le glucose. Un travail de renforcement aide à préserver la masse maigre pendant une perte de graisse, ce que l’IMC seul ne montre pas.

L’alimentation qui aide n’est pas un régime miracle. Les textes de la Mayo Clinic insistent sur des aliments plus riches en fibres, moins caloriques, avec fruits, légumes et céréales complètes, et rappellent qu’aucune guérison n’est promise. Le médecin ou le pharmacien peut discuter, au cas par cas, d’un médicament comme la metformine chez certaines personnes à prédiabète, surtout lorsque les mesures d’hygiène de vie ne suffisent pas ; ce n’est pas un traitement à commencer seul, et les indications varient selon les pays.

Garder le ventre sous le seuil de 0,5 fois la stature, comme le formule le NICE, donne un objectif plus parlant que « perdre du poids » en général. Une personne d’IMC normal dont le pantalon a rétréci au niveau de la ceinture a déjà un levier, même si la balance n’a presque pas bougé. L’inverse est vrai aussi, car un IMC qui baisse uniquement parce que le muscle fond n’est pas un succès métabolique.

Questions fréquentes

Un IMC normal protège-t-il du diabète de type 2 ?

Non. L’IMC ne mesure pas la graisse viscérale. Jo et Mainous ont observé davantage d’HbA1c ≥ 5,7 % chez des adultes d’IMC normal à graisse élevée que chez des adultes en surpoids à graisse plus basse. L’ADA propose d’ailleurs un dépistage à partir de 35 ans même sans surpoids.

Quel pourcentage de graisse corporelle est trop élevé ?

Aucun seuil universel n’est validé pour prédire le diabète. Jo et Mainous ont utilisé 25 % chez l’homme et 35 % chez la femme, d’après des documents AACE/ACE, tout en soulignant l’absence de seuil de référence universel. Un chiffre d’impédancemétrie à domicile ne pose pas un diagnostic.

Comment mesurer son tour de taille à la maison ?

Le NICE indique de placer le mètre à mi-distance entre la dernière côte et le haut de la hanche, juste au-dessus du nombril, après une expiration naturelle. On divise ensuite ce tour de taille par la taille, dans la même unité. Un rapport de 0,5 ou plus signale une adiposité centrale accrue.

Faut-il une ostéodensitométrie pour évaluer le risque de diabète ?

Non, pas en dépistage de masse. La DXA de corps entier, utilisée dans l’étude NHANES de Jo, est précise mais coûteuse et peu disponible en routine. L’AACE/ACE la réserve surtout aux discordances entre IMC et examen. Le tour de taille et l’HbA1c suffisent le plus souvent à orienter.

À partir de quel âge faire un dépistage glycémique ?

L’ADA (2025) propose 35 ans pour les adultes sans autre critère, et plus tôt en cas de surpoids plus un facteur de risque. L’USPSTF (2021) cible 35-70 ans en surpoids ou obésité. Le rythme et les seuils en France relèvent du médecin traitant.

La graisse du ventre est-elle plus parlante que le poids ?

Souvent, oui, pour le risque de diabète. La méta-analyse du BMJ (Jayedi, 2022) trouve un lien linéaire entre tour de taille et diabète de type 2, indépendant de l’adiposité globale. Un ventre qui augmente à poids stable mérite un bilan, même si l’IMC n’a pas bougé.

Que faire si l’IMC est normal mais le pantalon serre à la taille ?

Mesurer le tour de taille, calculer le rapport à la taille, et en parler au médecin avec d’éventuels antécédents familiaux. Un dosage d’HbA1c peut alors être plus utile qu’un nouveau calcul d’IMC. Une activité régulière et une alimentation plus riche en fibres restent les leviers de première ligne.

Conclusion

L’IMC reste un premier filtre, pas un verdict. Une graisse élevée, surtout abdominale, s’associe au prédiabète et au diabète de type 2 même lorsque le poids « passe » le barème. Les documents de 2025 du Lancet et de l’ADA, comme le NICE pour le ratio ventre/hauteur, poussent à confirmer l’adiposité et à tester la glycémie au-delà du seul kilo.

Un mètre ruban et une règle de trois suffisent à calculer si le ventre dépasse la moitié de votre stature. Si c’est le cas, ou si la soif, les urines fréquentes ou une fatigue nouvelle s’installent, un rendez-vous chez le médecin traitant pour une HbA1c (et, selon le contexte, une glycémie à jeun) est l’étape concrète, y compris à IMC normal. Le professionnel adaptera le rythme au protocole français.

Les chiffres de perte de poids des essais (quelques pour cent du poids, au moins 150 minutes d’activité par semaine) décrivent des ordres de grandeur, pas une promesse. Le muscle que l’on conserve, le ventre que l’on réduit et la glycémie que l’on mesure disent davantage que la catégorie d’IMC écrite sur une balance.

Sources

  1. Jo A, Mainous AG : Informational value of percent body fat with body mass index for the risk of abnormal blood glucose: a nationally representative cross-sectional study. BMJ Open, 13 avril 2018.
  2. Jayedi A, Soltani S, Zeraat-talab Motlagh SZ et al. : Anthropometric and adiposity indicators and risk of type 2 diabetes: systematic review and dose-response meta-analysis of cohort studies. British Medical Journal, 18 janvier 2022.
  3. Rubino F, Cummings DE, Eckel RH et al. : Definition and diagnostic criteria of clinical obesity. The Lancet Diabetes & Endocrinology, 14 janvier 2025.
  4. American Diabetes Association Professional Practice Committee : 2. Diagnosis and Classification of Diabetes: Standards of Care in Diabetes—2025. Diabetes Care, janvier 2025.
  5. American Diabetes Association Professional Practice Committee : 8. Obesity and Weight Management for the Prevention and Treatment of Type 2 Diabetes: Standards of Care in Diabetes—2025. Diabetes Care, janvier 2025.
  6. NICE : Identifying and assessing overweight, obesity and central adiposity. National Institute for Health and Care Excellence, NG246, 14 janvier 2025.
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  8. Type 2 diabetes — Symptoms and causes. Mayo Clinic, 27 février 2025.
  9. BMI Frequently Asked Questions. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour en 2024.
  10. Prediabetes and Type 2 Diabetes: Screening. US Preventive Services Task Force, 24 août 2021.
  11. Diabetes Tests & Diagnosis. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, juillet 2022.
  12. Garvey WT, Mechanick JI, Brett EM et al. : American Association of Clinical Endocrinologists and American College of Endocrinology Comprehensive Clinical Practice Guidelines for Medical Care of Patients with Obesity. Endocrine Practice, juillet 2016.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.