Hepatosplenomegalie : causes, symptômes et diagnostic

Hepatosplenomegalie : causes, symptômes et diagnostic

L’hépatosplénomégalie désigne l’agrandissement simultané du foie et de la rate. Ce n’est pas une maladie à part entière, mais un signe que le médecin rattache à une cause, souvent une maladie du foie, une infection, un cancer du sang ou, plus rarement, une maladie de surcharge.

Beaucoup de personnes l’apprennent lors d’un examen du ventre ou d’une échographie faite pour une autre raison. Chez l’adulte, une rate de taille habituelle n’est en général pas palpable ; lorsqu’elle l’est, l’imagerie reste utile, car la palpation manque, sous-estime ou surestime parfois le volume.

Aux États-Unis, les causes les plus fréquentes d’une rate trop grosse sont les maladies du foie, les cancers et les infections. Une rate normale mesure jusqu’à environ 12 cm et pèse autour de 70 g ; au-delà, le risque de rupture après un choc augmente, et une douleur sous les côtes gauches qui irradie vers l’épaule, surtout si elle s’aggrave à l’inspiration, justifie une consultation rapide.

Ce que signifie un foie et une rate trop gros

L’hépatosplénomégalie, d’après MedlinePlus (mis à jour en 2025), correspond au gonflement conjoint du foie (hépatomégalie) et de la rate (splénomégalie). Chaque organe peut aussi s’agrandir seul ; le terme combiné n’est employé que lorsque les deux le sont. Le foie, sous le rebord costal droit, filtre le sang digestif, produit des protéines de coagulation et métabolise de nombreux médicaments. La rate, sous les côtes gauches, retire les globules usés, stocke des plaquettes et participe à la défense contre certaines bactéries.

Ces deux organes communiquent par le système porte. Le sang digestif traverse d’abord le foie ; la rate se draine vers la veine porte. Quand la pression monte dans ce réseau, le sang stagne dans la rate, qui se dilate. Une infiltration (cellules cancéreuses, dépôts) ou une hyperactivité immunitaire peut aussi augmenter le volume, sans qu’un organe « écrase » mécaniquement l’autre.

La taille varie avec l’âge, le sexe et la corpulence. La Cleveland Clinic (2022) décrit une rate saine comme un organe de la taille d’un poing, jusqu’à 12 cm de long et d’environ 70 g ; une rate hypertrophiée peut atteindre 20 cm et peser plus de 1 000 g. Le Merck Manual (décembre 2024) rappelle que jusqu’à 3 % des personnes minces et en bonne santé ont une rate palpable, et qu’une masse de l’hypochondre gauche peut aussi être un lobe hépatique gauche, un rein ou une surrénale.

L’examen clinique oriente, il ne clôt pas le dossier. La palpation détecte une splénomégalie documentée à l’échographie dans 60 à 70 % des cas selon le même manuel ; la percussion est un peu plus sensible (60 à 80 %). Une revue de American Family Physician (2021) retient une sensibilité de palpation d’environ 58 % et indique que jusqu’à 16 % des rates palpées se révèlent de taille normale à l’imagerie. La règle pratique consiste donc à confirmer le volume par une échographie avant de parler d’hépatosplénomégalie.

Illustration 3D de l'hépatosplénomégalie mettant en évidence les organes affectés.

Pourquoi le foie et la rate gonflent-ils ensemble ?

Les mécanismes se regroupent en quelques familles. La congestion, l’infiltration, l’hyperplasie liée à une infection ou à une hémolyse, et le stockage de substances non dégradées expliquent la plupart des tableaux. Le Merck Manual (2024) insiste sur un point de méthode. La splénomégalie est presque toujours secondaire. Traiter « la rate trop grosse » sans chercher la cause laisse filer la maladie qui l’entretient.

Chez l’adulte des climats tempérés, les causes les plus souvent citées sont la cirrhose avec hypertension portale, les anémies hémolytiques, les infections (hépatites, mononucléose), les maladies infiltratives (stéatose associée à une dysfonction métabolique, sarcoïdose, amylose, hémochromatose, maladie de Gaucher), les lymphomes et les néoplasmes myéloprolifératifs. En zone tropicale, paludisme, leishmaniose viscérale et schistosomiase dominent. Une synthèse américaine de 2021 estime que, dans les régions d’endémie, jusqu’à 80 % des habitants peuvent avoir une rate agrandie.

