
Les e-cigarettes ne sont pas un produit neutre pour le cœur. Une séance de vapotage nicotinique peut élever le pouls et la tension, raidir les artères, et le double usage avec la cigarette est associé à un risque cardiovasculaire nettement plus élevé que l’absence de tout produit.
Une méta-analyse de 20 études observationnelles, portant sur 8 499 444 personnes, a trouvé que fumer et vapoter en même temps multipliait par 2,56 les chances de maladie cardiovasculaire déclarée par rapport à ceux qui n’avaient jamais utilisé ni l’un ni l’autre. L’usage exclusif de la e-cigarette, dans le même travail, n’atteignait pas le seuil de significativité statistique. Ce n’est pas une preuve d’innocuité, c’est un signal que le mélange des deux produits est le scénario le plus défavorable dans les données actuelles.
Juste après une exposition, une revue de 2025 a mesuré une hausse moyenne d’environ 11 battements par minute, de 12,9 mm Hg pour la tension systolique et de 7,7 mm Hg pour la diastolique. Aux États-Unis, les CDC rappellent qu’aucun produit du tabac, e-cigarette comprise, n’est sûr, et que le seul bénéfice concevable concerne un adulte qui fume, hors grossesse, et remplace entièrement la cigarette. Les recommandations américaines de 2023 sur la maladie coronaire chronique ne placent pas la vape en premier recours pour arrêter.
Effets immédiats sur le cœur et les artères
La nicotine inhalée stimule le système nerveux sympathique et libère des catécholamines. Le cœur bat plus vite, le travail cardiaque augmente, et les vaisseaux se contractent. La déclaration scientifique de l’American Heart Association (AHA) de 2023 décrit ce mécanisme comme le fil conducteur des effets aigus des systèmes électroniques de délivrance de nicotine.
L’aérosol n’est pas de la vapeur d’eau. La Cleveland Clinic rappelle qu’il s’agit d’un brouillard de particules qui peut contenir de la nicotine, des arômes, du propylène glycol, de la glycérine, des métaux et d’autres additifs. Ces substances atteignent la gorge, puis les poumons, et passent dans la circulation. Même sans combustion, le produit n’est pas « vide » sur le plan vasculaire.
Chez les utilisateurs, l’AHA relève une dilatation moins bonne des artères périphériques, signe d’une moindre disponibilité du monoxyde d’azote produit par l’endothélium. L’endothélium est la fine couche qui tapisse l’intérieur des vaisseaux. Quand il fonctionne mal, les artères se dilatent moins à l’effort ou au besoin, ce qui favorise à terme l’athérosclérose et les événements ischémiques.
Dans la circulation coronaire, les mêmes produits peuvent réduire la réponse du débit myocardique à l’exercice, sans forcément modifier la contraction ou la relaxation du muscle cardiaque au moment de la mesure. Autrement dit, le cœur peut paraître « normal » au repos alors que sa réserve de flux est déjà entamée. Les études de longue durée sur l’infarctus et l’accident vasculaire cérébral restent limitées, surtout chez les jeunes, chez qui ces événements sont rares.
Les plaquettes, qui participent aux caillots, peuvent s’activer après exposition à l’aérosol, avec ou sans nicotine, dans des travaux cités par l’AHA. Ce n’est pas un infarctus à chaque bouffée, c’est un faisceau de changements aigus qui, répétés, peuvent s’accumuler, surtout si une maladie coronaire est déjà là.

Tension, pouls et rigidité des vaisseaux
Après une séance, le pouls et la tension montent, surtout si le e-liquide contient de la nicotine. La revue et méta-analyse de Kundu et collègues, parue dans Heart en 2025, a comparé l’exposition aiguë au vapotage et l’absence d’usage. La fréquence cardiaque augmentait en moyenne de 11,3 battements par minute, la tension systolique de 12,9 mm Hg et la diastolique de 7,7 mm Hg.
