Greffe de pancréas : risques et récupération

Greffe de pancréas : risques et récupération

La greffe de pancréas implante un pancréas prélevé chez un donneur décédé afin de rétablir la sécrétion d’insuline, le plus souvent chez une personne atteinte de diabète de type 1. Les Standards of Care 2025 de l’American Diabetes Association la réservent aux personnes qui reçoivent aussi un rein, qui ont déjà un rein greffé, ou qui présentent des acidocétoses répétées ou des hypoglycémies graves malgré un traitement intensif bien conduit.

Le geste n’est pas un traitement de première intention. Aux États-Unis, le registre OPTN/SRTR n’a compté que 821 greffes de pancréas chez l’adulte en 2024, en baisse de 8 % sur un an, alors qu’environ un candidat sur quatre sur liste d’attente avait un diabète de type 2.

L’opération dure souvent 4 à 6 heures. L’hospitalisation dure généralement 7 à 14 jours. Après une greffe combinée rein-pancréas réalisée en 2023, 9,4 % des greffons pancréatiques avaient perdu leur fonction à un an, d’après le même registre américain.

À quoi sert une greffe de pancréas

La greffe vise à remplacer la production d’insuline que le pancréas du receveur ne fournit plus, afin de stabiliser la glycémie sans injections tant que le greffon fonctionne. Elle peut aussi ralentir certaines lésions du diabète, mais ce n’est pas un traitement habituel.

Le pancréas fabrique l’insuline, hormone qui permet au glucose d’entrer dans les cellules. Dans le diabète de type 1, les cellules bêta sont détruites par une réaction auto-immune. La glycémie monte, et les hypoglycémies liées à l’insuline injectée peuvent devenir fréquentes, parfois sans signes d’alerte. Un greffon capable de sécréter l’hormone selon le besoin du moment cherche à casser ce cercle.

La Mayo Clinic souligne que l’intervention peut rétablir la production d’insuline et améliorer le contrôle glycémique, tout en restant hors du parcours standard. Les médicaments anti-rejet, indispensables à vie, exposent à des infections et à d’autres effets indésirables. C’est ce rapport bénéfice-risque, et non le seul diagnostic de diabète, qui oriente vers une équipe de transplantation.

Le pancréas d’origine est presque toujours laissé en place. Il continue à produire les sucs digestifs, ce qui évite une chirurgie plus lourde sans bénéfice clair. Le greffon, lui, est installé dans l’abdomen inférieur et branché sur les vaisseaux du receveur. Cleveland Clinic ajoute qu’une greffe réussie peut réduire le besoin de surveiller la glycémie plusieurs fois par jour et assouplir certaines contraintes alimentaires, sans faire disparaître le terrain auto-immun.

Les lésions des reins, des yeux et des nerfs peuvent se stabiliser, parfois s’améliorer, si le greffon maintient une glycémie proche de la normale. Ce bénéfice n’est ni immédiat ni garanti. Il dépend de l’ancienneté des dégâts et du suivi.

Organe humain pour la transplantation

Qui peut bénéficier d’une greffe de pancréas

Les candidats les plus clairs sont les adultes atteints de diabète de type 1 avec insuffisance rénale, ou avec un diabète si instable que des hypoglycémies graves ou des acidocétoses persistent malgré un traitement optimisé. L’American Diabetes Association, dans ses Standards of Care 2025, limite explicitement la greffe d’organe entier à ces trois situations.

Le diabète de type 2 n’est plus une exclusion automatique. La page Mayo Clinic indique qu’environ 20 % des greffes de pancréas aux États-Unis concernent des personnes sélectionnées qui combinent une faible résistance à l’insuline et une production insuffisante. Le rapport OPTN/SRTR pour 2024 place cette part à 25,7 % des candidats adultes. Ces chiffres américains ne fixent pas la pratique française. Seul un centre de greffe peut dire si votre profil entre dans ses critères.