La Mayo Clinic (2023) cite, pour la rate, la mononucléose, la syphilis, l’endocardite, le paludisme, la cirrhose, les anémies hémolytiques, les leucémies et lymphomes, les maladies de Gaucher et de Niemann-Pick, un caillot de la veine porte ou splénique, le lupus et la sarcoïdose. La syphilis est bactérienne, non virale. L’amylose et la sarcoïdose sont infiltratives ou inflammatoires, pas des cancers.

Du côté du foie, la page Mayo sur l’hépatomégalie (20 septembre 2025) ajoute les hépatites A, B et C, la cirrhose, la stéatose autrefois appelée NAFLD et désormais MASLD (metabolic dysfunction-associated steatotic liver disease), les kystes, les tumeurs, le syndrome de Budd-Chiari, l’insuffisance cardiaque et la péricardite. Le surdosage de paracétamol (acetaminophen aux États-Unis) y est présenté comme la cause la plus fréquente d’insuffisance hépatique aiguë aux États-Unis. En France, le médecin et le pharmacien indiquent les doses maximales des spécialités locales.

Hypertension portale et maladies chroniques du foie

Chez l’adulte, une rate trop grande oriente d’abord vers une maladie du foie et une hypertension portale. Environ un tiers des splénomégalies vues aux États-Unis s’inscrivent dans une cirrhose, d’après American Family Physician (2021). La fibrose durcit le foie, le sang porte circule moins bien, la pression monte, la rate se congestionne et devient hypersplénique. Elle séquestre alors trop de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes.

Les recommandations de l’AASLD de 2024 actualisent le texte de 2017 sur l’hypertension portale. Elles introduisent la maladie chronique avancée compensée (cACLD), pour stratifier le risque sans exiger d’emblée une biopsie de cirrhose. L’hypertension portale cliniquement significative (CSPH) correspond à un gradient de pression veineuse hépatique (HVPG) d’au moins 10 mm Hg. Des varices à l’endoscopie ou des collatérales à l’imagerie en sont des équivalents cliniques.

Des seuils d’élastométrie transitoire (FibroScan) permettent d’approcher ce diagnostic sans cathétérisme. Une rigidité hépatique inférieure à 10 kPa écarte en pratique la cACLD ; une valeur d’au moins 15 kPa la rend probable. Au-dessus de 25 kPa, la valeur prédictive positive de CSPH dépasse 90 % dans les hépatites virales, la maladie alcoolique et la stéatose dite maigre (IMC inférieur à 30 kg/m²) ; elle n’est que d’environ 63 % en cas d’obésité et de NASH.

Autre changement de 2024, les experts américains proposent de commencer un bêtabloquant non sélectif dès que la CSPH est identifiée, pour réduire le risque de décompensation, et non plus seulement après la découverte de grosses varices. Le carvédilol est la molécule préférée dans ce document. La posologie proposée en cirrhose est plus basse qu’en insuffisance cardiaque. Elle est de 6,25 mg par jour au départ, puis 12,5 mg par jour si la tolérance le permet, avec réduction si la pression artérielle systolique passe sous 90 mm Hg. Ces chiffres viennent de l’AASLD (2024) ; en France, le médecin choisit la molécule et la dose selon les indications locales.

Infections, cancers du sang et maladies de surcharge

Une infection aiguë peut dilater la rate de façon transitoire. Chez l’adolescent et le jeune adulte, la mononucléose infectieuse (virus d’Epstein-Barr) est un classique ; jusqu’à 3 % des étudiants de première année en Amérique du Nord présenteraient une splénomégalie, souvent liée à cette infection. VIH, cytomégalovirus, hépatites virales, tuberculose, endocardite et, après un voyage, paludisme ou leishmaniose viscérale font partie du même cercle. Le diagnostic n’est pas « la rate trop grosse », c’est l’agent infectieux, et la taille régresse souvent avec la guérison.

Les hémopathies occupent une autre part importante, proche d’un tiers des splénomégalies dans les séries américaines citées en 2021. On y trouve des leucémies, des lymphomes, une myélofibrose, une polyglobulie de Vaquez et une leucémie à tricholeucocytes. Une splénomégalie massive, définie dans le Merck Manual (2024) par un pôle inférieur palpé 8 cm sous le rebord costal, oriente surtout vers ces hémopathies chroniques et vers la maladie de Gaucher. Une fièvre, des sueurs nocturnes, un amaigrissement ou des blastes sur le frottis imposent un avis d’hématologie sans délai.

