Sueurs nocturnes et cancer : causes et signes d’alerte

Sueurs nocturnes et cancer : causes et signes d'alerte

Oui, certains cancers, surtout les lymphomes et les leucémies, peuvent provoquer des sueurs nocturnes assez abondantes pour tremper vêtements et draps. Chez la plupart des personnes, ces épisodes ont pourtant une autre origine, hormonale, infectieuse ou médicamenteuse, et ne permettent pas à eux seuls de conclure à un cancer.

Changer de T-shirt au milieu de la nuit, parfois deux fois, est une scène que beaucoup de femmes autour de la cinquantaine connaissent, et que d’autres redoutent comme le premier signal d’un lymphome. Une revue de 2020 dans American Family Physician rappelle qu’en soins primaires, la prévalence des sueurs nocturnes dans les études allait de 10 % à 41 %, avec un pic entre 41 et 55 ans, et que la grande majorité n’avait pas de maladie grave sous-jacente.

Les sueurs dites « B » du lymphome sont des épisodes répétés qui imposent de changer le linge de lit. Le NICE britannique n’oriente vers un parcours cancer que si elles s’accompagnent de ganglions inexpliqués ou d’une rate augmentée de volume. Sous tamoxifène, plus de 80 % des femmes rapportent bouffées de chaleur et transpiration dans les deux premières années.

Qu’est-ce qu’une sueur nocturne « vraie » ?

Une sueur nocturne au sens médical n’est pas une transpiration banale parce que la chambre est trop chauffée. La Mayo Clinic la définit comme des épisodes répétés, assez abondants pour imbiber les vêtements de nuit ou la literie, souvent liés à une affection ou à un médicament.

Se réveiller un peu humide sous une couette trop lourde, ou après un rêve agité, n’entre pas dans cette définition. L’organisme évacue alors de la chaleur de façon adaptée. Le critère utile, celui que les hématologues retiennent pour les symptômes B, est le trempage qui oblige à changer de pyjama ou de draps. Une vague de chaleur brutale au cou et à la poitrine, parfois avec des palpitations puis un frisson, ressemble à une bouffée de chaleur. La fiche patient du National Cancer Institute (NCI), mise à jour en février 2025, parle d’ailleurs de bouffées associées à une transpiration pendant le sommeil.

L’hyperhidrose, transpiration excessive sans cause identifiée, n’est pas un synonyme. Elle peut durer le jour comme la nuit. Les sueurs nocturnes dont il est question ici sont un symptôme, pas un diagnostic. Leur caractère d’alerte se juge moins à la quantité de sueur qu’aux signes qui les accompagnent et au contexte (ménopause, infection, traitement du cancer, médicaments).

Gros plan d'un œil de mans entouré de sueur

Le cancer provoque-t-il vraiment des sueurs nocturnes ?

Il peut le faire, mais c’est une cause peu fréquente parmi toutes les sueurs nocturnes vues en médecine générale. La Cleveland Clinic cite surtout les leucémies et les lymphomes, ainsi que certains traitements (hormonothérapie, radiothérapie). La Mayo Clinic ajoute les tumeurs carcinoïdes, le phéochromocytome et la myélofibrose à une liste déjà longue d’infections, de troubles thyroïdiens et de médicaments.

Cette liste ne dit pas quelle est la probabilité. La revue systématique de Mold, Holtzclaw et McCarthy (2012) a conclu que le symptôme est peu spécifique, que le lien avec le lymphome est moins étayé qu’on ne le répète, et que l’espérance de vie des patients de soins primaires qui déclaraient ces sueurs n’était pas réduite. Bryce (2020) le confirme. La plupart des personnes qui signalent des sueurs persistantes en ville n’ont pas de maladie menaçante.

D’après Paquin et ses collègues (2023), l’incidence annuelle aux États-Unis est d’environ 2,6 cas pour 100 000 personnes pour le lymphome hodgkinien et 19,6 pour 100 000 pour le lymphome non hodgkinien. Parmi les patients qui consultent pour des ganglions, environ 1,1 % ont finalement un cancer, tous types confondus. Des sueurs isolées, sans fièvre, sans amaigrissement et sans ganglion, pèsent donc peu du côté du cancer. Chez une femme sous hormonothérapie du sein, ou un homme sous suppression androgénique, le mécanisme dominant est hormonal, pas tumoral.

