
La fièvre est une élévation temporaire de la température interne, déclenchée quand l’hypothalamus relève son thermostat, le plus souvent face à une infection. Chez une personne en bonne santé, elle est souvent inconfortable mais rarement dangereuse en elle-même; le vrai enjeu est de reconnaître un bébé trop jeune, un terrain fragile et les signes d’une infection grave.
Vous avez froid, vous claquez des dents sous une couverture, alors que votre peau est déjà chaude. Ce décalage n’est pas un caprice. Tant que le thermostat cérébral vise plus haut, le corps produit de la chaleur par les frissons et en perd moins en resserrant les vaisseaux; la transpiration n’arrive que lorsque cette consigne redescend.
Le seuil pratique reste 38 °C chez l’adulte, d’après le NHS. Chez un bébé avant l’âge de 3 mois, le guide britannique NICE classe déjà 38 °C dans le groupe à haut risque. Les antipyrétiques n’empêchent pas les convulsions fébriles, qui touchent 2 à 5 % des enfants entre 6 mois et 5 ans.
Quelle température compte comme une fièvre ?
On parle de fièvre lorsque la température interne dépasse la variation habituelle de la personne, le plus souvent à partir de 38 °C au thermomètre. Ce chiffre n’est pas une loi universelle. Il dépend de la voie de mesure, de l’heure du jour et de ce qui est « normal » pour vous.
Chez l’adulte, 38 °C reste le repère usuel du NHS. La fiche de premiers secours de la Mayo Clinic aligne la bouche, le rectum, l’oreille et la tempe sur 38 °C, et l’aisselle sur 37,2 °C. Le Merck Manual (revue de 2024) précise que le rectum et le tympan lisent environ 0,6 °C au-dessus de la bouche, tandis que la peau lit environ 0,6 °C en dessous. Un écart de quelques dixièmes n’est donc pas un détail de notice, c’est la marge habituelle entre deux thermomètres mal comparés.
La température n’est pas plate sur vingt-quatre heures. Elle est en général plus basse en fin de nuit et plus haute en fin d’après-midi. Une lecture « limite » le matin n’a pas le même poids qu’une lecture identique le soir. Les personnes très âgées, très jeunes ou vivant avec un trouble lié à l’alcool produisent parfois moins de fièvre, alors même qu’une infection grave est déjà là.
Deux pièges reviennent souvent. Le premier est de comparer une mesure axillaire d’hier à une mesure buccale d’aujourd’hui, puis de croire que la fièvre « monte » ou « tombe ». Le second est de traiter comme une fièvre une peau chaude après le sport, un bain ou une pièce surchauffée. Dans ces cas, le thermostat n’a pas bougé. Attendre quelques minutes au calme, dans une pièce normale, évite une fausse alerte et un comprimé inutile.
Le mot pyrexie désigne la même chose que la fièvre. L’hyperthermie, elle, est une autre physiologie, abordée plus bas. Pour le quotidien, retenez le couple 38 °C plus la voie utilisée, et donnez les deux informations au médecin.

Comment mesurer la température selon l’âge ?
Chez l’enfant de moins de 5 ans, le guide NICE NG143 demande de ne pas utiliser en routine la bouche ni le rectum, et de préférer un thermomètre électronique à l’aisselle, un dispositif à points chimiques à l’aisselle, ou un thermomètre infrarouge tympanique. Chez le nouveau-né, la mesure retenue par ce guide est l’aisselle avec un thermomètre électronique.
Cette consigne britannique n’est pas celle de tous les manuels américains, où le rectum reste souvent présenté comme plus proche de la température centrale du nourrisson. Ni NICE ni la Mayo Clinic ne s’imposent en France. Le pédiatre ou le médecin traitant appliquera la pratique locale; l’essentiel, pour vous, est de toujours dire comment la mesure a été faite, pas seulement le chiffre.
Les bandeaux chimiques de front sont jugés peu fiables par NICE. La Mayo Clinic rappelle que l’oreille et le front sont pratiques mais moins exacts que la bouche ou le rectum, et que le thermomètre à mercure en verre n’a plus sa place. Un appareil numérique, nettoyé avant et après, suffit. Ne laissez pas un enfant seul avec un thermomètre, surtout rectal.
Le signal des parents compte. NICE demande aux professionnels de prendre au sérieux le récit d’un père ou d’une mère qui a trouvé l’enfant chaud, même si la lecture du moment est déjà plus basse, par exemple après un antipyrétique. Une fièvre « qui est passée » au moment de l’examen n’efface pas l’épisode.
