
L’ehrlichiose est une infection bactérienne transmise par certaines tiques. Elle se manifeste le plus souvent par une fièvre, des maux de tête et une grande fatigue dans les cinq à quatorze jours qui suivent la piqûre, et se traite en première intention par la doxycycline, y compris chez l’enfant.
Beaucoup de familles hésitent encore à donner une tétracycline à un jeune enfant, par crainte de tacher les dents. Les CDC, alignés sur l’American Academy of Pediatrics, indiquent dans leur mise à jour de mai 2024 qu’une cure courte de cinq à dix jours de doxycycline ne colore pas les dents définitives et ne fragilise pas l’émail. Retarder l’antibiotique expose au contraire à des formes graves, surtout avant cinq ans, après soixante-cinq ans, ou en cas d’immunodépression.
1 907 infections à Ehrlichia chaffeensis ont été notifiées aux États-Unis en 2023, d’après le Merck Manual professionnel. La fièvre cède le plus souvent en 24 à 48 heures une fois la doxycycline commencée. Une éruption cutanée apparaît chez jusqu’à 60 % des enfants, contre moins de 30 % des adultes.
Qu’est-ce que l’ehrlichiose et comment se transmet-elle ?
L’ehrlichiose humaine désigne, aux États-Unis, les maladies causées par Ehrlichia chaffeensis, E. ewingii ou E. muris eauclairensis. La grande majorité des cas notifiés correspondent à E. chaffeensis, responsable de l’ehrlichiose monocytique humaine. Ces bactéries, de l’ordre des Rickettsiales, appartiennent à la famille des Anaplasmataceae et non à celle des Rickettsiaceae, qui regroupe la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses.
La tique étoilée américaine (Amblyomma americanum) transmet E. chaffeensis et E. ewingii dans le centre-sud et l’est des États-Unis, jusqu’au Texas. E. muris eauclairensis circule via la tique à pattes noires (Ixodes scapularis), avec des cas humains rapportés seulement au Minnesota et au Wisconsin. Le cerf de Virginie sert de réservoir majeur pour E. chaffeensis. La piqûre est souvent indolore, et beaucoup de malades ne se souviennent pas d’avoir été piqués.
La transmission à l’hôte commence le plus souvent autour de 24 heures après le début du repas sanguin, d’après la Mayo Clinic. Des passages rares par transfusion ou greffe d’organe sont documentés par les CDC. La même source clinique de la Mayo Clinic mentionne aussi un passage possible de la femme enceinte au fœtus et un contact avec un animal infecté tué. L’infection n’est pas une maladie contagieuse de personne à personne par la toux ou les mains.
Le printemps et l’été concentrent les piqûres, lorsque les nymphes et les adultes cherchent un hôte. Jardiner, camper, chasser ou simplement tondre une pelouse en lisière de bois suffisent. Un chien ou un chat peut ramener une tique dans la maison sans que la personne ait quitté le jardin.

Quels symptômes apparaissent dans les deux semaines ?
Les signes commencent en règle générale entre 5 et 14 jours après la piqûre d’une tique infectée, avec une médiane d’environ 9 jours dans le Merck Manual. Fièvre, frissons, céphalées et malaise dominent. Beaucoup de patients décrivent un tableau grippal brutal, sans rhume franc.
Les cinq premiers jours restent souvent d’intensité légère à moyenne. S’y ajoutent des courbatures, des nausées, des vomissements, une diarrhée, une perte d’appétit et, parfois, une confusion. Une toux est possible. Tous les infectés ne se sentent pas malades. La Mayo Clinic rappelle que certaines personnes restent asymptomatiques.
L’éruption n’est pas le signe d’entrée. Elle survient chez jusqu’à 60 % des enfants et chez moins de 30 % des adultes, en général vers le cinquième jour. Elle peut être maculopapuleuse ou pétéchiale, elle épargne souvent le visage, et gagne parfois les paumes et les plantes. Elle ne démange habituellement pas. Ce n’est pas l’érythème migrant de la borréliose, ni l’escarre d’inoculation de certaines rickettsioses méditerranéennes.
Sans antibiotique adapté, le tableau peut s’aggraver. Les CDC décrivent alors une méningite ou une méningo-encéphalite (environ 20 % des patients), un syndrome de détresse respiratoire aiguë, un choc de type toxinique ou septique, une insuffisance rénale ou hépatique, des troubles de la coagulation et une pancytopénie. La Mayo Clinic y ajoute des convulsions, un coma et une défaillance cardiaque possibles lorsque le traitement tarde.