Lymphome, leucémie et symptômes B

Dans le lymphome, les médecins regroupent trois signes généraux sous le nom de symptômes B. La fiche patient du NCI sur le lymphome non hodgkinien (octobre 2026) les décrit comme une fièvre sans cause évidente, des sueurs nocturnes profuses et une perte de poids inexpliquée. Cancer Research UK fixe le seuil de poids à plus d’un dixième du poids du corps en six mois, sans régime volontaire.

La fièvre retenue pour le stade B dépasse 38 °C sans infection identifiée, d’après Paquin et al. dans l’European Journal of Haematology (2023). Les sueurs doivent être récurrentes et assez intenses pour changer le linge. Un seul de ces trois signes suffit à classer la maladie en « B » dans le système d’Ann Arbor, ce qui peut peser sur le pronostic et le choix de traitement. Isolées, elles n’ont pas la même valeur que la triade complète.

Le premier signe reste le plus souvent un ganglion indolore au cou, à l’aisselle ou à l’aine. S’y ajoutent parfois une fatigue persistante, un prurit, un essoufflement ou une gêne thoracique. Un ganglion qui ne régresse pas en trois à quatre semaines mérite un avis, rappelle Cancer Research UK, même si la cause habituelle est une infection.

Des symptômes B sans adénopathie ni splénomégalie ne justifient pas, à eux seuls, un bilan ciblé de lymphome, écrivent Paquin et al. (2023). Le médecin cherche d’abord une infection, un trouble endocrinien, un médicament ou un trouble du sommeil. Si un lymphome est présent, d’autres indices apparaissent en général dans ce bilan. Une douleur ganglionnaire déclenchée par l’alcool, rare (jusqu’à 5 % des lymphomes hodgkiniens), doit faire palper les aires ganglionnaires.

Causes plus fréquentes que le cancer

La ménopause et la périménopause restent le décor le plus banal des sueurs qui trempent les draps chez la femme. Les œstrogènes aident le cerveau à régler la température. Quand leur taux chute, la zone de confort se rétrécit. Une vague de chaleur, puis une transpiration, puis un frisson. Grossesse, post-partum et, plus rarement, variations du cycle peuvent produire le même tableau, d’après la Cleveland Clinic.

Les infections figurent juste après. Grippe, Covid-19, tuberculose, endocardite, VIH et abcès sont parmi les causes que la Mayo Clinic cite. La revue de 2012 juge le lien avec la tuberculose plus solide chez l’adulte jeune, en cas de forme extra-pulmonaire, ou associé au VIH. Une sueur nocturne fébrile n’est donc pas un « symptôme de cancer » par défaut. C’est d’abord un argument pour chercher un foyer infectieux.

Beaucoup de médicaments font transpirer. Antidépresseurs, hormonothérapie, méthadone et hypoglycémiants, selon la Mayo Clinic. La Cleveland Clinic ajoute certains antihypertenseurs, l’ibuprofène, des opioïdes, des corticoïdes et des traitements du cancer du sein. Le NHS britannique range aussi l’anxiété, l’hypoglycémie, l’alcool et l’hyperhidrose parmi les motifs courants.

Hyperthyroïdie, apnée du sommeil, reflux, diabète, troubles de l’humeur et sevrage d’alcool reviennent dans les revues de soins primaires, avec un niveau de preuve inégal. Bryce (2020) propose, si le tableau est clair, de traiter d’abord cette piste pendant quatre à huit semaines, puis de réévaluer. Deux cohortes n’ont pas confirmé le lien souvent enseigné avec le reflux. L’association avec l’apnée du sommeil n’est pas constante.

Le cancer n’est habituellement pas la première hypothèse dans les situations suivantes.

  • Une femme de 45 à 55 ans a des bouffées diurnes et des draps humides, sans fièvre ni ganglion.
  • Un antidépresseur ou un corticoïde a été commencé dans les semaines qui précèdent les sueurs.
  • Les sueurs disparaissent dès que l’on allège une literie trop chaude.
  • Un diabète connu s’accompagne de sueurs en seconde partie de nuit, évocatrices d’hypoglycémie.
  • L’anxiété, les attaques de panique ou un sevrage d’alcool coïncident avec les épisodes.