Quelques gestes simples réduisent les fausses lectures. Attendez après un bain, un repas chaud ou une sieste très couverte. Pour l’aisselle, la pointe doit toucher la peau, pas le vêtement, et le bras reste serré jusqu’au bip. Pour la bouche, lèvres fermées, pointe sous la langue. Notez l’heure. Ces détails pèsent davantage qu’un débat stérile sur le dixième de degré.
Quels signes accompagnent une fièvre ?
Les frissons, les sueurs, les courbatures, le mal de tête, la soif et la perte d’appétit font partie du même tableau, pas d’une maladie à part. Ils suivent le mouvement du thermostat. Pendant la montée, vous avez froid alors que d’autres, dans la même pièce, sont à l’aise. Pendant la descente, vous transpirez et les vêtements collent.
S’y ajoutent souvent, dans la description de la Mayo Clinic, une irritabilité, une faiblesse générale et un risque de déshydratation. Chez le nourrisson, le visage peut être rouge, les couches plus sèches, le cri différent. Chez la personne âgée, le tableau est parfois inversé. Moins de fièvre, plus de confusion ou de perte d’autonomie, avec une infection urinaire ou une pneumonie déjà en cours, comme le souligne le Merck Manual dans sa partie gériatrique.
L’inconfort, pas le thermomètre, guide le recours à un médicament. Une personne qui joue, boit et répond n’a pas le même besoin qu’une personne prostrée, même si les deux affichent le même chiffre. À l’inverse, une lecture « pas très haute » n’est pas rassurante si la nuque est raide, si le souffle est court ou si une éruption ne pâlit pas sous un verre pressé.
La fièvre accélère le métabolisme et demande plus d’eau. Les sueurs et la respiration plus rapide font le reste. Un adulte qui urine peu, a la bouche sèche et ne boit plus, un nourrisson sans larmes et à la fontanelle creuse, ne « tiennent » pas jusqu’au lendemain par principe. Boire n’abrège pas l’infection comme on le raconte parfois; cela limite un vrai danger associé, la déshydratation.
Infection, inflammation ou hyperthermie, d’où vient la fièvre ?
Une fièvre aiguë de quelques jours, chez un adulte jusque-là bien portant, a de fortes chances d’être infectieuse, le plus souvent virale, voies respiratoires ou digestives en tête. Le Merck Manual classe ensuite les causes en infections, maladies inflammatoires (dont rhumatismales et médicamenteuses) et cancers. Les bactéries (angine, pyélonéphrite, pneumonie, infection de la peau) existent, mais elles ne sont pas la première hypothèse de chaque rhume fébrile.
Le thermostat monte parce que des messagers de l’inflammation déplacent la consigne de l’hypothalamus. Le corps a alors « raison » d’avoir trop chaud par rapport à la pièce. C’est la fièvre au sens strict. L’hyperthermie est autre chose. La consigne n’a pas bougé, mais la chaleur s’accumule, coup de chaleur, effort dans un air trop chaud, certains toxiques (amphétamines, cocaïne, MDMA), anesthésiques ou antipsychotiques. Les comprimés contre la fièvre n’y peuvent pas grand-chose. Il faut refroidir et traiter la cause, souvent en urgence.
Confondre les deux a des conséquences concrètes. Éponger un enfant fiévreux pour « casser » le chiffre est inutile et déconseillé. Laisser une personne confuse dans une voiture fermée au soleil n’est pas « une grosse fièvre qui passera ». Au-dessus d’environ 41 °C, le Merck Manual décrit un risque de dénaturation des protéines, de défaillance d’organes et de coagulation intravasculaire disséminée. Ce plafond est rare dans une grippe banale; il n’est pas rare dans un coup de chaleur.
Les médicaments eux-mêmes peuvent faire monter la température, soit par hypersensibilité (certains antibiotiques, antiépileptiques), soit en dérèglant la thermorégulation. Un vaccin peut aussi être suivi d’une fièvre brève, le NHS le rappelle pour les enfants. Cela n’interdit pas la vaccination; cela explique un thermomètre élevé le lendemain d’une injection, sans foyer infectieux évident.
La silicose, le sevrage d’alcool ou un « coup de soleil » ne sont pas les causes quotidiennes d’une fièvre de salon. Quand un foyer manque et que les jours passent, on change d’étage diagnostique, ce n’est plus le rhume de la semaine.
