Suicide assisté à Washington : conditions et données

Suicide assisté à Washington : conditions et données

À Washington, un adulte atteint d’une affection incurable dont le pronostic médical est de six mois ou moins peut, s’il réside dans l’État et reste capable de décider, demander une ordonnance de médicaments qu’il s’administre lui-même. La Death with Dignity Act n’autorise ni injection létale ni euthanasie active ; le soignant doit aussi exposer les alternatives de confort, d’hospice et de contrôle de la douleur.

La douleur n’est pas le motif le plus souvent déclaré. Dans le rapport 2024 du Department of Health de Washington, la perte d’autonomie et la diminution des activités qui rendaient la vie agréable étaient chacune citées par 83 % des participants décédés, alors que le contrôle insuffisant de la douleur l’était par 39 %.

La loi, issue de l’initiative 1000 adoptée le 4 novembre 2008, est entrée en vigueur le 5 mars 2009. Une révision de 2023 a ramené le délai d’attente à sept jours et élargi la liste des prescripteurs. En 2024, 655 résidents ont reçu le médicament ; parmi ceux qui l’ont ingéré, 90 % étaient déjà inscrits en hospice.

Qu’est-ce que la loi Death with Dignity de Washington ?

La Death with Dignity Act permet à certains adultes en phase terminale, résidents de Washington, de demander à un professionnel de santé qualifié une dose létale de médicament destinée à une auto-administration. Le Department of Health de l’État recueille les formulaires et publiait jusqu’en 2024 un rapport statistique annuel. Les identités des patients ne sont pas rendues publiques.

Le texte figure au chapitre 70.245 du Revised Code of Washington. L’initiative 1000 l’a fait voter le 4 novembre 2008 ; il s’applique depuis le 5 mars 2009. En avril 2023, le chapitre 38 a modifié plusieurs articles. Le délai minimal entre la première demande orale et l’ordonnance est passé à sept jours. Les assistants médicaux (physician assistants) et les infirmiers praticiens peuvent prescrire au même titre que les médecins ostéopathes et allopathes.

Les rapports officiels de l’État ne doivent pas appeler cette pratique « suicide » ou « suicide assisté ». La loi exige l’expression « obtention et auto-administration d’un médicament destiné à mettre fin à la vie ». Pour le lecteur francophone, « aide à mourir » et « suicide assisté » restent les formulations de recherche habituelles ; elles ne recouvrent pas l’euthanasie, que le même texte exclut.

Le Department of Health ne choisit pas les patients et n’oriente pas vers un prescripteur. Après la session législative de 2025, l’agence a annoncé la pause des rapports statistiques annuels, pour des raisons budgétaires, tout en maintenant l’accès à la procédure et l’obligation de déposer les formulaires. Le rapport portant sur l’année 2024, publié en juillet 2025, est donc le dernier jeu de chiffres consolidés disponible.

Qui peut demander une aide à mourir à Washington ?

Seule une personne « qualifiée » au sens de la loi peut formuler une demande écrite. Il faut avoir au moins 18 ans, résider dans l’État, être capable de prendre et de communiquer une décision éclairée, et présenter une affection incurable et irréversible dont le pronostic, confirmé médicalement, est un décès dans les six mois.

La résidence se prouve par un permis de conduire, une inscription sur les listes électorales, un bail, un acte de prêt immobilier ou une facture de services. L’âge ou un handicap, pris isolément, ne suffisent pas. Deux soignants indépendants (un prescripteur et un consultant) doivent confirmer le diagnostic, le pronostic, la capacité de décider et le caractère volontaire de la demande.

La capacité de décider n’est pas un test unique. Elle peut être reconnue par un tribunal ou, plus souvent, par le soignant prescripteur, le consultant, un psychiatre ou un psychologue. Si l’un des deux soignants suspecte un trouble psychiatrique ou une dépression qui altère le jugement, une orientation vers un psychologue ou un psychiatre est obligatoire. L’ordonnance ne peut pas être écrite tant que le clinicien qui évalue n’a pas conclu à l’absence de ce trouble.

Le patient n’est pas tenu d’informer sa famille. Le soignant prescripteur doit néanmoins lui recommander d’avertir ses proches. Les contrats d’assurance vie, maladie, accidents ou de rente ne peuvent pas être conditionnés à la demande, ni annulés du seul fait de l’ingestion. Le certificat de décès mentionne l’affection terminale sous-jacente, pas un suicide.