Hormonothérapie, chimiothérapie et bouffées de chaleur

Chez une personne déjà suivie pour un cancer, les sueurs nocturnes viennent plus souvent du traitement que de la tumeur elle-même. La fiche PDQ du NCI (février 2025) liste la chirurgie des ovaires, la chimiothérapie, la radiothérapie, le tamoxifène, les inhibiteurs de l’aromatase, les opioïdes, les antidépresseurs tricycliques et les corticoïdes. Chez l’homme, l’ablation d’un ou des deux testicules et les analogues de la GnRH produisent le même cortège.

Ces bouffées ne sont pas un détail. Dans le cancer du sein, des épisodes intenses ont été associés à des troubles du sommeil, à plus de douleur et à une moins bonne santé psychique. Chez les femmes encore réglées au diagnostic, le NCI relie aussi ces symptômes à la dépression. Cela ne signifie pas que le cancer progresse. Cela signifie que le traitement hormonal, souvent prescrit pour plusieurs années, a un coût quotidien.

Une étude prospective publiée en 2022 dans Frontiers in Oncology a suivi des femmes pendant les vingt-quatre premiers mois de tamoxifène. Les bouffées de chaleur et la transpiration concernaient plus de 80 % d’entre elles après l’introduction du médicament. L’intensité montait surtout entre le troisième et le sixième mois, puis se maintenait. Plus de 47 % décrivaient des symptômes modérés à très intenses, une part qui dépassait 55 % entre 18 et 24 mois.

Le médecin français appliquera les schémas locaux. Le NCI indique qu’une association œstrogène-progestatif peut augmenter le risque de récidive. On ne remplace donc pas, en règle générale, les hormones manquantes par un traitement hormonal de la ménopause si le cancer est hormonodépendant. Des alternatives sans œstrogène existent. Leur effet est moindre, et elles ont leurs propres inconvénients.

Chez l’homme traité pour un cancer de la prostate, la suppression de la testostérone déclenche des vagues de chaleur et des sueurs parfois aussi invalidantes. Le NCI mentionne des œstrogènes, des progestatifs, des antidépresseurs et des anticonvulsivants, toujours sous contrôle oncologique. Rien n’est à commencer en automédication.

Quand voir le médecin pour des sueurs nocturnes

Des sueurs qui reviennent, qui cassent le sommeil, ou qui s’accompagnent de fièvre, d’amaigrissement, d’une douleur localisée, d’une toux ou d’une diarrhée, justifient un rendez-vous, selon la Mayo Clinic. Un autre motif, souvent oublié, est la réapparition de sueurs des mois ou des années après la fin des symptômes de ménopause.

Dans la recommandation NG12 (2015, mise à jour le 15 avril 2026), le NICE britannique ne place pas les sueurs isolées sur la voie « cancer suspecté ». Il les retient avec des ganglions inexpliqués ou une splénomégalie inexpliquée. Chez l’enfant, la même paire de signes doit faire envisager un avis spécialisé sous 48 heures. En France, le médecin traitant applique la conduite locale. Le tableau ci-dessous aide à trier l’urgence, sans remplacer un avis clinique.

Situation Conduite raisonnable
Draps trempés plusieurs nuits, sans autre signe Rendez-vous chez le médecin traitant, pas aux urgences
Sueurs plus ganglions inexpliqués ou rate augmentée Consulter vite. Le NICE britannique envisage un parcours cancer
Fièvre à 38 °C ou plus sous chimiothérapie Appeler l’oncologie sans délai. Le paracétamol peut masquer la fièvre
Sueurs plus amaigrissement, toux ou diarrhée Consulter, motifs retenus par Mayo Clinic et le NHS
Chambre trop chaude, sueurs qui cessent une fois le lit allégé Corriger l’environnement d’abord
Gêne respiratoire, confusion, frissons violents Appeler le 15 ou le 112

Un ganglion persistant plus de trois à quatre semaines, même indolore, mérite le même rendez-vous qu’une sueur profuse isolée. Plusieurs symptômes B qui durent plus de quelques semaines pèsent plus qu’un épisode unique. Une personne sinon en bonne santé, avec une numération normale, a peu de chances d’avoir un lymphome à partir des seules sueurs, comme le soulignent Paquin (2023) et les revues de soins primaires.

