Hépatite C : risques de cancer du foie et d’autres cancers

Hépatite C : risques de cancer du foie et d'autres cancers

L’infection chronique par le virus de l’hépatite C (VHC) augmente nettement le risque de carcinome hépatocellulaire (CHC), surtout lorsqu’une cirrhose s’est déjà formée. Le même virus est aussi associé, avec un niveau de preuve plus inégal, à certains cancers hors du foie, en premier lieu les lymphomes B non hodgkiniens.

Beaucoup de lecteurs redoutent un doublement de « tous les cancers ». Les synthèses plus récentes dessinent un tableau plus étroit. Une méta-analyse de 2021 sur les tumeurs urologiques n’a pas confirmé le lien avec le cancer de la prostate, souvent avancé dans des présentations de congrès, alors que le cancer du rein reste modestement associé au virus.

Chez une personne déjà cirrhotique, les CDC situent le risque annuel de CHC entre 1 % et 4 %. Un traitement oral de 8 à 12 semaines guérit plus de 95 % des infections. L’échographie du foie tous les six mois reste toutefois indiquée tant que la cirrhose est présente, y compris après disparition du virus.

Comment l’hépatite C favorise le cancer du foie

Le VHC entretient une inflammation du foie qui, sur des années, peut aboutir à une fibrose puis à une cirrhose, terrain sur lequel naît la plupart des CHC. Les CDC estiment qu’environ 5 % à 25 % des personnes infectées de façon chronique développent une cirrhose en 10 à 20 ans, et que le risque annuel de CHC une fois la cirrhose installée se situe entre 1 % et 4 %.

Les recommandations 2023 de l’American Association for the Study of Liver Diseases (AASLD) rappellent que la cirrhose, quelle qu’en soit la cause, est le facteur le plus fort. Elle est présente chez plus de 80 % des personnes atteintes de CHC, et le risque annuel autour de 2 % concerne l’ensemble des cirrhoses, pas seulement celles liées au VHC. Le CHC représente 75 % à 86 % des cancers primitifs du foie. Les hommes sont plus souvent touchés que les femmes.

L’alcool, le tabac, le diabète et l’excès de poids s’ajoutent au virus plutôt qu’ils ne le remplacent. L’AASLD indique qu’une consommation d’alcool associée à une autre maladie du foie peut multiplier le risque jusqu’à cinq fois. Le tabagisme l’augmente de 20 % à 86 %, avec un retour proche du niveau de base après environ 30 ans d’arrêt. Ces cofacteurs expliquent pourquoi deux personnes infectées depuis le même nombre d’années n’ont pas le même destin hépatique.

Moins de la moitié des infections aiguës disparaissent sans traitement. Pour les autres, le virus reste dans le sang et le foie. Pendant longtemps, rien ne se voit. La Mayo Clinic décrit une phase chronique souvent muette, jusqu’à ce que la cicatrisation du foie soit assez avancée pour donner un ictère, une ascite, des ecchymoses faciles ou une confusion. Attendre ces signes pour chercher le virus, c’est arriver tard.

Il n’existe toujours pas de vaccin contre le VHC, ce que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les CDC soulignent de la même façon. La prévention du cancer du foie passe donc par le dépistage, le traitement antiviral et le contrôle des autres toxiques du foie, pas par une injection préventive.

Hépatite C - Risques accrus de cancer du foie et d'autres cancers

Quels autres cancers sont liés au virus

Hors du foie, le lien le plus solide concerne les lymphomes B non hodgkiniens. Une méta-analyse de Masarone et Persico, publiée en 2019 dans Liver International, a regroupé 27 études et obtenu un odds ratio de 3,36 (intervalle de confiance à 95 %, 2,40–4,72). Les mêmes auteurs ont trouvé un odds ratio de 3,95 pour le cholangiocarcinome intra-hépatique et de 1,60 pour l’adénocarcinome du pancréas, sur un nombre plus limité d’études.

Le cancer du rein apparaît dans une autre synthèse. Ma et ses collègues ont analysé, en 2021 dans Scientific Reports, onze études et calculé un risque relatif de 1,28 (1,05–1,55). L’association était plus nette dans les cohortes d’Amérique du Nord. Pour la prostate, le risque relatif regroupé était de 0,75 et n’atteignait pas le seuil de significativité. Pour la vessie, il était de 0,92, sans lien démontré. Ces chiffres corrigent l’idée d’une hausse globale de « tous les cancers urologiques ».