Le Manuel Merck précise que l’éligibilité reste surtout celle des personnes déjà candidates à une greffe de rein. L’âge supérieur à 55 ans et une maladie cardiovasculaire athéroscléreuse documentée sont des contre-indications relatives, car elles augmentent nettement le risque périopératoire. MedlinePlus ajoute un cancer évolutif, une infection active, une maladie pulmonaire grave, une obésité importante, un tabagisme persistant et l’impossibilité de tenir le suivi.

Une évaluation typique, telle que la décrit Cleveland Clinic, comprend plusieurs volets.

  • Un bilan cardiaque (électrocardiogramme, échographie, parfois cathétérisme) vérifie que l’anesthésie et le clampage vasculaire restent acceptables.
  • Des analyses de sang, d’urine et un groupage tissulaire cherchent des infections, un cancer débutant et une incompatibilité immunitaire.
  • Une évaluation psychologique confirme que le suivi à vie et la prise quotidienne des médicaments sont réalistes.

En France, l’inscription sur liste et les priorités relèvent de règles locales. Ni les seuils américains ni les délais britanniques ne s’y substituent. Le médecin traitant ou l’endocrinologue oriente vers un centre de transplantation, qui discute aussi des alternatives, pompe à insuline, boucle fermée ou greffe d’îlots.

Greffe isolée, combinée ou après un rein

Trois montages existent. La greffe simultanée rein-pancréas est de loin la plus fréquente. La greffe de pancréas après un rein s’adresse aux personnes qui ont déjà un greffon rénal. La greffe de pancréas isolé concerne des personnes encore sans insuffisance rénale terminale, mais dont le diabète reste dangereux.

Le Manuel Merck indique que plus de 90 % des transplantations de pancréas incluent aussi un rein. Aux États-Unis, les listes d’attente de greffe combinée ont dépassé 80 % des inscriptions prévalentes en 2024, selon l’OPTN/SRTR. Un seul donneur décédé fournit alors les deux organes. L’induction immunosuppressive n’a lieu qu’une fois. Le rein greffé sert aussi de sentinelle, car une hausse de la créatinine alerte souvent sur un rejet qui touche les deux organes.

La greffe de pancréas après un rein permet d’abord d’obtenir un rein, parfois de donneur vivant, puis d’ajouter un pancréas. Le consensus mondial publié en 2021 dans l’American Journal of Transplantation (Boggi et coll.) note un surrisque de mortalité seulement dans la période précoce, puis un gain d’espérance de vie.

La greffe isolée vise des personnes avec un débit de filtration encore acceptable et des accidents métaboliques répétés. Le rejet y est plus difficile à dépister, faute de créatinine témoin. Le registre américain a observé, pour les greffes isolées de 2024, une perte de greffon à 90 jours de 17,6 %, nettement plus élevée que pour la greffe combinée (5,9 %) ou après un rein (5,1 %). Ces écarts tiennent en partie à la thrombose précoce, plus fréquente chez des receveurs non urémiques dont les plaquettes fonctionnent encore bien.

Montage Public habituel Point pratique
Rein et pancréas ensemble Diabète et insuffisance rénale Un donneur, un seul temps opératoire
Pancréas après un rein Rein déjà greffé, diabète instable Possible après un rein de donneur vivant
Pancréas isolé Reins encore fonctionnels, hypoglycémies graves Rejet plus difficile à surveiller
Îlots de Langerhans Diabète instable, chirurgie trop risquée Injection cellulaire, souvent plusieurs fois

Le consensus de 2021 ajoute qu’une greffe combinée avant la dialyse, dite préemptive, semble associée à de meilleurs résultats que la même opération chez une personne déjà dialysée. Le temps passé en dialyse pèse sur le pronostic. Cette observation n’impose pas un calendrier français. Elle justifie toutefois d’évoquer la double greffe dès que la fonction rénale décline, plutôt que d’attendre un stade terminal sans discussion.

Bilan avant inscription et délai d’attente

Avant toute inscription, une équipe pluridisciplinaire vérifie que vous pouvez subir une chirurgie majeure et prendre des immunosuppresseurs sans relâche. Le bilan s’étale souvent sur plusieurs semaines. MedlinePlus décrit des consultations répétées, un groupage sanguin et tissulaire, des tests d’infection, un bilan cardiaque et des examens à la recherche d’un cancer débutant.