Ces chiffres décrivent le pic autour d’une session, pas la tension du lendemain matin. Une revue reprise par l’AHA en 2023 estimait l’effet moyen des produits nicotiniques à environ +2 mm Hg pour la systolique et la diastolique, et +2 battements par minute. Ces deux estimations se complètent, l’une pour l’à-coup hémodynamique, l’autre pour un écart plus petit une fois les mesures agrégées.
La rigidité artérielle se mesure surtout par la vitesse de l’onde de pouls et par l’index d’augmentation. Dans une méta-analyse de 9 essais (370 participants) publiée en décembre 2024 dans European Heart Journal Open, Cheraghi et collègues ont comparé e-cigarette nicotinique et e-cigarette sans nicotine. La vitesse de l’onde de pouls augmentait de 0,26 m/s, l’index d’augmentation de 4,29, et le pouls de 5,06 battements par minute avec la nicotine.
Chez les vapoteurs au long cours, l’AHA note une rigidité plus élevée que chez les non-fumeurs, alors que la fonction endothéliale au repos peut sembler proche. L’effet endothélial serait surtout visible juste après l’usage. Dans l’étude transversale Health eHeart (39 747 participants), l’usage d’e-cigarettes, comparé à l’absence de e-cigarette et de cigarette, s’accompagnait de scores de santé générale plus bas et d’une plus grande proportion de personnes déclarant douleur thoracique, palpitations, maladie coronaire ou arythmie.
Les vapoteurs qui n’ont jamais fumé n’avaient pas, dans la revue de 2025, de différence nette de pouls et de tension au repos par rapport aux non-usagers. Ce n’est pas une invitation à commencer, c’est une photographie de populations d’âges et d’antécédents différents.
E-cigarette ou cigarette classique
La cigarette combustible reste le produit le plus clairement lié à l’infarctus, à l’accident vasculaire cérébral et à la mort cardiovasculaire. La fumée contient un mélange d’environ 7 000 substances, dont beaucoup sont toxiques. L’aérosol de e-cigarette en contient généralement moins, écrivent les CDC, sans que cela rende le dispositif sûr.
Sur la fonction endothéliale aiguë, l’écart n’est pas aussi large qu’on le croit. Cheraghi et collègues n’ont pas trouvé de différence significative de dilatation médiée par le flux entre e-cigarette nicotinique et cigarette classique. La conclusion de ce travail est directe. Promouvoir la vape comme substitut sûr n’est pas étayé par les données aiguës.
Le pouls, juste après usage, monte un peu moins avec la e-cigarette qu’avec la cigarette (écart moyen d’environ 5 battements dans la revue de 2025). La tension systolique et diastolique, dans la même comparaison, ne différait pas de façon significative. Moins de monoxyde de carbone et moins de goudrons ne veulent donc pas dire « même effet vasculaire immédiat, en mieux ».
Les études animales de longue durée vont dans le même sens de prudence. Chez la souris, Olfert et collègues ont exposé des femelles 4 heures par jour, 5 jours par semaine, pendant 8 mois, à de la vapeur de e-cigarette, à de la fumée de cigarette de référence, ou à de l’air filtré. La rigidité aortique a augmenté de 2,5 fois avec la vape et de 2,8 fois avec la fumée, par rapport à l’air. La relaxation aortique maximale à la métacholine était plus basse de 24 % et de 33 %. Seule la fumée a clairement dégradé la fonction cardiaque et produit des lésions de type emphysème.
Huit mois chez la souris ne se traduisent pas en années humaines. Ce travail de 2018 reste une observation de long cours. Il montre surtout que l’absence de combustion n’empêche pas une atteinte vasculaire mesurable quand l’exposition est répétée.
Fumer et vapoter en même temps
Le double usage (cigarette et e-cigarette le même jour ou la même semaine) est fréquent. Les CDC le décrivent comme une stratégie inefficace pour protéger la santé. Fumer même quelques cigarettes par jour reste dangereux, et combiner les deux produits peut augmenter l’exposition aux toxiques, avec de moins bons indicateurs respiratoires que chaque produit seul.
