Ebola : symptômes, transmission et traitements

Ebola : symptômes, transmission et traitements

La maladie à virus Ebola (MVE) est une infection à filovirus transmise par contact avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne malade, d’un cadavre ou de certains animaux. Elle ne circule pas par l’air, et le patient n’est contagieux qu’à partir de l’apparition des symptômes, le plus souvent entre 2 et 21 jours après l’exposition.

Deux anticorps monoclonaux, Inmazeb (REGN-EB3) et Ebanga (ansuvimab), ont été autorisés par la FDA en 2020 pour le virus Ebola de type Zaïre. Dans l’essai PALM mené en République démocratique du Congo, la mortalité à 28 jours est tombée à 33,5 % sous REGN-EB3 et 35,1 % sous mAb114, contre environ 50 % sous ZMapp.

L’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 a compté 28 652 cas et 11 325 décès, d’après le bilan des CDC. Un vaccin à dose unique, Ervebo, est autorisé dans l’Union européenne depuis 2019. Les virus Soudan, Bundibugyo et Taï Forest n’ont encore ni vaccin ni médicament homologué.

Qu’est-ce que la maladie à virus Ebola ?

Ebola désigne un groupe de virus (genre Orthoebolavirus) responsables de fièvres hémorragiques virales graves, surtout en Afrique subsaharienne. Quatre espèces rendent l’être humain malade. Le virus Ebola (Orthoebolavirus zairense), souvent appelé virus Zaïre, cause la MVE au sens strict. Le virus Soudan, le virus Bundibugyo et le virus Taï Forest donnent des tableaux proches, mais ce ne sont pas les mêmes agents. Les produits autorisés contre le Zaïre ne s’y appliquent pas.

Deux autres membres du genre n’ont pas rendu l’être humain malade à ce jour. Le virus Reston a infecté des primates non humains. Le virus Bombali a été identifié chez des chauves-souris. Les orthoebolavirus se trouvent surtout en Afrique subsaharienne. Sans traitement, la mortalité d’une flambée peut atteindre 80 à 90 %, selon les CDC.

La létalité n’est pas un chiffre unique. La fiche de l’Organisation mondiale de la Santé retient une moyenne d’environ 50 %, avec des taux observés entre 25 % et 90 % selon les épidémies. Une méta-analyse d’Izudi et Bajunirwe, portant sur 42 flambées de 1976 à 2022, aboutit à un taux groupé de 60,6 % (intervalle de confiance à 95 %, 51,6 à 69,4). Le virus Zaïre y apparaît le plus meurtrier (66,6 %), devant le virus Soudan (48,5 %) et le virus Bundibugyo (32,8 %). Le virus Taï Forest, connu par un cas humain unique, n’a pas tué.

Ces écarts tiennent à l’espèce virale, à la rapidité du diagnostic et à la qualité des soins. Dans l’essai PALM, les patients arrivés avec une charge virale basse avaient une mortalité bien moindre que ceux déjà très virémiques. Le virus a été identifié en 1976 près de la rivière Ebola, dans l’actuelle République démocratique du Congo.

Chercheur examinant un échantillon au microscope.

Quels sont les symptômes d’Ebola ?

Les signes apparaissent entre 2 et 21 jours après le contact, le plus souvent vers 8 à 10 jours. Ils commencent de façon peu spécifique, ce que les CDC appellent la phase « sèche ». Fièvre, courbatures, céphalées, grande fatigue et mal de gorge peuvent faire penser à un paludisme, une grippe, une fièvre typhoïde ou une infection bactérienne banale.

Quand la maladie s’aggrave, beaucoup de patients passent à une phase « humide ». Nausées, vomissements, diarrhée et douleurs abdominales deviennent au premier plan. Un saignement inexpliqué peut survenir, mais il n’est ni constant ni précoce. Contrairement à l’image d’une maladie d’abord hémorragique, les saignements sont moins fréquents et plus tardifs, rappelle l’OMS. Ils peuvent toucher les gencives, le nez, le tube digestif ou les points de ponction.