Les analyses de la première semaine orientent souvent avant même la PCR. On trouve fréquemment une leucopénie, une thrombopénie et une élévation modérée des transaminases. Une anémie apparaît chez environ la moitié des patients, plus tard dans l’évolution. Un bilan normal n’écarte pas le diagnostic.
- La fièvre et les frissons ouvrent le plus souvent le premier tableau clinique.
- Un mal de tête intense et des courbatures accompagnent ce syndrome d’allure grippale.
- Les nausées, vomissements ou diarrhées sont plus marqués que dans l’anaplasmose.
- Une confusion doit faire craindre une atteinte du système nerveux central.
- L’éruption, plus fréquente chez l’enfant, n’est ni constante ni caractéristique à elle seule.
Comment la distinguer de l’anaplasmose et de la borréliose ?
L’anaplasmose granulocytaire humaine, due à Anaplasma phagocytophilum, ressemble à l’ehrlichiose mais l’éruption y est rare et les signes digestifs ou neurologiques y sont moins fréquents. Le vecteur n’est pas le même aux États-Unis. Ixodes scapularis transmet l’anaplasme, la borréliose de Lyme, la babésiose et le virus Powassan. Une même piqûre peut donc inoculer plusieurs agents. Ehrlichia voyage surtout avec la tique étoilée, qui n’est pas le vecteur classique de Lyme.
La borréliose se signale souvent par un érythème migrant, absent de l’ehrlichiose. La fièvre pourprée des montagnes Rocheuses, due à Rickettsia rickettsii, donne plus volontiers une éruption qui part des extrémités, et son taux de mortalité sans traitement dépasse largement celui de l’ehrlichiose. L’absence d’escarre aide à écarter certaines rickettsioses du groupe boutonneux. Sur le terrain, le médecin ne tranche pas toujours d’emblée. C’est pourquoi les CDC recommandent de commencer la doxycycline dès qu’une rickettsiose à tiques est plausible, sans attendre la PCR.
E. ewingii et E. muris eauclairensis donnent des tableaux proches de E. chaffeensis, souvent moins graves. Les signes digestifs sont moins fréquents avec E. ewingii. L’éruption est peu commune avec E. muris eauclairensis.
En Europe, le mot « ehrlichiose » prête à confusion. La maladie locale apparentée est surtout l’anaplasmose transmise par Ixodes ricinus. Les cas d’ehrlichiose monocytique à E. chaffeensis restent presque exclusivement nord-américains dans la revue systématique de Gygax et coll. (2024). Un voyage dans le sud-est ou le centre-sud des États-Unis change donc la donne.
Qui risque une forme grave ?
La plupart des malades ont une forme légère à moyenne et peuvent, s’ils sont traités tôt, rester à domicile. Une minorité évolue vers l’hôpital ou la réanimation. La revue de 2024, qui s’appuie sur la surveillance américaine, cite environ 57 % d’hospitalisations parmi les cas notifiés et près de 1 % de décès. Le Merck Manual de 2026, qui reprend le guide MMWR de 2016, avance un ordre de grandeur proche de 3 % chez les personnes qui consultent. Ces deux chiffres ne se moyennent pas. Ils décrivent des dénominateurs différents, et le plus récent de la surveillance nationale tourne autour de 1 %.
Le retard à l’antibiotique pèse plus que l’âge seul. Les CDC identifient aussi les enfants de moins de cinq ans, les adultes de plus de soixante-cinq ans, et les personnes immunodéprimées (VIH avancé, chimiothérapie, greffe, certains immunosuppresseurs). La revue de 2024 souligne que les patients immunodéprimés sont surreprésentés parmi les cas publiés (environ 27 %), ce qui en fait une infection opportuniste à évoquer après une greffe dans une zone d’endémie.
Les décès par E. chaffeensis se concentrent aux âges extrêmes. La revue de 2024, citant la surveillance américaine, rapporte des létalités plus élevées chez les enfants de moins de cinq ans (environ 4 %) et chez les personnes de 70 ans ou plus (environ 3 %).
Une partie des infections reste probablement bénigne ou infraclinique. Des patients peu atteints guérissent même sans antibiotique spécifique, et des séroprévalences élevées ont été décrites dans certaines populations. Cela n’autorise pas à « attendre pour voir » devant une fièvre après une exposition à risque. Le coût d’une journée perdue se paie en défaillances d’organes.