Les maladies de surcharge lysosomale restent rares, mais elles ne doivent plus être reléguées à la pédiatrie. Une revue de 2024 dans le Journal of Clinical Medicine estime leur incidence collective à environ 1 naissance sur 5 000. Maladie de Gaucher, déficit en sphingomyélinase acide (ASMD, autrefois Niemann-Pick A/B), maladie de Niemann-Pick C, déficit en lipase acide lysosomale et mucopolysaccharidoses figurent parmi celles qui agrandissent foie et rate. Des traitements ciblés existent pour certaines (enzymothérapie substitutive, réduction de substrat) ; encore faut-il y penser après avoir écarté les causes fréquentes, y compris chez l’adulte.

D’autres maladies métaboliques ou génétiques élargissent le différentiel, notamment l’hémochromatose, la maladie de Wilson, le déficit en alpha-1-antitrypsine, les glycogénoses, la drépanocytose et la thalassémie (surtout chez l’enfant). Le lupus, la polyarthrite avec syndrome de Felty et la sarcoïdose relèvent de l’inflammation systémique. Un caillot de la veine porte ou de la veine splénique produit une congestion brutale, parfois douloureuse.

Symptômes ressentis et signes souvent absents

La plupart des rates hypertrophiées ne donnent aucun signe. La découverte est alors fortuite, à la palpation ou sur un cliché fait pour autre chose. Quand des symptômes existent, ils restent peu spécifiques. On décrit une gêne ou une douleur sous les côtes gauches, parfois vers l’épaule gauche, une impression d’être rassasié après quelques bouchées parce que la rate comprime l’estomac, un hoquet, une fatigue liée à une anémie, des infections à répétition, des bleus ou des saignements faciles si les plaquettes chutent.

Le foie trop gros, lui aussi, passe souvent inaperçu. S’il s’inscrit dans une hépatopathie, peuvent s’y ajouter une douleur de l’hypochondre droit, des nausées, un ictère (yeux et peau jaunes), des urines foncées et des selles décolorées. Ces signes viennent de la maladie du foie, pas du volume en soi. Une fièvre oriente vers une infection ou un lymphome ; un œdème des jambes ou une ascite, vers une cirrhose ou une insuffisance cardiaque.

L’hypersplénisme mérite un mot à part. La rate, trop active, retire trop d’éléments figurés du sang. Le NHS (2023) décrit le cortège possible, dont une anémie, des infections plus fréquentes et des saignements. Ce n’est pas un diagnostic d’imagerie, c’est un profil de numération associé à une rate volumineuse. La nécrose d’un territoire splénique (infarctus) se traduit par une douleur soudaine, parfois un frottement à l’auscultation.

Voici les points qui, dans la vie quotidienne, doivent faire lever le téléphone plutôt que d’attendre.

  • Une douleur nette sous les côtes gauches, surtout si elle s’aggrave en inspirant profondément, justifie un avis médical rapide.
  • Une satiété précoce et un ventre dur à gauche demandent de mesurer la rate avant d’incriminer l’estomac.
  • Des bleus inexpliqués, des gencives qui saignent ou une pâleur récente font chercher une cytopénie.
  • Fièvre persistante, sueurs nocturnes et amaigrissement orientent vers une infection prolongée ou une hémopathie.

Particularités chez l’enfant et l’adolescent

Chez l’enfant, le foie et la rate sont plus facilement palpables, et une hypertrophie n’a pas la même liste de causes que chez un adulte de 60 ans. Les infections (mononucléose, cytomégalovirus, hépatites, paludisme au retour d’un séjour) restent fréquentes. La thalassémie et la drépanocytose agrandissent la rate surtout dans l’enfance ; plus tard, la rate drépanocytaire a plutôt tendance à s’atrophier. Une septicémie grave peut s’accompagner d’une organomégalie dans un tableau fébrile, à traiter en urgence.

Les formes précoces de surcharge lysosomale se manifestent souvent par un ventre proéminent, un retard de croissance et des cytopénies. Jerves Serrano et coll. (2024) soulignent que la palpation sous-estime ou surestime souvent le volume, et que la NFS et le bilan hépatique restent souvent normaux, ce qui n’écarte pas le diagnostic. Une thrombopénie isolée autour de 110 000 plaquettes/mm³ a même révélé des formes atténuées de Gaucher à l’âge adulte. Le séquençage et le dosage enzymatique passent désormais avant la biopsie. En France, le pédiatre oriente vers un centre de maladies métaboliques.