Que faire à la maison pour se soulager ?
Le but à domicile n’est pas d’obtenir 37,0 °C sur l’écran. C’est de boire, de se reposer et de réduire l’inconfort, tout en surveillant les signes qui imposent un médecin. Les recommandations NICE de 2013 refusent, chez l’enfant, d’utiliser l’antipyrétique comme un simple outil pour faire chuter le chiffre. Les comprimés ne servent pas à faire baisser la température pour elle-même.
Le même guide, et la page NHS sur la fièvre de l’enfant, déconseillent d’éponger à l’eau tiède, de découvrir l’enfant à froid ou de l’emmailloter trop. La fièvre est une réponse à l’infection, pas un ennemi à noyer. Un vêtement léger, une pièce ni étouffante ni glaciale, une couverture le temps des frissons, puis moins de couches une fois les frissons finis, suffisent comme climat.
- Offrez des boissons fréquentes, et le lait maternel si le nourrisson est allaité, plutôt que de forcer un repas solide.
- Habillez la personne avec des vêtements légers, puis une couverture fine seulement tant que les frissons dominent.
- Surveillez la couleur de la peau, la respiration et la capacité à boire, pas uniquement le chiffre du thermomètre.
- Gardez l’enfant à la maison tant que la fièvre dure, et prévenez la crèche ou l’école, comme le recommande NICE aux parents.
- N’appliquez ni alcool sur la peau, ni bain froid, ni glace, qui font frissonner et relancent la production de chaleur.
Un adulte fait la même chose. Eau, bouillon, repos, vêtements légers. La Mayo Clinic ajoute qu’il ne faut pas réveiller un enfant uniquement pour donner un comprimé. Le sommeil fait partie du soin. Si la personne vomit, refuse de boire, devient confuse ou respire mal, le domicile n’est plus le bon cadre, même si le thermomètre n’a pas « explosé ».
Les antibiotiques n’ont rien à faire dans cette boîte à outils tant qu’un médecin n’a pas identifié une infection bactérienne. NICE demande explicitement de ne pas prescrire d’antibiotique oral devant une fièvre sans foyer. Un virus de rhume ne se « prévient » pas par une gélule « au cas où ».
Paracétamol et ibuprofène, pour qui et à quelle dose ?
Le paracétamol n’est pas un anti-inflammatoire non stéroïdien. C’est un antalgique et un antipyrétique, comme le classe MedlinePlus. L’ibuprofène, lui, est un AINS. Les deux peuvent réduire l’inconfort d’une fièvre. Aucun des deux n’arrête l’infection. NICE, depuis les recommandations de 2013, demande de n’y recourir chez l’enfant que s’il paraît gêné, de ne pas donner les deux en même temps, et de n’envisager l’alternance que si la gêne revient avant l’heure de la prise suivante.
La revue Cochrane de 2013 a observé que l’association baisse un peu plus la température que chaque molécule seule, surtout dans les premières heures. La preuve d’un meilleur confort restait faible. Ce n’est pas un argument pour empiler les sirops. Un double schéma augmente les erreurs de dose, surtout quand un « rhume » du commerce contient déjà du paracétamol.
Pour le paracétamol (acétaminophène aux États-Unis), MedlinePlus fixe un plafond de 4000 mg par jour toutes sources confondues. Le Merck Manual retient le même plafond de 4 g. Un surdosage peut léser gravement le foie, parfois au point d’une greffe. Ce plafond américain n’est pas automatiquement celui de la notice française, et le pharmacien applique la recommandation locale, en particulier en cas de maladie du foie ou de consommation régulière d’alcool. Lisez chaque boîte. Beaucoup de poudres « état grippal » cachent déjà du paracétamol.
- Donnez la dose inscrite pour le poids, avec la pipette du produit, jamais une cuillère de cuisine.
- Espacez les prises comme la notice l’indique, sans doubler « parce que ça ne tombe pas assez vite ».
- Évitez d’associer deux spécialités qui contiennent la même molécule, y compris un sirop contre le rhume.
- N’utilisez pas l’aspirine chez l’enfant ou l’adolescent fiévreux, en raison du syndrome de Reye, rare mais grave.
- Chez le nourrisson, le NHS écarte le paracétamol avant 2 mois et l’ibuprofène avant 3 mois, en cas de varicelle ou de déshydratation.