D’autres manifestations sont possibles. Le Merck Manual décrit une photophobie, une rougeur conjonctivale, un ictère, des adénopathies, une toux ou une douleur thoracique, puis un rash maculopapuleux vers le cinquième jour. Confusion, stupeur ou coma signalent une atteinte du système nerveux. La déshydratation peut être brutale, par diarrhée, vomissements et fuite capillaire. Les troubles du sodium, du potassium et du calcium exposent à des troubles du rythme.

Vers la deuxième semaine, deux évolutions se dessinent. La fièvre redescend et la personne amorce une convalescence, ou bien une défaillance de plusieurs organes s’installe. Tant que le tableau reste celui d’une « grippe » après un séjour en zone d’épidémie, seul un laboratoire peut trancher. Un paludisme, une typhoïde ou une grippe restent bien plus fréquents, et le diagnostic d’Ebola n’est jamais clinique seul.

Comment Ebola se transmet-il ?

Le virus passe d’abord de certains animaux à l’être humain, puis d’une personne à l’autre par contact. Les chauves-souris frugivores africaines sont tenues pour un réservoir probable, sans que la chaîne soit entièrement élucidée. Singes, gorilles, antilopes des bois et viande de brousse mal cuite ont été liés à des cas index. Une fois le premier humain infecté, la transmission repose sur le sang, l’urine, la salive, la sueur, les selles, les vomissures, le lait maternel, le liquide amniotique et le sperme.

La peau lésée ou les muqueuses (yeux, nez, bouche) sont la porte d’entrée. Linge, aiguilles et matériel de soins souillés suffisent. Les funérailles avec toilette du corps ont alimenté plusieurs chaînes. Une personne n’est pas contagieuse avant les symptômes. On ne l’attrape pas en croisant quelqu’un dans la rue, ni par l’air comme une grippe. Les moustiques et autres insectes n’ont pas montré de rôle, d’après les CDC.

Le sperme d’un homme guéri peut encore contenir du virus. Une transmission sexuelle a été documentée jusqu’à quinze mois après la guérison clinique, selon l’OMS. Un dépistage mensuel du sperme jusqu’à deux résultats négatifs consécutifs est proposé. En l’absence de programme de tests, des rapports protégés pendant 12 mois réduisent le risque. Il n’y a pas de preuve d’une transmission par les sécrétions vaginales d’une femme ayant eu Ebola. Le virus peut aussi persister dans l’œil, le cerveau, le placenta et les testicules.

Le risque n’est pas le même à tous les stades. Il reste plus bas tant que le malade n’a que de la fièvre et des courbatures. Il grimpe dès que vomissements, diarrhée ou saignements apparaissent, et il reste élevé après le décès. Les soignants et les proches qui donnent des soins sans protection concentrent les infections. Pour un voyageur ordinaire qui évite ces contacts, le risque reste faible.

  • Le contact direct avec le sang ou les liquides d’un malade ou d’un défunt reste le mode principal de contamination.
  • Les objets souillés, comme le linge, les aiguilles ou le matériel médical, transmettent le virus de la même façon.
  • Les funérailles avec manipulation du corps ont relancé plusieurs chaînes de transmission en Afrique.
  • Le sperme d’un survivant peut encore infecter un partenaire des mois après la guérison clinique.

Quels traitements existent contre Ebola ?

Les soins de soutien précoces restent le socle pour toutes les formes. Réhydratation orale ou veineuse, correction des sels, maintien de la pression artérielle et de l’oxygène, contrôle de la douleur, nutrition et traitement des co-infections (paludisme, bactéries) améliorent les chances. L’OMS parle de soins de soutien « optimisés ». De grands volumes liquidiens sont parfois nécessaires, car la fuite capillaire peut vider le secteur vasculaire.