Pendant un traitement du cancer, le seuil de fièvre n’est pas celui de la ville. Le NCI demande de contacter l’équipe soignante pour une température de 38 °C ou plus, et de ne pas prendre de paracétamol, d’aspirine ou d’ibuprofène avant d’en avoir parlé, parce que ces médicaments font baisser la fièvre et peuvent masquer une infection.

Une femme à l'air mal à l'aise au lit

Quels examens le médecin peut proposer

Le bilan part de l’entretien et de l’examen, pas d’un scanner d’emblée. Le médecin demande si les sueurs trempent vraiment le linge, depuis quand, à quelle fréquence, s’il y a de la fièvre mesurée, un amaigrissement chiffré, un prurit, une douleur à l’alcool, des bouffées de chaleur diurnes, un changement de règles, un ronflement, des hypoglycémies, une consommation d’alcool, et la liste complète des médicaments. Il palpe les aires ganglionnaires, le foie et la rate, et prend la température.

Quand aucune cause n’est évidente, Bryce (2020) décrit une stratégie étagée et peu coûteuse, avec numération-formule sanguine, TSH, CRP, recherche de tuberculose selon le contexte, sérologie VIH et radiographie thoracique. D’autres examens (scanner, biopsie ostéomédullaire, polysomnographie) ne se discutent que s’il existe un indice. Si cette première ligne est normale et que rien d’inquiétant n’émerge, la revue recommande de rassurer et de surveiller, plutôt que d’enchaîner les examens.

Pour un lymphome possible, Paquin et al. rappellent qu’une numération normale n’élimine pas le diagnostic. Le LDH et l’uricémie intéressent surtout s’il existe un doute de lyse tumorale, pas comme tests de dépistage des sueurs isolées. Le diagnostic de lymphome repose sur une biopsie, de préférence ganglionnaire, pas sur un questionnaire.

Le choix et l’ordre des examens suivent, en France, la pratique du médecin traitant et, au besoin, de l’hématologue. Les documents américains et britanniques cités ici donnent des repères, pas une ordonnance universelle. Un carnet (heure des sueurs, température, poids, médicaments) accélère souvent plus le raisonnement qu’une prise de sang improvisée.

Médicaments non hormonaux pour calmer les sueurs

Quand la cause est un traitement hormonal du cancer, ou une ménopause où les œstrogènes sont contre-indiqués, on cherche un soulagement sans hormones. Une revue Cochrane (essais recensés jusqu’en 2008, synthèse publiée en 2010) a conclu que la clonidine, certains antidépresseurs (ISRS et IRSN), la gabapentine et une thérapie de relaxation réduisaient un peu la fréquence et l’intensité des bouffées de chaleur après un cancer du sein. L’effet était léger à modéré. La vitamine E n’apportait pas de bénéfice. Homéopathie, acupuncture et aimants n’en montraient pas de façon convaincante dans ces essais.

Les mêmes familles figurent dans la fiche du NCI (2025), avec leurs effets indésirables.

  • Les antidépresseurs utilisés quelques semaines peuvent donner nausées, fatigue, bouche sèche et changement d’appétit.
  • Certains de ces antidépresseurs peuvent modifier la façon dont le tamoxifène agit dans l’organisme.
  • La gabapentine et la prégabaline exposent à la somnolence, aux vertiges et à une baisse de concentration.
  • La clonidine peut dessécher la bouche, fatiguer, constiper ou, à l’inverse, empêcher de dormir.

Le choix, la dose et les associations relèvent de l’équipe qui prescrit le traitement du cancer. Un médicament utile pour une autre personne peut réduire l’efficacité du tamoxifène ou s’ajouter à un antihypertenseur. Si une molécule ne convient pas, le NCI indique qu’en changer peut suffire.

La thérapie cognitivo-comportementale, la relaxation et l’hypnose ont été étudiées comme adjuvants. Le NCI les présente comme des moyens d’agir sur le stress et la perception des bouffées, souvent associés au médicament plutôt que substitués à lui. L’acupuncture donne des résultats mixtes. L’objectif réaliste est moins d’épisodes, moins intenses, et davantage de nuits d’affilée.

Gestes utiles la nuit et en cas de fièvre

Les mesures de confort ne traitent pas un lymphome, mais elles réduisent le réveil quand la cause est hormonale ou médicamenteuse. Le NCI insiste sur le fait que la température corporelle monte juste avant la bouffée.