Chez l’adolescent sportif, la mononucléose impose une prudence particulière. American Family Physician (2021) rappelle qu’environ un cas de mononucléose sur 200 se complique d’une rupture de rate, et que les recommandations sportives américaines demandent d’interrompre les sports de contact au moins 21 jours après le début des symptômes, voire 31 jours, car des ruptures surviennent encore dans cette fenêtre. Une rate encore palpable au-delà de ce délai justifie de reculer la reprise.

Jaunisse visible sur les yeux.

Examens pour confirmer le diagnostic

Le bilan commence par l’histoire (alcool, voyages, transfusions, médicaments, fièvre, amaigrissement, antécédents familiaux) et par l’examen du ventre, de la peau, des ganglions et des signes de cirrhose. L’échographie abdominale est l’examen de première intention pour confirmer les volumes, chercher des lésions focales, un foie dysmorphique, une ascite ou un flux porte anormal. Elle estime le volume splénique à environ 2 % près du scanner, d’après les données reprises par American Family Physician (2021). Scanner et IRM précisent la structure et le flux ; l’IRM est utile s’il y a un doute sur une thrombose porte ou splénique.

Les analyses de base comprennent une NFS avec frottis, un bilan hépatique (transaminases, GGT, phosphatases alcalines, bilirubine, albumine), une coagulation, et, selon le contexte, une sérologie EBV, VIH, hépatites B et C, un bilan martial, céruloplasmine et cuivre, alpha-1-antitrypsine. Un jeune adulte fébrile avec un mal de gorge n’a pas besoin d’emblée de tout ce panneau. Un test de mononucléose peut suffire. Des blastes ou une morphologie anormale des globules rouges envoient vers l’hématologue. Des tests hépatiques perturbés envoient vers l’hépatologue.

La biopsie de moelle aide si une hémopathie ou une maladie de surcharge est probable. La biopsie à l’aiguille de la rate est exceptionnelle, en raison du risque hémorragique, précise la Mayo Clinic (2023) sur le volet diagnostic. La biopsie de foie n’est pas un réflexe. Elle se discute quand le bilan non invasif ne tranche pas, ou pour stadifier une hépatopathie. Pour les maladies lysosomales, Jerves Serrano et coll. (2024) placent la génétique et l’enzymologie avant le geste invasif.

Quand rien n’émerge et que la personne va bien, la Mayo Clinic propose une surveillance à 6-12 mois, ou plus tôt si des symptômes apparaissent. Le Merck Manual (2024) retient le même intervalle. « Aller bien » ne dispense pas d’un minimum (NFS, bilan hépatique, échographie) ; cela évite surtout d’enchaîner d’emblée biopsie et scanner chez un jeune asymptomatique.

Traitements selon la cause

On ne soigne pas un volume, on soigne ce qui l’entretient. Une infection bactérienne se traite par antibiotiques adaptés ; une hépatite virale chronique, par les antiviraux indiqués ; une maladie auto-immune, par le traitement de fond que prescrit le spécialiste. Dans beaucoup d’infections transitoires, la rate reprend une taille habituelle quand l’inflammation retombe. Une stéatose MASLD s’aborde par le poids, l’activité physique, le contrôle du diabète et des lipides, selon les conseils du médecin. Ce n’est pas un régime « pour la rate ».

Dans la cirrhose avec CSPH, le levier actuel, du côté américain, est le bêtabloquant non sélectif, de préférence le carvédilol aux doses rappelées plus haut, associé au traitement de la cause (arrêt de l’alcool, antiviraux, prise en charge métabolique). Les varices, l’ascite et l’hémorragie digestive ont leurs propres protocoles. Une greffe de foie se discute dans les insuffisances hépatiques graves, car on ne survit pas sans foie, alors qu’on peut vivre sans rate.

La splénectomie n’est pas le traitement de première intention d’une hypertrophie isolée. D’après le NHS (2023), on traite d’abord la maladie sous-jacente et on surveille. L’ablation se discute en cas d’hypersplénisme invalidant, de satiété extrême, de suspicion de lymphome splénique sans autre accès diagnostique, ou de rupture. Une irradiation à faible dose est parfois utilisée pour réduire le volume dans certaines hémopathies, selon la Cleveland Clinic (2022). Pour la maladie de Gaucher, la splénectomie n’est plus la voie habituelle là où l’enzymothérapie est disponible.