Pour la MVE due au virus Zaïre, deux traitements spécifiques existent. Inmazeb associe trois anticorps (atoltivimab, maftivimab, odesivimab). Ebanga est un anticorps unique, l’ansuvimab, issu d’un survivant d’Ebola. Tous deux se lient à la glycoprotéine virale et empêchent le virus d’entrer dans les cellules. Inmazeb a été autorisé par la FDA le 14 octobre 2020, Ebanga le 21 décembre 2020, chez l’adulte et l’enfant, y compris le nouveau-né d’une mère dont le test RT-PCR est positif.

L’essai PALM, publié le 27 novembre 2019, a comparé ces anticorps à ZMapp et au remdésivir chez 681 patients. La mortalité à 28 jours a été de 52 décès sur 155 (33,5 %) sous REGN-EB3 et de 61 sur 174 (35,1 %) sous mAb114, contre 84 sur 169 (49,7 %) sous ZMapp. Le remdésivir n’a pas fait mieux que ZMapp (53,1 %). Chez les patients à faible charge virale, la mortalité tombait à 9,9 % sous mAb114 et 11,2 % sous REGN-EB3.

Le délai compte autant que le produit. Dans PALM, 19 % des patients arrivés dès le premier jour de symptômes sont morts, contre 47 % de ceux arrivés au cinquième jour. Chaque jour supplémentaire avant l’admission augmentait les chances de décès de 11 % (intervalle de confiance à 95 %, 5 à 16). Une recommandation forte de l’OMS vise mAb114 ou REGN-EB3, en plus des soins de soutien, lorsque le diagnostic de MVE à virus Zaïre est confirmé par RT-PCR.

Inmazeb et Ebanga s’administrent en une seule perfusion veineuse, selon l’autorisation de la FDA. En France, le médecin applique la recommandation locale. Une réaction d’hypersensibilité à la perfusion est possible. Ces anticorps peuvent diminuer l’effet d’un vaccin vivant contre Ebola s’ils sont donnés en même temps. Ils n’ont pas d’efficacité démontrée sur les autres espèces d’orthoebolavirus.

Produit Cible Statut Donnée principale
Soins de soutien Toutes les espèces Pratique standard OMS et CDC Réhydratation, sels, oxygène, douleur, co-infections
Inmazeb (REGN-EB3) Virus Zaïre FDA 2020, recommandé par l’OMS Mortalité 33,5 % à 28 jours dans PALM
Ebanga (ansuvimab) Virus Zaïre FDA 2020, recommandé par l’OMS Mortalité 35,1 % à 28 jours dans PALM
Remdésivir Évalué dans PALM Non retenu comme traitement de référence Mortalité 53,1 %, proche de ZMapp
Ervebo (vaccin) Prévention, virus Zaïre EMA 2019, FDA 2019 Aucun cas dès le 10ᵉ jour dans l’essai de Guinée

Quels vaccins contre Ebola sont disponibles ?

Un vaccin vivant recombinant, Ervebo (rVSVΔG-ZEBOV-GP), protège contre la maladie due au virus Zaïre. Il utilise un virus de la stomatite vésiculeuse atténué, modifié pour porter une protéine du virus Ebola. L’Agence européenne des médicaments précise qu’il ne peut pas provoquer la MVE. Il s’injecte une fois, dans le deltoïde ou la cuisse, à partir de l’âge d’un an dans l’Union européenne. L’autorisation conditionnelle date du 11 novembre 2019. Elle est devenue une autorisation complète le 14 janvier 2021.

L’essai en anneau « Ebola ça suffit ! », mené en Guinée pendant l’épidémie d’Afrique de l’Ouest, a comparé une vaccination immédiate des contacts et des contacts de contacts à une vaccination retardée de 21 jours. Aucun cas n’est apparu à partir du 10ᵉ jour chez les personnes vaccinées tout de suite, contre 16 cas dans les anneaux retardés. L’efficacité calculée a été de 100 %, avec un intervalle de confiance à 95 % de 68,9 à 100. Ce n’est pas une garantie individuelle. La borne basse de l’intervalle reste nettement inférieure à 100 %.