Comment se déroule la procédure et le délai d’attente ?

La procédure combine deux demandes orales, une demande écrite signée devant deux témoins, un délai d’au moins sept jours, et la possibilité de se rétracter à tout moment. L’ordonnance ne peut être rédigée qu’après que le soignant a de nouveau proposé au patient de changer d’avis.

La demande écrite utilise le formulaire officiel (DOH 422-063) ou un document équivalent. Le patient la date et la signe en présence d’au moins deux témoins, qui attestent qu’il est capable, agit volontairement et n’est pas contraint. Un seul des deux témoins peut être un parent ou un héritier ; un seul peut être lié à l’établissement de soins. Le soignant prescripteur ne peut pas servir de témoin.

Le délai de sept jours court entre la première demande orale et la rédaction de l’ordonnance. Ce n’est plus le délai de quinze jours de la version initiale de 2009, modifié par le RCW 70.245.110 tel qu’amendé en 2023. Un transfert de dossier ou de soignant ne fait pas repartir le délai à zéro. Immédiatement avant de prescrire, le soignant vérifie encore que la décision reste éclairée.

Le RCW 70.245.040 impose d’exposer le diagnostic, le pronostic, les risques du médicament, l’effet probable de son ingestion, et les alternatives réalisables, dont les soins de confort, l’hospice et le contrôle de la douleur. Le soignant conseille aussi d’avoir une tierce personne présente au moment de l’ingestion et de ne pas prendre le médicament dans un lieu public.

  • Les formulaires de conformité du prescripteur et du consultant partent à l’agence dans les trente jours.
  • Le pharmacien dépose un enregistrement de délivrance dans les trente jours après dispensation.
  • Après le décès, le prescripteur envoie un formulaire de suivi dans les trente jours.
  • Les médicaments non utilisés se rapportent à un programme de reprise des substances contrôlées.

La participation des soignants et des pharmaciens est volontaire. Un établissement peut interdire la pratique dans ses murs s’il en a informé par écrit les professionnels et le public, mais il ne peut pas empêcher un soignant d’informer le patient, de poser le diagnostic de maladie terminale ou de l’adresser ailleurs. L’agence de santé ne publie pas de liste de prescripteurs.

Quelle différence avec l’euthanasie et l’arrêt des traitements ?

À Washington, le patient doit ingérer lui-même le médicament. Le RCW 70.245.180 interdit d’y voir une autorisation d’injection létale, de meurtre par pitié ou d’euthanasie active. C’est la différence centrale avec les législations où un clinicien administre lui-même le produit.

Le Merck Manual, dans sa révision de mai 2026, réserve l’expression medical aid in dying (aide médicale à mourir) à la mise à disposition, par un médecin, d’une combinaison de médicaments que le patient utilise s’il le décide. Dans les États américains où cette pratique est légale, les critères typiques sont la compétence mentale et une affection terminale avec une espérance de vie inférieure à six mois. Le manuel souligne que le sujet reste controversé.

Refuser un respirateur, une alimentation artificielle ou d’autres traitements de maintien en vie n’est pas un suicide, au sens de ce même manuel. Près de la mort, cesser de manger et de boire, ou recevoir des doses de médicaments destinées à soulager les symptômes même si la vie peut s’en trouver raccourcie, n’est pas non plus assimilé à un suicide lorsque l’intention est le confort. L’American College of Physicians, dans son texte de position de 2017, appuie fortement le droit de refuser un traitement, y compris vital, et le distingue du suicide assisté par un médecin.

Cette distinction a une conséquence concrète. Une personne très malade peut déjà, dans la plupart des systèmes de soins, refuser des actes disproportionnés, rédiger des directives anticipées et demander des soins palliatifs. L’aide à mourir au sens de Washington ajoute une ordonnance létale auto-administrée, encadrée par l’âge, la résidence, le pronostic et la capacité. Ce n’est pas le seul levier de maîtrise de la fin de vie.

Combien de personnes y recourent à Washington ?

En 2024, 655 résidents de Washington ont participé au programme, au sens où le médicament leur a été délivré. Le Department of Health a reçu 641 certificats de décès. Parmi eux, 491 personnes sont mortes après ingestion, 57 sont mortes sans avoir ingéré, et le statut d’ingestion restait inconnu pour les autres. Deux cent soixante-quatre prescripteurs et 64 pharmaciens ont été identifiés dans les formulaires.