L’ibuprofène peut irriter l’estomac et peser sur le rein. Un asthme, un ulcère, une varicelle, une grossesse, un traitement déjà chargé, tout cela se discute avec le pharmacien avant d’ouvrir la boîte. La Mayo Clinic rappelle aussi que des doses élevées ou prolongées de paracétamol ou d’ibuprofène peuvent endommager le foie ou le rein, et qu’un surdosage aigu peut être mortel. Le médicament fera souvent baisser un peu la courbe; une petite fièvre peut rester, et ce n’est pas un échec.

Fièvre du nourrisson et de l’enfant, quand voir un médecin ?
Avant 3 mois de vie, une lecture à 38 °C place l’enfant dans le groupe à haut risque de maladie grave du système tricolore de NICE. Ce n’est pas un épisode banal à surveiller jusqu’au lendemain. Il faut un avis médical urgent, et le 15 ou le 112 si le bébé va mal. Le NHS aligne ce message pour le tout-petit.
Passé ce tout premier âge, le chiffre seul ne fait plus le diagnostic de gravité. NICE le dit pour les enfants plus grands. On regarde la couleur (pâleur, marbrures, lèvres grises), la réactivité (sourire, regard, réveil), la respiration (geignement, tirage, rythme très rapide), l’hydratation et des signes précis, éruption qui ne pâlit pas sous un verre, nuque raide, fontanelle bombée, convulsions. Un enfant qui joue, boit et répond, même chaud, n’est pas dans le même tiroir qu’un enfant flasque qui ne se réveille pas.
Les parents connaissent leur enfant. NICE demande d’en tenir compte, surtout s’ils reviennent consulter parce que « ce n’est plus lui ». Une fièvre qui se prolonge plusieurs jours, sans foyer clair, change aussi le raisonnement, notamment vers des maladies moins banales que le rhume. Le médecin cherchera un foyer, oreille, urine, poumon, et décidera des examens. Vous n’avez pas à « attendre que ça monte » pour appeler si le tableau vous inquiète.
Un vaccin récent, une varicelle, une otite, une infection urinaire, tout cela se raconte à la consultation. Gardez le thermomètre, la voie de mesure et l’heure. C’est plus utile qu’une courbe dessinée de mémoire.
Convulsions fébriles, que faire pendant la crise ?
Une convulsion fébrile survient chez 2 à 5 % des enfants entre 6 mois et 5 ans. Elle n’est pas une épilepsie. Le Merck Manual (mise à jour 2025) la définit comme une crise chez un enfant de cette tranche d’âge, avec plus de 38 °C, sans infection du système nerveux central et sans crise antérieure sans fièvre. La forme simple dure moins de 15 minutes, est généralisée, et ne se répète pas dans les 24 heures. La forme complexe dure 15 minutes ou plus, est focale, ou revient dans la même journée.
Les antipyrétiques n’empêchent pas ces crises. NICE l’écrit noir sur blanc, et le Merck Manual confirme que les donner « en prévention » n’a pas fait la preuve d’un bénéfice sur la récidive. Ils peuvent seulement soulager l’enfant. Environ 20 à 35 % des enfants feront une autre convulsion fébrile. Ce n’est pas, dans la grande majorité des formes simples, le début d’une épilepsie.
Pendant la crise, posez l’enfant sur le côté, à terre, loin des coins meubles. Desserrez les vêtements. Ne mettez rien dans la bouche. Ne tentez pas d’arrêter les secousses avec vos mains. Notez l’heure de début. Si la crise dure 5 minutes ou plus, ou si l’enfant ne récupère pas vite, appelez le 15 ou le 112. Le Merck Manual réserve alors un traitement médicamenteux, souvent une benzodiazépine, à l’équipe soignante. Une première crise, même brève, justifie un examen médical pour chercher la cause de la fièvre et écarter une méningite, que les parents ne peuvent pas diagnostiquer à la maison.
La recommandation de l’American Academy of Pediatrics de 2008, toujours citée, est claire pour la forme simple. Ni un antiépileptique continu, ni un antiépileptique intermittent n’est recommandé en routine, parce que la toxicité des molécules pèse plus que le bénéfice. Le valproate ou une benzodiazépine au long cours n’est pas le réflexe après une crise simple. Le médecin français appliquera la conduite locale; ce document américain sert ici à corriger l’idée qu’il « faudrait un traitement de fond ».
Fièvre de l’adulte, quels signes d’alerte ?