La compatibilité porte surtout sur le groupe sanguin et les anticorps anti-HLA. NHS Blood and Transplant rappelle que la liste n’est pas une file d’attente linéaire. Un organe est proposé selon l’appariement, pas selon le rang d’arrivée. Un groupe AB, un typage tissulaire fréquent et peu d’anticorps raccourcissent en général le délai au Royaume-Uni. L’inverse l’allonge. En France, le centre explique les règles d’attribution qui s’appliquent à votre dossier.

Les délais publiés varient selon les pays. NHS Blood and Transplant indique un délai moyen d’un an pour une greffe de pancréas ou une greffe combinée. Le rapport OPTN/SRTR 2024 montre que seulement 23,2 % des candidats adultes américains à une greffe combinée attendaient depuis deux ans ou plus à la fin de 2024. Aucune de ces sources ne donne le délai français.

Pendant l’attente, l’équipe demande d’être joignable à toute heure. Un organe de donneur décédé se propose dans un délai court. La Mayo Clinic précise que les meilleurs résultats s’observent lorsque le pancréas est transplanté dans les 12 heures après le prélèvement. Il faut un sac prêt, un moyen de transport et l’arrêt du tabac. Toute infection ou hospitalisation doit être signalée, car la liste peut être suspendue le temps de vous remettre en état d’être opéré. La mortalité pré-greffe américaine a baissé à 4,5 décès pour 100 patients-années en 2024. Ce chiffre ne prédit pas votre parcours. Il montre qu’une discussion précoce avec un centre a du sens si le diabète échappe au traitement actuel.

Comment se déroule l’opération

L’intervention se fait sous anesthésie générale, par une incision médiane de l’abdomen. La Mayo Clinic situe la durée autour de 4 à 6 heures. Cleveland Clinic retient 3 à 5 heures pour un pancréas isolé et 4 à 7 heures pour une greffe combinée. MedlinePlus indique environ 3 heures et 6 heures respectivement. Les écarts reflètent le montage et l’anatomie.

Le chirurgien place le greffon dans la partie inférieure de l’abdomen, le plus souvent à droite. Les vaisseaux du donneur sont anastomosés aux vaisseaux iliaques du receveur. Un segment de duodénum du donneur est suturé à l’intestin grêle du receveur, parfois à la vessie, pour évacuer les sécrétions digestives du greffon. Le pancréas d’origine reste en place, sauf s’il provoque des complications. En greffe combinée, le rein se place habituellement à gauche, son uretère étant branché sur la vessie.

NHS Blood and Transplant indique que le pancréas greffé se met le plus souvent à fonctionner dans l’heure. L’équipe surveille alors la glycémie. Un rein greffé en même temps se met souvent à produire de l’urine dans la semaine. Un retard n’annonce pas forcément un échec. Le réveil se fait souvent en réanimation le temps de stabiliser la douleur, la tension et la glycémie.

Risques chirurgicaux des premières semaines

La thrombose du greffon, l’hémorragie, la pancréatite, la fuite au niveau de la suture intestinale et l’infection sont les complications précoces les plus redoutées. Mayo Clinic, Cleveland Clinic et MedlinePlus les citent toutes. Elles expliquent une partie des pertes de greffon dans les premiers mois, avant même un rejet immunitaire.

Dans une revue chirurgicale de 2020, Perez Daga et coll. estiment que plus de 70 % des pertes précoces de greffon tiennent à un échec technique plutôt qu’au rejet. La thrombose complète survient dans 3 à 10 % des séries, plus souvent veineuse qu’artérielle, et surtout dans la première semaine, parfois dès 48 heures. Une hyperglycémie brutale, une douleur au site et, selon le type de drainage, un saignement digestif ou une hématurie doivent faire suspecter le diagnostic. L’échographie Doppler puis l’angioscanner orientent le traitement, qui peut aller jusqu’à l’ablation du greffon.