Parmi les atteintes extra-hépatiques de l’infection chronique, les pages cliniques des CDC rangent le lymphome non hodgkinien aux côtés du diabète, de la glomérulonéphrite, de la cryoglobulinémie mixte essentielle et de la porphyrie cutanée tardive. Ce n’est pas une liste de tumeurs. C’est un rappel que le virus infecte aussi des lymphocytes et peut dérégler l’immunité.

Le tableau ci-dessous résume le niveau de preuve, tel qu’il ressort des documents cités, sans en faire une moyenne.

Localisation Nature du lien Ordre de grandeur
Carcinome hépatocellulaire Fort, lignes directrices 1 % à 4 % par an si cirrhose (CDC)
Lymphome B non hodgkinien Méta-analyse concordante Odds ratio 3,36 (Masarone, 2019)
Cholangiocarcinome intra-hépatique Méta-analyse Odds ratio 3,95 (Masarone, 2019)
Adénocarcinome du pancréas Méta-analyse limitée Odds ratio 1,60 (Masarone, 2019)
Cancer du rein Méta-analyse hétérogène Risque relatif 1,28 (Ma, 2021)
Cancer de la prostate Non confirmé Risque relatif 0,75, non significatif (Ma, 2021)
Vessie Pas d’association Risque relatif 0,92 (Ma, 2021)

Une hausse statistique n’est pas un diagnostic. Elle ne justifie pas, à elle seule, un scanner « corps entier » chez toute personne porteuse d’anticorps anti-VHC. Elle justifie de traiter l’infection, de connaître l’état du foie, et de ne pas négliger un ganglion persistant, une hématurie ou un ictère inexpliqué.

Le traitement antiviral réduit-il le risque de cancer

Oui, l’éradication du virus abaisse le risque de CHC, sans l’annuler si une cirrhose est déjà là. Les CDC recommandent un traitement par antiviraux à action directe (AAD) pour presque toutes les personnes dont l’ARN viral est détectable, hors grossesse et enfants de moins de 3 ans. Une cure orale de 8 à 12 semaines aboutit à une guérison virologique chez plus de 95 % des personnes traitées, quel que soit le génotype. L’OMS, de son côté, parle souvent de 12 à 24 semaines selon la présence d’une cirrhose, et étend la recommandation aux enfants à partir de 3 ans.

On parle de réponse virologique soutenue (RVS) lorsque l’ARN n’est plus détectable 12 semaines après la fin du traitement. Ce seuil, retenu par MedlinePlus et les textes cliniques américains, sert de définition pratique de la guérison. Les anticorps anti-VHC, eux, restent en général positifs à vie. Ils ne disent plus si le virus circule.

Dans une cohorte américaine de 16 902 personnes cirrhotiques guéries par AAD, publiée en 2024 dans JAMA Network Open, l’incidence cumulée de CHC est passée de 2,4 % la première année à 1,0 % la septième. Le risque baisse donc avec le temps, mais il ne rejoint pas celui d’un foie jamais cirrhotique. L’AASLD en tire une règle claire. Après RVS, la surveillance du CHC doit se poursuivre de façon indéfinie en cas de cirrhose, car le surrisque persiste jusqu’à dix ans au moins dans les données disponibles.

Pour les lymphomes B, la même méta-analyse de 2019 a lié la RVS à une bien meilleure survie sans progression (odds ratio 9,34). Le document de position de l’European Association for the Study of the Liver (EASL) de 2024 ajoute qu’une RVS peut induire une rémission durable dans certains lymphomes indolents, surtout de la zone marginale, alors qu’un lymphome agressif continue de relever d’une chimiothérapie, parfois combinée aux AAD.

Avant de commencer les AAD, les CDC demandent de chercher une co-infection par le virus de l’hépatite B (antigène HBs, anticorps anti-HBs et anti-HBc). Une réactivation du VHB a été observée chez des personnes co-infectées sous AAD. Le médecin surveille alors les personnes dont l’antigène HBs, ou un anti-HBc isolé, est positif. C’est une précaution de sécurité, pas un argument pour retarder le traitement du VHC.