Les effets indésirables ont surtout été bénins. Dans l’essai de Guinée, 53,9 % des 5 837 vaccinés ont signalé au moins un événement dans les 14 jours, surtout des maux de tête (25,4 %), de la fatigue (18,9 %) et des courbatures (13,1 %). Deux événements graves ont été jugés liés au vaccin (une réaction fébrile, un choc anaphylactique) et un possiblement lié. Toutes les personnes concernées ont récupéré. Le vaccin est contre-indiqué en cas d’allergie au riz.

La durée de protection n’est pas connue. Les personnes vaccinées doivent continuer à se protéger. Le vaccin n’agit pas contre le virus Soudan, le virus Bundibugyo ni le virus Taï Forest. Un second schéma européen, Zabdeno puis Mvabea (deux doses), avait été autorisé en 2020. La Commission européenne a retiré ces autorisations le 1er mai 2026, à la demande de Janssen, pour des raisons commerciales. Le produit n’avait pas été commercialisé dans l’UE. Ervebo reste le vaccin autorisé dans l’Union.

Pendant les flambées de MVE à virus Zaïre, Ervebo est recommandé en vaccination en anneau des contacts, et en vaccination préventive des soignants dans les zones à risque (recommandations SAGE de 2024, reprises par l’OMS). La protection n’est pas immédiate. Dans l’essai de Guinée, le bénéfice a été mesuré à partir du dixième jour. Ce n’est pas un produit de voyage grand public. Un médecin ou un centre de vaccinations internationales indiquera la conduite locale.

Comment diagnostique-t-on une infection à Ebola ?

Le diagnostic de certitude est un test de laboratoire, le plus souvent une RT-PCR sur le sang chez une personne vivante. Les anticorps (ELISA) aident surtout plus tard ou pour un diagnostic rétrospectif. Dès qu’Ebola est possible, le patient est isolé et les autorités de santé sont alertées. Les autres examens ne doivent pas attendre. Un voyageur fébrile de retour d’Afrique centrale a bien plus souvent un paludisme qu’une MVE. Attendre le résultat Ebola pour traiter un paludisme serait une erreur.

Le tableau de départ ressemble à trop d’autres infections. L’interrogatoire de voyage et la recherche d’un contact à risque (soins, funérailles, viande de brousse, grottes à chauves-souris) pèsent autant que la fièvre. Numération, ionogramme, tests hépatiques, coagulation et bandelette urinaire font partie du bilan habituel. Une chute des globules blancs et des plaquettes, une hausse des enzymes du foie et des troubles de coagulation sont fréquents, sans être propres à cette infection.

Les échantillons sont hautement infectieux et voyagent vers des laboratoires habilités. Un test antigénique rapide (OraQuick) a été autorisé par la FDA en 2019 comme résultat présomptif à confirmer. Le circuit passe par les autorités de santé publique, pas par un laboratoire de ville. Tant que le sang et les sécrétions contiennent du virus, le patient reste contagieux. Toute suspicion se gère à l’hôpital, avec protection, et non au domicile ni en salle d’attente.

Transmission du virus Ebola entre humains.

Qui est exposé et comment se protéger ?

Le risque le plus élevé concerne les soignants et les proches qui donnent des soins sans équipement adapté, ainsi que les personnes qui préparent un corps. Vivre ou travailler dans une zone de flambée, chasser ou découper de la viande de brousse, entrer dans des grottes ou des mines à chauves-souris augmente aussi l’exposition. Pour un voyageur qui reste en ville, évite les contacts avec des malades et ne touche pas de cadavre, le risque reste bas, soulignent les CDC.

La prévention individuelle n’a rien d’exotique. Se laver les mains au savon ou avec une solution hydroalcoolique, ne pas toucher le sang ni les vomissures d’autrui, refuser la viande de brousse crue, tenir à distance les chauves-souris et les primates, et ne pas participer à une toilette funéraire à risque. En établissement de soins, blouse, gants, masque, lunettes et procédures d’habillage réduisent fortement les infections nosocomiales.