Le Manuel Merck situe les complications précoces autour de 10 à 15 % des receveurs. Il y range l’infection et la désunion de paroi, l’hématurie, la fuite urinaire, la pancréatite de reflux, les abcès, l’occlusion et la thrombose. Une pancréatite du greffon, liée à l’œdème des premiers jours, est fréquente et souvent transitoire. Des drains évacuent le liquide. Une reprise au bloc n’est pas exceptionnelle.

Les anticoagulants, souvent prescrits pour limiter les caillots, augmentent le risque de saignement intra-abdominal. Se lever tôt réduit le risque de phlébite et d’encombrement pulmonaire, insiste NHS Blood and Transplant dès les premières 24 à 48 heures. Une fièvre, un écoulement ou un ventre dur se signalent sans attendre, car sous immunosuppresseurs les signes d’infection sont parfois atténués.

Rejet et traitements anti-rejet

Le rejet survient lorsque le système immunitaire attaque le greffon, parfois dès les premiers mois, parfois des années plus tard. Des médicaments anti-rejet sont nécessaires à vie. Un épisode aigu ne signifie pas forcément la perte définitive de l’organe s’il est traité tôt.

Le Manuel Merck indique qu’un rejet aigu survient encore chez 20 à 40 % des receveurs malgré une immunosuppression adaptée, et qu’il touche d’abord la partie exocrine du pancréas. Le registre OPTN/SRTR donne des taux plus bas pour les greffes de 2023. Le rejet aigu à un an s’élevait à 10,3 % chez les 18-34 ans, 8,1 % chez les 35-49 ans et 5,6 % chez les 50-64 ans. Le manuel décrit une fourchette clinique historique. Le registre mesure des cohortes récentes, dans des centres qui utilisent surtout une induction par déplétion lymphocytaire (91,4 % des centres américains en 2024).

La Mayo Clinic demande de signaler tout de suite ces signes.

  • Une douleur abdominale, une fièvre ou une sensibilité excessive au site peuvent marquer un rejet en cours.
  • Une glycémie qui remonte, des vomissements ou une baisse des urines justifient le même appel immédiat.
  • En greffe combinée, une hausse de la créatinine reste souvent le premier clignotant biologique utile.

En greffe isolée, le dépistage est plus tardif. Le diagnostic se confirme souvent par une biopsie guidée par échographie. En 2024, 95,4 % des traitements d’entretien américains à la sortie d’hospitalisation associaient tacrolimus et mycophénolate, avec des corticoïdes dans 72,2 % de ces schémas, d’après l’OPTN/SRTR. Les doses précises sont du ressort de votre équipe.

Les effets indésirables des anti-rejet, listés par la Mayo Clinic, comprennent un amincissement osseux, un cholestérol élevé, une hypertension, des nausées, une diarrhée, une photosensibilité et une prise de poids. Le système immunitaire affaibli laisse passer des infections. MedlinePlus rappelle aussi un risque accru de certains cancers après quelques années.

Chez les receveurs d’une greffe isolée opérés entre 2013 et 2019, l’OPTN/SRTR chiffre le lymphome post-greffe à 5 ans à 3,9 % si le receveur était séronégatif vis-à-vis du virus d’Epstein-Barr, contre 0,7 % s’il était séropositif. Oublier une prise expose à un rejet. NHS Blood and Transplant demande de vérifier tout médicament en vente libre auprès de l’équipe. Le pamplemousse, la grenade et l’orange amère de Séville interfèrent avec les inhibiteurs de la calcineurine, selon la Mayo Clinic.

Chirurgiens, médecins et infirmières

Récupération à l’hôpital et à la maison

La plupart des receveurs restent hospitalisés 7 à 14 jours, parfois davantage après une reprise au bloc. Cleveland Clinic et NHS Blood and Transplant retiennent cette fourchette. La Mayo Clinic évoque environ une semaine après un passage en soins intensifs. MedlinePlus situe plutôt 3 à 7 jours lorsque les suites sont simples.