Parmi les 491 décès après ingestion, 90 % des personnes étaient en hospice, 90 % avaient une assurance maladie, et 86,7 % sont mortes à domicile ou dans une résidence privée. L’âge moyen des 641 participants décédés était de 76 ans ; 94 % étaient blancs et 3 % asiatiques ; 89 % habitaient à l’ouest de la chaîne des Cascades. Les femmes représentaient 51 % de cet échantillon.

Les affections sous-jacentes, non exclusives, comprenaient un cancer dans 68 % des cas, une maladie neurodégénérative dans 11 %, une maladie cardiovasculaire dans 10 % et une maladie respiratoire dans 8 %. Le cancer reste le diagnostic le plus fréquent, sans être le seul. Les préoccupations de fin de vie, elles aussi cumulables, montrent que la douleur n’est qu’un motif parmi d’autres.

Indicateur Washington, 2024 Oregon, 2025
Personnes avec médicament délivré ou ordonnance 655 résidents 637 ordonnances
Décès après ingestion du médicament 491 400
Cancer comme affection principale ou associée 68 % 61 %
Personnes déjà en hospice 90 % (après ingestion) 92 %
Âge typique moyenne 76 ans médiane 76 ans
Motif le plus souvent déclaré perte d’autonomie, 83 % perte d’autonomie, 89 %

Le délai entre la première demande et le décès, pour 581 dossiers, était de 0 à 14 jours dans 31 % des cas, de 15 à 30 jours dans 19 %, et de plus de 120 jours dans 15 %. Une fraction notable des personnes qui obtiennent le médicament ne l’utilisent pas. Pour les dossiers avec formulaire après décès, 24 % des ingestions ont été suivies d’un décès en moins de 30 minutes, tandis que 15 % ont dépassé 120 minutes ; le délai restait inconnu dans 28 % des cas.

L’Oregon, premier État et données à plus long terme

L’Oregon a adopté sa Death with Dignity Act en 1997 et publie un bilan annuel depuis 1998. Washington s’est calé sur ce modèle. Les chiffres de l’Oregon, plus longs, aident à lire ceux de Washington sans les confondre, car les deux États ne comptent pas les « participants » de la même façon.

En 2025, 637 personnes ont reçu une ordonnance en Oregon. Au 23 janvier 2026, l’Oregon Health Authority avait recensé 400 décès par ingestion cette année-là, soit environ 1,0 % des décès de l’État. Depuis 1997, 5 520 personnes ont reçu une ordonnance et 3 691 (67 %) sont mortes après l’avoir ingérée. Parmi les décès de 2025, 6 % des patients avaient vécu plus de six mois après l’ordonnance. Le pronostic de six mois est donc une estimation, pas une date.

Le profil reste proche de celui de Washington. Quatre-vingt-huit pour cent avaient 65 ans ou plus, 94 % étaient blancs, le cancer concernait 61 % des cas, suivi des maladies neurologiques (14 %) et cardiaques (11 %). Quatre-vingt-douze pour cent étaient en hospice et 80 % sont morts à domicile. Les trois préoccupations les plus fréquentes étaient la perte d’autonomie (89 %), la perte d’activités agréables (89 %) et la perte de dignité (65 %).

Une divergence légale récente compte pour un lecteur mobile. En 2023, l’Oregon a supprimé l’exigence de résidence ; en 2025, 6 % des destinataires d’ordonnance vivaient hors de l’État. Washington continue d’exiger la résidence. Deux patients orégonais qualifiés ont été adressés à une évaluation psychiatrique ou psychologique en 2025. Le recours à cet avis reste rare lorsque la loi ne le rend pas systématique.

Soins palliatifs et hospice, ce que les essais mesurent

Les soins palliatifs visent le confort, les symptômes et le soutien psychologique, social et spirituel, sans prétendre guérir l’affection causale. À Washington, 90 % des personnes qui ont ingéré le médicament en 2024 étaient déjà en hospice. L’aide à mourir ne se substitue donc pas, dans les faits, à ces soins. Les deux démarches coexistent souvent.

La revue Cochrane de Bajwah et coll., publiée le 30 septembre 2020, a analysé 42 essais randomisés (6 678 patients et 1 101 aidants). Comparés aux soins habituels, les soins palliatifs spécialisés hospitaliers peuvent légèrement améliorer la qualité de vie liée à la santé (différence moyenne standardisée 0,26) et le fardeau symptomatique (–0,26), et augmenter la chance de mourir chez soi (rapport des cotes 1,63). La certitude de ces preuves est faible à très faible. L’effet sur la douleur isolée n’était pas démontré.