Ervebo s’ajoute à ces mesures pendant une flambée à virus Zaïre, pour les contacts et les soignants, pas à la place. Un vaccin ne dispense pas de l’équipement de protection, y compris pour un soignant déjà vacciné. Après le retour d’une zone où circule le virus, une surveillance de 21 jours suffit pour la grande majorité des voyageurs sans contact à haut risque. La conduite exacte relève des autorités du pays d’accueil.

  • Évitez tout contact avec le sang, les vomissures, les selles ou le cadavre d’une personne suspecte.
  • Ne manipulez pas de viande de brousse crue et n’entrez pas dans des grottes à chauves-souris.
  • Lavez-vous les mains souvent au savon ou avec une solution hydroalcoolique pendant le séjour.
  • Portez un équipement de protection complet si vous soignez un malade ou préparez un corps.
  • Surveillez votre température pendant 21 jours après avoir quitté une zone de flambée.

Un survivant masculin et son ou sa partenaire relèvent d’un conseil centré sur le sperme, jusqu’à deux analyses négatives ou pendant 12 mois sans test. Le médecin indiquera s’il existe un circuit de dépistage.

Que faire après un séjour en zone d’épidémie ?

Une personne de retour d’une région où circule un orthoebolavirus doit surveiller sa santé pendant 21 jours. L’incubation maximale retenue par les CDC et l’OMS est de 21 jours. Passé ce délai sans symptôme, l’infection ne s’est pas déclarée. En l’absence de fièvre, de diarrhée, de vomissements ou de saignement, il n’y a pas de patient suspect à évaluer, même après un séjour en zone de circulation.

Dès qu’un signe compatible survient dans cette fenêtre, le bon réflexe n’est pas de s’asseoir en salle d’attente. Il faut appeler le 15 (SAMU) ou le 112, décrire les symptômes, le pays, les dates de séjour et d’éventuels contacts (soins, funérailles, viande de brousse, grottes). Les soignants peuvent alors organiser un accueil isolé. En cas de symptômes après une exposition, l’alerte immédiate d’un médecin et des autorités de santé est la conduite retenue par les CDC. En France, le 15 déclenche cette chaîne.

Le paludisme, la typhoïde, une gastroentérite ou une pneumonie restent bien plus probables qu’Ebola chez un voyageur. Cela ne justifie pas d’attendre. Un paludisme se traite sans délai, et une MVE aussi, dès que le diagnostic est posé. Dans PALM, chaque jour perdu avant l’arrivée au centre pesait sur la survie. Le médecin décidera des tests, selon les recommandations du pays. Aucun antiviral ni « détox » à domicile n’a sa place ici.

Situation dans les 21 jours après le retour Conduite à tenir
Aucun symptôme Auto-surveillance. Pas de patient suspect à ce stade.
Fièvre, grande fatigue, maux de tête, courbatures Appelez le 15 ou le 112. Signalez le pays et les dates.
Vomissements, diarrhée, douleurs abdominales Même appel, sans salle d’attente, pour préparer l’isolement.
Saignements inexpliqués, confusion, essoufflement Urgence. 15 ou 112, en mentionnant le séjour à risque.
Contact connu avec un malade ou un cadavre, même sans fièvre Prévenez le 15 pour un avis. Ne voyagez pas sans consigne.

Les proches du voyageur ne sont pas contagieux tant qu’il n’a pas de symptômes. Inutile de mettre toute la famille à l’écart si la personne va bien. Dès que la maladie est suspectée, l’isolement et le matériel de protection deviennent la règle, sous la direction des soignants.

Que deviennent les personnes qui survivent à Ebola ?

Survivre n’efface pas tout. Fatigue et douleurs musculaires sont fréquentes. Le Merck Manual décrit aussi une uvéite, des cataractes graves chez l’enfant, des troubles cognitifs et de la marche, une hépatite récidivante, une myélite transverse et une orchite. La durée et l’intensité varient beaucoup d’une personne à l’autre.