Qui devrait se faire dépister

Les CDC recommandent un dépistage au moins une fois chez tous les adultes de 18 ans et plus, et à chaque grossesse, sauf dans les lieux où la prévalence de l’ARN viral est inférieure à 0,1 %. Cette consigne, formalisée dans les recommandations de 2020 et rappelée sur les pages cliniques de 2025, a remplacé un ciblage limité aux seules personnes « à risque » ou nées entre 1945 et 1965. Environ une personne sur trois ignore encore qu’elle est infectée, et 75 % à 85 % n’ont pas de symptômes.

Le schéma de test est en deux temps. Un anticorps anti-VHC positif signifie un contact passé ou actuel. Seul un test d’acide nucléique (ARN) distingue une infection en cours. Les CDC demandent de prélever le nécessaire en une seule visite et de lancer automatiquement l’ARN si l’anticorps est réactif, afin d’éviter les dossiers restés « incomplets ». Après une exposition datant de moins de six mois, l’ARN peut être demandé d’emblée, les anticorps n’étant pas encore apparus.

Un test unique ne suffit pas si le risque continue. Les CDC prévoient des contrôles périodiques chez les personnes qui s’injectent encore des drogues et partagent du matériel, et chez celles qui sont en hémodialyse. Toute personne qui demande le test doit l’obtenir, même si elle ne raconte pas un facteur de risque. Beaucoup hésitent à le faire.

D’après les estimations citées par les CDC pour 2017-2020, plus de 2,4 millions de personnes, et jusqu’à 4 millions, vivaient avec le VHC aux États-Unis. L’OMS, pour 2024, parle d’environ 47 millions d’infections chroniques dans le monde et d’environ 239 000 décès, surtout par cirrhose et CHC. Ces ordres de grandeur expliquent pourquoi un dépistage large n’est plus réservé à quelques groupes.

La pratique française n’est pas dictée par les CDC. Le médecin traitant ou le service de maladies infectieuses applique la recommandation locale, souvent plus large aujourd’hui qu’un simple ciblage des usagers de drogues. Si vous n’avez jamais été testé, une sérologie VHC, éventuellement couplée aux sérologies VHB et VIH, est une question utile à poser.

Après la guérison, quel suivi du foie

La RVS ne clôt pas le dossier chez tout le monde. Le document de position EASL de 2024 et les recommandations AASLD de 2023 séparent nettement deux situations. Sans fibrose avancée et sans autre maladie du foie, le risque de CHC devient très bas et un suivi spécialisé n’est plus nécessaire. Avec une cirrhose, ou une maladie chronique avancée compensée, l’échographie tous les six mois reste la règle.

Des seuils concrets figurent dans le texte EASL de 2024 avant de sortir quelqu’un des soins spécialisés. Une élasticité hépatique inférieure à 8 kPa, ou un score FIB-4 inférieur à 1,45, autorise en général un retour chez le médecin traitant, après une échographie de contrôle et des conseils sur l’alcool et le poids. Entre 8 et 10 kPa, ou lorsque le FIB-4 est intermédiaire, un suivi annuel par tests non invasifs se discute si une stéatose métabolique ou une consommation d’alcool nocive coexiste. Les seuils mesurés avant traitement ne se recopient pas tels quels après RVS, car l’inflammation baisse plus vite que la fibrose.

Une échographie du foie associée au dosage de l’alpha-fœtoprotéine (AFP) tous les six mois est recommandée par l’AASLD chez les personnes à risque, y compris après RVS en cas de cirrhose. L’échographie seule détecte un CHC de stade précoce avec une sensibilité d’environ 53 % dans une méta-analyse reprise par l’AASLD. L’ajout de l’AFP fait monter cette sensibilité à environ 63 %. Un intervalle de trois mois n’a pas fait mieux que six mois dans un essai multicentrique. Sans cirrhose après RVS, la surveillance n’est pas jugée justifiée sur le plan du coût.

Rester à jour de ces examens n’est pas un formalisme. Dans la cohorte des anciens combattants américains déjà citée, chaque tranche de 10 % de temps passé « à jour » du dépistage du CHC dans les quatre ans avant le diagnostic s’associait à une baisse de 3,2 % du risque de décès, à plus de diagnostics au stade précoce et à plus de traitements à visée curative. L’incidence annuelle baissait avec les années, mais le bénéfice du suivi restait visible jusqu’à cinq ans après la RVS.