Au Royaume-Uni, la recommandation NICE NG142 (2019) porte sur l’organisation des services de fin de vie, pas sur une aide à mourir. Elle demande d’identifier les adultes qui approchent de la fin de vie, de réaliser une évaluation globale des besoins, d’offrir une planification anticipée des soins, de coordonner les professionnels et de garantir un accès à un soutien jour et nuit. La NICE NG31, distincte, traite des tout derniers jours (douleur, dyspnée, nausées, anxiété, confusion aiguë).

Le National Cancer Institute, dans sa fiche mise à jour le 28 juin 2021, insiste sur une discussion précoce des options. Les patients qui parlent tôt de la fin de vie avec leur médecin rapportent moins de stress et une meilleure capacité à faire face. L’hospice américain, souvent ouvert lorsque le pronostic moyen est de six mois, n’est pas réservé aux derniers jours. Pour un lecteur en France, le médecin traitant et l’équipe de soins palliatifs locales restent les interlocuteurs pour adapter ces principes au cadre du pays.

Rien dans ces documents ne prouve qu’un accès de qualité aux soins palliatifs fasse disparaître toute demande d’aide à mourir. Ils montrent en revanche que la douleur, l’anxiété, la dépression et le sentiment d’être un fardeau sont des cibles cliniques. Les laisser de côté appauvrit la décision, qu’on envisage ou non une ordonnance létale.

Quand consulter face à une envie de mourir ?

Une envie de mourir au cours d’une maladie grave n’est pas rare, et elle n’équivaut pas automatiquement à une demande d’aide à mourir au sens de la loi de Washington. Le Merck Manual rappelle que beaucoup de personnes en fin de vie envisagent le suicide, alors que très peu passent à l’acte. En parler à un médecin permet souvent de retravailler la douleur, la dépression et d’autres symptômes.

Le National Cancer Institute liste des situations où l’entourage d’un malade à domicile doit appeler l’équipe soignante. Il s’agit notamment d’une douleur non soulagée par la dose prescrite, de nouveaux symptômes (nausées, confusion, anxiété), d’un essoufflement angoissant, d’une dépression marquée ou de paroles de suicide, et d’un aidant débordé. Ces seuils valent aussi hors cancer. En France, un danger immédiat pour la vie (passage à l’acte imminent, détresse respiratoire aiguë, confusion grave) justifie d’appeler le 15 (SAMU) ou le 112.

Situation Conduite raisonnable
Douleur ou dyspnée non contrôlées malgré le traitement en cours Contacter le jour même le médecin ou l’équipe de soins palliatifs.
Tristesse intense, sentiment d’être un fardeau, paroles de mort Prendre rendez-vous rapidement et demander une évaluation de la dépression.
Idées de suicide avec plan ou danger immédiat Appeler le 15 ou le 112, sans attendre un créneau de consultation.
Souhait d’une aide à mourir au sens légal Demander le cadre local, les alternatives de confort et un second avis.
Aidant épuisé, peur de rester seul avec le malade Signaler cet épuisement à l’équipe afin qu’un relais à domicile soit organisé.

À Washington, une dépression qui altère le jugement bloque l’ordonnance jusqu’à l’avis contraire d’un clinicien formé. Ailleurs, y compris en France, c’est le médecin qui applique les règles locales. Une demande de mort est d’abord un signal clinique, qu’il s’agisse de douleur, d’isolement ou de peur de la dépendance. Les soignants de l’ACP, dans leur texte de 2017, recommandent d’explorer ces raisons avant toute autre étape, et de ne pas abandonner le patient lorsque la guérison n’est plus possible.

Les directives anticipées, la personne de confiance et, aux États-Unis, les ordres de type POLST (Physician Orders for Life-Sustaining Treatment) permettent de préciser ce que l’on accepte ou refuse si l’on ne peut plus s’exprimer. Le Merck Manual insiste sur l’intérêt d’une conversation, même sans document parfait. Ce travail de clarification n’oblige personne à demander une aide à mourir. Il évite des décisions prises dans l’urgence.

Que disent les collèges de médecins américains ?