  • Porter des vêtements amples en coton permet d’enlever une couche dès que la chaleur monte.
  • Un ventilateur ou une fenêtre ouverte maintient un courant d’air sur le haut du corps.
  • Une carafe d’eau fraîche près du lit et un linge de lit léger, en couches, limitent le réveil.
  • Éviter épices et caféine le soir réduit, chez certaines personnes, le nombre de bouffées.

Ces gestes gagnent à être tenus plusieurs semaines avant de conclure qu’ils ne changent rien. Noter l’heure des épisodes, les boissons, l’alcool et la température de la pièce aide à repérer un déclencheur. Boire assez dans la journée compense les pertes. Une personne âgée, ou déjà fébrile, se déshydrate plus vite. Changer draps et pyjama mouillés, puis proposer une douche tiède, évite à la peau macérée de s’irriter et limite le froid qui réveille.

La fièvre change la conduite. Hors cancer, une infection banale se discute avec le médecin traitant. Pendant une chimiothérapie, ou si les neutrophiles sont bas, 38 °C ou plus est un motif d’appel immédiat à l’équipe, d’après le NCI. Ne pas masquer la température avec du paracétamol avant cet appel. Les frissons, une toux nouvelle, une diarrhée, une brûlure urinaire ou une rougeur autour d’un cathéter renforcent l’urgence.

Si les sueurs s’expliquent par une hypoglycémie nocturne chez une personne diabétique, le problème à traiter est le schéma du soir, pas la sudation elle-même. Le médecin ou le pharmacien adapte la conduite selon les recommandations françaises, qui peuvent différer des textes américains cités ici.

Hormones de la ménopause, plantes et compléments

Le traitement hormonal de la ménopause reste, dans la population générale, le moyen le plus efficace de calmer les bouffées. Après un cancer du sein hormonodépendant, il n’est en général pas proposé, parce que le NCI indique qu’une association œstrogène-progestatif peut augmenter le risque de récidive. Les femmes déjà sous ce traitement au moment du diagnostic le voient habituellement interrompu. La décision, en France, se prend avec l’oncologue et, au besoin, le gynécologue, selon la pratique locale.

Les produits dits naturels n’échappent pas à cette prudence. D’après le NCI, la plupart des études sur le soja et le cimicifuga (actée à grappes noires) ne font pas mieux qu’un placebo. Le soja est riche en substances d’allure œstrogénique, dont l’effet sur les cellules mammaires n’est pas assez clair pour les recommander. Dong quai, trèfle rouge, réglisse et gattilier manquent de données de sécurité dans ce contexte. Un complément peut interférer avec le tamoxifène ou un inhibiteur de l’aromatase.

La revue Cochrane n’avait pas trouvé d’avantage clair à l’homéopathie ni aux dispositifs magnétiques. Une des deux études de relaxation montrait un bénéfice. On peut réduire l’impact des bouffées sans hormone, pas les effacer. Attendre d’une tisane l’effet des œstrogènes expose à décevoir, et parfois à arrêter trop tôt une hormonothérapie anticancéreuse qui vise à prévenir les récidives.

Si les sueurs rendent le traitement du cancer intolérable, la question à poser à l’équipe est ce que l’on peut ajouter ou modifier pour tenir le schéma prévu, plutôt que d’arrêter le comprimé seul.

Questions fréquentes

Avoir des sueurs la nuit veut-il dire que j’ai un lymphome ?

Non. La plupart des sueurs nocturnes vues en ville n’ont pas de cause cancéreuse. Le lymphome entre dans la discussion si les sueurs trempent le linge et s’associent à des ganglions, une rate augmentée de volume, une fièvre inexpliquée ou un amaigrissement de plus de 10 % en six mois.

Comment distinguer une bouffée de chaleur de la ménopause d’un symptôme B ?

La bouffée de la ménopause survient souvent aussi le jour, avec des règles irrégulières, sans fièvre durable. Un symptôme B se juge sur des sueurs profuses répétées, une fièvre au-dessus de 38 °C sans infection, ou une perte de poids involontaire. Les deux tableaux peuvent coexister sous hormonothérapie du sein.

Le tamoxifène donne-t-il des sueurs nocturnes ?

Oui, très souvent. Sung et al. (2022) ont observé des bouffées et une transpiration chez plus de 80 % des femmes après le début du tamoxifène, avec un pic vers trois à six mois. Ces sueurs n’indiquent pas, à elles seules, que le cancer progresse.