Quels examens confirment le diagnostic ?
Le diagnostic de certitude arrive souvent après le début du traitement, et c’est voulu. Les CDC demandent de ne jamais retarder la doxycycline en attendant un résultat, y compris si la première PCR est négative. L’interrogatoire (voyage, jardin, tique vue ou non, saison) pèse autant que le laboratoire.
La PCR sur sang total est l’examen le plus utile pendant la première semaine. Sa sensibilité chute dans les 48 heures qui suivent un antibiotique adapté. Un résultat positif signe une infection active. Un résultat négatif n’élimine pas la maladie. La PCR peut aussi s’appliquer à un tissu ou à une moelle si une biopsie est faite pour explorer une cytopénie.
Le standard sérologique reste l’immunofluorescence indirecte des IgG, sur deux sérums appariés. Le premier est prélevé dans les deux premières semaines, le second deux à dix semaines plus tard. Une multiplication par quatre du titre confirme une infection récente. Pendant la première semaine, le titre est souvent inférieur à 1/64. Un titre unique d’au moins 1/128 n’est qu’un argument présomptif. Les IgM ne sont pas un bon marqueur d’infection récente. Des anticorps peuvent rester élevés des mois après la guérison et ne justifient pas une nouvelle cure en l’absence de symptômes.
Le frottis sanguin peut montrer des morulae, microcolonies dans le cytoplasme des leucocytes. E. chaffeensis infecte surtout les monocytes, E. ewingii plutôt les granulocytes. L’examen manque de sensibilité. Voir des morulae oriente fortement, mais leur absence ne rassure pas, et le type cellulaire ne sépare pas de façon sûre Ehrlichia d’Anaplasma. Les hémocultures hospitalières habituelles ne poussent pas ces bactéries intracellulaires.
- Une PCR précoce sur sang total oriente le diagnostic pendant la première semaine de fièvre.
- Un titre d’IgG unique, même élevé, ne suffit pas à confirmer une infection récente.
- Les IgM isolées exposent à des faux positifs et ne doivent pas guider le traitement.
- Le frottis à la recherche de morulae reste un appoint, jamais un test d’exclusion.
Comment se traite l’ehrlichiose ?
La doxycycline est le traitement de premier choix à tout âge, y compris avant huit ans. Les CDC (mai 2024) retiennent 100 mg deux fois par jour chez l’adulte, par la bouche ou en intraveineux si les vomissements ou la gravité l’imposent. Chez l’enfant de moins de 45 kg, la posologie est de 2,2 mg/kg deux fois par jour, sans dépasser 100 mg par prise. Ces doses viennent d’une source officielle américaine. En France, le médecin ou le pharmacien appliquera le schéma local, qui peut différer.
La durée minimale est de 5 à 7 jours, et le traitement se poursuit jusqu’à 72 heures après la disparition de la fièvre, avec une amélioration clinique. Le Merck Manual formule la même idée avec une fenêtre d’apyrexie de 24 à 48 heures et une durée totale de 5 à 7 jours pour l’ehrlichiose. Pour l’anaplasmose, les CDC américains allongent souvent à 10 ou 14 jours afin de couvrir une borréliose associée. Une forme compliquée peut exiger une cure plus longue. La Mayo Clinic évoque deux à trois semaines dans les tableaux graves.
La fièvre tombe en 24 à 48 heures chez la plupart des patients bien traités. L’absence de réponse fait douter du diagnostic. Les CDC n’ont pas documenté de résistance à la doxycycline ni de rechute après une cure correctement menée. Des maux de tête, une faiblesse ou un malaise peuvent pourtant durer des semaines après l’arrêt, sans traduire un échec microbiologique.
Une prophylaxie antibiotique après une piqûre, sans symptômes, n’est pas indiquée pour prévenir l’ehrlichiose. Cette pratique n’a pas fait la preuve de son intérêt et peut masquer le début de la maladie. Surveiller la fièvre pendant deux semaines reste la consigne. La dose unique de doxycycline parfois discutée pour la borréliose dans certains comtés américains ne s’applique pas à Ehrlichia.