Le virus peut persister dans des sites peu accessibles aux anticorps. Œil, cerveau, testicules, placenta. Une rechute clinique, sans nouvelle contamination, est rare mais documentée. Des anticorps peuvent durer dix ans ou plus contre l’espèce qui a infecté la personne. On ignore s’ils protègent à vie, et s’ils couvrent une autre espèce.

Pour un homme, le sperme reste le point de vigilance le plus concret. L’OMS propose un conseil au couple, des préservatifs et un test mensuel jusqu’à deux négatifs. Sans test, 12 mois de rapports protégés. Un contact avec du sperme justifie un lavage soigneux tant que le statut n’est pas clarifié. Les femmes qui allaitent et les nouveau-nés d’une mère malade relèvent d’un avis spécialisé. Un nouveau-né dont la mère a une MVE confirmée ne doit pas être allaité, en raison du virus dans le lait, indiquent les CDC.

La convalescence se fait avec un suivi. Vision, articulations, humeur et, pour les hommes, sperme, méritent des questions précises au médecin. Un survivant n’est plus contagieux par le sang une fois celui-ci négatif, mais le sperme justifie encore des précautions.

Quel est le risque d’Ebola en Europe ?

Le risque d’attraper Ebola en France ou dans le reste de l’Union européenne est très faible. La maladie n’est pas endémique en Europe. Les cas qui y sont apparus lors de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest étaient importés, ou acquis au contact étroit d’un malade à l’hôpital. Le virus ne se comporte pas comme un virus respiratoire. Un passage dans les transports, sans contact avec des liquides biologiques, n’est pas une voie de transmission reconnue.

L’épidémie de 2014-2016 reste la plus vaste, avec 28 652 cas et 11 325 décès, surtout en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, et quelques cas secondaires en Europe et en Amérique du Nord. D’autres flambées, plus limitées, ont depuis éclaté en République démocratique du Congo et en Ouganda, parfois dues au virus Soudan, pour lequel aucun vaccin ni anticorps n’est homologué.

Ervebo est autorisé dans l’UE. Cela ne signifie pas qu’il est proposé en vaccination de routine en France. Il sert surtout aux ripostes et aux soignants exposés. Inmazeb et Ebanga portent une autorisation FDA. Leur place en Europe relève des stocks d’urgence et de la décision des autorités sanitaires, pas d’une ordonnance de ville. Le médecin ou le pharmacien indiquera ce qui est disponible localement.

Pour un lecteur en France, le risque personnel se joue presque toujours au retour d’un séjour. Connaître les dates, éviter les contacts à risque sur place, surveiller 21 jours, et appeler le 15 si un tableau compatible apparaît. C’est une conduite sobre, alignée sur les CDC et sur les numéros d’urgence français.

Questions fréquentes

Ebola se transmet-il par l’air ou par les moustiques ?

Non. Il n’y a pas de preuve d’une transmission par l’air, l’eau ou les insectes, d’après les CDC. Le virus passe par contact avec des liquides biologiques ou des surfaces souillées. Croiser une personne dans un lieu public, sans ce contact, n’est pas une voie reconnue.

Une personne sans symptômes peut-elle contaminer son entourage ?

Non, pas à ce stade. La contagiosité commence avec les symptômes. Tant que le contact va bien, le risque pour la famille n’est pas celui d’une grippe en incubation. Dès la première fièvre compatible après une exposition, l’isolement s’impose.

Le vaccin Ervebo protège-t-il contre toutes les formes d’Ebola ?

Non. Il cible le virus Zaïre. Il ne protège pas contre le virus Soudan, le virus Bundibugyo ni le virus Taï Forest. Même après Ervebo, les mesures barrières restent nécessaires, et la protection n’est pas immédiate.

Les traitements Inmazeb et Ebanga sont-ils disponibles en France ?