Situation après RVS Conduite habituelle (AASLD / EASL)
Fibrose minime, pas d’autre maladie du foie Retour au suivi de ville, pas d’échographie semestrielle
Fibrose incertaine plus alcool ou stéatose Contrôle annuel par tests non invasifs
Cirrhose ou maladie avancée compensée Échographie ± AFP tous les 6 mois, sans date d’arrêt connue
Cirrhose décompensée, hors soins palliatifs Suivi spécialisé et discussion de transplantation si besoin
Comportement à risque de réinfection Contrôle de l’ARN, pas des seuls anticorps

Les anticorps ne servent plus au suivi. Seul l’ARN dit si le virus est revenu. L’EASL insiste sur ce point chez les personnes qui s’injectent encore des drogues ou qui ont des rapports sexuels à risque d’exposition au sang.

Lymphome, cryoglobulinémie et atteintes hors du foie

Le VHC n’est pas un virus strictement hépatique. Il peut infecter des lymphocytes B et entretenir une stimulation chronique de ces cellules. L’EASL retient trois familles d’atteintes extra-hépatiques mieux étayées que les autres, à savoir la cryoglobulinémie, les lymphomes non hodgkiniens et les troubles métaboliques.

La vascularite cryoglobulinémique se manifeste souvent par le trio purpura, faiblesse et douleurs articulaires. Les reins et les nerfs peuvent être atteints. Chez les personnes qui ont déjà cette vascularite, l’EASL rapporte une atteinte rénale dans 18 % à 40 % des cas, avec un pronostic plus sombre. Le risque de lymphome non hodgkinien y serait environ 35 fois plus élevé que dans la population générale. Ces chiffres ne s’appliquent pas à toute infection par le VHC. Ils concernent le sous-groupe déjà marqué par une cryoglobulinémie mixte.

Traiter le virus est recommandé chez toutes les personnes qui ont un lymphome non hodgkinien associé au VHC. Si une immuno-chimiothérapie est indiquée, les AAD peuvent être donnés pendant ou après. Dans certains lymphomes indolents, la RVS seule a été suivie d’une régression durable. Un lymphome agressif, notamment un lymphome B diffus à grandes cellules, ne se « soigne » pas par les seuls antiviraux.

Après RVS, la clinique et le laboratoire peuvent diverger. Les symptômes de vascularite régressent souvent, alors que le facteur rhumatoïde ou les cryoglobulines restent détectables. L’EASL propose alors un contrôle annuel des cryoglobulines, du facteur rhumatoïde et du complément, surtout s’il existe une cirrhose résiduelle ou un facteur rhumatoïde encore élevé. Une baisse inexpliquée du débit de filtration glomérulaire justifie une bandelette urinaire, un rapport albumine/créatinine et un avis de néphrologie.

Ces atteintes expliquent une partie de la mortalité qui n’est pas « un cancer du foie ». Elles n’autorisent pas pour autant un dépistage tumoral extra-hépatique de routine chez chaque personne guérie. Le geste utile reste de signaler un purpura, des œdèmes, une protéinurie ou un ganglion qui dure, et de demander si la cryoglobulinémie a été cherchée au moment du diagnostic.

Signes d’alerte et moment de consulter

La maladie reste longtemps silencieuse. Quand des signes apparaissent, ils traduisent souvent déjà une cirrhose ou un CHC. Pour l’infection chronique avancée, la Mayo Clinic décrit des saignements et des bleus faciles, une fatigue, une perte d’appétit, un ictère, des urines foncées, un prurit, une ascite, des œdèmes des jambes, un amaigrissement, une confusion et des angiomes stellaires. Pour le CHC lui-même, les signes précoces manquent. Un nodule vu à l’échographie de surveillance, ou une AFP inattendue, précède souvent les symptômes.

Un ictère d’apparition récente, un ventre qui gonfle, un amaigrissement sans régime ou une douleur persistante de l’hypochondre droit justifient une consultation rapide, même si vous vous savez « guéri » du virus. Ces signes ne prouvent pas un cancer. Ils imposent de revoir le foie.

Certains tableaux ne doivent pas attendre le lendemain.