Les doses, les associations et les contre-indications des médicaments (antibiotiques, bêtabloquants, enzymothérapies) ne se recopient pas d’un site américain vers une ordonnance française. Le médecin traitant, l’hépatologue ou l’hématologue appliquent le référentiel local. Aucun régime miracle, aucune plante et aucun complément n’a démontré qu’il « dégonfle » foie et rate ; certains extraits (kava, grande chélidoine, valériane à haute dose, entre autres) peuvent au contraire léser le foie, d’après la liste reprise par la Mayo Clinic (2025).

Rate hypertrophiée, rupture et consultation

Une rate trop grande est plus fragile. Même une rate de taille habituelle peut se déchirer dans un accident de voiture ; l’hypertrophie abaisse le seuil de traumatisme utile, écrit la Mayo Clinic (1er février 2024). La rupture peut être immédiate ou retardée de plusieurs jours, parfois de quelques semaines. Les accidents de la route représenteraient 50 à 75 % des ruptures traumatiques, d’après la Cleveland Clinic (2022). Une rupture spontanée, sans choc, reste rare mais possible en cas d’infection (mononucléose, paludisme) ou de lymphome.

Une douleur haute à gauche, une sensibilité au toucher, une douleur d’épaule gauche (signe de Kehr, par irritation du nerf phrénique), des vertiges, une pâleur ou une confusion forment un tableau d’urgence, surtout après un coup, un match ou un accident. Appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Une échographie au lit (FAST) cherche le sang dans le ventre ; un scanner classe ensuite la lésion s’il y a le temps. Seules les ruptures les plus graves (environ 20 % dans la série pédagogique de la Cleveland Clinic) finissent par une ablation. Embolisation et réparation chirurgicale permettent souvent de conserver l’organe.

Pour le quotidien, le tableau ci-dessous résume une conduite raisonnable. Les seuils de douleur et le numéro d’urgence viennent des pages Mayo (2023, 2024) et NHS (2023) ; le médecin français les interprète dans le contexte local.

Situation Signes Conduite
Découverte fortuite Foie ou rate palpés, peu ou pas de gêne Rendez-vous avec le médecin traitant, échographie et NFS
Gêne chronique Satiété précoce, pesanteur sous les côtes gauches Consultation programmée, bilan de cause
Douleur vive à gauche Douleur sous les côtes, pire à l’inspiration profonde Voir un médecin le jour même
Après un choc Douleur gauche, épaule gauche, vertiges, pâleur Appeler le 15 ou le 112
Fièvre et amaigrissement Sueurs nocturnes, ganglions, bleus Consultation rapide, souvent NFS et avis spécialisé
Ictère Yeux jaunes, urines foncées, selles décolorées Avis médical prompt, bilan hépatique

Il est prudent d’éviter les sports de contact et le port de charges lourdes tant que le médecin n’a pas levé la restriction. La ceinture de sécurité protège la rate en voiture. Ces précautions ne « soignent » pas l’hypertrophie ; elles réduisent le risque de déchirure le temps que la cause soit traitée.

Vivre avec une rate trop grande ou après splénectomie

Une hypertrophie chronique impose deux habitudes. Il faut surveiller le sang (anémie, plaquettes, globules blancs) et protéger le flanc gauche. La Cleveland Clinic (2022) conseille de rester attentif à une douleur nouvelle vers l’épaule gauche, surtout à l’inspiration. Il n’existe pas de liste d’aliments « interdits pour la rate » ; en revanche, une alimentation trop riche en produits ultra-transformés entretient les maladies du foie et l’inflammation qui, elles, pèsent sur ces organes.

Vivre sans rate est possible. Le foie reprend une grande partie du filtrage, rappelle le NHS (page révisée le 22 février 2023). Le risque résiduel est une infection grave à pneumocoque, méningocoque ou Haemophilus influenzae de type b. Au Royaume-Uni, le NHS recommande les vaccins antipneumococcique (rappel tous les 5 ans), grippe, MenACWY et MenB, et souvent une antibioprophylaxie d’au moins deux ans. La Mayo Clinic (2023) cite le même trio vaccinal plus un recours précoce aux antibiotiques en cas de fièvre. En France, le calendrier et les molécules relèvent du médecin et du pharmacien.

Après une splénectomie, un document d’identité médicale (carte, bracelet) aide les soignants en urgence. Aux premiers signes d’infection (fièvre, mal de gorge, toux, éruption, plaie inflammatoire), il faut un avis le jour même. Les voyages en zone palustre demandent un conseil spécifique, car le paludisme grave est plus redoutable sans rate. Ces précautions ne font pas de la vie sans rate une vie diminuée ; elles rendent le risque infectieux gérable.

Questions fréquentes

L’hépatosplénomégalie est-elle une maladie à part entière ?