Faut-il arrêter l’hormonothérapie si les sueurs empêchent de dormir ?

Pas de sa propre initiative. L’hormonothérapie du sein ou de la prostate vise le contrôle de la maladie. Des médicaments non hormonaux et des mesures de confort peuvent la rendre tenable. Le signaler tôt évite un arrêt silencieux.

Un enfant qui transpire la nuit a-t-il un cancer ?

Le plus souvent, non. Le NICE britannique n’oriente un enfant vers un avis urgent de lymphome que si les sueurs s’associent à des ganglions inexpliqués ou à une splénomégalie. Une fièvre, une pâleur, des bleus inexpliqués ou une fatigue qui s’aggrave se discutent sans attendre avec le médecin.

Les antidépresseurs peuvent-ils provoquer des sueurs nocturnes ?

Oui. Ils figurent parmi les causes médicamenteuses fréquentes, d’après Mayo Clinic et Cleveland Clinic. Certains de ces médicaments servent aussi, à dose adaptée, à calmer les bouffées après un cancer du sein. Le paradoxe se gère avec le prescripteur, car quelques molécules peuvent interférer avec le tamoxifène.

femme incapable de dormir

Conclusion

Des draps trempés au petit matin font peur, parce que le lymphome a collé son nom à ce symptôme. Les données de soins primaires disent autre chose. Les sueurs nocturnes sont banales, surtout entre 40 et 55 ans. Elles n’annoncent un cancer que lorsqu’elles s’agrègent à d’autres signes, en particulier des ganglions, une fièvre mesurée, un amaigrissement chiffré, ou un traitement qui fait chuter les hormones.

Noter pendant quelques nuits si le linge est réellement trempé, la température au réveil, le poids, les médicaments, et la présence d’une boule au cou, à l’aisselle ou à l’aine, donne au médecin traitant de quoi décider. Pendant une chimiothérapie, 38 °C suffisent à appeler l’équipe, sans attendre et sans masquer la fièvre. Pour une hormonothérapie du sein ou de la prostate déjà en cours, demander quelles options non hormonales sont compatibles avec le schéma vaut mieux qu’interrompre le comprimé.

Les documents cités ici sont américains, britanniques ou internationaux. Ils ne remplacent pas la conduite française, que le médecin et le pharmacien connaissent. Ils aident à poser les bonnes questions, sans laisser une sueur isolée envahir la nuit, ni une vraie alerte se noyer dans l’idée que « ce n’est que la ménopause ».

Sources

  1. Night sweats – Causes and definition. Mayo Clinic, 20 janvier 2024.
  2. Night Sweats: Menopause, Other Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 28 avril 2026.
  3. Suspected cancer: recognition and referral. National Institute for Health and Care Excellence, 23 juin 2015 (mise à jour le 15 avril 2026).
  4. Hot Flashes and Night Sweats (PDQ®)–Patient Version. National Cancer Institute, 12 février 2025.
  5. Mold JW, Holtzclaw BJ, McCarthy L : Night Sweats: A Systematic Review of the Literature. Journal of the American Board of Family Medicine, novembre 2012.
  6. Bryce C : Persistent Night Sweats: Diagnostic Evaluation. American Family Physician, 1er octobre 2020.
  7. Symptoms of non-Hodgkin lymphoma. Cancer Research UK, 14 février 2024.
  8. Rada G, Capurro D, Pantoja T et al. : Non-hormonal interventions for reducing hot flushes in women with a history of breast cancer. Cochrane, 1er janvier 2022.
  9. Non-Hodgkin Lymphoma Treatment (PDQ®)–Patient Version. National Cancer Institute, 15 octobre 2026.
  10. Paquin AR, Oyogoa E, McMurry HS et al. : The diagnosis and management of suspected lymphoma in general practice. European Journal of Haematology, janvier 2023.
  11. Sung S, Min YH, Park SK et al. : Hot flushes and sweating, sleep problems, joint and muscular discomfort, and physical and mental exhaustion in breast cancer survivors during the first 24 months of tamoxifen therapy: a prospective observational study. Frontiers in Oncology, 2 août 2022.
  12. Infection and Neutropenia during Cancer Treatment. National Cancer Institute, 23 janvier 2020.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.