Côté cœur, la méta-analyse de Chen et collègues (2024) donne le chiffre le plus net. Le double usage multipliait par 2,56 les chances de maladie cardiovasculaire par rapport à ceux qui n’avaient jamais utilisé ni e-cigarette ni cigarette (intervalle de confiance 95 %, 2,11 à 3,11). Chez les personnes qui vapotent aujourd’hui après avoir fumé, l’odds ratio était de 2,02. L’usage exclusif actuel de la e-cigarette donnait 1,24, intervalle 0,93 à 1,67, donc non significatif.
Ces études sont surtout transversales. Une personne peut avoir commencé à vapoter après un infarctus, ce qui inverse la flèche du temps. Kundu et collègues, en 2025, concluent d’ailleurs à un manque de preuves d’association entre vapotage et maladies cardiovasculaires cliniques ou remodelage cardiaque. Les deux lectures doivent rester côte à côte. Le signal le plus reproductible concerne le mélange des produits, pas une « sécurité démontrée » de la vape seule.
L’AHA ajoute que les doubles utilisateurs perçoivent souvent moins le danger et ont plus de mal à s’arrêter. Une revue citée en 2023 trouvait des chances d’arrêter la cigarette inférieures de 28 % chez ceux qui vapotent en plus. Si vous fumez encore « un peu » tout en vapotant, vous cumulez nicotine, monoxyde de carbone et particules de combustion. Le médecin traitant a besoin des deux consommations, pas seulement « j’ai une vapoteuse ».
Peut-on se servir de la vape pour arrêter le tabac ?
Chez un fumeur adulte qui cherche à arrêter, la e-cigarette nicotinique peut augmenter les chances d’arrêt par rapport aux substituts nicotiniques. La revue Cochrane de Lindson et collègues (janvier 2025, 90 études, 29 044 participants) donne un risque relatif de 1,59 (intervalle 1,30 à 1,93), soit environ 4 sevrés de plus pour 100 personnes. La certitude de cette comparaison est élevée. Les effets indésirables non graves étaient comparables (irritation de la bouche ou de la gorge, toux, nausées, maux de tête).
La FDA n’a approuvé aucun produit de e-cigarette comme médicament d’aide au sevrage. Le U.S. Preventive Services Task Force, cité par les CDC en 2024, jugeait les preuves insuffisantes pour savoir si les bénéfices l’emportent sur les risques. Les CDC formulent une fenêtre étroite. Un adulte qui fume, hors grossesse, pourrait en tirer un bénéfice si, et seulement si, il remplace complètement les produits fumés, puis prévoit aussi d’arrêter de vapoter.
La recommandation américaine de 2023 sur la maladie coronaire chronique va dans le même sens, avec plus de fermeté clinique. Les e-cigarettes nicotiniques peuvent être envisagées à court terme pour aider à arrêter, mais elles ne sont pas recommandées en premier recours, faute de données de sécurité à long terme et à cause du risque de dépendance prolongée. Dans un essai cité par ce texte, 80 % des personnes assignées à la e-cigarette et sevrées du tabac vapotaient encore à un an, contre 9 % encore sous substitut nicotinique dans l’autre bras.
Le premier recours reste l’accompagnement comportemental associé à un traitement validé (substituts nicotiniques en combinaison forme longue et forme courte, varénicline ou bupropion, selon le profil). Chez les patients coronariens, arrêter de fumer est associé, dans des cohortes, à une baisse d’environ 36 % de la mortalité et de 32 % des infarctus. Ce bénéfice-là est celui de l’arrêt du tabac combustible, pas celui d’une vapoteuse à vie.