Non. C’est un signe d’examen ou d’imagerie, presque toujours secondaire, comme le rappelle le Merck Manual (2024). Le travail du médecin consiste à identifier l’infection, la maladie du foie, l’hémopathie ou la maladie de surcharge qui l’entretient. Traiter uniquement le volume, sans ce diagnostic, laisse la cause progresser.

La taille du foie et de la rate peut-elle diminuer sans opération ?

Souvent oui, lorsque la cause est réversible, par exemple une mononucléose ou une hépatite aiguë qui guérit. Dans une cirrhose ou une hémopathie chronique, le volume peut se stabiliser ou reculer si le traitement de fond agit, mais ce n’est pas garanti. La splénectomie reste un recours, pas le premier geste.

Faut-il arrêter le sport si la rate est trop grosse ?

Les sports de contact et les chocs sur le ventre sont à interrompre tant que le médecin n’a pas levé l’interdiction, car le risque de rupture augmente. Après une mononucléose, les textes américains de 2021 demandent au moins 21 jours, souvent jusqu’à 31 jours après le début des symptômes. La course légère ou la marche se discutent au cas par cas.

Peut-on vivre normalement sans rate ?

Oui, le foie reprend une grande partie des fonctions de filtrage, indique le NHS (2023). Il reste un risque accru d’infections encapsulées, réduit par les vaccins, une conduite à tenir en cas de fièvre, et parfois une antibioprophylaxie selon l’âge et le pays. Demandez au médecin le calendrier applicable en France.

Une biopsie du foie est-elle indispensable ?

Non. L’échographie, la NFS, le bilan hépatique et, si besoin, le scanner ou l’IRM suffisent souvent. La biopsie de rate est rare à cause du saignement. Pour les maladies lysosomales, la génétique et l’enzymologie passent avant le prélèvement, d’après la revue de 2024.

Les maladies de Gaucher ne concernent-elles que les enfants ?

Non. Des formes atténuées se révèlent à l’âge adulte, parfois par une rate trop grande et une thrombopénie isolée. L’incidence collective des maladies de surcharge lysosomale est d’environ 1 naissance sur 5 000 (Jerves Serrano et coll., 2024). Un avis de métabolisme se discute si le bilan usuel reste blanc.

Technicien de laboratoire analysant un échantillon de sang.

Conclusion

Foie et rate trop volumineux disent qu’une maladie sous-jacente mérite un nom. Chez l’adulte, la piste la plus fréquente reste l’hypertension portale liée à une hépatopathie chronique ; les recommandations AASLD de 2024 ont déplacé le curseur vers un diagnostic non invasif de la CSPH et, aux États-Unis, vers un bêtabloquant non sélectif plus précoce. Infections, hémopathies et, plus rarement, maladies de surcharge complètent la liste. Les chiffres de taille (rate jusqu’à 12 cm et 70 g dans les textes de la Cleveland Clinic) et la médiocre performance de la seule palpation expliquent pourquoi l’échographie est devenue le premier examen de confirmation.

Le danger immédiat n’est pas le centimètre de trop, c’est la cause non traitée et, pour la rate, la déchirure après un choc. Devant une douleur gauche intense, une irradiation vers l’épaule ou des vertiges après un accident ou un match, appelez le 15 ou le 112. Pour le reste, un rendez-vous chez le médecin traitant permet d’obtenir trois informations utiles. Il s’agit des mesures échographiques, du résultat de la NFS, et de l’autorisation ou non des sports de contact tant que la cause n’est pas claire.

Garder ces trois réponses par écrit, puis suivre le spécialiste indiqué (hépatologue, hématologue, infectiologue ou centre de maladies métaboliques), évite à la fois l’attente anxieuse et la course aux examens inutiles. La taille des organes peut reculer quand la maladie de fond est traitée ; elle n’est pas un verdict définitif, pourvu que l’on ne s’arrête pas au mot « hépatosplénomégalie » comme s’il suffisait.

Sources

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  9. Jerves Serrano T, Gold J, Cooper JA et al. : Hepatomegaly and Splenomegaly: An Approach to the Diagnosis of Lysosomal Storage Diseases. Journal of Clinical Medicine, 2 mars 2024.
  10. Kaplan DE, Ripoll C, Thiele M et al. : AASLD Practice Guidance on risk stratification and management of portal hypertension and varices in cirrhosis. Hepatology, mai 2024.
  11. Spleen problems and spleen removal. National Health Service, 22 février 2023.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.