Chez l’adulte, 38 °C au thermomètre est le seuil pratique du NHS. La plupart des fièvres de quelques jours, avec rhume ou gastro-entérite, se gèrent à la maison, hydratation et repos, médicament si la gêne est réelle. Les signes associés pèsent plus que le dixième de degré.
Appelez le 15 ou le 112, ou faites-vous conduire aux urgences, si la fièvre s’accompagne d’une gêne à respirer, d’une douleur dans la poitrine, d’une nuque raide, d’un mal de tête très violent, d’une confusion, de vomissements répétés, d’une éruption inquiétante, d’une douleur intense au ventre ou en urinant, ou si vous ne parvenez plus à boire. La fiche Mayo de premiers secours aligne ces drapeaux. Une personne isolée, très âgée, ou déjà malade du cœur ou des poumons, n’a pas la même marge.
Sous chimiothérapie, les CDC tiennent 38 °C pour une urgence, même sans autre signe. La fièvre peut être le seul marqueur d’une infection alors que les globules blancs sont au plus bas. Gardez un thermomètre, le numéro du service, et dites dès l’accueil des urgences que vous êtes en traitement. Le même principe vaut, avec l’avis du médecin traitant, pour d’autres immunodépressions.
Un voyage récent en zone de paludisme, une morsure de tique, une drogue en injection, une valve cardiaque, un cathéter, tout cela change l’histoire. Le Merck Manual insiste sur ces expositions. Une fièvre « comme un rhume » au retour des tropiques n’attend pas trois jours par principe. Le médecin décidera des prélèvements. Vous, vous apportez le récit du voyage, des médicaments et des vaccins.
| Situation | Seuil ou signe retenu | Conduite |
|---|---|---|
| Adulte en bonne santé | 38 °C au thermomètre (NHS) | Repos et boissons; médecin si signes d’alerte |
| Bébé de moins de 3 mois | 38 °C (NICE, groupe à haut risque) | Avis urgent; 15 ou 112 si l’enfant va mal |
| Traitement par chimiothérapie | 38 °C même isolée (CDC, 2024) | Urgence infectieuse, prévenir l’accueil |
| Convulsion fébrile | Durée de 5 minutes ou plus (Merck) | Appelez le 15 ou le 112 |
| Température typiquement au-dessus de 41 °C | 41 °C (Merck Manual, 2024) | Urgence et refroidissement, pas un simple comprimé |
| Enfant gêné par la fièvre | Confort, pas le chiffre (NICE, 2013) | Paracétamol ou ibuprofène, pas les deux ensemble |
Examens, fièvre d’origine inconnue et gestes de prévention
Le diagnostic de fièvre est une lecture de thermomètre, au repos. Le diagnostic de la cause est une enquête. Le médecin s’appuie sur les symptômes localisés, gorge, toux, brûlures urinaires, diarrhée, éruption, puis prescrit, si besoin, une bandelette urinaire, une prise de sang, un prélèvement de nez ou de gorge, une radiographie. Chez un adulte en bonne santé, sans drapeau rouge, beaucoup d’épisodes viraux se passent d’examens. Chez le nourrisson très jeune, NICE prévoit au contraire un bilan plus large à l’hôpital, parce que le risque d’infection bactérienne cachée n’est pas le même.
On parle de fièvre d’origine inconnue lorsque la température élevée dure plus de trois semaines, de façon continue ou par à-coups, sans cause claire. C’est la définition retenue par la Mayo Clinic. Ce n’est pas « plus de deux semaines de rhume ». Le Merck Manual décrit une enquête plus longue, parfois en hospitalisation, à la recherche d’une infection profonde, d’une maladie inflammatoire ou, plus rarement, d’un cancer. Les antibiotiques « pour voir » brouillent souvent cette enquête plus qu’ils ne la résolvent.
Prévenir la fièvre, c’est surtout prévenir les infections qui la déclenchent. La Mayo Clinic rappelle la vaccination recommandée (grippe, Covid-19 selon le calendrier en vigueur chez vous), le lavage des mains, l’éviction quand on est fébrile, et le fait de ne pas partager verres et couverts. Ces gestes n’annulent pas un hiver de virus. Ils réduisent les allers-retours inutiles. Ils ne remplacent pas un avis médical quand le tableau sort du rhume.
Questions fréquentes
Faut-il forcément faire baisser une fièvre ?
Non. NICE, depuis 2013, demande de ne pas donner d’antipyrétique dans le seul but de faire tomber le chiffre chez l’enfant. On traite la gêne, la douleur, le mauvais sommeil, pas le thermomètre. Une fièvre modérée liée à une infection courante n’est pas, en elle-même, un ennemi à abattre.