En France, le médecin traitant et le pharmacien appliquent les recommandations locales, qui peuvent différer des textes américains. N’importe quel schéma (vape, patch, comprimé) doit viser l’arrêt de tous les produits du tabac et de la nicotine, pas un simple changement de geste.
Un e-liquide sans nicotine épargne-t-il les vaisseaux ?
Une partie des à-coups de pouls, de tension et de rigidité tient à la nicotine. Cheraghi et collègues l’ont montré en comparant directement e-cigarette nicotinique et e-cigarette sans nicotine. L’AHA écrit que beaucoup d’effets vasculaires aigus « se rapportent » à l’exposition nicotinique. Ce n’est pas la même chose que « sans nicotine, aucun effet ».
L’aérosol sans nicotine peut encore contenir des aldéhydes, de l’acroléine, des arômes et des métaux issus de la résistance. L’AHA cite des travaux où l’aérosol sans nicotine altère la barrière endothéliale, un effet attribué en partie à l’acroléine. Les solvants (propylène glycol et glycérol) ont eux-mêmes des effets respiratoires documentés en milieu professionnel (toux, irritation, baisse de certains indicateurs ventilatoires à forte exposition).
Les arômes ne sont pas de simples parfums alimentaires une fois inhalés. Le diacétyle, utilisé pour des notes beurrées, est lié à une bronchiolite oblitérante (« poumon popcorn ») dans des ateliers. Vanilline, menthol et cinnamaldéhyde ont, in vitro, réduit la production de monoxyde d’azote par des cellules endothéliales. Cela n’équivaut pas à un infarctus, mais écarte l’idée d’un e-liquide « vide » sans nicotine.
La Cleveland Clinic liste aussi des effets à court terme indépendants du débat nicotinique. Toux, essoufflement, irritation des yeux, maux de tête, bouche sèche, nausées. Chez l’enfant, plus de 80 % des appels aux centres antipoison américains pour e-cigarette concernent des moins de 5 ans, après ingestion, inhalation ou contact cutané avec le liquide. Un flacon sans nicotine n’est pas un jouet, et un flacon nicotiné peut être toxique à très petite dose.
Pour un non-fumeur, choisir un e-liquide à 0 mg/ml ne transforme pas le geste en habitude anodine. Les CDC déconseillent ces produits aux jeunes, aux jeunes adultes et aux femmes enceintes, qu’il y ait nicotine ou non dans le discours marketing. Beaucoup de recharges « sans nicotine » en contiennent encore, ou en ont contenu.
Jeunes, grossesse et vapotage
Chez l’adolescent, le cerveau continue de se développer jusqu’à environ 25 ans. Les CDC indiquent que la nicotine peut altérer les circuits de l’attention, de l’apprentissage, de l’humeur et du contrôle des impulsions, et que les signes de dépendance peuvent apparaître avant un usage quotidien. Les jeunes qui vapotent ont aussi plus de chances, dans plusieurs cohortes américaines, de fumer plus tard des cigarettes.
Aux États-Unis, l’usage actuel chez les lycéens a atteint 27,5 % en 2019, un pic rappelé par l’AHA. Ces pourcentages ne décrivent pas la France. Ils montrent surtout qu’un produit présenté comme « pour arrêter » peut devenir le premier produit nicotinique d’une génération qui n’avait jamais fumé.
Pendant la grossesse, aucun produit du tabac n’est sûr, e-cigarette comprise. La nicotine est toxique pour le fœtus. Elle peut endommager le cerveau et les poumons en formation. L’usage de e-cigarettes pendant la grossesse a été associé à un petit poids de naissance et à une prématurité, selon les CDC (mise à jour de 2025). Les arômes et solvants s’ajoutent à cette exposition. Les données humaines restent encore minces, mais le doute ne justifie pas de vapoter « à la place » sans suivi.