  • Un vomissement de sang ou des selles noires et goudronneuses peuvent traduire une rupture de varices œsophagiennes.
  • Une confusion soudaine, une somnolence ou des propos incohérents évoquent une encéphalopathie hépatique.
  • Un ventre tendu avec gêne respiratoire peut correspondre à une ascite compressive ou à une infection du liquide.
  • Une fièvre avec frissons chez une personne cirrhotique justifie un avis urgent, car les infections y sont plus graves.
  • Une douleur abdominale brutale avec pâleur ou malaise n’est pas un « mauvais moment » à passer chez soi.

Dans ces situations, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Le standard européen aboutit aux mêmes filières d’urgence. Pour une fatigue isolée, un bilan hépatique un peu perturbé ou la simple question d’un dépistage, le médecin traitant suffit.

Tableau Interlocuteur
Aucun symptôme, jamais testé pour le VHC Médecin traitant, sérologie puis ARN si besoin
Fatigue, tests hépatiques anormaux, facteur de risque ancien Consultation programmée, élastométrie si infection confirmée
Ictère, ascite, amaigrissement, douleur haute persistante Avis rapide, imagerie du foie
Sang dans les vomissements, selles noires, confusion, détresse 15 ou 112

N’attendez pas qu’un CHC « se sente ». Chez les personnes déjà cirrhotiques, le suivi semestriel existe précisément parce que la tumeur reste muette au début.

Comment limiter le risque après une hépatite C

Le levier le plus net reste d’obtenir une RVS si l’ARN est encore positif. Les CDC le formulent sans ambiguïté, en demandant de traiter presque tout le monde, sans attendre une éventuelle clairance spontanée une fois l’infection chronique établie. Le médecin évalue aussi le foie (biologie, élastométrie, parfois imagerie) avant et après le traitement, car c’est le stade de fibrose, plus que le seul virus, qui décide du suivi ultérieur.

Deux vaccins comptent, alors que celui contre le VHC n’existe pas. Les CDC recommandent de vacciner contre les hépatites A et B les personnes qui n’y sont pas immunisées. Une co-infection VHB aggrave le pronostic hépatique, et une réactivation sous AAD est possible. Demander si ces vaccins ont été faits, ou si une sérologie VHB complète a été prélevée, est une question courte et utile.

L’alcool, le tabac et l’excès de poids restent des cofacteurs après la RVS. L’AASLD les décrit comme additifs, parfois synergiques. Réduire l’alcool n’est pas un conseil moral. C’est le levier qui, dans les cohortes, pèse le plus à côté du virus. Un arrêt du tabac abaisse aussi le risque de CHC, même si le bénéfice se mesure sur des décennies. Le médecin pourra adapter le conseil au poids, au diabète et à une éventuelle stéatose.

Quelques gestes limitent la transmission et la réinfection, tant que l’ARN est positif et ensuite si le risque d’exposition reprend.

  • Ne pas partager les aiguilles, les seringues ni le matériel de préparation des injections.
  • Ne pas prêter rasoir ou brosse à dents, qui peuvent porter du sang invisible.
  • Choisir un salon de tatouage qui utilise du matériel stérile à usage unique.
  • Éviter de donner du sang, des tissus ou du sperme tant que le médecin ne l’autorise pas.
  • Protéger les rapports lorsqu’il existe un risque d’exposition au sang.

Le message n’est pas d’éviter tout contact habituel. Selon l’encyclopédie MedlinePlus, le VHC ne se transmet pas par une poignée de main, un verre partagé ou un baiser. Il se transmet par le sang.

Questions fréquentes

L’hépatite C donne-t-elle forcément un cancer du foie ?

Non. Une minorité des infections chroniques évolue vers une cirrhose, et seule une fraction de ces cirrhoses donne un CHC chaque année. Les CDC retiennent 5 % à 25 % de cirrhoses en 10 à 20 ans, puis 1 % à 4 % de risque annuel de CHC une fois la cirrhose là. Traiter le virus avant ce stade abaisse nettement ce parcours, sans le rendre impossible s’il existe déjà une fibrose avancée.

Faut-il encore surveiller le foie après la disparition du virus ?

Oui s’il y avait une cirrhose ou une maladie avancée du foie. L’AASLD demande de poursuivre l’échographie, avec l’AFP, tous les six mois, sans date d’arrêt connue. Sans fibrose avancée et sans autre maladie du foie, l’EASL autorise en général un retour au suivi de ville. Le critère utile à demander au médecin est le stade de fibrose mesuré avant traitement, pas seulement le résultat « virus négatif ».