Les premiers jours, la douleur impose des antalgiques injectables. NHS Blood and Transplant prévoit 3 à 5 jours de douleur intense autour de la cicatrice. Boire et manger reprennent en général en un ou deux jours, dès que l’intestin se remet en marche. Se lever tôt, avec l’aide des kinésithérapeutes, réduit les caillots et les infections pulmonaires. La glycémie sert de baromètre du greffon. Un rein greffé en même temps est surveillé par le volume d’urine et la créatinine.

La sortie n’a lieu que lorsque vous marchez, que les taux d’immunosuppresseurs sont dans la cible, et que vous savez reconnaître un rejet ou une infection. Les consultations sont denses au début.

  • NHS Blood and Transplant indique deux visites par semaine au départ, puis un rythme plus lâche.
  • Passé un an sans incident majeur, beaucoup de receveurs ne viennent plus que tous les 3 à 6 mois.
  • MedlinePlus recommande parfois de rester près du centre les trois premiers mois, surtout si le domicile est loin.

Cleveland Clinic estime le rétablissement fonctionnel à environ six mois. Les agrafes sortent vers trois semaines. L’effort plus soutenu attend souvent six semaines. NHS Blood and Transplant demande d’éviter de soulever plus de 10 kg pendant au moins six semaines, ainsi que le vélo, la course et la musculation. La piscine attend que la cicatrice soit fermée.

Après 3 à 6 mois, le risque de rejet aigu diminue souvent et les doses d’immunosuppresseurs peuvent être allégées. La Mayo Clinic recommande ensuite une activité modérée régulière, une fois l’équipe d’accord. Cleveland Clinic indique que beaucoup de personnes peuvent concevoir un enfant après la greffe, mais qu’il est prudent d’attendre au moins un an et d’adapter les médicaments avant une grossesse.

Résultats sur la survie et le diabète

La survie à cinq ans après une greffe de pancréas se situe autour de 9 personnes sur 10 dans les cohortes américaines récentes. Ce n’est pas une garantie individuelle. C’est un ordre de grandeur utile pour peser le risque opératoire.

Pour les greffes de 2017-2019, l’OPTN/SRTR rapporte une survie à 5 ans de 89,9 % après un pancréas suivant un rein, 91,5 % après un pancréas isolé et 91,0 % après une greffe combinée. Cleveland Clinic résume le même message. La mortalité à un an des greffes de 2022-2023 était de 1,5 %, 1,9 % et 3,3 % selon ces trois montages. En type 2, la survie à 5 ans était de 86,9 %, contre 91,9 % en type 1, écart lié surtout à l’âge et aux maladies cardiovasculaires.

La fonction du greffon pancréatique est plus fragile que la survie de la personne. Pour les greffes américaines de 2023, la perte de greffon à un an atteignait 16,7 % après un pancréas suivant un rein, 8,3 % après un pancréas isolé et 9,4 % après une greffe combinée. Un greffon est considéré comme perdu s’il est retiré, si le receveur est réinscrit, s’il décède, ou s’il reprend une insuline d’au moins 0,5 unité/kg/jour pendant 90 jours. Cette définition, en vigueur depuis 2020, rend les chiffres plus lisibles qu’auparavant.

Un pancréas qui fonctionne protège le rein greffé. L’OPTN/SRTR observe, en greffe combinée, un échec rénal censuré pour décès de 1,9 %, 8,5 % et 15,9 % à 1, 5 et 10 ans. Le consensus de Boggi et coll. (2021) conclut que la greffe combinée et la greffe isolée peuvent améliorer la survie à long terme, que tous les types de greffe améliorent nettement la qualité de vie, et que l’évolution des complications chroniques du diabète dépend de leur gravité au moment de l’opération. Ces délibérations n’avaient pas le grade d’évidence le plus élevé. Elles restent le cadre international le plus structuré à ce jour.

Greffe d’îlots, une autre option

La greffe d’îlots de Langerhans injecte seulement les cellules productrices d’insuline, en général dans la veine porte vers le foie, sans ouvrir l’abdomen pour implanter l’organe entier. Elle vise surtout à supprimer les hypoglycémies graves. L’indépendance à l’insuline est moins constante qu’après une greffe d’organe.