Beaucoup de femmes enceintes deviennent doubles utilisatrices, convaincues que la vape est plus acceptable. L’AHA souligne le manque d’études sur le placenta, le débit ombilical et le développement de l’enfant après une exposition in utero aux e-cigarettes. Les modèles animaux montrent restriction de croissance, inflammation et anomalies vasculaires chez la progéniture, y compris avec un mélange propylène glycol/glycérol sans nicotine. Ce n’est pas une preuve clinique, c’est une raison de ne pas improviser un sevrage seul.
Si vous êtes enceinte et que vous fumez ou vapotez, le premier interlocuteur est le médecin qui suit la grossesse, ou le pharmacien. Les substituts nicotiniques et l’accompagnement se discutent au cas par cas. La vape n’est pas un outil validé pour cette période.
Douleur thoracique ou palpitations sous e-cigarette
Une douleur dans la poitrine, des palpitations ou un essoufflement inhabituel après avoir vapoté ne sont pas « normaux parce que c’est de la vape ». Dans Health eHeart, ces symptômes étaient plus souvent déclarés chez les utilisateurs d’e-cigarettes que chez ceux qui n’utilisaient ni e-cigarette ni cigarette. La Cleveland Clinic décrit aussi toux, essoufflement et nausées comme réactions fréquentes à court terme.
Certains tableaux dépassent le malaise passager. La lésion pulmonaire associée aux cigarettes électroniques ou aux produits de vapotage (EVALI) a entraîné 2 807 hospitalisations et 68 décès aux États-Unis au 18 février 2020, date à laquelle les CDC ont cessé le comptage cité par l’AHA. L’acétate de vitamine E, surtout dans des liquides au tétrahydrocannabinol de circuits informels, a été retrouvé dans 49 lavages broncho-alvéolaires sur 51. Des cas sans cet additif existent. Fièvre, toux, essoufflement grave et troubles digestifs doivent faire consulter sans attendre.
| Situation | Signes fréquents | Conduite |
|---|---|---|
| Urgence possible | Douleur thoracique brutale, essoufflement intense, malaise, propos incohérents, faiblesse d’un côté | Appeler le 15 ou le 112 |
| Alerte respiratoire | Toux fébrile, oppression, nausées et fatigue après vapotage, surtout produit informel | Consultation urgente le jour même |
| Signes vasculaires | Palpitations répétées, douleur à l’effort, tension mesurée très haute après les séances | Médecin traitant dans les jours qui viennent |
| Terrain fragile | Maladie coronaire, AVC, grossesse, âge < 18 ans, sevrage mal supporté | Ne pas attendre un « vrai » infarctus pour en parler |
| Exposition d’un enfant | Liquide avalé, sur la peau ou dans les yeux | 15 ou 112, et garder le flacon |
Les chiffres de l’EVALI sont américains et datent d’une épidémie particulière. Ils ne mesurent pas le risque quotidien d’une e-cigarette nicotinée achetée en magasin en France. Ils rappellent qu’un produit « non brûlé » peut quand même remplir les urgences. Les crises convulsives après vapotage, surtout chez des jeunes, ont aussi été signalées à la FDA, note l’AHA.
Si vous avez déjà une maladie du cœur, dites que vous vapotez. La tension, le rythme et le traitement antiagrégant ou antihypertenseur se lisent autrement quand la nicotine arrive par bouffées tout au long de la journée. Le 15 (SAMU) ou le 112 sert dès qu’une douleur thoracique évoque un infarctus, dès qu’un essoufflement empêche de parler, ou dès qu’un enfant a mis du e-liquide à la bouche.
Arrêter nicotine et tabac, les recours validés
Arrêter tous les produits (cigarette et e-cigarette) protège mieux le cœur que de « basculer » sans date de sortie. Les CDC le formulent ainsi. Il n’existe pas de produit du tabac sûr, et quiconque utilise une e-cigarette pour quitter le tabac a aussi besoin d’un plan pour quitter la vape.