Le virus peut-il causer un lymphome ?

Oui, surtout un lymphome B non hodgkinien. La méta-analyse de 2019 situe le surcroît de risque autour d’un odds ratio de 3,36. Le risque est plus élevé encore en cas de cryoglobulinémie mixte. Traiter le VHC fait partie de la prise en charge de ces lymphomes. Un lymphome agressif continue toutefois de relever d’une chimiothérapie.

Un test est-il utile si je n’ai aucun symptôme ?

Oui. Les CDC rappellent que la plupart des infections n’ont pas de symptômes et qu’environ une personne sur trois ignore son statut. Un anticorps suivi, s’il est positif, d’un ARN suffit à trancher. Aux États-Unis, le dépistage est proposé à tous les adultes au moins une fois. En France, votre médecin applique la consigne locale, souvent plus large qu’un ciblage des seuls usagers de drogues.

Les comprimés antiviraux font-ils disparaître le risque de cancer ?

Ils le réduisent beaucoup, ils ne l’effacent pas si le foie est déjà cirrhotique. Dans la cohorte de 2024 déjà citée, l’incidence de CHC après RVS baissait d’année en année, mais restait de l’ordre de 1 % la septième année chez des personnes cirrhotiques. C’est pourquoi l’échographie semestrielle survit à la guérison virologique dans ce groupe.

Peut-on attraper à nouveau l’hépatite C après un traitement réussi ?

Oui. La RVS ne protège pas contre une nouvelle exposition. Les anticorps restent positifs et ne servent plus de signal d’alarme. En cas de nouveau risque (partage de matériel d’injection, accident exposant au sang), seul un test d’ARN dit si le virus est revenu. L’EASL prévoit ce contrôle chez les personnes encore exposées.

Conclusion

Le VHC reste un carcinogène du foie, et un facteur reconnu de certains lymphomes B. Le reste du spectre tumoral est plus étroit que les formules anciennes le laissaient croire. Prostate et vessie n’ont pas de lien démontré dans la synthèse urologique de 2021. Rein, pancréas et cholangiocarcinome intra-hépatique restent des associations à connaître, pas des indications à multiplier les scanners sans motif clinique.

Le changement le plus utile des dernières années n’est pas un nouveau marqueur miracle. C’est la combinaison d’un traitement court qui guérit plus de 95 % des infections et d’un suivi du foie calé sur la fibrose, pas sur le seul souvenir du virus. Les documents AASLD de 2023 et EASL de 2024 disent la même chose avec des mots différents. Guérir le virus et surveiller une cirrhose sont deux gestes distincts.

Si vous n’avez jamais été testé, demandez une sérologie VHC à votre médecin traitant, puis un ARN si l’anticorps est positif. Si vous avez déjà été traité, repartez du compte rendu d’élastométrie ou de biopsie et demandez clairement si une échographie tous les six mois vous concerne encore. En cas de vomissements de sang, de selles noires ou de confusion, composez le 15 ou le 112.

Sources

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  2. Clinical Overview of Hepatitis C. Centers for Disease Control and Prevention, 29 août 2025.
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  4. Clinical Care of Hepatitis C. Centers for Disease Control and Prevention, 31 janvier 2025.
  5. Hepatitis C – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 22 août 2025.
  6. Singal AG, Llovet JM et al. : AASLD Practice Guidance on prevention, diagnosis, and treatment of hepatocellular carcinoma. Hepatology, 1 décembre 2023.
  7. Reiberger T, Lens S et al. : EASL position paper on clinical follow-up after HCV cure. Journal of Hepatology, août 2024.
  8. Masarone M, Persico M : Hepatitis C virus infection and non-hepatocellular malignancies in the DAA era: A systematic review and meta-analysis. Liver International, juillet 2019.
  9. Ma Y, Huang Z et al. : The association between hepatitis C virus infection and renal cell cancer, prostate cancer, and bladder cancer: a systematic review and meta-analysis. Scientific Reports, 25 mai 2021.
  10. Mezzacappa C, Kim NJ et al. : Screening for Hepatocellular Carcinoma and Survival in Patients With Cirrhosis After Hepatitis C Virus Cure. JAMA Network Open, 10 juillet 2024.
  11. Hepatitis C: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 21 avril 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.