L’American College of Physicians, plus grande organisation de médecine interne aux États-Unis, ne soutient pas la légalisation du suicide assisté par un médecin. Dans le texte de position de Snyder Sulmasy, Mueller et coll. paru le 19 septembre 2017 dans Annals of Internal Medicine, le collège juge que les arguments éthiques contre cette légalisation restent les plus convaincants. Il estime aussi que la pratique modifie le rôle du médecin et la confiance dans la relation de soins.

Le collège ne nie pas la diversité des opinions, y compris parmi ses membres. Il affirme une responsabilité professionnelle d’améliorer les soins des mourants, de soulager la douleur et les autres symptômes, de préserver la dignité, de soutenir les familles, et de développer l’accès à l’hospice et aux soins palliatifs. Une étude citée par le collège indiquait qu’environ 90 % des adultes américains ne savaient pas ce qu’étaient les soins palliatifs, alors que plus de 90 % disaient les vouloir pour eux ou un proche une fois la définition donnée.

La revue rapide de Grubbs, Keinath et Bigger (2024), indexée sur PubMed, recense 10 États américains plus un territoire ayant légalisé une forme d’aide médicale à mourir. Elle souligne les écarts d’accès, l’expérience des soignants et les questions de communication. Ce n’est pas une consigne clinique. Elle confirme surtout que le cadre juridique évolue plus vite que le consensus professionnel.

Pour un lecteur français, ces textes américains ne s’appliquent pas tels quels. Ils servent à situer le débat. Une loi d’État peut autoriser une pratique que de grandes sociétés savantes continuent de juger incompatible avec le rôle de soignant. Votre médecin traitant ou un médecin de soins palliatifs reste la personne qui articule, dans votre pays, ce que le droit local permet, ce que la clinique recommande, et ce que vous souhaitez.

Ce que cela change pour un lecteur en France

La Death with Dignity Act de Washington ne s’applique qu’aux résidents de cet État, selon les critères rappelés plus haut. Un séjour touristique, un second avis à distance ou une nationalité française ne remplacent pas la résidence. L’Oregon a levé cette barrière en 2023 ; Washington ne l’a pas fait.

Les chiffres américains ne se transposent pas. En Oregon, les décès après ingestion représentaient 1,0 % des décès de 2025. À Washington, 655 personnes ont reçu le médicament en 2024. Le cancer et les maladies neurologiques y sont surreprésentés par rapport à l’ensemble des causes de décès. Ces proportions décrivent des populations déjà sélectionnées par la loi (pronostic de six mois, capacité de s’auto-administrer un médicament oral).

Le vocabulaire français (« aide à mourir », « suicide assisté », « soins palliatifs », « directives anticipées ») aide à poser des questions claires au médecin. Les réponses, elles, dépendent du droit et des recommandations du pays où vous êtes soigné. Votre médecin ou votre pharmacien indiquent la conduite locale, y compris l’accès aux soins palliatifs et le refus de traitements.

Si vous accompagnez un proche très malade, trois questions méritent d’être posées en consultation. Quels symptômes peuvent encore être mieux traités ? Qui joindre la nuit ou le week-end ? Quels documents (directives, personne de confiance) sont déjà dans le dossier ? Ces points relèvent des recommandations NICE NG142 et de la fiche du National Cancer Institute, même si leur mise en œuvre française passe par d’autres circuits.

Questions fréquentes

Un médecin est-il obligé d’écrire l’ordonnance ?

Non. À Washington, aucun médecin, assistant médical, infirmier praticien ou pharmacien n’est tenu de participer. Un établissement peut même interdire la pratique dans ses locaux, à condition d’en informer clairement les soignants et le public. Le refus de participer n’autorise pas, en revanche, à cacher au patient l’existence de la loi ni à lui refuser un diagnostic de maladie terminale.

Faut-il prévenir sa famille ?

La loi de Washington n’impose pas d’avertir les proches. Le soignant prescripteur doit seulement recommander cette information. Beaucoup de participants le font, mais le secret médical et le droit de ne pas impliquer la famille restent la règle écrite. En pratique, l’absence de proches au moment de l’ingestion peut compliquer la gestion d’effets indésirables ; le texte conseille d’avoir quelqu’un présent.

Une dépression empêche-t-elle la prescription ?

Une dépression ou un trouble psychiatrique qui altère le jugement interdit l’ordonnance jusqu’à l’avis d’un psychologue ou d’un psychiatre. La loi ne rend pas l’évaluation psychiatrique automatique. En Oregon, seulement deux patients qualifiés y ont été adressés en 2025 ; à Washington, le nombre de formulaires psychiatriques de 2024 a été masqué parce qu’il était inférieur à dix. Une tristesse liée à la maladie n’équivaut pas, à elle seule, à une incapacité de décider.