Les alternatives se discutent seulement avec un infectiologue, en cas d’allergie grave, d’intolérance majeure, ou chez certaines femmes enceintes dont le tableau paraît bénin. La rifampicine (rifampin dans les textes américains) est active sur E. chaffeensis en laboratoire, mais son efficacité clinique n’a pas été évaluée, précisent les CDC en 2024. Elle ne traite pas la fièvre pourprée, qui peut mimer l’ehrlichiose. La Mayo Clinic continue de citer la rifampicine comme option de repli. Le chloramphénicol, parfois utilisé autrefois dans d’autres rickettsioses, est inefficace ici.
| Population | Posologie retenue par les CDC (mai 2024) | Durée habituelle |
|---|---|---|
| Adultes | 100 mg de doxycycline deux fois par jour | Au moins 5 à 7 jours, et 72 heures après la chute de la fièvre |
| Enfants de moins de 45 kg | 2,2 mg/kg deux fois par jour (maximum 100 mg par prise) | Même règle que chez l’adulte |
| Anaplasmose avec possible borréliose (recommandation américaine) | Même posologie | Souvent 10 à 14 jours pour couvrir une maladie de Lyme |

Quand consulter un médecin pour une ehrlichiose
Toute fièvre, éruption, céphalée ou autre signe inhabituel dans les deux semaines après une piqûre, ou après un séjour dans l’herbe et les bois d’une zone à risque, justifie un avis médical sans attendre les résultats d’un laboratoire. Dites au médecin le lieu, la date et, si vous l’avez conservée, la tique. Beaucoup de malades n’ont pas vu l’insecte. L’absence de piqûre souvenir n’écarte rien.
Les personnes de moins de cinq ans, de plus de soixante-cinq ans, greffées, sous chimiothérapie ou vivant avec un VIH avancé relèvent d’un rendez-vous plus urgent encore, même pour un simple syndrome grippal estival. Un enfant fébrile au retour d’un séjour dans le sud-est américain n’est pas « une virose jusqu’à preuve du contraire » si une tique a pu piquer.
Les signes suivants, tirés des complications décrites par les CDC et la Mayo Clinic, relèvent de l’urgence. En France, composez le 15 (SAMU) ou le 112.
| Situation | Signes | Conduite |
|---|---|---|
| Syndrome grippal après une tique ou un séjour à risque | Fièvre, maux de tête, courbatures dans les 14 jours | Médecin traitant le jour même, en précisant l’exposition |
| Atteinte neurologique | Confusion, convulsions, raideur de la nuque | Appeler le 15 ou le 112 |
| Détresse respiratoire | Essoufflement brutal, coloration bleutée des lèvres | Appeler le 15 ou le 112 |
| Trouble de la coagulation | Saignements, hématomes étendus | Appeler le 15 ou le 112 |
| Terrain fragile | Moins de 5 ans, plus de 65 ans, greffe, VIH avancé, chimiothérapie | Avis médical rapide même pour un syndrome grippal |
N’attendez pas une éruption pour consulter. Chez l’adulte, elle manque plus souvent qu’elle n’est présente. Une thrombopénie ou une leucopénie sur une prise de sang faite pour « une grippe d’été » est un argument pour traiter tout de suite.
Comment éviter les piqûres de tiques
Aucun vaccin n’existe contre l’ehrlichiose ni contre l’anaplasmose, indique le Merck Manual. La prévention se joue avant et après la sortie. Les CDC (août 2024) rappellent que l’exposition a lieu toute l’année, avec un pic pendant les mois chauds, d’avril à septembre aux États-Unis. Le médecin ou le pharmacien indiquera les répulsifs disponibles localement et la saison d’activité des tiques près de chez vous.
Avant d’entrer dans l’herbe haute, un répulsif enregistré par l’EPA américaine contenant du DEET (diéthyltoluamide), de la picaridine (icaridine), de l’IR3535, de l’huile d’eucalyptus citronné (OLE), du para-menthane-diol (PMD) ou du 2-undécanone peut être appliqué sur la peau découverte, hors visage. La crème solaire se met d’abord, le répulsif ensuite. Les produits à base d’OLE ou de PMD ne conviennent pas avant trois ans. Le Merck Manual déconseille le DEET avant deux mois et retient des concentrations d’au plus 10 % avant douze ans. Ces seuils américains ne se substituent pas à la notice française du produit.
Les vêtements, chaussures et sacs peuvent être traités avec de la perméthrine à 0,5 %, qui résiste à plusieurs lavages, ou achetés déjà imprégnés. Pantalon rentré dans les chaussettes, chemise dans le pantalon, couleurs claires pour voir l’insecte, sentier plutôt que lisière. Après la sortie, un passage au sèche-linge à haute température pendant dix minutes tue les tiques sur des vêtements secs. Une douche dans les deux heures aide à faire tomber les tiques non encore accrochées. Elle a été associée à une baisse du risque de borréliose et pourrait jouer pour d’autres infections à tiques.