Peut-on donner de l’aspirine à un enfant fiévreux ?
Non, sauf consigne explicite d’un médecin. La Mayo Clinic relie l’aspirine chez l’enfant et l’adolescent au syndrome de Reye, rare mais potentiellement mortel. Le paracétamol ou l’ibuprofène, selon l’âge et les contre-indications, sont les options habituelles. Le pharmacien vérifie la notice française.
Les antibiotiques font-ils tomber une fièvre virale ?
Non. Ils n’agissent pas sur les virus, qui causent la plupart des fièvres aiguës de l’adulte sans maladie chronique. NICE déconseille de les prescrire devant une fièvre sans foyer. Un médecin les réserve à une infection bactérienne documentée ou fortement suspectée.
Un enfant peut-il aller à l’école avec de la fièvre ?
Le guide NICE conseille de le garder à la maison tant que la fièvre dure, et de prévenir l’école ou la crèche. Le retour se discute selon la maladie en cause, pas seulement selon une lecture unique. Un enfant encore très fatigué n’est pas prêt pour une journée collective.
Le paracétamol empêche-t-il une convulsion fébrile ?
Non. Les études et NICE montrent que les antipyrétiques ne préviennent pas ces crises. Ils peuvent rendre l’enfant plus confortable. Si une crise dure 5 minutes ou plus, le médicament du placard ne remplace pas le 15.
Comment distinguer une fièvre d’un coup de chaleur ?
Dans la fièvre, le cerveau a relevé sa consigne; les frissons et la peau parfois froide au début en font partie. Dans un coup de chaleur, la consigne n’a pas bougé, la chaleur s’est accumulée, souvent après un effort ou un confinement au soleil. Les antipyrétiques aident peu. Il faut refroidir et, si la personne est confuse, appeler le 15.
Conclusion
Une fièvre se juge à trois choses à la fois, le chiffre, la façon dont il a été pris, et l’état de la personne. 38 °C reste le repère le plus utile au quotidien; chez un nourrisson avant 3 mois, ce même seuil n’attend pas, pas plus que sous chimiothérapie. Le paracétamol n’est pas un AINS, il ne s’empile pas avec un autre sirop du même principe, et il ne sert pas à « tuer » une infection.
Les éponges froides, l’alternance automatique des sirops et un antiépileptique « pour plus tard » après une convulsion simple ne sont plus la conduite des guides récents. NICE 2013 a recentré le médicament sur le confort. L’AAP, dès 2008, a écarté le traitement de fond des crises fébriles simples. Le Merck Manual sépare enfin la fièvre de l’hyperthermie, deux mécaniques que l’on a trop longtemps mises dans la même phrase.
Avant d’appeler le médecin traitant, le pharmacien ou le 15, écrivez la température, la voie (aisselle, bouche, rectum, oreille), l’heure, ce que l’enfant ou l’adulte boit, la couleur de la peau et, s’il y a eu une crise, sa durée. Cette liste courte oriente mieux qu’un récit flou. Le professionnel de santé, lui, appliquera la conduite en vigueur en France.
Sources
- Fever – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 24 décembre 2025.
- Fever: First aid. Mayo Clinic, 25 juin 2024.
- Fever – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 24 décembre 2025.
- Fever in under 5s: assessment and initial management. National Institute for Health and Care Excellence, 7 novembre 2019.
- Bush LM, Vazquez-Pertejo MT : Fever – Infectious Disease. Merck Manual Professional Edition, juillet 2024.
- Wong T, Stang AS et al. : Alternating and combined antipyretics for treatment of fever in children. Cochrane Library, 30 octobre 2013.
- High temperature (fever) in adults. National Health Service, mis à jour en 2025.
- High temperature (fever) in children. National Health Service, mis à jour en 2025.
- Watch Out for Fever. Centers for Disease Control and Prevention, 14 novembre 2024.
- Acetaminophen: MedlinePlus Drug Information. MedlinePlus, 15 octobre 2025.
- Victorio MC : Febrile Seizures. Merck Manual Professional Edition, avril 2025.
- Steering Committee on Quality Improvement and Management, Subcommittee on Febrile Seizures : Febrile Seizures: Clinical Practice Guideline for the Long-term Management of the Child With Simple Febrile Seizures. Pediatrics, juin 2008.