Mayo Clinic décrit le prélèvement des îlots sur un pancréas de donneur décédé, puis une ou plusieurs injections. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration a autorisé en 2023 le donislecel-jujn pour des adultes atteints de diabète de type 1 qui n’atteignent pas leur objectif d’HbA1c à cause d’hypoglycémies graves répétées malgré un traitement intensif. Dans une grande partie du monde, rappelle l’ADA, la greffe d’îlots reste réglementée comme une greffe d’organe, et non comme un médicament cellulaire.

L’organe entier offre plus souvent une indépendance à l’insuline chez une personne opérable. Les îlots exposent à moins de complications chirurgicales, au prix d’un résultat parfois partiel et de plusieurs donneurs. Dans les deux cas, une immunosuppression à vie reste nécessaire. Les Standards of Care 2025 demandent de peser le risque opératoire, le besoin métabolique et le choix de la personne. En France, l’accès relève du centre et des autorités sanitaires. La question utile est de savoir si le diabète reste dangereux malgré pompe et capteur, et quelle voie (organe, îlots ou optimisation du traitement) est la moins risquée dans votre cas.

Signes d’alerte après la greffe

Toute fièvre à 38 °C ou plus, toute douleur au site, toute glycémie qui remonte ou toute chute du volume d’urine doit faire prévenir l’équipe de greffe le jour même. Ces signes peuvent annoncer un rejet, une thrombose, une fuite ou une infection. Ils ne s’expliquent pas par la simple fatigue de la convalescence.

Cleveland Clinic demande aussi d’agir vite en cas de frissons, de vertiges, de nausées, de vomissements, de gonflement ou de prise de poids soudaine. La Mayo Clinic y ajoute une sensibilité excessive au niveau du greffon. NHS Blood and Transplant insiste sur les infections, fréquentes après l’opération parce que les anti-rejet diminuent les défenses.

Un essoufflement brutal, une douleur thoracique, un malaise ou une hémorragie abondante relèvent de l’urgence vitale. En France, vous appelez le 15 (SAMU) ou le 112 et vous précisez que vous êtes transplanté. Le tableau ci-dessous résume la conduite, sans remplacer les consignes de votre centre.

Signe Conduite
Fièvre à 38 °C ou plus, frissons, courbatures Appeler l’astreinte de transplantation le jour même
Douleur ou sensibilité au site, vomissements Contacter le centre de greffe sans attendre
Glycémie qui remonte, urines moins abondantes Signaler ces chiffres à l’équipe le jour même
Gonflement, prise de poids soudaine, vertiges Informer le service de transplantation rapidement
Douleur thoracique, essoufflement brutal, malaise Appeler le 15 ou le 112

Ne prenez pas un anti-inflammatoire, un antibiotique restant d’une ancienne ordonnance ou un produit à base de plantes sans l’aval de l’équipe. Un médicament anodin pour un autre patient peut bloquer le tacrolimus ou masquer une fièvre. Gardez les numéros de l’astreinte de greffe à côté du 15. Le réflexe utile, les premiers mois, est d’appeler trop tôt plutôt que trop tard.

Questions fréquentes

Peut-on arrêter l’insuline après une greffe de pancréas ?

Oui, si le greffon fonctionne, la plupart des receveurs n’ont plus besoin d’injections d’insuline. Cleveland Clinic et la Mayo Clinic décrivent cet arrêt comme l’objectif habituel d’une greffe d’organe entier réussie. Une thrombose, un rejet ou une reprise d’auto-immunité peuvent ramener l’insuline. Les anti-rejet, eux, se poursuivent.

La greffe est-elle possible en cas de diabète de type 2 ?

Parfois, chez des personnes sélectionnées qui produisent peu d’insuline et résistent peu à cette hormone, surtout s’il existe une insuffisance rénale. La Mayo Clinic situe autour de 20 % la part des greffes américaines réalisées dans ce cadre. L’OPTN/SRTR 2024 place le diabète de type 2 à 25,7 % des candidats adultes. Le centre de greffe tranchera selon votre bilan.

Combien de temps dure l’intervention ?