Les traitements qui ont le plus de preuves pour arrêter de fumer sont les substituts nicotiniques (patch associé à une forme rapide comme gomme ou comprimé), la varénicline et le bupropion, toujours mieux tenus avec un accompagnement. Les CDC indiquent que les médicaments approuvés aux États-Unis peuvent environ doubler les chances d’arrêt, et que les combiner au conseil les augmente encore. La varénicline a, dans des méta-analyses citées par l’ACC et l’AHA, un avantage d’efficacité sur le bupropion et sur les substituts seuls.
Pour arrêter de vapoter, les données sont plus minces. L’ACC et l’AHA notent l’absence de preuves solides sur les médicaments dans ce cas précis. La Cleveland Clinic rapproche pourtant le sevrage de la vape de celui du tabac. Patchs, gommes, pastilles, inhalateurs, plan écrit, entourage informé. Les symptômes de manque (irritabilité, sommeil cassé, faim, envie irrépressible) sont ceux de la nicotine, pas d’un « caractère faible ».
- Un fumeur quotidien gagne à fixer une date d’arrêt de la cigarette et à traiter le manque le jour J, pas « quand le flacon sera vide ».
- Un double utilisateur a intérêt à couper d’abord les cigarettes, puis à descendre nicotine et fréquence de vapotage avec un professionnel.
- Un vapoteur qui n’a jamais fumé n’a aucun bénéfice cardiovasculaire à « réduire », seul l’arrêt compte.
- Une femme enceinte ou un adolescent ne doivent pas improviser un sevrage avec des e-liquides achetés en ligne.
- Toute douleur thoracique pendant le sevrage se signale, car l’anxiété du manque et un vrai trouble du rythme peuvent se ressembler.
Apportez au cabinet le matériel réel (modèle, concentration en mg/ml, nombre de bouffées). Le prescripteur ajuste autrement un patch si vous vapotez 20 mg/ml toute la journée. En France, le pharmacien et le médecin traitant connaissent les produits disponibles localement. Les textes américains ne dictent pas l’ordonnance, ils indiquent seulement quelles familles de traitements ont été testées.
Questions fréquentes
La cigarette électronique est-elle sans danger pour le cœur ?
Non. Les CDC écrivent qu’aucun produit du tabac, e-cigarette comprise, n’est sûr. Les effets aigus sur le pouls, la tension, la rigidité et l’endothélium sont mesurables, surtout avec de la nicotine. Le risque d’infarctus à long terme reste moins bien chiffré que pour la cigarette, ce qui n’équivaut pas à une absence de risque.
Combien de temps les effets sur la tension durent-ils après une séance ?
Les études aiguës saisissent surtout les minutes et la première heure qui suivent l’inhalation. Kundu et collègues décrivent des hausses nettes de pouls et de tension juste après usage. Un écart moyen plus petit (+2 mm Hg) apparaît dans une revue reprise par l’AHA. Si votre tension reste haute le lendemain, ce n’est plus « juste la bouffée », il faut la mesurer et en parler.
Les arômes du e-liquide changent-ils le risque pour les vaisseaux ?
Ils peuvent. Menthol, cinnamaldéhyde, vanilline et eugénol ont altéré, en laboratoire, la production de monoxyde d’azote par des cellules endothéliales, un mécanisme cité par l’AHA. Le diacétyle est surtout un toxique pulmonaire. Aucun arôme n’a démontré un effet protecteur cardiaque. « Fruité » ou « dessert » n’est pas un critère de sécurité.
Un ancien fumeur qui vape encore reste-t-il à risque ?
Oui, un risque résiduel est plausible. Chen et collègues trouvent un odds ratio de 2,02 pour la maladie cardiovasculaire chez ceux qui vapotent après avoir fumé, par rapport à ceux qui n’ont jamais utilisé ni l’un ni l’autre. Une partie de ce chiffre vient du tabagisme passé. L’objectif reste d’arrêter aussi la vape, pas de s’installer dans un usage « de substitution » sans fin.