Peut-on changer d’avis après la demande ?

Oui, à tout moment et de n’importe quelle façon. Le soignant ne peut pas prescrire sans avoir proposé cette rétractation, notamment lors de la seconde demande orale. Une part des personnes qui reçoivent le médicament ne l’ingèrent jamais. Cinquante-sept participants washingtoniens de 2024 sont morts sans ingestion, et en Oregon 16 % des destinataires d’ordonnance de 2025 sont morts d’une cause naturelle sans prendre le produit.

L’assurance vie est-elle annulée si l’on recourt à la loi ?

Non, d’après le texte washingtonien. La souscription, le tarif ou le versement d’une police d’assurance vie, maladie, accidents ou d’une rente ne peuvent pas dépendre du fait de demander, d’annuler ou d’ingérer le médicament. Le certificat de décès porte l’affection terminale, pas un suicide. Les contrats conclus hors de Washington peuvent suivre d’autres règles ; un assureur français n’est pas lié par le RCW 70.245.

Un non-résident de Washington peut-il y recourir ?

Non. Seules les demandes de résidents de Washington peuvent être accordées. L’Oregon a supprimé cette exigence en 2023, ce qui n’a pas d’effet à Seattle ou à Spokane. Un Français de passage n’entre pas dans le dispositif. Pour toute question sur le cadre applicable en France, le médecin traitant reste l’interlocuteur, car les règles nationales ne se déduisent pas de la loi de Washington.

Conclusion

La loi de Washington encadre une aide à mourir étroite. Elle concerne un adulte résident, un pronostic de six mois, une capacité de décider, une auto-administration, un délai de sept jours, un double avis médical et une participation volontaire des soignants. Les données de 2024 montrent un recours réel mais limité, surtout chez des personnes déjà en hospice, souvent atteintes d’un cancer, et davantage préoccupées par l’autonomie que par une douleur réfractaire.

Ces chiffres ne tranchent pas le débat éthique. L’American College of Physicians continue de s’opposer à la légalisation, tandis que des milliers de patients orégonais et washingtoniens ont utilisé ces lois depuis la fin des années 1990. Les revues Cochrane et les guides NICE documentent ce que les soins palliatifs peuvent apporter, avec des effets modestes et une certitude de preuve souvent faible, sans prétendre répondre à toutes les souffrances.

Si une maladie grave vous concerne, ou concerne un proche, le pas le plus utile n’est pas de comparer les législations État par État. C’est de demander à votre médecin quels symptômes peuvent encore être soulagés, qui joindre la nuit, et quels documents de volonté sont déjà au dossier. Une envie de mourir urgente, avec un risque de passage à l’acte, relève du 15 ou du 112. Une question sur l’aide à mourir relève d’une consultation posée, dans le droit du pays où vous êtes soigné.

Sources

  1. Frequently Asked Questions About Death With Dignity. Washington State Department of Health, mis à jour en 2024.
  2. 2024 Death with Dignity Report to the Legislature. Washington State Department of Health, juillet 2025.
  3. Death with Dignity Act. Washington State Department of Health, 2025.
  4. Attending qualified medical provider responsibilities. Washington State Legislature, 2023.
  5. Authority of chapter— References to practices under this chapter— Applicable standard of care. Washington State Legislature, 2023.
  6. Oregon Death with Dignity Act 2025 Data Summary. Oregon Health Authority, 17 juin 2026.
  7. Legal and Ethical Concerns at the End of Life. Merck Manual, mai 2026.
  8. Snyder Sulmasy L, Mueller PS : Ethics and the Legalization of Physician-Assisted Suicide: An American College of Physicians Position Paper. Annals of Internal Medicine, 19 septembre 2017.
  9. Bajwah S, Oluyase AO et al. : Effectiveness and cost-effectiveness of hospital-based specialist palliative care (HSPC) for adults with advanced illness and their unpaid caregivers. Cochrane Database of Systematic Reviews, 30 septembre 2020.
  10. End of life care for adults: service delivery. National Institute for Health and Care Excellence, 16 octobre 2019.
  11. End-of-Life Care for People Who Have Cancer. National Cancer Institute, 28 juin 2021.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.