Souvent 4 à 6 heures, davantage s’il faut greffer aussi un rein. Cleveland Clinic retient 3 à 5 heures pour un pancréas isolé et 4 à 7 heures pour une greffe combinée. La durée exacte dépend de l’anatomie et du montage choisi.

Le pancréas d’origine est-il retiré ?

Non, dans la grande majorité des cas. Mayo Clinic, Cleveland Clinic et MedlinePlus indiquent qu’il reste en place pour continuer à sécréter les enzymes digestives. Le retirer allongerait l’opération sans bénéfice net, sauf s’il cause des complications propres.

Que se passe-t-il si le greffon s’arrête de fonctionner ?

L’insuline reprend, et l’équipe discute parfois d’une seconde greffe si l’état de santé le permet. La Mayo Clinic le présente comme une option, pas comme un droit automatique. S’il reste un rein greffé, l’immunosuppression continue.

Peut-on avoir un enfant après la greffe ?

Cleveland Clinic indique que beaucoup de receveurs peuvent avoir un enfant biologique, en conseillant d’attendre au moins un an et d’adapter les médicaments avant une grossesse. Cette décision se prépare avec l’équipe de greffe, car certains immunosuppresseurs sont déconseillés pendant une grossesse.

Dame étant malade dans les toilettes

Conclusion

La greffe de pancréas n’est pas une étape du parcours diabète ordinaire. C’est une chirurgie lourde, rare, réservée par les Standards of Care 2025 de l’ADA aux personnes déjà en greffe rénale ou menacées par des hypoglycémies graves et des acidocétoses malgré un traitement intensif. Les registres américains de 2024 montrent une activité en recul, une part croissante de diabète de type 2 sélectionné, et une survie à cinq ans proche de 90 %, au prix d’une immunosuppression à vie et d’un risque réel de thrombose ou de rejet.

Si votre glycémie échappe encore aux pompes et aux capteurs, ou si la fonction rénale décline, le prochain geste utile est une consultation d’endocrinologie dédiée à cette question, avec le carnet d’hypoglycémies, la dernière HbA1c, le débit de filtration et la liste des hospitalisations. Demandez si un centre de transplantation, pour un organe entier ou pour des îlots, a un intérêt dans votre cas, et quels examens cardiaques seraient nécessaires avant d’y aller.

Gardez ensuite un seuil d’alerte bas. Une fièvre à 38 °C, une douleur au site ou une glycémie qui remonte après une greffe se signalent le jour même à l’équipe. Un malaise brutal, une douleur thoracique ou un essoufflement soudain se traitent en appelant le 15 ou le 112. Ces réflexes, plus qu’un espoir d’indépendance à l’insuline, protègent le greffon et la personne qui le porte.

Sources

  1. American Diabetes Association Professional Practice Committee : 9. Pharmacologic Approaches to Glycemic Treatment: Standards of Care in Diabetes—2025. Diabetes Care, janvier 2025.
  2. Kandaswamy R, Stock PG, Miller JM et al. : OPTN/SRTR 2024 Annual Data Report: Pancreas. Scientific Registry of Transplant Recipients, 2026.
  3. Pancreas transplant. Mayo Clinic, 10 octobre 2025.
  4. Pancreas Transplant: Benefits, Risks & Considerations. Cleveland Clinic, 14 septembre 2026.
  5. Hertl M : Pancreas Transplantation. Merck Manual Professional Edition, mars 2025.
  6. Pancreas transplant. MedlinePlus Medical Encyclopedia, 9 juillet 2025.
  7. How long is the wait for a pancreas?. NHS Blood and Transplant, mis à jour en 2026.
  8. Recovery at the transplant centre. NHS Blood and Transplant, mis à jour en 2026.
  9. Boggi U, Vistoli F, Andres A et al. : First World Consensus Conference on pancreas transplantation: Part II – recommendations. American Journal of Transplantation, 29 juillet 2021.
  10. Perez Daga JA, Perez Rodriguez R, Santoyo J : Immediate post-operative complications (I): Post-operative bleeding; vascular origin: Thrombosis pancreatitis. World Journal of Transplantation, 28 décembre 2020.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.