Les substituts nicotiniques sont-ils préférables à la vapoteuse ?
Pour le cœur, les substituts évitent la combustion et une grande partie de l’aérosol chauffé. L’ACC et l’AHA les placent, avec la varénicline et le bupropion, avant la e-cigarette. Cochrane montre que la vape nicotinée fait un peu mieux arrêter de fumer, au prix d’un usage souvent prolongé. Le bon choix se discute avec le médecin, selon votre histoire et les produits disponibles près de chez vous.
Le vapotage passif est-il anodin pour l’entourage ?
L’aérosol expose les proches à de la nicotine et à d’autres substances, écrit la Cleveland Clinic. L’AHA rappelle que la fumée secondaire de cigarette, même à faible dose, augmente le risque d’événements ischémiques. Les données spécifiques au vapotage passif et à l’infarctus sont encore minces. Par précaution, on ne vape pas dans une pièce où se trouvent un enfant, une femme enceinte ou une personne cardiaque.
Conclusion
La e-cigarette n’efface pas le risque cardiovasculaire. Elle le déplace, le rend plus difficile à mesurer, et le maximise dès qu’on continue de fumer à côté. Les à-coups de pouls et de tension, la rigidité artérielle et l’atteinte endothéliale aiguë sont des faits de 2023 à 2025, pas des hypothèses de laboratoire isolées. Le double usage, dans la plus grande méta-analyse disponible, est le profil le plus associé à une maladie cardiovasculaire déclarée.
Si vous fumez, l’enjeu n’est pas de « trouver le gadget le moins pire », c’est d’arrêter le tabac combustible avec un outil qui a une date de fin. Demandez à votre médecin traitant quel traitement validé correspond à votre consommation réelle, et fixez aussi une date pour descendre puis arrêter la vape si vous y recourez. Une douleur dans la poitrine, un essoufflement qui coupe la parole ou un malaise relèvent du 15 ou du 112, pas d’une nouvelle recharge.
Les non-fumeurs, les adolescents et les femmes enceintes n’ont rien à gagner à commencer. Pour eux, le produit le plus sûr pour le cœur reste celui qu’on n’inhale pas.
Sources
- Rose JJ, Krishnan-Sarin S, Exil VJ et al. : Cardiopulmonary Impact of Electronic Cigarettes and Vaping Products: A Scientific Statement From the American Heart Association. Circulation, 17 juillet 2023.
- Virani SS, Newby LK, Arnold SV et al. : 2023 AHA/ACC/ACCP/ASPC/NLA/PCNA Guideline for the Management of Patients With Chronic Coronary Disease: A Report of the American Heart Association/American College of Cardiology Joint Committee on Clinical Practice Guidelines. Circulation, 20 juillet 2023.
- Health Effects of Vaping. Centers for Disease Control and Prevention, 31 janvier 2025.
- Vaping and Quitting. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Cheraghi M, Amiri M, Omidi F et al. : Acute cardiovascular effects of electronic cigarettes: a systematic review and meta-analysis. European Heart Journal Open, 4 décembre 2024.
- Chen C, Huo C, Mattey-Mora PP et al. : Assessing the association between e-cigarette use and cardiovascular disease: A meta-analysis of exclusive and dual use with combustible cigarettes. Addictive Behaviors, octobre 2024.
- Kundu A, Feore A, Sanchez S et al. : Cardiovascular health effects of vaping e-cigarettes: a systematic review and meta-analysis. Heart, 2025.
- Lindson N, Butler AR, McRobbie H et al. : Electronic cigarettes for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews, 29 janvier 2025.
- Vaping (E-Cigarettes): Ingredients, Risks & Side Effects. Cleveland Clinic, mis à jour le 25 août 2026.
- Olfert IM, DeVallance E, Hoskinson H et al. : Chronic exposure to electronic cigarettes results in impaired cardiovascular function in mice. Journal of Applied Physiology, 1er mars 2018.