La visite du corps se fait au miroir. Aisselles, oreilles, nombril, arrière des genoux, cuir chevelu, entrejambe et taille sont les recoins classiques. Les animaux de compagnie qui sortent se contrôlent aussi. Autour de la maison, tondre, ramasser les feuilles, éloigner le bois de chauffage et poser une bande de graviers entre pelouse et bois réduisent les tiques à pattes noires dans le jardin. Un insecticide de jardin ne remplace pas ces gestes.
- Traitez les vêtements avec de la perméthrine à 0,5 % avant une randonnée en zone à tiques.
- Appliquez un répulsif adapté à l’âge sur la peau découverte, jamais sur le visage.
- Marchez au centre des sentiers et évitez l’herbe haute ainsi que la litière de feuilles.
- Inspectez tout le corps et les animaux après une sortie, puis passez les vêtements au sèche-linge chaud.
Le risque existe-t-il hors des États-Unis ?
L’ehrlichiose monocytique à E. chaffeensis est une maladie presque exclusivement nord-américaine dans l’état des connaissances rassemblé en 2024. Pour un lecteur en France, le risque concret se présente surtout au retour d’un séjour dans le sud-est, le centre-sud ou la côte est des États-Unis, éventuellement après une transfusion ou une greffe réalisée dans ces régions. Signalez ce voyage au médecin dès la première fièvre.
Sur le territoire français, le vecteur habituel n’est pas la tique étoilée américaine. Le Merck Manual indique qu’Ixodes ricinus peut transmettre Anaplasma phagocytophilum en Europe. Cette anaplasmose granulocytaire humaine a longtemps été appelée « ehrlichiose granulocytaire ». Le médecin ou le pharmacien appliquera la conduite locale, qui peut différer des schémas américains.
Les chiffres de 2023 (1 907 cas d’E. chaffeensis aux États-Unis, 7 280 anaplasmoses la même année, d’après le Merck Manual) décrivent la surveillance américaine, pas l’incidence française. Ils mesurent l’ampleur du problème là où la tique étoilée est chez elle, et justifient un traitement empirique dès la suspicion au retour d’un voyage.
Que faire si une tique reste collée à la peau ?
Retirez-la dès que vous la voyez, avec une pince fine, le plus près possible de la peau, d’une traction lente et continue, sans torsion. N’écrasez pas l’abdomen. N’appliquez ni alcool, ni vaseline, ni allumette chaude, ni vernis. Ces méthodes n’extraient pas l’insecte et peuvent provoquer une régurgitation. Si un fragment de rostre reste, retirez-le avec la pince propre ou laissez la peau cicatriser s’il est inaccessible, conseille la Mayo Clinic.
Nettoyez ensuite la zone et vos mains à l’eau savonneuse, à l’alcool ou avec une solution hydroalcoolique. Placez la tique dans l’alcool, dans un sachet fermé ou sous un ruban adhésif. Ne l’écrasez pas entre les doigts. Notez la date. Un petit bouton, voisin d’une piqûre de moustique, est fréquent et disparaît en quelques jours.
Pas d’antibiotique « au cas où » pour l’ehrlichiose. Surveillez une fièvre, une éruption, un mal de tête ou des courbatures pendant environ deux semaines. Si ces signes apparaissent, consultez en apportant la tique si vous l’avez gardée. Un retrait précoce réduit le temps de transmission. Il ne garantit pas l’absence d’infection, surtout si la tique était déjà gorgée.
Questions fréquentes
Une piqûre de tique sans fièvre justifie-t-elle un antibiotique ?
Non, pas pour prévenir l’ehrlichiose. Les CDC déconseillent une prophylaxie après la piqûre, faute de preuve d’efficacité et parce qu’elle peut retarder le diagnostic. Surveillez les signes pendant deux semaines et consultez si une fièvre ou un mal de tête apparaît. Une dose unique parfois discutée pour la borréliose dans certaines régions américaines ne protège pas contre Ehrlichia.
Peut-on attraper l’ehrlichiose sans avoir vu de tique ?