Ils sont autorisés aux États-Unis par la FDA pour le virus Zaïre, et recommandés par l’OMS dans ce cadre. Leur disponibilité en France relève des autorités et de l’hôpital, pas d’une pharmacie de ville. Le SAMU ou l’infectiologue indiquera ce qui s’applique sur place.

Combien de temps faut-il surveiller sa santé après un voyage ?

Vingt et un jours après la dernière exposition possible, d’après les CDC et l’OMS. Si aucun symptôme n’apparaît dans ce délai, la maladie ne se déclare pas. Une fièvre dans cette fenêtre justifie un appel au 15, avec le détail du séjour.

Un survivant reste-t-il contagieux par le sperme ?

C’est possible, parfois de nombreux mois. L’OMS a documenté une transmission jusqu’à quinze mois et conseille deux analyses de sperme négatives, ou 12 mois de rapports protégés sans test. Le sang, une fois négatif, n’est plus la voie habituelle.

Carte de l'Afrique de l'Ouest illustrant les épidémies d'Ebola.

Conclusion

Ebola n’est plus seulement une fièvre hémorragique sans outil. Pour le virus Zaïre, un vaccin (Ervebo) et deux anticorps (Inmazeb, Ebanga) ont changé le pronostic, à condition d’arriver tôt. Pour les autres espèces, les soins de soutien et la prévention du contact restent la seule ligne homologuée. La létalité moyenne reste élevée, autour de 50 % selon l’OMS, 60,6 % dans la méta-analyse de 2024, avec de grands écarts selon l’espèce et le délai.

Hors d’Afrique, le risque quotidien est minime. Le virus ne voyage pas comme un rhume. Il voyage avec le sang, les vomissures, un cadavre, parfois le sperme d’un survivant. C’est pourquoi les funérailles, les soins sans protection et les rapports non protégés après une guérison pèsent plus que le siège d’avion voisin.

Si vous rentrez d’une zone de flambée, notez les dates de séjour et les contacts éventuels. Surveillez fièvre, diarrhée, vomissements et saignements pendant 21 jours. Au premier signe, appelez le 15 ou le 112 en donnant le pays et le calendrier, plutôt que de vous présenter sans prévenir. Demandez aussi quels tests plus fréquents, paludisme en premier, doivent être faits le jour même. Cette question oriente mieux les premières heures qu’une attente à domicile.

Sources

  1. Ebola disease. World Health Organization, mis à jour en 2025.
  2. Ebola Disease Basics. Centers for Disease Control and Prevention, 2 juin 2026.
  3. Clinical Guidance for Ebola Disease. Centers for Disease Control and Prevention, 27 mai 2026.
  4. How Ebola Disease Spreads. Centers for Disease Control and Prevention, 2 juin 2026.
  5. Ebola | Office of Readiness and Response. Centers for Disease Control and Prevention, données au 31 mars 2016.
  6. Carmona S : Marburg and Ebola Virus Infections. Merck Manual Professional Edition, septembre 2026.
  7. Ervebo | European Medicines Agency (EMA). European Medicines Agency, 16 janvier 2026.
  8. Zabdeno | European Medicines Agency (EMA). European Medicines Agency, 1er mai 2026.
  9. Mulangu S, Dodd LE, Davey RT Jr et al. : A Randomized, Controlled Trial of Ebola Virus Disease Therapeutics. New England Journal of Medicine, 27 novembre 2019.
  10. Henao-Restrepo AM, Camacho A, Longini IM et al. : Efficacy and effectiveness of an rVSV-vectored vaccine in preventing Ebola virus disease: final results from the Guinea ring vaccination, open-label, cluster-randomised trial (Ebola Ça Suffit!). The Lancet, 22 décembre 2016.
  11. Ebola | FDA. U.S. Food and Drug Administration, 21 décembre 2020.
  12. Izudi J, Bajunirwe F : Case fatality rate for Ebola disease, 1976-2022: A meta-analysis of global data. Journal of Infection and Public Health, janvier 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.