Oui. La piqûre est souvent indolore et beaucoup de patients ne se souviennent d’aucun insecte. Les CDC demandent de ne pas écarter une infection à tique pour cette seule raison. Un séjour dans l’herbe, les bois ou un jardin en zone d’endémie, surtout au printemps et en été, suffit à faire évoquer le diagnostic.
Un vaccin contre l’ehrlichiose existe-t-il ?
Non. Le Merck Manual indique qu’aucun vaccin n’est disponible contre l’ehrlichiose ni contre l’anaplasmose. La protection repose sur les vêtements, les répulsifs, l’inspection du corps et le retrait rapide des tiques.
La doxycycline est-elle possible pendant la grossesse ?
La question se tranche au cas par cas avec le médecin, souvent un infectiologue. Les tétracyclines ont longtemps été évitées chez la femme enceinte, mais les CDC de 2024 considèrent encore la doxycycline comme le traitement de référence des rickettsioses à tiques, y compris dans des situations où le pronostic vital est en jeu. La rifampicine n’est qu’une piste de laboratoire, sans efficacité clinique démontrée, et elle ne couvre pas la fièvre pourprée.
Les animaux de compagnie transmettent-ils la bactérie à l’humain ?
Ils ne transmettent pas l’infection comme un rhume, mais ils rapportent des tiques dans la maison. Un chien ou un chat qui sort dans les herbes doit être inspecté chaque jour. Le contrôle antiparasitaire de l’animal se discute avec le vétérinaire. L’ehrlichiose observée chez le chien, décrite dans le Merck Manual comme maladie vétérinaire apparentée, n’est pas le même tableau que l’ehrlichiose monocytique humaine.
Combien de temps faut-il pour récupérer après le traitement ?
La fièvre tombe souvent en 24 à 48 heures. Le Merck Manual indique que des maux de tête, une faiblesse ou un malaise peuvent durer des semaines après une cure adaptée. Une absence d’amélioration à 48 heures doit faire revoir le diagnostic plutôt que d’allonger la même molécule sans réflexion.

Conclusion
L’ehrlichiose se contracte surtout par une tique infectée dans le sud-est et le centre-sud des États-Unis. Elle se reconnaît à une fièvre d’allure grippale cinq à quatorze jours plus tard, et se traite par la doxycycline dès la suspicion. Les pages cliniques des CDC de mai 2024 ont tranché un ancien dilemme pédiatrique. Une cure courte ne tache pas les dents définitives. Attendre une PCR ou une éruption, en revanche, laisse le temps aux défaillances d’organes.
Pour un lecteur en France, le piège est double. Au retour d’un voyage américain, un syndrome grippal n’est pas forcément viral. Sur le territoire, la tique Ixodes fait plutôt craindre borréliose et anaplasmose, deux cousins cliniques qui partagent le même antibiotique de première intention dans les recommandations américaines. Les posologies et durées précises relèvent du prescripteur français.
Si une fièvre, un mal de tête intense ou une confusion apparaissent dans les deux semaines après une piqûre ou un séjour en zone à tiques, appelez votre médecin traitant le jour même et mentionnez l’exposition. En cas de détresse respiratoire, de convulsions ou de saignement non contrôlé, composez le 15 ou le 112. Apportez la tique si vous l’avez conservée, et n’arrêtez pas une doxycycline prescrite au premier soulagement.
Sources
- Clinical Care of Ehrlichiosis. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Clinical Signs and Symptoms of Ehrlichiosis. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Clinical Testing and Diagnosis for Ehrlichiosis. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Ehrlichiosis: Causes and How It Spreads. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Ehrlichiosis Clinical Care for Children. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Preventing Tick Bites. Centers for Disease Control and Prevention, 28 août 2024.
- Biggs HM, Behravesh CB, Bradley KK et al. : Diagnosis and Management of Tickborne Rickettsial Diseases: Rocky Mountain Spotted Fever and Other Spotted Fever Group Rickettsioses, Ehrlichioses, and Anaplasmosis — United States. Morbidity and Mortality Weekly Report, 13 mai 2016.
- Ehrlichiosis and anaplasmosis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 5 mai 2026.
- Ehrlichiosis and anaplasmosis – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 5 mai 2026.
- Petri WA Jr. : Ehrlichiosis and Anaplasmosis. Merck Manual Professional Edition, mis à jour en septembre 2026.
- Gygax L, Schudel S, Kositz C et al. : Human monocytotropic ehrlichiosis—A systematic review and analysis of the literature. PLOS Neglected Tropical Diseases, 2 août 2024.
